FREE PALESTINE

20 septembre 2017

Préface pour la traduction française du texte “Israeli Practices towards the Palestinian People and the Question of Apartheid”

Préface pour la traduction française du texte “Israeli Practices towards the Palestinian People and the Question of Apartheid”

L’AURDIP remercie Richard Falk et Virginia Tilley d’avoir donné leur consentement à la publication de cette traduction en français du rapport “Israeli Practices towards the Palestinian People and the Question of Apartheid” qu’ils ont préparé pour la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO) des Nations Unies.

Préface de la traduction française par Richard Falk et Virginia Tilley

Il n’était pas prévu que la publication de ce rapport par la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO) des Nations Unies le 15 mars 2017 soit un événement politique tumultueux. Après tout, il s’agissait d’une étude universitaire écrite par deux chercheurs, dont le contenu avait été révisé par trois évaluateurs qui étaient des chercheurs de renommée internationale. En tant qu’auteurs, nous nous attendions à ce que notre approche suscite de l’intérêt au sein des universités et, avec un peu de chance, chez les militants de la société civile dont beaucoup pensaient depuis longtemps qu’Israël s’était rendu coupable d’ « apartheid » dans son attitude vis-à-vis des Palestiniens, particulièrement ceux vivant sous l’occupation. Ce qu’ils n’avaient pas était une étude détaillée appuyant leur impression par des preuves et une analyse, et encore moins une étude bénéficiant de l’imprimatur des Nations Unies. Nous étions conscients que le caractère sensible de l’étude stimulerait les protagonistes des deux côtés du conflit. Mais nous pensions qu’en définitive cette attention se manifesterait à l’intérieur des forums des Nations Unies, comme c’est le cas dans beaucoup de controverses.

Pourtant, et à certains égards heureusement, nous nous trompions complètement. La publication du rapport ouvrit presque immédiatement une boite de Pandore de réponses. Tout commença avec l’ambassadeur américain aux Nations Unies, Nikki Haley, qui déclencha une attaque sévère contre le rapport et particulièrement contre ses auteurs, couplée avec la demande que le Secrétaire général récemment élu, António Guterres, prenne des mesures pour rejeter le rapport comme inacceptable, prétendument incompatible avec la position des Nations Unies sur l’attitude israélienne vis-à-vis des Palestiniens. Avec une vitesse inhabituelle, compte tenu des habitudes bureaucratiques des Nations Unies, le Secrétaire général informa la CESAO que le rapport devait être retiré sur le champ de son site web. La directrice exécutive de la CESAO, Rima Khalaf, démissionna plutôt que de suivre la directive de New York, expliquant à Guterres ses motifs dans une lettre émouvante. C’est cette suite de développements qui a donné à notre rapport dix fois plus d’attention internationale qu’il n’aurait autrement reçue s’il avait été traité d’une manière appropriée et responsable, c’est-à-dire comme une contribution sérieuse à la littérature universitaire sur une question internationale controversée qui mérite certainement des discussions et des débats, et selon nous, des actions.

Le contexte plus large qui doit être pris en compte est l’échec à trouver une solution au conflit 70 ans après que l’Assemblée générale des Nations Unies a proposé un partage et 50 ans après qu’Israël a gagné le contrôle des territoires palestiniens de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza. La diplomatie d’Oslo qui a été mise en avant comme la voie vers une issue pacifique qui permettrait aux deux peuples de vivre dans une paix durable s’est avérée une chimère, particulièrement coûteuse pour les Palestiniens. Israël continue à empiéter sur le territoire réservé pour un État palestinien, étendant sans relâche son archipel illégal de colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, construisant un réseau de routes pour « Israéliens seulement » et un mur de séparation illégal qui crée toute une gamme d’enclaves de sécurité. Pendant ces décennies, les Palestiniens ont souffert d’une variété de mauvais traitements quotidiens, qu’ils vivent sous occupation, comme les résidents de Jérusalem Est, dans des camps de réfugiés, comme cibles d’attaques périodiques massives à Gaza, ou comme minorité discriminée en Israël. L’affirmation centrale de notre rapport est que cet ensemble de conditions correspond légalement à celles de l’apartheid, tel que ce crime international est défini dans la Convention de 1973 sur la prévention et la punition du crime d’apartheid et dans l’article 7 du Statut de Rome établissant le cadre légal de la Cour pénale internationale.

Nous pensons que notre rapport répond de fait à la situation actuelle dans laquelle la diplomatie paraît gelée et où il ne semble y avoir aucun espoir de mettre fin au calvaire palestinien sans de nouvelles formes de résistance militante de la part des Palestiniens et du mouvement global de solidarité qui se renforce chaque jour davantage. Nous disons, en fait, avec le soutien du droit international, que continuer maintenant à appeler une « solution à deux états » est devenu une duperie cruelle et qu’il est totalement insuffisant de demander « la fin de l’occupation ». Nous pensons au contraire que la position politique appropriée au sein des Nations Unies, de la société civile, et partout parmi les gens de bonne volonté, est de demander « la fin de l’apartheid ».

C’est seulement en démantelant ce régime d’apartheid qui est fondé sur une structure de domination raciale d’Israël sur le peuple palestinien délibérément fragmenté que peut être ouverte la voie pour une diplomatie crédible, qui vise enfin à réaliser une paix durable pour les deux peuples. Certains disent que notre analyse est un appel à la fin de l’État d’Israël. Ceci méconnaît les implications de la fin de l’apartheid. Exactement comme l’Afrique du Sud s’est perpétué comme État malgré le démantèlement de l’apartheid, Israël se perpétuera et rien dans notre étude ne menace cette existence. Ce sur quoi notre analyse juridique insiste, c’est qu’Israël devienne un état légitime en se libérant des politiques, des pratiques et des stigmates de l’apartheid.

Nous espérons que la société civile européenne sera réceptive à notre analyse et fera sa part en mettant en oeuvre les recommandations que nous proposons. Il semblerait que l’Europe a une opportunité d’exercer une pression sur ses institutions régionales et ses gouvernements pour adopter une approche plus objective à la lutte du peuple palestinien qui a été abandonné bien trop longtemps, à se languir dans des camps de réfugiés et dans l’exil, ou à constituer les cibles complètement vulnérables d’une guerre aveugle à Gaza, ou à survivre sous une occupation opprimante ou comme résidents de troisième classe de Jérusalem ou comme citoyens discriminés d’Israël. La reconnaissance que le peuple palestinien en totalité doit être émancipé de l’apartheid donne une cohérence et une signification particulières à notre évaluation des politiques et des pratiques israéliennes.

