Quelque 750.000 colons vivent à travers plus de 500 colonies et avant-postes illégaux, alors que les pogroms israéliens contre les Palestiniens ont atteint des records
Les colonies israéliennes sont des communautés juives construites illégalement sur des terres palestiniennes en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est.
Ces colonies ressemblent souvent à des banlieues ordinaires: maisons de ville uniformes, toits en tuiles rouges et pelouses soignées, perchées au sommet de collines qui leur donnent une vue imprenable sur les villes et villages palestiniens.
La propagation des colonies et des avant-postes israéliens
Les colonies sont antérieures à la création d’'Israël' en 1948, mais leur nombre et leur ampleur ont considérablement augmenté après qu’'Israël' ait occupé la Cisjordanie et Jérusalem-Est en 1967.
Au cours des six dernières décennies, le réseau de colonies est passé d’avant-postes perchés dispersés à un système tentaculaire de colonies, de routes et d’autoroutes les liant les uns aux autres et à 'Israël'.
Selon Peace Now, un organisme de surveillance israélien anti-colonisation, il y a au moins 148 colonies illégales en Cisjordanie occupée et 15 à Jérusalem-Est occupée, 163 au total, qui abritent aujourd’hui quelque 750.000 Israéliens, soit environ 10% de la population juive du pays.
Rien qu'en 2025, près de 28.000 logements ont été avancés dans les colonies existantes en Cisjordanie occupée, beaucoup plus de croissance que de nouvelles colonies ou avant-postes ajoutés par eux-mêmes.
En 2024, ces 163 colonies illégales abritaient 744.700 colons israéliens: 511.100 en Cisjordanie et 233.600 à Jérusalem-Est, ainsi qu'un nombre record d'avant-postes illégaux, maintenant plus de 400, qui ne sont pas officiellement comptabilisés mais sont souvent absorbés dans des colonies reconnues au fil du temps, ce qui rend un véritable décompte difficile à cerner.
Comment les avant-postes deviennent des colonies
Les colonies de peuplement sont illégales en droit international car elles violent la quatrième Convention de Genève, qui interdit à une puissance occupante de transférer sa population dans la zone qu'elle occupe.
Le Conseil de sécurité des Nations unies, la Cour internationale de Justice (CIJ) et le Comité international de la Croix-Rouge (CCIR), entre autres, ont affirmé cette position, plus récemment dans l’avis consultatif de la CIJ de juillet 2024.
En vertu de la loi israélienne, les colonies sont légalement sanctionnées, planifiées, financées et construites avec l’approbation directe du gouvernement, allant des petites communautés rurales aux grandes villes comme Ariel et Maale Adumim.
Les avant-postes sont différents. Ce sont de plus petites communautés construites sans autorisation formelle, bien que beaucoup soient ultérieurement légalisées ou absorbées dans les colonies existantes.
Comment les colonies se taillent la terre palestinienne
Certaines colonies israéliennes sont devenues des communautés urbaines importantes, avec leurs propres maires, écoles, centres commerciaux, centres médicaux et même universités. Modi’in Illit est la plus grande, avec 89.301 résidents, suivie par Beitar Illit avec 70.251 et Pisgat Ze’ev qui en compte 48.419.
Comme la plupart des colonies, elles sont reliées par un réseau dense de routes construites exclusivement pour les colons, dont beaucoup contournent les routes qui traversent les terres palestiniennes, fragmentant ainsi les communautés et, soutenues par des points de contrôle et des barrages routiers (check-points), limitant la circulation des Palestiniens qui vivent à leurs côtés.
Cela n’est nulle part plus clair que l’E1, une zone à l’est de Jérusalem prévue pour l’expansion de Maale Adumim, qui séparerait Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie et fragmenterait davantage la continuité territoriale palestinienne.
En août 2025, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a approuvé plus de 3.000 foyers dans le projet de colonisation E1, un plan gelé depuis des décennies sous la pression internationale, déclarant que cette décision «enterrerait l’idée d’un État palestinien».
La décision a suscité une condamnation mondiale, y compris de la part de près de 30 gouvernements et de la Commission européenne, qui l’ont qualifiée d’«inacceptable et de violation du droit international».
Pogroms en hausse
Les colons israéliens peuvent être largement divisés en deux types. Les premiers sont largement attirés par l'économie: loyers moins chers, hypothèques subventionnées, terres à prix réduits et incitations gouvernementales qui rendent le logement dans les colonies illégales beaucoup plus abordable qu'en 'Israël' proprement dit.
Les deuxièmes sont des nationalistes religieux, qui croient que la terre leur a été promise par Dieu. Ce groupe comprend les «jeunes gens des collines», connus pour établir des avant-postes et attaquer les communautés palestiniennes, souvent avec l’armée israélienne qui les encadre ou les soutiennent, comme dans le siège de Qusra, qui a commencé en août et se poursuit sous l’application militaire aujourd’hui.
Les experts et les responsables de l'ONU décrivent de plus en plus ces attaques comme des pogroms, des violences organisées, souvent soutenues par l'État contre une minorité ciblée, un terme que les officiers israéliens eux-mêmes ont utilisé après des incidents passés tels que l'attaque de 2023 contre Huwara.
Selon les données du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), les attaques de colons entraînant des victimes et/ou des dégâts matériels ont fortement augmenté, en particulier depuis le 7 octobre 2023.
En 2025, 1.836 attaques de ce type ont été enregistrées, soit plus du double des 852 enregistrées en 2022, soit une moyenne d'environ cinq attaques par jour.
Depuis le 7 octobre 2023, 5.131 attaques ont été enregistrées au total. L'augmentation s'est poursuivie jusqu'en 2026, avec 1.418 attaques enregistrées entre janvier et juillet, bien que l'année ne soit pas encore terminée.
La violence et la création de nouveaux avant-postes sont deux aspects différents de l'activité de colonisation, mais ensemble, ils montrent comment l'expansion illégale de la colonisation se produit non seulement par le biais de communautés établies et de la planification gouvernementale, mais aussi par de nouvelles activités sur le terrain.
En vue des prochaines élections palestiniennes prévues (en principe) avant la fin de l'année
Le comité exécutif du mouvement national palestinien a appelé à la nécessité de tenir des élections libres et démocratiques pour les membres du Conseil national palestinien (CNP), permettant ainsi aux Palestiniens de l’intérieur, des camps et de la diaspora de choisir directement leurs représentants, et garantissant que la composition du conseil reflète la volonté populaire et les choix nationaux palestiniens. (Le Conseil national palestinien est le parlement en exil du peuple palestinien. C'est l'institution la plus importante de l'Organisation de libération de la Palestine).
Le comité exécutif a réaffirmé, dans un communiqué samedi, son rejet des mécanismes de nomination et de consensus qui se font à travers le principe du «collège électoral», soulignant que leurs résultats manquent de légitimité, et que la reconstruction du CNP et le renouvellement de sa légitimité ne peuvent être réalisés que par les urnes, loin des nominations et des consensus qui se font entre certains factions.
Le comité exécutif a critiqué les assemblées conçues à l’avance en faveur de l’équipe influente et dominante, considérant que l’adoption de telles mécanismes dépasse la volonté populaire et consacre une réalité politique qui, selon la déclaration, ne repose sur aucune base légitime ou légale.
Le mouvement a affirmé que la priorité de la phase actuelle réside dans le travail sérieux et rapide de reconstruction du projet national palestinien, en soulignant le besoin des Palestiniens d’une direction nationale et d’une référence unifiée qui place les exigences de la phase de libération nationale au premier plan de ses priorités, et qui renforce la résistance du peuple palestinien et les éléments de sa survie sur sa terre, tout en traitant ses questions de vie et de subsistance.
