FREE PALESTINE

17 mai 2016

Ne cédons pas maintenant à l’intimidation d’Israël sur l’« antisémitisme »

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Nous qui nous trouvons dans la zone de confort occidentale ne devons pas battre en retraite ou céder aux fausses accusations d’antisémitisme.

Par Ilan Pappe (revue de presse: Middle East Eye et France-Palestine.org – 11/5/16)*

Il arrive un moment dans le combat d’un mouvement où le succès est à la fois gratifiant et très dangereux. En Afrique du Sud, le régime d’apartheid poursuivait ses politiques les plus cruelles et meurtrières peu de temps avant sa chute. Si vous ne menacez pas spécifiquement un régime ou un État injuste et ses partisans, ceux-ci vous ignorent et ne ressentent pas le besoin de vous affronter ; si vous mettez le doigt sur le problème, cela entraîne une réaction.

C’est ce qu’il s’est passé avec le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). Ce mouvement est le prolongement logique de l’excellent travail préalablement réalisé par l’ensemble des groupes et comités de solidarité avec la Palestine. Il fait preuve d’un soutien ferme et indéfectible envers le peuple palestinien grâce à des relations directes avec d’authentiques représentants des communautés palestiniennes en Palestine et à l’étranger. Jusqu’à récemment, Israël considérait qu’il s’agissait d’un développement marginal et inefficace ; certains partisans de la Palestine eux-mêmes s’opposaient au BDS pour la même raison : son inefficacité.

Mais il semble toutefois que le mouvement ait dépassé les attentes de ses propres fondateurs en ce qui concerne son efficacité. Cela n’a rien de surprenant : il reflète un renouveau général de la politique, comme en témoignent les jeunes électeurs qui ont voté pour Jeremy Corbyn au Royaume-Uni et pour Bernie Sanders aux États-Unis. Cette recherche d’une politique plus saine et plus éthique qui ose remettre en cause la configuration néolibérale de l’économie et de la politique occidentales a paradoxalement poussé ces jeunes gens à soutenir deux vieux messieurs qui représentent une forme pure de la politique.

Cette politique plus pure entraîne dans son sillage un solide soutien au peuple palestinien. Aujourd’hui, la seule façon d’exprimer son soutien aux Palestiniens en dehors de la Palestine est le BDS. Au Royaume-Uni, cette logique est comprise par ceux qui ont voté pour Jeremy Corbyn et par ceux qui s’engagent par ailleurs pour des causes telles que la justice sociale, les stratégies écologiques et les droits de l’homme et des autochtones.

Certains membres des élites politiques et de la classe dirigeante occupant des fonctions très élevées expriment un soutien clair et décomplexé envers la Palestine. À quel moment le chef de l’opposition britannique et le candidat présidentiel américain ont-ils manifesté un tel soutien ? Même si le soutien du second est plutôt chétif et timide, dans la sphère politique américaine, un candidat qui se permet de ne pas assister à la conférence de l’AIPAC sans provoquer de cataclysme constitue une révolution.

Voici la toile de fond de l’attaque violente que subissent actuellement le Parti travailliste britannique et Jeremy Corbyn. Tout ce que les sionistes britanniques désignent comme une expression d’antisémitisme, c’est-à-dire, la plupart du temps, des critiques légitimes à l’encontre d’Israël, a déjà été dit au cours des cinquante dernières années. Le lobby sioniste britannique, supervisé directement par Israël, y a recours car la position clairement antisioniste du BDS a atteint les échelons supérieurs. Les sionistes sont véritablement terrifiés par ce développement. Félicitations au mouvement BDS !

Il faut admettre que la réaction est forte et brutale. Toutefois, le fait de capituler en suspendant des membres de partis, en congédiant des représentants étudiants et en s’excusant inutilement pour des crimes qui n’ont pas été commis n’est pas la bonne méthode pour y faire face. Nous menons un combat pour que la Palestine et Israël soient libres et démocratiques : la peur de l’intimidation sioniste n’est pas la marche à suivre. Les jours à venir seront très éprouvants et nous devrons non seulement être patients mais aussi retourner à la tribune, sur les sites web, à la radio et à la télévision pour expliquer de nouveau ce qui est évident pour bon nombre d’entre nous : le sionisme n’est pas le judaïsme et l’antisionisme n’est pas synonyme d’antisémitisme.

Le sionisme n’a pas été le remède au pire épisode antisémite qu’a vécu l’Europe : l’Holocauste. Le sionisme n’a pas été la bonne réponse à cette atrocité. En réalité, lorsque les dirigeants européens ont apporté leur soutien au sionisme sans l’ombre d’une hésitation, leurs motivations étaient bien souvent antisémites. Comment expliquer autrement que l’Europe n’ait rien fait alors que le régime nazi exterminait les juifs et qu’elle ait demandé pardon en soutenant un nouveau plan visant à se débarrasser des juifs en les envoyant coloniser la Palestine ? Rien de surprenant à ce que cette logique absurde n’ait pas mis un terme à cet élan antisémite. Elle l’a plutôt entretenu.

Mais cette histoire appartient au passé. Les colons juifs et les Palestiniens indigènes partagent un territoire et continueront de le faire à l’avenir. La meilleure façon de lutter contre l’antisémitisme aujourd’hui consiste à faire de ce territoire un État libre et démocratique reposant autant que possible sur des principes économiques, sociaux et politiques justes et équitables. Il s’agira d’une transformation complexe et douloureuse de la réalité sur le terrain dont la mise en œuvre prendra peut-être des décennies. Mais il est urgent de commencer à l’évoquer clairement, sans peur, sans apologétique inutile ni fausse référence à la realpolitik.

Jeremy Corbin trouvera peut-être difficile de sensibiliser son parti à la nécessité d’adopter un discours honnête et éthique sur la Palestine. Il a déjà tant fait pour cette cause que nous devons être patients, même si certaines de ses réactions et celles de son parti sont décevantes (malgré le fait qu’il soit de toute façon évident que les récentes disputes au sein du Parti travailliste pour des questions d’antisémitisme résultent principalement d’une tentative des blairistes du parti, qui ont toujours été à la botte des sionistes, pour discréditer Jeremy Corbyn au même titre qu’Israël les utilise dans un effort désespéré pour mettre un terme au basculement massif de l’opinion publique britannique en sa défaveur).

Mais là n’est pas le problème. Ce que l’avenir nous réserve est bien plus important que la scène politique nationale britannique. Ce qui importe vraiment, c’est de reconnaître qu’une nouvelle étape a été franchie en Grande-Bretagne comme aux États-Unis dans la lutte pour la paix, la justice et la réconciliation en Palestine. Ce combat ne remplace pas celui qui a lieu sur le terrain, mais il le valorise et lui donne plus de poids.

En réalité, nous nous trouvons face à un ensemble de combats inévitables : contre les législateurs qui sont intimidés ou soudoyés par Israël ; contre les juges et les policiers qui sont contraints de respecter de nouvelles lois injustes et ridicules qui condamneront le BDS pour antisémitisme (et nous savons déjà que bon nombre d’entre eux trouvent ces directives ridicules) ; contre les directions des universités qui s’inclineront face à l’intimidation et à la pression ; et contre les journaux et les sociétés audiovisuelles qui enfreindront leur code d’éthique et trahiront leurs engagements professionnels face à la nouvelle contre-attaque.

La lutte sur le terrain en Palestine est bien plus difficile, bien plus dangereuse et requiert de lourds sacrifices que l’on ne nous demande pas d’endurer en Occident. La moindre des choses est de ne pas être nous-mêmes intimidés par des accusations absurdes et d’être assurés que de nos jours, la lutte contre l’islamophobie, contre les dangers du néolibéralisme, pour les droits des peuples autochtones du monde entier et pour la Palestine constituent un seul et même combat.

Cette campagne ne concerne pas uniquement les musulmans britanniques, les exilés palestiniens en Europe, les vieux gauchistes américains et les antisionistes en Israël. Elle fait partie d’un mouvement bien plus vaste qui a amené de nouveaux partis au pouvoir en Grèce, en Espagne et au Portugal, de nouvelles valeurs au sein du Parti travailliste et des opinions différentes au sein du Parti démocrate aux États-Unis.

Nous ne devons pas nous inquiéter des nouveaux projets de loi, des nouvelles directives de la police ou de l’hystérie médiatique. Même l’attitude lâche du Parti travailliste avec son épuration de conseillers ne doit pas nous détourner des accomplissements dans la lutte pour conquérir l’opinion et le cœur du public en faveur de la Palestine.

La perspective revêt aujourd’hui une importance capitale. Si Israël pense qu’il peut impunément désigner Mark Regev, le visage public de sa politique criminelle à Gaza, comme ambassadeur à Londres et que l’ambassadeur israélien à Washington peut décider de combattre le BDS en envoyant des produits provenant de Cisjordanie occupée à tous les délégués et les sénateurs du Congrès, enfreignant ainsi purement et simplement la législation américaine, cela ne signifie pas qu’Israël est invincible, mais plutôt qu’il constitue un système politique idiot incapable d’appréhender le cours de l’histoire.

Comme toutes les phobies, la palestinophobie peut intimider et paralyser, mais elle peut aussi être mise en échec, particulièrement au cours de la période exceptionnelle dans laquelle nous vivons. Nous qui nous trouvons dans la zone de confort occidentale ne devons pas battre en retraite ou céder aux fausses accusations d’antisémitisme des anglo-sionistes, des hommes politiques lâches et des journalistes cyniques. Il est temps de riposter au tribunal, sur les places, au Parlement et dans les médias.

Ilan Pappé est professeur d’histoire, directeur du Centre européen pour les études palestiniennes et co-directeur du Centre d’études ethno-politiques à l’Université d’Exeter.

Source : France-Palestine.org

Traduction : VECTranslation

Version originale : Middle East Eye

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05 mai 2016

Lettre au Commissaire européen

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Lettre au Commissaire européen pour la Recherche, la Science et l’Innovation à propos de la nouvelle détention de l’astrophysicien Imad Barghouthi

English version here

L’AURDIP, BACBI et BRICUP ont écrit le 4 mai 2016 au Commissaire européen pour la Recherche, la Science et l’Innovation afin d’attirer son attention sur la nouvelle détention d’Imad Barghouthi, professeur de physique théorique des plasmas spaciaux à l’Université Al-Quds à Jérusalem-Est, et de faire appel à lui pour demander la suspension de l’Accord d’association entre l’Union européenne et Israël jusqu’à ce qu’Israël relâche le professeur Barghouthi. La lettre est présentée ci-dessous.

Si vous êtes universitaire en poste ou à la retraite, européen ou non, vous pourriez apporter votre soutien à cette lettre en remplissant le formulaire disponible ici. Votre signature apparaitra alors avec les autres signatures et sera envoyée en temps utile aux commissaire européen.

Signez la lettre au Commissaire européen pour la Recherche, la Science et l’Innovation


Lettre au Commissaire européen pour la Recherche, la Science et l’Innovation à propos de la nouvelle détention de l’astrophysicien Imad Barghouthi

4 mai 2016

Carlos Moedas, Commissaire pour la Recherche, la Science et l’Innovation
Commission européenne
200 Rue de la Loi/Wetstraat 200
1049 Bruxelles, Belgique

Monsieur,

Le 6 décembre 2014, les troupes d’occupation israéliennes avaient arrêté Imad Barghouthi, astrophysicien des plasmas et professeur à l’université Al-Quds, alors qu’il s’apprêtait à traverser la Jordanie pour assister à un colloque de l’Union arabe d’astronomie et des sciences de l’espace dans les Émirats arabes unis. Comme pour de nombreux autres Palestiniens, les Israéliens avaient détenu le professeur Barghouthi sans inculpation, et donc sans possibilité d’obtenir justice. Heureusement pour lui, l’Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine (AURDIP), le British Committee for the Universities of Palestine (BRICUP) et d’autres organisations défendant les droits humains avaient alerté la communauté scientifique internationale, qui s’était alors exprimée d’une voix suffisamment forte pour convaincre les Israéliens de remettre le professeur Barghouthi en liberté (*). Quarante-sept jours après son arrestation, il avait été autorisé à retourner dans sa famille et à reprendre son travail à l’université.

