FREE PALESTINE

08 décembre 2022

“L’apartheid israélien: outil du colonialisme sioniste”

Source: Externe

Ce 29 novembre 2022, Al-Haq a lancé le rapport inaugural de sa coalition intitulé: «Apartheid israélien: outil du colonialisme sioniste»

 

Les principales organisations de la société civile palestinienne, Al-Haq Law in the Service of Man (Al-Haq), Addameer Prisoner Support and Human Rights Association (Addameer), Al Mezan Centre for Human Rights (Al Mezan), Al-Quds University ‘Community Action Center’ (CAC), the Jerusalem Legal Aid and Human Rights Center (JLAC), l’Initiative palestinienne pour la promotion du dialogue mondial et de la démocratie (MIFTAH), le Centre palestinien des droits de l’homme (PCHR) et la Coalition civique pour les droits des Palestiniens à Jérusalem (CCPRJ), explorent dans ce rapport le régime colonial et d’apartheid des colons israéliens imposé au peuple palestinien. 

Il est important de noter que ce rapport est une publication palestinienne majeure, visant à élargir le discours international actuel sur l’apartheid, et qu’il examine l’apartheid comme un élément structurel de la poursuite du colonialisme sioniste des deux côtés de la Ligne verte et contre le peuple palestinien dans son ensemble.

En outre, le rapport illustre la nécessité supplémentaire de mettre fin au colonialisme de peuplement d’Israël et la réalisation du droit palestinien à l’autodétermination. Le rapport ajoute des voix et des analyses palestiniennes claires aux appels internationaux plus larges demandant la fin du régime d’apartheid d’Israël.

La société civile palestinienne demande la décolonisation et le démantèlement du colonialisme de peuplement et du régime d’apartheid d’Israël, la réalisation du droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination, qui lui est systématiquement refusé depuis le mandat britannique, et le droit au retour des réfugiés et exilés de la diaspora.

Source: Externe

Ce rapport novateur sur l’apartheid est le fruit de quatre années de recherche et de plaidoyer de la part de la coalition des organisations palestiniennes de défense des droits de l’homme. Au cours de cette période, et grâce aux efforts de cette coalition, la communauté internationale a de plus en plus accepté la réalité du régime oppressif d’apartheid d’Israël.

Si Al-Haq est encouragé par la reconnaissance mondiale croissante de l’apartheid israélien, nous constatons que le colonialisme sioniste et sa logique d’élimination et de transfert de population restent absents des analyses et rapports récents sur l’apartheid des organisations israéliennes et internationales de défense des droits de l’homme telles que Yesh Din, B’Tselem, Human Rights Watch et Amnesty International. C’est cette lacune que le présent rapport cherche à combler.

Ce rapport historique vise à développer le discours actuel sur l’apartheid et à faire pression pour la reconnaissance des pratiques coloniales d’Israël, passées et présentes, et de son utilisation constante de politiques coloniales de colonisation contre le peuple palestinien, en reconnaissant le lien entre la lutte palestinienne pour l’autodétermination et le mouvement mondial plus large de libération des autochtones contre le colonialisme et d’autres formes associées de racisme structurel et institutionnalisé.

Depuis 1948, les Palestiniens ont enduré une Nakba (catastrophe) permanente de déplacement forcé, de refuge et d’exil; le déni de leur droit au retour en Palestine; et un processus continu de domination, d’occupation étrangère, d’annexion, de transfert de population et de colonisation. C’est dans ce cadre de violations historiques et continues qu’Al-Haq analyse l’apartheid en tant qu’outil du projet colonial sioniste plus large, plutôt que de l’isoler des faits contextuels.

Le contenu du rapport explore tous les aspects du régime raciste institutionnalisé d’Israël, y compris son histoire formelle, avant et pendant le début de la Nakba en 1948; la base légale du maintien de l’apartheid dans les lois fondamentales constitutionnelles d’Israël, d’autres législations et ordres militaires; et l’importance de réaliser l’autodétermination du peuple palestinien promise depuis longtemps.

Parmi les nombreuses conclusions de ce rapport, l’une des principales est que toute description de la situation en Palestine comme un «conflit» ignore la réalité de la situation. La dynamique de pouvoir asymétrique, l’occupation prolongée et indéfinie, la nature exploitante de cette occupation, le transfert et l’expulsion constants de la population au mépris total du Droit international montrent que les politiques d’Israël sont plus qu’un régime d’apartheid, et équivalent à une politique coloniale de colonisation au 21è siècle, avec l’intention de déraciner et d’effacer le peuple palestinien de sa patrie.

Source: Externe

Nous soulignons qu’il n’y aura pas de solution à la situation tant que la Communauté internationale continuera à ignorer les violations systématiques des droits de l’homme et le régime d’apartheid colonial d’Israël et, par-là, à soutenir le projet colonial sioniste illégal de colonisation au détriment de la libération palestinienne. Ce rapport appelle la communauté internationale, les Nations-Unies, les Etats et les communautés du monde entier à agir contre le régime d’apartheid colonial des colons israéliens à travers une série de recommandations, comme:

