Le Maroc accepte de renforcer les liens avec 'Israël' à l’ensemble des ambassades à l’occasion de l’anniversaire des accords d’Abraham, alors qu’'Israël' mène son pire assaut contre les Palestiniens depuis la Nakba
Le Maroc et 'Israël' ont convenu mercredi d'élever leur relation diplomatique avec les ambassades à part entière, avec les ambassadeurs résidents, une importante mise à niveau des bureaux de liaison que les deux pays ont maintenus depuis leur adhésion aux Accords d'Abraham en 2020.
L’accord a été négocié lors d’une réunion à New York organisée par l’ambassadeur américain aux Nations Unies, Mike Waltz, réunissant le ministre israélien des Affaires étrangères, Gédéon Saar, et le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU.
Les deux parties ont convenu d'ouvrir des ambassades complètes et de nommer des ambassadeurs, de reprendre les vols commerciaux directs, de faire progresser deux accords économiques bilatéraux sur la protection des investissements et la double imposition d'ici la fin de l'année et de planifier des visites de haut niveau dans les mois à venir.
Une déclaration commune publiée par la mission américaine auprès de l'ONU a déclaré que les relations diplomatiques complètes entre le Maroc et 'Israël' servaient l'intérêt commun des deux pays et faisaient avancer "la cause de la paix".
Cette annonce est intervenue un jour après le sixième anniversaire des accords d’Abraham, le cadre initié par l’administration Trump au cours de son premier mandat pour normaliser les relations entre les États arabes et musulmans à majorité et 'Israël'. Le Maroc a été parmi les premiers à se joindre, aux côtés des Émirats arabes unis, de Bahreïn, du Soudan et du Kazakhstan, à des échanges qui impliquaient en grande partie des garanties de sécurité et des incitations économiques américaines en échange d’une normalisation avec 'Israël'. Dans le cas du Maroc, Washington a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental dans le cadre de l'accord.
La mise à niveau arrive à un moment qui expose la faillite morale de tout cadre qui récompense 'Israël' avec une légitimité arabe plus profonde. La guerre d''Israël' contre Gaza a tué près de 74.000 Palestiniens (chiffre actualisé-ndlr.MCP) depuis octobre 2023, détruit 90% de l'infrastructure civile du territoire, et déplacé presque toute la population à plusieurs reprises. Une ampleur de destruction que les historiens, les juristes et les plus grands corps mondiaux de spécialistes du génocide ont décrit comme l'assaut le plus grave contre les Palestiniens depuis la Nakba de 1948.
Dans le même temps, les ministres israéliens encouragent ouvertement le nettoyage ethnique de Gaza, appelant à son dépeuplement et à la saisie de ses terres pour la colonisation juive, tandis que le meurtre en Cisjordanie occupée atteint des niveaux jamais vus depuis des décennies.
La Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt contre les dirigeants israéliens pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre. La Cour internationale de Justice a jugé l'occupation illégale. La décision du Maroc d'approfondir ses liens avec 'Israël' en ce moment n'est pas un acte diplomatique neutre, mais un choix politique d'étendre la légitimité et le partenariat à un État qui réalise ce que ses propres ministres décrivent comme un nettoyage ethnique.
Des millions de Marocains sont descendus dans la rue à plusieurs reprises pour protester contre le génocide d’'Israël' et pour s’opposer à la normalisation de leur gouvernement avec lui.
Alors que de plus en plus de gouvernements imposent des embargos sur les armes, sanctionnent les colons, interdisent le commerce des colonies et poursuivent les soldats israéliens pour des crimes de guerre, et alors que l'opinion publique mondiale se retourne brusquement contre 'Israël', le Maroc a avancé dans la direction opposée, choisissant ce moment pour ouvrir des ambassades et reprendre les vols avec un État que les tribunaux du monde tiennent pour responsable.
Ces jours-ci, nous commémorons le 44è anniversaire du massacre de Sabra et Chatila qui a ciblé des camps de réfugiés palestiniens à Beyrouth, au Liban, du 16 au 18 septembre 1982. Le massacre a emporté les vies de milliers de Palestiniens et de Libanais des mains de l’alliance génocidaire de l’impérialisme américain, du sionisme et des forces ultra-réactionnaires arabes. C’est la même triade meurtrière qui est responsable du génocide en cours actuellement de Gaza au Sud-Liban.
Le massacre a été perpétré par la milice phalangiste libanaise fasciste, qui opérait sous la direction politique et militaire de l’entité sioniste qui occupait le Liban à l’époque, entourant les camps de toutes parts et tirant en l’air pour éclairer le ciel nocturne au profit des auteurs du massacre. Les victimes ont été les habitants de Sabra et de Chatila, des hommes, des femmes, en enfants et des personnes âgées.
44 ans plus tard, nous nous souvenons des martyrs et les honorons, nous réclamons justice et responsabilisation pour les auteurs et nous réaffirmons qu’il ne peut y avoir de vraie justice qu’avec la libération de la Palestine du fleuve à la mer et la libération du Liban des forces d’occupation sionistes et de l’hégémonie de l’impérialisme américain.
Pour comprendre la signification et l’ampleur des événements, il est nécessaire que nous nous souvenions de leur contexte. Après une première tentative en 1978, les FOI ont envahi le Liban une deuxième fois en juin 1982. Les sionistes ont encerclé Beyrouth-Ouest et assiégé le quartier général de l’OLP. L’un des objectifs de l’opération était de chasser la résistance palestinienne du Liban. À l’époque, le Liban était le centre de la révolution palestinienne, puisque les Palestiniens en exil organisaient leur lutte de libération en divers endroits, à l’intérieur et à l’extérieur de leur patrie occupée.
À la mi-août 1982, en réponse à la crise et au moment des promesses des envoyés internationaux de garantir la sécurité des civils palestiniens des camps de réfugiés du Liban, l’OLP avait accepté de retirer les combattants de la résistance palestinienne et leurs armes du Liban et de faire s’en aller leurs chefs pour Tunis. En réponse aux fausses promesses, la révolution palestinienne, sa résistance et ses armes avaient accepté le «désarmement».
L’évacuation de l’OLP eut lieu du 21 août au 1er septembre 1982, quand les combattants de la résistance quittèrent le Liban pour Tunis. Quelques jours après le retrait des défenseurs des camps, suivi de près de l’assassinat du dirigeants phalangistes Bachir Gemayel par le Parti social-nationaliste syrien (SSNP), les forces d’occupation israéliennes et leurs alliés phalangistes envahirent Beyrouth et encerclèrent le camp de réfugiés de Chatila qui, à la date du 15 septembre 1982, n’hébergeait pratiquement plus que des femmes, des enfants et des personnes âgées.
Les forces «israéliennes» installèrent des check-points à chaque entrée du camp, bloquant ainsi la sortie des civils palestiniens et contrôlant tous les points d’entrée. Sous la bénédiction des forces sionistes, les milices fascistes pénétrèrent dans le camp et procédèrent au massacre de milliers de réfugiés palestiniens laissés là sans leurs combattants de la résistance et leurs armes d’autodéfense et de libération nationale.