Finalement, nous admettons qu’en tant qu’auteurs, nous ne possédons que la capacité de proposer une analyse juridique fondée sur notre interprétation des preuves. Cette analyse n’est pas la sorte de jugement légal faisant autorité qui peut être fournie par une institution juridique internationale régulièrement constituée, comme la Cour internationale de justice ou le Cour pénale internationale. Nous voudrions encourager l’Assemblée générale des Nations Unies à obtenir un tel jugement faisant autorité aussi vite que possible. Il est aussi faisable que des cours nationales, agissant sur la base d’une juridiction universelle, examinent dans des circonstances appropriées si Israël est coupable du crime de l’apartheid, si des demandes correctement étayées pour un secours juridique sont faites par le peuple palestinien ou en son nom.

Nous serons heureux d’échanger avec les lecteurs de la traduction française de ce rapport, qui pourraient avoir des questions ou des désaccords avec notre cadre conceptuel et notre analyse juridique.

Richard Falk & Virginia Tilley

A lire :

 

- Préface pour la traduction française du texte “Israeli Practices towards the Palestinian People and the Question of Apartheid”, par Richard Falk & Virginia Tilley (mai 2017)

 

- Rapport du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, Richard Falk, Conseil des droits de l’homme des Nations Unis, 13 janvier 2014.

 

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19 septembre 2017

Richard Falk : « Le calvaire des Palestiniens dure depuis trop longtemps »

 

 

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Richard Anderson Falk (né en 1930) est professeur américain de droit international à l'Université de Princeton, écrivain (auteur ou coauteur de 20 livres), directeur ou codirecteur de la rédaction de 20 autres livres, conférencier et militant dans les affaires mondiales. Il a aussi été nommé à deux postes des Nations unies liés aux territoires palestiniens. Depuis le 26 mars 2008, il est rapporteur spécial des Nations unies sur la « situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 ».

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Vous avez publié un rapport sur « les pratiques d’Israël vis-à-vis du peuple palestinien et la question de l’apartheid » . Qui vous a demandé ce rapport et pourquoi ?
Richard Falk:  La Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (Cesao) m’a mandaté pour cette mission d’évaluation à la demande des membres du Conseil. Le professeur Virginia Tilley et moi-même étions sous contrat pour préparer un rapport qui vise à ouvrir le champ d’application du crime d’apartheid aux politiques et pratiques d’Israël, qui affectent tout le peuple palestinien et pas seulement ceux qui vivent depuis 1967 sous l’occupation israélienne. Ce rapport est inédit car il vise à étendre la notion d’apartheid au-delà des territoires occupés et à évaluer son champ d’application à l’ensemble des Palestiniens, ceux qui vivent dans les camps de réfugiés des pays voisins, ceux qui supportent depuis si longtemps leur exil forcé à l’étranger ainsi que la minorité palestinienne discriminée qui vit en Israël.

Quelles sont les conclusions de ce rapport ?
La conclusion la plus importante de ce rapport est, après un examen approfondi des éléments de preuve pertinents, qu’Israël est coupable du crime d’apartheid (comme défini par la convention internationale de 1976 sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid) à l’égard du peuple palestinien dans son ensemble. Le rapport s’appuie aussi sur le fait que les juifs et les Palestiniens sont qualifiés de « race », un terme utilisé de la même manière que celui de la convention internationale.
La deuxième conclusion importante est que le statut de Rome, qui gouverne la Cour pénale internationale, considère l’apartheid comme un des crimes contre l’humanité sans que cela présente forcément les mêmes caractéristiques que l’apartheid en Afrique du Sud, à l’origine du concept et du crime.
Une troisième conclusion est que vu l’existence de l’apartheid, établi pour maintenir un État juif en Palestine, tous les États souverains, les Nations unies et la société civile ont une responsabilité légale pour que la commission prenne toutes les mesures adéquates et non violentes pour mettre un terme à la perpétration de ce crime.
Une quatrième conclusion est que le rapport est une étude universitaire qui tire des conclusions et propose des recommandations sur la base d’une analyse légale mais n’est pas une entité juridique dûment habilitée pour établir officiellement qu’Israël est coupable de pratiquer une politique d’apartheid.

Quelles ont été les réactions ?
Ce rapport a suscité deux réactions contradictoires. Il a été reçu avec enthousiasme par la Cesao. On nous a même dit que c’était le rapport le plus important que cet organisme a jamais publié.
Au sein des Nations unies, le rapport et ses auteurs ont été attaqués de façon virulente par les représentants des États-Unis et d’Israël, avec une demande formulée aux Nations unies de le désavouer.
Le secrétaire général a ordonné à la directrice de la Cesao de retirer le rapport du site Internet. Elle a refusé et présenté sa démission de principe accompagnée d’une lettre ouverte dans laquelle elle expliquait ses raisons. Il faut souligner que, si ce rapport est un rapport d’universitaires spécialistes en droit international, il n’a jamais eu la prétention de refléter la position officielle des Nations unies. Le préambule du rapport expliquait bien la démarche.

Qu’est devenu ce rapport ?
Les statuts des rapports au sein de la Cesao ne sont pas clairs. À ma connaissance, le rapport lui-même n’a pas été rejeté par la Cesao. En fait, il a été approuvé par les 18 ministres des Affaires étrangères des pays de la Cesao, assorti d’une recommandation aux autres organismes de l’ONU de respecter les conclusions et les recommandations du rapport.

Israël prétend que le mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) est antisémite. Quelle est votre réponse ?
C’est une allégation inappropriée et même absurde. La campagne de BDS est dirigée contre les politiques et pratiques d’Israël, qui violent le droit international et causent de grandes souffrances au peuple palestinien. Ça n’a absolument rien à voir avec une attitude hostile vis-à-vis des juifs en tant que personnes ou en tant que peuple. Cette insinuation vise clairement à discréditer le BDS et décourager toutes les personnes qui souhaitent apporter leur soutien ou participer aux activités du BDS. Le terme « antisémite » est malheureusement utilisé à tort et à travers et destiné à manipuler l’opinion publique et les politiques des gouvernements.

En France, vous pouvez être poursuivi en justice pour participation aux activités du BDS. Avez-vous connaissance de situations similaires dans d’autres pays ?
Je sais qu’en Europe et qu’en Amérique du Nord, on s’est efforcé de criminaliser toute sympathie pour le BDS, mais, à ma connaissance, aucune loi officielle n’existe encore et aucune inculpation ni poursuite hors d’Israël n’a été prononcée. Je ne sais d’ailleurs pas vraiment ce qui se passe en Israël même autour de cette question, même si je sais qu’Israël empêche ceux qui soutiennent le BDS d’entrer sur son territoire.