  • Les États tiers à prendre des mesures pour décoloniser complètement la Palestine. Cela doit impliquer le démantèlement de toutes les structures de domination, d’exploitation et d’oppression, et la réalisation des droits inaliénables du peuple palestinien, y compris le droit à l’autodétermination et au retour dans ses foyers, ses terres et ses propriétés;
  • Les États tiers à reconnaître et à condamner, y compris par le biais d’organisations régionales et internationales, les lois, les politiques et les pratiques discriminatoires d’Israël qui ont établi de manière cumulative, et continuent à maintenir, un régime d’apartheid d’oppression et de domination raciale systémique, sur le peuple palestinien dans son ensemble;
  • Coopérer pour mettre fin à la situation illégale créée par le régime d’apartheid colonial israélien en appliquant des sanctions économiques au niveau national et multilatéral, en rompant les liens diplomatiques, culturels et commerciaux avec Israël comme l’exige le Droit international et en suspendant les accords commerciaux et de coopération existants avec Israël, y compris les accords nationaux et régionaux;
  • Que les États membres de l’Assemblée générale des Nations-Unies adoptent une Résolution visant à reconstituer le Comité spécial des Nations-Unies contre l’apartheid et le Centre des Nations-Unies contre l’apartheid, afin d’examiner la commission par les autorités israéliennes du crime contre l’humanité d’apartheid contre le peuple palestinien dans son ensemble, et de donner à ces organes le pouvoir de poursuivre de manière proactive le démantèlement du régime d’apartheid colonial israélien; 
  • Que le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale accélère l’enquête en cours sur la situation en Palestine sans retard excessif, notamment sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, y compris, entre autres, les crimes d’apartheid, de transfert de population, d’appropriation et de destruction de biens, de pillage, de persécution, d’homicide volontaire, de meurtre et de torture perpétrés sur le territoire palestinien.

Pour prendre connaissance du Rapport complet (en anglais): https://www.alhaq.org/cached_uploads/download/2022/11/29/israeli-apartheid-webversion-1-page-view-option-01-1669748323.pdf

Communiqué Al-Haq -

01.12.22

Source: Agence Medias Palestine

07 décembre 2022

A Gaza, des familles littéralement abandonnées ont besoin de notre solidarité (+vidéo)

Source: Externe

Campagne de dons lancée début décembre en coordination avec l'association locale GSA

 

Dans la ville de Rafah, au sud de la bande de Gaza, là où 250.000 Palestiniens sont pris en tenaille entre le régime colonial israélien et le dictateur de l’Égypte Sissi à sa solde, la misère liée au blocus est particulièrement terrible.

Après de vastes démolitions de maisons par Israël dès 2003 (on se souvient de l’assassinat de Rachel Corrie écrasée volontairement par un bulldozer israélien, alors qu’elle défendait la maison d’un pharmacien de Rafah), puis la création d’une «zone tampon»  par Sissi, qui a provoqué en 2013 l’effondrement des sols, la destruction de centaines de maisons «trop proches de la frontière»  et celle des tunnels, qui étaient le poumon de la bande de Gaza, la vie est très dure à Rafah.

C’est pourquoi l’association GSA (Gaza Support Association) qui regroupe 30 bénévoles et 8 institutrices de maternelle, se démène pour aider les enfants et les familles les plus démunies (éducation des enfants de 3 à 6 ans que les familles ne peuvent envoyer à la maternelle qui est payante, colis alimentaires, colonies de vacances,…)

L’équipe, présidée par Mohammed S.H. Shehada fait aujourd’hui appel à nous pour venir au secours d’une centaine de familles qui souffrent de la faim et qui vont bientôt subir le froid et l’humidité de l'hiver.

Avec notre reconnaissance anticipée, merci de vos dons, selon vos moyens, pour ces Palestiniens en souffrance!  Quel que soit le montant, chacun peut participer à cette cagnotte. Pas besoin de créer un compte ou de s'inscrire, c'est rapide et les paiements par Carte Bancaire sont 100% sécurisés.

Source: Externe

Nous avons lancé la collecte cette semaine pour ces 100 familles de Rafah au sud de la bande de Gaza. (https://europalestine.com/2022/11/30/gaza-100-familles-de-rafah-a-aider-maintenant/).

Grâce à vous, près de 5.000 euros ont déjà été récoltés (via cotizup et notre association), envoyés et reçus par les destinataires qui ont commencé la distribution de 100 euros par famille. Nous vous en remercions chaleureusement. Et nous poursuivons cette collecte pour soulager 50 autres familles.

Ce sont des familles qui vont affronter l'hiver dans un très grand dénuement, comme vous pouvez le constater dans cette courte vidéo réalisée par l'association GSA... !! Attention, images très dures: https://youtu.be/ExDRY9MXinQ

La ville de Rafah, au sud de la bande de Gaza, souffre de nombreux problèmes qui se sont accumulés au fil des années de blocus de Gaza.

RAFAH, PAUVRE ET MARGINALISÉE

Elle était le principal lieu d'entrée des marchandises par les tunnels, mais après leur destruction par l'autorité égyptienne, à la demande d'Israël, la vie à Rafah est devenue misérable.

1/ 60% de sa population souffre de chômage et du manque de source de revenus

2/ Rafah souffre du manque de l'eau potable. L'eau de la ville de Rafah n'atteint les maisons qu'une fois par semaine

3/ Il y a plus de 700 familles sans abri, dont la plupart ont perdu leur maison à cause des attaques sur la ville

4/ Le seul hôpital dans la ville de Rafah (~250.000 habitants) est primitif, ne fournissant que des services très limités, et la majorité des opérations sont transférées à l'hôpital Nasser à Khan Yunis

5/ Des déplacements de la population sont fréquents dans la région orientale de la ville de Rafah en raison des invasions israéliennes répétées

6/ La ville de Rafah manque d'agriculture dû au rasage de dizaines de dunams de terres agricoles par l'occupation

7/ Les enfants à Rafah n'ont aucun lieu de loisirs

8/ Les prix des produits de base sont très élevés à cause du blocus

9/ Malgré ses 250.000 habitants, Rafah est une ville marginalisée, au point qu’elle n’a pas de poste! Ses habitants sont obligés de recourir au bureau de poste de Khan Yunis, située à 10km de Rafah

Source: Externe

PÉNURIE DE MÉDICAMENTS

Le ministère palestinien de la Santé souffre d'une pénurie de 40% de médicaments, en particulier de médicaments coûteux, ce qui rend difficile l'achat de ces médicaments par les citoyens. Il y a des dizaines de citoyens de la ville de Rafah qui doivent des sommes importantes aux pharmacies et ne peuvent pas les payer.

