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31 juillet 2017

Il y a 100 ans, la déclaration Balfour

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Il y a 100 ans, la déclaration Balfour

mercredi 26 juillet 2017 par Pierre Stambul

Par Pierre Stambul. Paru dans le numéro de juin de "Courant Alternatif".

Pour les Palestiniens, c’est l’année des anniversaires douloureux : 50 ans d’occupation de la Cisjordanie et de Gaza, 70 ans depuis la partition de la Palestine, acte de piraterie d’une ONU qui venait de naître, et 100 ans de déclaration Balfour.

Le contexte

1917. On est en pleine boucherie d’une guerre mondiale qui a commencé trois ans plus tôt. Le tsar est tombé en Russie et la révolution sociale semble imminente. L’Empire Ottoman, allié à l’Allemagne et l’Autriche, est en train de mourir. Les Jeunes Turcs qui sont au pouvoir à Istanbul ont perpétré un des premiers génocides du XXe siècle en massacrant à partir de 1915 des centaines de milliers d’Arméniens.

Les Ottomans ont d’abord tenu face aux alliés Anglais et Français. Des centaines de milliers de soldats des deux camps sont morts dans les tranchées des Dardanelles.
Français et Anglais ont multiplié les promesses auprès des Arabes du Proche-Orient pour qu’ils se révoltent contre les Turcs. Le 16 mai 1916, dans le plus grand secret, Anglais et Français signent les accords Sykes-Picot. Il s’agit d’un accord de voleurs se partageant à l’avance un butin qu’ils n’ont pas encore. Tout le Proche-Orient est divisé en zones à annexer ou en protectorats. La France aura la Syrie et le Liban. Les Libanais peuvent d’ailleurs remercier le colonisateur français, à l’origine de la constitution cléricale du pays qui a favorisé la guerre civile de 1975-90.

L’impérialisme britannique est surtout intéressé par le canal de Suez, le pétrole et la route des Indes. Il obtient la possession ou le protectorat sur ce qui est aujourd’hui Israël/Palestine, la Jordanie et l’Irak.

Les troupes ottomanes et leurs alliés allemands sont faibles en Palestine. L’armée britannique, dirigée par le général Allenby, lance l’offensive depuis l’Égypte début octobre 1917. La bataille décisive a lieu à Gaza. Allenby s’empare de Jérusalem deux mois plus tard. Bien sûr les promesses faites aux Arabes et immortalisées par « l’épopée » de Lawrence d’Arabie ne seront jamais tenues.

Le colonisateur britannique recevra vite sa récompense : la Société des Nations, ancêtre de l’ONU, avalisera les accords Sykes-Picot et lui donnera (entre autres) un « mandat » sur la Palestine (1923). Bien sûr, aucune population n’a été consultée.

On sait déjà à l’époque que la région regorge de pétrole. À partir de 1924, un étrange pacte naîtra dans la région : les Occidentaux aident le courant le plus obscurantiste de l’Islam, celui des Wahhabites, à prendre le pouvoir dans ce qui deviendra l’Arabie Saoudite et à contrôler les lieux saints (La Mecque et Médine). En échange, l’Occident obtient dès 1932 l’exploitation illimitée des plus grands gisements pétroliers du monde.

Ce pacte « pétrole contre protection » est toujours à l’œuvre.

Où en est le sionisme à l’époque ?

Des Juifs pieux ou idéalistes ont commencé à émigrer vers la Palestine ottomane à partir des années 1880. L’association « les amants de Sion » fondée à Odessa en 1881, prône le départ vers la Palestine et l’achat de terres, sans perspective d’État.

Mais dès que Theodor Herzl pose les bases du sionisme, 10 ans plus tard, il est clair que le projet est de fonder un État réservé aux seuls Juifs. Les sionistes considèrent que l’antisémitisme est inévitable, qu’il est inutile de le combattre et que Juifs et non Juifs ne peuvent pas vivre ensemble, ni en Europe, ni dans le futur État juif. Pour avoir le soutien des religieux, un congrès sioniste a décidé (1905) que la Palestine, rebaptisée Israël, sera la « terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Peine perdue : pour les Haredims (Juifs orthodoxes), le retour en terre sainte est interdit avant l’arrivée du Messie. Les sionistes n’ont pas plus de succès auprès de la grande masse des Juifs qui, face à leur prolétarisation et à un antisémitisme souvent meurtrier, s’éloignent de la religion et s’engagent massivement dans des mouvements progressistes ou révolutionnaires. Pour ces masses juives, leur émancipation en tant que minorité opprimée passe par l’émancipation de l’humanité.

Il existe à l’époque un parti révolutionnaire juif, le Bund, pour lequel le sionisme est le parti de la bourgeoisie.

Bien que majoritairement non-croyants, les sionistes croient que les Juifs sont les descendants des Hébreux de l’Antiquité qui ont été « exilés » et qu’ils « font leur retour dans leur pays ».

Pourtant, la Palestine est habitée. On est dans une période où le colonialisme se généralise. Même la « gauche » de l’époque est souvent colonialiste avec l’idée que les pays développés viennent apporter la civilisation à des populations arriérées. Le colonialisme sioniste diffère des autres. Il ne vise pas à asservir le peuple colonisé mais à le nier, à l’expulser et à le remplacer.

Dans la population palestinienne, il y avait des Juifs (de 3 à 5%) qui vivaient plutôt en bonne intelligence avec leurs voisins musulmans ou chrétiens. Les trois religions cohabitaient assez harmonieusement dans la municipalité de Jérusalem à l’époque ottomane. Les Juifs palestiniens ont été très longtemps hostiles à la création d’un État juif en Palestine.

Dans les années qui précèdent la déclaration Balfour, les sionistes vont commencer à créer les institutions de leur futur État. La « banque coloniale juive » chargée de collecter les fonds de la colonisation est créée en 1899. Le KKL (Fonds National Juif) qui a pour but de « judaïser la terre » date de 1901. La stratégie est de fonder une société juive séparée de la société palestinienne, en créant des petites villes juives et en achetant des terres à des féodaux absents, ce qui permet d’expulser les métayers présents.

Dans la même période, Herzl et ses successeurs font le tour de tous les dirigeants antisémites européens en leur expliquant que sionistes et antisémites ont des intérêts convergents : qu’un maximum de Juifs quittent l’Europe. Et ils trouvent des oreilles favorables.

Pourtant en 1917, une partie infime des Juifs du monde entier vit en Palestine : environ 50 000 (alors qu’ils sont déjà 3 millions aux Etats-Unis et 6 millions dans l’empire russe). Les Juifs forment à peine 10% de la population palestinienne.

Que représentait Balfour ?

C’était un Chrétien pratiquant, très influencé par ce qu’on appelle aujourd’hui le sionisme chrétien.

Quand le protestantisme apparaît dans le monde anglo-saxon à la fin du XVIe siècle, la Bible est traduite en anglais et les personnages de l’Ancien Testament deviennent familiers. Pour tout un courant du protestantisme, les Juifs doivent retourner en terre sainte pour favoriser le retour du Christ. Par la suite, bien sûr, ils doivent se convertir à la vraie foi sous peine d’anéantissement. Car ces sionistes chrétiens croient en l’apocalypse. L’image du Juif qu’ils ont est un Juif imaginaire qui n’a rien à voir avec les masses juives d’Europe de l’Est qui ont commencé à émigrer vers l’Ouest.

Contre ces Juifs réels, Balfour partage les préjugés antisémites de son époque. Quand il est Premier ministre en 1905, il ferme les frontières et fustige dans un discours aux Communes ces Juifs polonais qui viennent semer la révolution à Londres.

Le 2 novembre 1917, il est Ministre des Affaires Étrangères et il envoie à Rothschild cette lettre.

« Cher Lord Rothschild,
J’ai le grand plaisir de vous adresser, de la part du Gouvernement de Sa Majesté, la déclaration suivante, sympathisant avec les aspirations juives sionistes, déclaration qui, soumise au cabinet, a été approuvée par lui.
Le Gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte soit aux droits civils et religieux des collectivités non-juives existant en Palestine, soit aux droits et au statut politiques dont les Juifs disposent dans tout autre pays.
Je vous serais obligé de porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste »
Arthur James Balfour.

Y a-t-il une contradiction entre le Balfour de 1905 et celui de 1917 ? Aucune différence ! Pour Balfour comme pour tous les antisémites de son époque, les Juifs sont des parias asiatiques inassimilables en Europe et ils deviennent en partant en Palestine des colons européens en Asie, travaillant pour le compte de sa gracieuse majesté.

Le choix de Rothschild n’est évidemment pas neutre. Face à l’importance du courant révolutionnaire dans le monde juif, l’impérialisme britannique s’appuie sur la bourgeoisie juive. Les Britanniques ont déjà bénéficié de l’aide d’un des principaux dirigeants sionistes, Chaïm Weitzmann (1874-1952), chimiste de renom ayant émigré en Grande-Bretagne depuis l’empire russe, qui contribuera de façon décisive à doter l’armée britannique de puissants explosifs.

Qu’est-ce qui change après la déclaration Balfour ?

Après la déclaration et surtout après l’installation du mandat britannique, les sionistes vont bénéficier d’une aide ouverte pour créer l’embryon de leur État. Le syndicat sioniste Histadrouth est créé en 1920. Il créera dans la foulée la banque Hapoalim, la compagnie maritime Zim, la compagnie des eaux Mekorot, la compagnie d’autobus Egged et les principales caisses de retraites et de sécurité sociale. La même année est créée par la « gauche » sioniste la Haganah, véritable armée tolérée par l’occupant et ancêtre de la « vaillante » Tsahal.

Et puis, dès 1922, une administration qui deviendra en 1929 l’Agence Juive apparaît. Les Britanniques accordent aux sionistes une administration parallèle compétente sur tous les sujets : politique générale, immigration, colonisation, travaux publics, éducation, santé.
La population palestinienne ne s’y trompera pas. Les pétitions et protestations contre l’immigration massive et les confiscations de terre se multiplieront. Sans succès.

Lors des émeutes de 1920, de nombreux dirigeants palestiniens espèrent encore que les promesses britanniques faites aux nationalistes arabes seront tenues. Les émeutes de 1929 résultent, d’après l’occupant, de la non-réalisation des aspirations politiques des Arabes. Belle litote.

Entre 1936 et 1939, lors de la grande révolte palestinienne, l’armée britannique est alliée à la Haganah et aux terroristes de l’extrême droite (l’Irgoun de Menahem Begin). Cette guerre fera 12 000 morts chez les Palestiniens. Des villages palestiniens seront détruits par l’aviation et les élites palestiniennes expulsées. 20 ans après la déclaration Balfour, le nettoyage ethnique de 1948 est programmé. Mais les Juifs en 1939 ne forment toujours qu’un tiers de la population de la Palestine mandataire et ils possèdent moins de 8 % de la terre. Et le sionisme est toujours un projet minoritaire chez les Juifs. C’est désormais sans le colonisateur britannique que le sionisme réalisera son projet.