Il a estimé que la phase actuelle nécessite la formation d’une large coalition nationale incluant divers factions, forces, institutions et personnalités nationales, sur la base de l’engagement envers le pacte national et l’option de résistance à l’occupation, de confrontation à l’agression, de guerre d’extermination, de projets d’annexion, de judaïsation, de déplacement et de colonisation, et le rejet de ce qu’il a qualifié de formes de marchandage sur les droits nationaux et historiques du peuple palestinien.
Le comité exécutif du mouvement national palestinien a appelé à accélérer la formation de l’alliance «Front national uni», menant à la création du «Front de salut national», qui, selon le communiqué, se chargera de réorganiser les priorités nationales en phase de libération nationale, et de réaffirmer le droit historique du peuple palestinien à sa terre et son attachement à diverses formes de lutte pour la liberté, le retour et l’autodétermination.
Les positions du mouvement interviennent dans un contexte de critiques palestiniennes croissantes concernant le mécanisme de sélection des représentants de la communauté palestinienne au Koweït, au Qatar et à Bahreïn pour l’adhésion au Conseil national palestinien, après l’adoption d’un collège électoral déterminé par le mouvement Fatah.
Cette méthode a suscité des objections de la part de factions, d’organes et de coalitions populaires palestiniennes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, au milieu des critiques sur sa capacité à exprimer la volonté électorale directe des Palestiniens, notamment dans le contexte des discussions croissantes sur les mécanismes de restructuration du Conseil national et de son renouvellement de légitimité et de représentation des différentes communautés palestiniennes.
Vagues d’attaques coordonnées et expansion continue
Les Palestiniens sont quotidiennement exposés à la terreur des colons extrémistes sionistes. Pas une heure ne se passe en Cisjordanie occupée sans qu’une nouvelle agression ne soit recensée. Ces dernières 24 heures, les vagues d’attaques perpétrées par les colons se sont multipliées: agressions physiques, tirs sur les habitations, dégradation de véhicules, pillage des moyens de subsistance, mais aussi érection de nouvelles structures et agrandissement d’implantations existantes.
Le tout sous l’œil bienveillant et la protection directe de l’armée d’Occupation «nazie sioniste» qui l’encourage à commettre plus de violations et crimes contres les Palestiniens et leurs biens.
Les colons intensifient leur violence cruelle et meurtrière, notamment dans la ville sainte de Jérusalem, Jenin, Ramallah, Nablus et la vallée du Jourdain. Il ne s’agit plus d’incidents isolés, mais bien d’une stratégie orchestrée où chaque attaque s’articule avec l’accélération de la colonisation pour imposer un fait accompli sur le terrain.
Un Palestinien, originaire de Faqqua, à l’est de Jenin, a été blessé par balle lors d’un raid perpétré par un groupe de colons extrémistes lors de leur offensive en s’emparant des terres agricoles. Face à la résistance des habitants venus défendre leurs champs, les affrontements ont éclaté. C’est alors que les forces armées d’Occupationsont intervenues en renfort aux côtésdes colons extrémistes, ouvrant le feu sur les villageois. Cette attaque survient dans un climat déjà lourd, marqué par des incursions et des vagues d’arrestations quotidiennes dans tout le gouvernorat.
Dans le voisinage, toujours à l’est de Jenin, à Deir Abou Da’if, des colons ont hissé le drapeau sioniste sur le toit d’une maison sous le coup d’un arrêté de démolition, une provocation symbolique de plus dans une zone sous pression constante.
La zone de Ramallah n’a pas non plus été épargnée. Au nord-est, des hommes armés ont fait irruption dans le secteur oriental du village d’Al-Mughayyir, tirant à balles réelles vers les habitations sous la protection del’armée usurpatrice «nazie sioniste».
Au même moment, sur le mont Darwish à l’ouest du village, d’autres installaient un bungalow préfabriqué pour grignoter un peu plus de terrain et inscrire leur présence dans la durée. Plus loin sur la route d’Al-Mu’arrajat, reliant Ramallah à Jéricho, deux jeunes du village, Ghaith et Muhiyyiddin Abou Na’im, ont vu leur véhicule pris pour cible, alors qu’ils circulaient pacifiquement.
Dans les environs, la communauté bédouine d’Arab Al-Ka’abna, à l’est d’Al-Taybeh, subit des intimidations quotidiennes, tandis que le nouvel avant-poste de «Wadi Al-Zaytoun», à Oum Safa, continue de s’étendre. Ces actions combinent la terreur physique à la confiscation silencieuse des terres, asphyxiant peu à peu les villages palestiniens.
Outre, dans la vallée du Jourdain, le harcèlement touche directement aux ressources vitales. Des colons extrémistes ont attaqué et profané le hameau d’Al-Hamma pour y voler des citernes d’eau, privant délibérément la communauté pastorale locale de la ressource essentielle à sa survie et à celle de son bétail.
Au sud de Nablus, du côté de Beita, après avoir attaqué des maisons, des groupes armés se sont emparés d’un troupeau d’ovins, frappant de plein fouet l’économie locale.
Plus au nord-ouest, entre Beit Imrin et Yasid, les colons ont réinstallé un avant-poste précédemment démantelé, confirmant leur volonté de mailler toujours plus le territoire.
Enfin, à Jérusalem occupée, des groupes de colons extrémistes sionistes ont arpenté les ruelles de la vieille ville pour y accomplir des rituels talmudiques à la veille du Nouvel An hébraïque, s’inscrivant dans une dynamique d’incursions de plus en plus pressantes au cœur des lieux saints.
Incessantes agressions de l'armée du régime génocidaire sioniste à Gaza
Durant le génocide d’'Israël' à Gaza, le monde entier a compris que la diplomatie ne s’opposait pas réellement à l’effacement des Palestiniens. Lorsque 'Israël' a évoqué officiellement son projet de vider Gaza de ses habitants palestiniens, il a reçu des armes et un soutien diplomatique. Lorsque le transfert forcé est apparu comme faisant partie intégrante du plan, très tôt après le début du génocide, la communauté internationale a exprimé son refus, mais les ventes d’armes se sont poursuivies de plus belle. Il est devenu évident qu’'Israël' était autorisé à transformer les violations du droit international et les crimes de guerre en prérogatives exclusives au service de son agenda colonial.
Aujourd’hui, alors que le transfert forcé revient au cœur de l’actualité — avec l’annonce par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, d’un plan sur sept ans prévoyant le transfert forcé de 250.000 Palestiniens vers d’autres pays, suivi du reste de la population palestinienne de Gaza — le silence de la communauté internationale n’est pas du tout rassurant.
Même si ce plan ne se concrétise pas, l’occupation militaire de Gaza par 'Israël' risque de devenir permanente, ce qui implique que plusieurs scénarios d’effacement sont envisagés.
Cette semaine, la rapporteuse spéciale de l’ONU, Francesca Albanese, a averti que l’enlèvement des décombres par 'Israël' dans les zones occupées par l’armée tentait d'effacer les preuves du génocide et anéantir toute chance d’identifier les corps restant piégés sous les ruines.
«Les décombres de Gaza contiennent des restes humains et des preuves matérielles essentielles à l’enquête sur les crimes internationaux présumés, y compris le génocide», a déclaré Mme Albanese, soulignant que les entreprises et les pays participant au déblaiement pourraient voir leur responsabilité pénale internationale engagée.
Il existe toutefois un écart majeur entre ce que dicte le droit international et la réalité lorsque 'Israël' est impliqué. 'Israël' évoque ouvertement des crimes de guerre sans jamais être sanctionné. Cela ne devrait pas surprendre : après tout, rien n’a empêché les groupes paramilitaires sionistes de procéder au nettoyage ethnique des Palestiniens lors de la Nakba pour ouvrir la voie à la création d’'Israël'.
