FREE PALESTINE

Le Mouvement Citoyen Palestine est une association de fait, constituée de citoyens d’horizons divers et qui a pour objectif la promotion et la défense des droits inaliénables du peuple palestinien à disposer de son territoire et d’un Etat.

31 décembre 2007

Happy new War

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L’épuration ethnique est devenue une idéologie, un ornement structurel de l’Etat sioniste.

L’épuration ethnique est devenue une idéologie,

un ornement structurel de l’Etat sioniste.

Ilan Pappé : « La purification ethnique continue et Israël veut vous la faire accepter »

Ilan Pappé est arrivé en Italie sans tambours ni trompettes.

Hôte de l’Iesmavo (Master Enrico Mattei per il Medio Oriente , NdT), au siège de l’Isiao de Rome (Institut italien pour l’Afrique et l’Orient http://www.isiao.it/, NdT) pour une conférence sur « Israël-Palestine, une terre deux peuples ».

Après avoir dénoncé ces derniers mois l’impossibilité de travailler sereinement dans une atmosphère hostile, celle de son université de Haïfa, Pappé est parti en Grande-Bretagne, où il enseigne maintenant à l’université d’Exeter. 

Historien du non consensus, « révisionniste », il est né en Israël en 1954, de parents juifs qui avaient fui l’Allemagne des années 30 ; il a publié une demi-douzaine de livres. Parmi les plus récents, « The ethnic cleansing of Palestine », non encore traduit en italien.

Au centre de l’analyse du grand historien, la politique sioniste de déportations et expulsions de palestiniens réalisées pendant et après la guerre de 1948, quand environ 400 villages furent vidés, effacés et détruits au cours des cinq années qui suivirent.

Professeur Pappé, vous décrivez l’épuration ethnique comme moment constitutif, en 1948, de l’Etat d’Israël. Vous brisez de cette façon le topos de l’exode volontaire des Palestiniens.

En 47-48, les Palestiniens ont été expulsés, même si l’historiographie officielle parle de pressions des leaders arabes qui les auraient persuadés de s’enfuir. L’idée de trouver un refuge pour la communauté juive, persécutée en Europe et anéantie par le nazisme, se heurta à une population autochtone qui était en phase de redéfinition. Projet colonial qui pratiqua l’épuration ethnique, en affrontant de façon anticipée le problème démographique : l’existence de 600.000 juifs contre un million de Palestiniens. Avant que les arabes ne décident en février 1948 de s’y opposer militairement, les Israéliens avaient déjà chassé plus de 300.000 autochtones.

Comment se réalisa la purification ethnique et pourquoi tout le monde s’est-il tu ?

Cela eut lieu en l’espace de huit mois, et ce n’est qu’en octobre 48 que les Palestiniens commencèrent vraiment à se défendre. La riposte des sionistes fut les massacres dans la province de Galilée, la confiscation des maisons, des comptes bancaires, de la terre. Les Israéliens effacèrent un peuple et sa culture. Personne ne dénonça ce qui se passait parce que la Guerre était finie depuis peu. Les Nations Unies ne pouvaient pas admettre qu’une de leurs résolutions (la 181, sur la partition de la Palestine, NDR) se conclut avec une épuration ethnique. La Croix-Rouge avait déjà été accusée de n’avoir pas rapporté avec objectivité ce qui se passait dans les camps de concentration nazis, et les principaux médias ne voulaient pas avoir d’affrontement avec les juifs.

Un sentiment de culpabilité et une « diplomatie », dans l’action des gouvernements, avec quelles conséquences ?

Pendant l’Holocauste, les pays qui aujourd’hui condamnent Israël, ou étaient connivents, ou sont restés silencieux. C’est pour ces motifs que la communauté internationale a abdiqué devant son droit de nous juger. On lui fait endosser une faute à laquelle elle ne peut plus remédier. En perdant ainsi, aujourd’hui encore, le droit de critiquer le gouvernement d’Israël. La conséquence est que quand naquit l’Etat, personne ne lui reprocha l’épuration ethnique sur laquelle il s’était fondé, un crime contre l’humanité commis par ceux qui la planifièrent et la réalisèrent. Dès ce moment-là, l’épuration ethnique devint une idéologie, un ornement infrastructurel de l’Etat. Discours toujours valide aujourd’hui, parce que le premier objectif reste démographique : obtenir la plus grande quantité de terre avec le plus petit nombre d’arabes.

Sous quelles formes et par quels moyens l’épuration ethnique continue-t-elle ?

Avec des systèmes plus « propres et présentables ». Depuis un mois le Ministre de la Justice essaie de légitimer les implantations illégales des colons en laissant intacts les avant-postes. Nous savons que la Haute Cour de Justice est en train de décider si elle doit autoriser le gouvernement à réduire les stocks de carburant, en supprimant l’énergie électrique à Gaza, où vivent un million de Palestiniens qui se retrouveraient sans possibilité de boire de l’eau, parce que la nappe phréatique est polluée par les égouts, et que seul un système de dépuration électrique peut la rendre potable. Mais de ces exemples pour anéantir les Palestiniens il y en a des dizaines, à commencer par le mur, qui est accepté par les Usa et l’Union Européenne.

Qu’est-ce qu’Israël demande à ses alliés ?

Que son modèle soit accepté tel quel. Pendant la guerre de 1967, 300 000 Palestiniens ont été expulsés de Cisjordanie ; pendant ces sept dernières années, la purification ethnique est devenue « construction du mur », qui repousse les Palestiniens vers le désert, hors de la zone assignée du Grand Jérusalem. Le problème est que les dirigeant israéliens conçoivent leur Etat en termes ethniques, raciaux, et sont donc des racistes à tous points de vue. Et cela est perçu par les Palestiniens ; et c’est le plus grand obstacle sur la voie d’une paix entre la Palestine et Israël. Ce qui est appelé « processus de paix » se réduit à : quelle part de la Palestine faut-il de nouveau annexer à Israël et quelle part, très petite, peut-on, éventuellement, donner au peuple palestinien.

Que peut-on faire pour inverser ce processus ?

Avant tout changer notre langage. Il ne s’agit pas d’un affrontement entre juifs et Palestiniens. C’est du colonialisme. Et c’est incroyable qu’au 21ème siècle on puisse encore accepter une politique coloniale. Il faut imposer à Israël les mêmes mesures qu’on avait employées contre le gouvernement raciste de l’Afrique du Sud, dans les années 60-70. Il existe aujourd’hui des mouvements d’opinion de jeunes juifs, en Europe et aux Usa, qui dénoncent la politique colonialiste et critiquent Israël en tant qu’état colonialiste et raciste, pas en tant qu’état fondé par des juifs.

La législation française (et d’autres pays européens) met des restrictions au droit d’exprimer des opinions « révisionnistes » à l’égard d’Israël, mais ne prend pas position pour l’application systématique des résolutions de l’Onu.

J’ai eu une expérience de ce genre il y a deux ans environ. Ma conférence fut interrompue par un groupe d’extrémistes, juifs comme moi, qui m’empêchèrent de continuer. La police arriva, pour me protéger d’eux, pas pour m’accuser. Quant au silence, il est beaucoup plus commode pour les gens de penser de façon conventionnelle. Il faut avoir beaucoup d’énergie et d’originalité pour agir autrement. La Résolution 194, par exemple, établit que les réfugiés palestiniens ont le droit de retourner sur leurs terres. Mais c’est plus facile de ne rien faire et de continuer à penser avec les mêmes formules.

Est-ce que ce sont pour les mêmes raisons que la gauche italienne continue à proposer le modèle « deux peuples deux états » ?