Lorsque les médicaments sont disponibles au ministère de la Santé, les citoyens peuvent les acheter à un prix raisonnable, mais qui reste cher pour la plupart de la population qui n'a aucune ressource financière. L'Association de soutien à Gaza "Gaza Support Association" (GSA) fournit ses services dans la ville de Rafah et ses alentours, en ciblant les familles les plus pauvres.

De nombreux services ont été fournis en coopération avec des institutions amies en France telles que MCH, Médecins Sans Frontières et l'association Aider & Agir, en plus des groupes de solidarité dans les villes françaises suivantes - Lille - Lyon - Marseille - Saint Titien - Avignon - Paris

LA DIFFICILE GESTION D'UNE ÉCOLE MATERNELLE

L'association possède une école maternelle pour les enfants orphelins et pauvres. Elle accueille les enfants entre 3 et 6 ans, les jours de la semaine de 7h à 12h. Il y a 100 enfants qui fréquentent l’école, et depuis sa création, on comptabilise plus de 700 enfants scolarisés.

Le nombre d'employés dans cet établissement scolaire est de 8 enseignantes qui reçoivent un salaire ne dépassant pas 100 euros par mois. Grâce aux soutiens des commerçants locaux, on arrive parfois à leur verser les salaires, parfois le manque de ressources nous oblige à ne verser qu'une partie des salaires aux  enseignantes. L'association recherche des donateurs ou une institution qui prendra en charge une partie des salaires de ces enseignantes.

Le besoin mensuel d'une famille moyenne, composée de 5 membres, est de 150€. Nous espérons pouvoir compter sur vous pour la suite de cette collecte.

   • EN LIGNE (SÉCURISÉE), EN CLIQUANT SUR : https://www.cotizup.com/pour-rafah

   OU BIEN ENVOYER UN CHÈQUE À NOTRE ASSOCIATION (AVEC REÇU POUR DÉDUCTION FISCALE) QUI TRANSMETTRA À GSA À RAFAH

Dans ce cas, merci de bien spécifier Rafah au dos de votre chèque à l’ordre de CAPJPO-Europalestine. A envoyer à l’adresse suivante: CAPJPO-Europalestine, 16bis rue d’Odessa Bte 37, 75014 Paris - France

Rédaction CAPJPO -

05.12.22

Source: capjpo-europalestine

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06 décembre 2022

Le 'droit à résister' inclut-il le recours à la violence?

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Est-ce que je crois en la violence?

 

Le 24 octobre, j’ai participé à une conférence sur la solidarité entre Noirs et Palestiniens à la Harvard Kennedy School aux côtés de Marcus McDonald, l’organisateur principal d’une section indépendante de Black Lives Matter en Caroline du Nord.

Comme on pouvait s’y attendre, les sionistes ont été consternés par cet événement, invoquant la malveillance qui serait tapie dans mon âme et le sang que j’aurais sur les mains. Ils ont fait circuler des tracts truffés de pseudo-faits fournis par l’Anti-Defamation League, une organisation de “droits civils” pro-israélienne que j’appelle affectueusement l’Apartheid Defence League.

Quelques heures avant l’événement, les polices de Cambridge et de Boston ont reçu des appels insinuant vaguement une alerte à la bombe, ce qui a obligé la sécurité de l’université à rechercher des explosifs. Je n’étais pas surpris; ce n’était pas mon premier rodéo. Quelqu’un fait une déclaration mystérieuse, un autre peut écrire dans le journal étudiant que ma présence menace directement sa vie, alors l’université déploie la police et les détecteurs de métaux.

Il s’agit, à mon avis, de tactiques de peur destinées à étouffer les événements de défense de la Palestine ou à les annuler complètement. En fin de compte, l’événement de la Kennedy School n’a pas été annulé, mais la participation de personnes non affiliées à Harvard – une partie considérable des inscrits – a été interdite.

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Pendant les questions-réponses, un étudiant a posé la question à un million de dollars: est-ce que je soutiens ou est-ce que je suis prêt à condamner les violences «commises par des militants palestiniens»?

Après avoir quitté l’estrade, j’ai appris que pendant l’événement, des soldats israéliens avaient tué six Palestiniens lors d’un raid massif en Cisjordanie occupée et fait des dizaines de blessés. Il s’agissait de 6 des 199 Palestiniens tués par les forces israéliennes et les colons cette année.

Les six hommes tués étaient Qusai Tamimi, 20 ans, à Nabi Saleh, et Hamdi Sbeih Qaim, 30 ans, Ali Antar, 26 ans, Hamdi Sharaf, 35 ans, Mashaal Baghdadi, 27 ans, et Wadee Al-Houh, 31 ans, dans la ville de Naplus, assiégée depuis des semaines. Al-Houh était un haut responsable du groupe de résistance de la guérilla récemment apparu, “la Tanière des Lions”, qui a revendiqué la responsabilité de diverses opérations de tir visant les forces d’occupation israéliennes en Cisjordanie.