Des décennies de violations supplémentaires, jusqu’au génocide, se sont également déroulées sans conséquences pour 'Israël', tandis que les Palestiniens étaient réduits à de simples statistiques pour des institutions internationales obstinées à faire fonctionner un paradigme humanitaire défaillant.
'Israël' dispose désormais de méthodes d’effacement plus sophistiquées et d’opportunités illimitées pour les promouvoir. En laissant le génocide se dérouler sans entrave à Gaza, la communauté internationale a accordé à 'Israël' une impunité totale. Qui s’élèvera désormais contre le transfert forcé — présenté sous les atours d’une migration volontaire — alors que les Palestiniens ont déjà été déplacés par le génocide? Qui dénoncera le fait qu’'Israël' déblaie les décombres et efface les preuves, alors que le feu vert donné au génocide a déjà ouvert la voie à des crimes d’effacement?
Plus les Palestiniens sont tués et déplacés avec l’approbation tacite et totale de la communauté internationale, plus il est aisé pour 'Israël' d’élaborer des plans visant à leur effacement pur et simple. Lorsque Ben Gvir affirme que le transfert forcé est une option réaliste, il est malheureusement fort probable qu’il ait raison. Tout plan mis en œuvre à l’avenir inclura indubitablement un transfert forcé.
C’est ainsi qu’'Israël' s’est maintenu en tant qu’entreprise coloniale en Palestine: par le transfert forcé et l’effacement, renforcés par la complicité et le silence internationaux.
L’UNRWA coupe son aide à six camps de réfugiés palestiniens au nord du Liban
Dans les rues du camp de Nahr al-Bared, au nord du Liban, où les ruelles sont à peine assez larges pour y circuler et où les bâtiments masquent le ciel, Aziza Wahbeh, une réfugiée palestinienne de 45 ans, mesure les longues heures d’une journée interminable.
L’électricité n’est disponible que deux heures par jour, les familles doivent acheter l’eau car elle n’est pas fournie, le loyer des logements exigus et vétustes ne cesse d’augmenter, et le manque de travail empêche de nombreux jeunes de subvenir aux besoins de leur famille.
Aziza Wahbeh, qui souffre d’une colique néphrétique chronique, explique que chaque mois, sa famille est obligée de choisir entre se nourrir et se soigner – une situation que connaissent près d’un millier d’autres familles dans ce camp.
Elle fait partie des dizaines de milliers de Palestiniens résidant dans les douze camps de réfugiés du Liban et qui dépendent depuis longtemps de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) pour se nourrir, s’instruire, se soigner et trouver un emploi. Exclus de l’économie libanaise par la loi, la majorité des quelque 300.000 réfugiés palestiniens au Liban ne disposent d’aucun autre filet de sécurité que l’agence.
Or, confrontée à la pire crise financière qu’elle ait connue depuis sa création en 1949, l’UNRWA doit aujourd’hui choisir quels camps soutenir et lesquels laisser sans aide. La dernière aide financière d’urgence que Wahbeh a reçue de l’UNRWA remonte au printemps.
Puis, en mai, l’agence a décidé d’exclure six camps de son programme d’aide financière d’urgence, au motif qu’ils n’étaient pas «directement touchés» par le conflit en cours au Liban: Nahr al-Bared et Baddawi au nord, Ein al-Hilweh et Mieh Mieh dans la région de Saïda, et Mar Elias et Dbayeh à Beyrouth. Cette décision, qui touche des milliers de familles, a immédiatement déclenché des protestations. Mi-juin, des factions palestiniennes et des comités populaires ont organisé des sit-in simultanés devant les bureaux de l’agence à Nahr al-Bared et Baddawi, dénonçant une distribution injuste et exigeant des critères applicables à tous les réfugiés, quelle que soit leur zone de résidence.
Depuis, le mécontentement s’est amplifié. Des manifestations ont éclaté à Beyrouth le 14 août contre les coupes budgétaires dans les services de l’UNRWA, réclamant une aide financière mensuelle pour chaque famille palestinienne sans exception. Les habitants affirment qu’une guerre qui a paralysé l’économie libanaise, fait flamber les prix et interrompu l’activité économique n’a épargné aucune région du pays, et surtout pas les camps dont l’économie fragile dépendait des villes libanaises environnantes.
Les réfugiés palestiniens dans les camps au Liban doivent désormais choisir entre une miche de pain ou les médicament: «Nous devons maintenant choisir entre une miche de pain et nos médicaments», a déclaré Wahbeh à Mondoweiss chez elle, dans le camp. «L’UNRWA était notre seul soutien, nous permettant de bénéficier d’une aide alimentaire, de soins médicaux et de la scolarisation de nos enfants. Qu’ils coupent les vivres maintenant et nous excluent des dernières distributions, c’est comme si nous avions été abandonnés au bord du chemin.»
Sa famille vit désormais grâce aux ressources que son père peut cueillir. «Il monte à la montagne pour ramasser de la sauge et la vendre», explique-t-elle. «Un bouquet se vend cent mille lires (environ 1,1 centime d’euro), et c’est tout ce qui suffit pour la maison. S’il vend, nous mangeons pour un jour. S’il ne vend pas, nous ne mangeons pas.»
"Les besoins de chacun sont les mêmes et les difficultés sont partagées".
Cette décision intervient au moment où l’UNRWA traverse sa plus grave crise institutionnelle. Cette crise trouve son origine début 2024, lorsqu’'Israël' a accusé plusieurs membres du personnel de l’UNRWA d’être impliqués dans les attentats du 7 octobre. Plus d’une douzaine de donateurs, menés par les États-Unis, ont suspendu leur financement. Bien que la plupart aient repris leurs contributions par la suite, les dégâts ont été durables.
L’agence a reçu 829 millions de dollars en 2025, à peine un quart de ses besoins estimés, et fait face à un déficit de trésorerie de 100 millions de dollars pour 2026. Une conférence de donateurs organisée à New York le 30 juin n’a permis de récolter que 4 millions de dollars. Le commissaire général par intérim de l’agence, Christian Saunders, a déclaré aux donateurs le 30 juin que la situation financière de l’agence était intenable.
Une succession de cessez-le-feu fragiles entre le Hezbollah et 'Israël' depuis novembre 2024 n’a guère amélioré la situation sur le terrain. Les prix à la consommation ont augmenté d’environ 15% en 2025, malgré un ralentissement de l’inflation annuelle, qui atteignait des niveaux à trois chiffres ces dernières années. Les loyers ont fortement augmenté, les dégâts de guerre, les retards de reconstruction et les déplacements massifs de population ayant accentué la pénurie de logements. La Banque mondiale estime que le conflit a engendré 14 milliards de dollars de pertes économiques et que le Liban a besoin de 11 milliards de dollars pour son redressement et sa reconstruction.
Dans les camps, ces pressions ont aggravé des conditions de vie déjà extrêmement difficiles. Nahr al-Bared subit les conséquences d’une reconstruction inachevée depuis 2007, date à laquelle une bataille entre l’armée libanaise et le groupe militant Fatah al-Islam a ravagé une grande partie du camp. Layla Rabih, 40 ans, est enceinte après treize années de traitements de fertilité qu’elle et son mari ont financés eux-mêmes, car l’UNRWA ne les prend pas en charge. Son mari a travaillé jusqu’à ce qu’il se casse la hanche et prenne maintenant des médicaments pour son cœur. Elle vend des vêtements d’occasion via son téléphone quand elle le peut. Ils n’ont aucun revenu stable.
«La décision d’exclure les camps du nord a été un choc terrible», a-t-elle déclaré. «Les besoins des gens sont les mêmes et leurs difficultés sont partagées. Personne ne devrait être exclu de cette aide humanitaire essentielle.»