Il est certain que la gauche italienne n’est pas courageuse. Mais elle devra changer, par force, parce que la situation sur le terrain devient catastrophique. Si Israël envahit Gaza, comme c’est dans l’ordre actuel des choses, ils tueront énormément de Palestiniens et pourtant ils ne changeront pas la réalité. Gaza est une grande prison, et il arrivera ce qui se passe dans les révoltes des prisons : l’armée rétablira « ordre et propreté », avec des coups et des tueries. Ce sera un massacre mais, quand ils repartiront, la situation sera toujours la même.

Quels résultats pourraient par contre donner la solution des deux peuples à l’intérieur d’un état unique ?

Il est nécessaire que les populations s’acceptent, que les juifs reconnaissent leurs frères et voisins arabes et vice versa. Après avoir reconnu l’histoire pour ce qu’elle est et après avoir assumé chacun ses propres responsabilités. Reconnaissance, responsabilité et acceptation. En suivant cette voie on pourra arriver à un état unique, où compte le principe « un homme une voix » et où les citoyens, même s’ils ne s’aiment pas, pourront cohabiter. C’est un projet qu’on peut atteindre si on continue à critiquer et à empêcher les crimes qui continuent à être commis par Israël, et si l’on poursuit la campagne de désinvestissement (BDS : Boycott, Désinvestissement, Sanctions, NdT), comme ça a été le cas en Afrique du Sud.

Il faut sanctionner Israël, désinvestir d’Israël 
Ilan Pappé

:

Ilan Pappé & Emanuela Irace - il manifesto, le 23 décembre 2007
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Le sionisme en mauvaise posture.

Le sionisme en mauvaise posture.

35 % des jeunes israéliens partiraient vivre à l’étranger s’ils en avaient la possibilité, mais 48 % pensent qu’il est mieux de vivre en Israël.

C’est ce que révèle un sondage réalisé par l’institut Smith pour le Conseil sioniste en Israël.
Le sondage a été fait en vue du Conseil sioniste national qui s’ouvrira lundi 24 décembre.

400 jeunes juifs âgés de 14 à 18 ans ont été interrogés.

26 % des jeunes ont souligné qu’on vit moins bien en Israël en comparaison à d’autres pays.
Selon le sondage,

70 % des jeunes croient que les arabes israéliens ne sont pas fidèles à l’Etat d’Israël.

La moitié des personnes interrogées ont répondu que si les arabes israéliens faisaient un service civil, leur opinion à leur propos changerait.

73 % des jeunes qui ont participé au sondage ont indiqué qu’ils ont une confiance entière ou très grande en l’armée ;

21 % ont signalé avoir une certaine confiance et 5 % ont déclaré qu’ils n’avaient pas du tout confiance en l’armée.

Concernant leur confiance en les dirigeants politiques israéliens, les données s’inversent. Seul

11 % des jeunes sondés ont dit avoir confiance en les dirigeants.

34 % ont dit avoir une certaine confiance et

54 % ont expliqué n’avoir pas du tout confiance en les dirigeants politiques.

41 % des personnes interrogées ont expliqué que le pouvoir en Israël est plus corrompu que dans d’autres pays ;

18 % croient que le pouvoir est moins corrompu ;

selon un tiers des interrogés, le niveau de corruption ne diffère pas.

73 % se définissent avant tout comme juif et ensuite comme israélien.

27 % d’entre eux ont souligné que servir dans Tsahal et conserver les valeurs juives sont les deux actes les plus liés au terme sionisme.

50% des jeunes pensent que les personnes ayant servi dans l’armée ou ayant accompli un service civil doivent recevoir des avantages.

46 % ont assuré que ceux qui ont servi dans l’armée doivent recevoir plus d’avantages que ceux qui ont accompli un service civil.

Le directeur du Conseil sioniste en Israël, Moché Ben Attar, a conclu concernant les résultats du sondage :

« De nombreux jeunes se sentent déracinés et ne se sentent pas appartenir au peuple et à son héritage.

Il faut entreprendre des actions qui définissent le sentiment d’appartenance de la prochaine génération au pays et le besoin de s’identifier avec ses valeurs.

Il faut une révolution dans l’éducation sioniste et de l’amour du pays ».

Arouts7 est proche des colons israéliens
Rebecca Serfaty

lundi 24 décembre 2007

Arouts7
http://a7fr.net/Article/45422.htm

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Le conflit israélo-palestinien a fait moins de morts en 2007

30 décembre 2007 Edicom
Le conflit israélo-palestinien a fait moins de morts en 2007
http://www.edicom.ch/fr/news/international/le-conflit-israelo-palestinien-a-fait-moins-de-morts-en-2007_1188-4737684

Le conflit israélo-palestinien a fait moins de morts en 2007 qu'en 2006,rapporte B'Tselem, association israélienne de défense des droits humains. Mais les atteintes aux droits de l'homme dans la bande de Gaza et en Cisjordanie occupée ont augmenté.

Selon B'Tselem, l'armée israélienne avait, au 29 décembre, tué 373 Palestiniens dans la bande de Gaza et en Cisjordanie en 2007, contre 657 l'année précédente.Trente-cinq pour cent des morts n'étaient pas impliqués dans les hostilités, contre plus de la moitié en 2006.

Les Palestiniens ont tué sept civils israéliens, bilan le moins élevé depuis le début du soulèvement palestinien, en 2000, et six soldats israéliens, selon le groupe. En 2006, 17 civils israéliens avaient été tués par des Palestiniens.

En revanche, le respect des droits de l'homme s'est détérioré dans les territoires palestiniens en raison du bouclage de la bande de Gaza par Israël, d'une augmentation du nombre de colons juifs en Cisjordanie et d'une hausse du nombre de Palestiniens détenus sans procès.

Selon B'Tselem, la population des colonies juives en Cisjordanie a crû de 4,5% en 2007, contre une augmentation de 1,5% de la population en Israël. Le nombre de Palestiniens détenus sans procès par Israël a  augmenté de 13%.

Par ailleurs, Israël n'a pas tenu sa promesse d'alléger les restrictions aux déplacements en démantelant une partie des centaines de points de contrôle et de barrages routiers entravant la circulation en Cisjordanie.

Selon B'Tselem, le bouclage de la bande de Gaza par Israël depuis que le mouvement islamiste Hamas en a pris le contrôle a fait tomber le territoire à un niveau humanitaire qui n'a jamais été aussi bas. Plus de 80% des Gazaouites dépendent de l'aide alimentaire.

Israël a retiré ses troupes et ses colons de la bande de Gaza en 2005, mais il contrôle ses frontières et il interdit toutes les importations autres qu'humanitaires.

SDA-ATS News Service

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30 décembre 2007

La tragédie Palestinienne finira-t-elle un jour ou sera-t-elle éternelle ? *

La tragédie Palestinienne finira-t-elle un jour ou sera-t-elle éternelle ? *

Par : Anas FAOUR **

Mesdames, Messieurs,

C'est le 60ème anniversaire de la résolution 181 sur le partage de la Palestine (1), le 29 Novembre 1947, c'est le 90ème anniversaire de la déclaration Balfour le 2 Novembre 1917 (2), et c'est aussi le 20ème anniversaire de la Première Intifada Palestinienne le 7 Décembre 1987(3). En regardant les trois anniversaires, une question est dans toutes les têtes : la tragédie du peuple palestinien après 30 ans du mandat anglais (4) et 60 ans d'exil, et de marginalisation. Cette tragédie finira-t-elle un jour ou sera-t-elle éternelle ? Aujourd'hui, nous vivons des moments difficiles, nous le savons tous, des moments importants, au niveau politique, légal, socio-économique, et culturo-éducatif.