Pourtant, samedi 24 avril 2016, les forces d’occupation israéliennes ont à nouveau arrêté le professeur Barghouti et le lundi 2 mai, sans inculpation ni procès, il a été condamné à une détention de trois mois. Cette peine, imposée en vertu de règles d’exception introduites pendant le mandat britannique, peut être renouvelée indéfiniment. Selon Amnesty International et d’autres organisations défendant les droits humains, les personnes détenues sur cette base par les autorités militaires israéliennes sont souvent sujettes à des violations de leurs droits fondamentaux, par la torture et les mauvais traitements durant leur interrogatoire et par des traitements cruels et dégradants pendant leur détention. Mais dans tous les cas, l’utilisation par Israël de ces règles d’exception est contraire à ses obligations comme puissance occupante puisque, selon le droit international, les personnes suspectées d’une infraction criminelle doivent, entre autre, être informées du motif de leur arrestation, être inculpées pour une infraction spécifique et bénéficier d’un procès équitable aussi rapidement que possible.

Nous avons commencé à alerter la communauté scientifique internationale de la nouvelle détention du professeur Barghouthi. Mais nous vous appelons, Monsieur, à manifester votre engagement en faveur de la justice en rappelant à Israël ses obligations selon son Accord d’association avec l’Union européenne et en utilisant les moyens à votre dispositions pour faire en sorte qu’Israël respecte ces obligations.

Comme nous vous l’avons écrit le 10 janvier 2015, Israël a accès aux programmes de recherche et d’innovation de l’Union européenne au même titre que les États membres et a pleinement profité de ce privilège. L’accès à ces programmes obéit à des conditions très précises concernant le respect des droits fondamentaux. L’article 2 de l’Accord d’association entre l’Union européenne et Israël stipule que « les relations entre les parties doivent s’appuyer sur le respect des droits humains et des principes démocratiques qui guident leurs politiques intérieure et internationale, ce qui constitue un élément essentiel de cet Accord ».

La récente arrestation arbitraire du professeur Barghouthi par Israël est une violation sérieuse, tant de l’esprit que de la lettre, de cet Accord. Nous faisons donc appel à vous pour que vous usiez de l’autorité de votre position afin qu’Israël relâche immédiatement le professeur Barghouthi. Nous faisons appel à vous en tant que citoyens européens, ou, pour certains d’entre nous, en tant qu’universitaires ayant des relations étroites avec l’Europe, soucieux des valeurs politiques et humaines sur lesquelles l’Union européenne est fondée. Mais nous le faisons aussi en tant que chercheurs qui ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour dénoncer et bloquer les accords entre l’Union européenne et Israël, si Israël persiste à bafouer le droit international et le droit des Palestiniens à l’éducation.

Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Commissaire Européen à la Recherche, la Science et l’Innovation, l’expression de notre très haute considération.

Pr. Jonathan Rosenhead, Président, British Committee for Universities of Palestine (BRICUP)

Pr. Ivar Ekeland, Président, Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine (AURDIP)

Pr. Herman De Ley, Steering Committee, Belgian Campaign for an Academic and Cultural Boycott of Israel (BACBI)

Cc. Federica Mogherini, Haut-Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

(*) Lettre de l’AURDIP et BRICUP au Commissaire Européen à la Recherche, la Science et l’Innovation suite à l’arrestation de l’astrophysicien Imad al-Barghouthi, 10 janvier 2015 ; Israel’s Detention of Palestinian Astronomer Traveling to Conference Violates Human Rights, US-based Committee of Concerned Scientists, 20 janvier 2015 ; Les scientifiques protestent contre la détention d’un physicien palestinien, Michele Catanzaro, Nature, 21 janvier 2015 ; Lettre de l’astrophysicien Imad al-Barghouti après sa détention, 27 janvier 2015.

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04 mai 2016

« Israël n’est pas un État, c’est un lobby »

Christophe Oberlin : « Israël n’est pas un État, c’est un lobby »

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03 mai 2016

9 choses que vous devez savoir sur l’occupation israélienne de la Palestine

Brutale, hideuse et illégale : 9 choses que vous devez savoir sur l’occupation israélienne de la Palestine

Par David Palumbo-Liu – 11 avril – Salon.com

Le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions conquiert de nouveaux terrains de jour en jour. Voici pourquoi.

 

Israelis wave their national flag as a convey transporting the body of Dafna Meir, 38, passes on its way to a cemetery, near the West Bank Jewish settlement of Efrat January 18, 2016. Meir, a female resident of the West Bank settlement of Otniel, was stabbed to death in her home on Sunday when an assailant broke into her house and attacked her, the Israeli army and a local settlement official said. REUTERS/Ronen Zvulun - RTX22UYW

Photo : Reuters/Ronen Zvulun

 

Alors que ce récit est mis sous presse, l’Association américaine d’anthropologie (AAA) est en train de procéder au vote d’une résolution pour un boycott académique en solidarité avec le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS). Si elle vote la résolution, ce sera la plus grande organisation académique au monde à l’avoir fait, rejoignant des dizaines d’autres organisations académiques professionnelles, syndicats, et syndicats d’étudiants aux États-Unis et en Europe. La résolution de l’AAA pour le boycott vient juste de recevoir l’approbation de 22 anthropologues israéliens, dont la lettre se lit en partie comme suit :

« Nous convenons que nous sommes arrivés à un point critique où, sous certaines conditions internationales, une autre expulsion massive de Palestiniens pourrait se produire – ou pire… Nous estimons qu’il est possible de prendre une position positive contre cette réalité. L’appel palestinien au BDS se fonde sur une protestation anticoloniale, sous une forme non violente, contre une occupation qui est extrêmement violente ».

L’occupation est également au premier plan sur la scène politique aux États-Unis, même quand les politiciens tournent autour du pot sur cette question. Récemment, quatre candidats à la présidentielle, dont Hillary Clinton et Donald Trump, ont tenu à exprimer leur ardent soutien à Israël devant la convention du Comité américain pour les affaires publiques israéliennes (AIPAC). Le titre d’un article dans le Ha’aretz parle de lui–même : « Les candidats à l’AIPAC : qui s’abaissera le plus devant ses exigences : Clinton ou Trump ? Peu importe ! La conférence de l’AIPAC a été un tour d’honneur pour un Benjamin Netanyahu victorieux.». L’article résume ainsi ce désolant spectacle :

« L’expression « s’abaisser » n’est même pas un début de vérité. Tout au long de la nuit, les quatre candidats ont recherché les applaudissements en déblatérant sur des sanctions contre l’Iran – même Clinton qui avait été contrainte d’adopter l’accord avec l’Iran en raison de son affiliation avec Obama, même elle n’a pas répugné à le faire.

« Tous les candidats ont admonesté les Palestiniens pour leur promotion d’une « culture de haine et de mort« , mais aucun n’a évoqué l’occupation de la Cisjordanie, ni la crise humanitaire incessante qu’est Gaza. Ils ont bassement flatté l’AIPAC, et cela leur a gagné des applaudissements tonitruants et des ovations debout ».

Bernie Sanders, seul, a eu le courage d’aller à contre-courant et d’introduire un minimum de vérité, de morale et de réalité, mais comme d’habitude, les médias dominants n’en ont pas parlé. Comme The Intercept le rapporte :

« Dans un discours à Salt Lake City, qui avait été proposé à l’AIPAC pour une émission de télévision – une proposition qui a été refusée -, le sénateur du Vermont a répété qu’il soutenait la sécurité d’Israël. Il a aussi insisté sur le fait que « la paix signifie aussi la sécurité pour chaque Palestinien. Elle signifie parvenir à l’autodétermination, aux droits civils, et au bien-être économique pour le peuple palestinien« .

« Sanders a déclaré qu’il était « absurde » de la part d’Israël de vouloir plus de colonisation en réponse à la violence. « La paix signifiera aussi la fin du blocus économique de Gaza » dit-il. « Et elle signifiera une répartition durable et équitable des précieuses ressources en eau, de sorte qu’Israël et la Palestine puissent prospérer l’un et l’autre en tant que voisins » ».

Également, et contrastant de façon frappante avec le non-débat sur ce point essentiel de la politique étrangère US, on apprenait que récemment, le sénateur Patrick Leahy et dix membres de la Chambre des représentants avaient adressé une lettre au secrétaire d’État John Kerry, lui demandant d’enquêter sur les allégations selon lesquelles les forces de sécurité israéllennes et égyptiennes avaient commis « de flagrantes violations des droits de l’homme ». Comme Politico (média de l’actualité politique US) l’explique, « La signature de Leahy est à noter tout particulièrement parce que son nom est attaché à une loi qui conditionne l’aide militaire US aux autres pays à l’existence ou non de mauvais traitements commis par leurs forces de sécurité ».

En dépit du fait que l’occupation illégale par Israël et ses violations persistantes des droits de l’homme dans le Territoire palestinien occupé (TPO) font l’objet d’une condamnation de plus en plus large, tant ici qu’au niveau international, la plupart des Américains n’en savent toujours que très peu sur la nature exacte de cette occupation, ses racines historiques profondes et son impact mortel sur la vie des Palestiniens ordinaires. Ce n’est pas surprenant étant donné le black-out quasi-total des médias sur la question. Comme la Fondation pour la paix au Moyen-Orient le souligne, à la conférence de l’AIPAC aucun des participants n’a osé prononcer le mot « occupation », un mot qui a une signification juridique claire et légitime. Et la Fondation interroge, pourquoi ? :

« C’est un mot qui est loin d’être radical. Un mot dont l’applicabilité a été confirmée par la Haute Cour de Justice en Israël, et qui a été utilisé par des Premiers ministres tels qu’Ehud Barak et même Ariel Sharon. Il a aussi le mérite de décrire la situation sur le terrain en Cisjordanie, et légalement il s’applique tout autant pour Gaza. Le fait que les Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza soient régentés par une législation militaire, plutôt que civile, démontre bien qu’Israël lui-même reconnaît le fait juridique de l’occupation, malgré ce que ses politiciens de droite peuvent alléguer ».

C’est précisément parce que l’occupation est illégale en vertu du droit international qu’Israël ne peut pas tolérer que son contrôle et son exploitation d’une main de fer de la terre palestinienne se voient donné ce nom. C’est aussi pour cela qu’aucun des candidats présidentiels qui se sont exprimés devant l’AIPAC n’a aussi prononcé ce mot – le faire aurait mis à nu le fait que, en criant leur soutien à Israël, ils déclaraient en même temps leur soutien à l’occupation illégale, une occupation que même le Département d’État US dénonce.

Compte tenu du poids donné au terme « occupation », il nous faut savoir exactement ce qu’il veut dire, et pourquoi il est devenu le point central de tant d’activités énergiques et engagées pour les droits de l’homme, ici et internationalement. Voici neuf raisons fondamentales pour lesquelles vous devriez vous préoccuper de l’occupation, et savoir ce que nos dirigeants politiques traditionnels, et même certains analystes, ne veulent pas que vous sachiez.

1 – L’occupation est illégale

Qu’entendons-nous par « occupation israélienne » ? En 1967, Israël s’est emparé de ce que l’on appelle aujourd’hui le Territoire palestinien occupé (TPO) au cours d’un acte de guerre. Les Nations-Unies ont condamné cette action et elles ont exprimé cette condamnation dans la Résolution 242 (novembre 1967) qui insiste sur « l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la guerre et la nécessité d’œuvrer pour une paix juste et durable permettant à chaque État de la région de vivre en sécurité ». Le document de l’ONU énonce les principes qui appellent au « retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés au cours du récent conflit ; à la fin de toute revendication ou de tout état de belligérance, et au respect et à la reconnaissance de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique de chaque État de la région et de son droit de vivre en paix à l’intérieur de frontières sûres et reconnues, à l’abri de menaces et d’actes de violence ». Il s’agit d’une déclaration précise qui insiste sur le droit inviolable des Palestiniens à un État.