Bahiyya al-Majdoub, 38 ans, également originaire de Nahr al-Bared, passe ses matinées à chercher du travail: ménage, vente, n’importe quel emploi qui pourrait lui rapporter un salaire. Cette mère de deux enfants n’a plus pu payer leurs frais de scolarité depuis que l’aide financière de l’UNRWA, dont sa famille dépendait, a cessé d’arriver.
«Je veux juste un travail», a-t-elle dit. «Je ne veux pas dire à mes enfants qu’ils doivent quitter l’école parce qu’on n’a pas les moyens de payer.» Selon Wahbeh, les familles ne mangent qu’un seul repas par jour. Un sachet de lait ou un paquet de couches sont devenus un luxe pour un enfant. Des parents ont commencé à retirer leurs enfants de l’école pour les envoyer travailler.
«Certaines personnes ont dû interrompre leurs traitements contre l’hypertension, le diabète et le cancer faute de moyens pour se procurer les médicaments, et l’UNRWA ne prend pas en charge les frais», a déclaré Wahbeh. «Nous ne sommes pas des mendiants», a-t-il ajouté. «Nous avons le droit de vivre dans la dignité jusqu’à notre retour sur nos terres en Palestine, et exclure les camps du Nord est une punition collective infligée à des personnes dont le seul tort est d’être réfugiées.»
À quelques kilomètres de là, dans le camp de Baddawi, la colère se mêle à l’effroi
Zeina al-Abed, 38 ans, mère de trois enfants, n’a rien reçu de la dernière aide. «Franchement, nous avons peur de l’UNRWA», dit-elle. «Ils réduisent les services petit à petit, systématiquement. Avant, nous recevions les 50 dollars alloués aux enfants à titre d’aide périodique, puis ils ont réduit ce montant aux seuls enfants de moins de dix ans.» Finalement, l’aide financière a complètement cessé. Elle marque une pause avant d’ajouter: «J’ai très peur que demain ces réductions s’étendent aux soins de santé et à l’éducation, et que nous entrions dans une période très sombre.»
Elle reconnaît que le camp n’a pas été directement bombardé, hormis une frappe 'limitée'. «Mais nous avons subi de plein fouet les conséquences économiques et sociales de la guerre», ajoute-t-elle. «L’inflation et le chômage ont touché tout le monde, et la guerre économique n’a épargné personne dans ce pays.»
L’UNRWA au bord de la rupture
L’agence affirme que l’exclusion des camps du nord des dernières distributions d’aide d’urgence en espèces est une réponse aux conditions imposées par les donateurs. «Cette récente distribution d’aide a été rendue possible grâce aux contributions des donateurs spécifiquement destinées à soutenir les réfugiés palestiniens touchés par le conflit», ont indiqué des sources proches de l’agence à Mondoweiss. Ces sources ont précisé que les zones touchées par le conflit et couvertes par cette aide sont la banlieue sud de Beyrouth, Baalbek, le sud du Liban et les zones environnantes.
Les montants distribués – de 20 dollars par personne à 45 dollars par ménage – sont «conformes aux montants standard de l’aide en espèces des Nations Unies appliqués au Liban par toutes les organisations humanitaires», ont ajouté les sources. Les services essentiels, notamment la collecte des déchets et le soutien hospitalier, ont été maintenus malgré une réduction de 20% des heures de travail, «mesure difficile de maîtrise des coûts» mise en place en janvier, ont-elles indiqué.
L’UNRWA n’a pas répondu à l’argument principal des habitants: une guerre qui a détruit 14 milliards de dollars de l’économie libanaise n’a pas limité ses dégâts aux seules zones bombardées. L’ampleur de la crise financière de l’ONU a été révélée lors de la conférence des donateurs du 30 juin. Le Secrétaire général António Guterres a averti les participants que toute nouvelle réduction budgétaire pourrait rendre la situation intenable, condamnant les efforts systématiques visant à marginaliser l’agence par la désinformation, les campagnes de diffamation, les actions législatives et les restrictions opérationnelles. Il a également souligné que le siège de l’UNRWA à Jérusalem-Est occupée avait été illégalement saisi plus tôt dans l’année, en violation des privilèges et immunités de l’ONU.
"Nous pouvons être en désaccord avec l’administration de l’UNRWA, mais jamais avec l’UNRWA elle-même"
À l’intérieur des camps, les responsables syndicaux perçoivent cette exclusion comme un élément d’un repli institutionnel délibéré. Abu Firas Moussa, secrétaire du bureau administratif de la Fédération des syndicats des travailleurs palestiniens au nord du Liban, prévient que l’effondrement du département des secours et des services sociaux de l’agence viderait l’institution de sa substance. «Si ce département s’effondre, le nom même de l’agence et sa mission principale s’effondreront avec lui, et l’UNRWA se transformerait d’une agence d’aide aux réfugiés en une agence chargée de leur souffrance, de leur assujettissement et de leur famine, non seulement au Liban et dans ses camps, mais dans les cinq zones de refuge», a déclaré Moussa.
Moussa rejette catégoriquement les justifications géographiques. Il n’existe aucune différence économique ou de niveau de vie entre les camps du nord et du sud, affirme-t-il, puisque la loi libanaise refuse aux réfugiés à travers le Liban le droit d’exercer des professions libérales et de posséder des biens. «Il existe un projet sioniste-américain clairement défini qui vise à liquider le droit au retour des Palestiniens en démantelant l’UNRWA et en mettant fin à son mandat», a-t-il déclaré, soulignant que l’agence mettait en œuvre «des politiques de famine manifeste contre le peuple palestinien», intentionnellement ou non, «sous couvert de neutralité». «Mais la neutralité n’existe pas lorsqu’il s’agit de la cause nationale palestinienne», a ajouté Moussa.
Le déficit invoqué par l’UNRWA, soutient-il, n’est pas imputable aux réfugiés ni à la surpopulation des camps, et la direction internationale de l’agence doit rechercher activement, auprès des États donateurs et au sein des Nations Unies, un financement arabe, européen ou international durable, plutôt que de présenter un déficit permanent comme une fatalité. Ali Huwaidi, écrivain et chercheur spécialiste de l’UNRWA et des affaires palestiniennes, affirme que le taux de pauvreté parmi les réfugiés palestiniens au Liban a atteint 80%, tandis que le chômage réel s’élève à 45% – des chiffres qui se sont encore aggravés après la dernière offensive israélienne contre le Liban en 2025 et 2026, sans pour autant que les financements n’aient augmenté. La surpopulation dans les camps, ajoute-t-il, dépasse désormais les 400%.
Les 4 millions de dollars collectés lors de la conférence de juin sont destinés au programme d’urgence de soutien aux réfugiés directement touchés par la guerre, et non au budget général couvrant les salaires, les écoles et les soins de santé, souligne-t-il. «Les 100 millions de dollars manquants sont négligeables comparés aux milliards dépensés quotidiennement dans les guerres du monde», ajoute-t-il.
Faisant référence au vote de l’Assemblée générale de l’ONU en novembre 2025 autorisant l’UNRWA, en manque de fonds, à poursuivre ses activités, Huwaidi déclare qu’«un mandat prolongé jusqu’en juin 2029 par plus de 155 États membres n’est que de l’encre sur le papier si les obligations ne sont pas honorées». Concernant le droit libanais, Huwaidi propose d’accorder aux réfugiés leurs droits civils et sociaux, le droit au travail, à la propriété et à l’éducation, arguant que cela ne constitue pas une naturalisation et ne remet pas en cause leur droit historique au retour. Cela renforce leur capacité à mener une vie digne dans l’intervalle.
«Nous pouvons avoir des divergences d’opinions avec l’administration, les politiques et la répartition des ressources de l’UNRWA», a-t-il déclaré, «mais nous sommes unanimes sur l’UNRWA elle-même. Nous devons maintenir cette agence comme garante de la responsabilité politique et juridique internationale en matière de questions de réfugiés, son rôle étant intrinsèquement lié à la présence palestinienne jusqu’au retour effectif et à l’indemnisation.»