Les moments politiques et légaux :

Les Palestiniens vivent une injustice affreuse en accumulant par superposition les résolutions internationales (5) exécutées ou inexécutées, qui sont largement imposées par les rapports de forces mondiaux, en ignorant les droits justes du peuple Palestinien :
Toutes les résolutions concernant le droit au retour des réfugiés palestiniens et le droit du peuple palestinien à disposer de lui-même ne sont pas obligatoires et elles sont négociables puisqu'elles n'ont pas été décidées selon le chapitre VII de la charte des Nations Unies qui concerne l'« action en cas de menace contre la paix, de rupture de la
paix et d'acte d'agression », mais selon le chapitre VI qui concerne la « règlement pacifique des différents » (6).
Les gouvernements israéliens refusent de reconnaître les droits du peuple palestinien officiellement, dès lors que le judaïsme d'Israël a été confirmé par la Déclaration d'Indépendance de 1948 (7), et par la loi fondamentale de 1960 « Les terres d'Israël » (8). De plus, les responsables israéliens confirment toujours le judaïsme d'Israël et refusent le droit au retour (dernièrement Ehud Olmert le 15/11/2007).
Aujourd'hui, le droit au retour concerne la majorité de la population palestinienne, parce qu'il représente 64% du peuple Palestinien (9) (environ 6 400 000 réfugiées). En 1950 il y avait environ 914 000 réfugiés palestiniens enregistrés auprès de l'UNRWA (10) après la perte de leurs maisons et de leurs ressources en 1948.
Par conséquent, les palestiniens doivent négocier sur leurs droits, les négociations concernent tous les palestiniens en Palestine et en exil.
Légitimement L'OLP est l'unique représentant du peuple palestinien, mais la situation actuelle de l'OLP ne permet à personne de négocier en son nom. Le conseil national palestinien (11) actuel a été principalement nommé à la 19ème session d'Alger en novembre 1988, mais 52,5% des Palestiniens (12) sont nés après 1988. Le comité exécutif de l'OLP a été élu par le CNP à la 20ème session de Gaza en avril 1996.

Les moments socio-économiques :

Les Palestiniens ont été la cible de violations de ses droits civils, économiques, et sociaux :
Il y a environ 70% des Palestiniens qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté officiel. Environ 70% de la main-d'oeuvre de Gaza est sans emploi ou sans salaire et plus de 80% de la population de Gaza vivent au-dessous du seuil de pauvreté officiel, tandis qu'en Cisjordanie 56% de ménages vivent sous le seuil de pauvreté.
La construction des colonies continue. Aujourd'hui il y a environ 460 000 colons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. La Paix Maintenant a prouvé que près de 40% des terres occupées par les colonies en Cisjordanie appartiennent à des Palestiniens.
L'utilisation aveugle de la puissance militaire contre des civils et des cibles civiles a eu comme conséquence de graves crimes de guerre. La Cisjordanie a également connu de graves violations des droits de l'homme résultant des incursions militaires fréquentes, de la construction du mur, des démolitions de maisons et des check points. Aujourd'hui, il y a plus de 500 de check points et de barrages routiers qui obstruent la libre circulation dans les TPO. En 2006, les attaques israéliennes se sont terminées par le bombardement de 810 maisons, et l'assassinat de 647 personnes. (13) Il y a environ 10 000 prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes, dont environ 400 enfants et plus de 100 femmes. Il y a des plaintes sérieuses au sujet du traitement, des procès et de l'emprisonnement des détenus.
80% du Mur (14) qu'Israël construit actuellement sont bâtis illégalement à l'intérieur du Territoire Palestinien et il se déploie sur 22 kilomètres à l'intérieur de la Cisjordanie. Le Mur doit s'étendre sur 703 kilomètres. Environ 60 500 Palestiniens de Cisjordanie vivant dans 42 villages et villes résideront dans la zone fermée entre le Mur et la Ligne Verte. Plus de 500 000 Palestiniens vivant à moins de 1 kilomètre du Mur habitent du côté Est, mais ont besoin de le franchir pour accéder à leurs fermes, leurs emplois, leurs écoles, leurs universités, leurs centres médicaux spécialisés et pour maintenir leurs liens familiaux. (15)

Les moments culturo-éducatifs :

Il est évident que le peuple palestinien est un peuple cultivé.
96,5% des Palestiniens suivent des études fondamentales et 60,5% suivent des études secondaires (16). Mais l'étouffement des Palestiniens, le non-respect des droits palestiniens par la communauté internationale, l'utilisation aveugle et excessive de la force contre des civils et des biens civils, les restrictions à la libre circulation, en plus de l'injustice sociale dans la société palestinienne, ont eu des répercussions négatives sur la population palestinienne, et surtout sur la nouvelle génération :

Les difficultés légales, économiques et sociales ont laissé l'individu palestinien, même de culture moderne, sans aucune autre protection que la famille, la tribu et la religion. De ce fait, les relations familiales, tribales, et confessionnelles fleurissaient.
Les relations familiales, tribales, et confessionnelles devenaient les motifs de choix politiques en toute occasion, y compris lors des échéances politiques, parce que l'orientation politique dépend de ces relations.
Ces relations aboutissaient à des divergences idéologiques et politiques, et à une lutte palestinienne interne.

Mesdames, Messieurs,
Voilà, c'est la Palestine aujourd'hui, mais comme Karl Marx a dit :
« Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde, ce qui importe c'est de le transformer. » (17), Le peuple palestinien souhaite que vous soyez toujours à ses côtés en attendant d'obtenir ses droits légitimes : le droit au retour des réfugiés palestiniens et le droit du peuple palestinien à disposer de lui-même.


Je vous remercie, Mesdames, Messieurs, pour votre patience.

Vive le peuple en Palestine et en exil.
Vive le mouvement international solidaire avec le Peuple Palestinien.
Vive la GUPS et le mouvement syndical en Palestine et en exil.

*Villeneuve-Saint-Georges, Le 2 Décembre 2007 : Après-midi de
solidarité avec le Peuple Palestinien, Salle « Prinçay » centre
socioculturel.

** Le Secrétaire Générale des Etudiants de Palestine (GUPS)

(1) Le partage et la création des trois États:
- Un État juif sur 56% de la Palestine, dont les Juifs représentaient à
l'époque 32% de la population et ne détenaient que 7% des terres.
- Un État arabe sur les 44% restants.
- Un régime de tutelle internationale pour Jérusalem et les Lieux
saints.
Cette résolution a été votée à l'assemblée générale de l'ONU
par 33 voix contre 13 avec 10 abstentions.

Plan de partage de 1947

(2) « Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement
l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, et
emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif,
étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte
ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en
Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent
dans tout autre pays. »

(3) Première Intifada: Le 7 décembre 1987, un camion israélien percute
un taxi palestinien dans la bande de Gaza et fait quatre morts. C'est le
début de l'Intifada qui a duré trois ans, les jeunes Palestiniens des
territoires occupés se révoltant contre la violence excessive et brutale
de l'occupant israélien, en lançant des pierres.

(4) L'armée anglaise occupait déjà la totalité de la Palestine à la
fin de la Première Guerre Mondiale en 1918. Deux ans après eut lieu la
conférence de Sanremo : une conférence internationale qui s'est tenue
du 19 au 26 avril 1920 à Sanremo, en Italie, où un comité supérieur,
composé de représentants britanniques, français, italiens, grecs,
japonais et belges, se réunit afin d'aborder les problèmes relatifs aux
traités de paix conclus à la fin de la Première Guerre Mondiale. Les
alliés se partagent les territoires. La Syrie et le Liban passent sous
contrôle français, la Palestine et l'Irak sous contrôle anglais. En
revanche, la Société des Nations confirme le mandat britannique sur la
Palestine en 1922, en excluant la région située à l'est du Jourdain de
la Palestine du mandat.