100 ans après la déclaration Balfour, l’entreprise coloniale conçue par cette déclaration a engendré en toute logique un État d’apartheid.

Pierre Stambul

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30 juillet 2017

Al-Aqsa : ce que veut Israël, c’est déclencher une guerre de religion

 

mardi 25 juillet 2017 / 4h:21

Photo : ActiveStills
Manifestants palestiniens aux portes de la vieille ville de Jérusalem, et interdits d'accès à l’Esplanade des Mosquées - Photo : ActiveStills/Oren Ziv
Salman Abu Sitta, Ali Abunimah, Khalil Toufakji, Révérend Hosam NaomLa lutte pour la mosquée d’Al-Aqsa est une question coloniale et non religieuse.

Salman Abu Sitta

L’escalade des tentatives israéliennes de reprendre la mosquée Aqsa et le reste du Noble Sanctuaire (al-Haram al-Sharif) dans Jérusalem est un signe de l’audace israélienne quand il s’agit de compléter l’occupation de toute la Palestine. C’est aussi un signe de la prise de conscience israélienne selon laquelle ni les Palestiniens ni les Arabes ne sont déterminés à défendre les droits palestiniens, arabes et musulmans.

C’est l’époque de l’extrémisme fanatique israélien à son apogée et la défense arabe à son plus bas niveau.

À l’origine, le sionisme était un pur projet colonial pour servir les intérêts des Juifs européens riches qui avaient financé le colonialisme européen au 19ème siècle. C’était un mouvement séculier qui a utilisé la religion dans des étapes ultérieures pour recruter des adeptes moins intelligents.

Dans son unique visite à Jérusalem en 1898, [Theodor] Herzl a trouvé à Jérusalem une communauté juive misérable, pleine de superstition et de fanatisme, et a préféré imaginer construire une capitale en Galilée.

Les premiers dirigeants sionistes exposaient clairement la priorité de leurs objectifs : acquérir des terres et amener les juifs à les coloniser. Le programme sioniste était une prise de contrôle progressive de la Palestine.

Rien n’a changé aujourd’hui. Mais l’histoire et le droit international vont à l’encontre des projets sionistes.

En juillet 1924, le Mandat britannique sur la Palestine, malgré son parti pris en faveur du sionisme, promulguait un décret qui garantissait le statu quo pour les sites et pratiques des religions, respectés depuis plusieurs siècles.

Lorsque les fanatiques juifs ont enfreint la loi et attaqué le Mur Buraq (Mur de l’Ouest) en 1929, un comité international a été convoqué pour enquêter sur la situation. Il a déterminé que le mur de Buraq est une propriété musulmane absolue et que les juifs n’étaient autorisés à y prier que « selon les besoins », pourvu qu’ils n’installent aucune structure permanente.

La célèbre résolution 194 des Nations Unies de décembre 1948, appelant au retour des réfugiés, stipule que « les lieux saints, les bâtiments religieux et les sites en Palestine devraient être protégés et leur accès conservés libres, conformément aux droits existants et à la pratique historique ».

La Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé stipule que « les hautes parties contractantes s’engagent à interdire, prévenir et, si nécessaire, mettre fin à toute forme de vol, de pillage ou de détournement, et au actes de vandalisme dirigés contre les biens culturels. Ils doivent s’abstenir de réquisitionner des biens culturels mobiliers situés sur le territoire d’une autre partie contractante et s’abstenir de tout acte de représailles dirigé contre des biens culturels ».

Mais Israël viole toutes ces lois.

Après la destruction israélienne en juin 1967 du quartier marocain vieux de 800 ans, les Juifs voulurent s’emparer du Noble Sanctuaire. L’incendie criminel du Minaret de Saladin en août 1969, le meurtre de fidèles à maintes reprises, et maintenant, les tentatives impitoyables d’attaquer la mosquée d’Al-Aqsa, mettent en évidence le comportement incontrôlé d’Israël.

Ces actes d’Israël révèlent son véritable visage de fanatisme, de racisme et d’occupation permanente. Il est inutile d’appeler cette droite du gouvernement israélien. Sa structure de base est, comme toujours, un régime de colons qui veut maintenant assurer son contrôle total de ce qui reste de la Palestine et faire de Jérusalem la capitale politique et religieuse incontestée du Grand Israël.

Ce développement est le résultat direct de l’absence d’une direction politique palestinienne digne de confiance, de sa capitulation dans les Accords d’Oslo pour servir l’occupation israélienne, de l’échec des gouvernements arabes à défendre les droits arabes – certains d’entre eux s’alignant réellement sur Israël – et de l’incapacité des 1,5 milliard de musulmans à défendre la première Qibla et la troisième mosquée sacrée après la Mecque.

Mais la résistance augmentera sans aucun doute, peut-être à partir de lieux inattendus.

La résistance peut prendre plusieurs formes : juridiques, publiques, de boycott et de sanctions internationales, pour n’en nommer que quelques-unes. La liste est longue. La charge en incombera aux peuples, pas aux gouvernements. Il existe là un immense réservoir de force.

Ali Abunimah

Les affrontements actuels à propos d’Al-Aqsa sont la conséquence de l’exploitation israélienne du dogme religieux comme couverture pour sa politique colonialiste et violente : la colonisation et le nettoyage ethnique à Jérusalem et dans le reste de la Cisjordanie occupée depuis 1967.

Rappelons que les fondateurs clés du sionisme et de l’État israélien – Theodor Herzl et David Ben-Gurion, par exemple – n’étaient pas particulièrement religieux, voir même anti-religieux. Le dogme religieux n’était pas la caractéristique la plus marquée du sionisme dans sa première époque. Le sionisme tirait son inspiration d’autres mouvements nationalistes européens du XIXe siècle.

Après 1967, Israël a cherché des excuses pour sa colonisation de la Cisjordanie nouvellement conquise, poussant à la prépondérance de la tendance dite nationale-religieuse et à la formation de Gush Emunim, le groupe d’extrême-droite qui a pris les rênes du nouveau mouvement de colonisation en Cisjordanie.

Leur doctrine, autrefois assez marginale en Israël, est maintenant entièrement intégrée. Ce prétend que l’État israélien moderne est dans son droit en s’appropriant l’ensemble de la « Terre d’Israël » en raison de promesses supposées mentionnées dans les textes bibliques.

En ce sens, le colonialisme sioniste moderne n’est pas terriblement différent de ses cousins ​​défunts en Afrique du Sud et en Irlande du Nord, où les Afrikaners et les Unionistes se sont vus comme des peuples assaillis et réalisant une volonté divine en colonisant la terre.

L’extension logique de cette tendance post-1967 est le soi-disant « Mouvement du temple », qui trouve aujourd’hui son soutien au cœur du gouvernement et des cercles dirigeants israéliens.

Ces groupes du « Temple », financés par l’État et les autorités municipales d’occupation à Jérusalem, professent activement la construction d’un « Troisième Temple » juif en lieu et place de la Mosquée Al-Aqsa.

Ce sont ces groupes qui sont à l’origine des incursions de plus en plus agressives dans Al-Aqsa, sous le prétexte d’imposer un plus large accès aux juifs. Mais le résultat qu’ils recherchent est la destruction d’Al-Aqsa pour construire leur soit-disant temple, et certains de ces groupes ont déjà développé des plans détaillés pour arriver à leurs fins.

Beaucoup sont persuadés que leurs provocations violentes engendreront les conditions nécessaires à la réalisation de leur vision.

S’ils essaient vraiment de détruire Al-Aqsa – ce qui semble de plus en plus probable chaque jour – il ne faut pas en sous-estimer les conséquences géopolitiques catastrophiques.

Les réactions des Palestiniens et au-delà des musulmans à l’utilisation par Israël du dogme religieux pour justifier sa prise de contrôle violente de Jérusalem et du reste de la Cisjordanie, a parfois consisté à mettre en avant des contre-arguments religieux et le caractère sacré pour l’islam d’Al-Aqsa comme motivation principale pour prendre sa défense.

Mais reformuler le combat anti-colonial en Palestine en termes religieux serait une erreur, qui en fin de compte ferait le jeu d’Israël.

Les sionistes favorisent activement l’idée selon laquelle les juifs, représentés par Israël, et les chrétiens, représentés pas l’Occident, sont engagés dans un combat mondial qui les oppose à « l’islam radical ». Un combat religieux n’a pas d’issue. C’est une guerre sans fin. Cela convient parfaitement à Israël.

En revanche, il y a une solution à la lutte politique, territoriale et coloniale : la décolonisation et la restauration des droits du peuple colonisé. C’est, bien sûr, ce dont Israël ne veut pas, et c’est pourquoi il continuera d’attiser les querelles religieuses à Al-Aqsa.

Khalid Toufakji

Il y a longtemps que les dirigeants israéliens ont planifié la stratégie de ce conflit et prévu de le formuler en termes religieux. Tous leurs desseins concernant Jérusalem, depuis qu’ils l’ont occupée en 1967, ont consisté à accroître la population juive de la ville et à diminuer les populations palestiniennes musulmanes et chrétiennes.

Pour atteindre ce but, Israël a élaboré plusieurs lois qui favorisent un contrôle israélien progressif de la ville et l’expulsion systématique de ses résidents palestiniens.

Les plans israéliens pour Jérusalem prévoient de limiter la population arabe à 12 pour cent, tandis que les 88 pour cent restants seraient juifs, avec souveraineté israélienne pleine et entière sur l’ensemble de Jérusalem, à l’exception des villages de Beit Hanina et d’autres zones périphériques.

Le conflit à Jérusalem, qu’Israël formule en termes religieux est de nature démographique. En 1972, par exemple, la Première Ministre de l’époque Golda Meir voulait que les pourcentages de la population de la ville soient les suivants : 78 pour cent juifs et 22 pour cent arabes.

Mais maintenant, les stratégies ont changé. Les dirigeants israéliens parlent d’une « Jérusalem métropolitaine » qui comprendrait environ 10% de la superficie totale de la Cisjordanie. Elle engloberait toutes les colonies israéliennes qui se trouvent actuellement en dehors des limites municipales de la ville et exclurait les zones palestiniennes situées à l’extérieur du mur de séparation. C’est ce qu’on appelle le « Plan directeur » d’Israël, « Jérusalem 2020 ».

En conséquence, Israël prévoit de construire une synagogue dans l’enceinte d’Aqsa pour renforcer d’autant plus son récit religieux, attisant les passions religieuses des musulmans et consolidant sa version religieuse du conflit.

Israël veut entraîner les Palestiniens et les Arabes dans une guerre de religion entre musulmans et juifs, transformant ce conflit de conflit dû à l’occupation israélienne des territoires palestiniens en guerre de religion.

En qualifiant le conflit de religieux, Israël prétendrait sur la scène mondiale que les juifs sont menacés d’un nouvel holocauste, mais cette fois par les musulmans et au Moyen-Orient, plutôt qu’en Europe.

C’est un dessein odieux qui fait intervenir la politique, la géographie, le droit et d’habiles tactiques de relations publiques afin de convaincre le monde.