(Cet article a été réalisé en collaboration avec Egab.)
Le nettoyage ethnique ouvertement appelé par 'Israël' ne rencontre que des oppositions de façade
«Nous ne nous retirerons pas.» Souriant face caméra, vêtu d’un gilet militaire pare-balle, le 1er ministre israélien Netanyahu s’exprime du haut d’un monticule situé à proximité de la Ligne jaune, cette démarcation privant les Palestiniens de Gaza de 60% de leurs terres. Selon les termes du 'plan de paix' officiellement en vigueur depuis octobre 2025, l’armée israélienne devait s’en retirer progressivement, bien qu’elle n’ait jamais montré aucun signe de volonté en ce sens.
Couvrant initialement un peu plus de 50% de l’enclave palestinienne, la zone contrôlée par 'Israël' n’a cessé de s’étendre, les soldats israéliens déplaçant progressivement les monticules de terre et blocs de bétons démarquant l’espace, et rasant les constructions restantes. En décembre 2025, le chef militaire Eyal Zamir avait d’ailleurs qualifié la ligne jaune de «nouvelle frontière» entre 'Israël' et la bande de Gaza.
Et cette position n’a jamais été plus claire avec cette visite de Netanyahu à Gaza, qui inspecte avec satisfaction le paysage dévasté et pointe au-delà: «D’ici, on peut voir Ashkelon. On peut voir toutes nos communautés, dans toutes les directions: Sderot, Netivot, et les kibboutzim. Nous contrôlons la zone. Nous ne nous retirerons pas. Nous restons sur cette ligne. Nous contrôlons 60% de la bande de Gaza et nous ne nous arrêterons pas, car nous éliminons, jour après jour, les terroristes qui nous menacent.»
Le dépeuplement annoncé de Gaza
Cette visite du 1er ministre israélien à Gaza, qui s’est déroulée mercredi 2 septembre dernier, est un signal clair. D’autant plus que, le même jour, son ministre de la Défense Israël Katz déclarait dans la presse israélienne qu’«en fin de compte, il n’y a pas de véritable solution pour Gaza sans migration», affirmant que la majorité de la population gazaouie souhaitait quitter l’enclave, citant un sondage mené par son propre ministère.
«Ce moment viendra. Quand viendra-t-il? Quand il aura été suffisamment prouvé que le Hamas ne respecte pas ses engagements. Nous aurons alors le feu vert pour aller de l’avant sur les plans militaire, territorial et dans d’autres domaines, et les choses s’accéléreront.»
Ces euphémismes de la «migration» ou du «départ volontaire» des Palestiniens de Gaza ont déjà été largement critiqués comme dissimulant un projet de nettoyage ethnique. Ils n’en sont pas moins un projet continuellement avancé par 'Israël', qui a même créé en mars dernier une administration spécifique chargée d’administrer le projet de «départ volontaire» des Gazaouis.
Pour Euro-Med Human Rights Monitor, «un “choix” fait sous la contrainte n’est pas un choix du tout.» Commentant les propos de Katz sur son compte X, l’organisation rappelle que «qualifier le déplacement forcé de 'migration' ne le rend en aucune façon volontaire, et ne peut nier le fait qu’il s’agit d’un nettoyage ethnique.» Le déplacement forcé de populations civiles constitue un crime de guerre au regard du droit international.
Lors de son annonce, le lendemain, de son projet de dépeuplement de Gaza sur 7 ans, le ministre en campagne Itamar Ben-Gvir n’a pas pris la peine d’enrober son projet de ces euphémismes: «Au lieu de creuser des tunnels, il est temps de faire les valises», a-t-il lancé.
Le plan d’Itamar Ben Gvir, long de 20 pages, prévoit le départ de 250.000 Palestiniens de Gaza la première année, puis de 1,8 million sur 7 ans. Son parti, Otzma Yehudit, promet à celles et ceux qui accepteraient de partir des aides et un logement. Reste la question épineuse de la destination, car une telle opération nécessiterait une coordination internationale de grande envergure et des accords politiques qui n’existent pas à l’heure actuelle.
L’opposition états-unienne de façade
Au lendemain de cette annonce et dans une rare manifestation publique de désaccord avec 'Israël', les États-Unis ont rejeté ces appels à l’évacuation de la population palestinienne de Gaza.
«Comme l’indique explicitement le point 12 du plan du président: “Personne ne sera contraint de quitter Gaza et ceux qui souhaitent partir seront libres de le faire et libres d’y revenir. Nous encouragerons les gens à rester et leur offrirons la possibilité de construire une meilleure Gaza”», a déclaré vendredi un porte-parole du Département d’État dans un communiqué cité par Al Jazeera. «Les États-Unis ne soutiennent aucun plan ni aucune proposition visant le déplacement forcé, l’expulsion ou le transfert obligatoire de la population de Gaza.»
La Maison blanche rappelle également son engagement en faveur de la feuille de route du 'plan de paix' acceptée par le Hamas en juillet dernier, qui prévoyait la fin des attaques israéliennes meurtrières quasi quotidiennes et le retrait progressif d’'Israël' de la bande de Gaza, à l’issue desquels le groupe palestinien s’engageait à désarmer son mouvement.
Pourtant, après le rejet officiel en août de cette feuille de route par Netanyahu, les États-Unis se sont alignés sur la position israélienne, l’émissaire Jared Kushner affirmant qu’il n’y aurait aucune reconstruction à Gaza tant que le Hamas ne serait pas désarmé et soulignant que les États-Unis ne «restreindraient pas le droit d’'Israël' à se défendre.»
Cette ambiguïté de la position israélienne n’est bien sûr que de façade, le soutien politique, économique et militaire états-unien à 'Israël' étant largement acquis, malgré un basculement de plus en plus notable de l’opinion publique. Les États-Unis ont versé plus de 25 milliards de dollars à 'Israël' depuis le début de la guerre génocidaire menée contre Gaza en octobre 2023.
Le mois dernier, la directrice exécutive de l’Association des agences de développement international (AIDA) Athena Rayburn, qui représente plus de 100 ONG humanitaires et de développement dans le territoire palestinien occupé, déclarait que le 'Conseil de paix' avait non seulement «échoué» à Gaza, mais avait également «contribué à ancrer davantage la présence illégale d’'Israël'» sur ce territoire.
«Le mandat que ce Conseil [de l’ONU] a donné au Conseil de la paix est utilisé pour obscurcir la poursuite des actions d’'Israël' qui violent les droits fondamentaux des Palestiniens de Gaza et les règles les plus élémentaires du droit international humanitaire», affirmait Athena Rayburn, ajoutant que «cela ne peut pas devenir le nouveau statu quo.»
Tony Blair, le conseil de paix de Trump, a déclaré qu’il cherchait à retirer le nom «Palestine» des manuels scolaires palestiniens
L’ancien 1er ministre britannique Tony Blair et le soi-disant «Conseil de la paix» de Trump ont nié jeudi un rapport affirmant que Blair avait été envoyé pour faire pression sur l’Autorité palestinienne afin de «remplacer toute mention du mot 'Palestine' dans les manuels scolaires palestiniens par le terme israélien 'Samaria', malgré que Blair et le Conseil aient démontré un parti pris clair pro-israélien.
Middle East Eye a basé son rapport sur une conversation avec le diplomate britannique à la retraite Jeremy Greenstone, qui a déclaré que le président de l'Autorité palestinienne Mahmud Abbas avait rejeté la prétendue demande de Blair.
Greenstone a déclaré que Blair, "récemment, je comprends, a été demandé par le Conseil de paix d'aller à Ramallah et de demander à retirer du programme palestinien toute mention du mot Palestine." Il a déclaré que le président palestinien Mahmud Abbas "ne ferait rien de tel".