(5) Les principales résolutions de l'ONU concernant la Palestine :
1- La résolution 181 de l'assemblée générale de l'O.N.U, le 29
novembre 1947, partage de la Palestine.
2-La résolution 194 de l'assemblée générale de l'O.N.U, le 11
décembre 1948, demande le droit au retour pour les réfugiés.
3-La résolution 242 du conseil de sécurité de l'O.N.U, le 22 novembre
1967, demande le retrait d'Israël des territoires occupés.
4-La résolution 338 du conseil de sécurité de l'O.N.U, le 22 octobre
1973, appel au cessez-le-feu et au respect de la résolution 242.

(6) La charte des Nations Unies qui a été signée à San Francisco le
26 juin 1945.
cf. le lien : http://www.un.org/french/aboutun/charte/intro.htm [2]

(7) «…Nous proclamons la création d'un Etat Juif en Terre
d'Israël qui portera le nom d'Etat d'Israël... L'Etat d'Israël
sera ouvert à l'immigration juive et aux Juifs venant de tous les pays
de la Dispersion……. ».

(8) L'État d'Israël n'a pas de constitution formelle, mais 14 lois
sont considérées comme « les lois fondamentales d'Israël » :
1- La loi fondamentale de 1958 : La Knesset.
2- La loi fondamentale de 1960 : Les terres d'Israël.
3- La loi fondamentale de 1964 : Le président de l'État.
4- La loi fondamentale de 1968 : Le Gouvernement.
5- La loi fondamentale de 1975 : L'économie nationale.
6- La loi fondamentale de 1976 : Les Forces de défense d'Israël.
7- La loi fondamentale de 1980 : Jérusalem, capitale d'Israël .
8- La loi fondamentale de 1984 : Le pouvoir judiciaire.
9- La loi fondamentale de 1988 : Le contrôleur de l'État.
10- La loi fondamentale de 1992 : Dignité humaine et liberté.
11- La loi fondamentale de 1992 : Le Gouvernement.
12- La loi fondamentale de 1992 : Liberté professionnelle.
13- La loi fondamentale de 1994 : Liberté professionnelle.
14- La loi fondamentale de 2001 : Le Gouvernement.
- Regardez le site internent de la Knesset Israélienne :
http://www.knesset.gov.il [3]

(9) Tableau des estimations démographiques des réfugiés Palestiniens :

Lieux d'établissement des réfugiés Population
Israël 309 548
Bande de Gaza 986 034
Cisjordanie 778 788
Jordanie 2 197 951
Liban 422 263
Syrie 506 853
Égypte 48 864
Arabie Saoudite 331 770
Koweït 41 501
Autre Golfe 127 484
Iraq, Libye 89 697
Autres Pays Arabes 6 694
Europe 150 000
États-Unis 250 000
Canada 50 000
Amérique du Sud 113 000
Total 6 409 693

Source : Canal Al Jasera, Interview avec Salman Abo Sitta le 10 Octobre
2007.

(10) Cf. le site Internet de l'UNRWA :
http://www.un.org/unrwa/english.html [4]

(11) Le Conseil National Palestinien (CNP) est le Parlement en exil du
peuple palestinien. C'est l'institution la plus importante de l'OLP. Le
comité exécutif, instance directrice de l'organisation, est élu par le
CNP. Le premier CNP, constitué de 422 représentants des communautés
palestiniennes, s'est réuni à Jérusalem en mai 1964 et a adopté la
Charte nationale palestinienne . À la 19ème session d'Alger en novembre
1988, le CNP a déclaré unilatéralement l'indépendance de la Palestine .
Après la signature des accords d'Oslo, le CNP réuni pour la première
fois en Palestine à Gaza, en avril 1996, élimine de sa Charte tous les
articles mettant en cause le droit à l'existence de l'état d'Israël,
après un vote de 504 voix pour et 54 contre cette modification. Le CNP
compte actuellement 669 membres. Les 88 membres du Conseil Législatif
Palestinien (CLP), directement élus en Janvier 1996, sont automatiquement
membres du CNP. Avec les 98 autres membres issus des territoires
palestiniens, ils représentent la population palestinienne vivant dans les
territoires occupés depuis 1967 . Le reste des membres du CNP (483)
représentent la diaspora palestinienne. Le Conseil se réunit tous les
deux ans et ses résolutions sont adoptées à la majorité et au moins
deux tiers des membres doivent être présents.
Cf. le site Internet du Centre National Palestinien d'information :
http://www.pnic.gov.ps [5]

(12) Regardez le site Internet du Bureau Central Palestinien des
Statistiques :
http://www.pcbs.gov.ps [6]

(13) Le rapport annuel du Centre Palestinien pour les droits de l'homme,
2006.

(14) Le mur tracé et approuvé en février 2005.

(15) John Dugard : Rapport du 29 janvier 2007 sur la situation des droits
de l'Homme dans les Territoires Palestiniens Occupés :
http://www.ohchr.org/english [7]

(16) Palestine en chiffres 2005, Bureau Central Palestinien des
Statistiques.

(17) La XI des Thèses sur Feuerbach rédigée par Marx en 1845

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Check points en Palestine occupée

Check points en Palestine occupée.

Bethléem : La cruauté de l’occupation israélienne montrée sur le vif

Sortir, marcher, aller travailler, continuer de vivre malgré les innombrables entraves, est un geste de défi et de résistance en Palestine.

20 décembre 2007 |

Un checkpoint israélien : Huwara (ICRC)

Gilo barrage à Bethléem.
-
http://fr.youtube.com/watch ?v=V3b0NVBsPDQ&feature=related

Ici, ce sont de simples travailleurs de Bethléem et des villages environnants qui doivent s’aligner dès 4 heures du matin et attendre des heures durant, dans l’espoir que les soldats israéliens daignent leur accorder le droit de traverser le check point de Gilo (Gilo est le nom d’une des colonies illégales qui asphyxient Bethléem), pour pouvoir se rendre à Jérusalem et arriver à temps sur leurs lieux de travail.

Gilo barrage et murs enfermant la population de Bethléem

- http://fr.youtube.com/watch ?v=317rcVmst5k&feature=related

- http://fr.youtube.com/watch ?v=BEKKpiegnwk&feature=related

- http://fr.youtube.com/watch ?v=Zg3RDgFv3Xo&feature=related

Ce sont des images volées, filmées à l’insu des soldats israéliens, qui montrent, mieux que des mots, que les Palestiniens sont traités quotidiennement comme des bestiaux dans les quelques 550 postes militaires permanents, comme celui de Gilo, qui quadrillent et paralysent leur pays ; alors même que ces gens extraordinairement patients -présentés comme une menace par Israël- cherchent simplement à se déplacer d’une ville à l’autre, à aller travailler pour survivre et faire survivre leurs familles.

Ces images illustrent, si besoin était encore, la cruauté d’un Etat occupant protégé par les grandes puissances et les principales organisations juives dans le monde ; la cruauté d’un Etat colonial qui n’a de cesse d’inventer des mesures de plus en plus contraignantes et répressives pour faire plier un peuple qui ne se rend pas.

Tout cela est indigne d’un Etat quel qu’il soit !

Dans quel pays, à part Israël, une armée a-t-elle jamais soumis, aussi longtemps, à autant de persécutions et d’humiliations, un peuple qui vit légitimement sur sa terre ?

Le silence complice de nos Etats dits « démocratiques » devant de pareilles injustices est une honte que nous ne devons pas cesser de dénoncer.