Au lieu d’un Israël agissant en accord avec cette résolution qui a été adoptée à l’unanimité par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies – dont les États-Unis sont membres -, nous assistons à une histoire ininterrompue, s’étirant sur des décennies, d’un Israël qui dénie aux Palestiniens leurs droits et leur terre. Qui plus est, non seulement il n’y a eu aucune réduction dans les terres palestiniennes qu’il s’est appropriées, mais Israël a constamment augmenté son acquisition illégale de terres et ses constructions de colonies illégales. Comme le secrétaire des Nations-Unies Ban Ki-Moon l’a noté, ces actions ont contribué à la montée de la violence dans le TPO. Et il a qualifié les colonies « d’affront au monde ».

Human Rights Watch décrit les nombreuses violations par Israël du droit international et des conventions relatives aux droits de l’homme :

« Les colonies israéliennes en Cisjordanie violent les lois de l’occupation. La Quatrième Convention de Genève interdit à une puissance occupante de transférer ses citoyens dans le territoire qu’elle occupe et de transférer ou déplacer la population d’un territoire occupé à l’intérieur ou à l’extérieur de ce territoire. Le Statut de Rome, traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI), fixe la compétence de la Cour en matière de crimes de guerre, notamment les crimes de transferts de parties de la population civile d’une puissance occupante vers l’intérieur d’un territoire occupé, et le transfert forcé de la population d’un territoire occupé. La CPI a compétence sur les crimes commis dans ou à partir du territoire de l’État de Palestine, qui est maintenant membre de la CPI depuis le 13 juin 2014, date désignée par la Palestine dans une déclaration jointe à son adhésion.

« La confiscation par Israël de la terre, de l’eau et des autres ressources naturelles au profit des colonies et résidents d’Israël violent également les Règlements de La Haye de 1907 qui interdisent à une puissance occupante d’exproprier les ressources du territoire occupé pour son propre profit. En outre, le projet colonial de peuplement d’Israël viole la législation internationale relative aux droits de l’homme, en particulier la politique discriminatoire d’Israël envers les Palestiniens qui régit pratiquement tous les domaines de la vie en Zone C – régions de la Cisjordanie qui se trouvent sous le contrôle exclusif d’Israël – et qui déplace de force des Palestiniens tout en encourageant la croissance des colonies juives ».

Le porte-parole du Département US, John Kirby, déclare distinctement :

« Notre position de longue date sur les colonies est claire. Nous considérons l’activité de colonisation israélienne comme illégitime et contre-productive pour la cause de la paix. Nous restons profondément préoccupés par la politique actuelle d’Israël à propos des colonies, notamment les constructions, la planification et les légalisations rétroactives ».

Lorsque l’ambassadeur US en Israël, Daniel Shapiro, a attiré l’attention sur le deux poids deux mesures juridiques appliqué dans le TPO – « Parfois, il semble qu’Israël a deux standards en matière de respect de la règle du droit – un pour les Israéliens, et un autre pour les Palestiniens » -, il a été traité avec dédain de « petit garçon juif » par un collaborateur du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Compte tenu de tout cela, il est plus qu’étrange d’entendre Hillary Clinton et d’autres défendre un régime qui persiste dans des pratiques que notre propre Département d’État a condamnées comme illégales et très problématiques pour les intérêts des États-Unis et du monde, et, dans le cas de Clinton, d’aller jusqu’à promettre une augmentation de l’aide militaire à ce régime pour qu’il puisse agir encore plus efficacement contre le droit international, et contre la politique états-unienne.

 

2 – Elle viole les droits de l’homme, et Israël agit en toute impunité.

En même temps qu’il méprise toute la série de droits humains internationaux cités ci-dessus, Israël a tant fait pour bloquer toute inspection du TPO par les inspecteurs des droits de l’homme, que Makarim Wibisono, le rapporteur spécial des Nations-Unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens, a remis sa démission en janvier. Il a déclaré : « Malheureusement, mes efforts pour aider à l’amélioration de la vie des victimes palestiniennes des violations sous l’occupation israélienne ont été contrariés à chaque étape du processus ».

Aussi, venant des Nations-Unies :

Le rapporteur spécial a souligné que lors de sa prise de fonction en juin 2014, il lui avait été assuré qu’il aurait accès au Territoire palestinien occupé. « J’ai pris ce mandat en comprenant qu’Israël m’en permettrait l’accès, en tant qu’observateur impartial et objectif », a-t-il déclaré.

Les demandes répétées pour l’accès, tant écrites qu’orales, ont été vaines. « En l’absence de réponse d’Israël à ma dernière requête, en octobre 2015, pour obtenir l’accès avant la fin 2015, c’est avec un profond regret que j’accepte la prémisse sur laquelle j’ai pris le mandat, qui est d’avoir un accès direct aux victimes dans le Territoire palestinien occupé, et qui ne sera pas respectée », a déclaré le rapporteur spécial.

Mr Wibisono a déclaré que tout au long de sa fonction, le gouvernement de l’État de Palestine a coopéré pleinement avec le mandat.

Le rapporteur spécial a exprimé sa vive préoccupation devant l’absence de protection efficace des victimes palestiniennes contre les violations constantes des droits de l’homme et les violations du droit humanitaire international.

Le prédécesseur de Wibisono comme rapporteur spécial des Nations-Unies, Richard Falk, a dit ceci en 2013 : « Ni Israël, ni ses mandataires, ne peuvent justifier les faits sur le terrain en Palestine occupée, aussi, ils détournent l’attention, dénaturent les faits et diffament pour permettre aux violations de se poursuivre ».

Par les Nations-Unies :

Dans un communiqué de presse, Mr Falk a souligné que « les campagnes de diffamation irresponsables et malhonnêtes visant à discréditer ceux qui documentent ces réalités ne changent en rien les réalités sur le terrain depuis qu’Israël a lancé la guerre avec laquelle il a commencé son occupation de la Palestine ».

Selon Mr Falk, Israël confisque effectivement l’eau et la terre palestiniennes, notamment en s’emparant cette semaine de 60 000 autres m² de terres près de Naplouse.

« Israël continue d’annexer le territoire palestinien ; Israël persiste à démolir les maisons des Palestiniens et peuple la Palestine de ses citoyens israéliens ; Israël maintient une politique de punition collective sur 1,75 million de Palestiniens en imposant le blocus de la bande de Gaza ; et Israël poursuit son occupation en toute impunité, refusant d’entendre les appels dans le monde à respecter le droit international », dit-il.

Dans sa Vue d’ensemble de la situation dans le TPO, Amnesty International se fait l’écho précisément de ces préoccupations :

« En Cisjordanie, notamment à Jérusalem-Est, les forces israéliennes ont commis des meurtres arbitraires de civils palestiniens, dont des enfants, et mis en détention des milliers de Palestiniens qui protestaient ou s’opposaient d’une manière ou d’une autre à l’occupation militaire persistante, gardant des centaines d’entre eux en détention administrative. Les tortures et autres mauvais traitements sont toujours monnaie courante et sont commis en toute impunité. Les autorités ont continué la promotion des colonies illégales en Cisjordanie, et elles restreignent gravement la liberté de déplacements des Palestiniens, resserrant toujours davantage les restrictions en pleine escalade de la violence depuis octobre, notamment avec des attaques sur les civils israéliens par des Palestiniens, et des exécutions présumées extrajudiciaires par les forces israéliennes. Les colons israéliens en Cisjordanie agressent les Palestiniens et leurs biens quasiment en toute impunité. La bande de Gaza est maintenue sous le blocus militaire israélien qui impose une punition collective à ses habitants. Les autorités ont poursuivi les démolitions de maisons palestiniennes, en Cisjordanie et à l’intérieur d’Israël, particulièrement dans les villages bédouins dans la région du Néguev/Naqab, expulsant par la force leurs habitants. Elles ont également détenu et expulsé des milliers de demandeurs d’asile africains et emprisonné des objecteurs de conscience israéliens. »

 

3 – C’est le seul projet de colonisation en cours et ininterrompu dans le monde

La confiscation illégale de la terre palestinienne, la démolition des maisons palestiniennes et la construction de colonies illégales s’intègrent dans un programme systématique, permanent, visant à infliger la misère, la détresse et la mort à une population captive dans ce que le Premier ministre britannique David Cameron a qualifié, dans une expression célèbre, « un camp de prisonniers à ciel ouvert ». L’objectif est d’annexer de façon définitive l’ensemble de la terre palestinienne, une violation flagrante du droit international.

4 – Il tue les gens de façon expéditive, dans des agressions comme celle montée dans l’été 2014

Les Nations-Unies rapportent que durant cette attaque contre une population emprisonnée par l’une des forces militaires les plus puissantes dans le monde, « au moins 2104 Palestiniens sont morts, dont 1462 civils comprenant 495 enfants et 253 femmes ». Amnesty International a également attiré l’attention sur les « exécutions extrajudiciaires » dans les rues. Comme rapporté dans Salon :

« Pour les Palestiniens qui vivent sous une occupation militaire israélienne illégale, une répression violente est un fardeau quotidien. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations-Unies (OCHA) a rapporté que les Palestiniens ont été blessés 14 000 fois rien qu’en 2015 ; et que 136 ont été tués. Ce sont les chiffres les plus élevés de l’agence des Nations-Unies depuis qu’elle a commencé à documenter la violence en 2005.

« Des manifestations pacifiques palestiniennes sont dispersées par les soldats israéliens pratiquement tous les jours. Il n’est pas rare pour le citoyen moyen de se faire tirer dessus, ou d’être réveillé au milieu de la nuit par les raids des soldats israéliens.

« Selon un rapport de l’Ong Défense internationale des enfants/section Palestine (DCI), les forces israéliennes ont tiré sur au moins 30 enfants en Cisjordanie occupée, dont Jérusalem-Est, au cours des trois premiers mois de 2015. »
 

5 – Il tue les gens lentement, aussi

Une façon pour agir de la sorte, c’est de maintenir une mainmise sur les Palestiniens au moyen d’un embargo illégal, d’un détournement à son profit de l’électricité et de l’eau, de la destruction de l’infrastructure, du chômage. Les Nations-Unies rapportent que « ces restrictions ont réduit l’accès aux moyens de subsistance, aux services de base et aux logements, elles ont perturbé la vie des familles, et sapé les espoirs d’un peuple pour un avenir sûr et prospère ».

De façon terrifiante, le gouvernement israélien a réellement commandé une étude pour connaître le nombre minimum de calories qu’il pouvait attribuer aux Palestiniens, ayant la crainte que leur mort sous l’occupation ne se généralise et ne soit connue. Autrement dit, il voulait descendre la quantité juste avant que les Palestiniens affamés et en captivité ne meurent. Ha’aretz note :

« Après une bataille juridique de trois ans et demi, engagée par l’organisation des droits de l’homme Gisha, le coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires a finalement publié un document en 2008 qui expose en détail les « lignes rouges » pour « la consommation alimentaire dans la bande de Gaza » ».

« Le document calcule la quantité minimum de calories nécessaires, selon l’avis de COGAT, pour éviter la sous-alimentation aux habitants de Gaza à un moment où Israël resserre ses restrictions sur les déplacements de la population et des marchandises, dans et hors de la Bande, y compris des produits alimentaires et des matières premières.

« La décision du cabinet a déclaré que « le déplacement des marchandises dans la bande de Gaza sera restreint ; la fourniture de gaz et d’électricité allait être réduite ; et des restrictions seront imposées sur les déplacements de la population pour sortir de la Bande et y entrer ». En plus, les exportations hors de Gaza seront totalement interdites. Cependant, ajoutait la résolution, les restrictions devront être dosées afin d’éviter une « crise humanitaire ». »

 

6 – Il est particulièrement néfaste pour les enfants et les jeunes gens

Par exemple, en janvier 2015, l’UNESCO a publié son « Appréciation rapide des institutions de l’enseignement supérieur à Gaza », elle constate que les décès d’étudiants durant le conflit ont constitué plus du quart – 27,4 % – du nombre total des morts civiles subies en Palestine. Une récente étude indique que depuis 2000, Israël a arrêté et emprisonné plus de 7000 enfants.