En même temps, c’est Israël qui a systématiquement miné la présence historique musulmane et chrétienne palestinienne dans la ville et qui a œuvré sans relâche pour oblitérer le caractère palestinien de la ville.

Le Révérend Hosam Naom

Ce qui se passe aujourd’hui à Al-Aqsa est une escalade très dangereuse, et nuit à la paix et à la stabilité de notre ville. Le gouvernement israélien devrait s’efforcer de maîtriser les extrémistes juifs avant qu’ils n’entraînent toute la région dans davantage de conflits et plus de violence.

Nous, en tant que chrétiens palestiniens avons toujours défendu notre ville et nos lieux sains aux côtés de nos frères et sœurs musulmans. Nous condamnons tout acte de vandalisme contre les lieux sains de toutes les religions abrahamiques.

Nous soulignons aussi l’importance du statu quo des lieux sains à Jérusalem, et nous prisons le rôle que joue le royaume hachémite de Jordanie comme gardien de ces lieux sains.

Les événements tragiques d’Al-Aqsa sont un sérieux rappel, à nous tous, de la nécessité de trouver une solution à ce conflit, et nous espérons que ce sera une solution pacifique. Nous prions toujours pour la paix de Jérusalem.

Le conflit israélo-palestinien –et notamment à Jérusalem – ne concerne pas la religion ; à savoir que ce n’est pas un problème entre musulmans et juifs ou entre chrétiens et juifs. Le problème est bien plus vaste que cela.

Du point de vue d’un chrétien palestinien, la question est pour nous la même que pour le reste des Palestiniens qui ne sont pas chrétiens. Les Palestiniens ont le droit d’avoir leur propre état sur leurs propres territoires selon les accords signés entre les dirigeants palestiniens et Israël.

Ce conflit ne peut être résolu selon des paramètres religieux ou formulé en tant que conflit religieux, tout simplement parce qu’il ne l’est pas. Une guerre de religion est quelque chose de très dangereux pour nous tous.

Les Palestiniens aspirent à vivre libres dans leur propre pays, quelle que soit l’appartenance religieuse de celles et ceux qui sont partie prenante de ce conflit.

* Salman Abu Sitta est le fondateur et président de la Palestine Land Society. Né en 1937 dans la Palestine historique dont il a été chassé avec toute sa famille en 1948 (la Nakba) il est aujourd’hui connu internationalement pour son travail de recherche sur la mémoire palestinienne. Il a écrit, entre autres ouvrages : Mapping My Return: A Palestinian Memoir

* Ali Abunimah est un journaliste palestino-américain, auteur de The Battle for Justice in Palestine. Il a contribué à The Goldstone Report : The Legacy of the Landmark Investigation of the Gaza Conflict. Il est le cofondateur de la publication en ligne The Electronic Intifada et consultant politique auprès de Al-Shabaka.

* Khalil Toufakji est responsable du Département de cartographie et de relevés topographiques de la Maison de l’Orient, à Jérusalem. Par conséquent, ce Département a fourni avec régularité aux services de l’Autorité palestinienne (AP) des informations et des relevés topographiques sur le vol et l’annexion des terres palestiniennes au profit de l’État colonialiste israélien. A ce titre, le Département et ses responsables ont été régulièrement la cible d’agressions de la part des forces d’occupation.

* Le Révérend Hosam Naom Le Hosam Elias Naoum a été nommé doyen de la cathédrale anglicane de Saint-Georges à Jérusalem. Il est le premier titulaire non anglais à occuper ce poste.

21 septembre 2015 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah et MJB

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29 juillet 2017

Les Palestiniens ont un droit légal à la résistance armée

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Les Palestiniens ont un droit légal à la résistance armée

jeudi 27 juillet 2017 par Stanley L. Cohen

Par Stanley L. Cohen. Publié le 24 juillet 2017 sur le site de Chronique de Palestine.

Stanley L Cohen – Il est temps pour Israël d’accepter le fait suivant : en tant que peuple occupé, les Palestiniens ont le droit de résister – de toutes les manières possibles.

Il y a longtemps de cela, il avait été convenu que la résistance et même la lutte armée contre une force d’occupation coloniale n’étaient pas seulement reconnues par le droit international, mais précisément approuvées.

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Combattants de la résistance palestinienne à Gaza - Photo : al-Qassam.

Conformément au droit international humanitaire, les guerres de libération nationale ont été expressément reconnues en tant que telles par l’adoption du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève de 1949, en tant que droit protégé et essentiel des peuples occupées à travers le monde.

Dans une évolution pleine de vitalité dans le droit humanitaire, il y a des décennies, l’Assemblée générale des Nations Unies (UNGA) – une fois présentée comme la conscience collective du monde – a noté le droit des peuples à l’autodétermination, à l’indépendance et aux droits de l’homme.

En effet, dès 1974, la résolution 3314 de l’Assemblée Générale des Nations Unies [AGNU] a interdit aux États-membres « toute occupation militaire, même temporaire ».

Dans la partie la plus lourde de signification, la résolution a non seulement affirmé le droit « à l’autodétermination, à la liberté et à l’indépendance […] des peuples privés de ce droit, […] en particulier les peuples sous régimes coloniaux et racistes ou autres formes de domination étrangère », mais a noté le droit des peuples occupés « à lutter … et à chercher et obtenir un soutien » dans cet effort.

Le terme « lutte armée » a été intégré dans cette résolution sans définition précise, comme beaucoup d’autres qui ont précédé et qui ont maintenu le droit des populations indigènes à expulser un occupant.

Cette imprécision devait disparaître le 3 décembre 1982. Ce jour-là, la résolution 37/43 de l’Assemblée générale des Nations Unies a supprimé tout doute ou débat sur le droit légal des peuples occupés à résister aux forces d’occupation par tous les moyens reconnus. La résolution réaffirma « la légitimité de la lutte des peuples pour l’indépendance, l’intégrité territoriale, l’unité nationale et la libération de la domination coloniale et étrangère, par tous les moyens disponibles, y compris la lutte armée ».

Israël se berce d’illusions

Bien qu’Israël ait tenté, à maintes reprises, de faire supprimer le sens dépourvu d’ambiguïté de cette résolution précise – et de placer ainsi son occupation d’un demi-siècle en Cisjordanie et à Gaza au-delà de son champ application – c’est un effort voué à l’échec et une illusion si on s’en tient au vocabulaire exigeant de la déclaration elle-même.

Dans la partie la plus significative, l’article 21 de la résolution condamne fermement « les activités expansionnistes d’Israël au Moyen-Orient et le bombardement permanent des civils palestiniens, qui constituent un obstacle sérieux à la réalisation de l’autodétermination et de l’indépendance du peuple palestinien ».

N’hésitant jamais à réécrire l’histoire, et cela bien avant la création des Nations Unies, les sionistes européens se considéraient comme un peuple sous occupation tandis qu’ils émigraient en Palestine.

En effet, 50 ans avant que l’ONU ne parle du droit à la lutte armée comme moyen de libération des peuples indigènes, les sionistes européens se sont attribués frauduleusement le même concept alors que l’Irgun, Lehi et d’autres groupes terroristes imposaient toute une décennie de chaos mortel.

Au cours de cette période, ils ont massacré non seulement des milliers de Palestiniens indigènes, mais ils se sont attaqués aussi à la police et au personnel militaire britanniques qui avaient longtemps maintenu une présence coloniale sur place.

Une histoire des attaques sionistes

Peut-être, alors que les Israéliens s’assoient pour pleurer la perte de deux de leurs soldats qui ont été abattus la semaine dernière à Jérusalem – dans ce que beaucoup considèrent comme un acte de résistance légitime – un retour d’un minimum de mémoire pourrait simplement replacer les événements dans leur contexte historique.

Il y a longtemps, traitant les Britanniques de force d’occupation dans « leur patrie », les sionistes ont ciblé la police britannique et les unités militaires sans la moindre pitié dans toute la Palestine et ailleurs.

Le 12 avril 1938, l’Irgun a assassiné deux policiers britanniques dans un attentat à la bombe dans un train à Haïfa. Le 26 août 1939, deux officiers britanniques ont été tués par une mine placée par Irgun à Jérusalem. Le 14 février 1944, deux agents de police britanniques ont été abattus lorsqu’ils ont tenté d’arrêter des gens qui avaient collé des affiches sur les murs de la ville d’Haïfa. Le 27 septembre 1944, plus de 100 membres de l’Irgun ont attaqué quatre postes de police britanniques, blessant des centaines d’officiers. Deux jours plus tard, un agent de police britannique de haut rang du Service du renseignement a été assassiné à Jérusalem.

Le 1er novembre 1945, un autre policier a été tué alors que cinq trains ont été l’objet d’attaques à la bombe. Le 27 décembre 1945, sept officiers britanniques ont perdu la vie dans une attaque à la bombe au siège de la police à Jérusalem. Entre le 9 et le 13 novembre 1946, les membres juifs « souterrains » ont lancé une série d’attentats à la bombe et aux mines antipersonnel dans les gares ferroviaires, dans les trains et les tramways, tuant 11 soldats et policiers britanniques et huit soldats arabes.

Quatre autres officiers ont été assassinés lors d’une autre attaque sur un quartier général de la police le 12 janvier 1947. Neuf mois plus tard, quatre policiers britanniques ont été assassinés lors d’une attaque de banque commise par l’Irgun et, trois jours plus tard, le 26 septembre 1947, 13 autres agents étaient tués dans une autre attaque terroriste sur un poste de police britannique.

Ce ne sont que quelques-unes des nombreuses attaques dirigées par des terroristes sionistes contre la police britannique, considérés par la plupart des Juifs européens comme des cibles légitimes d’une campagne qu’ils ont qualifiée de « libération » contre une force d’occupation.

Tout au long de cette période, les terroristes juifs ont également entrepris d’innombrables attaques qui n’ont épargné aucune partie de l’infrastructure britannique et palestinienne. Ils ont frappé les installations militaires et policières britanniques, les bureaux du gouvernement et les navires, souvent avec des bombes. Ils ont également saboté les chemins de fer, les ponts et les installations pétrolières.

Des dizaines de cibles économiques ont été attaquées, dont 20 trains endommagés ou faits dérailler, et cinq stations ferroviaires. De nombreuses attaques ont été menées contre l’industrie pétrolière, dont une, en mars 1947, sur une raffinerie de la Shell à Haifa qui a détruit quelque 16 000 tonnes de pétrole.

Des terroristes sionistes ont tué des soldats britanniques dans toute la Palestine, en utilisant tout type de pièges, des embuscades, des tireurs d’élite et des véhicules bourrés d’explosifs.

Une attaque, en particulier, résume le terrorisme de ceux qui – sans aucun support dans le droit international – n’ont vu aucune limitation à leurs efforts pour « libérer » un terrain sur lequel ils avaient en grande partie récemment émigré.