Environ 4.000 Palestiniens et Libanais furent massacrés, dont de nombreux bébés et personnes âgées. Bien des victimes soient toujours portées manquantes aujourd’hui. La violence de l’attaque fut insupportable: torture, viols, enfants abattus de sang-froid. Les forces sionistes s’arrangèrent pour que plus d’agresseurs puissent entrer tout en interdisant la fuite hors de la zone du moindre résident palestiniens ou libanais.
Les gens du camp, des femmes, des personnes âgées, des enfants, résistèrent avec de petites armes, avec leurs corps et leur seul souffle.
Les massacres de Sabra et de Chatila ne furent pas un acte de violence aléatoire commis par une milice. Ils ne furent pas un simple incident de sectarisme violent, ils restent une représentation de la façon dont un conflit sectaire ne profite qu’au sionisme et à l’impérialisme. Le massacre fut un élément central dans l’invasion sioniste du Liban soutenue par les EU, qui ravit jusqu’à 30.000 vies et sous laquelle le Sud-Liban resta occupé jusqu’au 25 mai 2000, lorsqu’il fut libéré par la Résistance libanaise dirigée par le Hezbollah.
Les massacres se voulaient un acte de génocide destiné à débarrasser le Liban de sa population palestinienne et facilité par les mêmes forces responsables de la Nakba en cours et de l’accélération du nettoyage ethnique génocidaire auquel nous sommes confrontés aujourd’hui en Palestine, particulièrement à Gaza et en Cisjordanie, ainsi qu’au Liban.
De Deir Yasin et d’al-Lid à Gaza, des massacres de Septembre en Cisjordanie aux attaques contre Jenin et ses camps de réfugiés, la liquidation du peuple palestinien est sciemment organisée par l’impérialisme américain et par l’entité sioniste avec la collaboration, la complicité et l’implication directe des forces réactionnaires et fascistes arabes.
La leçon de Sabra et Chatila est claire au vu des actuelles tentatives des EU et de l’entité sioniste en vue d’exiger le «désarmement» de la Résistance, de la bande de Gaza aux camps de réfugiés du Liban, à la résistance libanaise et aux habitants du Sud. Les promesses de la «communauté internationale» sont inutiles pour protéger les gens soumis au génocide impérialiste-sioniste. Malgré un 'cessez-le-feu' à Gaza respecté de façon stricte par la résistance, avec de présumés médiateurs garants et la création d’un soi-disant «Conseil de la Paix», chaque jour, les meurtres, les assassinats et les massacres se poursuivent sans que les moindres caravanes, carburant, équipements médicaux ou matériaux de construction puissent entrer à Gaza. Malgré un «accord cadre» imposé par les EU au Liban, les occupants sionistes continuent de détruire des maisons, des écoles et des entreprises sur toute l’étendue du Sud-Liban, de kidnapper des citoyens libanais et de lancer des bombardements meurtriers et des campagnes d’assassinats.
Les promesses de ces forces sont sans valeur comme le prouvent les violations et attaques quotidiennes par l’ennemi sioniste occupant; et pourtant il ose exiger une fois de plus que les Palestiniens et les Libanais cèdent la seule chose qui les ait jamais protégés de l’envahisseur et de l’occupant: les armes de la Résistance. Le souvenir de Sabra et Chatila reste vivace et la leçon est claire: le désarmement de la Résistance fait partie intégrante du génocide et constitue une promesse, non pas de paix, mais de massacres à venir.
Sabra et Chatila a été une tentative d’oblitérer totalement la résistance et, comme ce fut le cas de chaque autre tentative, elle a échoué. Nous n’oublierons pas la leçon du massacre: la résistance est le peuple et la résistance protège le peuple. Nous savons ce qui se passe quand la résistance est séparée de force du peuple et les Palestiniens, les Libanais et, dans leur bataille pour leur libération, tous les peuples occupés ont le droit de résister de toutes les façons possibles, y compris et tout spécialement par la lutte armée.
Le Réseau Samidoun de solidarité aux prisonniers palestiniens pleure les martyrs de Sabra et Chatila et salue tous les réfugiés palestiniens dans les camps et en exil et dans la diaspora qui continuent de lutter pour le retour et la libération. Nous demandons instamment à tous nos partisans de mettre en évidence la lutte révolutionnaire en cours des Palestiniens dans les camps, depuis les camps assiégés et soumis au génocide à Gaza jusqu’aux camps occupés et rasés de Cisjordanie, jusqu’aux camps marginalisés et ciblés du Liban, qui continuent de mettre en avant des générations de combattants pour la libération de la Palestine.
Nous réclamons la liberté de tous les prisonniers palestiniens et de tous les prisonniers pour la Palestine dans les prisons sionistes, réactionnaires et impérialistes et nous insistons sur le fait que cet anniversaire doit également être l’occasion d’affirmer notre soutien à la poursuite de la résistance palestinienne et libanaise, à un moment où les tentatives en vue de l’anéantir sont plus violentes que jamais.
L’Europe (comme par hasard) tarde à adopter une «position de principe»
Alors que 12 pays dont la France, le Royaume-Uni et le Canada ont annoncé la semaine dernière leur volonté d’interdire les importations de produits israéliens issus des colonies illégales, les militants dénoncent des mesures insuffisantes.
«La question est: que faisons-nous? Si l’on prend l’exemple de l’occupation de la Crimée, la situation était très claire: c’est illégal, nous ne reconnaissons pas cette occupation, donc nous cessons tout commerce avec les produits provenant de Crimée. Nous devrions adopter la même position de principe: nous savons que c’est illégal, tout le monde en convient, nous devrions donc cesser tout commerce avec les territoires palestiniens occupés».
Ces mots sont ceux de Kaja Kallas, cheffe de la politique étrangère de l’Union européenne (UE), lors d’une interview donnée au Irish Times au lendemain de la déclaration du Royaume-Uni puis de 11 autres pays dont le France de mesures visant à restreindre l’importation de produits israéliens issus des colonies.
Ces annonces ont souligné la division croissante de l’Europe sur le sujet des sanctions à imposer à 'Israël' en raison de ses violations répétées du droit international, et notamment du génocide perpétré à Gaza et de la tentative d’annexion de la Cisjordanie.
En effet, ces sanctions unilatérales interviennent faute d’avoir pu trouver une position européenne, l’Allemagne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovénie s’opposant fermement à de telles mesures. Pour Kaja Kallas, l’Europe ne pourra pas être prise au sérieux tant qu’elle restera divisée. Dans son interview au Irish Times, la diplomate explique que les institutions européennes «essuient de vives critiques» pour leur incapacité à sanctionner 'Israël'.
Elle ajoute que la Commission européenne subissait une pression «très claire» de la part des gouvernements nationaux pour qu’elle propose une interdiction commerciale à l’échelle de l’UE. Si la proposition était approuvée en tant que mesure commerciale de l’UE plutôt que comme une décision de politique étrangère, elle ne nécessiterait que le soutien d’une majorité d’États membres, et non l’accord unanime requis pour les sanctions.