Quelle a été votre expérience de rapporteur spécial auprès de l’ONU dans les territoires palestiniens et en Israël ?
Mon expérience a été à la fois frustrante et gratifiante. Frustrante parce que pendant les six années en ma qualité de rapporteur spécial, tant sur le terrain que diplomatiquement, la situation s’est constamment dégradée pour le peuple palestinien, malgré un rapport documenté sur la violation des droits de l’homme de la part des Israéliens.
Mais cette expérience a été, dans le même temps, gratifiante parce que cela a permis une présentation directe, sans détours, des violations d’Israël concernant les droits basiques des Palestiniens. Ce qui a une certaine influence sur le discours interne à l’ONU, permettant un renforcement de la responsabilité institutionnelle lorsqu’il s’agit des relations commerciales avec les colonies de peuplement illégales en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. De la même manière, cela a permis de modifier les termes du discours au sein de l’ONU, allant maintenant d’« occupation » à « implantations coloniales » et à « apartheid ».
Ça a été aussi une épreuve personnelle, étant constamment sujet aux attaques diffamatoires par UN Watch et d’autres organisations non gouvernementales (ONG) ultrasionistes. Leurs partisans ont concentré leurs efforts, espérant me faire démissionner de mon poste à l’ONU et m’empêchant de donner des conférences dans les universités, partout dans le monde.

Soixante-dix ans après le partage de la Palestine par les Nations unies, comment considérez-vous cette décision ?
La résolution de plan de partage de 1947 a été une stratégie de sortie de la présence coloniale britannique durant la période du mandat qui lui avait été confié après la Première Guerre mondiale. Cette approche comportait des défauts pour plusieurs raisons essentielles : elle a nié la volonté de la majorité de la population arabe locale qui vivait sur le territoire et a imposé une solution au conflit sans consulter les habitants. Les termes de la résolution n’ont pas assuré les droits des Palestiniens ou leur souveraineté politique, ou même de faire respecter le droit humanitaire international. L’ONU n’a effectivement jamais mis en œuvre le plan de partition et ainsi a donné de facto à Israël la possibilité d’imposer ses volontés sur le territoire palestinien dans sa totalité, y compris en expulsant 750 000 Palestiniens durant la guerre de 1947. Les États-Unis et l’Europe ont joué un rôle géopo- litique crucial en déclenchant ces développements.

Existe-t-il une solution pour que les Palestiniens retrouvent leurs droits et vivent dans leur propre État ?
À ce stade, il est difficile d’envisager l’avenir, mais il est clair que la lutte nationale des Palestiniens continue à la fois par le biais d’activités de résistance et à travers le mouvement de solidarité internationale dont le BDS est maintenant le pilier le plus important.
À mon avis, il ne faut pas attendre de véritables perspectives de solution politique au conflit tant que des pressions suffisantes ne sont pas exercées sur le gouvernement israélien pour qu’il change de direction. Ce changement serait essentiellement signalé par une volonté de supprimer les lois et les procédures associées à l’actuel régime d’apartheid, utilisées pour soumettre les Palestiniens.
Contre toute attente, un tel changement s’est produit vis-à-vis de l’Afrique du Sud, sur place et en dehors, en partie dû aux pressions exercées par une version antérieure de la campagne internationale du BDS. Mon souhait est que les Palestiniens mènent et gagnent cette guerre de la légitimité, ce modèle se répétant finalement, amenant, après une lutte prolongée, une paix durable entre les deux peuples. Mais, et c’est tragique, cela ne se produira pas tant que ces souffrances seront endurées par les Palestiniens, spécialement ceux qui vivent sous l’occupation, dans les camps de réfugiés, dans un exil non désiré, et comme minorité discriminée en Israël. Le calvaire des Palestiniens dure depuis trop longtemps. Son origine peut être trouvée il y a un siècle, quand, dans un geste colonial masqué, le Foreign Office britannique s’est engagé devant le monde sioniste dans le soutien d’un foyer national juif dans la Palestine historique. C’était la déclaration Balfour, en novembre 1917.

Entretien réalisé par Pierre Barbancey
L'Humanité - Mercredi, 13 Septembre, 2017

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L’appel du ciel : transcender les frontières de l’occupation

L’appel du ciel : transcender les frontières de l’occupation

Photo : ActiveStills.org
Cisjordanie septembre 2015 - Manifestations en défense de la Mosquée Al-Aqsa - Photo : ActiveStills.org
Samah Jabr« Dans mon pays », écrit Samah Jabr, « les frontières sont tracées par le sang sur le sol. Elles ne sont ni naturelles ni neutres. Elles sont fabriquées par l’occupation, pour maintenir le rapport de force entre l’occupant et les natifs de Palestine. »

Dans un état psychotique, une jeune patiente de Cisjordanie âgée de 16 ans a dépassé le cadre de ses propres frontières : “J’ai vu le ciel devenir rouge et j’ai perçu un appel… J’ai regardé les gens dans les yeux, j’y ai vu la même excitation, j’ai vu qu’eux aussi comprenaient l’appel du ciel.” Ce qu’elle comprenait, c’est que Jérusalem avait été libérée et qu’on l’appelait à marcher en direction de la ville. Son vœu de liberté et son désir profond de rejoindre Jérusalem libérée ont surgi, déformant la réalité de la situation politique. La beauté de cette vision psychotique s’est conclue ainsi : la police des frontières l’a agressée puis arrêtée. Alors que des dizaines d’autres jeunes ont été tués aux postes de contrôle frontaliers, elle a survécu et a pu raconter son histoire.

Contrairement aux limites psychiques affaiblies de ma patiente, les limites géopolitiques et les frontières érigées par l’occupant sont bien là, présentes dans toute leur rigidité. Non seulement ces postes de contrôle nous volent nos terres et nos ressources naturelles, fragmentant notre identité palestinienne en nous classant comme Hiérosolymitains, Cisjordaniens, Gazaouis, ou comme Palestiniens de 1948, réfugiés, exilés, mais ils continuent de forger de nouvelles identités qui réaffirment le privilège de l’occupant et nous dénient nos droits et notre intégrité. Ces postes de police définissent les murs de l’exclusion et du contrôle, les carrefours où se croisent une humiliation de toutes les couleurs et la peste noire mortelle promise à quiconque se risquerait à “envahir” l’autre côté des frontières de son étroite prison communautaire. Ces structures de béton paramètrent et limitent nos émotions, nos relations, nos espoirs, nos rêves et nos ambitions. Ils sont damnés, ceux qui défient leurs frontières et osent étendre vers l’extérieur de leur cage leurs amours, leurs parentés, leurs amitiés, leurs études, leur travail.

Un jour, après une conférence que j’avais donnée à Bruxelles, j’ai été abordé par un très jeune Palestinien de Gaza. Son souhait était des plus pragmatiques : il voulait que je l’aide à obtenir des documents attestant qu’il était palestinien. Ce jeune homme ne supportait plus la vie qu’il menait à Gaza, alors ils s’était enfui par les tunnels, passant ensuite par un terrible périple à travers l’Égypte et plusieurs pays d’Europe avant d’arriver à Bruxelles. Tout son argent y était passé, il avait dû payer tout ce qui peut être payé aux contrebandiers et aux passeurs. Lorsque le bateau qui le transportait était arrivé près des côtes italiennes, il avait fait naufrage et plusieurs de ses compagnons étaient morts. Il avait perdu en mer tout ce qu’il possédait, y compris ses papiers d’identité et son certificat de naissance.