En 1947, l’Irgun a enlevé deux sous-officiers du Corps d’intelligence de l’armée britannique et menacé de les pendre si la condamnation à mort de trois de ses membres était maintenus. Lorsque les trois membres de l’Irgun ont été exécutés par pendaison, les deux sergents britanniques ont été pendus en représailles, et leurs corps remplis d’explosifs ont été laissés dans un bosquet d’eucalyptus.

En annonçant leur exécution, l’Irgun a déclaré que les deux soldats britanniques avaient été pendus après leur condamnation pour « activités criminelles anti-hébraïques » qui comprenaient : l’entrée illégale dans la patrie hébraïque et l’appartenance à une organisation terroriste criminelle britannique – connue sous le nom d’armée d’occupation – qui était « responsable de la torture, du meurtre, de la déportation et du refus du droit à la vie pour le peuple hébreu ». Les soldats ont également été accusés de possession illégale d’armes, d’espionnage anti-juif en civil et de projets hostiles prémédités contre les forces clandestines.

Bien au-delà des limites territoriales de la Palestine, à la fin des années 1946-1947, une campagne continue de terrorisme a visé les Britanniques. Des actes de sabotage ont été effectués sur les routes de transport militaires britanniques en Allemagne. Le Lehi a également essayé, sans succès, de lancer une bombe sur la Chambre des communes à partir d’un avion affrété en provenance de France et, en octobre 1946, il a attaqué à la bombe l’ambassade britannique à Rome.

Un certain nombre d’autres engins explosifs ont été désamorcés dans et autour des cibles stratégiques à Londres. Quelque 21 lettres piégées ont été adressées, à plusieurs reprises, à des personnalités politiques britanniques de premier plan. Beaucoup de ces missives ont été interceptées, tandis que d’autres ont atteint leurs destinataires mais en étant identifiées comme tel avant qu’elles n’explosent.

Le prix élevé de l’autodétermination

L’autodétermination est une voie difficile et coûteuse pour les occupés. En Palestine, quelle que soit l’arme choisie – qu’il s’agisse de la parole, du stylo ou de l’arme à feu – il y a un prix très lourd à payer pour son utilisation.

Aujourd’hui, « dire la vérité face au pouvoir » est devenu un incantation magique de résistance populaire dans les cercles et les sociétés néolibérales. En Palestine, cependant, pour les occupés et les opprimés, c’est un chemin absolument sûr vers la prison ou la mort. Pourtant, pour des générations de Palestiniens dépouillés du moindre souffle d’air pouvant évoquer un sentiment de liberté, l’histoire enseigne qu’il n’y a tout simplement aucun autre choix.

Le silence est une capitulation. Se taire, c’est trahir tous ceux qui sont venus avant et tous ceux qui viendront après.

Pour ceux qui n’ont jamais ressenti le joug constant de l’oppression, ni l’ont vu de près, c’est une vision au-delà de la raison. L’occupation est lourde pour l’occupé, chaque jour, de toutes les manières, en limitant ce que vous êtes et ce que vous pouvez oser devenir.

La présence constante des barrages militaires, des armes à feu, des ordres, de la prison et de la mort sont des compagnons de voyage pour les occupés, que ce soit des nourrissons, des adolescents au printemps de la vie, des personnes âgées ou ceux piégés dans des limites artificielles de frontières sur lesquelles ils n’ont aucun contrôle.

Aux familles des deux policiers druzes israéliens qui ont perdu la vie en essayant de contrôler un lieu qui ne leur appartenait pas, je transmets mes condoléances. Ces jeunes hommes, cependant, n’ont pas été perdus pour le bien d’une « résistance », mais volontairement sacrifiés pour une vicieuse occupation qui n’a aucune légitimité.

En fin de compte, s’il y a un deuil, ce doit être pour les 11 millions d’occupés, en Palestine ou à l’extérieur, en tant que réfugiés apatrides, dépouillés d’une voix et de la moindre chance dans la vie, alors que le monde présente des excuses motivées en grande partie par les paquets cadeaux en retour qui portent l’étoile de David.

Il n’y a pas un jour sans que la gargouille sioniste ne surplombe un nourrisson palestinien enveloppé dans un linceul funèbre, privé de vie parce que l’électricité ou la liberté de mouvement sont devenus un privilège pervers qui soumet des millions d’otages aux caprices politiques de quelques-uns. Qu’ils soient israéliens, égyptiens, ou qu’il s’agisse de ceux qui osent se prétendre la direction politique palestinienne, la responsabilité des infanticides à Gaza est la leur, et à eux seuls.

« S’il n’y a pas de lutte, il n’y a pas de progrès »

Les trois jeunes hommes, cousins, qui ont volontairement sacrifié leur vie dans l’attaque contre les deux officiers israéliens à Jérusalem, ne l’ont pas fait comme un geste sans signification né du désespoir, mais plutôt comme une déclaration personnelle de leur fierté nationale, dans la lignée de beaucoup d’autres qui avaient compris que le prix de la liberté peut parfois signifier tout perdre.

Pendant 70 ans, il n’y a pas eu un jour sans la mort de jeunes femmes et hommes palestiniens qui, tragiquement, ont trouvé plus de dignité et de liberté dans le martyre que dans une vie soumise et passive contrôlée par ceux qui ont osé définir les paramètres de ce que serait leur vie.

Des millions d’entre nous dans le monde entier rêvons d’un meilleur temps et d’un meilleur lieu pour les Palestiniens … [pour qu’ils soient] libres de déployer leurs ailes, de se lever, de découvrir qui ils sont et ce qu’ils souhaitent devenir. Jusque-là, je ne pleurerai pas la perte de ceux qui arrêtent leur vol. Au lieu de cela, j’applaudis ceux qui osent lutter, osent gagner par tous les moyens nécessaires.

Il n’y a pas de magie à la résistance et à la lutte. Celles-ci transcendent le temps et le lieu et tirent leur sens et leur ardeur dans l’inclinaison naturelle qui nous conduit tous à vouloir être libres – libres de déterminer le déroulement de nos propres vies.

En Palestine, il n’existe pas une telle liberté. En Palestine, le droit international reconnaît les droits fondamentaux à l’autodétermination, à la liberté et à l’indépendance des occupés. En Palestine, cela inclut le droit à la lutte armée, si nécessaire.

Il y a longtemps, le célèbre abolitionniste Frederick Douglass, lui-même ancien esclave, écrivait sur ce qu’est la lutte. Ces mots ne résonnent pas moins aujourd’hui, en Palestine, qu’ils ne l’ont fait il y a 150 ans au cœur des plantations du sud des États-Unis :

« S’il n’y a pas de lutte, il n’y a pas de progrès. Ceux qui professent vouloir la liberté, et pourtant critiquent l’action, sont des hommes qui veulent des récoltes sans labourer le sol. Ils veulent de la pluie sans tonnerre et sans foudre. Ils veulent l’océan sans la peur du rugissement de ses eaux immenses. Cette lutte peut être morale, ou elle peut être physique, ou être à la fois morale et physique, mais elle doit être une lutte. Le pouvoir ne concède rien sans une exigence. Il ne l’a jamais fait et ne le fera jamais. »

Stanley L. Cohen

Stanley L Cohen est un avocat et militant des droits de l’homme, spécialisé sur le Moyen-Orient et l’Afrique.



20 juillet 2017 – Al Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

 

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Quatre questions au Ministre de la santé de Gaza

Quatre questions au Ministre de la santé de Gaza

Le docteur Bassem Naïm a repris la fonction de Ministre de la santé qu'il occupait déjà il y a dix ans à Gaza. L'occasion de faire un bilan et aussi de pousser un cri d'alarme. Il est interrogé le 9 juillet 2017.

Christophe Oberlin *: Pouvez-vous vous présenter ?

Bassem Naïm : J’ai 55 ans. Après des études de médecine en Allemagne débutées en 1982, j’ai été diplômé en chirurgie générale en Jordanie puis chirurgien à Gaza pendant dix ans, de 1996 à 2006, puis Ministre de la santé de 2006 à 2012. J’ai ensuite été pendant deux ans et demi Conseiller pour les affaires internationales. J’ai quitté le gouvernement lorsque s’est constitué un gouvernement d’union nationale. Depuis mars 2017 je suis à nouveau en charge de la santé, des affaires sociales et de l’environnement.  

Si vous comparez le niveau de la santé publique lorsque vous étiez ministre il y a 10 ans et maintenant quels sont les points noirs et les aspects positifs ?

Le point négatif le plus important est lié au siège. En principe nous avons un bon système de santé dont la mise en place a couté des milliards de dollars, infrastructure, formation des médecins et du personnel paramédical, formation continue… Nous avons aussi un personnel très impliqué qui aime son métier, au service de la famille et de la population. Il y a dix ans, sans l’investissement de son personnel le secteur santé aurait implosé. Mais à cause du siège, le résultat n’atteint pas ce que nous attendons.  Nous avons néanmoins été capables d’envoyer plus de 150 médecins compléter leur formation en Égypte, en Jordanie, au Qatar, en Turquie, au Soudan et certains aussi en Europe. Ils sont revenus et ceci a eu un impact très positif. Nous avons aussi été très fortement soutenu par la venue régulière d’une expertise étrangère dans le cadre de services très spécifiques. Et ceci a été l’occasion d’un grand progrès : cardiologie, chirurgie cardiaque, urologie, chirurgie des nerfs périphériques. Nous avons aussi beaucoup progressé dans la collecte des données et dans leur analyse, dans le système d’évaluation. Nous avons aussi fait de grands progrès dans la transparence des financements et le contrôle de la corruption.  

Malgré le siège nous avons été capables d’augmenter le nombre de lits d’hospitalisation, le nombre de membres du personnel, le nombre et la qualité des services, l’offre de soins en général. En 2006 je crois que nous n’avions qu’un seul scanner aujourd’hui nous en avons plusieurs dizaines, des I.R.M. le cathétérisme cardiaque etc. La chose la plus importante, nous avons été capables de maintenir le système de santé primaire. La couverture vaccinale, par exemple, est de de 99,6 %, comparable à celle de certains pays européens.  

On sait que Ramallah approvisionne Gaza par des donations régulières de médicaments, de matériel à usage unique, d’équipements etc. Constatez-vous aujourd’hui des modifications ?

L’Autorité Palestinienne avant 2006 était basée à Gaza, elle est maintenant à Ramallah et responsable de la totalité du territoire palestinien. Avant 2006 l’Autorité Palestinienne fournissait tout ce qui était nécessaire au système de santé, y compris le personnel, dans une proportion de 40 % pour Gaza et 60 % pour la Cisjordanie. À partir de 2006 elle a restreint progressivement les relations avec Gaza. Ainsi à partir de 2007 aucun nouvel employé n’a été recruté par l’intermédiaire de Ramallah. Ils ont payé beaucoup d’entre eux à condition qu’ils quittent leur travail et restent à la maison. Et nous parlons ici de milliers de fonctionnaires de l’administration et en particulier du secteur de santé. Ils touchent leur salaire maintenant depuis plus de 10 ans sans travailler. Plus récemment, depuis le début 2017 une action très agressive a été entreprise à l’encontre de Gaza. L’approvisionnement de Gaza en fioul nécessaire à l’unique centrale de production d’électricité a été stoppé. Gaza n’a plus que trois à quatre heures d’électricité par jour.