Mon instinct, en tant qu’auteur qui écrit en anglais, est d’offrir un contexte expliquant pourquoi un groupe de jeunes hommes voudrait prendre les armes contre leurs occupants, mais le monde anglophone ces derniers mois, a montré qu’il n’a pas besoin de contexte pour justifier la résistance aux occupations, tant que les occupants ne sont pas israéliens.

Si la remise en question de mon sentiment sur la violence peut sembler évidemment ironique compte tenu des faits sur le terrain, elle est trompeuse à dessein – un faux-fuyant flagrant. Comique, parfois. Prenez par exemple, les anciens soldats israéliens qui assistent à mes conférences pour poser des questions moralisatrices, étant maintenant à la retraite après avoir participé à des raids sur les maisons et bandé les yeux d’enfants.

Ou lorsqu’un journaliste de la chaîne de télévision CNN, qui s’avère ironiquement être un Afrikaner, m’a demandé si je «soutenais les protestations violentes» alors que la chaîne diffusait des images vidéo de soldats et de colons armés agressant ma famille et mes voisins.

À ce moment-là, lorsque j’ai appris que les six hommes avaient été tués, il y avait deux mondes: le monde de l’occupation militaire brutale dans lequel ces gens vivaient et le monde tel qu’imaginé par l’étudiant qui m’a posé la question.

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Mais cet étudiant, ce présentateur de télévision, ainsi que les diplomates et les observateurs du monde entier, ne sont pas seulement indifférents à la cause profonde de nos rébellions, après plus de sept décennies de confrontation à des canons de fusil; ils sont aussi le plus souvent indifférents à la violence qui nous est infligée. À leurs yeux, notre mort est banale et habituelle, sanctionnée par des héros en uniforme qui suivent joyeusement les ordres. Au mieux, nous tuer est un mal nécessaire.

Mais même s’ils ne nous tuent pas, l’occupation reste violente. Et si le régime sioniste ne bombardait pas régulièrement la bande de Gaza? Cela rendrait-il pacifique le fait de garder des millions de personnes dans une prison à ciel ouvert? Les effusions de sang sont-elles le seul indicateur de la violence?

Qu’en est-il des Palestiniens qui vivent près de la mer mais ne peuvent jamais y aller? Que doivent-ils faire face au supplice de sentir son humidité salée qui pénètre dans leurs cuisines l’été, et aux vieilles photos des maisons de leurs grands-parents qui se dressent encore sur le rivage?  Dans quel monde la résistance à ces dépossessions est-elle condamnable?

Je préfère me concentrer sur la dénonciation de la brutalité sioniste plutôt que sur les campagnes de diffamation ou le harcèlement et les menaces de mort. Ces diversions font inévitablement pâle figure en comparaison de la répression, la répression systémique et tangible, dont sont victimes les Palestiniens sur le terrain.

Mais cette répression sur le terrain est précisément la raison pour laquelle je dois aborder la situation ridicule dans laquelle se trouvent les défenseurs de la libération palestinienne dans le monde occidental.

Aujourd’hui, aux États-Unis, le militantisme politique et le sentiment national palestiniens sont tellement censurés que les militants se retrouvent à combattre des accusations sans fondement, au lieu de s’organiser. Des adultes salariés de grandes institutions sionistes s’en prennent aux étudiants par des campagnes de dénigrement pour les décourager de participer à des actions de plaidoyer, menaçant parfois leur carrière et leurs perspectives universitaires.

L’ancien directeur général du ministère israélien des Affaires stratégiques (qui fait aujourd’hui partie du ministère des Affaires étrangères) a appelé cela «mener une campagne holistique contre l’autre camp. Le faire sortir de sa zone de confort. Faites en sorte qu’il soit sur la défensive». Ils font de nous des criminels de la pensée, coupables de notre rage et de nos rancœurs, de nos réactions naturelles à la brutalisation – acculés et jugés.

Pourtant, d’une manière ou d’une autre, ceux qui poussent des cris d’orfraie devant les actions de la résistance la louent lorsque des Blancs y ont recours ou, plus précisément, lorsqu’elles sont menées par des personnes qui ne sont pas les ennemis de leur principal allié et qui ne menacent pas leurs intérêts régionaux.

Ces derniers mois, un titre du New York Post a fait l’éloge d’un kamikaze ukrainien «héroïque». Un psychologue interrogé par le New York Times a décrit «la colère et la haine» dans le contexte de l’occupation comme «une réaction normale et importante à valider», déclarant que cette haine devrait être «canalisée vers quelque chose d’utile», comme «fabriquer des bombes incendiaires».

Dans l’esprit du courant dominant américain, la violence semble être un concept en perpétuelle mutation. Elle est normalisée lorsqu’elle est sanctionnée par l’État, formalisée et exercée par des hommes et des femmes en uniforme. Les politiques de «tirer pour tuer», la détention administrative sans inculpation ni procès et le vol de terres sont souvent légaux et toujours effectués selon le protocole.

Les barrières militaires, les statuts juridiques codés par couleur et les murs de béton qui séparent les familles sont excusables. Et la liste est encore longue. Non seulement il existe des justifications pour tout cela, mais 3,8 milliards de dollars de l’argent des contribuables les sponsorisent chaque année.

Je ne vais donc pas essayer de convaincre qui que ce soit de notre droit à résister. Je ne vais pas citer le Droit international. Je ne vais pas invoquer Malcom X ou Assata Shakur. Ni même la justification des émeutes par Martin Luther King. Je ne vais pas plaisanter sur la sensibilité morale des gens qui ont inventé les lois “Stand Your Ground” [Défendez votre territoire]. Parce qu’il ne faut pas chercher bien loin pour voir qu’ils peuvent comprendre que ceux qui sont frappés riposteront.