À Gaza, les frontières sont désormais un nœud coulant qui étrangle la vie des habitants. L’état de siège entrave tout potentiel humain en faisant obstruction à l’alimentation électrique, au travail, aux études, en privant les gens de soins médicaux. Récemment, le Centre Palestinien de Recherche sur les politiques et enquêtes d’opinion (PSR) en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza a révélé qu’un Gazaoui sur deux pensait à émigrer. Ceux qui refusent l’étouffement à petit feu dans Gaza assiégé risquent leur vie en embarquant sur des bateaux clandestins à destination de l’Europe – et beaucoup, hélas, meurent noyés. Les clés de la serrure des frontières servent à renforcer la dépendance à l’égard des maltraitants. Toute autorisation de franchir la frontière est soumise au chantage et à l’exploitation ; nombreux sont les témoignages de patients gazaouis à qui l’on a demandé de devenir informateurs pour les services israéliens en échange d’une permission de passer la frontière pour recevoir des soins médicaux.

En tant que Palestinien de Jérusalem, sans passeport ni citoyenneté, je connais très bien ce sentiment paradoxal qu’implique le passage de frontières, locales ou internationales : la honte d’être fouillé comme un suspect en permanence, la frustration que causent les heures et les jours volés par ces délais qui vous mortifient, l’angoisse de ne pas pouvoir franchir la frontière dans l’autre sens au retour – et en même temps ce désir de contacts au-delà des frontières, cette envie d’échanger nos connaissances et nos expériences avec autrui, cette aspiration à transcender les limites coloniales imposées par les accords Sykes-Picot, le plan de partition, la ligne verte, les zones a,b,c, etc. J’ai appris de nombreuses langues, étudié le domaine de la psychiatrie, qui me servent de visa et de passeport et me permettent des passages de frontières symboliques vers d’autres mondes.

Comme je travaille en Cisjordanie, je traverse les frontières tous les jours. Je passe par des moments de perplexité : attentes humiliantes, mais aussi expériences riches et multiples. J’observe de jeunes hommes escaladant 8 mètres puis sautant dangereusement du haut du mur dans l’espoir de trouver du travail dans les territoires tenus par Israël. Quelques-uns en sont morts, ou bien ils ont été tués, et beaucoup d’autres se sont blessés ou se sont fait arrêter au cours de cette aventure. J’observe la façon dont les frontières existent en béton sur les terres et en pensée dans les esprits. Il n’y a pas que la conduite automobile qui diffère entre les deux côtés du mur ; la frontière crée, de multiples façons, des comportements et des sentiments différents. Entre Jérusalem et la Cisjordanie, il y a un gouffre en ce qui concerne le PIB par habitant, l’éducation, la santé et les droits humains.

Mais ces frontières ne sont pas forcément physiques, tels un mur ou un poste de contrôle. Je pense aux “zones de l’être” et aux “zones de non-être” de Frantz Fanon, dessinées par la ligne virtuelle qui sépare les gens selon les rapports de force et de domination qu’ils exercent les uns sur les autres.

Dans mon pays, les frontières sont tracées par le sang sur le sol. Elles ne sont ni naturelles ni neutres. Elles sont fabriquées par l’occupation, pour maintenir le rapport de force entre l’occupant et les natifs de Palestine. Pourtant le destin des Palestiniens ne devrait pas être déterminé par un rapport de forces. D’après l’article 13 de la Déclaration des Droits Humains des Nations Unies, “Quiconque se trouve légalement sur le territoire d’un État a le droit d’y circuler librement et d’y choisir librement sa résidence” et “Toute personne est libre de quitter n’importe quel pays, y compris le sien.”

En pensant à “l’appel” assignant à ma patiente adolescente sa traversée vers Jérusalem, je regarde le ciel bleu, j’y vois un vol d’oiseaux migrateurs passant à l’horizon et je me souviens de la mer bleue engloutissant tant de réfugiés avec tout ce qu’ils possèdent.

Si la justice ou l’égalité advenaient des deux côtés de la frontière, s’il arrivait que les normes éthiques ou les droits humains soient respectés entre ces frontières et ces murs, alors la ligne de démarcation entre “nous” et “eux” disparaîtrait, et une humanité commune et pluraliste apparaîtrait autour de valeurs partagées qui autoriseraient de nouveaux terrains d’entente et d’engagement humain.

A3 * Samah Jabr est psychiatre et psychothérapeute à Jérusalem. Elle milite pour le bien-être de sa communauté, allant au-delà des problèmes de santé mentale. Elle écrit régulièrement sur la santé mentale en Palestine occupée.

Articles de (et à propos de) la même auteure.

Cet article a été écrit à l’occasion du festival de cinéma de Douarnenez dont la page Facebook traitant du film DERRIÈRE LES FRONTS – RÉSISTANCES et RÉSILIENCES en PALESTINE peut être visitée ici.

25 août 2017 – Transmis par l’auteure – Traduction : Stephan Moal

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18 septembre 2017

Les factions palestiniennes saluent la décision du Hamas de dissoudre le comité administratif

Les factions palestiniennes saluent la décision du Hamas de dissoudre le comité administratif

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Gaza – CPI


Les factions palestiniennes ont apprécié dimanche l'initiative de réconciliation nationale lancée par le Mouvement du Hamas en dissolvant le comité administratif de Gaza et en appelant le gouvernement de l'Autorité palestinienne (AP) à Ramallah à commencer à assumer ses responsabilités à Gaza.
Dans un communiqué, les factions ont demandé au Mouvement du Fatah et au président de l'AP, Mahmoud Abbas, d'adopter l'initiative tout d'abord en émettant une décision immédiate d'annuler toutes les mesures punitives imposées sur la population de la bande de Gaza.
Le dimanche à l'aube, le Hamas a annoncé la dissolution du comité administratif formé dans la bande de Gaza en mars dernier en réponse aux efforts égyptiens visant à mettre fin à la division palestinienne.
La déclaration a appelé à une unité nationale basée sur l'adhésion à tous les droits palestiniens et a souligné la nécessité d'établir une stratégie nationale unifiée qui implique toutes les factions et adopte une résistance comme une approche essentielle pour faire face à l'occupation israélienne.
Les factions palestiniennes ont salué les dirigeants égyptiens qui ont fait d'énormes efforts pour rapprocher les points de vue afin de parvenir à la réconciliation et à combler le fossé palestinien.