Silvia Cattori

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Six Views of Palestine

Six Views of Palestine
by Angélique Berhault and Eloïse Fournier

Report on the exhibition "Six regards pour la Palestine [Six Views of Palestine]" by Angélique Berhault and Eloïse Fournier.  The exhibition took place from 10 to 25 May 2007 at the Théâtre Molière in Brussels.  Six artists exhibited their works there: Michel Najjar, Eduardo Cereceda, Marcel De Munnynck, Pascal Ducourant, Ben Heine, and Blaise Patrix.  Berhault interviewd (by order of appearance) Pascal Ducourant (photographer), Ben Heine (cartoonist), and Mohamed Nofal (Palestinian visitor); and Fournier interviewed Heine and Ducourant.


Angélique Berhault and Eloïse Fournier are students at Ihecs (Institut des Hautes Etudes des Communications Sociales, a high school specializing in journalism and communication located in Brussels, Belgium).

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29 décembre 2007

Le sionisme : du national socialisme

Le sionisme : du national socialisme

par Bruce Katz

fondateur de Palestiniens et Juifs Unis - PAJU

Depuis la Révolution française, l’on peut distinguer deux tendances générales dans le nationalisme. La conceptualisation de ces deux tendances en ce qui concerne l’opposition entre liberté individuelle et l’idée du corps collectif n’a pas vraiment changé, quoique leur champ de bataille avant 1870 ait été de nature socio-politique, et de nature culturelle à la suite de l’ascension de la Prusse et de l’unification de l’Allemagne. Collaboration spéciale de Bruce Katz -

Depuis la Révolution française, l’on peut distinguer deux tendances générales dans le nationalisme. La conceptualisation de ces deux tendances en ce qui concerne l’opposition entre liberté individuelle et l’idée du corps collectif n’a pas vraiment changé, quoique leur champ de bataille avant 1870 ait été de nature socio-politique, et de nature culturelle à la suite de l’ascension de la Prusse et de l’unification de l’Allemagne. Il faut reconnaître que l’ultra-conservatisme contre-révolutionnaire et le libéralisme ne sont pas respectivement l’expression du nationalisme et de l’anti-nationalisme, mais qu’ils sont deux notions divergentes de la nation. Le libéralisme qui tend vers l’universalisme du Siècle des lumières et vers les droits de l’individu incarne l’idée de la nation jusqu’à la défaite de la France par Bismarck alors que l’ultra-conservatisme qui tend vers le particularisme, et vers la notion du «corps collectif» incarne l’idée de la nation depuis le pan-germanisme, et cela particulièrement dans l’Europe de l’Est d’où vient le sionisme en tant que mouvement idéologique et politique.

A cette dernière conception de la nation fixons le terme nationalisme «organique» car on associe non seulement à la collectivité de la notion du regroupement d’individus vivant ensemble et étant soumis aux mêmes lois, mais on l’investit également d’une vie propre, parallèle à celle de l’individu. Ainsi crée-t-on par une sorte de genèse, le corps mystique de la collectivité sociale qui devient une fin en elle-même, dotée de sa propre force motrice et omni-puissante comme Dieu. Bref, l’individu appartient maintenant corps et âme à la nation, laquelle à son tour devient le corps et l’âme de tous et toutes. En ce sens la nation devient «organique.» Le sionisme, comme tout mouvement nationaliste de droite lequel se replie sur la notion de la pureté ou de l’intégrisme ethno-linguistique, est un nationalisme organique dans le sens que l’auteur vient d’énoncer. On a «ethnisée» et sécularisée le Judaïsme afin de faire de lui la pierre angulaire de l’appareil étatique. Bref, ce qui fut auparavant une religion est devenue à la fois nationalité et religion civique, où on fait le culte devant l’autel de l’État.

Ce qui est unique au national socialisme est l’acceptation de la primauté de la nation qui assujettit les valeurs du socialisme, normalement universalistes, au service des valeurs particulières de celle-ci. Alors, le national socialisme se fonde sur l’idée de la nation comme étant unité culturelle, historique et biologique ou, si on veut, au sens figuré, «une grande famille étendue.» C’est alors une question du «sang.» L’individu est une partie organique de l’entier, et l’entier prime sur l’individu. Ainsi est-il du sionisme comme de tout autre nationalisme organique. Ici, le Juif en tant qu’individu n’a aucune signification intrinsèque; sa signification ne peut être appréhendée que dans la mesure où il est utile ou productif pour la nation.

Alors, pour assurer l’avenir de la nation et afin de la protéger contre les forces qui pourraient la miner, il est nécessaire de mobiliser toutes les classes sociales contre les deux grands dangers qui la menacent depuis la venue de la modernité: le libéralisme et le marxisme. C’est ainsi que le nationalisme organique ou intégriste est à la fois antilibéral et antimarxiste, comme le socialisme démocratique s’oppose au tribalisme, il n’est guère surprenant que le national socialisme, lequel repose sur la notion biologique ou ethnoculturelle de la nation, soit l’antithèse du socialisme. Ainsi est-il pour le sionisme (l’État de Israël interdit le mariage entre Palestinien et citoyen israélien et interdit aux agences juives comme le Fonds national juif de vendre des terres en Israël aux non-juif) lequel prétend, par contre, qu’il se base sur les principes universalistes du socialisme.

Dans l’est de l’Europe les critères de l’appartenance à la nation n’étaient pas politiques mais plutôt culturels, linguistiques, ethniques et religieux. L’identité allemande, polonaise, slovaque, serbe, et cetera, évoluaient comme résultat des particularismes de la religion, de la langue et de la culture lesquels une fois vus comme un entier intégral et immuable, sont devenus synonymes des différences biologiques ou raciales (le sens de la «race» au 19e siècle). En ce qui concerne le sionisme, tel que le fait ressortir l’historien Zeev Sternhell dans un oeuvre, Aux origines d’Israël: Entre nationalisme et socialisme, on peut faire, selon Sternhell, le constat suivant: le nationalisme organique est beaucoup plus topique au sionisme que l’idée d’un mouvement socialiste révolutionnaire. D’une certaine façon, le sionisme, et la réponse à l’échec du libéralisme en Europe face aux nationalismes tribaux lesquels avaient un caractère xénophobe et anti-sémite.

L’ironie, c’est que le sionisme, en tant que réaction au nationalisme organique qui rejetait a priori le Juif comme citoyen de la nation, a été conçu à la lumière de ce même nationalisme intégriste. Ici les périmètres de la nation se définissent par la «pureté de sang» et l’adhérence incontestée à l’«organisme» de la nation. Ici l’émancipation de l’individu en tant qu’un individu devient une menace à la survie collective de la «race.» Comme le dit Sternhell: le sionisme était non seulement une réaction à l’insécurité grandissante des Juifs mais aussi une réponse à la détresse des Juifs européens, mais aussi la solution à la perte de l’identité collective des Juifs. Veut - veut pas, ce dilemme entre la vie collective conçue en termes de langue, culture et religion, et la tendance qu’a la modernité à gommer les différences, fait partie de tout débat sur la nature de la société humaine contemporaine.

Le fait que le mouvement sioniste soit au fond un mouvement colonisateur n’est guère surprenant quand on considère le rôle que remplit le sol ou la Terre dans la conceptualisation organique de la nation par le sionisme. Comme la nation est un organisme vivant, un corps comprenant des milliers d’individus, il s’ensuit que la nation ne peut exister si elle est déracinée du sol dans laquelle ses racines doivent creuser. Ce n’est pas simplement la question du sentiment commun de solidarité entre des concitoyennes et concitoyens qui partagent certaines valeurs et certaines traditions culturelles, sans quoi il ne peut y avoir le sens de nation; mais la nature organique de la nation fait que son essence prend racine dans le sol national. Il s’ensuit que le sol national ne peut être partagé avec aucune autre nation. On voit ici le concept du Sang et de la Terre qui marque les fascismes des années trente, en particulier la voie fasciste du national socialisme.