"Mais le fait même que le Conseil de la paix puisse demander que cela soit fait dans le programme éducatif palestinien me fait me demander sur quels principes le Conseil de la paix travaille, et quelle compréhension ils ont de la justice, du sens de l'équité, de l'histoire de tout cela", a-t-il ajouté.
Greenstone a également déclaré que Blair, un représentant du Conseil exécutif du «Conseil de paix», avait des «difficultés en tant qu’interlocuteur» entre les Palestiniens de Gaza et le «Conseil de la paix».
En réponse, l'Institut Blair a affirmé que l'histoire est une "fabrication complète" et a déclaré que le rapport est "entièrement faux et sans fondement".
L'institution a ajouté que Blair "continue, en coopération avec les membres du Conseil de la paix et les parties concernées, à concentrer ses efforts sur le soutien du processus de paix, en contribuant à la mise en œuvre du plan de paix, en soutenant le relèvement et la reconstruction de Gaza, et en travaillant à un avenir plus sûr, stable et prospère pour tous les peuples de la région".
Le «Conseil de la paix» a également déclaré que le rapport est "entièrement fabriqué. Et non soutenu par un lambeau de preuves (parce qu'il n'y en a pas)."
Le Conseil a ajouté que Blair "a été un chef de file dans l'ensemble de l'effort pour mettre fin à la guerre à Gaza, obtenir la libération d'otages, permettre des afflux d'aide historiques et sceller un accord pour que le Hamas renonce à ses armes et remette l'autorité à un nouveau gouvernement technocratique".
La pression sur l’AP fait état d’efforts israéliens plus larges pour supprimer les références à la Palestine et aux Palestiniens des institutions éducatives et culturelles.
Les autorités d’occupation israéliennes ont récemment imposé un programme d’études israélien à plus de 45.000 étudiants palestiniens dans des écoles publiques de Jérusalem-Est occupée, dans le cadre d’une campagne plus large visant l’éducation palestinienne dans la ville.
Plus tôt cette année, Blair, connu pour sa position pro-israélienne, a affirmé que l’assaut d’'Israël' contre Gaza ne constitue pas un génocide, malgré les conclusions de groupes de défense des droits humains et de rapports confirmant le contraire, après deux ans de génocide au cours desquels 'Israël' a tué plus de 73.500 Palestiniens, les zones entières généralisées, déplacé de force la majorité de la population et utilisé la famine comme méthode de guerre.
Il a également justifié les restrictions israéliennes sur l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza par crainte que les matériaux puissent être utilisés par la résistance.
Blair est connu pour son rôle dans l'invasion et l'occupation de l'Irak menée par les États-Unis en 2003.
L'organisation de conseil de Blair, le Tony Blair Institute (TBI), a également reçu de l'argent d'un fraudeur financier lié à des colonies israéliennes illégales et à un réseau islamophobe américain.
Blair sert également comme un patron honoraire de la branche britannique du Fonds national juif (JNF) d''Israël', qui a fait l'objet de vives critiques pour ses activités - y compris le don de £ 1m (1,3m$) à ce qu'il a décrit comme "la plus grande milice d''Israël'" et l'effacement de la Palestine de ses cartes officielles.
Le TBI a été plus récemment lié à un plan largement condamné qui proposait le nettoyage ethnique de Gaza, impliquant un vaste réaménagement de la bande assiégée après la guerre.
Le projet comprend la transformation de l’enclave dévastée en la «Riviera Trump», avec une infrastructure nommée d’après les monarques du Golfe et a été créée par des hommes d’affaires israéliens avec le soutien de Boston Consulting Group (BCG).
Une carte sur le site Web de TBI comprend la Cisjordanie occupée, Gaza et le plateau du Golan dans le cadre d’'Israël', renforçant ainsi les préoccupations concernant l’alignement de l’organisation.
Il a décrit les plans de Trump pour Gaza comme la "meilleure chance de mettre fin à deux années de guerre, de misère et de souffrance".
Concédant que l'inclusion de Blair au conseil d'administration est controversée, Trump a déclaré en octobre: "J'ai toujours aimé Tony, mais je veux découvrir qu'il est un choix acceptable pour tout le monde."
Le soi-disant «Conseil de paix» de Trump a également fait l’objet de critiques pour son parti pris pro-israélien dans sa gestion du cessez-le-feu à Gaza, blâmant à plusieurs reprises les Palestiniens pour violation de l’accord tout en ne reconnaissant pas les violations en cours d’'Israël', y compris les meurtres quotidiens et les attaques et les restrictions à l’entrée de l’aide humanitaire.
Le journaliste et écrivain israélien Gideon Levy a déclaré que l’intensification des attaques menées par des colons israéliens contre des Palestiniens en Cisjordanie occupée s’inscrivait dans une campagne systématique soutenue par l’armée et le gouvernement israéliens afin de déplacer les Palestiniens.
«Vous voyez, il y a toute une réflexion derrière cela. Bien sûr, c’est une tentative de nettoyage ethnique de la Cisjordanie, qui est systématique, et elle est soutenue par les autorités israéliennes, sans aucun doute», a déclaré Levy dans un entretien accordé à Anadolu.
Le nombre d’attaques menées par des colons israéliens contre des Palestiniens en Cisjordanie occupée est passé de 1.291 en 2023 à 1.449 en 2024 et 1.835 en 2025. Quelque 761 attaques supplémentaires ont été recensées au cours des quatre premiers mois de 2026.
Plus de 90% des enquêtes ouvertes par la police israélienne contre des colons sont classées sans inculpation, tandis que le taux de condamnation reste d’environ 3%, contribuant à ce que les critiques décrivent comme une impunité de fait.
Levy a déclaré à Anadolu que les attaques visaient à pousser progressivement les Palestiniens hors de Cisjordanie, en commençant par les bergers et les petites communautés avant de s’étendre aux villages et aux bâtiments.
«C’est très clair, je veux dire, c’est systématique, c’est soutenu par l’armée et le gouvernement, et cela a un objectif très clair: essayer de chasser les Palestiniens de Cisjordanie. Maintenant, ils ne peuvent pas chasser trois millions de personnes, alors ils essaient de le faire en s’attaquant aux points les plus faibles. Tout d’abord, ils ont commencé par les bergers, par de petites communautés, puis ils passent aux villages, alors ils commencent à prendre la première rangée de bâtiments.»
L’armée israélienne accusée de collaborer avec les colons
Levy a déclaré que l’armée et le gouvernement israéliens soutenaient cette campagne et que des soldats coopéraient parfois directement avec les colons.
«C’est un plan, il y a un plan, il y a un programme, c’est très systématique et cela poursuit des objectifs très clairs. C’est bien plus que cela, l’armée participe à une partie des pogroms. Ce n’est pas qu’ils essaient de les empêcher sans y parvenir, ils n’ont aucune intention de les empêcher. Au contraire, dans de nombreux cas, on voit des soldats collaborer avec les colons. Mais dans tous les cas, l’armée ne fait rien pour protéger les Palestiniens; son seul rôle en Cisjordanie est de protéger les colons, quoi qu’ils fassent. Et les Palestiniens restent totalement sans défense.»
Levy a estimé que le ministre des Finances B. Smotrich jouait un rôle particulièrement important dans le soutien au mouvement de colonisation par le biais de financements gouvernementaux et que le 1er ministre B. Netanyahu portait également une part de responsabilité.
«C’est extrêmement influent. Et avec quelques autres ministres, ils rendent possible tout ce projet. Tout d’abord, en leur envoyant réellement d’énormes sommes d’argent. Je veux dire, les budgets qui leur sont alloués sont incroyables. Et personne ne les arrête, parce que le gouvernement les soutient. Donc, dans l’ensemble, bien sûr, Smotrich joue un rôle très important, mais on ne peut pas exonérer Netanyahu de sa responsabilité, lui qui rend tout cela possible, parce que Netanyahu aurait pu l’arrêter.»