Lorsque la Russie a envahi et annexé la péninsule ukrainienne de Crimée en février 2014, dès le mois de juin, l’UE avait interdit tous les produits provenant de ce territoire et imposé des sanctions économiques à la Russie, avant d’adopter par la suite des restrictions sur les exportations d’armes, d’énergie et de technologies vers la Russie.
Des mesures insuffisantes
Si ces déclarations représentent un nouveau pas vers de possibles sanctions européennes à l’égard d’'Israël', les défenseurs de la cause palestiniennes attendent qu’elles se traduisent en actes, et dénoncent déjà leur trop faible étendue.
L’UE est le premier partenaire commercial d’'Israël', représentant 31,7% du commerce total de marchandises d’'Israël' en 2025 (43,3 milliards d’euros), selon la Commission européenne. L’UE a fourni 33,1% des importations d’'Israël' (28 milliards d’euros) et en a reçu 29,4% des exportations (15,3 milliards d’euros). Les échanges bilatéraux entre la France et 'Israël' ont atteint 3,62 milliards de dollars en 2025. Une grande partie de leurs échanges commerciaux concerne des licences d’exportation de technologies de surveillance et militaires.
Bien qu’aucun chiffre précis concernant le commerce des colonies ne soit connu, on estime qu’il ne représente qu’une infime fraction du commerce total entre l’UE et 'Israël', ce qui signifie que l’impact de l’interdiction est bien plus symbolique qu’économique.
En regard de la vivacité de ces échanges commerciaux, les soutiens de la Palestine dénoncent qu’une mesure ne ciblant que les exportations issues des colonies est insuffisante. «La fin de la colonisation, de l’occupation et de l’apartheid exige des mesures à la hauteur de la situation», souligne un communiqué de la branche française de la campagne Boycott, Désinvestissement et Sactions (BDS), qui suggère un embargo sur les armes et des sanctions économiques et politiques effectives.
Depuis le début du génocide perpétré par 'Israël' à Gaza, les militants réclament la suspension de l’accord d’association UE-'Israël', une mesure également appelée par les expert-es de l’ONU qui affirmaient en avril dernier que «l’Union européenne ne peut prétendre défendre les droits humains tout en maintenant un commerce préférentiel avec un État dont les agissements équivalent à un génocide.»
Une initiative citoyenne formulant cette exigence a réunit en quelques mois plus d’1,3 million de signatures.
Un ministre israélien menace de déchoir de leur citoyenneté les deux réalisateurs d’un documentaire primé sur Gaza
Le ministre israélien de la Culture a menacé de déchoir de leur citoyenneté deux cinéastes israéliens après que leur documentaire sur la guerre à Gaza ait remporté un prix majeur à la Mostra de Venise.
Dans une publication sur son compte X dimanche, Miki Zohar a déclaré qu’il engagera une procédure visant à retirer la citoyenneté de Yuval Abraham et Rachel Szor, à la suite du succès de leur documentaire 'NAZA' qui a remporté le Prix spécial du jury à la Mostra de Venise. [Ndt: Le terme “Naza” désigne les civils dans le jargon militaire de l’armée israélienne. Un soldat témoigne que pour tuer ou attraper un seul combattant du Hamas, l’armée les a déjà autorisés à faire jusqu’à 500 “Naza collatéraux”].
Il a qualifié cette récompense de “choquante” et le documentaire de “répugnant”, ajoutant que ses auteurs ont porté atteinte à l’image d’'Israël' afin d’obtenir une reconnaissance internationale.
Il a également dit que leur documentaire constitue une “trahison” envers 'Israël', expliquant que ses récents efforts pour mener d’importantes réformes dans le secteur du cinéma visaient notamment à empêcher que l’argent public soit consacré à des œuvres qui portent préjudice aux soldats et à 'Israël'.
Le ministre a déclaré qu’il prendra immédiatement des mesures pour engager la procédure de retrait de la citoyenneté des deux cinéastes en raison de leur comportement.
Selon le synopsis de la Mostra de Venise, 'NAZA' explore ce qu’il présente comme les mécanismes à l’origine du “meurtre de masse calculé” de civils palestiniens dans la bande de Gaza par 'Israël', en s’appuyant notamment sur les témoignages d’officiers du renseignement militaire et de soldats israéliens.
Le documentaire a été présenté en avant-première à la Mostra de Venise jeudi et a reçu le Prix spécial du jury samedi.
Quelque 750.000 colons vivent à travers plus de 500 colonies et avant-postes illégaux, alors que les pogroms israéliens contre les Palestiniens ont atteint des records
Les colonies israéliennes sont des communautés juives construites illégalement sur des terres palestiniennes en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est.
Ces colonies ressemblent souvent à des banlieues ordinaires: maisons de ville uniformes, toits en tuiles rouges et pelouses soignées, perchées au sommet de collines qui leur donnent une vue imprenable sur les villes et villages palestiniens.
La propagation des colonies et des avant-postes israéliens
Les colonies sont antérieures à la création d’'Israël' en 1948, mais leur nombre et leur ampleur ont considérablement augmenté après qu’'Israël' ait occupé la Cisjordanie et Jérusalem-Est en 1967.
Au cours des six dernières décennies, le réseau de colonies est passé d’avant-postes perchés dispersés à un système tentaculaire de colonies, de routes et d’autoroutes les liant les uns aux autres et à 'Israël'.
Selon Peace Now, un organisme de surveillance israélien anti-colonisation, il y a au moins 148 colonies illégales en Cisjordanie occupée et 15 à Jérusalem-Est occupée, 163 au total, qui abritent aujourd’hui quelque 750.000 Israéliens, soit environ 10% de la population juive du pays.
Rien qu'en 2025, près de 28.000 logements ont été avancés dans les colonies existantes en Cisjordanie occupée, beaucoup plus de croissance que de nouvelles colonies ou avant-postes ajoutés par eux-mêmes.
En 2024, ces 163 colonies illégales abritaient 744.700 colons israéliens: 511.100 en Cisjordanie et 233.600 à Jérusalem-Est, ainsi qu'un nombre record d'avant-postes illégaux, maintenant plus de 400, qui ne sont pas officiellement comptabilisés mais sont souvent absorbés dans des colonies reconnues au fil du temps, ce qui rend un véritable décompte difficile à cerner.
Comment les avant-postes deviennent des colonies
Les colonies de peuplement sont illégales en droit international car elles violent la quatrième Convention de Genève, qui interdit à une puissance occupante de transférer sa population dans la zone qu'elle occupe.
Le Conseil de sécurité des Nations unies, la Cour internationale de Justice (CIJ) et le Comité international de la Croix-Rouge (CCIR), entre autres, ont affirmé cette position, plus récemment dans l’avis consultatif de la CIJ de juillet 2024.
En vertu de la loi israélienne, les colonies sont légalement sanctionnées, planifiées, financées et construites avec l’approbation directe du gouvernement, allant des petites communautés rurales aux grandes villes comme Ariel et Maale Adumim.