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Hamas dissout le comité administratif de Gaza

Il a exhorté le gouvernement du consensus à assumer ses responsabilités à Gaza
Hamas dissout le comité administratif de Gaza
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Gaza – CPI

Le mouvement Hamas a annoncé dimanche qu'il avait dissous le comité administratif dans la bande de Gaza.

Dans un bref communiqué de presse, le Hamas a appelé le gouvernement de Rami al-Hamdallah à venir immédiatement à Gaza et à assumer ses responsabilités.

Le Hamas a également déclaré accepter de tenir des élections générales palestiniennes et sa volonté de répondre à l'invitation égyptienne de dialoguer avec le Mouvement du Fatah pour mettre en œuvre l'accord du Caire 2011 et ses annexes comme prélude à la formation d'un gouvernement d'union nationale avec la participation d'autres factions.

Le Mouvement a déclaré que ses décisions ont été prises en réponse aux efforts égyptiens visant à mettre fin à la division palestinienne.

Depuis plus d'une semaine, une délégation de haut niveau du Hamas dirigée par le chef de son bureau politique, Ismail Haniyeh, a tenu des discussions sérieuses au Caire, sous les auspices du service de renseignement égyptien, dans le contexte de la volonté du Mouvement de guérir la faille dans l'arène palestinienne et mettre fin aux souffrances humanitaires de la population à Gaza.

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Parler avec le Hamas

 

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Parler avec le Hamas

Texte adressé au journal Le Monde et resté sans réponse

Christophe Oberlin*

Dans un article du 1er septembre 2017**, l’envoyée spéciale du Monde dans la Bande de Gaza, aborde le thème du blocus auquel est soumis le territoire.

De retour de Gaza où j’ai pu, cet été, observer les effets dévastateurs du siège israélo égyptien, aggravé récemment par de nouvelles dispositions prises par l’Autorité Palestinienne, je ne pouvais que me réjouir qu’une journaliste d’un grand média se soit rendue sur place. Sans remettre en cause la qualité de l’article qui met bien en évidence les effets catastrophiques du blocus sur la population civile – effondrement de l’économie, plusieurs dizaines de milliers de Gazaouis empêchés de se rendre à l’étrangers – la lecture de l’article ne peut manquer de susciter un malaise.

L’accroche de l’article : une jeune femme de Gaza cherchant à rejoindre son fiancé à Istanbul. « La demande de sortie « déposée en janvier auprès de l’administration du Hamas qui contrôle la Bande de Gaza, vient seulement d’être validée ». Ceci laisse à penser que c’est le Hamas, et non l’administration égyptienne qui bloque les sorties ! 30 000 Gazaouis ont déposés à l’heure actuelle une demande, et l’Egypte ne laisse passer que quelques dizaines de personnes les rares jours où elle consent à ouvrir la frontière. Sembler attribuer cette situation au Hamas est curieux.

L’auteure écrit plus loin que Gaza est soumise au blocus « depuis la prise du pouvoir en 2007 par le Hamas, le mouvement islamiste armé ». L’auteure oublie de dire que le Hamas était alors un parti politique qui a remporté des élections dont la régularité a été reconnue par tous les observateurs internationaux. Succès électoral très vite soldé d’une réaction armée du parti perdant, tentant d’inverser le résultat des élections. C’est dans ce contexte que le Hamas a « pris le pouvoir », assurant depuis dix ans le fonctionnement des écoles, des universités, des hôpitaux. Tandis que nombre de ses parlementaires, régulièrement élus en Cisjordanie, sont dans les prisons israéliennes ou palestiniennes et que l’activité du parlement est suspendue ! Avec cet éclairage, la formule « mouvement islamiste armé », qui renvoie à Daech ou Boko Aram, est particulièrement déloyale. Et dangereuse alors que l’amalgame est repris par les administrations américaine et européenne. Signalons à cet égard que la Cour de Justice de l’Union Européenne, saisie, a retiré le Hamas de la liste des organisations terroristes. L’affaire est en appel, et rien ne permet de dire que la première décision ne sera pas confirmée.

Un paragraphe entier est consacré à « l’économie parallèle » liée « aux milliers de tunnels de contrebande » qui fonctionnaient à plein régime avant la prise du pouvoir en Egypte par Mr Sissi. Une prise du pouvoir qualifiée par l’auteure de « destitution ». En fait une destitution est un processus légal déclenché à la suite de fautes graves commises par un dirigeant et reconnues comme telles par une autorité indépendante : dans le cas de Mr Sissi, il s’est agi d’un coup d’Etat sanglant suivi d’une répression impitoyable qui a fait des milliers de victimes, de prisonniers, de disparus, et de déplacés (dans le cas de la destruction d’une partie de la ville de Rafah).

Une économie « parallèle » suggère qu’il existe deux économies. Or le commerce par les tunnels constituait le seul commerce possible avec l’Egypte, le commerce terrestre étant proscrit. Le mot « contrebande » suggère qu’il s’agisse d’un commerce caché et illicite du point de vue des autorités. C’était tout le contraire : les entreprises des tunneliers étaient enregistrées auprès de l’administration, les travailleurs déclarés et même assurés.

L’auteure ajoute que cette économie était « très lucrative et étroitement contrôlée par le Hamas ». Effectivement, elle a permis à la Bande de Gaza d’afficher un taux de croissance de 11% par an pendant les années Morsi, et à l’administration du Hamas de payer l’intégralité des 40 000 fonctionnaires de Gaza à l’aide des taxes prélevées sur les importations. Point de « lucre ».

Plus loin l’auteure signale que le Caire accusait le Hamas « de soutenir les réseaux djihadistes dans le Sinaï ». Il eut été loyal de signaler que jamais la moindre preuve en ce sens n’a été apportée par un observateur indépendant, que le Hamas n’a jamais revendiqué ni été accusé d’un attentat en dehors du territoire de la Palestine, que la force politique et militaire de Gaza représente une poussière par rapport aux forces armées égyptiennes et qu’il serait suicidaire de s’y attaquer. Ligne dont n’a jamais dévié le Hamas.

Enfin l’auteure rapporte les propos d’Ahmed Youssef « figure politique modérée du Hamas ». Je connais personnellement Ahmed Youssef qui ne fait pas partie du Hamas. Très occidentalisé – il a passé plusieurs dizaines d’années aux Etats-Unis et publié des ouvrages de référence dont un excellent « American Muslims » -, Ahmed Youssef fut conseiller diplomatique du Premier ministre Ismaël Haniyeh, ce qui montre d’ailleurs un certain éclectisme du « parti islamiste ». Il demeure actuellement directeur d’un centre de réflexion intitulé « House of Wisdom » fréquenté par des universitaires et étudiants en sciences politiques. Sans nier la qualité de réflexion d’Ahmed Youssef, pourquoi n’avoir pas sollicité directement les responsables du Hamas, ceux qui sont effectivement en charge des négociations avec l’Egypte sur la question de l’allégement du blocus ? Se rendre dans la Bande de Gaza assiégée sans demander le point de vue de l’administration qui la dirige, n’est-ce pas un peu participer au siège ? De passage à Gaza en Mai 2017, l’archevêque de Canterbury a déclaré : « Il y a un moment où il faut parler à tout le monde ».