C’est aussi le concept qui soutient la colonisation des terres palestiniennes par les colons juifs; les prétentions bibliques à un droit sur la Judée et la Samarie n’en sont que la rationalisation. En ceci le sionisme montre les traits classiques du nationalisme organique: l’expérience du contact avec le sol, le besoin de légitimer l’idée du retour au sol exaltent le culte de l’histoire de l’antiquité. Cela justifie le «transfert» ou autrement dit, le nettoyage ethnique, du peuple indigène qui se trouve sur la terre convoitée.

Le sionisme en tant que nationalisme organique a aussi une composante religieuse. La conceptualisation organique-culturelle de la nation doit nécessairement inclure la religion, laquelle fait partie intégrante de l’identité nationale. Le nationalisme organique ou intégriste français n’était pas moins catholique que le nationalisme polonais; la religion fut la pierre angulaire de l’unité et de l’identité au-delà des divisions sociales et économiques. Dans le nationalisme organique tel que le sionisme, la religion a une fonction sociale, laquelle n’a rien à voir avec le contenu métaphysique de la religion. La grande majorité des leaders sionistes voyaient la tradition religieuse comme étant une fin en soi sans aucun lien avec des rituels ou des croyances métaphysiques. Cela nous permet de mieux comprendre la nature séculaire ou non religieuse de l’idée de Judaïsme à l’intérieur du concept sioniste. Le Juif ici n’est plus le mystique, celui qui fonde son identité dans la relation de Dieu avec l’homme, celui pour qui cette relation divine prime même sur ‘idée de l’État Nation. Il s’agit du Juif «national» immergé dans la nation organique laquelle a supplanté Dieu.

Bref, voici les trois piliers du sionisme: primo, que la nation est un organisme vivant dont l’être humain individuel n’est qu’une cellule; secundo, que cet organisme requière un sol national et propre à lui dans lequel s’enraciner; tercio, que la religion, vidée de sa spiritualité, est un facteur nécessaire pour transcender les différences sociales et économiques. Quant à la nature «socialiste» du sionisme, on peut dire que le socialisme en tant que système de valeurs universelles n’avait que peu de signification pour les fondateurs sionistes.

Comme le dit Zeev Sternhell, «La détermination des fondateurs de garder le socialisme d’Eretz Israël hors de la sphère d’influence du mouvement socialiste mondial était due à la crainte des implications internationalistes du socialisme et sa doctrine de l’hostilité des classes sociales.» Elle était due aussi, comme Sternhell le constate, à la volonté de se protéger contre la méfiance des socialistes envers des soi-disant partis socialistes indument concernés par la religion, la culture et les origines ethniques. C’est pourquoi le mouvement travailliste en Palestine n’avait rien à dire quand la guerre civile a éclaté en Espagne; il n’était aucunement concerné par les sujets qui ne touchaient pas directement la question nationale. Le concept de la primauté de la nation était fondamental au mouvement travailliste en Palestine et continue de l’être aujourd’hui en Israël. Les fondateurs sionistes considéraient l’autorité qu’exerce la société sur l’individu comme étant l’essentiel du socialisme, et ils ont adopté ce principe quand ils ont abandonné l’idée de bâtir une société égalitaire. A la lumière de ce constat il est plus facile de comprendre pourquoi l’Histadrut assurait sous Ben-Gourion, la primauté du contenu nationaliste dans le socialisme israélien, primant et sur les individus et sur les unités de la colonisation comme les kibboutz. Le socialisme au service de la nation. La nation qui exclut toute autre nation du sol national, l’appel à la race.

Le mur qu’Israël fait construire pour tracer unilatéralement ses nouvelles frontières en grugeant davantage les terres palestiniennes, est le symbole par excellence de l’idéologie sioniste: garder le monde non-juif, l’«Autre,» à l’extérieur tout en gardant le Juif prisonnier à l’intérieur. De cette façon on fait d’Israël le plus grand ghetto du monde. Pourtant la quête historique du Juif dans le contexte de l’Europe chrétien fut de se libérer du ghetto pour devenir citoyen de la nation à part entière. Au fond, la libération du peuple palestinien sera à la fois la libération des Juifs du concept suffoquant du sionisme. Il apparaît que l’un ne pourra se faire sans l’autre.

  • Bruce Katz est membre fondateur et coprésident de PAJU (”Palestiniens et Juifs unis”)

Sources PAJU

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27 décembre 2007

Vexations, violences, lot quotidien des Palestiniens

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Vexations, violences, lot quotidien des Palestiniens aux barrages israéliens, selon une enquête de l'armée

LE MONDE | 22.12.07
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3218,36-992612@51-891944,0.html

« Nous ne voulons pas que l'image d'Israël, dans l'esprit des
Palestiniens, soit un soldat à un barrage. Nous n'avons pas le désir de
contrôler la vie des Palestiniens", a expliqué, à Paris, le 17 décembre,
à l'occasion de la conférence des donateurs, Tzipi Livni, la ministre
israélienne des affaires étrangères.

Chaque jour pourtant, les Palestiniens sont confrontés à des barrages et
à des check-points (563 fixes, plus 74 "volants" au mois de novembre
selon OCHA, l'Agence des Nations unies pour les affaires humanitaires),
qui limitent considérablement leur liberté de déplacement. Ils sont
soumis au bon vouloir des soldats et doivent affronter d'interminables
files d'attente, subir des vexations, des humiliations, voire des
violences verbales ou physiques.

C'est à la suite d'un incident particulièrement significatif survenu il
y a quelques mois près d'Hébron que l'armée a décidé d'ordonner une
enquête. Un officier et cinq soldats avaient "braqué" un taxi, ligoté
son chauffeur, s'étaient emparés du véhicule et, peu après, avaient tiré
sur un Palestinien et l'avaient laissé blessé sur le bord de la route
sans s'occuper de son sort.

A la suite de cet incident, qualifié d'"exceptionnel", le général Gadi
Shamni, qui commande la région centre d'Israël, a donc décidé d'en
savoir plus sur le comportement de ses soldats et a ordonné une enquête
auprès de mille d'entre eux. Les conclusions ont surpris l'état-major.

Il ressort de cette investigation qu'un soldat sur quatre a été témoin
actif ou passif de violences exercées à l'encontre de Palestiniens. Le
quotidien Yediot Aharonot a publié le témoignage de l'un d'entre eux,
qui raconte la vie quotidienne à un point de passage et les punitions
infligées aux Palestiniens : être renvoyé au bout de la file, attente de
plusieurs heures sous le soleil, subtilisation de papiers ou mise à
genoux pendant quatre heures.

"SENTIMENT D'IMMUNITÉ"

Ces constatations ont amené les autorités militaires à prendre un
certain nombre de décisions. Les soldats postés aux check-points
reçoivent désormais une formation de quarante-huit heures sur la
conduite à tenir, et une brochure explicative a été distribuée aux
officiers sur la manière de gérer les contrôles. Pour B'Tselem,
organisation de défense des droits de l'homme dans les territoires
occupés, "cette situation n'a rien de surprenant. Elle s'explique par le
fait que les soldats qui portent atteinte aux Palestiniens n'ont pas à
rendre compte de leurs actes, car il est extrêmement difficile pour les
victimes de faire aboutir une plainte."

De fait, explique Yesh Din, une autre organisation de défense des droits
de l'homme, "90 % des enquêtes ouvertes par la section criminelle de la
police militaire dans des cas où des soldats sont suspectés d'avoir
commis des infractions criminelles contre des Palestiniens sont closes
sans poursuites". Yesh Din s'est appuyée sur des chiffres fournis par
Tsahal. Sur un total de 1 091 affaires de toute nature, il y a eu 118
inculpations et 101 condamnations entre le mois d'octobre 2000 et le
mois de juin 2007. En ce qui concerne les quelque 2000 civils non
impliqués dans des combats qui ont été tués au cours des sept années
d'Intifada, il y a eu 239 enquêtes et seulement 16 condamnations.