Les avant-postes sont différents. Ce sont de plus petites communautés construites sans autorisation formelle, bien que beaucoup soient ultérieurement légalisées ou absorbées dans les colonies existantes.
Comment les colonies se taillent la terre palestinienne
Certaines colonies israéliennes sont devenues des communautés urbaines importantes, avec leurs propres maires, écoles, centres commerciaux, centres médicaux et même universités. Modi’in Illit est la plus grande, avec 89.301 résidents, suivie par Beitar Illit avec 70.251 et Pisgat Ze’ev qui en compte 48.419.
Comme la plupart des colonies, elles sont reliées par un réseau dense de routes construites exclusivement pour les colons, dont beaucoup contournent les routes qui traversent les terres palestiniennes, fragmentant ainsi les communautés et, soutenues par des points de contrôle et des barrages routiers (check-points), limitant la circulation des Palestiniens qui vivent à leurs côtés.
Cela n’est nulle part plus clair que l’E1, une zone à l’est de Jérusalem prévue pour l’expansion de Maale Adumim, qui séparerait Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie et fragmenterait davantage la continuité territoriale palestinienne.
En août 2025, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a approuvé plus de 3.000 foyers dans le projet de colonisation E1, un plan gelé depuis des décennies sous la pression internationale, déclarant que cette décision «enterrerait l’idée d’un État palestinien».
La décision a suscité une condamnation mondiale, y compris de la part de près de 30 gouvernements et de la Commission européenne, qui l’ont qualifiée d’«inacceptable et de violation du droit international».
Pogroms en hausse
Les colons israéliens peuvent être largement divisés en deux types. Les premiers sont largement attirés par l'économie: loyers moins chers, hypothèques subventionnées, terres à prix réduits et incitations gouvernementales qui rendent le logement dans les colonies illégales beaucoup plus abordable qu'en 'Israël' proprement dit.
Les deuxièmes sont des nationalistes religieux, qui croient que la terre leur a été promise par Dieu. Ce groupe comprend les «jeunes gens des collines», connus pour établir des avant-postes et attaquer les communautés palestiniennes, souvent avec l’armée israélienne qui les encadre ou les soutiennent, comme dans le siège de Qusra, qui a commencé en août et se poursuit sous l’application militaire aujourd’hui.
Les experts et les responsables de l'ONU décrivent de plus en plus ces attaques comme des pogroms, des violences organisées, souvent soutenues par l'État contre une minorité ciblée, un terme que les officiers israéliens eux-mêmes ont utilisé après des incidents passés tels que l'attaque de 2023 contre Huwara.
Selon les données du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), les attaques de colons entraînant des victimes et/ou des dégâts matériels ont fortement augmenté, en particulier depuis le 7 octobre 2023.
En 2025, 1.836 attaques de ce type ont été enregistrées, soit plus du double des 852 enregistrées en 2022, soit une moyenne d'environ cinq attaques par jour.
Depuis le 7 octobre 2023, 5.131 attaques ont été enregistrées au total. L'augmentation s'est poursuivie jusqu'en 2026, avec 1.418 attaques enregistrées entre janvier et juillet, bien que l'année ne soit pas encore terminée.
La violence et la création de nouveaux avant-postes sont deux aspects différents de l'activité de colonisation, mais ensemble, ils montrent comment l'expansion illégale de la colonisation se produit non seulement par le biais de communautés établies et de la planification gouvernementale, mais aussi par de nouvelles activités sur le terrain.
En vue des prochaines élections palestiniennes prévues (en principe) avant la fin de l'année
Le comité exécutif du mouvement national palestinien a appelé à la nécessité de tenir des élections libres et démocratiques pour les membres du Conseil national palestinien (CNP), permettant ainsi aux Palestiniens de l’intérieur, des camps et de la diaspora de choisir directement leurs représentants, et garantissant que la composition du conseil reflète la volonté populaire et les choix nationaux palestiniens. (Le Conseil national palestinien est le parlement en exil du peuple palestinien. C'est l'institution la plus importante de l'Organisation de libération de la Palestine).
Le comité exécutif a réaffirmé, dans un communiqué samedi, son rejet des mécanismes de nomination et de consensus qui se font à travers le principe du «collège électoral», soulignant que leurs résultats manquent de légitimité, et que la reconstruction du CNP et le renouvellement de sa légitimité ne peuvent être réalisés que par les urnes, loin des nominations et des consensus qui se font entre certains factions.
Le comité exécutif a critiqué les assemblées conçues à l’avance en faveur de l’équipe influente et dominante, considérant que l’adoption de telles mécanismes dépasse la volonté populaire et consacre une réalité politique qui, selon la déclaration, ne repose sur aucune base légitime ou légale.
Le mouvement a affirmé que la priorité de la phase actuelle réside dans le travail sérieux et rapide de reconstruction du projet national palestinien, en soulignant le besoin des Palestiniens d’une direction nationale et d’une référence unifiée qui place les exigences de la phase de libération nationale au premier plan de ses priorités, et qui renforce la résistance du peuple palestinien et les éléments de sa survie sur sa terre, tout en traitant ses questions de vie et de subsistance.
Il a estimé que la phase actuelle nécessite la formation d’une large coalition nationale incluant divers factions, forces, institutions et personnalités nationales, sur la base de l’engagement envers le pacte national et l’option de résistance à l’occupation, de confrontation à l’agression, de guerre d’extermination, de projets d’annexion, de judaïsation, de déplacement et de colonisation, et le rejet de ce qu’il a qualifié de formes de marchandage sur les droits nationaux et historiques du peuple palestinien.
Le comité exécutif du mouvement national palestinien a appelé à accélérer la formation de l’alliance «Front national uni», menant à la création du «Front de salut national», qui, selon le communiqué, se chargera de réorganiser les priorités nationales en phase de libération nationale, et de réaffirmer le droit historique du peuple palestinien à sa terre et son attachement à diverses formes de lutte pour la liberté, le retour et l’autodétermination.
Les positions du mouvement interviennent dans un contexte de critiques palestiniennes croissantes concernant le mécanisme de sélection des représentants de la communauté palestinienne au Koweït, au Qatar et à Bahreïn pour l’adhésion au Conseil national palestinien, après l’adoption d’un collège électoral déterminé par le mouvement Fatah.
Cette méthode a suscité des objections de la part de factions, d’organes et de coalitions populaires palestiniennes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, au milieu des critiques sur sa capacité à exprimer la volonté électorale directe des Palestiniens, notamment dans le contexte des discussions croissantes sur les mécanismes de restructuration du Conseil national et de son renouvellement de légitimité et de représentation des différentes communautés palestiniennes.
Vagues d’attaques coordonnées et expansion continue
Les Palestiniens sont quotidiennement exposés à la terreur des colons extrémistes sionistes. Pas une heure ne se passe en Cisjordanie occupée sans qu’une nouvelle agression ne soit recensée. Ces dernières 24 heures, les vagues d’attaques perpétrées par les colons se sont multipliées: agressions physiques, tirs sur les habitations, dégradation de véhicules, pillage des moyens de subsistance, mais aussi érection de nouvelles structures et agrandissement d’implantations existantes.