 

* Chirurgien, séjournant à Gaza trois fois par an depuis 2001, auteur de plusieurs documents sur la question Palestinienne (dernier ouvrage : « Chrétiens de Gaza », Erick Bonnier, à paraitre novembre 2017)

 

** A Gaza, l’attente d’un desserrement du blocus.

La réouverture du poste de Rafah est au cœur des négociations complexes entre Le Caire et le Hamas

Reportage Claire Bastier, envoyée spéciale, Rafah (Bande de Gaza). Article publié le vendredi 1er septembre 2017 dans le journal Le Monde

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Liberté pour Salah HAMOURI

Salah Hamouri a été arrêté dans la nuit du 23 août 2017, à son domicile de Jérusalem-Est, par une cohorte de l’armée d’occupation venue le surprendre dans son sommeil. Il est soupçonné d’appartenir à une « organisation politique ennemie ». Le 29 août, la Cour statue tout d’abord sur une libération conditionnelle, mais avant même que Salah puisse en bénéficier, il se voit remettre un ordre de détention administrative d’une durée initiale de 6 mois signé par Avigdor Lieberman, figure de l’extrême-droite israélienne et ministre de la défense. Depuis des décennies, des milliers de Palestiniens ont été emprisonnés sous « détention administrative » sans être informés de la raison de leur emprisonnement, sans inculpation ni procès.
Cette détention administrative peut être renouvelée selon le bon vouloir des autorités israéliennes, tous les six mois. Ce système carcéral a été utilisé de manière systématique par de nombreux régimes oppressifs comme en Afrique du Sud, sous le régime d’Apartheid. Salah Hamouri a 32 ans, il est Franco-Palestinien, et il est avocat. Palestinien par son père (titulaire d’une carte de résident de Jérusalem) et Français par sa mère.
Son parcours, sa vie, sont symboliques du destin de celui de millions de Palestiniens, subissant l’occupation israélienne.
Il a 15 ans lorsque débute la seconde intifada. Comme de nombreux jeunes Palestiniens, il participe aux actions et aux manifestations contre l’occupation. Au cours de l’une d’entre elle, il est blessé par balle. A 16 ans, il est arrêté et mis en prison pour 6 mois. A 19 ans, il est arrêté une seconde fois et passe 5 mois en détention administrative.
En mars 2005, il est de nouveau arrêté.
Alors étudiant, il est inculpé pour des motifs qu’il a toujours nié,  sous une double accusation : avoir eu l’intention de tuer Yossef Ovadia, rabbin et leader du parti politique Shas et soupçonné d’appartenir au Front populaire de libération de la Palestine. Contraint à plaider coupable par l’Etat israélien, il sera condamné à 7 ans de prison et sortira seulement des geôles israéliennes le 18 décembre 2011.
A l’époque, une campagne de solidarité est lancée en France afin d’exiger des autorités françaises de faire respecter les droits de Salah Hamouri et de réclamer sa libération. Les timides efforts diplomatiques ont permis à Salah Hamouri de faire partie des 1027 prisonniers politiques palestiniens libérés en échange de la libération du soldat franco-israélien Gilad Shalit.

A sa libération, Salah Hamouri décide de se lancer dans des études de droit pour devenir avocat. En 2014, il se marie avec Elsa Lefort, citoyenne française. Ils vivent ensemble à Jérusalem-Est. Quelques mois après leur mariage, Salah Hamouri reçoit un ordre militaire lui interdisant de se rendre dans les territoires palestiniens de Cisjordanie durant 6 mois, à nouveau dans un arbitraire le plus total, cet ordre militaire sera ensuite renouvelé plusieurs fois, empêchant Salah Hamouri de se rendre dans son université avec une volonté, empêcher Salah Hamouri de devenir avocat, et de mettre ses compétences au service des milliers de prisonniers politiques palestiniens.

Aujourd’hui, comme Salah Hamouri, 6 300 palestiniens sont détenus dans les prisons militaires israé- liennes, dont 450 dans le cadre d’une détention dite « administrative ».

C’est auprès de ces prisonniers politiques que Salah Hamouri travaillait en tant qu’avocat. Pendant la même période, les autorités israéliennes ralentissent les démarches permettant à Elsa Lefort d’obtenir un visa d’épouse, comme toutes les femmes mariées à des Palestiniens de Jérusalem. Après plusieurs refus des autorités, l’employeur d’Elsa Lefort, le Consulat général de France à Jérusalem, obtient pour elle un visa de service (comme pour tous les employés du Consulat).

Après un an et demi sans pouvoir quitter le territoire israélien, elle peut enfin se rendre en vacances en France. A son retour, le 5 janvier 2016, et alors qu’elle est enceinte de 6 mois, elle se voit mettre en détention 3 jours et est expulsée vers la France, alors qu’elle possédait un visa de service. Depuis, Salah Hamouri est séparé de sa famille, contrainte de vivre en France.

Cet acharnement de l’Etat israélien contre Salah Hamouri, est profondément ancré dans le régime colonial mis en place par Israël. En s’attaquant à un avocat, qui exerçait légitimement sa profession, Israël fait preuve d’une détermination à entraver les défenseurs du droit, qui luttent contre l’occupation.

La France est déjà coupable de laisser Israël violer sans cesse les droits de l’homme et le droit international. Elle ne peut pas tolérer qu’un de ses citoyens soit arbitrairement emprisonné par Israël. La France doit agir pour la libération de Salah Hamouri, pour faire respecter ses droits. C’est pourquoi nous appelons à une mobilisation large, pour soutenir et libérer Salah Hamouri.

 

Libérez notre Confrère - Liberté pour Maître HAMOURI

Salah Hamouri a été arrêté dans la nuit du 23 août 2017, à son domicile de Jérusalem-Est, par une cohorte de l'armée d'occupation venue le surprendre dans son sommeil. Il est soupçonné d'appartenir à une " organisation politique ennemie ".

http://libereznotreconfrere.com

 

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17 septembre 2017

Lettre de Gaza : « En vie à défaut d’être mort »

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Par Jehad Abusalim, le 2 septembre 2017

Jehad Abusalim, né à Gaza, décrit les effets dévastateurs du blocus israélien sur la vie quotidienne des Palestiniens.

 

 » Quand l’électricité s’en va, le silence est assourdissant  » (Photo : Mohammed Salem/Reuters)

A Gaza, des familles entières sont assises dans l’obscurité de leur salon, la seule lumière venant de bougies. Des dizaines de familles ont perdu des êtres chers dans des incendies domestiques.

