FREE PALESTINE

14 août 2018

L'État terroriste israélien qui perd pied partout s'en prend à ses cibles habituelles...

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Inas Abu Khmash et sa fillette Bayan font partie des quatre Palestiniens tués lors des raids aériens israéliens sur Gaza.

Des centaines de personnes à Gaza ont assisté aux funérailles de Inas Abu Khmash, une femme enceinte âgée de 23 ans, et de sa fille de 18 mois, Bayan, toutes deux tuées pendant une nuit d’attaques aériennes et de tirs d’artillerie par Israël.

L’armée israélienne d’occupation a déclaré jeudi qu’elle avait frappé plus de 140 sites dans différentes parties de la bande de Gaza après que 150 roquettes aient été tirées en représailles depuis l’enclave côtière assiégée, blessant au moins six personnes en Israël [Palestine de 1948].

Les attaques ont eu lieu alors que les Nations Unies et l’Égypte voisine essayaient de conclure un accord entre Israël et le Hamas [résistance islamique], le groupe qui administre la bande de Gaza, pour une trêve durable. Plus tard ce jeudi, un responsable du Hamas aurait déclaré qu’un accord négocié par l’Égypte avait été conclu pour mettre fin à la flambée de violence.

Les attaques avaient repris plus tôt jeudi pour une deuxième journée consécutive dans un contexte de tensions croissantes.

Une scène « traumatisante »

L’une des zones touchées durant la nuit dans la ville de Gaza était Deir al-Balah, où Inas – enceinte de près de neuf mois d’une petite fille – son mari Mohammed et leur fillette Bayan vivent depuis avril 2017.

Mercredi, la famille avait décidé de dormir dans le salon sur un balcon donnant sur un petit jardin, ce qui permet à l’air frais d’entrer dans le petit appartement, surtout pendant les chaudes nuits d’été où l’électricité fait le plus souvent défaut.

Vers 2 heures du matin, deux puissantes explosions ont été entendues, ont indiqué des voisins à Al Jazeera.

« Dès que j’ai entendu, j’ai su que l’attaque visait la maison de Mohammed », a déclaré Khalid Abu Sanjar, l’un des nombreux voisins qui se sont précipités sur les lieux.

Des témoins ont déclaré que ce qu’ils avaient vu immédiatement après l’attaque était « traumatisant ». L’obus avait traversé le salon, détruisant l’extrémité avant de l’appartement de la famille.

« Il y avait du sang partout », a déclaré Abu Sanjar. « Nous avons été terriblement choqués », a-t-il ajouté.

« Nous avons vu les restes d’Inas et de Bayan, et nous avons immédiatement appelé l’ambulance et commencé à collecter les parties des corps. »

Abu Sanjar a déclaré que Mohammed « criait encore » quand les secours sont arrivés.

Selon Ashraf al-Qidra, porte-parole du ministère de la Santé à Gaza, Mohammed a subi des blessures « graves » à la tête et à d’autres parties du corps.

« Mohammed a dit avoir frappé le plafond avec sa tête et être tombé par terre à cause de l’intensité de la frappe aérienne », selon son frère, Kamal, qui s’était également précipité à la maison après avoir été informé par ses voisins.

Le jeune homme de 30 ans est soigné dans un hôpital local. Il ignore toujours le sort de sa famille…

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À l’intérieur de l’appartement détruit, il ne reste que des débris, avec des meubles endommagés et des murs éclaboussés de sang. Les jouets et les peluches sont écrasés et recouverts de gravats. Le berceau de Bayan est toujours debout. À l’intérieur, il y a une minuscule paire de chaussures.

« Ma soeur était juste en train de dormir, pourquoi a-t-elle dû mourir comme ça ? », a demandé à Al Jazeera Iman, la sœur d’Inas et de 19 ans son aînée.

Iman a déclaré que ce que sa sœur avait toujours voulu par-dessus tout était « travailler dur » pour assurer un avenir brillant à sa famille et à ses enfants.

Les deux sœurs avaient passé les dernières semaines ensemble à choisir de nouveaux vêtements de bébé dans la perspective de l’arrivée de la deuxième fille d’Inas, qui devait s’appeler Razan.