Le tout sous l’œil bienveillant et la protection directe de l’armée d’Occupation «nazie sioniste» qui l’encourage à commettre plus de violations et crimes contres les Palestiniens et leurs biens.
Les colons intensifient leur violence cruelle et meurtrière, notamment dans la ville sainte de Jérusalem, Jenin, Ramallah, Nablus et la vallée du Jourdain. Il ne s’agit plus d’incidents isolés, mais bien d’une stratégie orchestrée où chaque attaque s’articule avec l’accélération de la colonisation pour imposer un fait accompli sur le terrain.
Un Palestinien, originaire de Faqqua, à l’est de Jenin, a été blessé par balle lors d’un raid perpétré par un groupe de colons extrémistes lors de leur offensive en s’emparant des terres agricoles. Face à la résistance des habitants venus défendre leurs champs, les affrontements ont éclaté. C’est alors que les forces armées d’Occupationsont intervenues en renfort aux côtésdes colons extrémistes, ouvrant le feu sur les villageois. Cette attaque survient dans un climat déjà lourd, marqué par des incursions et des vagues d’arrestations quotidiennes dans tout le gouvernorat.
Dans le voisinage, toujours à l’est de Jenin, à Deir Abou Da’if, des colons ont hissé le drapeau sioniste sur le toit d’une maison sous le coup d’un arrêté de démolition, une provocation symbolique de plus dans une zone sous pression constante.
La zone de Ramallah n’a pas non plus été épargnée. Au nord-est, des hommes armés ont fait irruption dans le secteur oriental du village d’Al-Mughayyir, tirant à balles réelles vers les habitations sous la protection del’armée usurpatrice «nazie sioniste».
Au même moment, sur le mont Darwish à l’ouest du village, d’autres installaient un bungalow préfabriqué pour grignoter un peu plus de terrain et inscrire leur présence dans la durée. Plus loin sur la route d’Al-Mu’arrajat, reliant Ramallah à Jéricho, deux jeunes du village, Ghaith et Muhiyyiddin Abou Na’im, ont vu leur véhicule pris pour cible, alors qu’ils circulaient pacifiquement.
Dans les environs, la communauté bédouine d’Arab Al-Ka’abna, à l’est d’Al-Taybeh, subit des intimidations quotidiennes, tandis que le nouvel avant-poste de «Wadi Al-Zaytoun», à Oum Safa, continue de s’étendre. Ces actions combinent la terreur physique à la confiscation silencieuse des terres, asphyxiant peu à peu les villages palestiniens.
Outre, dans la vallée du Jourdain, le harcèlement touche directement aux ressources vitales. Des colons extrémistes ont attaqué et profané le hameau d’Al-Hamma pour y voler des citernes d’eau, privant délibérément la communauté pastorale locale de la ressource essentielle à sa survie et à celle de son bétail.
Au sud de Nablus, du côté de Beita, après avoir attaqué des maisons, des groupes armés se sont emparés d’un troupeau d’ovins, frappant de plein fouet l’économie locale.
Plus au nord-ouest, entre Beit Imrin et Yasid, les colons ont réinstallé un avant-poste précédemment démantelé, confirmant leur volonté de mailler toujours plus le territoire.
Enfin, à Jérusalem occupée, des groupes de colons extrémistes sionistes ont arpenté les ruelles de la vieille ville pour y accomplir des rituels talmudiques à la veille du Nouvel An hébraïque, s’inscrivant dans une dynamique d’incursions de plus en plus pressantes au cœur des lieux saints.
Incessantes agressions de l'armée du régime génocidaire sioniste à Gaza
Durant le génocide d’'Israël' à Gaza, le monde entier a compris que la diplomatie ne s’opposait pas réellement à l’effacement des Palestiniens. Lorsque 'Israël' a évoqué officiellement son projet de vider Gaza de ses habitants palestiniens, il a reçu des armes et un soutien diplomatique. Lorsque le transfert forcé est apparu comme faisant partie intégrante du plan, très tôt après le début du génocide, la communauté internationale a exprimé son refus, mais les ventes d’armes se sont poursuivies de plus belle. Il est devenu évident qu’'Israël' était autorisé à transformer les violations du droit international et les crimes de guerre en prérogatives exclusives au service de son agenda colonial.
Aujourd’hui, alors que le transfert forcé revient au cœur de l’actualité — avec l’annonce par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, d’un plan sur sept ans prévoyant le transfert forcé de 250.000 Palestiniens vers d’autres pays, suivi du reste de la population palestinienne de Gaza — le silence de la communauté internationale n’est pas du tout rassurant.
Même si ce plan ne se concrétise pas, l’occupation militaire de Gaza par 'Israël' risque de devenir permanente, ce qui implique que plusieurs scénarios d’effacement sont envisagés.
Cette semaine, la rapporteuse spéciale de l’ONU, Francesca Albanese, a averti que l’enlèvement des décombres par 'Israël' dans les zones occupées par l’armée tentait d'effacer les preuves du génocide et anéantir toute chance d’identifier les corps restant piégés sous les ruines.
«Les décombres de Gaza contiennent des restes humains et des preuves matérielles essentielles à l’enquête sur les crimes internationaux présumés, y compris le génocide», a déclaré Mme Albanese, soulignant que les entreprises et les pays participant au déblaiement pourraient voir leur responsabilité pénale internationale engagée.
Il existe toutefois un écart majeur entre ce que dicte le droit international et la réalité lorsque 'Israël' est impliqué. 'Israël' évoque ouvertement des crimes de guerre sans jamais être sanctionné. Cela ne devrait pas surprendre : après tout, rien n’a empêché les groupes paramilitaires sionistes de procéder au nettoyage ethnique des Palestiniens lors de la Nakba pour ouvrir la voie à la création d’'Israël'.
Des décennies de violations supplémentaires, jusqu’au génocide, se sont également déroulées sans conséquences pour 'Israël', tandis que les Palestiniens étaient réduits à de simples statistiques pour des institutions internationales obstinées à faire fonctionner un paradigme humanitaire défaillant.
'Israël' dispose désormais de méthodes d’effacement plus sophistiquées et d’opportunités illimitées pour les promouvoir. En laissant le génocide se dérouler sans entrave à Gaza, la communauté internationale a accordé à 'Israël' une impunité totale. Qui s’élèvera désormais contre le transfert forcé — présenté sous les atours d’une migration volontaire — alors que les Palestiniens ont déjà été déplacés par le génocide? Qui dénoncera le fait qu’'Israël' déblaie les décombres et efface les preuves, alors que le feu vert donné au génocide a déjà ouvert la voie à des crimes d’effacement?
Plus les Palestiniens sont tués et déplacés avec l’approbation tacite et totale de la communauté internationale, plus il est aisé pour 'Israël' d’élaborer des plans visant à leur effacement pur et simple. Lorsque Ben Gvir affirme que le transfert forcé est une option réaliste, il est malheureusement fort probable qu’il ait raison. Tout plan mis en œuvre à l’avenir inclura indubitablement un transfert forcé.