Notre propre gouvernement US a mené sa propre enquête et a publié un rapport :

« Le rapport annuel par pays concernant les pratiques en matière de droits de l’homme, qui comprend une section spécifique couvrant la situation des droits de l’homme en Israël et dans le TPO, soulève un certain nombre de questions liées aux mauvais traitements des enfants palestiniens prisonniers, et au déni du droit à un procès équitable dans les tribunaux militaires israéliens. Il note d’autres violations graves contre les enfants palestiniens, notamment le meurtre et la mutilation d’enfants et des agressions sur des écoles à Gaza par les forces israéliennes. »

7 – De nombreuses organisations, des groupes religieux, et des personnalités ont retiré leur soutien à l’occupation en se désinvestissant et en boycottant

Parmi eux, des personnalités de la société et des artistes, des écrivains et des musiciens, tels que l’archevêque Desmond Tutu, Junot Diaz, Lauryn Hill, Chuck D, Roger Waters, Cornel West, et Angela Davis.

Plus d’un millier de militants et universitaires noirs ont signé une déclaration de solidarité. Le niveau du soutien international à BDS arrive petit à petit à celui auquel était parvenu le soutien à la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud.

En juin 2014, l’Assemblée générale de l’Église presbytérienne (USA) a voté une résolution de désinvestissement, et l’Église méthodiste unifiée a voté le désinvestissement de G4S, « une société britannique fortement complice de l’occupation militaire par Israël de la Palestine et qui tire profit des multiples violations des droits de l’homme envers les prisonniers politiques palestiniens, notamment les prisonniers enfants ».

Des militants, beaucoup d’étudiants de l’enseignement supérieur, ont également fait pression sur Bill Gates pour qu’il se désinvestisse de G4S, et il l’a fait en 2014, vendant la totalité de ses parts dans la société. Et aujourd’hui, c’est l’entreprise elle-même qui a pris la décision de mettre fin à ses activités en Israël. Comme Mondoweiss le rapporte :

« La société britannique de services de sécurité G4S, la plus importante du monde, a réagi à une campagne mondiale BDS de quatre années protestant contre son rôle dans les violations israéliennes des droits de l’homme palestiniens en annonçant hier qu’elle allait céder sa subvention israélienne dans les « 12 à 24 mois » à venir. Commentant cette initiative, le Financial Times a rapporté que G4S se « dégageait d’une activité préjudiciable à sa réputation ». »

Une discussion sérieuse sur la brutalité, la laideur et l’illégalité de l’occupation s’observe plus particulièrement dans les actions qui se déroulent aussi dans la communauté juive, comme cet évènement avec son titre éloquent. Jewschool fait observer :

« Ce n’est pas tous les jours que le journaliste Peter Beinart et le rabbin Brant Rosen, deux grands maîtres-penseurs américains juifs dont les opinions divergent sur Israël, se retrouvent dans la même pièce. Mais c’est exactement ce qu’il va arriver cet été quand Beinard, auto-proclamé sioniste libéral, qui s’oppose au BDS, et Rosen, co-président du conseil rabbinique d’Une Voix juive pour la paix, vont venir ensemble participer à la campagne de l’été 2016 du Centre juif pour la non-violence appelée : « L’occupation n’est pas notre judaïsme » ».

8 – Ce projet de colonisation, vous le soutenez financièrement et politiquement

Les USA versent à Israël quelque 3,1 milliards de dollars de vos impôts chaque année – et cela juste pour une aide militaire directe, sans restriction. Et Hillary Clinton promet d’augmenter cette somme. C’est notre argent qui permet l’assujettissement des Palestiniens et le maintien de l’occupation, c’est notre argent qui est utilisé pour violer le droit international, les conventions des droits de l’homme, et même la politique de notre propre Département d’État.

Parallèlement à cela, les USA assurent systématiquement à Israël un bouclier contre les résolutions des Nations-Unies et les autres modes de censures et de sanctions. Dans une lettre adressée aux donateurs, de façon déplorable, Hillary Clinton considère son obstruction à la justice pour les Palestiniens comme une marque d’honneur, claironnant ses efforts constants pour garder Israël hors de portée de la loi en étouffant toute critique d’Israël :

« En tant que sénateur et secrétaire d’État, j’ai vu combien il était capital pour l’Amérique de défendre Israël à toute occasion. Je me suis opposée à des dizaines de résolutions anti-Israël aux Nations-Unies, au Conseil des droits de l’homme, et dans les autres organisations internationales ».

Si vous vous êtes vraiment engagé pour les droits humains internationaux, alors vous ne pouvez pas, moralement, laisser Israël se poser en exception, s’accorder une immunité, avec la complicité de politiciens tels que Clinton.

Nous, États-Unis, nous nous trouvons dans la situation orwellienne où notre Département d’État condamne sur la scène publique l’occupation – conformément au droit international – avec, dans le même temps, un Congrès qui vote constamment pour une augmentation de l’aide militaire et la couverture diplomatique d’Israël.

 

9 – Il fait partie intégrante d’un ensemble tripartite de torts causés aux Palestiniens

Il est crucial que l’occupation soit vue dans ce contexte afin de nous permettre de mesurer sa véritable gravité. Parallèlement à l’occupation, historiquement nous avons, et l’expulsion des trois quarts d’un million de Palestinien de leur pays en 1948, et le déni continu de tous les droits et privilèges des Palestiniens qui vivent en Israël. Mettre fin à l’occupation est une étape majeure, mais la pleine justice pour les Palestiniens doit intégrer ces deux autres éléments, et c’est exactement ce que fait le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions.

Ainsi, venant de gens comme Hillary Clinton, promettre son soutien à Israël en le mettant dans la position de victime et d’agressé, et en mettant les Palestiniens dans celle de terroristes irrationnels, c’est moralement répugnant et mensonger. Que feriez-vous si vous étiez victime d’un vol de votre terre et de votre maison, si vous étiez attaqué violemment par l’une des forces les plus puissantes dans le monde alors que vous êtes une population captive, et si vos appels à la communauté internationale pour qu’elle fasse respecter et pour qu’elle protège vos droits et votre vie au moyen des règles impératives qu’elle a elle-même instaurées, oui, que feriez-vous si ces appels étaient à leur tour censurés, réduits au silence et attaqués ? Que feriez-vous si vous décidiez que la meilleure façon d’obtenir ces droits passe par un mouvement légal, non violent, de boycott, désinvestissement et sanctions, et que ce mouvement était déclaré illégal par des nations et des États simplement parce qu’il exige d’Israël qu’il se conforme au droit international ? Nous devrions penser à cette histoire profonde quand nos présentateurs d’infos expriment leur perplexité devant des Palestiniens qui sont de plus en plus désespérés et qui prennent des mesures extrêmes. Toute discussion de « dialogue » dans ces conditions, avec des règles du jeu aussi inégales, est absurde. Les efforts pour gagner les droits des Palestiniens doivent être entrepris dans des circonstances éthiques et justes, et c’est pour cela que les gens se mobilisent en ce sens.

Voici ce que vous pouvez faire :

 

– Consultez de multiples sources d’informations – ne comptez pas seulement sur les grands médias US pour votre information. Allez sur les sites de Mondoweiss, Jewish Voice for Peace, American Friends Service Committee, Electronic Intifada. Prenez connaissance des documents des Nations-Unies, et de ceux d’Amnesty International, Human Rights Watch, Middle East Children’s Alliance, B’Tselem, du Centre israélien d’information pour les droits de l’homme dans les Territoires occupés, et des autres organisations des droits de l’homme.

– Faites savoir à vos représentants au Congrès que vous n’êtes pas d’accord et que vous ne voulez plus que vos impôts servent à payer l’occupation.

– Renseignez-vous sur le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions, et si vous êtes universitaire ou travailleur culturel, informez-vous sur la Campagne US pour le boycott universitaire et culturel d’Israël, déjà approuvée notamment par l’archevêque Desmond Tutu, Angela Davis, Patrice Cullors de Black Lives Matter, Barbara Ehrenreich, Naomi Line, et des centaines d’autres.

– Parlez-en avec vos amis.

Pensez à ceci : il y a des décennies, les gens actifs dans le mouvement anti-apartheid sur les campus de l’enseignement supérieur disaient que durant la lutte, sur tels ou tels campus particuliers, les militants étaient rarissimes. Et aujourd’hui, ils disent que lorsqu’ils visitent ces mêmes campus, il n’y a personne pour prétendre ne pas faire partie du mouvement. Voilà ce qu’il en est des luttes pour la justice. Aller contre le statu quo est toujours impopulaire et toujours risqué, c’est seulement plus tard que les gens se mettent finalement du bon côté de l’histoire. Cependant, la crise si longue et meurtrière dans le Territoire occupé est telle que ceux qui viendront après nous dans l’avenir, se demanderont certainement ce que nous, nous avons fait pour l’empêcher d’empirer, et ce que nous avons fait pour apporter la justice.

Comme Martin Luther King Jr l’a déclaré autrefois : « L’arc de l’univers moral est long mais il se plie vers la justice ». Seulement, il a besoin qu’on l’aide.

 

Mise à jour : il y a juste quelques jours, le 27 mars, le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies a adopté six résolutions lors de sa 31e session ordinaire. Sur les six mesures qu’il a approuvées, quatre se rapportent à Israël-Palestine :

Dans une résolution adoptée sans vote, le Conseil réaffirme le droit inaliénable, permanent et absolu, du peuple palestinien à l’autodétermination, et il réaffirme son soutien à la solution à deux États vivant côte à côte dans la paix et la sécurité.

Dans une résolution adoptée par un vote avec 42 voix pour, aucune contre et 5 abstentions, le Conseil demande à Israël de cesser toutes les pratiques et actions qui violent les droits de l’homme du peuple palestinien ou le caractère, le statut et la composition démographique du Territoire palestinien occupé.

Dans une résolution garantissant la mise en responsabilité et la justice pour toutes violations du droit international dans le Territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est, adoptée par un vote avec voix 32 pour, aucune contre et 15 abstentions, le Conseil requiert du Haut Commissaire qu’il fasse la critique de la mise en œuvre des recommandations adressées à toutes les parties depuis 2009, et qu’il présente un rapport lors de la 35e session.

Dans une résolution adoptée par un vote avec 32 voix pour, aucune contre et 15 abstentions, le Conseil demande à Israël de cesser immédiatement et d’inverser toutes les activités de colonisation, et il requiert du Haut Commissaire qu’il enquête sur les implications des colonies sur les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels du peuple palestinien.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Salon.com

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Rencontre avec Frank Barat

Le Mouvement Citoyen-ne Palestine, en collaboration avec Le Space & Bruxelles Panthères a le plaisir de vous inviter a une rencontre exceptionnel:

Palestine: conversations de Noam Chomsky et d’Ilan Pappé, par Frank Barat

Dans “Palestine”, Noam Chomsky et Ilan Pappé, deux ardents défenseurs de la cause palestinienne, mènent une longue conversation dirigée par Frank Barat, militant des droits de la personne. Rencontre avec Frank Barat afin de renouveler nos clefs de compréhension sur la question palestinienne.

Palestine : les conversations de Noam Chomsky et d’Ilan Pappé rapportées par Frank Barat

mardi 12 avril 2016 par Franck Barat

Dans "Palestine", Noam Chomsky et Ilan Pappé, deux ardents défenseurs de la cause palestinienne, mènent une longue conversation dirigée par Frank Barat, militant des droits de la personne. Nous avons rencontré ce dernier afin de renouveler nos clefs de compréhension sur la question palestinienne. Selon eux, il s’agirait depuis le début d’un cas évident de colonialisme et de dépossession. Entretien coup de poing.

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Frank Barat, Ilan Pappé et Noam Chomsky


Comment est né le livre-conversation entre Noam Chomsky et Ilan Pappé que vous dirigez ?