« Je ne peux pas le comprendre. Je voudrais que le soldat israélien qui a tiré sur ma sœur et ma nièce ressente la souffrance qui est à l’intérieur de moi », a déclaré Iman.

« Je veux qu’il ressente la douleur et l’agonie avec lesquelles je dois maintenant vivre », a-t-elle ajouté.

Au moins 12 Palestiniens, dont des enfants, ont été blessés dans les attaques de la même nuit, a indiqué le ministère de la Santé. Ali Youssef al Ghandour, âgé de 30 ans et membre de la branche armée du mouvement Hamas, a également été tué dans les attaques de mercredi.

L’un de ces blessés est Mohammed.

Ses frères et sœurs disent craindre pour sa vie et ne peuvent supporter l’idée de perdre un autre frère si rapidement.

Le frère de Mohammed, Kamel, âgé de 23 ans, faisait partie des 70 autres Palestiniens qui ont été abattus par les forces israéliennes le 14 mai, lors de la Marche du Grand Retour de Gaza.

Au moins 157 personnes ont été tuées par des tirs israéliens depuis le 30 mars, date à laquelle ont commencé des manifestations populaires contre le blocus naval, aérien et terrestre de Gaza, et pour le droit des Palestiniens à retourner dans leurs foyers dont ils ont été expulsés en 1948.

« Nous tentons toujours de nous remettre de la mort de mon autre frère Kamel », a déclaré la sœur de Mohammed, Faiza.

Cette femme de 40 ans a raconté que toute la famille avait partagé un repas en commun quelques heures avant l’attaque, dans la nuit de mercredi.

« Nous étions tous chez mon frère, tout allait bien quand nous sommes partis », a déclaré Faiza à Al Jazeera.

« Peut-être que nous étions censés être là comme pour un dernier adieu ».

Farah Najjar -

10.08.18

Source: Chronique de Palestine

12 août 2018

Le sionisme: la pire des abjections idéologiques

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La décadence morale du sionisme. Nous assistons à ce spectacle depuis sept décennies. Sept décennies d’une violence ininterrompue, impitoyable. Une idéologie toxique donne naissance à un Etat, toxique à la base, le peuple empoisonné par l’Etat, qui l’endoctrine, lui apprend à haïr et lui apprend à tuer sans scrupule, sans conscience.

Israël est de loin la pire expérience de peuplement colonial de l’histoire, infiniment pire que l’Algérie à son pire et bien pire que l’Afrique du Sud. Sa violence s’étend des bombardements de marchés des années 1930 aux massacres et destruction de près de 500 villages et hameaux palestiniens à la fin des années 1940.

Et ainsi de suite avec les massacres à Gaza, au Liban et en Jordanie au cours de chaque décennie qui a suivi, et les exécutions ‘ciblées’ et assassinats individuels, beaucoup d’entre eux perpétrés loin des frontières non-déclarées d’Israël.

Il n’y a pas d’exception. Presque toutes les victimes d’Israël, en fin de compte les victimes d’une idéologie tordue, sont des civils. Des immeubles d’habitation, des ambulances, et des hôpitaux ont été détruits, du personnel paramédical tué, des camps de réfugiés bombardés et des chefs de file de l’opinion palestinienne tués.

Le bilan est atroce. Le meurtre est délibéré, impitoyable, et justifié à chaque occasion par les hommes et femmes politiques et les citoyens juifs.

Lors des massacres récents le long de la clôture de Gaza au cours de « la Marche du Grand Retour » les tireurs d’élite israéliens commettaient des crimes de guerre, d’abord en tirant sur des personnes non armées et deuxièmement en utilisant des munitions interdites par le droit international, y compris des « balles papillons« , dont les ailettes se déploient à l’intérieur du corps, conçues pour causer un maximum de dégâts aux os et aux tissus.

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La blessure qui a récemment tué Yasser Abu Naja, 13ans, était horrible. Une balle explosive tirée par un tireur d’élite israélien a créé un énorme trou dans un côté de la tête du pauvre enfant. Ce meurtre effroyable d’un garçon a à peine fait l’objet d’une mention dans la presse, et n’hésitons pas à le qualifier d’assassinat pur et simple. Il n‘a pas été tué dans un 'affrontement' parce qu’il n’y avait pas d’affrontements le long de la clôture entre Gaza et Israël. Il n’avait pas d’armes et il n’y avait aucune raison de penser qu’il représente un danger pour personne, pourtant il a été mis en joue et tué.

