FREE PALESTINE
21 juillet 2026

!! Génocide à Gaza: J 1018 !! Dérives extrémistes et défense de l’État de droit - Interpellation officielle

 

 

Monsieur le Ministre Bernard  Quintin,

 

vous affirmez: «Pas de place pour le radicalisme et l’extrémisme dans notre pays». Vous appelez les citoyens à signaler les organisations qui menacent notre sécurité et notre État de droit.

Je prends donc votre appel au sérieux et je vous adresse, à mon tour, un signalement politique.

Car la question de l’extrémisme ne peut pas être limitée aux organisations situées en-dehors du champ institutionnel. Une démocratie véritable doit aussi être capable d’examiner les dérives qui apparaissent au cœur même du pouvoir, lorsque certaines idées incompatibles avec l’égalité et les droits fondamentaux deviennent progressivement acceptables dans l’espace public.

Nous assistons aujourd’hui à une banalisation de discours et de politiques qui inquiètent une partie importante de la population: stigmatisation des personnes migrantes, remise en cause des droits sociaux, affaiblissement des mécanismes de solidarité, criminalisation des mouvements sociaux et montée d’une vision essentiellement sécuritaire de la société.

Dans ce contexte, un parti interpelle particulièrement de nombreux citoyens: le Mouvement Réformateur.

Depuis plusieurs années, des observateurs, des associations antiracistes et des acteurs de la société civile alertent sur la circulation de discours identitaires, xénophobes ou réactionnaires dans certains réseaux proches du MR. La présence d’anciens membres de formations comme 'Chez Nous' dans certaines sphères politiques, certaines déclarations publiques sur l’immigration, ainsi que des relais de contenus provenant de réseaux d’extrême-droite posent une question fondamentale: comment lutter contre la radicalisation lorsque certaines de ses thématiques pénètrent les partis traditionnels?

Les prises de position de certains responsables du MR autour d’Elon Musk, les débats provoqués par leur défense de certaines figures internationales controversées ou encore la diffusion de contenus provenant de comptes associés à l’extrême-droite interrogent sur les frontières idéologiques que certains responsables politiques considèrent encore comme infranchissables.

Lorsque Corentin de Salle affirme qu’Elon Musk n’est pas d’extrême-droite mais simplement «libertarien», alors que Musk a publiquement apporté son soutien à l’AfD allemande, parti faisant l’objet d’une surveillance officielle en Allemagne en raison des inquiétudes exprimées concernant certains de ses courants, cette position mérite un débat démocratique sérieux.

Lorsque des personnalités proches du MR relaient des propos présentant certaines cultures ou certaines populations sous un angle essentialisant ou dégradant, la question n’est plus seulement celle de la liberté d’expression: elle devient celle de la responsabilité politique dans la diffusion de représentations qui peuvent nourrir le racisme et la haine.

Lorsque des responsables politiques entretiennent régulièrement des interactions avec des comptes ou des réseaux associés à l’extrême-droite, cela pose une question essentielle: qui surveille la radicalisation lorsqu’elle ne vient pas des marges, mais qu’elle gagne progressivement les institutions?
 
 
 
Mais le problème dépasse largement le seul MR
 

La menace contre l’État de droit ne vient pas uniquement d’organisations clandestines ou violentes. Elle peut aussi venir de choix politiques institutionnels qui fragilisent les droits fondamentaux, les libertés syndicales, les services publics et les mécanismes de solidarité qui constituent le cœur d’une démocratie sociale.

Fermer des places d’accueil pour les personnes exilées alors que la Belgique a des obligations internationales en matière de dignité humaine, réduire les protections sociales, investir massivement dans une logique de militarisation alors que de nombreux services publics sont en difficulté, renforcer des dispositifs de contrôle et de surveillance envers les populations migrantes : ces décisions ne sont pas neutres. Elles dessinent un modèle de société où la réponse aux problèmes sociaux passe davantage par la contrainte que par la justice sociale.

L’histoire nous enseigne que les reculs démocratiques commencent rarement par une rupture brutale. Ils commencent souvent par une habitude: désigner certaines populations comme un problème, rendre certaines discriminations acceptables, transformer la solidarité en suspicion et présenter les plus vulnérables comme une menace.

Il faut également parler de la politique internationale, car l’extrémisme ne se limite pas aux frontières nationales.

Pour une grande partie de la société civile, des organisations de défense des droits humains et de nombreux citoyens mobilisés, la question palestinienne constitue aujourd’hui le test ultime de la crédibilité de nos démocraties.

Alors que des institutions internationales, des experts du droit international et des organisations de défense des droits humains alertent sur les crimes commis à Gaza et sur le génocide, le maintien d’un soutien politique, diplomatique, économique ou militaire au gouvernement israélien est considéré par beaucoup comme de la complicité avec des crimes d’une gravité exceptionnelle.

Car s’il existe une forme d’extrémisme qui devrait inquiéter profondément nos sociétés, c’est celle qui consiste à accepter la destruction massive d’une population civile, la mort de dizaines de milliers de personnes, la privation de nourriture, d’eau, de soins et d’abris, tout en continuant à présenter ces actes comme une simple question géopolitique.

La radicalité la plus dangereuse n’est pas seulement celle qui crie dans la rue. Elle peut aussi être celle qui s’installe dans les institutions lorsqu’elle considère que certains peuples peuvent être privés de droits fondamentaux sans que cela provoque une réaction politique à la hauteur des crimes dénoncés.

Comment peut-on prétendre défendre les droits humains ici et fermer les yeux lorsqu’ils sont bafoués ailleurs? Comment peut-on invoquer l’État de droit tout en refusant d’appliquer les mêmes principes au peuple palestinien?

La lutte contre l’extrémisme perd tout son sens lorsqu’elle devient sélective. On ne peut pas condamner certaines formes de radicalité tout en tolérant, au nom d’intérêts géopolitiques ou d’alliances politiques, des politiques accusées de produire des violations massives du droit international.

La véritable défense de la démocratie commence par une exigence simple: aucune vie humaine ne vaut moins qu’une autre, aucun peuple ne doit être exclu de l’universalité des droits humains.

La complicité face à des crimes de masse, lorsqu’elle est établie ou dénoncée par des acteurs crédibles du droit international, représente l’une des formes les plus graves de faillite morale et politique d’un État qui prétend défendre les valeurs démocratiques.

Les principes démocratiques ne peuvent pas être appliqués à géométrie variable. La valeur d’une vie humaine ne dépend ni de son origine, ni de sa religion, ni de sa nationalité.

Un État de droit est précisément un État qui applique ses principes de manière universelle. On ne peut pas prétendre combattre l’extrémisme tout en fermant les yeux sur les dérives idéologiques lorsqu’elles viennent de partenaires politiques, d’institutions ou de gouvernements alliés.

Vous affirmez vouloir protéger la démocratie.

Alors protégez-la réellement.

Protégez les droits sociaux.
Protégez les libertés publiques.
Protégez les personnes migrantes.
Protégez les travailleurs et travailleuses.
Protégez le droit international.
Protégez toutes les victimes du racisme, de la guerre et des discriminations.

La démocratie ne se mesure pas seulement à la capacité d’un gouvernement à désigner ses ennemis.

Elle se mesure à sa capacité à appliquer ses propres principes à lui-même.
 
[courriel envoyé à: bernard.quintin@quintin.belgium.be,bernard.quintin@diplobel.fed.be]
 
 
 
Nordine Saïdi -
18.07.26
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