Ceux qui résistent, ceux qui sont nés et ont grandi dans la violence, n’ont pas besoin de l’approbation des étudiants de l’Ivy League ou des présentateurs de télévision qui ferment régulièrement les yeux sur les décennies de violence écrasante, systématique et matérielle du régime israélien.

Alors, est-ce que je crois en la violence? Eh bien, je ne crois pas à la violation.

Mohammed El-Kurd -

22.11.22

Source: ISM

05 décembre 2022

Entre Palestine & 'Israël'... devinez qui a (déjà) gagné la Coupe du Monde de foot 2022

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Coupe du monde de foot: pourquoi ce ‘Qatar bashing’ insistant?

 

Même sans être fan de foot, il est impressionnant de constater combien la Coupe du monde 2022 prévue de longue date et organisée au Qatar suscite de réactions négatives, allant parfois jusqu’à l’appel au boycott. Et pour ceux qui ne font pas le lien politique entre ces manifestations sportives planétaires et la haute finance, le plus surprenant – à l’image des habituels étonnements hypocrites de la sphère politico-merdiatique – vient de ceux qui dénoncent aujourd’hui la manière dont les tirages au sort de ces Coupes du monde se déroulent et sont attribuées.

D’aucuns diront que c’est ‘tant mieux’ et qu’il faut bien un début à tout dans ce monde du sport et du foot en particulier, devenu un univers de fric plus qu’indécent au vu des sommes astronomiques qui y transitent, et rarement de manière transparente. Le fait que la FIFA (Fédération Internationale de Football Association) soit profondément corrompue n’est un secret pour personne et plusieurs de ces hauts cadres sont poursuivis pour fraudes et malversations diverses, allant jusqu’au blanchiment d’argent sale.

Dès lors avec recul, que découvre-t-on? Le tirage au sort de l’attribution du Qatar en tant que pays organisateur aurait-il été le seul à être spécifiquement truqué? Qui serait assez naïf pour croire cela? Au contraire, il semble que les pratiques qui entourent la désignation du pays hôte de la Coupe du monde se soient toujours déroulées dans la même opacité si ce n’est à une constante près: le montant des chèques et dessous de table dont on a beaucoup de peine à déterminer les bénéficiaires, sinon qu’ils appartiennent tous à cette sphère bien gardée de l’argent planqué dans des paradis fiscaux que les Etats – pourtant passés maîtres à contrôler les moindres faits et gestes des citoyens ordinaires – semblent avoir tant de mal à suivre les traces.

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Ou peut-être découvrirait-on soudain que les conditions de travail pour la construction de ces gigantesques complexes sportifs auraient-elles été particulièrement inhumaines dans le cas du Qatar, entraînant d’ailleurs la mort de plusieurs milliers de travailleurs venus pour la majorité de pays tiers? Certes, mais on pourrait aussi s’intéresser et insister sur le nombre de milliers de gamins africains qui creusent les mines d’or et/ou de coltan – entre autres – pour le bien-être de nos ‘démocraties’. Ou sur celui d’immigrés qui tentent d’atteindre les rivages européens en ayant pris tous les risques de leur vie et qu’on laisse pour le coup se noyer par dizaines de milliers en Méditerranée, dans une indifférence crasse au titre que nos pays ‘ne peuvent accueillir toute la misère du monde’ selon ce mantra désormais repris par nombre d’Européens souvent eux-mêmes issus de l’immigration de leurs parents, grands-parents ou arrière grands-parents, le répétant à tous vents dès qu’il s’agit de se montrer un tant soit peu solidaires des victimes collatérales de ce que nos gouvernements au service de la finance ont mis en place comme politique extérieure avec des pays qu’ils ont pris pour habitude d’exploiter tant qu’ils le peuvent.

Ainsi, beaucoup a déjà été dit et écrit sur cette Coupe du monde au Qatar et certaines analyses valent vraiment de s’y arrêter, tant elles pointent ce deux poids, deux mesures qui constitue dorénavant l’ADN des approches occidentales pour tout ce qui ne participe pas de près ou de loin, à leur sphère d’intérêt. A toutes ces analyses intéressantes disponibles pour qui veut s’ouvrir à une autre approche que les grands messes des journaleux au service des merdias dominants (p. ex. ici : https://bruxelles-panthere.thefreecat.org/?p=5390#more-5390 ou là : https://www.mondialisation.ca/lhypocrisie-du-qatar-bashing-la-realite-de-la-footballisation-des-esprits/5673095), j’aimerais ajouter un élément qui participe à coup sûr à cette indignation sélective quelque peu ‘orchestrée’ en coulisses.

En réalité, la Coupe du monde de foot au Qatar – premier pays arabe où elle se déroule – a un aspect éminemment politique. Dont le vainqueur est déjà connu, ainsi que le grand perdant. Que ce soit dans les gradins ou à l’extérieur des stades, la Palestine est ultra-présente via son drapeau, ses bannières, ses keffiehs et autres multiples brassards hissés régulièrement par des citoyens qui montrent leur solidarité avec ce peuple martyrisé par un régime d’assassins, quel que soit le gouvernement qui y préside. Et tous les Etats qui collaborent à l’essor et au développement de ce régime abject en prennent pour leur grade. C’est dire si d’aucuns s’échinent en effet multiplier les attaques à l’encontre du Qatar et des manifestations anti-israéliennes qui s’y déroulent chaque jour. Les journalistes sionistes qui devaient couvrir l’évènement en sont pour leurs frais. Ils ne savent qu’inventer pour tenter de dissimuler leur lieu de résidence et se font passer pour citoyens autres qu’Israéliens, tant ils sont rejetés et se font conspuer. L’un ou l’autre ont d’ailleurs déjà quitté les lieux et sont rentrés se réfugier dans cette infâme colonie, dès lors que de nombreux fans interviewés après un match déclarent sans détour la non-existence d’Israël et qualifie à juste titre le pays de ‘Palestine occupée’.