Razan al-Najjar portait une blouse blanche avec l’insigne médical alors qu’elle s’occupait d’un blessé. Sa famille et elle-même pensaient que cela la protégerait, mais ce ne fut pas le cas. A faible distance, surtout avec un viseur télescopique, c’est comme si le tireur avait tiré sur elle à bout portant. Il voyait que sa cible était une femme, qu’elle n’était pas armée et qu’elle était infirmière, pourtant il a quand même tiré sur elle.

Quel type de personne peut faire une chose pareille et quel type d’Etat et d’idéologie produit des jeunes gens capables de faire ce genre de chose ? Quel type d’Etat peut produire Elor Azaria, qui s’est approché d’un jeune Palestinien gisant sur le sol dans un état comateux à Hébron et lui a tiré dans la tête ? Quel type d’Etat et d’idéologie peut produire des citoyens qui traitent ce meurtrier en héros ?

Nous connaissons la réponse. Un Etat malade. Un Etat fondé non sur la moralité, la justice et le droit mais sur la force brute. Un Etat fondé sur une idéologie que Moshe Menuhin, le père du grand violoniste Yehudi, a décrit comme la 'décadence' du judaïsme à notre époque. Un Etat qui n’a rien apporté sinon la violence au Moyen-Orient. Un Etat dont le coût humain inclut la destruction d’anciennes communautés juives du Yémen à l’Afrique du Nord. Un Etat qui constitue l’un des plus grands dangers pour la vie juive dans l’histoire.

De plus en plus, la sonnette d’alarme retentit pour de nombreux juifs, qui sont horrifiés de voir ce qu’est devenu Israël, ce qu’en fait il a toujours été, même s’ils ne pouvaient le voir auparavant, et se dissocient de l’Etat et de son idéologie, au nom des droits palestiniens, des droits de l’homme ordinaires et du judaïsme dont Israël a détourné les symboles.

Jusqu’à la Première guerre mondiale le sionisme était considéré comme une hérésie par les communautés juives partout dans le monde et c’est ainsi qu’il faut à nouveau le définir.

Au nom des droits des Palestiniens, au nom des droits de l’homme, au nom de la loi et de la morale et au nom de leur religion, dont les symboles ont été détournés par un Etat d’occupation brutal, il incombe aux juifs de prendre leurs distances vis à vis d’Israël. Il faut qu’ils disent que le judaïsme des colons n’est pas leur judaïsme et que la haine inscrite dans les livres saints écrits il y a des milliers d’années n’a pas sa place dans le monde moderne. Il s’agit d’une lutte pour l’âme de leur religion, ainsi qu’une lutte pour les droits des Palestiniens et les droits de l’homme.

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Au vu de ce bilan d’une violence ininterrompue, est-il possible de continuer à espérer qu’Israël puisse changer en mieux ? Être abandonné par les États-Unis, privé du soutien diplomatique états-unien et des milliards de dollars d’aide économique et militaire, pourrait l’y contraindre mais ce n’est pas à l’ordre du jour, malgré le désenchantement croissant vis-à-vis d’Israël de nombreux Américains, y compris de nombreux juifs.

A l’ère Trump, Israël a le vent en poupe. En fin de compte, l’ambassade états-unienne a été installée à Jérusalem. Nikki Haley déverse les plus odieux mensonges en soutien à Israël. Jared Kushner, le jeune prodige, tient prêt un nouvel accord de paix duquel même Mahmoud Abbas est exclu. Sa date de péremption est dépassée. Israël ne veut plus ni n’a plus besoin d’intermédiaires palestiniens. Ils ont rempli leur fonction. Les Palestiniens vont apprendre ce qu’ils vont obtenir, presque rien, à prendre ou à laisser.

Israël ne s’est jamais senti aussi confiant et capable d’imposer aux Palestiniens sa paix du tombeau, pas une paix des braves, cette envolée rhétorique vide de sens qui a masqué l’escroquerie appelée ‘processus de paix.’ La campagne BDS produit un certain effet mais pas assez pour forcer Israël à changer de cap.