Levy a attribué l’absence de reddition de comptes concernant les attaques menées par des colons israéliens à ce qu’il a décrit comme un système d’apartheid.
«Rien n’arrivera aux colons. Tout d’abord, pour répondre à votre question sur la raison, c’est parce qu’il s’agit d’un système d’apartheid. C’est aussi simple que cela: les juifs et les Palestiniens ne sont pas égaux en Cisjordanie lorsqu’il s’agit de rendre des comptes.»
Aucun changement politique majeur attendu après les élections
Levy a déclaré que les critiques internationales n’avaient pas dissuadé 'Israël', soulignant que le pays n’avait pas fait l’objet de ce qu’il considère comme des sanctions efficaces.
«Ce ne sont que des condamnations et des paroles, mais le monde n’a pris aucune mesure réellement sérieuse contre 'Israël'. La Turquie l’a fait, mais l’Occident, je veux dire l’UE, les États-Unis, n’ont pris aucune mesure contre 'Israël'. Les Israéliens n’en ont donc absolument pas peur.»
Il a déclaré que les prochaines élections influaient également sur les développements en Cisjordanie, tandis que Netanyahu cherchait à renforcer les tensions sur plusieurs fronts.
«Pourquoi seulement la Cisjordanie? Pourquoi pas Gaza? Pourquoi pas le Liban? Pourquoi pas l’Iran? Je veux dire, il essaie, et ce gouvernement essaie d’échauffer tous les fronts.»
Levy a déclaré que le gouvernement cherchait à s’emparer du plus de territoire possible avant les élections parce qu’il pensait pouvoir perdre le pouvoir.
«En Cisjordanie, c’est un autre aspect, et il y a aussi le fait qu’ils sentent qu’ils pourraient perdre les élections, et qu’ils essaient donc d’obtenir le plus possible avant les élections, parce que tous ces territoires, tous ces champs dont ils peuvent prendre le contrôle — déjà un million de dounams — ne seront jamais rendus aux Palestiniens. Ils essaient donc de s’emparer du plus possible jusqu’aux élections et de construire autant de nouveaux avant-postes que possible, parce qu’ils comprennent qu’après les élections ce sera beaucoup plus difficile, car il y aura un nouveau gouvernement. Il existe donc un lien direct entre cela et les élections.»
Levy a déclaré qu’il ne s’attendait pas à un changement majeur de la politique israélienne, même si le gouvernement de Netanyahu était remplacé.
«Malheureusement, la bonne nouvelle est que ce gouvernement arrivera au terme de son mandat. Il se retirera, mais je ne pense pas qu’il y aura de changement majeur, ni à l’égard des Palestiniens, ni à l’égard de Gaza, ni à l’égard du sud du Liban.»
«Aucun d’entre eux n’a critiqué le génocide à Gaza. Aucun d’entre eux ne semble très préoccupé par ce qui se passe en Cisjordanie. Je pense qu’en Cisjordanie, ils freineront un peu les colons, oui, mais stratégiquement, l’État palestinien, toute forme de solution, la fin de l’occupation, la fin de l’apartheid, toutes ces choses ne les intéressent absolument pas, et ils poursuivront la même politique qui est la politique d’'Israël'», a-t-il conclu.
Les navires ont entamé leur voyage international de port en port vers Gaza
La Coalition de la Flottille de la Liberté (FFC) a annoncé qu’une nouvelle mission internationale pour défier le blocus illégal et meurtrier imposé par 'Israël' à Gaza est en cours.
La violence et la torture infligées par 'Israël' à des centaines de volontaires de la flottille au printemps dernier – notamment des passages à tabac, des attaques répétées au Taser et des agressions sexuelles – n’ont pas découragé la FFC, pas plus que le meurtre par 'Israël' de 10 militants de la flottille à bord du Mavi Marmara, en 2010, n’avait mis fin au mouvement. Au contraire, il est plus que jamais urgent d’agir.
Alors qu’une grande partie du monde regarde ailleurs, convaincue qu’un soi-disant “cessez-le-feu” aurait mis fin au génocide, 'Israël' continue de tuer des Palestiniens à Gaza à sa guise, d’utiliser son blocus pour restreindre et contrôler l’acheminement de la nourriture, des médicaments et du carburant dont dépend une population assiégée pour survivre, et de priver les Palestiniens de leur droit fondamental à la liberté.
Cette nouvelle mission consiste en une traversée de port en port à travers l’Europe, rassemblant des défenseurs des droits humains, des militants syndicaux, des élus, des journalistes, des professionnels de santé et autres soutiens de la cause palestinienne. En juin et juillet 2026, le navire de la FFC, le Handala II, a navigué en Scandinavie, faisant escale dans des ports en Norvège, en Suède et au Danemark. Au début du mois, le navire Kate a pris la mer depuis Bristol, au Royaume-Uni, et a fait escale en Irlande, en Allemagne et en France. Les prochaines escales comprennent des ports en Espagne, au Portugal et en Italie, avant que la flottille ne poursuive sa route vers Gaza.
À chaque escale, la flottille se joindra aux communautés locales pour faire pression sur leurs propres gouvernements afin qu’ils mettent fin à leur complicité dans le génocide en bloquant les livraisons d’armes et d’énergie qui alimentent l’agression israélienne, en mettant fin à la coopération diplomatique et militaire, et en imposant de véritables sanctions. Ce périple permettra de renforcer le soutien de l’opinion publique et d’intensifier la pression internationale à l’approche du voyage prévu de la flottille vers Gaza en octobre 2026.
“La Freedom Flotilla reprend la mer parce que nos gouvernements continuent de manquer à leurs obligations”, a déclaré Zohar Chamberlain Regev, membre du comité directeur de la FFC. “Dans chaque port, nous ferons entendre la revendication du droit des Palestiniens à vivre librement et dans la dignité. En octobre, nous avons l’intention de porter cette revendication et la solidarité des peuples du monde entier jusqu’aux côtes de Gaza”.
Tout au long de ce périple de port en port, la FFC et ses partenaires locaux organiseront des accueils publics, des rassemblements locaux, des événements médiatiques et offriront aux sympathisants la possibilité de visiter les navires. Les détails concernant les escales et les événements publics seront communiqués dès que les modalités auront été confirmées.
Depuis 2010, la Freedom Flottilla Coalition rassemble des organisations de la société civile et des campagnes citoyennes du monde entier pour contester le blocus maritime. Son action s’inscrit dans la continuité du mouvement Free Gaza, dont les navires ont commencé à faire route vers Gaza en 2008.
La FFC appelle les gouvernements à :
.
Exiger un passage sûr et sans entrave de la flottille vers Gaza, notamment en indiquant clairement que toute attaque, saisie ou détention illégale entraînera des conséquences
Exiger un accès immédiat et sans restriction à Gaza et la fin de l’obstruction par 'Israël' de l’acheminement de nourriture, d’eau, de médicaments et d’autres produits de première nécessité
Défendre la liberté de navigation en déclarant que toute attaque, tout abordage, toute saisie, tout détournement ou tout autre recours à la force contre les navires de la flottille déclenchera une action diplomatique immédiate
Recourir à des mesures diplomatiques, économiques, juridiques et à toute autre mesure disponible pour mettre fin au blocus illégal d’'Israël' et empêcher de nouvelles violations des droits fondamentaux des Palestiniens et du droit international humanitaire, et
S’engager publiquement à demander des comptes à tout État ou acteur responsable d’attaques, de détentions illégales ou de toute autre mise en danger des participants à la flottille.