« Palestine » est la suite de notre collaboration sur « Palestine, l’état de siège » née d’un premier entretien que nous avions fait en 2007, « Le champ du possible ». J’avais, à l’époque, sans grand espoir à vrai dire, contacté Noam Chomsky, pour lui demander s’il serait d’accord de participer à un entretien croisé avec l’historien Ilan Pappé. A ma grande surprise, Noam a répondu positivement très rapidement. Les premiers entretiens, y compris ceux pour « Palestine, l’état de siège » furent par email, mais pour « Palestine », je tenais vraiment à ce que cela soit interactif. Nous sommes donc partis à Boston avec Ilan Pappé pour y rencontrer le Professeur Chomsky et avons passé deux jours ensemble. Cela rend le livre meilleur à mon avis, plus intéressant. Cela nous a permis d’aller au fond des choses, de les decortiquer. Je suis vraiment satisfait de la qualité et pertinence des échanges dans « Palestine », les deux auteurs s’étant vraiment ouverts, sans tabou.

La situation en Palestine est analysée sous le prisme du colonialisme et de la dépossession semblable à l’apartheid sud-africain. Pourquoi est-ce selon vous pertinent ?

C’est pertinent car c’est la réalité du terrain. C’est aussi un fait historique qui a trop longtemps été mis de coté. La question palestinienne est une question coloniale. Ce n’est pas une question de religion ou de deux peuples se battant pour la même terre. Les palestiniens et les juifs vivaient relativement paisiblement avant l’avènement du mouvement politique sioniste et l’immigration massive des juifs vers la Palestine. Et cela date de bien avant la deuxième guerre mondiale et le génocide juif, qui n’a fait qu’accélérer un processus déjà en marche depuis la fin du XIX siècle. Ce colonialisme de peuplement, qui s’est passé grâce au nettoyage ethnique de 1947/1948, a commencé avant la guerre de 48, (guerre qui a servi d’excuse à Israël pour le justifier, mais cela ne tient donc pas la route, puisque dès décembre 47, les Palestiniens furent expulsés par des groupes tel que le Irgun, la Haganah et le Stern Gang), s’est ensuite transformé en occupation militaire, et maintenant, après plus de 60 ans, en régime d’apartheid. Il est donc important de le dire, et d’en parler. La création de l’état d’Israël ne tient en aucun cas d’un miracle. C’est une opération politique, militaire et de nettoyage ethnique qui a permis à Israël de « naître ».

Le conflit israélo-palestinien est le théâtre d’une véritable « guerre des mots » où deux récits très structurés s’affrontent. Quel impact cela a-t-il sur le traitement de la question palestinienne ?

Un impact énorme. Pendant longtemps, les sondages ont montré que l’opinion publique dans sa majorité, croyait que la Palestine occupait Israël ! C’est fou. Une réussite incroyable pour la machine de propagande israélienne. Les médias de masse ont grandement et continuent toujours d’ailleurs, d’alimenter ce mythe et de créer cette image complètement fausse de la réalité. Mais cela change, petit à petit, les chiffres le montrent. Les gens ont maintenant conscience que ce qui se passe sur place n’est pas tel que les médias et nos gouvernements nous l’expliquent. En revanche, il est toujours très difficile pour les Palestiniens de se débarrasser de l’image de terroriste qu’on leur a collé dessus depuis le début. Le traitement de la question palestinienne par les médias de masse est grossier, pour parler poliment. Par exemple, a- t-on beaucoup parlé en France de l’exécution d’un Palestinien par un soldat israélien, filmée, alors que celui-ci était au sol, blessé ? Non, imaginez si l’homme par terre avait été Israélien. Tout sur sa vie aurait été connu : son nom, son activité professionnelle, ses goûts, ses parents et sa petite amie auraient été interviewés....

La déshumanisation des palestiniens par les médias de masse est quelque chose qui faut combattre au jour le jour. Quant aux récits, il est vrai que le récit israélien est très structurés, très bien fait, mais il fait souvent penser à une fiction, car très peu réaliste. L’idée du petit pays (alors qu’Israël possède l’une des plus redoutables armées au monde) entourés de sauvages qui veulent lui faire la peau, l’idée du David contre Goliath, du miracle israélien, du « un pays sans peuple pour un peuple sans pays »....oui, c’est très bien fait, comme un bon film hollywoodien. Le récit palestinien lui, est parfois moins bien ficelé, mais c’est parce qu’il est réel. La réalité n’est jamais parfaite.

Territoires occupés vs disputés, terroristes vs résistants, … décrire la situation avec une certaine neutralité est souvent un casse-tête pour les commentateurs. Est-ce selon vous possible ou est-il inévitable de prendre parti dès lors que l’on utilise tel ou tel mot ?

Ne pas prendre parti devant une situation d’injustice est la même chose que prendre parti pour l’oppresseur. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Desmond Tutu, figure mythique du mouvement contre l’apartheid sud-africain. Maintenant les journalistes des médias de masse me font doucement rigoler, avec leur impartialité et leur neutralité. C’est de la foutaise. Quand on est face a une puissance occupante et un peuple occupé, qui lutte pour sa liberté, comment rester neutre ?

Les journalistes, pas tous bien sûr, car certains indépendants font un travail formidable, restent neutre, en général, pour sauver leur gagne pain et leur emploi. Après, certains « grands » journalistes vous diront que l’on ne leur a jamais demandé de changer un mot de leurs articles et qu’ils ne sont donc pas censurés. Mais encore une fois ils se trompent, l’auto censure est tellement ancrée en eux qu’il ne s’en rendent même pas compte, donc leurs patrons n’ont pas besoin de les rappeler à l’ordre. Le choix des mots est crucial, vous avez raison, car c’est un choix idéologique et politique. Cela est vrai pour la question palestinienne mais aussi pour tout autre questions sociales.

Vous invitez donc à renouveler le vocabulaire sur la question palestinienne. Que proposez-vous sur le plan sémantique ?

C’est important, car le vocabulaire utilisé jusqu’à présent est le vocabulaire proposé par Israel. Il faut donc revenir à la réalité du terrain. Parler de colonialisme, d’occupation, d’apartheid, de résistance, de complicités internationales, des pays, des multinationales et des institutions. Il faut arrêter de parler de « conflit » qui renvoi à un combat de boxe. Ce n’est pas le cas sur le terrain. Il y a un occupé et un occupant. Point.

Au-delà des mots, quelle est la réalité de la situation en Palestine sur le plan des droits de la personne ?

Elle est sombre. Très sombre. Les droits humains les plus élémentaires des Palestiniens sont bafoués quotidiennement. L’accès à la santé, à l’éducation, à la système juridique juste, le droit de mouvement, les droits de la famille, les droits de l’enfant, les droits civiques les plus basiques, le droit de construire un logement, d’exercer une profession de son choix (je pense la aux pêcheurs de Gaza par exemple) d’ouvrir une école, une garderie, une plaine de jeux...tout doit passer par l’occupant, qui valide ou ne valide pas, la plupart du temps les demandes des Palestiniens. On assiste donc toujours, par exemple, à une répression terrible des manifestations pacifiques, ou l’on dénombre de nombreux morts parmi les Palestiniens, des blessés graves....L’impunité d’Israël est telle qu’ils font ce qu’ils veulent sur le terrain, sachant très bien qu’aucun pays ne viendra leur dire de changer d’attitude. C’est grave, mais la société civile s’organise de mieux en mieux et arrive doucement à des résultats forts, qui vont petit à petit changer les choses sur place.

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Crédits : Pixabay

Selon vous, la Palestine serait devenue un laboratoire dédié aux méthodes d’oppression. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Israël et son économie vivent grâce a la guerre. Israël se vante d’être en expert en lutte anti-terrorisme, en sécurité, ce qui est, à l’époque dans laquelle on vit, très important. La société d’armes israéliennes Elbit par exemple, met en avant sur ses prospectus, ses prouesses dans les territoires occupés, Gaza compris. Israël importe le « conflit » à l’international. Les experts qui ont construit le mur de l’apartheid, sont impliqués dans la création du mur à la frontière mexicaine. Les commandos israéliens forment les forces spéciales de nombreux pays, et la police israélienne est consultée à chaque attaques terroristes en Europe ou ailleurs. Israël en toute impunité, peut donc se servir des territoires occupés, et de Gaza en particulier, comme « training ground ». Pour ses soldats, ses armes, ses bombes, ses missiles....et ensuite dire au monde entier « regardez comme nous sommes forts, regardez comme nous matons notre ennemi. Vous pouvez faire pareil vous savez, il vous suffit d’acheter nos armes, d’étudier nos techniques... ».

Israël ne parle pas du fait, bien entendu, que les gens et le peuple qu’ils matent, sont loin d’avoir le même arsenal militaire et sont enfermés entre des murs et des barbelés....Cela ne fait pas parti de l’histoire qu’Israël veut vendre au monde entier. Si l’on remet cela dans un contexte plus global, c’est encore plus dangereux. En effet alors que le mouvement de solidarité continue a dire, justement, qu’Israël n’est pas une démocratie, nous assistons à une "israélisation de nos sociétés", comme en France par exemple, avec un état d’urgence prolongé, des mesures répressives dures à l’encontre des mouvements sociaux...petit à petit, Israël va définir ce qu’est vraiment une démocratie.

Vous êtes l’un des coordinateurs du tribunal Russell sur la Palestine. Pourriez-vous détailler le rôle de cet organe et ses actions ?

Le Tribunal Russell sur la Palestine est né en 2009 à cause de l’inaction des organes en place, des institutions et des Etats, quant aux violations du droit international commises par Israel. Le tribunal s’est penché, pendant plus de 5 ans, sur l’impunité d’Israël et la complicité des Etats, des multinationales et des Nations-Unies. Notre mandat n’était pas de dire « oui Israël est coupable », bien d’autres avant nous, y compris des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch, l’ont très bien fait, mais d’essayer d’internationaliser le sujet en démontrant qu’Israël ne pourrait pas faire ce qu’il fait sans un soutien, parfois inconditionnel, de l’Europe, des Etats-Unis et de certaines multinationales. Dans l’idée, faire comprendre aux citoyens du monde entier qu’ils ont un rôle à jouer pour mettre fin au colonialisme israélien et à l’occupation.

Un tribunal des peuples, citoyen, sur la Palestine fut donc établi, comme celui sur le Vietnam ou l’Amérique Latine auparavant. Nous avons étudié à Barcelone la complicité de l’Union Européenne et de ses Etats membres, à Londres celle des multinationales, et à New York celle des USA et des Nations Unies. Nous nous sommes aussi penché au Cap, en Afrique du Sud, sur la question de l’apartheid israélien et du sociocide, un concept que l’on a voulu développer. Le tribunal a enfin, dédié une session entière, à Bruxelles, fin 2014, à l’attaque sur Gaza, qui a couté la vie à plus de 2300 palestiniens, la plupart des civils.

Quel bilan faites-vous de la campagne Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) ?

Il est difficile de faire un bilan alors que la campagne est, il faut le rappeler, encore jeune. Nous venons de fêter les 10 ans du lancement de l’appel BDS, lancée en 2005 par un collectif d’associations, d’ONG, d’individus et de syndicats palestiniens. Alors que le gouvernement israélien regardait cela en plaisantant en 2005, il dépense maintenant des millions pour combattre la campagne et organise des séminaires sur le sujet. Pour moi, c’est le signe principal de la réussite du mouvement. Si l’on est pas attaqué, ou critiqué, cela veut dire qu’on ne dérange pas vraiment le pouvoir en place.

La campagne BDS à eu un effet très important sur le mouvement de solidarité, partout dans le monde. Cela a donné regain à un mouvement qui s’essoufflait. Cela a permis, aussi, de le rajeunir et a donné aux citoyens quelque chose de concret à faire. La campagne BDS est importante car elle a mis en avant le fait que la Palestine était une question internationale et globale et que les gens du monde entier devaient s’en emparer. C’est une campagne de démocratie directe, qui face à l’inaction des gouvernements, passe à l’action et à l’offensive. C’est pour cela qu’elle fait autant peur. Maintenant, après 10 ans, nous sommes à un moment charnière où il faut passer à la vitesse supérieure, car les gouvernements et Israël ne nous ont pas attendu pour redoubler leurs efforts et, de plus en plus, criminaliser une campagne citoyenne et pacifique. Les prochains mois, c’est certain, vont être clefs à ce niveau là.