"Il ne fait aucun doute que les soldats opérant dans les territoires
occupés ont le sentiment de jouir d'une immunité, ce qui mène
inévitablement à une augmentation du nombre et de la gravité des
infractions commises", explique Michael Sfard, avocat de Yesh Din.

Dans son rapport, cette organisation constate que le nombre des
poursuites contre les soldats pour des faits liés à la drogue en 2006
est "sept fois supérieur au total des poursuites concernant des
atteintes physiques ou aux propriétés des Palestiniens pendant presque
sept ans".

Michel Bôle-Richard

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26 décembre 2007

La critique « sioniste libérale » de Walt et Mearsheimer

La critique « sioniste libérale » de Walt et Mearsheimer              

                           
Jeremiah Haber  

                                                                                       
 

              Dans les médias dominants, les critiques du « Lobby pro-israélien 

» de Walt et Mearsheimer, dans son format livre, ont varié de mitigées à négatives. Plus précisément, elles ont été négatives mais avec quelques miettes jetées aux auteurs pour avoir soulevé certaines questions et brisé certains tabous.

         
 

              The Magnes Zionist, 10 octobre 2007
http://themagneszionist.blogspot.com/2007/10/walt-mearsheimer-and-foxman-going-past.html
   
Les critiques que j’ai lues sont unanimes pour dire que le livre est un réquisitoire partial contre la politique d’Israël et ses sympathisants, une harangue en somme qui aurait besoin d’être « contrebalancée ». Telle semble assurément avoir été la perspective du Washington Post

qui a chargé Samuel Freedman d’assurer la revue critique du « Lobby pro-israélien », en même temps que de la « réfutation » de Abe Foxman, « The Deadliest Lies ».

Freedman, qui enseigne le journalisme à l’Université Columbia, et qui a écrit, il y a quelques années, un livre intéressant intitulé « Jew vs. Jew », a un tas de choses à dire contre les deux livres. A son crédit, il prend Walt et Mearsheimer beaucoup plus au sérieux que Abe Foxman dont j’ai parcouru le stupide petit bouquin chez Barnes & Noble. Freedman est un homme intelligent et un excellent journaliste. Mais sa conclusion implicite que la vérité se trouve quelque part au milieu le révèle dans toute sa gloire de sioniste libéral – pas vraiment le critique le plus équitable pour un livre sur le lobby pro-israélien. Pourtant, pratiquement toutes les critiques des principaux canaux médiatiques ont été le fait de sionistes libéraux, à la fois juifs et non-juifs.

Par « sionisme libéral », j’entends la perspective qui soutient l’Etat d’Israël tel qu’il a été fondé en 1948 par des sionistes politiques comme Ben Gourion. Alors que les sionistes libéraux sont souvent critiques à l’égard de la politique israélienne (en particulier celle qui est défendue par la droite israélienne et leurs alliés faucons, par exemple les colonies), ils tiennent pour établi que a) il y a toujours « deux côtés » à l’histoire d’Israël-Palestine, et b) il y a beaucoup de justice dans le camp israélien. Alors, quand ils lisent des ouvrages d’auteurs aussi divers que Walt et Mearsheimer, Jimmy Carter, Tony Judt et Norman Finkelstein, ils ne peuvent se retenir de dire : « Ouais, mais qu’en est-il de la responsabilité du camp palestinien dans ce gâchis ? » Cela part de ce qu’ils admettent fondamentalement le discours sioniste sur une histoire juive culminant dans l’Etat d’Israël et qu’ils rejettent la narration palestinienne selon laquelle un mouvement étranger de colonisation a déplacé les autochtones qui, en tant que population majoritaire en Palestine, espéraient une appartenance à une Palestine arabe avec une minorité juive.

Maintenant, on peut favoriser Israël par rapport aux Palestiniens sans tenir la narration sioniste pour juste. On peut déclarer qu’Israël est un Etat reconnu par les Nation Unies et qu’il y a évidence à favoriser un Etat par rapport à une collectivité non étatique, position de faveur qui s’évaporera lorsque les Palestiniens auront un Etat. Mais ce n’est pas là la position adoptée par les critiques. Tous sans exception font appel à l’adage confortable (et banal) selon lequel la vérité se situe entre les extrêmes. La difficulté est cependant qu’ils situent le « centre » dans le camp sioniste. Ceux qui adoptent une position s’écartant du sionisme politique, même si cette position admet de facto l’Etat d’Israël, sont tenus pour « dogmatiques » et « partiaux ».

Le triomphe du sionisme dans ce pays n’est pas tel que personne de « modéré », aujourd’hui, ne met en doute la sagesse ou la justice de l’établissement et de l’existence continue d’un Etat sioniste. C’est plutôt que personne « au milieu » ne remet en cause la justesse de la narration sioniste qui justifie la prétention juive à un Etat aux dépens de la revendication palestinienne. Parce que si quelqu'un le faisait, alors l’échec à établir un Etat palestinien solide et vivant soixante ans après que les Nations Unies aient recommandé de créer un tel Etat, un Etat qui serait au moins l’égal de l’Etat juif, cet échec ne lui permettrait pas de dormir, la nuit.

Je ne suis pas en train de dire que les critiques auraient dû être choisis en fonction de leur rejet de la narration sioniste. Mais pourquoi ne pas demander de faire la critique du livre à des gens qui n’ont investi d’intérêt dans aucune des narrations ? Ou, si on le demande à des sionistes libéraux, pourquoi pas à des Palestiniens libéraux, comme Rashid Khalidi (qui se révèle critique à l’égard de la thèse du livre).

Tant que le monde n’impose pas une solution qui aplanisse le terrain de jeu entre Juifs israéliens et Palestiniens, cela ne rime à rien de parler d’équidistance. La situation, là-bas, est incroyablement faussée en faveur d’Israël, qui a pratiquement toutes les cartes, et contre les Palestiniens, qui n’en ont pratiquement aucune.

Permettez-moi de démontrer l’acceptation fondamentale par Freedman de la narration sioniste libérale, avec le passage suivant :

« C’est certainement le droit de Mearsheimer et Walt d’avancer ces arguments, et leur analyse de Camp David, en particulier, fait écho à celle de Robert Malley, qui y était un des médiateurs américains. La culpabilité israélienne ne manque pas dans le bourbier du Proche-Orient – le plus flagrant étant l’entreprise de colonisation. Pourtant, on peut quitter ce livre en se rendant à peine compte qu’en Israël, la majorité politique avait été préparée à se retirer d’une bonne partie des territoires occupés afin de conclure un accord de paix avec un Etat palestinien – jusqu’à ce que l’Intifada Al-Aqsa porte le terrorisme profondément à l’intérieur de l’Israël souverain, celui d’avant 1967, jusqu’au front de mer de Tel Aviv. Pour s’être retiré de l’ensemble de Gaza en 2005, Israël a reçu une pluie régulière de tirs de roquettes qui ont miné le soutien public à une autre évacuation de certaines parties, au moins, de la Cisjordanie. Les auteurs n’ont pas besoin d’être d’accord avec la réaction israélienne à ces événements, mais ils montrent leur malhonnêteté intellectuelle en en faisant à peine mention… Ainsi, alors que Mearsheimer et Walt appuient une solution à deux Etats, ils incluent dans l’infâme lobby pro-Israël quelques-uns des diplomates – Martin Indyk et Dennis Ross, pour en nommer deux – qui ont précisément tenté de négocier un tel accord de paix. »