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L’humiliation pour le régime colonial d’apartheid israélien est à son comble. Les pontes de ce régime odieux et tous ceux qui le soutiennent directement et/ou indirectement doivent manger leur casquette de supporters. Pas un jour ne passe sans que la Palestine soit mise à l’honneur par une multitude de fans, toutes origines confondues. C’est dire si, malgré les sommes colossales investies depuis des décennies dans un faux récit faisant passer les Palestiniens pour les terroristes et les Israéliens pour les victimes, les citoyens du monde ne sont pas dupes. L’image et la renommée de ce régime criminel sont au pire de ce qu’elles ont jamais été. Pas étonnant que certains – dont il est intéressant de pointer lesquels – multiplient les appels au boycott de la Coupe du monde au Qatar. Derrière leurs apparentes préoccupations humanitaires, on a bien compris ce qui les motive. En réalité, le grand vainqueur de la Coupe du Monde 2022 est désormais connu, c’est la Palestine. Et le grand perdant est assurément la colonie nommée ‘Israël’… ou ce qu’il en reste!

Daniel Vanhove -

02.12.22

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03 décembre 2022

La dernière décennie de révolte de Jérusalem

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Au cours des dix dernières années, Jérusalem est redevenue l’étincelle qui déclenche la révolte palestinienne, dont le point culminant a été l’Intifada de 2021

 

Les Palestiniens ont mené de nombreux soulèvements dans l’histoire de la colonisation sioniste de la Palestine, de la grande révolte palestinienne de 1936 à l’Intifada de l’Unité de 2021, en passant par les 1è et 2è Intifadas. Pourtant, ces grandes révoltes ne sont significatives que dans la manière dont elles ont englobé toutes les autres révoltes qui les ont précédées.

Au cours des dix dernières années, j’ai élu domicile dans un petit appartement à Shu’fat, juste au nord de la vieille ville de Jérusalem, après avoir vécu à Jérusalem pendant plus de deux décennies. Shu’fat est l’un des 18 petits quartiers très surveillés dont disposent les Palestiniens à Jérusalem.      

Je peux voir la zone Al-Sahel (la prairie) à l’ouest de mon balcon. La majeure partie de cette zone reste vide, non touchée par la construction. Pourtant, c’est aussi une scène étrange pour une communauté qui souffre de restrictions discriminatoires en matière de logement.

Les politiques de déplacement des autorités coloniales israéliennes visant la présence palestinienne dans la ville nous empêchent systématiquement d’obtenir des permis de construire. Si nous construisons sans ceux-ci, nos maisons sont démolies. Dans certains cas, nous sommes même obligés de détruire nos propres maisons. 

Tout au long de mes dix années à Shu’fat, pratiquement aucune maison palestinienne n’a été construite à Al-Sahel. Pourtant, année après année, à quelques centaines de mètres plus à l’ouest, les bâtiments de la colonie de Ramat Shlomo deviennent un peu plus grands et s’étendent toujours plus loin, dévorant lentement les terres de Shu’fat. 

Les terres palestiniennes sont confisquées et remises par les autorités coloniales israéliennes pour la construction de nouvelles colonies, de nouvelles routes coloniales et de nouvelles zones industrielles. Certaines terres sont déclarées parcs nationaux ou municipaux. Ces parcs sont conçus pour agir comme des barrières vertes, destinées à limiter la capacité de croissance de la communauté palestinienne. 

C’est presque ironique. Cette dernière décennie a donné lieu à une prise de conscience paradoxale et déformée, où à Jérusalem, les arbres prennent une nouvelle signification, devenant un instrument de déplacement plutôt que de prospérité.

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Le développement colonial se faufile dans les espaces intimes

Près de mon domicile sur la route principale de Shu’fat, l’arrêt du tramway de Jérusalem est visible et gênant. Pour un œil non averti, le tramway, qui a été inauguré en 2011, peut sembler être un projet de développement inoffensif pour les habitants de Jérusalem, même pour les Palestiniens. Mais un simple coup d’œil sur une carte montre que le tramway de Jérusalem a été utilisé pour compléter les routes et les transports publics desservant les colonies de Jérusalem et de ses environs. 

Le réseau est conçu pour renforcer les connexions entre le centre ville et les colonies autour de la ville. Il relie également Jérusalem au reste des colonies disséminées au nord, au sud et à l’est de la Cisjordanie. Plus de dix ans plus tard, la construction se poursuit. Cette année, quatre nouvelles lignes JLR sont en construction, afin d’étendre l’accès des colonies à la ville.

Pourtant, le simulacre ne réside pas simplement dans l’ingénierie architecturale des villes et villages coloniaux – il réside dans la façon dont le colonialisme s’insinue dans nos espaces les plus intimes. Lors du soulèvement d’Abu Khdeir en 2014, lorsque les Palestiniens étaient enragés après que des colons israéliens aient enlevé un garçon de 14 ans et l’aient brûlé vif, des manifestations ont visé les arrêts du Tram à Shu’fat.  

Muhammad Abu Khdeir avait 14 ans lorsqu’il a été brûlé vif. Tous les enfants et les jeunes de Jérusalem connaissaient son histoire. Ils connaissaient intimement la rue où il a été enlevé, et ne savaient que trop bien de quelle colonie venaient les colons. Ils n’ont pas seulement été privés de justice, mais aussi de leur chagrin et de leur colère. 