Avec l’émergence de nouveaux théâtres de conflits dans la région, la solidarité vis-à-vis de la cause palestinienne ne s’est-elle pas essoufflée ?

Je ne les qualifierais pas de « nouveaux » conflits, car ils sont pour la plupart la conséquence inévitable des envolés impérialistes, orientalistes et capitalistes de l’ouest et du soutien des pays occidentaux aux dictateurs sur place. Un peuple ne reste jamais soumis indéfiniment. Il s’organise, se rassemble, s’unit et un jour ou l’autre, il explose.

Après, il est certain que les révolutions du monde arabe, la guerre civile syrienne et la naissance de Daesh sont utilisés par Israël pour démontrer qu’ils sont le seul pays avec des valeurs, humains, et occidental de la région, et qu’il est donc important de les soutenir. Cela rentre parfaitement dans leur fable du David contre Goliath. Le gouvernement israélien fait donc tout son possible pour qu’effectivement la Palestine soit oubliée, au profit des autres conflits. Cela marche peut être avec les gouvernements, nous avons vu Obama, par exemple lors de son dernier discours pour le « State of the Union » n’a pas mentionné le mot Palestine une seule fois. Ce qui est très rare. Par contre, au niveau de la société civile, du peuple, la Palestine reste dans tous les esprits.

Quelles sont selon vous les stratégies de solidarité les plus pertinentes, particulièrement avec l’émergence des nouvelles technologies de l’information et de la communication ?

Il est évident qu’il ne faut pas compter avec l’aide et le soutien des médias de masse. Ils font partie du problème et il faut donc les contourner, puis les rendre caduques. Ils ne font, pour la plupart que répéter les discours des puissants et la propagande des gouvernements. Il suffit de voir comment les journalistes parlent des grévistes en France, ou des employés qui se révoltent contre leurs patrons. C’est à la fois honteux et pas étonnant du tout. Après tout, beaucoup de journalistes et d’hommes politiques ont fait les mêmes écoles et fréquentes les mêmes endroits.

Maintenant, grâce aux médias sociaux et aux médias indépendants, il est de plus en plus facile de se passer des médias de masse, qui courent tellement après le profit qu’ils n’ont parfois même plus de journalistes sur le terrain, pour couvrir les événements. Avec youtube et un téléphone portable, n’importe qui maintenant peu montrer la réalité du terrain, et cela est flagrant en Palestine, et encore plus pendant le dernier assaut israélien à Gaza. Tout a été filmé, pas besoin de beaucoup chercher pour trouver des preuves.
Je pense qu’il faut aller plus loin, et vraiment créer notre propre média, un média purement alternatif, un média de résistance. C’est faisable, une émission comme Democracy Now aux USA fait cela très bien : elle est très écouté et suivie. A nous d’en faire de même en Europe.

Palestine

Noam Chomsky, Ilan Pappé

Entretiens dirigés par Frank Barat
Traduit de l’anglais par Nicolas Calvé
Ouvrage publié aux Editions Ecosociété
« Plomb durci » (2008-2009), « Pilier de défense » (2012), « Bordure protectrice » (2014) : les trois dernières offensives militaires d’envergure menées par Israël contre Gaza ont fait des milliers de morts du côté palestinien et donné lieu à de nouvelles expropriations de terres en Cisjordanie. Ces guerres de conquête israélienne ont ravivé, chez les militant.e.s de la justice sociale, le besoin d’exprimer leur solidarité avec le peuple palestinien et l’importance de renouveler le vocabulaire politique lié à cette question.

Noam Chomsky est linguiste, analyste des médias et professeur au Massachusetts Institute of Technology. Il est célèbre dans le monde entier pour ses écrits, notamment les livres suivants aux Éditions Écosociété : L’an 501, Le pouvoir mis à nu, Le nouvel humanisme militaire, Les dessous de la politique de l’Oncle Sam, Propagandes, médias et démocratie, Quel rôle pour l’État ?, Israël, Palestine, États-Unis : le triangle fatidique et La poudrière du Moyen-Orient.

Ilan Pappé est professeur d’histoire à l’Université d’Exeter et directeur du Centre européen d’études sur la Palestine.

Frank Barat est activiste et l’un des coordinateurs du Tribunal Russel sur la Palestine.

http://ecosociete.org/livres/palestine

 

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Sous « le voile islamique », la Palestine et un racisme, euh…voilé

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Sous « le voile islamique », la Palestine et un racisme, euh…voilé 

 

Dans le vacarme quotidien qui agite le monde et ce qu’en relatent les médias dominants, il est un sujet grave qui glisse, fuit, passe entre les mailles, et souffre d’un silence insupportable, évacué par une polémique aussi absurde que stérile : l’obsession d’un bout de tissu nommé « voile islamique »… Sauf, de temps à autre, quand il s’agit de rappeler le « terrorisme » qui serait inhérent à tout Palestinien – et plus largement à tout Arabe – à travers ce que d’aucuns ont appelé l’Intifada des couteaux.

Loin d’être neutre, ce silence quasi général, cette chape de plomb médiatique doit être dénoncée sans relâche, parce qu’elle est le signe d’une complicité. Avec le plus fort, évidemment ! Nos médias, modèles de courage comme tout le monde sait, préfèrent détourner notre attention et revenir encore et encore sur des affaires de voiles et de foulards, comme si c’était-là l’important. Depuis le temps qu’ils nous bassinent avec leur rengaine, l’on ne compte plus le nombre d’articles, d’éditos, parfois même de livres sur le sujet. Sans parler des émissions radios et télévisées où se pressent « experts » et aujourd’hui « philosophes » pour nous assommer de leurs analyses creuses voire indignes sur la question.

Or, comme de nombreux participant-e-s à la contre-manifestation du « mariage pour tous » ces mêmes « spécialistes » fréquentent parfois les églises lors de cérémonies religieuses – mariages, baptêmes, enterrements, … – et se recueillent devant celle qu’ils nomment la Vierge Marie, jeune fille figurée au teint pâle, mais pourtant arabe, de confession juive, et jamais représentée dans le monde sans son foulard et/ou son voile ! Intéressant, non ?! Mais cela, ces « spécialistes » éclairés semblent l’avoir oublié. C’est dire leur inculture. Ou leur racisme non-avoué, dès que le même voile épouse le contour d’un visage basané qu’ils croisent dans la rue ou sur leur palier. Ils s’entêtent à nous agiter ce morceau de chiffon comme le fait le matador devant le taureau avant sa mise à mort. Et ils y réussissent, pour certains qui sont mentalement morts et tombés bien à droite pensant qu’en effet, le foulard et tout ce qui tourne autour est le problème n°1 de nos sociétés. Et dans le même temps, ignorent qu’un peuple entier est soumis à l’arbitraire, à l’apartheid sans que personne ne se dresse devant les responsables politiques de nos pays et d’Israël pour leur dire que c’en est trop, que la partie est terminée !

Ce perfide discours médiatique mélange sciemment les termes et nous parle de la même manière du terrorisme palestinien quand un soldat est agressé à l’arme blanche par celles et ceux qui n’ont rien d’autre sous la main pour résister et se défendre contre l’une des plus puissantes armée d’occupation du monde. Parallèlement, ces mêmes médias nous abreuvent régulièrement de commémorations ou reconstitution des faits d’armes des résistants qui lors de la guerre 39 – 45 combattaient par tous les moyens à leur disposition l’occupation allemande. Cherchez la cohérence… il n’y en a pas. Mais il y a manifestement une réelle mauvaise foi dans la démarche et les propos. Quand NOUS, « blancs, civilisés », sommes envahis et occupés par une armée étrangère, nos résistants sont des héros. Et nos représentants politiques multiplient les hommages à celles et ceux qui sont cités comme exemples. Quand les Palestiniens, « musulmans, sauvages », sont occupés depuis près de 70 ans par une armée étrangère, leurs résistants sont des « terroristes » que la puissance occupante a le droit de liquider impunément… procédant ainsi, à un ignoble retournement de la situation et présentant l’occupant comme victime ayant le droit de se défendre et l’occupé comme le terroriste qu’il faut abattre par n’importe quel moyen ! Cela fleure le racisme, à peine, euh… voilé.

Quand ces médias alliés au grand capital nous parlent de la Syrie, de l’Irak, de la Lybie, de l’OEI, d’Al Qaeda, de Daesh and c° et des hordes de jeunes djihadistes partis d’Occident pour aller les soutenir, ils nous racontent dans le même temps que ces jeunes influencés par une mouvance islamiste obscure passeraient leur temps à fomenter des attentats pour détruire ce qu’ils ne supporteraient pas chez nous, de nos valeurs et libertés. Quelle pâle analyse, faite souvent par ceux que ces mêmes médias s’obstinent à inviter en tant qu’ « experts » ! Si nos représentants politiques étaient honnêtes, peut-être devraient-ils revoir sérieusement leurs engagements militaires dans le monde pour avoir un début de réponse plausible. (Voici une analyse sacrément plus perspicace à leur proposer )

Dans ce Moyen-Orient mis à sac, dévasté et saccagé par les funestes projets américains appuyés par les pays gangrénés par l’OTAN, en tant que militants pour la juste cause palestinienne, nous avons plusieurs devoirs, en voici trois :

1/ ne jamais nous décourager dans notre soutien à nos amis palestiniens en lutte sur place depuis bientôt 70 ans que dure l’injustice qui leur fut imposée par la Communauté internationale sans leur accord, puisqu’ils n’étaient pas présents aux négociations qui décidaient de la partition de leur pays au profit – toujours plus grand et jamais assouvi – de la mortifère idéologie coloniale sioniste. En effet, comment pourrions-nous prétendre défendre les populations locales prises dans les mâchoires infernales d’une entreprise de déshumanisation massive, et nous décourager du manque de résultats tangibles de nos actions quand nous bénéficions de conditions de vie bien plus confortables que ceux-là mêmes que nous prétendons soutenir, et qui eux ne se résignent pas ? Qu’ils restent donc, même dans nos doutes les plus noirs, notre lumière et notre exemple ;

2/ ne jamais laisser passer un vocable non approprié dès lors que l’utilisation de certains mots plutôt que d’autres n’est pas innocent, particulièrement quand ils sont utilisés par la partie dominante et ses nombreux relais. Il nous faut donc faire acte de pédagogie encore et toujours, entre nous mais surtout à l’attention de certains responsables politico-médiatiques qui singulièrement semblent s’unir pour déformer la réalité à travers l’utilisation d’expressions et d’arguments fallacieux, tels ceux du ministre Valls qui dans ses déclarations irresponsables amalgame antisémitisme et antisionisme !

3/ ne jamais nous laisser distraire par les médias dominants, complices des plus forts et bien éloignés de tout souci d’équité dans le traitement de l’information. Nous devons au contraire utiliser les nouveaux moyens de communication pour donner une information objective et indépendante du pouvoir. A travers nos recherches, les témoignages de citoyens crédibles et des médias alternatifs, nous devons devenir des relais et des sources d’informations fiables. Et diffuser tant que faire se peut une information de qualité, non soumise aux pressions diverses. Et ainsi, pouvoir affirmer que le BDS marche bien, et même de mieux en mieux, au grand dam de ceux qui font tout pour l’ignorer ou le disqualifier.

Nos représentants politico-médiatiques flanqués de leurs « experts » de mes deux, tordent la réalité au point le plus infâme qui soit :

- d’une part, sur le terrain les résistants palestiniens ne peuvent EN AUCUN CAS se défendre contre des soldats d’une armée qui les contraint et les maltraite de toutes parts sous peine d’être qualifiés de « terroristes », quand bien même cette armée s’en prend tous les jours à des civils, ce que des Observateurs étrangers et mêmes israéliens dénoncent, à l’inverse de nos médias ;

- et d’autre part, chez nous, les militants civils soutenant la cause palestinienne ne peuvent manifester de façon pacifique par une campagne de dénonciation de ce double standard en suivant la demande explicite des Palestiniens d’un grand mouvement de BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanctions) à l’encontre de cette occupation armée, sous peine d’être traînés devant les tribunaux pour antisémitisme, sachant que cela n’est pas une opinion mais un délit puni par la loi. Ici aussi, cherchez la cohérence… il n’y en a pas.