C’est ainsi qu’'Israël' s’est maintenu en tant qu’entreprise coloniale en Palestine: par le transfert forcé et l’effacement, renforcés par la complicité et le silence internationaux.
L’UNRWA coupe son aide à six camps de réfugiés palestiniens au nord du Liban
Dans les rues du camp de Nahr al-Bared, au nord du Liban, où les ruelles sont à peine assez larges pour y circuler et où les bâtiments masquent le ciel, Aziza Wahbeh, une réfugiée palestinienne de 45 ans, mesure les longues heures d’une journée interminable.
L’électricité n’est disponible que deux heures par jour, les familles doivent acheter l’eau car elle n’est pas fournie, le loyer des logements exigus et vétustes ne cesse d’augmenter, et le manque de travail empêche de nombreux jeunes de subvenir aux besoins de leur famille.
Aziza Wahbeh, qui souffre d’une colique néphrétique chronique, explique que chaque mois, sa famille est obligée de choisir entre se nourrir et se soigner – une situation que connaissent près d’un millier d’autres familles dans ce camp.
Elle fait partie des dizaines de milliers de Palestiniens résidant dans les douze camps de réfugiés du Liban et qui dépendent depuis longtemps de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) pour se nourrir, s’instruire, se soigner et trouver un emploi. Exclus de l’économie libanaise par la loi, la majorité des quelque 300.000 réfugiés palestiniens au Liban ne disposent d’aucun autre filet de sécurité que l’agence.
Or, confrontée à la pire crise financière qu’elle ait connue depuis sa création en 1949, l’UNRWA doit aujourd’hui choisir quels camps soutenir et lesquels laisser sans aide. La dernière aide financière d’urgence que Wahbeh a reçue de l’UNRWA remonte au printemps.
Puis, en mai, l’agence a décidé d’exclure six camps de son programme d’aide financière d’urgence, au motif qu’ils n’étaient pas «directement touchés» par le conflit en cours au Liban: Nahr al-Bared et Baddawi au nord, Ein al-Hilweh et Mieh Mieh dans la région de Saïda, et Mar Elias et Dbayeh à Beyrouth. Cette décision, qui touche des milliers de familles, a immédiatement déclenché des protestations. Mi-juin, des factions palestiniennes et des comités populaires ont organisé des sit-in simultanés devant les bureaux de l’agence à Nahr al-Bared et Baddawi, dénonçant une distribution injuste et exigeant des critères applicables à tous les réfugiés, quelle que soit leur zone de résidence.
Depuis, le mécontentement s’est amplifié. Des manifestations ont éclaté à Beyrouth le 14 août contre les coupes budgétaires dans les services de l’UNRWA, réclamant une aide financière mensuelle pour chaque famille palestinienne sans exception. Les habitants affirment qu’une guerre qui a paralysé l’économie libanaise, fait flamber les prix et interrompu l’activité économique n’a épargné aucune région du pays, et surtout pas les camps dont l’économie fragile dépendait des villes libanaises environnantes.
Les réfugiés palestiniens dans les camps au Liban doivent désormais choisir entre une miche de pain ou les médicament: «Nous devons maintenant choisir entre une miche de pain et nos médicaments», a déclaré Wahbeh à Mondoweiss chez elle, dans le camp. «L’UNRWA était notre seul soutien, nous permettant de bénéficier d’une aide alimentaire, de soins médicaux et de la scolarisation de nos enfants. Qu’ils coupent les vivres maintenant et nous excluent des dernières distributions, c’est comme si nous avions été abandonnés au bord du chemin.»
Sa famille vit désormais grâce aux ressources que son père peut cueillir. «Il monte à la montagne pour ramasser de la sauge et la vendre», explique-t-elle. «Un bouquet se vend cent mille lires (environ 1,1 centime d’euro), et c’est tout ce qui suffit pour la maison. S’il vend, nous mangeons pour un jour. S’il ne vend pas, nous ne mangeons pas.»
"Les besoins de chacun sont les mêmes et les difficultés sont partagées".
Cette décision intervient au moment où l’UNRWA traverse sa plus grave crise institutionnelle. Cette crise trouve son origine début 2024, lorsqu’'Israël' a accusé plusieurs membres du personnel de l’UNRWA d’être impliqués dans les attentats du 7 octobre. Plus d’une douzaine de donateurs, menés par les États-Unis, ont suspendu leur financement. Bien que la plupart aient repris leurs contributions par la suite, les dégâts ont été durables.
L’agence a reçu 829 millions de dollars en 2025, à peine un quart de ses besoins estimés, et fait face à un déficit de trésorerie de 100 millions de dollars pour 2026. Une conférence de donateurs organisée à New York le 30 juin n’a permis de récolter que 4 millions de dollars. Le commissaire général par intérim de l’agence, Christian Saunders, a déclaré aux donateurs le 30 juin que la situation financière de l’agence était intenable.
Une succession de cessez-le-feu fragiles entre le Hezbollah et 'Israël' depuis novembre 2024 n’a guère amélioré la situation sur le terrain. Les prix à la consommation ont augmenté d’environ 15% en 2025, malgré un ralentissement de l’inflation annuelle, qui atteignait des niveaux à trois chiffres ces dernières années. Les loyers ont fortement augmenté, les dégâts de guerre, les retards de reconstruction et les déplacements massifs de population ayant accentué la pénurie de logements. La Banque mondiale estime que le conflit a engendré 14 milliards de dollars de pertes économiques et que le Liban a besoin de 11 milliards de dollars pour son redressement et sa reconstruction.
Dans les camps, ces pressions ont aggravé des conditions de vie déjà extrêmement difficiles. Nahr al-Bared subit les conséquences d’une reconstruction inachevée depuis 2007, date à laquelle une bataille entre l’armée libanaise et le groupe militant Fatah al-Islam a ravagé une grande partie du camp. Layla Rabih, 40 ans, est enceinte après treize années de traitements de fertilité qu’elle et son mari ont financés eux-mêmes, car l’UNRWA ne les prend pas en charge. Son mari a travaillé jusqu’à ce qu’il se casse la hanche et prenne maintenant des médicaments pour son cœur. Elle vend des vêtements d’occasion via son téléphone quand elle le peut. Ils n’ont aucun revenu stable.
«La décision d’exclure les camps du nord a été un choc terrible», a-t-elle déclaré. «Les besoins des gens sont les mêmes et leurs difficultés sont partagées. Personne ne devrait être exclu de cette aide humanitaire essentielle.»
Bahiyya al-Majdoub, 38 ans, également originaire de Nahr al-Bared, passe ses matinées à chercher du travail: ménage, vente, n’importe quel emploi qui pourrait lui rapporter un salaire. Cette mère de deux enfants n’a plus pu payer leurs frais de scolarité depuis que l’aide financière de l’UNRWA, dont sa famille dépendait, a cessé d’arriver.
«Je veux juste un travail», a-t-elle dit. «Je ne veux pas dire à mes enfants qu’ils doivent quitter l’école parce qu’on n’a pas les moyens de payer.» Selon Wahbeh, les familles ne mangent qu’un seul repas par jour. Un sachet de lait ou un paquet de couches sont devenus un luxe pour un enfant. Des parents ont commencé à retirer leurs enfants de l’école pour les envoyer travailler.