Le propane est rare et les petits générateurs sont dangereux et difficiles à  obtenir. Ils sont généralement passés en fraude par les tunnels et grossièrement fabriqués. Un de mes professeurs d’université a perdu trois enfants (un de 14 ans et deux jumeaux de 8 ans) après l’explosion de leur générateur.

Les résidents de Gaza font face à tant d’épreuves et de souffrances, simplement pour obtenir l’une des nécessités vitales fondamentales.

Quand l’électricité s’en va, le silence est assourdissant. Tout s’arrête : réfrigérateurs, télévisions, équipements hospitaliers, pompes à eau et ventilateurs. La vie moderne s’arrête. Le calme nous permet d’imaginer à quoi ressemblait le monde avant que nous soyons immergés dans le bruit des klaxons et le tohu-bohu des machines modernes. Plus tard, le calme est remplacé par une tempête de bruits lorsque les générateurs reprennent vie en vrombissant et crissant.

Je n’oublierai jamais l’après-midi où j’ai demandé à mon père combien de temps il pensait que durerait le blocus.

« Quelques mois, mon fils. Quelques mois. Ce ne sera pas long », m’avait-t-il répondu.

Il y a quelques semaines, plus d’une décennie après l’instauration du blocus israélien de Gaza, j’ai parlé à nouveau avec mon père et lui rappelai ce qu’il m’avait dit ce jour-là. J’ai pratiquement perçu son chagrin et sa douleur au téléphone.

« Je ne sais pas combien de 10 ans il y a dans une vie », a-t-il répondu, écrasé par la naïveté de son propos toutes ces années auparavant.

Comment accepter qu’en 2017, les résidents de Gaza, dont ma propre famille, doivent passer une si grande partie de leur temps à se soucier de l’eau, de la lumière et de la nourriture ? Qu’est-ce qui justifie une politique où des tout-petits comme mon jeune frère soient trempés de sueur la nuit et mettent leurs joues sur la fraîcheur du dallage pour échapper à la chaleur des nuits de Gaza ?

On ne peut espérer aucune paix en obligeant des milliers de gens à attendre jusqu’à l’aube leur part d’eau hebdomadaire, tandis que, de l’autre côté de la frontière, les Israéliens prennent des bains dans leurs piscines et jouissent d’un accès illimité à l’eau potable.

De nos jours, si vous demandez aux Palestiniens de Gaza comment ils s’en sortent, il se peut qu’ils répondent : « En vie, à défaut d’être mort ». Cette expression communément utilisée reflète l’atrocité de la vie quotidienne à Gaza.

Cela me désole de le dire, mais Gaza va inévitablement s’effondrer. Chaque seconde à Gaza sous le blocus israélien – où l’eau et les soins médicaux sont un luxe – est teintée de tragédie. Chaque fois qu’une famille ne peut mettre de quoi manger sur la table, chaque fois qu’une maison en feu déplore une nouvelle victime, chaque fois qu’un malade du cancer ne peut obtenir le traitement salvateur ou qu’une autre personne dans un état désespéré meurt, l’horreur du blocus vous saute aux yeux.

Tant qu’Israël garde le contrôle sur la vie des Palestiniens mais leur dénie leurs droits et libertés fondamentaux, je ne peux l’appeler une démocratie.

Les Nations Unies ont déclaré Gaza « invivable » et le blocus provoque une lente mort collective. Que faudra-t-il pour convaincre la communauté internationale que la population de Gaza, comme toute population sur cette terre, a le droit de vivre dans la dignité ?

De plus en plus de gens se joignent aux efforts pour défendre la liberté des Palestiniens, y compris en participant au mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions. Il est temps que nous mettions fin au blocus de Gaza et que nous libérions le peuple palestinien.

Jehad Abusalim est doctorant à l’université de New York et analyste politique à Al-Shabaka, le Réseau Politique Palestinien.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : Al Jazeera

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16 septembre 2017

Pétition Union européenne : mettre fin à l’isolement de Gaza !

Adressée au Président du Parlement européen, Antonio Tajani, et à trois autres : Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, Federica Mogherini, haute-représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, Fernando Gentilini, représentant spécial pour le processus de paix au Proche-Orient

 

Union européenne : mettre fin à l’isolement de Gaza !

Pétition initiée par ECCP – Coordination européenne des comités et associations pour la Palestine

Nous, citoyens européens, convaincus que le respect des droits de l’homme et celui du droit international sont les pierres angulaires d’une vie pacifique pour toute communauté humaine, ne pouvons pas observer en silence la catastrophe humaine dans la bande de Gaza : elle est la conséquence de décisions humaines.

Après dix années de blocus par l’État d’Israël (soutenu par l’Égypte) et trois violentes attaques militaires, les conditions de vie des deux millions de Palestiniens piégés dans la bande de Gaza sont, d’après tous les témoignages, pires que jamais. Selon les rapports de 2016 de la Banque mondiale, le PIB de Gaza a été réduit de moitié par le blocus, 40 % de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté, et 80 % dépendent de l’aide alimentaire.

Dix ans auparavant, plus de 80 % des exportations de Gaza étaient dirigées vers la Cisjordanie, maintenant, seulement 2 % sont autorisés à partir. Gaza détient le taux de chômage le plus élevé du monde (43 %), et il atteint les 60 % chez les jeunes gens. Les coûts humains et économiques extrêmes de la crise à laquelle la population de Gaza est confrontée aujourd’hui ne peuvent plus être acceptés.

C’est pourquoi, nous, citoyens européens, demandons instamment aux institutions européennes d’agir. La crise politique, due au conflit interne palestinien, ne peut pas servir d’alibi pour ne pas intervenir afin de mettre fin à l’isolement de Gaza et à la destruction de sa population.

En vertu de la Quatrième Convention de Genève, Israël a la responsabilité première et l’obligation d’assurer la sécurité et le bien-être de la population civile dans les zones qu’il contrôle.

Malgré cela, le blocus de la bande de Gaza par Israël se poursuit et constitue une forme de punition collective en violation de l’article 33 de la Quatrième Convention de Genève.

Nous, citoyens européens, exhortons les institutions européennes à agir et à exprimer des exigences claires auprès du gouvernement israélien concernant ses obligations légales. Si celles-ci ne sont pas remplies par Israël, des sanctions doivent être envisagées, incluant la suspension de l’Accord d’association entre l’Union européenne et Israël sur la base de l’article 2 de l’Accord, comme cela fut le cas pour de nombreux autres États dans des situations moins graves.

L’Union européenne ne peut pas continuer la politique de deux poids deux mesures qu’elle suit depuis des décennies pour des raisons erronées.