Dès lors de deux choses, l’une : ou nos représentants politico-médiatiques sont de fieffés menteurs et nous trompent sur toute la ligne – ce qui n’aurait rien d’étonnant quand on découvre et quand on voit un peu plus chaque jour ce dont ceux-là sont capables. Et loin de l’exemplarité, il convient donc de les qualifier pour ce qu’ils sont : de vrais collabos. Ou ce sont de sinistres crétins, des imposteurs souvent xénophobes, opportunistes qui ne comprennent rien à rien, et font les caméléons en fonction de la situation.

Et si vous pensez que ce sont sans doute les deux, j’aurais tendance à vous donner raison…

 

Daniel Vanhove –

26.04.16

Observateur civil

Auteur

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02 mai 2016

Lettre ouverte d’Alain Badiou à Alain Finkielkraut

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Lettre ouverte d’Alain Badiou à Alain Finkielkraut

12 novembre 2015

Lors des discussions, publiques et publiées, que nous avons eues naguère, je vous avais mis en garde contre le glissement progressif de votre position, et singulièrement de votre crispation identitaire, que je savais être à l’époque sans doute déjà très réactive, mais que je considérais comme loyale et sincère, du côté d’un discours qui deviendrait indiscernable de celui des extrêmes-droite de toujours.

C’est évidemment le pas que, malgré mes conseils éclairés, vous avez franchi avec le volume « l’Identité malheureuse » et le devenir central, dans votre pensée, du concept proprement néo-nazi d’Etat ethnique. Je n’en ai pas été trop surpris, puisque je vous avais averti de ce péril intérieur, mais, croyez-le, j’en ai été chagrin : je pense toujours en effet que n’importe qui, et donc vous aussi, a la capacité de changer, et — soyons un moment platoniciens — de se tourner vers le Bien.

Mais vous vous êtes irrésistiblement tourné vers le Mal de notre époque : ne savoir opposer à l’universalité, abstraite et abjecte, du marché mondial capitaliste, que le culte, mortifère dès qu’il prétend avoir une valeur politique quelconque, des identités nationales, voire, dans votre cas, « ethniques », ce qui est pire.

J’ajoute que votre instrumentation sur ce point de « la question juive » est la forme contemporaine de ce qui conduira les Juifs d’Europe au désastre, si du moins ceux qui, heureusement, résistent en nombre à cette tendance réactive ne parviennent pas à l’enrayer. Je veux dire, la bascule du rôle extraordinaire des Juifs dans toutes les formes de l’universalisme (scientifique, politique, artistique, philosophique…) du côté du culte barbare et sans issue autre que meurtrière d’un Etat colonial. Je vous le dis, comme à tous ceux qui participent à ce culte: c’est vous qui, aujourd’hui, par cette brutale métamorphose d’un sujet-support glorieux de l’universalisme en fétichisme nationaliste, organisez, prenant le honteux relais de l’antisémitisme racialiste, une catastrophe identitaire sinistre.

Dans le groupe des intellectuels qui vous accompagnent dans cette vilenie anti-juive, on me traite volontiers d’antisémite. Mais je ne fais que tenir et transformer positivement l’universalisme hérité non seulement d’une immense pléiade de penseurs et de créateurs juifs, mais de centaines de milliers de militants communistes juifs venus des milieux ouvriers et populaires. Et si dénoncer le nationalisme et le colonialisme d’un pays déterminé est « antisémite » quand il s’agit d’Israël, quel nom lui donner quand il s’agit, par exemple, de la France, dont j’ai critiqué bien plus radicalement et continûment, y compris aujourd’hui, les politiques, tant coloniales que réactionnaires, que je ne l’ai fait s’agissant de l’Etat d’Israël ? Direz-vous alors, comme faisaient les colons en Algérie dans les années cinquante, que je suis « l’anti-France » ? Il est vrai que vous semblez apprécier le charme des colons, dès qu’ils sont israéliens.

Vous vous êtes mis vous-même dans une trappe obscure, une sorte d’anti-universalisme borné et dépourvu de tout avenir autre qu’archi-réactionnaire. Et je crois deviner (je me trompe ?) que vous commencez à comprendre que là où vous êtes, ça sent le moisi, et pire encore. Je me dis que si vous tenez tant à ce que je vienne à l’anniversaire de votre émission (à laquelle j’ai participé quatre fois, du temps où vous étiez encore fréquentable, quoique déjà avec quelques précautions), ou que je participe encore à ladite émission, c’est que cela pourrait vous décoller un peu de votre trou. « Si Badiou, le philosophe platonicien et communiste de service, accepte de venir me voir dans la trappe où je suis » — pensez-vous peut-être — « cela me donnera un peu d’air au regard de ceux, dont le nombre grandit, qui m’accusent de coquetterie en direction du Front National. »

Voyez-vous, j’ai déjà été critiqué dans ce que vous imaginez être mon camp (une certaine « gauche radicale », qui n’est nullement mon camp, mais passons) pour avoir beaucoup trop dialogué avec vous. Je maintiens, sans hésitation, que j’avais raison de le faire. Mais je dois bien constater, tout simplement, que je n’en ai plus envie. Trop c’est trop, voyez-vous. Je vous abandonne dans votre trou, ou je vous laisse, si vous préférez, avec vos nouveaux « amis ». Ceux qui ont fait le grand succès des pleurs que vous versez sur la fin des « Etats ethniques », qu’ils prennent désormais soin de vous. Mon espoir est que quand vous comprendrez qui ils sont, et où vous êtes, le bon sens, qui, si l’on en croit la philosophie classique, est le propre du sujet humain, vous reviendra.

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30 avril 2016

Le sionisme expliqué à nos frères et à nos soeurs, par Youssef Boussoumah

Le sionisme expliqué à nos frères et à nos soeurs, par Youssef Boussoumah

Le Vendredi 06 Mai à 18h30

@LeSpace
26 Rue de la clé, 1000 BXL

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Le sionisme expliqué à nos frères et à nos soeurs, par Youssef Boussoumah

Le Vendredi 06 Mai à 18h30

@LeSpace
26 Rue de la clé, 1000 BXL

Pour comprendre le conflict Israël / Palestine il est indispensable de connaître l'histoire et de comprendre cette idéologie qu'est le sionisme. 

Le sionisme, genèse, idéologie et réalisations.
C'est quoi être antisioniste ?

Youssef Boussoumah, membre fondateur des missions civiles pour la protection du peuple palestinien ( CCIPPP), militant politique et associatif, membre fondateur du Parti des Indigènes de la République, souligne l’enracinement de la cause palestinienne dans les quartiers, le changement de profil des participants aux manifestations, caractérisé par l’irruption d’une génération nouvelle, qui n’a cessé de grossir régulièrement, le plus souvent en liaison avec des événements comme l’agression de l’été 2014 contre Gaza.

Nos échanges porteront sur le rôle important du sionisme dans les rapports de domination à l’échelle mondiale, sur sa nature coloniale et raciste incarnée dans la politique du nettoyage ethnique prolongé du peuple palestinien.

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23 avril 2016

La propagande sioniste bat son plein

Position de Yechouroun
concernant les récents événements en France et en Belgique

 

La propagande sioniste bat son plein

 

Non seulement à cause des récents événements tragiques, mais parce qu’il faut de temps en temps rappeler qui tire les ficelles dans le monde, il est de notre devoir de faire ce communiqué. Les grands médias que nous savons politisés, rapportent les faits sous un certain angle, mais taisent l’origine des attaques terroristes et donc la solution pour enrayer ce fléau.

 

Pour cela, il faut remonter à fin 19ème siècle, quand le sionisme n’était encore que sous forme d’une idéologie, dont personne n’avait pensé combien il aura des effets nocifs pour le monde par la suite, … personne à part nos véritables Maîtres du Judaïsme qui nous avaient avertis et que nous n’avons pas écoutés. Puis il y a eu les premières colonies, puis l’établissement de l’entité sioniste anti-Thora en Palestine, terre volée à leurs habitants. Les sionistes ne se limitent pas à cela ; étant un mouvement politique expansionniste, et non les représentants du Peuple Juif, ils continuent leur propagande afin de dominer partout où on les laisse entrer et faire. Et c’est ce que nous voyons au niveau des gouvernements, de l’éducation, des medias … le tandem Tel-Aviv - Washington en est un exemple. L’ingérence dans les affaires d’Etats, même dans celles de l’Union Européenne fait également partie de leur stratégie, alors que le régime se trouve au Proche-Orient sur le continent de l’Asie ; ils se posent en donneurs de leçons et exigent ce que nous devrions faire en leur faveur, et nos politiciens se laissent faire et s’alignent à la politique américaine.

 

Le but de la propagande sioniste est qu’il y ait confusion entre Judaïsme et sionisme, entre Juif et sioniste. La confusion est d’autant plus grande du fait qu’une grande fraction des sionistes s’est recouverte d’un manteau de « piété », car il est plus difficile de reconnaitre un Juif authentique d’un sioniste religieux qui a le même aspect extérieur. Il faut discerner les leaders sionistes convaincus dans leur hérésie d’avec les nombreux Juifs qui sont induits en erreur et manipulés par le sionisme. Parfois, le symbole sioniste de l’étoile à 6 branches n’est pas visible, mais il se trouve profondément enfoui dans ceux qu’on pense qu’ils sont Juifs. Le régime sioniste est grandement aidé avec des leaders religieux sépharades et ashkénazes qui ont le titre de Rabbins, les pires étant les agoudistes qui sont pires que les Mizraristes qu’ils combattaient autrefois. Il y a de quoi se poser des questions, si les Rabbins sont tombés dans le sionisme, faudrait-il encore les écouter et être perdus avec eux? Pauvre de nous ! Le sionisme, c’est l’arrogance, la domination par la terreur, l’usurpation des terres, provocation de conflits. C’est une idéologie qui est incompatible avec le Judaïsme authentique tant dans la pensée, la parole que l’action.

 

Une des raisons qui fait que le Judaïsme s’est très affaibli, est certainement l’infiltration sioniste dans la direction des communautés Juives. Rappelons qu’une des tactiques des leaders sionistes religieux comme laïques, est de se servir de points importants et sensibles dans le Judaïsme tel que le retour à Sion pour lequel le Juif prie trois par jour, ce pour attirer les braves Juifs à leur hérésie. En effet, le mouvement sioniste fut composé au départ de renégats du Judaïsme qui furent rejoints par la suite par des religieux, voire des Rabbins pour de l’argent, de l’honneur et du pouvoir.

 

Cette introduction étant faite, nous pouvons comprendre les faits. Le bon observateur aura remarqué que les sionistes sont derrière tout ce qui arrive. Ils se mêlent de tout ! Vous me direz : « mais ce sont des islamistes qui ont perpétré les attentats à Bataclan et Bruxelles !» Oui, mais … les sionistes s’en servent. Les djihadistes, whahhabites, takfiris … et les sionistes, tous ces terroristes sont de la même graine, ils travaillent ensemble (trouvez de vous-même sur la toile comme ils collaborent au Liban, Syrie, Egypte, Jordanie, Turquie, A.S., etc !). Les médias « main stream » ne vous disent pas cela.

 

Concernant les djihadistes, terroristes d’origine musulmane, il est clair que les responsables de communautés musulmanes ont à faire pour raisonner leurs jeunes et moins jeunes à ne pas se laisser endoctriner par le wahhabisme et le takfirisme. Nos gouvernements européens ont aussi une grande responsabilité en ne prévoyant pas des emplois et des activités pour les citoyens de leurs pays respectifs à cause de leur origine, principalement quand ils ne sont pas blancs de blanc de peau. Racisme et sionisme vont de paire.

 

Ces tout derniers évènements ont commencé avec les attentats à Paris (synagogues, magasin, Super Casher, Charlie Hebdo, Bataclan), plus les agressions par des éléments du Betar, LDJ et autres milices sionistes…dont sont victimes des activistes antisionistes Juifs et non-Juifs.