«Certaines personnes ont dû interrompre leurs traitements contre l’hypertension, le diabète et le cancer faute de moyens pour se procurer les médicaments, et l’UNRWA ne prend pas en charge les frais», a déclaré Wahbeh. «Nous ne sommes pas des mendiants», a-t-il ajouté. «Nous avons le droit de vivre dans la dignité jusqu’à notre retour sur nos terres en Palestine, et exclure les camps du Nord est une punition collective infligée à des personnes dont le seul tort est d’être réfugiées.»
À quelques kilomètres de là, dans le camp de Baddawi, la colère se mêle à l’effroi
Zeina al-Abed, 38 ans, mère de trois enfants, n’a rien reçu de la dernière aide. «Franchement, nous avons peur de l’UNRWA», dit-elle. «Ils réduisent les services petit à petit, systématiquement. Avant, nous recevions les 50 dollars alloués aux enfants à titre d’aide périodique, puis ils ont réduit ce montant aux seuls enfants de moins de dix ans.» Finalement, l’aide financière a complètement cessé. Elle marque une pause avant d’ajouter: «J’ai très peur que demain ces réductions s’étendent aux soins de santé et à l’éducation, et que nous entrions dans une période très sombre.»
Elle reconnaît que le camp n’a pas été directement bombardé, hormis une frappe 'limitée'. «Mais nous avons subi de plein fouet les conséquences économiques et sociales de la guerre», ajoute-t-elle. «L’inflation et le chômage ont touché tout le monde, et la guerre économique n’a épargné personne dans ce pays.»
L’UNRWA au bord de la rupture
L’agence affirme que l’exclusion des camps du nord des dernières distributions d’aide d’urgence en espèces est une réponse aux conditions imposées par les donateurs. «Cette récente distribution d’aide a été rendue possible grâce aux contributions des donateurs spécifiquement destinées à soutenir les réfugiés palestiniens touchés par le conflit», ont indiqué des sources proches de l’agence à Mondoweiss. Ces sources ont précisé que les zones touchées par le conflit et couvertes par cette aide sont la banlieue sud de Beyrouth, Baalbek, le sud du Liban et les zones environnantes.
Les montants distribués – de 20 dollars par personne à 45 dollars par ménage – sont «conformes aux montants standard de l’aide en espèces des Nations Unies appliqués au Liban par toutes les organisations humanitaires», ont ajouté les sources. Les services essentiels, notamment la collecte des déchets et le soutien hospitalier, ont été maintenus malgré une réduction de 20% des heures de travail, «mesure difficile de maîtrise des coûts» mise en place en janvier, ont-elles indiqué.
L’UNRWA n’a pas répondu à l’argument principal des habitants: une guerre qui a détruit 14 milliards de dollars de l’économie libanaise n’a pas limité ses dégâts aux seules zones bombardées. L’ampleur de la crise financière de l’ONU a été révélée lors de la conférence des donateurs du 30 juin. Le Secrétaire général António Guterres a averti les participants que toute nouvelle réduction budgétaire pourrait rendre la situation intenable, condamnant les efforts systématiques visant à marginaliser l’agence par la désinformation, les campagnes de diffamation, les actions législatives et les restrictions opérationnelles. Il a également souligné que le siège de l’UNRWA à Jérusalem-Est occupée avait été illégalement saisi plus tôt dans l’année, en violation des privilèges et immunités de l’ONU.
"Nous pouvons être en désaccord avec l’administration de l’UNRWA, mais jamais avec l’UNRWA elle-même"
À l’intérieur des camps, les responsables syndicaux perçoivent cette exclusion comme un élément d’un repli institutionnel délibéré. Abu Firas Moussa, secrétaire du bureau administratif de la Fédération des syndicats des travailleurs palestiniens au nord du Liban, prévient que l’effondrement du département des secours et des services sociaux de l’agence viderait l’institution de sa substance. «Si ce département s’effondre, le nom même de l’agence et sa mission principale s’effondreront avec lui, et l’UNRWA se transformerait d’une agence d’aide aux réfugiés en une agence chargée de leur souffrance, de leur assujettissement et de leur famine, non seulement au Liban et dans ses camps, mais dans les cinq zones de refuge», a déclaré Moussa.
Moussa rejette catégoriquement les justifications géographiques. Il n’existe aucune différence économique ou de niveau de vie entre les camps du nord et du sud, affirme-t-il, puisque la loi libanaise refuse aux réfugiés à travers le Liban le droit d’exercer des professions libérales et de posséder des biens. «Il existe un projet sioniste-américain clairement défini qui vise à liquider le droit au retour des Palestiniens en démantelant l’UNRWA et en mettant fin à son mandat», a-t-il déclaré, soulignant que l’agence mettait en œuvre «des politiques de famine manifeste contre le peuple palestinien», intentionnellement ou non, «sous couvert de neutralité». «Mais la neutralité n’existe pas lorsqu’il s’agit de la cause nationale palestinienne», a ajouté Moussa.
Le déficit invoqué par l’UNRWA, soutient-il, n’est pas imputable aux réfugiés ni à la surpopulation des camps, et la direction internationale de l’agence doit rechercher activement, auprès des États donateurs et au sein des Nations Unies, un financement arabe, européen ou international durable, plutôt que de présenter un déficit permanent comme une fatalité. Ali Huwaidi, écrivain et chercheur spécialiste de l’UNRWA et des affaires palestiniennes, affirme que le taux de pauvreté parmi les réfugiés palestiniens au Liban a atteint 80%, tandis que le chômage réel s’élève à 45% – des chiffres qui se sont encore aggravés après la dernière offensive israélienne contre le Liban en 2025 et 2026, sans pour autant que les financements n’aient augmenté. La surpopulation dans les camps, ajoute-t-il, dépasse désormais les 400%.
Les 4 millions de dollars collectés lors de la conférence de juin sont destinés au programme d’urgence de soutien aux réfugiés directement touchés par la guerre, et non au budget général couvrant les salaires, les écoles et les soins de santé, souligne-t-il. «Les 100 millions de dollars manquants sont négligeables comparés aux milliards dépensés quotidiennement dans les guerres du monde», ajoute-t-il.
Faisant référence au vote de l’Assemblée générale de l’ONU en novembre 2025 autorisant l’UNRWA, en manque de fonds, à poursuivre ses activités, Huwaidi déclare qu’«un mandat prolongé jusqu’en juin 2029 par plus de 155 États membres n’est que de l’encre sur le papier si les obligations ne sont pas honorées». Concernant le droit libanais, Huwaidi propose d’accorder aux réfugiés leurs droits civils et sociaux, le droit au travail, à la propriété et à l’éducation, arguant que cela ne constitue pas une naturalisation et ne remet pas en cause leur droit historique au retour. Cela renforce leur capacité à mener une vie digne dans l’intervalle.