C’est pourquoi nous appelons les autorités européennes à :

– garantir la reconstruction et la remise en fonction de la station d’épuration des eaux usées ;

– garantir la liberté de circulation des Palestiniens en direction et en provenance de Gaza, avec le monde extérieur et avec l’ouverture d’une liaison directe entre Gaza et la Cisjordanie ;

– garantir la libre circulation des produits en direction et en provenance de Gaza, en veillant à la livraison de tous les matériaux de constructions et médicaments nécessaires ;

– remettre en vigueur le projet déjà approuvé de financement et de construction d’un port à  Gaza;

– entreprendre immédiatement une mission au plus niveau politique et diplomatique et au niveau technique pour promulguer ces engagements.

En plus, nous appelons l’Union européenne à :

– exercer une pression sur le gouvernement israélien pour qu’il fournisse toute l’électricité nécessaire à la région ;

– exercer une pression sur les gouvernements israélien et égyptien pour qu’ils mettent fin au blocus illégal de la bande de Gaza ;

– exercer une pression sur le gouvernement israélien pour qu’il cesse l’occupation illégalement prolongée du territoire palestinien dans son ensemble.

La lente destruction imposée à la population de Gaza, dont la majorité sont des jeunes, crée une situation de souffrances extrêmes, de colère et de ressentiment qui risque d’aggraver la crise politique et de provoquer de nouvelles catastrophes.

L’Union européenne doit agir de toute urgence pour éviter une détresse plus profonde et permettre à la population de Gaza d’exercer son droit à la vie et soutenir le processus démocratique : deux conditions essentielles à la paix.

SIGNEZ LA PETITION:

https://www.change.org/p/eu-stop-gaza-s-isolation?utm_source=embedded_petition_view

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

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Condamner l’occupation israélienne ne suffit pas

Par Amira Hass, 8 septembre 2017, Haaretz

Européens, vos dénonciations sont perçues par Israël comme dénuées de caractère urgent. Ce que vous devez faire, c’est appliquer des sanctions douloureuses.

Aux Pays-Bas, à la Belgique et à la France : Il ne suffit pas de condamner uniquement par des mots la politique de destruction menée par Israël, qui détruit des infrastructures et des habitations financées avec l’argent de vos contribuables. C’est une bonne chose que vous soyez en colère, mais le tempo de l’accumulation de votre colère est de loin inférieur au rythme effréné et dangereux des bulldozers de l’Administration civile et des Forces de défense des colonies en Cisjordanie.

Vos condamnations sont perçues comme dénuées de caractère urgent. Vous devez entreprendre des actions réelles. Oui, des sanctions ouvertes et déclarées, qui emprunteront la voie d’une sévérité accrue. Des sanctions douloureuses. Ce peut être la dernière chance de faire bouger l’Israélien moyen, y compris les hommes d’affaires, les touristes, les juges, les universitaires, les fermiers et les consommateurs de football étranger de leur indifférence et de leur complaisance criminelle.

Cessez de vous effrayer du chantage affectif israélien. Israël met en jeu le souvenir de nos familles assassinées en Europe afin d’accélérer l’expulsion des Palestiniens de l’ensemble du territoire cisjordanien et de les déporter dans les enclaves de l’Autorité palestinienne. Telle est l’intention qui sous-tend toutes les démolitions et confiscations ainsi que les interdictions de bâtir, d’élever du bétail et d’irriguer les champs. Tous ceux qui planifient et appliquent cette lente politique d’expulsion pensent déjà à la grande expulsion, cette fois vers la Jordanie. Et que ferez-vous alors ? Vous publierez des condamnations tout en envoyant des réservoirs d’eau et des tentes aux personnes qui auront été expulsées ?

Le 24 août, le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, et le vice-Premier ministre et ministre de la Coopération au développement, Alexander De Croo, publiaient une condamnation officielle de la confiscation des caravanes devant servir de classes pour les quatre premières années primaires dans le village palestinien de Jubbet Adh-Dhib, ainsi que la confiscation des panneaux solaires destinés à l’école du camp de Bédouins d’Abu Nuwwar.

Les Belges faisaient remarquer qu’ils étaient de ceux qui avaient financé ces équipements. « [La Belgique] continuera à travailler avec ses partenaires, comme par le passé, afin de demander aux autorités israéliennes de mettre un terme à ces démolitions », peut-on lire dans la déclaration du ministre des Affaires étrangères.

L’un de ces partenaires n’est autre que les Pays-Bas, dont le Parlement a consacré pas mal de temps à discuter des démolitions commises par les Israéliens, plus de temps, quoi qu’il en soit, que n’en a consacré la Knesset. Voici ce que les ministres du cabinet hollandais ont rapporté le mois dernier aux parlementaires hollandais à propos de la confiscation des panneaux solaires de Jubbet Adh-Dhib en juin : « Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a promis par courrier de restituer les panneaux solaires aux Pays-Bas. » Le cabinet du Premier ministre n’a ni confirmé ni dénié ce rapport.

Après la confiscation, le village a été condamné à ne recevoir que deux heures d’électricité par jour, produite par un générateur. Ces vingt dernières années, le village a soumis au moins quatre requêtes à l’Administration civile pour être raccordé au réseau d’électricité et toutes ces requêtes ont été rejetées. L’expérience enseigne qu’Israël ne donne pas de permis – ou si peu – de construction dans la Zone C (qui couvre environ 60 pour 100 de la Cisjordanie). La tentative des Hollandais pour recevoir un permis de l’Administration civile pour un seul projet – un cas test, donc – n’a pas abouti à des résultats positifs. En tant que force occupante, Israël n’a pas le droit de détruire ou de confisquer des propriétés, excepté par nécessité de temps de guerre.

La France elle aussi a annoncé fièrement qu’elle était une partenaire dans la construction humanitaire en Zone C et à Abu Nuwwar. La France a elle aussi condamné les récentes démolitions et a demandé qu’on lui renvoie les équipements confisqués. En six mois, Israël a détruit 259 structures palestiniennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, explique la condamnation émise par la France. Au cours de la même période, le gouvernement israélien a approuvé la construction de plus de 10 000 unités de logement dans les colonies – trois fois plus que pour toute l’année précédente.

Ainsi donc, la destruction des communautés palestiniennes, l’évacuation de la famille Shamasneh de sa maison à Jérusalem et les plans du ministre de la Défense Avigdor Lieberman visant à démolir Sussia et Khan al-Akhmar représentent l’autre face de la médaille de la construction de colonies.

Voilà comment Israël applique une expulsion graduelle. Sans sanctions, il peut prendre une profonde aspiration et sa foi dans sa capacité à appliquer le plan est solide. Qui donc sait mieux que vous, et que votre voisin allemand en particulier, à quoi mènent les plans d’expulsion limitée, et quelle disposition d’esprit criminelle ils mettent en place dans une société qui planifie ce genre de chose ?

Traduction: Jean Marie Flémal  » pour la Palestine « 

Source: Haaretz 

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