L’horrible meurtre d’Abu Khdeir s’est produit quelques jours seulement après l’assaut israélien contre Gaza, l’opération «Bordure protectrice». Ce meurtre a déclenché un soulèvement à Jérusalem contre l’occupation.             

Non loin de la maison de la famille d’Abu Khdeir et de la mienne, la route principale de Shu’fat est devenue un champ de bataille. C’était le mois sacré du Ramadan, et la mosquée de Shu’fat est devenue un champ de bataille, ainsi qu’un refuge pour les jeunes où ils pouvaient se reposer, manger, boire de l’eau, et trouver du réconfort et un soupçon de protection pendant les affrontements, qui ont été brutalement réprimés avec une violence commune aux colons israéliens et à leurs forces armées. 

Une décennie plus tard, nous constatons toujours la même annexion obsédante et rampante, le déplacement et le rétrécissement des espaces de vie, la violence et l’impunité des colons. 

Pendant dix ans, ce balcon est devenu une sorte de kaléidoscope de scènes au fil des ans. En bas de la colline, à l’est, près du poste de contrôle militaire du camp de réfugiés de Shu’fat, j’entends encore aujourd’hui le bruit des muwajahat (affrontements), alors que de jeunes Palestiniens tentent de déjouer la répression israélienne.      

Je sens encore la brûlure des gaz lacrymogènes dans mes poumons. Elle s’approchait souvent de mon balcon pendant les affrontements. La brûlure s’accompagnait du bruit des explosifs, les grenades assourdissantes étant tirées en tandem. Le camp de réfugiés de Shu’fat, Al-Issawiyya, Silwan et al-Tur sont des quartiers de Jérusalem où cela se produit fréquemment. La plupart des Palestiniens de Jérusalem le savent par expérience, et non par des témoignages de seconde main.

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La banalité du colonialisme au quotidien

La manière dont le colonialisme israélien influence et contrôle nos vies est écrasante. La vie quotidienne devient un grand geste de défiance. 

Comme mon bureau était situé près de la vieille ville, je prenais souvent un bus pour me rendre à la Porte de Damas. C’est l’une des huit portes les plus belles et les plus impressionnantes sur le plan architectural. En arabe, on l’appelle Bab Al-Amud (la porte du pilier), en référence au pilier de pierre qui se trouvait près de la porte il y a plusieurs siècles. Même si le pilier lui-même a disparu depuis longtemps, les Palestiniens utilisent toujours ce nom pour exprimer magnifiquement notre mémoire collective, aussi ancienne que nos racines dans la ville. 

Bab Al-Amud est l’endroit où nous pratiquons notre appartenance à Jérusalem. C’est souvent la seule porte que les Palestiniens en visite depuis d’autres régions de Palestine connaissent. Elle est également devenue un point central de confrontation avec l’occupation

C’est en grande partie en raison de cette importance qu’un grand nombre d’attaques pendant le soulèvement d’Al-Quds de 2015-2016 – lorsque des attaques individuelles de type «loup solitaire» ont été menées par des Palestiniens contre les forces d’occupation ou les colons israéliens – se sont concentrées autour de la porte de Damas. Jusqu’à aujourd’hui, Bab Al-Amud reste au cœur de la confrontation avec les autorités coloniales et de la reconquête de l’identité palestinienne de la ville.

Depuis la porte de Damas, je marchais vers l’est en direction de la Porte d’Hérode, ou comme nous l’appelons plus communément, «Bab Az-Zahira » (prononcée à l’origine en arabe «Al-Sahira», ce qui signifie «la porte de ceux qui restent debout la nuit», en référence aux gardes qui la gardaient la nuit).

Dans le passé, c’était la seule porte du mur qui restait ouverte pendant la nuit, afin de protéger la vieille ville des intrus tout en permettant aux retardataires d’entrer dans la ville. Bab Al-Sahira, la porte qui ne se fermait jamais, est aujourd’hui souvent fermée par la police coloniale israélienne, empêchant les Palestiniens d’accéder à la vieille ville. Jérusalem, une ville privée de ses habitants quartier par quartier, a été reprise par les colons.

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Effacer les morts et contrôler les vivants

En marchant vers l’est, loin de Bab Az-Zhira, le cimetière Al-Yusufiyah est toujours debout, bien que les autorités coloniales en aient déterré des parties dans le but de le transformer en parc. En 2021, les familles palestiniennes ayant des proches enterrés dans le cimetière ont été à la fois peinés et indignés, reconnaissant que même dans la mort, il n’y a aucune pitié ou respect pour la vie humaine palestinienne. Un an auparavant, Israël avait également tenté de détruire et de remplacer un cimetière musulman vieux de 200 ans dans la ville de Yaffa.

Al-Yusufiyah, l’un des plus importants cimetières islamiques de Jérusalem, avait été soumis à des attaques, des fouilles et des bulldozers israéliens systématiques. À Jérusalem, l’histoire arabe, qu’elle soit musulmane ou chrétienne, est systématiquement effacée – dans le cadre d’une tentative infructueuse de nier et d’effacer l’identité palestinienne de la ville.

Le cimetière d’Al-Yusufiyah est également connu sous le nom de cimetière de Bab Al-Asbat. Bab Al-Asbat, ou la  Porte des lions/la Porte de notre dame Marie, est devenue un symbole de la volonté du peuple face à la conquête violente. En 2017, après le soulèvement d’Al-Quds, plus de 255 Palestiniens ont été tués par la police et des colons armés, et 40 Israéliens ont été tués par des opérations de 'loups solitaires'. Pourtant, 2017 a également apporté une démonstration de la volonté des Palestiniens d’influer sur leurs réalités.      