Les dotations ont été réduites dans tous les secteurs, incluant les médicaments, le matériel jetable, et même le lait pour les nouveau-nés ! L’interruption est totale depuis le début du mois de mars. À cause de ces restrictions des milliers de patients doivent être transférées en Cisjordanie, à Jérusalem, en Israël parfois, en Égypte, pour être traités. Nous envoyons ordinairement les demandes de transfert à Ramallah pour accord de financement. Et ensuite nous envoyons la demande aux Israéliens pour l’accord de leurs services de sécurité. Habituellement cela prenait du temps, des semaines avant d’avoir le permis israélien. Beaucoup de patients sont morts en attendant ce permis. Aujourd’hui même nous ne recevons plus aucun accord financier de Ramallah et nous avons plus de 2500 patients en attente. Nous avons documenté le décès de douzaines de patients en attente, y compris des enfants, des patients atteints de cancer. Au cours de ces derniers jours Ramallah a décidé d’envoyer des milliers d’employés du secteur de l’éducation et de la santé en retraite anticipée. Hier il y a eu un nouveau paquet de 6145 mises en retraite anticipée dans les deux secteurs de la santé et de l’éducation. Nous parlons ici des employés qui reçoivent leur salaire de Ramallah, dépendant du ministère de la santé il y en a 3500. Toute personne qui a plus de 50 ans, ou a travaillé plus de 20 ans : ils envoient en retraite des gens relativement jeunes, 45 ans parfois, les plus expérimentés des médecins, des infirmières et des techniciens. Ils sont menacés : s’ils continuent à travailler leur revenu sera coupé complètement.

Pendant la guerre de 2014 vous avez envoyé un appel depuis Gaza à la suite de l’attaque de l’hôpital de rééducation el Wafa qui a finalement été complètement détruit par les bombardements.  Quelle est la situation aujourd’hui, l’hôpital a-t-il été reconstruit, qu’en est-il du personnel, des médecins des kinésithérapeutes et finalement des patients ?

Cet hôpital était le seul hôpital spécialisé en rééducation de la bande de Gaza. Les patients étaient des victimes de guerre, des blessés crâniens ou médullaires. C’était l’un des meilleurs hôpitaux de la région, qui répondait à un besoin très important.  Cet hôpital a été détruit en 2014 en dépit de tous les appels, de toutes les interventions comme celle de la Croix-Rouge Internationale. Maintenant nous avons loué un petit bâtiment dans le centre de Gaza mais avec une capacité réduite et des services limités. L’Hôpital el Wafa avait fait l’objet de millions de dollars d’investissements, non seulement dans l’équipement, le matériel, des piscines de rééducation, différentes pièces pour différents types de rééducation. Ce que nous avons aujourd’hui est beaucoup plus simple, une rééducation courante, avec un personnel limité. La possibilité d’y placer des patients a été réduite car le coût de cette structure, privée, est élevé. Il y avait par le passé une importante aide humanitaire en provenance des pays arabes et d’autres pays étrangers, qui a chuté de manière dramatique.   Aucun des patients n’est en mesure de payer son hospitalisation, environ 100 $ par jour. Ce n’est à la portée d’aucun habitant de Gaza, même relativement riche. Les durées d’hospitalisation sont souvent longues : un mois, six mois, voire davantage. Ce n’est pas facile pour les familles de prendre certains patients très lourds à la maison. C’est un dilemme, même pour moi comme Ministre de la santé. Que faire ? Ils ne peuvent pas être renvoyés à la maison et nous ne pourrons pas payer pendant des années.  J’espère que nous allons pouvoir trouver des donateurs ou des fondations qui pourraient soutenir l’hôpital el Wafa et lui redonner le rôle qu’il a tenu par le passé.

* Chirurgien opérant à Gaza trois fois par an depuis 2001

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24 juillet 2017

Shlomo Sand sur antisémitisme et antisionisme

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L’historien israélien Shlomo Sand interpelle Emmanuel Macron sur son discours, tenu en présence de Benjamin Netanyahou, pour la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv : « L’ancien étudiant en philosophie, l’assistant de Paul Ricœur a-t-il si peu lu de livres d’histoire, au point d’ignorer que nombre de juifs, ou de descendants de filiation juive se sont toujours opposés au sionisme sans, pour autant, être antisémites ? »

En commençant à lire votre discours sur la commémoration de la rafle du Vel’d’hiv, j’ai éprouvé de la reconnaissance envers vous. En effet, au regard d’une longue tradition de dirigeants politiques, de droite, comme de gauche, qui, au passé et au présent, se sont défaussés quant à la participation et à la responsabilité de la France dans la déportation des personnes d’origine juive vers les camps de la mort, vous avez pris une position claire et dénuée d’ambiguïté : oui la France est responsable de la déportation, oui il y a bien eu un antisémitisme, en France, avant et après la seconde guerre mondiale. Oui, il faut continuer à combattre toutes les formes de racisme. J’ai vu ces positions comme étant en continuité avec votre courageuse déclaration faite en Algérie, selon laquelle le colonialisme constitue un crime contre l’humanité.

Pour être tout à fait franc, j’ai été plutôt agacé par le fait que vous ayez invité Benjamin Netanyahou, qui est incontestablement à ranger dans la catégorie des oppresseurs, et ne saurait donc s’afficher en représentant des victimes d’hier. Certes, je connais depuis longtemps l’impossibilité de séparer la mémoire de la politique. Peut-être déployez-vous une stratégie sophistiquée, encore non révélée, visant à contribuer à la réalisation d’un compromis équitable, au Proche-Orient ?

J’ai cessé de vous comprendre lorsqu’au cours de votre discours, vous avez déclaré que :

« L’antisionisme… est la forme réinventée de l’antisémitisme ». Cette déclaration avait-elle pour but de complaire à votre invité, ou bien est-ce purement et simplement une marque d’inculture politique ? L’ancien étudiant en philosophie, l’assistant de Paul Ricœur a-t-il si peu lu de livres d’histoire, au point d’ignorer que nombre de juifs, ou de descendants de filiation juive se sont toujours opposés au sionisme sans, pour autant, être antisémites ? Je fais ici référence à presque tous les anciens grands rabbins, mais aussi, aux prises de position d’une partie du judaïsme orthodoxe contemporain. J’ai également en mémoire des personnalités telles Marek Edelman, l’un des dirigeants rescapé de l’insurrection du ghetto de Varsovie, ou encore les communistes d’origine juive, résistants du groupe Manouchian, qui ont péri. Je pense aussi à mon ami et professeur : Pierre Vidal-Naquet, et à d’autres grands historiens ou sociologues comme Eric Hobsbawm et Maxime Rodinson dont les écrits et le souvenir me sont chers, ou encore à Edgar Morin. Enfin, je me demande si, sincèrement, vous attendez des Palestiniens qu’ils ne soient pas antisionistes !

Je suppose, toutefois, que vous n’appréciez pas particulièrement les gens de gauche, ni, peut-être, les Palestiniens ; aussi, sachant que vous avez travaillé à la banque Rothschild, je livre ici une citation de Nathan Rothschild, président de l’union des synagogues en Grande-Bretagne, et premier juif à avoir été nommé Lord au Royaume Uni, dont il devint également la gouverneur de la banque. Dans une lettre adressée, en 1903, à Théodore Herzl, le talentueux banquier écrit : « Je vous le dis en toute franchise : je tremble à l’idée de la fondation d’une colonie juive au plein sens du terme. Une telle colonie deviendrait un ghetto, avec tous les préjugés d’un ghetto. Un petit, tout petit, Etat juif, dévot et non libéral, qui rejettera le Chrétien et l’étranger. » Rothschild s’est, peut-être, trompé dans sa prophétie, mais une chose est sûre, cependant : il n’était pas antisémite !

Il y a eu, et il y a, bien sûr, des antisionistes qui sont aussi des antisémites, mais je suis également certain que l’on trouve des antisémites parmi les thuriféraires du sionisme. Je puis aussi vous assurer que nombre de sionistes sont des racistes dont la structure mentale ne diffère pas de celle de parfaits judéophobes : ils recherchent sans relâche un ADN juif (ce, jusqu’à l’université où j’enseigne).

Pour clarifier ce qu’est un point de vue antisioniste, il importe, cependant, de commencer par convenir de la définition, ou, à tout le moins, d’une série de caractéristiques du concept : « sionisme » ; ce à quoi, je vais m’employer le plus brièvement possible.

Tout d’abord, le sionisme n’est pas le judaïsme, contre lequel il constitue même une révolte radicale. Tout au long des siècles, les juifs pieux ont nourri une profonde ferveur envers leur terre sainte, plus particulièrement pour Jérusalem, mais ils s’en sont tenus au précepte talmudique qui leur intimait de ne pas y émigrer collectivement, avant la venue du Messie. En effet, la terre n’appartient pas aux juifs mais à Dieu. Dieu a donné et Dieu a repris, et lorsqu’il le voudra, il enverra le Messie pour restituer. Quand le sionisme est apparu, il a enlevé de son siège le « Tout Puissant », pour lui substituer le sujet humain actif.

Chacun de nous peut se prononcer sur le point de savoir si le projet de créer un Etat juif exclusif sur un morceau de territoire ultra-majoritairement peuplé d’Arabes, est une idée morale. En 1917, la Palestine comptait 700.000 musulmans et chrétiens arabes et environ 60.000 juifs dont la moitié étaient opposés au sionisme. Jusqu’alors, les masses du peuple yiddish, voulant fuir les pogroms de l’empire Russe, avaient préféré émigrer vers le continent américain, que deux millions atteignirent effectivement, échappant ainsi aux persécutions nazies (et à celles du régime de Vichy).

En 1948, il y avait en Palestine : 650 000 juifs et 1,3 million de musulmans et chrétiens arabes dont 700.000 devinrent des réfugiés : c’est sur ces bases démographiques qu’est né l’Etat d’Israël. Malgré cela, et dans le contexte de l’extermination des juifs d’Europe, nombre d’antisionistes sont parvenus à la conclusion que si l’on ne veut pas créer de nouvelles tragédies, il convient de considérer l’Etat d’Israël comme un fait accompli irréversible. Un enfant né d’un viol a bien le droit de vivre, mais que se passe-t-il si cet enfant marche sur les traces de son père ?

Et vint l’année 1967 : depuis lors Israël règne sur 5,5 millions de Palestiniens, privés de droits civiques, politiques et sociaux. Ils sont assujettis par Israël à un contrôle militaire : pour une partie d’entre eux, dans une sorte de « réserve d’Indiens » en Cisjordanie, tandis que d’autres sont enfermés dans un « réserve de barbelés » à Gaza (70% de ceux-ci sont des réfugiés ou des descendants de réfugiés). Israël, qui ne cesse de proclamer son désir de paix, considère les territoires conquis en 1967 comme faisant intégralement partie de « la terre d’Israël », et s’y comporte selon son bon vouloir : jusqu’à présent, 600 000 colons israéliens juifs y ont été installés….et cela n’est pas terminé !