“Nous savons que naviguer vers Gaza comporte des risques sérieux”, a déclaré Edward Digilio, un ingénieur du Maryland, aux États-Unis. “Mais le silence et l’inaction ont un coût bien plus élevé pour les Palestiniens et le monde entier. Cette mission exprime notre humanité partagée et notre refus d’accepter la destruction de tout un peuple comme allant de soi”.
De nombreuses années après leur libération des prisons sionistes, les séquelles de l’incarcération restent profondément ancrées dans la conscience des Palestiniens. Les fouilles à nu subies par les prisonnières palestiniennes sont considérées comme l’une des formes d’humiliation les plus douloureuses et dégradantes, car elles bafouent l’essence même de la dignité et de l’humanité de la manière la plus intime, transformant le corps en un champ de bataille au même titre que d’autres formes de torture physique.
Dans le cadre de son système colonial, l’occupation traite le corps comme un objet de contrôle sécuritaire et recourt à la fouille à nu comme une procédure classique lors d’une arrestation, dans le but de briser la volonté du prisonnier et de faire comprendre que l’occupant est capable de transgresser toutes les limites, même les plus intimes. Puisque, dans la culture musulmane, le corps est indissociable de la dignité et que sa protection est considérée comme faisant partie intégrante de l’identité personnelle, nationale et religieuse, la fouille à nu figure parmi les procédures qui infligent les plus grands traumatismes psychologiques, laissant une blessure profonde qui ébranle cette conception fondamentale.
Le corps de la prisonnière est violé dès l’instant de son arrestation, lorsque le regard des soldats sionistes commence à l’envahir de la tête aux pieds. Le commandant de l’unité peut ordonner une fouille à nu sur le lieu même de l’arrestation, que ce soit à son domicile, à un checkpoint ou ailleurs. Elle est alors soumise à un choc qui la paralyse, d’autant plus que la fouille est souvent accompagné de chaos et de cris incessants.
La prisonnière obéit à l’ordre, qui consiste souvent en une fouille partielle initiale, jusqu’à son transfert dans la jeep militaire. Elle entame alors son trajet seule, entourée du personnel de l’administration pénitentiaire sioniste. Dès son arrivée au centre de détention, un nouvel ordre de fouille minutieuse est donné, la soumettant à un choc encore plus profond, car cette fouille est plus intrusive et brutale que la précédente.
Dès son arrivée au centre de détention, les mains et les pieds enchaînés, la prisonnière pénètre dans une pièce vide donnant sur un bureau rempli d’hommes. Une gardienne de prison se tient au milieu de la pièce. D’abord, la prisonnière la prend pour une femme comme les autres, jusqu’à ce que le regard de la gardienne se pose sur elle et qu’elle lui ordonne de se déshabiller.
Un dialogue intérieur s’engage entre la prisonnière et elle-même: «Comment pourrais-je me déshabiller alors que je ne me suis jamais déshabillée devant ma mère?»Puis: «Ma pudeur, ma religion et mon éducation m’en empêchent.»
Elle tente de refuser l’ordre, affirmant qu’elle ne cache rien d’interdit, mais elle se heurte à des cris et des menaces impliquant des chiens, des chocs électriques ou l’arrivée d’hommes dans la pièce.
Les prisonnières sont souvent issues d’un milieu modeste ou religieux, et elles n’ont que deux choix, sans troisième option: se soumettre «volontairement» à la fouille à nu pour éviter les conséquences, ou résister à l’ordre et subir une fouille forcée.
Dans le premier cas, la prisonnière retire ses vêtements un à un, ne pouvant couvrir une partie de son corps sans en en découvrir une autre. Elle déglutit nerveusement mille fois par minute, la sueur ruisselant de tout son corps, tandis que ses tentatives pour qu’on atténue la procédure restent vaines.
Elle se tient debout, entièrement nue. On lui ordonne alors de faire un tour complet sur elle-même. Toute tentative pour se couvrir la poitrine ou les parties intimes est accueillie par des cris et des menaces. Puis elle entend un autre ordre, un ordre qui la fait souhaiter mourir. On lui ordonne de s’accroupir et d’écarter les jambes tandis que la gardienne de prison scrute chaque partie de son corps, l’observant attentivement et commettant l’acte sans la moindre pitié.
La prisonnière est sous le choc. Son corps compte parmi ses biens les plus précieux, et son éducation et sa religion ont érigé toute atteinte à sa dignité en tabou absolu. Malgré tout, elle garde son sang-froid et se rhabille avant d’être jetée dans une cellule souterraine verrouillée. Là, elle versera peut-être des larmes, et chaque fois qu’elle tentera de détourner ses pensées pour effacer ce qui s’est gravé dans sa mémoire, la cellule la forcera à revivre la scène.
La seconde option consiste pour la prisonnière à refuser la fouille à nu, à répondre aux cris et aux insultes par la même violence et à déchaîner toute sa colère contre les gardiennes de l’administration pénitentiaire sioniste. Elle se remémore alors toutes les injustices infligées à son peuple: le vol de leurs terres, les martyr·es, les blessé·es et les prisonniers, et toute la haine héritée de ses ancêtres.
Mais rien de tout cela ne la protège d’un ennemi qui cherche à s’emparer de son corps comme il a occupé sa patrie.
Il est difficile de décrire la scène brutale à laquelle une détenue est soumise pour avoir refusé de se soumettre volontairement à une fouille à nu. Un groupe de gardiens de prison, hommes et femmes, l’attaque, accompagné d’un chien policier et d’un taser.
Puis les coups, les cris et les hurlements commencent. Elle ne sait plus où donner de la tête. À peine a-t-elle repris ses forces qu’elle reçoit une décharge électrique qui la paralyse. Ses yeux se fixent sur un chien à la gueule écumante, prêt à la dévorer. Ses vêtements sont arrachés de son corps sous les coups et les humiliations, jusqu’à ce qu’elle s’effondre nue sur le sol. Elle se serre les bras contre le sol pour tenter de se couvrir, en vain.
Tout cela peut s’accompagner de menaces de viol et peut-être de violences sexuelles, mais elle résiste et se bat seule jusqu’à ce qu’elle soit jetée à terre dans la cellule de détention, dévêtue, le corps couvert de sang et de contusions.
Les fouilles à nu ne s’arrêtent pas aux portes de la cellule. Elles continuent au quotidien, elles sont pratiquées sans prévenir dans des pièces et des sections de la prison. Ces fouilles peuvent être individuelles ou collectives. Elles peuvent viser certain·es prisonnier·es que l’administration pénitentiaire considère comme suspect·es, ou avant les visites de proches ou d’avocat·es, sous prétexte de sécurité.
Certaines pensent que les séquelles psychologiques des fouilles à nu disparaissent une fois la prisonnière libérée, laissant derrière elle tout ce qui lui rappelle cette épreuve. Or, les témoignages de nombreuses femmes libérées démontrent le contraire.
La plupart des prisonnière libérées s’accordent à dire que les séquelles persistent bien après leur libération. Elles peuvent se réveiller en sursaut, terrorisées, faire des cauchemars, instaurer des barrières strictes avec des hommes même avec certains qui leurs sont très proches, éviter de raconter leur expérience en public et avoir l’impression d’étouffer lorsqu’elles s’en souviennent.
Dans le même temps, nous constatons que de nombreuses prisonnières libérées surmontent tout cela, malgré l’omniprésence de cette épreuve dans leur vie, et la transforme en un état de défi et de fermeté, affirmant que le corps peut être violé, mais que leur volonté reste libre et ne peut être vaincue.
Ahlam Tamimi -
(journaliste & écrivaine palestino-jordanienne, arrêtée et condamnée à 16 peines de prison à perpétuité, a été libérée lors de l’échange de prisonniers de Wafa’ al-Ahrar. Contrainte à l’exil en Jordanie, a été inscrite en 2017, sur la liste des personnes les plus recherchées par le gouvernement américain, qui a offert une récompense de 5 millions de dollars pour sa capture)