Au cours de l’été 2017, les autorités coloniales ont tenté de solidifier leur surveillance dystopique des Palestiniens en plaçant des détecteurs de métaux à l’intérieur de la vieille ville, en vue de les placer aux entrées de la mosquée Al-Aqsa. En réponse, des milliers de Palestiniens se sont rassemblés pour protester devant la porte, nuit après nuit. Des Palestiniens de différentes régions de la Palestine historique, y compris de Cisjordanie, sont venus apporter leur soutien. Les fidèles ont refusé d’entrer dans la mosquée en raison des nouvelles restrictions, et des milliers d’entre eux ont prié dans la rue en signe de protestation.

Je me souviens de l’énergie de la ville, de ceux qui priaient et de ceux qui ne priaient pas – nous protégions tous le caractère sacré d’un culte protégé, non seulement en tant que musulmans, mais aussi en tant que Palestiniens. Le soulèvement de Bab Al-Asbat a été un rappel important que les habitants de Jérusalem étaient prêts à protéger leur ville. 

Sans surprise, les forces d’occupation ont violemment attaqué les manifestants et les fidèles en les frappant, en leur tirant dessus et en les arrêtant. Un lieu de culte sacré a été profané, des livres saints ont été piétinés, et même les enfants et les personnes âgées n’ont pas été épargnés, sans parler des journalistes ou des médecins. 

Ces attaques n’ont cependant pas découragé les Palestiniens, qui ont continué à se rassembler devant la porte pendant plusieurs jours consécutifs, jusqu’à ce que les autorités coloniales cèdent et retirent les détecteurs de métaux. Le soulèvement de Bab Al-Asbat a rappelé que, malgré l’oppression et la violence systématiques, les habitants de Jérusalem étaient prêts à protéger leur ville et à préserver son identité palestinienne.

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Unis dans la separation

Au milieu de l’horreur du pillage colonial et de la fragmentation interne, les Palestiniens ont tenté de s’unir, d’une manière à la fois inspirante et imparfaite. Remplie de moments de révolution et de résistance, cette dernière décennie a été couronnée par l’Intifada de l’unité de 2021. Le soulèvement a tiré son nom de la réalité sous-jacente de fragmentation que la révolte réparait soudainement, engageant la totalité de la Palestine occupée, des terres prises en 1948, à celles prises en 1967 (la Cisjordanie et Gaza).

Transcendant les démarcations territoriales, l’Intifada de l’unité a également engagé les Palestiniens en exil forcé (qui constituent plus de la moitié du peuple palestinien), et même les Syriens sur le plateau du Golan occupé.

La première étincelle du soulèvement s’est produite dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem, où les résidents palestiniens se battaient pour rester dans leurs maisons malgré le harcèlement judiciaire, la violence des colons, les fusillades et le ciblage systématique des résidents et des visiteurs par la police et les autorités d’occupation. Sheikh Jarrah, à quelques pas de la porte de Damas, était emblématique de la manière dont les organisations de colons travaillaient main dans la main avec les institutions sionistes officielles pour expulser les Palestiniens et s’emparer de leurs terres et de leurs maisons. 

En avril 2021, six familles étaient confrontées à la menace imminente d’une expulsion de leur maison. Elles savaient ce que chaque Palestinien sait, que ce n’est jamais une menace, mais un avertissement que la terreur régnera jusqu’à ce qu’ils soient chassés. Résolus et engagés dans la protection de leurs maisons et de leur communauté, les habitants du quartier ont commencé à organiser des protestations auxquelles se sont joints de nombreux Palestiniens de Jérusalem, ainsi que des Palestiniens ayant la citoyenneté israélienne nominale et originaires de la Palestine historique – les terres connues aujourd’hui sous le nom d''Israël'. 

Les Palestiniens de la Palestine historique ont été soumis à des politiques visant à effacer leur identité palestinienne et à les déconnecter du reste du peuple palestinien dans les terres occupées après 1967. Pourtant, leur enracinement et leur sentiment d’identité face à un colonialisme violent refusent d’être effacés. C’est une décennie qui a rajeuni notre courage de rêver d’une Palestine libre.

L’Intifada de l’Unité a eu lieu pendant le mois sacré du Ramadan, lorsque des dizaines de milliers de Palestiniens ont manifesté leur appartenance à Jérusalem en priant à la mosquée Al-Aqsa. À l’instar d’autres puissances coloniales, les autorités israéliennes ont considéré ces pratiques comme une menace pour leur souveraineté sur le territoire. Elles ont attaqué les fidèles à l’intérieur de la mosquée, ainsi que les personnes simplement assises sur les escaliers de Bab Al-Amud. Cela a déclenché des protestations et des affrontements à la porte.

Il n’a pas fallu longtemps pour que d’autres régions de Palestine se joignent au soulèvement. De partout dans notre terre occupée, nous sommes descendus dans les rues, nous avons élevé nos voix et nos drapeaux, organisé nos communautés dans un modèle inspirant de takaful – qui peut être compris comme une forme d’aide mutuelle. 

Cette décennie a connu des hauts et des bas, la répression et la renaissance. Mais à un niveau plus fondamental, comme les Palestiniens, cette décennie n’est pas faite d’événements majeurs, mais des détails infimes qui composent nos vies, chaque jour s’ajoutant à celui qui le précède. 

Ce fut une décennie de tissage, d’enfilage et de réimagination. Une décennie qui a rajeuni notre courage de rêver d’une Palestine libre et de la graver dans les espaces que nous habitons.

Fayrouz Sharqawi -

29.11.22

Source: Agence Medias Palestine