Est-cela le sionisme d’aujourd’hui ? Non ! Répondront mes amis de la gauche sioniste qui ne cesse de se rétrécir, et ils diront qu’il faut mettre fin à la dynamique de la colonisation sioniste, qu’un petit Etat palestinien étroit doit être constitué à côté de l’Etat d’Israël, que l’objectif du sionisme était de fonder un Etat où les juifs exerceront la souveraineté sur eux-mêmes, et non pas de conquérir dans sa totalité « l’antique patrie ». Et le plus dangereux dans tout cela, à leurs yeux : l’annexion des territoires occupé constitue une menace pour Israël en tant qu’Etat juif.

Voici précisément le moment de vous expliquer pourquoi je vous écris, et pourquoi, je me définis comme non-sioniste, ou antisioniste, sans pour autant devenir antijuif. Votre parti politique inscrit, dans son intitulé : « La République », c’est pourquoi je présume que vous êtes un fervent républicain. Et dussé-je vous étonner : c’est aussi mon cas. Donc, étant démocrate et républicain, je ne puis, comme le font sans exception tous les sionistes, de droite comme de gauche, soutenir un Etat juif. Le Ministère de l’Intérieur israélien recense 75% de ses citoyens comme juifs, 21% comme musulmans et chrétiens arabes et 4% comme « autres » (sic). Or, selon l’esprit de ses lois, Israël n’appartient pas à l’ensemble des Israéliens, mais aux juifs du monde entier qui n’ont pas l’intention de venir y vivre. Ainsi, par exemple, Israël appartient beaucoup plus à Bernard Henry-Lévy et à Alain Finkielkraut qu’à mes étudiants palestino-israéliens qui s’expriment en hébreu, parfois mieux que moi-même ! Israël espère aussi qu’un jour viendra où tous les gens du CRIF, et leurs « supporters » y émigreront ! Je connais même des français antisémites que cette perspective enchante ! En revanche, on a pu entendre deux ministres israéliens, proches de Benjamin Nétanyahou, émettre l’idée selon laquelle il faut encourager le « transfert » des Israéliens arabes, sans que personne n’ait émis la demande qu’ils démissionnent de leurs fonctions.

Voilà pourquoi, Monsieur le Président, je ne peux pas être sioniste. Je suis un citoyen désireux que l’Etat dans lequel il vit soit une République israélienne, et non pas un Etat communautaire juif. Descendant de juifs qui ont tant souffert de discriminations, je ne veux pas vivre dans un Etat, qui, par son autodéfinition, fait de moi un citoyen doté de privilèges. A votre avis, Monsieur le Président : cela fait-il de moi un antisémite ?

Shlomo Sand, historien israélien
(Traduit de l’hébreu par Michel Bilis)

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12 ans de BDS

Global BDS Movement
9 Juillet 2017

Comité BDS national palestinien ( Palestinian BDS National Committee )

Le 9 Juillet 2017 marque la douzième année du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS). Cela fait 12 ans qu’une coalition aussi large que diversifiée à travers la société palestinienne a surmonté d’incroyables obstacles pour s’unir autour de trois droits fondamentaux palestiniens et sur un chemin de lutte non-violente, inclusive et antiraciste pour les atteindre. Malgré la fragmentation, l’occupation militaire, la ségrégation et la dépossession, nous nous sommes réunis pour affirmer le droit de notre peuple à la liberté, la justice, l’égalité et à la dignité.

L’appel au BDS de 2005 incarne un soutien massif palestinien pour exiger la fin de l’occupation militaire israélienne et le démantèlement de son mur illégal, la fin de son système institutionnalisé et légalisé de discrimination raciale, qui correspond à la définition d’apartheid selon l’ONU, et le droit des réfugiés à retourner sur leur terre, comme stipulé dans le droit international.

Inspirés par le mouvement anti apartheid sud africain et le mouvement des droits civiques américain, des groupes représentant tous les Palestiniens en appellent aux personnes de conscience à travers le monde à adopter ces moyens de pressions en soutien à la lutte pour nos droits. Le BDS demande le boycott et des initiatives de désinvestissement dans les milieux académique, culturel, économique et sportif et à faire pression sur les états afin qu’ils prennent des sanctions significatives contre Israël jusqu’à ce qu’il remplisse pleinement ses obligations devant le droit international.

Vous ne nous avez pas laissé tomber.

BDS fête ses 12 ans cette semaine et voici 12 nouvelles qui montrent l’impact grandissant de notre mouvement en 2017 :

1. Un rapport de l’ONU a établit qu’Israël impose un système d’apartheid sur la totalité du peuple palestinien et appelle à des mesures de BDS pour mettre fin à ce régime d’apartheid.

2. L’église Mennonite aux USA vient de voter à 98% pour un désinvestissement des entreprises qui tirent profit de l’occupation israélienne. Cela fait suite à l’adoption de pratiques similaires ces dernières années par plusieurs églises protestantes, dont l’Église Presbytérienne, l’Église Unie du Christ et l’Église Méthodiste Unie. La résolution des Mennonites encourage aussi les membres de l’église à boycotter les produits venant des colonies israéliennes illégales construites sur des terres volées aux Palestiniens.

3. Une victoire du droit au boycott : le parlement espagnol a affirmé que le droit de soutenir les droits des Palestiniens par le BDS est protégé par la liberté d’expression et d’association. Le gouvernement du Royaume Uni a perdu son procès contre Palestine Solidarity Campaign et ses alliés dans une décision affirmant l’interdiction pour le gouvernement de restreindre le droit des autorités locales à se désengager de sociétés complices des violations par Israël des droits humains des Palestiniens. Le parlement suisse a stoppé les tentatives du lobby israélien de criminaliser le soutien au BDS.

4. La plus grande fédération syndicale de Norvège, représentant près d’un million de travailleurs, a adopté un boycott complet d’Israël afin d’obtenir les droits des Palestiniens selon le droit international.

5. Le syndicat des médecins libanais ne travaille plus avec G4S, la plus grande entreprise de sécurité au monde, à la suite d’une campagne menée par des militants de boycott au Liban, préoccupés par la complicité  de la société dans les violations israéliennes des droits humains palestiniens.

G4S a également essuyé ses premières pertes en Équateur, où un institut de recherche ne renouvela pas son contrat avec l’entreprise à la suite d’une campagne BDS. La direction d’une  compagnie californienne de transports  ne renouvela pas son contrat avec G4S après qu’une coalition pour les droits humains et du travail, dont des militants BDS, mirent en lumière le rôle de la société dans des violations des droits humains en Palestine et aux États-Unis.

Ces avancées font suite à de nombreuses victoires du BDS dans les années passées contre G4S en Jordanie, Colombie, Finlande, Royaume Uni, Afrique du Sud, au Parlement Européen, parmi d’autres pays et institutions, qui ont forcé la société à vendre la plupart de ses marchés israéliens illégaux.

6. Le plus important opérateur de transports publics d’Israël a perdu un contrat de 190 millions d’euros pour la gestion des transports publics en Hollande.

7. Le conseil municipal de la ville de Barcelone a adopté un guide des pratiques éthiques qui exclue les entreprises impliquées dans l’occupation militaire israélienne. Dans les années passées, des dizaines de conseils municipaux en Espagne se sont déclarés  “zones libres de l’apartheid israélien.”

8. Une coalition palestinienne d’organisations chrétiennes  appelé le Conseil Mondial des Eglises à soutenir le mouvement BDS pour les droits humains palestiniens.

9. Une vague de boycotts a touché le festival international du film LGBT de Tel Aviv : des artistes du monde entier ont respecté la ligne du boycott culturel palestinien. Un réalisateur primé Sud-africain, dont le film avait été programmé pour faire l’ouverture du festival, figurait parmi les artistes qui annulèrent leur participation au festival.

10. Deux universités chiliennes annulèrent des évènements sponsorisés par l’ambassade israélienne, et des conseils d’étudiants dans plusieurs universités des États-Unis et d’ailleurs ont voté diverses mesures BDS.

11. Le gouvernement israélien a subi un revers embarrassant après que six joueurs de la Ligue National de Football (NFL) des États-Unis sur onze refusèrent un voyage de propagande tous frais payés, organisé pour améliorer l’image terni d’Israël.

12. Les campagnes de BDS prennent de l’ampleur parmi les citoyens palestiniens d’Israël. En coordination avec les partenaires BDS en Corée du Sud, le Comité BDS des Citoyens Palestiniens d’Israël (BDS48) a lancé une campagne pour boycotter et se désengager de Hyundai Heavy Industries (HHI) jusqu’à ce que la société mette fin à sa complicité dans les violations israéliennes des droits humains palestiniens, particulièrement à Jérusalem et dans le Naqab (Néguev).

Traduction: LG pour BDS France

Source: Comité National Palestien

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18 juin 2017

Déclaration de Georges Ibrahim Abdallah – 17 juin 2017

Déclaration à l'occasion de la manifestation à Paris du 17 juin 2017

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Cher«e»s Camarades, Cher«e»s ami«e»s,

En cette « journée internationale des prisonniers révolutionnaires » ils sont nombreux, très nombreux de par le monde, ceux et celles qui résistent derrière les abominables murs. Souvent dans des conditions particulièrement difficiles, ils arrivent à tenir debout, en dépit de tant d’années de captivité. Certainement la situation aurait été terriblement différente s’ils ne pouvaient pas compter sur la mobilisation solidaire qui permet d’inscrire leur résistance dans la dynamique globale de la lutte en cours.

Cher«e»s Camarades, Cher«e»s ami«e»s, au lendemain de vos diverses initiatives solidaires qui ont accompagné la grève de la faim de nos camarades embastillés dans les geôles sionistes, votre rassemblement aujourd’hui m’apporte beaucoup de force et d’enthousiasme. 

Force est de constater Camarades, qu’à peine les forces d’occupation sioniste ont accepté de satisfaire quelques revendications basiques, les impérialistes de tous bords et leurs affidés réactionnaires arabes ont commencé à mettre tout en œuvre afin de casser l’unité réalisée durant la grève. Les fuites orchestrées ces derniers jours laissent supposer que l’on va essayer de traiter différemment les familles des prisonniers. Ce ne sont que des fuites orchestrées pour le moment.  En attendant la suite, il est de notre devoir, Camarades, de rester vigilants et de dénoncer toute politique de différenciation entre les prisonniers palestiniens ainsi que le traitement de leurs familles. Et peu importe quelle prétendue autorité nationale se chargera de cette sale besogne.

Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur de ces Fleurs et lionceaux embastillés afin que leurs geôliers sionistes comprennent qu’ils ne seront jamais seuls ! 

Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur de la Palestine et sa prometteuse Intifada ! 