«Nous pouvons avoir des divergences d’opinions avec l’administration, les politiques et la répartition des ressources de l’UNRWA», a-t-il déclaré, «mais nous sommes unanimes sur l’UNRWA elle-même. Nous devons maintenir cette agence comme garante de la responsabilité politique et juridique internationale en matière de questions de réfugiés, son rôle étant intrinsèquement lié à la présence palestinienne jusqu’au retour effectif et à l’indemnisation.»
(Cet article a été réalisé en collaboration avec Egab.)
Le nettoyage ethnique ouvertement appelé par 'Israël' ne rencontre que des oppositions de façade
«Nous ne nous retirerons pas.» Souriant face caméra, vêtu d’un gilet militaire pare-balle, le 1er ministre israélien Netanyahu s’exprime du haut d’un monticule situé à proximité de la Ligne jaune, cette démarcation privant les Palestiniens de Gaza de 60% de leurs terres. Selon les termes du 'plan de paix' officiellement en vigueur depuis octobre 2025, l’armée israélienne devait s’en retirer progressivement, bien qu’elle n’ait jamais montré aucun signe de volonté en ce sens.
Couvrant initialement un peu plus de 50% de l’enclave palestinienne, la zone contrôlée par 'Israël' n’a cessé de s’étendre, les soldats israéliens déplaçant progressivement les monticules de terre et blocs de bétons démarquant l’espace, et rasant les constructions restantes. En décembre 2025, le chef militaire Eyal Zamir avait d’ailleurs qualifié la ligne jaune de «nouvelle frontière» entre 'Israël' et la bande de Gaza.
Et cette position n’a jamais été plus claire avec cette visite de Netanyahu à Gaza, qui inspecte avec satisfaction le paysage dévasté et pointe au-delà: «D’ici, on peut voir Ashkelon. On peut voir toutes nos communautés, dans toutes les directions: Sderot, Netivot, et les kibboutzim. Nous contrôlons la zone. Nous ne nous retirerons pas. Nous restons sur cette ligne. Nous contrôlons 60% de la bande de Gaza et nous ne nous arrêterons pas, car nous éliminons, jour après jour, les terroristes qui nous menacent.»
Le dépeuplement annoncé de Gaza
Cette visite du 1er ministre israélien à Gaza, qui s’est déroulée mercredi 2 septembre dernier, est un signal clair. D’autant plus que, le même jour, son ministre de la Défense Israël Katz déclarait dans la presse israélienne qu’«en fin de compte, il n’y a pas de véritable solution pour Gaza sans migration», affirmant que la majorité de la population gazaouie souhaitait quitter l’enclave, citant un sondage mené par son propre ministère.
«Ce moment viendra. Quand viendra-t-il? Quand il aura été suffisamment prouvé que le Hamas ne respecte pas ses engagements. Nous aurons alors le feu vert pour aller de l’avant sur les plans militaire, territorial et dans d’autres domaines, et les choses s’accéléreront.»
Ces euphémismes de la «migration» ou du «départ volontaire» des Palestiniens de Gaza ont déjà été largement critiqués comme dissimulant un projet de nettoyage ethnique. Ils n’en sont pas moins un projet continuellement avancé par 'Israël', qui a même créé en mars dernier une administration spécifique chargée d’administrer le projet de «départ volontaire» des Gazaouis.
Pour Euro-Med Human Rights Monitor, «un “choix” fait sous la contrainte n’est pas un choix du tout.» Commentant les propos de Katz sur son compte X, l’organisation rappelle que «qualifier le déplacement forcé de 'migration' ne le rend en aucune façon volontaire, et ne peut nier le fait qu’il s’agit d’un nettoyage ethnique.» Le déplacement forcé de populations civiles constitue un crime de guerre au regard du droit international.
Lors de son annonce, le lendemain, de son projet de dépeuplement de Gaza sur 7 ans, le ministre en campagne Itamar Ben-Gvir n’a pas pris la peine d’enrober son projet de ces euphémismes: «Au lieu de creuser des tunnels, il est temps de faire les valises», a-t-il lancé.
Le plan d’Itamar Ben Gvir, long de 20 pages, prévoit le départ de 250.000 Palestiniens de Gaza la première année, puis de 1,8 million sur 7 ans. Son parti, Otzma Yehudit, promet à celles et ceux qui accepteraient de partir des aides et un logement. Reste la question épineuse de la destination, car une telle opération nécessiterait une coordination internationale de grande envergure et des accords politiques qui n’existent pas à l’heure actuelle.
L’opposition états-unienne de façade
Au lendemain de cette annonce et dans une rare manifestation publique de désaccord avec 'Israël', les États-Unis ont rejeté ces appels à l’évacuation de la population palestinienne de Gaza.
«Comme l’indique explicitement le point 12 du plan du président: “Personne ne sera contraint de quitter Gaza et ceux qui souhaitent partir seront libres de le faire et libres d’y revenir. Nous encouragerons les gens à rester et leur offrirons la possibilité de construire une meilleure Gaza”», a déclaré vendredi un porte-parole du Département d’État dans un communiqué cité par Al Jazeera. «Les États-Unis ne soutiennent aucun plan ni aucune proposition visant le déplacement forcé, l’expulsion ou le transfert obligatoire de la population de Gaza.»
La Maison blanche rappelle également son engagement en faveur de la feuille de route du 'plan de paix' acceptée par le Hamas en juillet dernier, qui prévoyait la fin des attaques israéliennes meurtrières quasi quotidiennes et le retrait progressif d’'Israël' de la bande de Gaza, à l’issue desquels le groupe palestinien s’engageait à désarmer son mouvement.
Pourtant, après le rejet officiel en août de cette feuille de route par Netanyahu, les États-Unis se sont alignés sur la position israélienne, l’émissaire Jared Kushner affirmant qu’il n’y aurait aucune reconstruction à Gaza tant que le Hamas ne serait pas désarmé et soulignant que les États-Unis ne «restreindraient pas le droit d’'Israël' à se défendre.»
Cette ambiguïté de la position israélienne n’est bien sûr que de façade, le soutien politique, économique et militaire états-unien à 'Israël' étant largement acquis, malgré un basculement de plus en plus notable de l’opinion publique. Les États-Unis ont versé plus de 25 milliards de dollars à 'Israël' depuis le début de la guerre génocidaire menée contre Gaza en octobre 2023.
Le mois dernier, la directrice exécutive de l’Association des agences de développement international (AIDA) Athena Rayburn, qui représente plus de 100 ONG humanitaires et de développement dans le territoire palestinien occupé, déclarait que le 'Conseil de paix' avait non seulement «échoué» à Gaza, mais avait également «contribué à ancrer davantage la présence illégale d’'Israël'» sur ce territoire.
«Le mandat que ce Conseil [de l’ONU] a donné au Conseil de la paix est utilisé pour obscurcir la poursuite des actions d’'Israël' qui violent les droits fondamentaux des Palestiniens de Gaza et les règles les plus élémentaires du droit international humanitaire», affirmait Athena Rayburn, ajoutant que «cela ne peut pas devenir le nouveau statu quo.»