Vous avez ici, dans une coquille de noix, la foi du sioniste libéral. Israël est effectivement responsable d’une grande part du bourbier proche-oriental, « le plus flagrant étant l’entreprise de colonisation », comme si tout l’avant-1967 était au poil et pouvait être résolu par un simple retrait aux frontières de 67 – en cédant « une bonne partie des territoires occupés » et en concluant le tout à Genève ou Camp David avec un accord de paix. Il semble que d’après Freedman, le conflit israélo-palestinien aurait pu être résolu via Oslo, s’il n’y avait pas eu l’Intifada Al-Aqsa, qui a porté « le terrorisme profondément à l’intérieur de l’Israël souverain, celui d’avant 1967, jusqu’au front de mer de Tel Aviv ». Outre qu’au niveau des faits, c’est inexact – des Palestiniens ont faits sauter des civils israéliens à Tel Aviv avant, pendant et après Oslo – cela revient à supposer que les Israéliens ont un jour voulu conclure avec les Palestiniens un accord de paix qui aurait créé un Etat palestinien solide et sûr. Comme je l’ai déjà écrit, ce ne sont que pures fadaises. Personne en Israël, exception faite de ceux qui se situent à l’extrême-gauche, n’a jamais soutenu l’établissement d’un Etat palestinien – ils appuient plutôt un « Etat » émasculé, démilitarisé, qui ne pourrait survivre que par sa relation de nature néocoloniale avec Israël, et qui ne représenterait jamais une menace pour la sécurité de l’Etat juif. Le fait que l’Etat d’Israël représenterait une menace pour la sécurité de l’Etat palestinien est rejeté – après tout, nous sommes juifs et nous honorons les accords.

Freedman, en tant que sioniste libéral, paraît croire qu’Israël s’est retiré de Gaza en 2005. Cela aussi, ce sont des fadaises, comme bien des gens l’ont écrit. Israël ne s’est jamais « retiré » de Gaza ; il a redéployé ses troupes, pour la plus grande part, de l’autre côté de la « Ligne Verte » et a, plus tard, imposé à l’encontre de Gaza un état de siège paralysant, lorsque les Palestiniens ont élu le Hamas. Dès lors, ce qui s’est réellement passé, c’est que les Israéliens qui estimaient que la manière la plus efficace de contrôler Gaza passait par la présence de colons et de troupes de l’armée israélienne, ont perdu devant les Israéliens qui estimaient que la manière la plus efficace de contrôler Gaza consistait à retirer les colons et l’armée israélienne. Mais le contrôle de Gaza « pour la sécurité d’Israël » n’a à aucun moment été mis en question.

C’est le débat sioniste classique – le genre « Juif vs Juif » sur lequel Freedman aurait dû écrire : comment contrôle-t-on le maximum de territoire avec le minimum de responsabilité à l’égard des Arabes autochtones ? Si Ariel Sharon avait été intéressé à donner une chance à la paix – mais il faut mettre à son crédit qu’il n‘a jamais fait d’allusion dans ce sens – il aurait négocié un retrait avec l’Autorité Palestinienne et, plus encore, il aurait négocié un accord définitif. Mais le retrait de Gaza n’a jamais été lié à l’idée de tracer la voie vers la paix – et Sharon avait le cran de le dire. En fait, le retrait unilatéral de Gaza était destiné à humilier les Palestiniens en laissant entendre que négocier avec eux avait autant de sens que de négocier avec des bêtes sauvages. (Rappelez-vous la solution proposée pour les Palestiniens par le sioniste libéral, Benny Morris, dans son interview par Ari Shavit : « Mettez-les dans des cages ») * . Seul un sioniste libéral, qui assimile un redéploiement de troupes avec une ouverture de paix, peut donner au retrait de Gaza une allure d’opportunité de paix.

Parce que Freedman est un sioniste libéral – et ce n’est pas lui que je critique pour cela, mais les éditeurs qui n’ont pas exigé de lui de divulguer pleinement la chose quand ils l’ont sollicité à faire la critique des livres – il est choqué que Walt et Mearsheimer rangent Martin Indik et Dennis Ross dans le lobby israélien. Comment osent-ils envoyer ces deux pacificateurs libéraux dans le même camp que Abe Foxman, l’AIPAC, Daniel Pipes et Norman Podhoretz ? Je veux dire, combien de fois Indyk et Ross ne se sont-ils pas vus traités par la droite de « Juifs ayant la haine d’eux-mêmes » ? Et que n’ont-il travaillé dur pour la paix ?

Mais la vérité est que pratiquement tous les Juifs aux Etats-Unis, depuis l’extrême-doite jusqu’à la Gauche-la-Paix-Maintenant-Meretz-Tikkun, font partie du lobby pro-Israël, ou si vous n’aimez pas le terme (et je ne l’aime pas), ce sont d’ardents partisans d’Israël, chacun à leur façon. De nouveau, ce n’est pas une critique – croyez-moi, quelques-uns de mes meilleurs amis sont des sionistes libéraux (pleine révélation : je possède une carte de membre du Meretz, bien que, pour ma défense, je n’ai rejoint le parti que pour voter pour Yossi Beilin aux primaires). Pour voir à quel point Dennis Ross est profondément sioniste, il suffit de lire quelques pages de The Missing Peace. Le fait qu’il ne partage pas la névrose « islamofasciste » de Podhoretz et Pipes n’en fait pas un centriste sur la question Israël-Palestine.

Alors, qui est vraiment au centre et pas juste « au centre » ? Eh bien, Walt et Mearsheimer, Carter, Chomsky, Khalidi, pour commencer. Ils souhaitent permettre un Etat sioniste solide en Palestine – davantage que je ne peux le dire pour la plupart des Israéliens à l’égard de la Palestine. En fait, la plupart des partisans d’un seul Etat que je connais sont au centre – ils n’appellent pas au transfert de populations contre leur volonté. Si vous êtes pour un transfert – palestinien ou juif israélien aussi bien – alors vous n’êtes assurément pas au centre. Si votre volonté d’autodétermination nationale doit se faire aux dépens de l’autodétermination nationale de l’autre groupe – alors vous n’êtes assurément pas au centre.

Parce que la narration sioniste a été acceptée par la presse libérale dominante aux Etats-Unis (mais pas par des experts du Proche-Orient), on n’a pas besoin d’un AIPAC ni d’un Foxman ni d’un Dershowitz pour prendre la défense d’Israël. Ceux-ci serviront toujours de « mauvais flics » pour de « bons flics » comme Tom Friedman, Richard Cohen, Dennis Ross, etc. La vraie question est – et Walt et Mearsheimer ne la posent pas – pourquoi Israël a-t-il si bien réussi à faire accepter la narration sioniste ? Ce n’est pas juste la prétendue influence ou l’argent d’un lobby pro-Israël. Il peut y avoir beaucoup de facteurs – culpabilité chrétienne libérale pour l’antisémitisme chrétien, sympathie pour les Juifs après le génocide, le commun héritage judéo-chrétien sur la Bible (l’arme secrète du sioniste), la success story des Juifs aux Etats-Unis, y compris le taux élevé d’intermariages qui rend plus compliqué pour des chrétiens d’agir contre des membres de leur famille. Les Palestiniens ne sont pas parvenus à avoir le même impact que les Juifs sur la conscience des non-juifs américains. Ils n’ont pas autant roulé leur bosse. Et ils sont « orientaux » comme les Israéliens ashkénazes ne le sont pas.

Et ils sont arabes et, surtout, musulmans.

(Traduction de l'anglais : Michel Ghys)            

Posté par MCPalestine à 18:18 - ARTICLES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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