La solidarité, toute la solidarité avec les résistants dans les geôles sionistes, et dans les cellules d’isolement au Maroc, en Turquie, aux Philippines et ailleurs de par le monde ! 

La solidarité, toute la solidarité avec les camarades révolutionnaires résistants dans les geôles en Grèce ! 

La solidarité, toute la solidarité avec les jeunes prolétaires des quartiers populaires !  

Le capitalisme n’est plus que barbarie, honneur à tous ceux et celles qui s’y opposent dans la diversité de leurs expressions ! 

Ensemble Camarades, et ce n’est qu’ensemble que nous vaincrons ! 

À vous tous Camarades et ami«e»s mes plus chaleureuses salutations révolutionnaires. 

Votre camarade Georges Abdallah

 

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17 juin 2017

Solidarité avec Georges Ibrahim Abdallah à Bruxelles.

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Le samedi 17 juin, devant le Consulat générale de France à Bruxelles, nous sommes réunis pour porter ici à Bruxelles, les revendications de la manifestation nationale à Paris, organisée par la "Campagne unitaire pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah".

Il est nécessaire de rappeler que Georges Ibrahim Abdallah est arrêté dans le contexte de l’agression contre le Liban et les massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila, en 1982.

Aujourd'hui, 33ans après, Georges Ibrahim Abdallah est toujours en prison. Il est devenu le plus vieux prisonnier politique d'Europe.

Toutes ses demandes de libération conditionnelle, neuf au total, ont été rejetées alors qu'il est libérable depuis 1999 selon le code pénal français qui rend cette libération possible après quinze ans de détention. Les gouvernements états-uniens et celui qui occupe la Palestine s'opposent farouchement à sa libération.

Car il ne s'agit  évidement pas d'une question judiciaire mais éminemment une question politique !

Georges Ibrahim Abdallah est un prisonnier politique.

Le destin de Georges Ibrahim Abdallah est intimement lié à la Palestine et aux souffrances de son peuple.

Depuis 1967, plus de 800 000 Palestiniens ont subi l'emprisonnement à un moment de leur vie. Ceci est un des exemples les plus criants de détention massive, ayant pour objectif de briser la volonté d'un peuple tout entier. Certains de ces prisonniers ont passé plus de 30 ans dans les prisons israéliennes, établissant des records des plus longues détentions politiques à travers le monde. D'autres ont perdu leur vie en raison des mauvais traitements, ou le manque de soins médicaux.

A travers Georges Ibrahim Abdallah c'est en réalité la résistance à l’occupation sioniste de la Palestine que l'on condamne.

Le 17 avril, 1500 prisonniers palestiniens ont lancé une grève de la faim pour une série de revendications. Nous les saluons et les félicitons  pour leur victoire après 40 jours de sacrifice, de fermeté et de lutte sans fin.

Nous saluons les Prisonniers Palestiniens pour avoir obtenu leur victoire non seulement pour eux-mêmes mais aussi pour leurs familles, pour l'ensemble du peuple palestinien et pour le mouvement mondial pour la justice et la liberté.

Maintenant nous le savons, les prisonniers palestiniens ont toujours joué un rôle de premier plan, non seulement en se battant pour leur libération, mais en tant que dirigeants du mouvement de libération nationale palestinienne, organisant et luttant depuis les geôles sioniste.

Les prisonniers palestiniens ont clairement mis en lumière, par la lutte pour la Dignité et la Liberté, le pouvoir de l'unité palestinienne. Les dirigeants emprisonnés de toutes les tendances palestiniennes se sont réunis pour affronter l'occupant. Cette unité était ressentie dans la lutte, dans les rues et à l'intérieur des murs des prisons - et les effets de cette unité ont été ressenties dans la réalisation de la victoire des prisonniers.

Nous saluons les dirigeants de la Résistance Palestinienne qui ont participé à la grève de la faim : Marwan Barghouthi, dirigeant du Fatah ; le secrétaire général du Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP), Ahmad Sa'adat, les dirigeants du FPLP Kamil Abu Hanish et Ahed Abu Ghoulmeh, les prisonniers palestiniens les plus anciens Karim Younes et Nael Barghouthi, les dirigeants du Hamas Abbas Sayyed et Hasan Salameh, les dirigeants du Jihad islamique Zaid Bseiso et Anas Jaradat, le leader du FDLP Wajdi Jawdat, les anciens grévistes Mohammed al-Qeeq et Samer Issawi et des centaines d'autres dirigeants emprisonnés du peuple palestinien.

Le traitement réservé à George Ibrahim Abdallah nous rappel aussi comment nos gouvernement s’inspire des pratiques de l'état sioniste.IMG_20170617_153649

Je pense particulièrement à deux cas emblématique que sont Nizar Trabelsi et Ali Aarrass.

Nizar Trabelsi, condamné en 2003 à 10 ans de prison et extrader après avoir purgé toute sa peine aux USA en 2013.

Ali Aarrass lui a été arrêté le 1er avril 2008 dans l’enclave espagnole de Melilla et extradé deux ans plus tard vers le Maroc. Et  à l’isolement depuis bientôt 10 ans dans des conditions très dures.

Ali Aarrass âgé aujourd’hui de 55 ans, est devenu l’un des visages de la campagne mondiale d’Amnesty International contre la torture, mais le gouvernement belge ne s’en soucis pas.

Que ce soit Ali ou Nizar, on voie que leur cas n’intéresse pas les autorités belges, pire que celle-ci ont collaboré et collabore encore activement avec les gouvernements états-unien ou marocain sous prétexte de leur guerre contre le terrorisme omettant de nous dire qu’ils sont eux même les terroristes numéros un au niveau mondial.

Une pensée particulière également pour Leonard Peltier,Mumia Abu Jamal, RedFawn(militante autochtone incarcérée depuis octobre dernier) et les autres "protecteurs de l’eau" sur la réserve sioux lakota de Standing Rock luttant contre la construction de l’oléoduc DAKOTA ACCESS PIPELINE (DAPL).

En ce jour de solidarité avec Georges Ibrahim Abdallah, une pensée particulière aussi a  tous ceux qui aujourd’hui sont menacé de déchéance de nationalité en Belgique et même d’expulsion pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils ont fait.

Longue vie à Georges Ibrahim Abdallah. Que son exemple serve de référence à la génération de la relève.

Que les hommes épris de paix et de justice dans le Monde nous rejoignent dans ce combat pour la libération de tous les prisonniers politiques qu’ils soient en France, aux Etats Unis, en Belgique, en Palestine, au Maroc...

Mandela a déclaré que notre liberté serait incomplète sans la liberté du peuple palestinien.

Tahya Palestine !!

Vive le droit à la Résistance du peuple palestinien!

                                                                                                                                                         Nordine Saïdi

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Libérez Georges Abdallah (Manif Paris 17 juin 2017)

 

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Le boycott d’Israël (BDS), un devoir moral (un dossier BACBI)

Global BDS Movement

Par Herman De Ley

Ce qui a motivé en premier lieu la rédaction du texte qui suit a été la publication sur Internet du rapport de la CESAO (ONU) sur la façon dont l’État d’Israël traite le peuple palestinien.
Les deux rapporteurs, les professeurs Richard Falk et Virginia Tilley, en viennent à la conclusion que, depuis la Nakba, Israël a instauré un régime d’apartheid, tel que le droit international le définit comme deuxième crime en gravité contre l’humanité. Le rapport insiste également, à ce propos, sur l’obligation légale des autres États membres, ainsi que sur la responsabilité morale de la société civile internationale de mettre un terme à ce régime d’apartheid.

D’emblée, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres était soumis à de lourdes pressions des États-Unis, qui condamnaient le rapport en tant que « propagande anti-israélienne» et, quelques jours après la publication du document, il le faisait retirer d’Internet. De ce fait, pour le mouvement de solidarité internationale avec le peuple
palestinien, il s’agit d’attirer le plus possible une attention de tous les instants sur ce rapport académique pionnier et sur ses recommandations. Partant de nombre de considérations émanant d’un précédent dossier de BACBI (2016) traitant de la collaboration de l’Université de Gand avec le Technion israélien, j’ai tenté, par le texte que voici, de donner une suite à ce « mot d’ordre ».

Tant dans le rapport que dans d’autres publications, Richard Falk insiste sur l’importance de l’actuel mouvement international BDS dans la lutte pour le respect des droits humains du peuple palestinien. On ne peut perdre de vue ici que l’appel à un boycott international émane de la société palestinienne même. Cet appel a vu le jour en 2005 après l’échec, d’abord, de la résistance armée et, ensuite, la faillite du « processus diplomatique de paix » (bloqué dès 2000 suite au refus israélien de mettre un terme à la colonisation de la Cisjordanie).

Il s’agit ici d’un important « changement de paradigme » de la part du monde associatif palestinien face au colonisateur. Au lieu d’une confrontation inégale et désespérée avec une
superpuissance militaire et politique, inconditionnellement soutenue par une puissance mondiale, on a opté pour un « soft power », un pouvoir non violent, autrement dit, pour la
mobilisation de la société civile transnationale et la mise sur pied d’un mouvement mondial de solidarité sur base des principes du droit humanitaire international. De ce fait, le combat s’est mué en une lutte entre deux « légitimités » contradictoires : entre la légitimité de la lutte d’un peuple opprimé pour l’égalité, la justice et l’autodétermination, d’une part, et la légitimité on ne peut plus contestable, d’autre part, d’un régime s’appuyant sur l’expropriation, l’épuration ethnique et des violations quotidiennes du droit international. Les Palestiniens sont occupés à gagner cette « guerre de la légitimité » dans le monde. À l’exemple de l’Afrique du Sud, la pression extérieure du mouvement de solidarité internationale croissant doit amener finalement l’État israélien à opérer un changement de cap fondamental dans sa politique. Plus le mouvement BDS gagnera en force, plus il sera probable que ce revirement aura lieu à l’avenir. Le fait qu’il semble complètement utopique actuellement ne doit en aucun cas nous décourager. En Afrique du Sud aussi, la fin de l’apartheid semblait totalement impensable. Dans le cas des Palestiniens et des Israéliens juifs, il va devoir arriver que, sous quelque forme d’Etat que ce soit, les deux peuples finissent par coexister pacifiquement et sur un pied d’égalité.

Comme on le sait, la critique légitime de la politique palestinienne d’Israël provoque l’accusation d’antisémitisme. Quand, en outre, cette critique s’associe à un plaidoyer en
faveur du boycott, cette accusation gagne exponentiellement en virulence, comme si le droit à l’existence même de l’État d’Israël s’en trouvait remis en question. Via l’agitation, l’intimidation, voire l’agression, cela peut se traduire par une atteinte à la liberté d’expression, et cela vaut également dans les milieux académiques. Dans le dossier qui suit, je tente de façon nuancée mais réaliste d’aborder un débat souvent des plus passionnés.
L’exposé que voici est donc bel et bien « engagé ». Il refuse d’aborder la confrontation entre « Israël » et la « Palestine » comme un « conflit » entre des partenaires plus ou moins égaux, dont la responsabilité est comparable. Entre un occupant et un occupé, il existe dès le départ un déséquilibre incontournable et c’est également le cas entre la violence du premier et la résistance légitime du second. C’est pourquoi le présent dossier prend fait et cause pour l’opprimé et sa lutte pour la justice.