 

Je veux revenir sur la situation du Judaïsme en France. Il y a ברוך השם, de valeureux Juifs שומרי שבת ומצוות, qui travaillent, éduquent bien leur enfants, qui sont socialement engagés. Mais beaucoup de communautés sont dominées par de gros bonnets sionistes, entre autre via le CRIF et d’autres officines sionistes sous couvert d’œuvres de bienfaisance. Ceux-ci exercent leur influence, provoquent des situations de pannique afin qu’ils puissent proposer leur seule solution, celle de descendre dans l’enfer de l’entité sioniste, qu’ils présentent bien sûr comme un « havre de paix », « la maison », etc. Ils se rendent indispensables, tel des pompiers pyromanes !

 

En même temps que ces mêmes mauvais éléments assurent l’insécurité, ils travaillent à la zizanie entre croyants de différentes communautés. Bien que l’œcuménisme nous soit interdit, il faut sur le plan social tenir ensemble contre nos ennemis communs : l’injustice, le terrorisme sioniste et djihadiste que nos politiciens soutiennent et alimentent tout en disant les combattre. 

 

L’heure est plus grave que jamais ! Il faut se réveiller et défendre la Tradition ancestrale Juive en France tant que l’Exil perdure tout en vivant en citoyens loyaux et exemplaires ! Combien de frères et sœurs Juifs français ne m’avaient-ils pas fait part de leur projet ou décision de s’établir en « Erets-Yisroel » ! Parmi ceux qui sont effectivement partis, il y en a qui en sont revenus, amèrement déçus, d’autres sont tombés dans l’hérésie et se rendent complices et coupables des crimes du régime sioniste et son armée envers la population palestinienne et les pays voisins. N’est-ce pas une aspiration légitime d’être à Jérusalem ? Oui, mais…, c’est justement là, sur cette corde sensible que les sionistes travaillent les braves Juifs qui ne savent rien ou peu du sionisme ! Le retour sur notre terre est une promesse qui se réalisera quand nous aurons fait תשובה. Malheureusement, nos Rabbins, la plupart eux-mêmes contaminés, oublient et n’enseignent pas ou plus que nous les Juifs sommes en Exil et Dispersion par Décret Divin, et qu’il y a des conditions pour pouvoir retourner en Terre Sainte en tant que Peuple Juif !

 

Que faire ? Tout d’abord, sur le plan spirituel, il faut revenir à HaShem, s’imprégner de la Thora et des pensées de nos Sages, et sur le plan social, il faut prendre ses responsabilités en tant que citoyens. Par exemple, ne pas voter pour les politiciens qui sont de mèche avec les sionistes protégerait déjà nos pays. Gauche, droite, ça ne veut plus rien dire, il faut élire ceux qui ne sont pas à la botte du régime sioniste, mais qui se soucie de leurs concitoyens et qui ont une politique extérieure dont on ne doit pas avoir honte.

 

En ce qui concerne les attentats à Bruxelles, nous pouvons remarquer que les sionistes s’en servent aussi pour leur propagande. Bien qu’il n’y ait pas eu de morts parmi eux, ils ont sauté sur l’occasion pour s’en mêler. Ils surveillent même comment les faits sont rapportés. Ainsi les sionistes en Belgique s’en sont pris à un employé qui a utilisé le mot Palestine au lieu de « Etat d’Israel » disant que les Juifs se sont installés en terre de Palestine, ce qui est juste. Cet incident a été propagé dans la presse et cet employé qui ne reconnait pas l’Etat sioniste a perdu son emploi ! Il suffit d’avoir une opinion autre que les sionistes qu’ils sortent de leurs gonds !

 

Des documents prouvent que les sionistes sont derrière les attentats à Paris et à Bruxelles et qu’ils avaient même averti ; ils ont même prévu les secours d’une certaine ONG « United Hatzalah » qui collabore avec l’armée sioniste et qui est liée au Mossad qui furent sur place pour «assister les infirmiers venus soigner les blessés ».

 

Il est certain que nos politiciens portent une lourde responsabilité en négociant avec un régime criminel. D’ailleurs, je me demande pourquoi les membres de l’UE doivent toujours se trouver du mauvais côté quand ils doivent prendre position dans les affaires internationales, surtout concernant la Palestine où ils défendent les criminels sionistes, et l’Iran dont ils soupçonnaient d’utiliser le nucléaire à des fins militaires tout en sachant que ce n’est pas vrai !

 

Nous saluons toute initiative de la part de nos confrères Juifs de stricte observance qui veulent nous rejoindre dans la Résistance Juive antisioniste. Bien sûr, nous demandons d’être politiquement clair :

-         de boycotter les produits sionistes

-         d’avoir rompu toute relation avec les sionistes

-         de dénoncer les crimes contre la population palestinienne

-         de compatir avec les autres victimes du sionisme

-         d’exiger l’expulsion des sionistes hors de la Palestine Historique

-         d’exiger le retour des nombreux Palestiniens exilés depuis la Nakba

-         de souhaiter un Etat palestinien sans sionisme sous souveraineté palestinienne uniquement (pas de solution à deux-Etats, car cela revient à reconnaitre le sionisme.   

 

 Le combat contre le sionisme est un combat de tous les jours.

 

Que HaShem ait pitié de ses enfants, accepte notre תשובה et nous envoie משיח en vue de la גאולה שלימה. Que ce soit בב"א!

 

 

Hadassah BORREMAN
YECHOUROUN – JUDAISME CONTRE SIONISME
http://www.bloggen.be/yechouroun/

 

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15 avril 2016

Israël présente aux touristes une image de Jérusalem expurgée de la présence musulmane

Les touristes qui visitent la Vieille Ville de Jérusalem reçoivent de l’office du tourisme officiel, à la “Porte de Jaffa”, une carte qui les renseigne sur les principaux sites à visiter dans le cœur de la cité millénaire “trois fois sainte”. On y dénombre un seul site musulman, le “Dôme du Rocher”. Il y a aussi cinq sites chrétiens. Et puis, relève Haaretz,  le plan mentionne l’emplacement de douzaines de synagogues, de yeshivas et d’immeubles appartenant à des Juifs, “parmi lesquels beaucoup dont les guides locaux n’ont jamais entendu parler”.

La légende de la version du plan publiée en anglais énumère 57 sites dans la Vieille Ville. Aux côtés de l’Église du Saint Sépulcre, du Mur des Lamentations et du “Mont du Temple”, on y trouve la “Maison Wittenberg” – située dans le quartier musulman, elle porte le nom d’un riche rabbin qui l’avait acquise en 1987, et son caractère “historique” découle semble-t-il principalement du fait qu’Ariel Sharon y avait acquis un appartement vers la fin de sa vie – et toute une série d’autres – “Eliyahu House”, “IDF House”, “Danon House”, “Reut House”, “Habad House”,… – dont les raisons leur présence sur un plan touristique est quelque peu énigmatique. A ceci près qu’il s’agit toujours d’immeubles acquis par des Juifs dans le quartier musulman de la Vieille Ville, généralement – indique Haaretz – via l’organisation “à but non lucratif” Ateret Cohanim, dont le rôle pour chasser les Palestiniens de Jérusalemn a déjà été évoqué ici. Mais, comme l’écrit Nir Hasson, les raisons pour lesquelles ces sites pourraient intéresser les touristes ne sont pas claires.

L’unique site musulman mentionné sur le plan touristique  est le “Dôme du Rocher”. Il est évident que les auteurs du plan se sont donnés du mal pour éviter d’utiliser les noms arabes des différents lieux de la Vieille Ville. Par exemple, on y trouve les expressions “Har Habait”, “Temple Mt.” et “Mt. Moriah” pour désigner le “Mont du Temple”, mais les noms utilisés par la majorité des habitants de la Vieille Ville, à savoir “Haram al-Sharif” ou “Al-Aqsa” ont été soigneusement évités. En fait, la mosquée Al-Aqsa est illustrée, mais non nommée : la zone est désignée sous l’appellation “Écuries de Salomon”.

Le plan, écrit Nir Hasson, vire véritablement à l’absurde en fournissant une liste de tous les immeubles occupés par des Juifs dans le quartier musulman. Sur les 57 pastilles numérotées signalant un immeuble sur le plan, non moins de 25 leur sont consacrées, en plus de synagogues et de yeshivas dont même des guides touristiques expérimentés n’ont jamais entendu parler.

Évidemment, tout cela prend de la place, beaucoup de place, de sorte qu’il n’est pas resté un millimètre carré dispo­nible sur le plan pour renseigner l’emplacement de l’Église Sainte-Anne, non loin de la Porte des Lions, non plus que pour l’Église du Rédempteur, la seule église luthérienne, qui a la plus haute flèche de la Vieille Ville.

La “Via Dolorosa” est mentionnée comme un site, mais aucune de ses stations, où se pressent des millions de pèlerins chaque année, n’est renseignée. D’autres édifices chrétiens importants, comme le Monastère franciscain du Saint Sauveur, ne figurent d’aucune manière sur la carte.

Il y a certes dans la Vieille Ville peu de sites musulmans ouverts aux touristes en dehors du “Haram al-Sharif”, mais il y a pas mal de sites qui présentent un intérêt historique non négligeable, y compris pour les touristes. “Il y a 37 écoles coraniques, des fontaines publiques décorées, et le Palais de Lady Tunshuq, peut-être le plus grand édifice de la Vieille Ville”, dit le chercheur Shimon Gat, qui forme des guides touristiques. Manifestement rien qui soit digne d’intérêt pour le Ministère du Tourisme israélien, et on les cherche donc en vain sur la carte touristique.

Jerusalem_carte_vieille_ville_2016

Le même parti-pris a cours pour représenter l’extérieur des remparts de la Vieille Ville. Sur le Mont des Oliviers, le quartier de Maaleh Zeitim où est installée une centaine de familles juives est indiqué, alors qu’il n’y a aucune trace des milliers de familles palestiniennes qui vivent dans cette zone. La yeshiva Beit Orot et le “City of David visitors’ center” (Centre des visiteurs de la Cité de David) sont indiqués, alors que les vastes quartiers palestiniens de A-Tur et de Ras al-Amud sont remplacés par les étendues uniformément vertes des collines, apparemment inhabitées.

Haaretz relève de nombreuses autres “erreurs”, sans doute pas toutes fortuites, comme cette rue “Neot David” mentionnée au cœur du quartier chrétien, alors qu’elle n’existe pas. La typographie elle-même est loin d’être innocente : les caractères utilisés pour indiquer le quartier juif sont nettement plus grands que ceux employés pour les quartiers musulman, chrétien et arménien, si discrets qu’on a du mal à les lire.

La carte porte le logo du Ministère du Tourisme israélien, qui ne nie pas y être pour quelque chose mais n’est pas en mesure de dire qui a passé commande et qui a supervisé l’édition par une compagnie nommée “Atir Maps and Publications”, qui elle-même se refuse à donner des détails sur les conditions de sa réalisation.

Certains guides qui accueillent les touristes à Jérusalem sont passablement énervés par cette carte. «Le Ministère du Tourisme attend de moi que je conduise une “diplomatie publique” pour Israël – explique l’un d’entre eux à Haaretz – mais comment suis-je supposé faire cela ? “Bonjour M. le Touriste, nous n’avons toujours pas décidé si nous sommes un pays ou un shtetl [1], et c’est la raison pour laquelle quelques fonction­naires ont fait disparaître 3.000 ans d’histoire de Jérusalem de la carte et à la place ils ont indiqué les maisons de leurs copains…».

Le Ministère israélien du Tourisme, lui, assure que le plan a été réalisé avec la collaboration des guides, en tenant compte de leurs recommandations, et en intégrant “les vastes connaissances qu’ils ont accumulées”. Sans rire ?

L.D.


[1] shtetl : ce mot yiddish désigne un village ou une petite ville d’Europe de l’est, peuplée majoritairement de Juifs vivant en autarcie plus ou moins complète et bien souvent dans la misère, avant la seconde guerre mondiale.

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