Enfin, ce dossier n’a pas de prétentions scientifiques, mais le profane et « amateur » intéressé peut fournir une contribution au débat de société à condition qu’il se mette à l’oeuvre « en
toute âme et conscience », à partir d’une tentative de faire progresser la vérité. À l’aide d’un large éventail de notes (quelque 170), je vais déjà essayer d’y satisfaire.

Herman De Ley.
Contact : herman.deley@gmail.com
Site web :  BACBI

"Le boycott d'Israël (BDS), un devoir moral" (BACBI-Dossier Nr 3, trad. J.-M. Flémal, pdf, 45p.): click here!

Un rapport récent d'une commission des Nations unies sur la façon dont Israël traite le peuple palestinien conclut que « le matériel de preuves disponible prouve au-delà de tout doute raisonnable qu'Israël se rend coupable (...) du crime d'apartheid ».

Télécharger le document


Publié le 17 mai 2017  sur BACBI
Traduction : Jean-Marie Flémal

La version française du rapport de Richard Falk et Virginia Telley sur l’apartheid israélien

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15 juin 2017

Georges Ibrahim Abdallah, et la perpétuité réelle en France

De Bruxelles à Paris, Solidarité avec George Ibrahim Abdallah

Rassemblement
Solidarité avec George Ibrahim Abdallah

Samedi
17 Juin 2017 de 15:00 à 16:00

Consulat général de France à Bruxelles

42 Boulevard du Régent, 1000 Bruxelles

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Georges Ibrahim Abdallah, et la perpétuité réelle en France, par Sakina Arnaud

Genèse d’un durcissement

La situation de Georges Abdallah a été récemment utilisée par le gouvernement français pour prouver qu’il n’était pas besoin de modifier la loi puisqu’avant son adoption, la perpétuité réelle pouvait exister.

Ainsi, dans le cadre d’une séance tenue le 30 mars 2016 au Sénat, le Garde des Sceaux, monsieur Jean-Jacques Urvoas, répondant aux sénateurs souhaitant qu’un amendement introduise une « perpétuité réelle sans aménagement de peine » a pris pour exemple l’incarcération sans fin de Georges Ibrahim Abdallah.

(extraits) : ”[…] Parce que la perpétuité existe déjà aujourd’hui dans les établissements carcéraux, monsieur le sénateur. Ainsi, Georges Ibrahim Abdallah a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour terrorisme au mois de février 1987. Depuis cette date, il a demandé sa libération conditionnelle à neuf reprises. Or, chaque fois – et à bon droit, de mon point de vue –, elle lui a été interdite. Depuis février 1987, il est en prison, ce qui prouve bien que la perpétuité réelle existe déjà. ” (1)

Ces échanges se tenaient alors qu’il était question de durcir les conditions de la perpétuité réelle avec une procédure d’exception pour les terroristes, avec une période de sûreté de trente ans et une limitation des possibilités d’aménagement de peine et de contournement de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme.

Les deux parlementaires, Philippe Bas et Michel Mercier, qui déposaient le projet de loi, disaient défendre un texte compatible avec les positions défendues par le Conseil Constitutionnel mais aussi par la Cour européenne des droits de l’Homme.

Toutefois, ces deux juridictions imposent une peine de sûreté maximum de 30 ans et prônent le fait que tout homme doit pouvoir espérer une sortie de détention.

Quoiqu’il en soit, le 3 juin 2016, le Journal Officiel de la République Française a introduit dans la législation une loi sans précédent, ou presque. Faisant suite aux attentats qui ont frappé la France le 13 novembre 2015 au Bataclan et au Stade de France, le projet de loi « visant à renforcer la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et à améliorer l’efficacité et les garanties de la procédure pénale » a été définitivement adopté en urgence par le Sénat le 25 mai 2016.

La perpétuité réelle existait depuis 1994 pour les auteurs de meurtre aggravé et d’assassinat commis sur mineur de moins de quinze ans ; elle fut étendue en 2011 aux assassins d’une personne dépositaire de l’autorité publique. La Cour d’Assises pouvait décider dans ces situations, la perpétuité réelle, c’est-à-dire sans libération conditionnelle, en excluant les mesures comme la suspension ou le fractionnement de la peine, le placement à l’extérieur, les permissions de sortir, la semi-liberté et la libération conditionnelle.

Conçue à l’époque comme une loi d’exception contre les auteurs de crimes sordides commis à l’encontre de jeunes enfants, elle a, à ce jour, été prononcée à seulement quatre reprises, dont une s’étant soldée par une diminution de la peine en appel. Depuis mai 2016, la loi d’exception pour « crimes odieux » a été étendue aux crimes de terrorisme (2), dans le contexte de vive émotion qu’a connu la France avec les attentats successifs commis par l’EI .

La situation de Georges Ibrahim Abdallah

La modification du code pénal par la loi du 3 juin 2016, appelle deux débats distincts :

- un sur la perpétuité réelle, son extension aux crimes de terrorisme ;

- un autre sur la situation de Georges Abdallah, utilisé par le gouvernement pour prouver qu’il n’était pas besoin de modifier la loi puisqu’avant son adoption la perpétuité réelle pouvait exister.

Rappelons que Georges Ibrahim Abdallah est condamné pour simple complicité dans des crimes bien différents puisqu’ils ont visé des personnes précises et à ce titre, ne relèvent pas du qualificatif de terroristes, suivant la définition que l’on en retient. De plus, contrairement, à ce qui a pu être dit ou écrit, à plusieurs reprises, des magistrats ont bien jugé que sa peine était purgée et qu’il était libérable.

Ce qui fait débat, ce sont bien les conditions juridiques de sa libération, sachant qu’il n’a aucun titre de séjour en France, et qu’il n’est pas prévu, semble-t-il, de mener la période de liberté conditionnelle dans un autre pays que la France, à savoir le Liban. C’est bien la condition d’un titre d’expulsion hors du territoire français qui a été cassée lors de la dernière décision de libération conditionnelle de Georges Ibrahim Abdallah.

Quelles possibilités s’offrent à Georges Ibrahim Abdallah pour sortir de sa situation ?

- Une évolution politique en France favorable à sa libération ;

- Un changement des rapports politiques dans le monde et sa libération politique comme pour Mandela ;

- Un aménagement de peine : * La libération conditionnelle expulsion (LCE) mais il faut être condamné à une ITF (interdiction du territoire français), mesure administrative qu’a refusé de mettre en œuvre le ministre de l’intérieur, Manuel Valls ; *La libération conditionnelle en France (LC) avec une interdiction du territoire français, en peine complémentaire. L’IT est suspendue le temps de la LC et automatiquement relevée à la fin de l’aménagement ; *La libération conditionnelle « retour au pays » envisageable lorsqu’il n’y a pas de mesure d’expulsion ou d’éloignement. Il faut un passeport valide et prendre en charge financièrement le transport vers le pays d’origine ; *La demande de transfèrement pour finir sa peine dans son pays d’origine. (3) La demande de Georges Ibrahim Abdallah se heurte à la procédure pénale qui ne semble pas offrir de réelle solution.

Ainsi, la Cour de cassation s’est prononcée :

« La libération conditionnelle d’un étranger condamné, qui n’est pas l’objet d’une telle mesure d’éloignement du territoire, doit répondre aux conditions de forme et de fond de droit commun, applicables à tout condamné, quelle que soit sa nationalité ».

Elle faisait droit à la demande de libération conditionnelle de Georges tout en retenant que «1 les conditions prévues par l’article 729-2 du code de procédure pénale, obligatoirement applicables à l’octroi d’une telle mesure sur ce fondement légal, n’étaient pas remplies (. . )

Dans sa suite, la chambre criminelle concluait : « La chambre criminelle fait application du même raisonnement (…), qui prévoit que, lorsque la personne a été condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité, la libération conditionnelle ne peut être accordée, lorsqu’elle n’est pas assortie d’un placement sous surveillance électronique mobile (…), l’intéressé, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité et qui n’avait pas fait l’objet d’une interdiction judiciaire du territoire français ni d’une quelconque mesure administrative d’éloignement, ne pouvait se voir accorder une libération conditionnelle sans avoir été obligatoirement préalablement soumis, à titre probatoire, à une mesure de semi-liberté ou de placement sous surveillance électronique pendant une période d’un an au moins (…), et qu’en conséquence, sa demande était irrecevable (…)1».

Pour sortir de cette impasse 

Face à ces arguties juridiques qui méconnaissent le droit à tout condamné ayant effectué sa peine de pouvoir bénéficier d’une libération, nous devons refuser que Georges Ibrahim Abdallah soit utilisé comme symbole de la « détention perpétuelle sans aménagement de peine ».

Il a déjà passé plus des trente années que la nouvelle loi prévoit pour les crimes de terrorisme de masse comme ceux que l’on a connus en 2015. Le Conseil Constitutionnel comme la Cour Européenne des Droits de l’Homme demandent que tout condamné puisse espérer une sortie de détention. Georges doit, lui aussi, pouvoir l’espérer. Les magistrats comme les politiques doivent dire comment cela est possible pour Georges, car aujourd’hui cette option est dite « irrecevable » alors que ce n’est pas la dangerosité de Georges qui est en cause.

Georges a passé plus d’années de sa vie en détention qu’en liberté. Sa 33ème année de détention est bien entamée. Quelle issue est-elle envisageable ? La détention à mort par défaut de volonté de l’oublier dans sa geôle ? Non, ce n’est pas acceptable. Georges doit pouvoir retourner auprès des siens au Liban. Beaucoup de ses proches sont décédés sans qu’il puisse les accompagner. Pour cela, il faut que les autorités judiciaires comme politiques fassent des propositions en ce sens. C’est à nous, mouvements sociaux et de défense des droits de l’Homme, de faire qu’il ne soit pas oublié et d’œuvrer pour que la décision de le libérer soit enfin prise. Ne laissons pas Georges devenir ce triste symbole de la perpétuité réelle, la perpétuité à vie en France.

Sakina Arnaud, Talence

Sources:

1 .http://www.senat.fr/seances/s201 603/s201 60330/s201 60330_mono.Html

2.La peine de réclusion criminelle à perpétuité réelle pour les auteurs de crimes de terrorisme est introduite avec l’article 421 -7 nouveau du Code pénal créé par la loi n°201 6-731 du 3 juin 2016.

3.http://www.lacimade.org/wp-content/uploads/201 5/1 2/Guidefran% C3%A7ais-vos-droits

 

Source : Libéronsgeorges.samizdat.net  

Manifestation nationale à Paris le 17 juin à 15 heures et action devant le Consulat général de France à Bruxelles au même moment . Evénément Facebook cliquez ICI

Source

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