Israël pense être proche de la fin de l’histoire. Netanyahu va partir, Naftali Bennett lui succédera probablement au poste de premier ministre et la majeure partie de la Cisjordanie sera annexée, et le reste non viable, que ce soit d’un point de vue social, économique ou politique, sera annexé ultérieurement.

Est-ce ainsi que cela va se terminer ? Ou assistons-nous à un fantasme typique de 'l’arrogance du pouvoir', expression utilisée par J William Fullbright, le président du Comité des Relations Internationales du Sénat des États-Unis, dans sa critique de la guerre du Vietnam ?

L’histoire procure d’innombrables exemples de ce type de fantasme dans l’esprit de ceux qui détiennent le pouvoir et qui sont incapables d’imaginer un moment à l’avenir lorsqu’ils ne l’auront plus.

La vulnérabilité d’Israël commence avec sa dépendance au soutien extérieur. Il a des accords de ‘paix’ avec la Jordanie et l’Egypte et s’évertue à se concilier les faveurs de l’Arabie Saoudite et d’autres états du Golfe, mais il n’a aucun allié régional. Et sans le soutien de la Grande-Bretagne il n’aurait jamais vu le jour.

Après que la Grande-Bretagne eut perdu son statut de puissance impériale, il s’est tourné vers les États-Unis que ses dirigeants ont traités avec le même manque de respect, voire le mépris avec lequel il traite tout le monde en privé.

En 1967 Israël a tué 34 marins américains à bord du USS Liberty. Il a espionné les E.U., volé leurs secrets et les informations dont il avait besoin pour fabriquer ses armes nucléaires, alors même qu’il réclame des États-Unis davantage d’armes et d’argent. Voici le pays que l’administration états-unienne considère comme un allié.

Oui, la relation est 'particulière' mais pour aucune des raisons avancées. C’est une relation malsaine, déséquilibrée qui a coûté cher aux États-Unis, en termes d’aide économique, de guerres dans lesquelles Israël les a propulsés et de perte de prestige partout dans le monde à chaque fois qu’ils essaient de justifier les atrocités israéliennes.

Le désenchantement aux États-Unis à l’égard d’Israël, dû en partie au coût énorme que représente pour le contribuable états-unien le soutien à un état qui viole en permanence le droit international, ne fait que croître en dépit du fait que la vérité a longtemps été étouffée par la presse écrite et les principales chaînes de télévision nationales.

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La première percée médiatique a eu lieu en 1982 lorsque la télévision par câble a couvert en direct la destruction par Israël de Beyrouth et le meurtre de milliers de civils libanais par des tirs d’artillerie, de chars et d’avions.

Sabra et Shatila, où des mercenaires israéliens ont assassiné des milliers peut-être de Palestiniens, a été le point culminant de ce chapitre particulier des horreurs.

Au cours de la 1è intifada cinq ans plus tard la télévision par câble montrait des jeunes Palestiniens combattant des soldats et chars israéliens avec des pierres et des lance-pierres. Ces moments décisifs ont été suivis de la publication par une maison d’édition prestigieuse à New York du livre de John Mearsheimer et Stephen Walt sur le lobby israélien. La hasbara (propagande - ndlr) israélienne n’a jamais réussi à regagner le terrain perdu.

Israël a des partisans irréductibles chez les chrétiens du millénaire, mais d’autres chrétiens demeurent fortement critiques. La guerre sur les campus se poursuit, mais avec un nombre croissant d’étudiants juifs prenant position contre Israël dans la bataille pour la paix et la justice. Chez les étudiants américains il ne fait aucun doute que le soutien va majoritairement aux Palestiniens.

Les États-Unis entrent maintenant dans une nouvelle phase de leur histoire, marquée par la discorde à l’intérieur et un pouvoir en déclin à l’extérieur. Les démarches récentes de Netanyahu pour s’attirer les bonnes grâces de Vladimir Poutine peuvent être vues comme une assurance en prévision de la possibilité qu’un jour les États-Unis ne seront plus disposés ou capables de procurer le soutien politique, économique et militaire qui a maintenu Israël à flot au cours des sept dernières décennies.

Parmi les facteurs qu’il faut prendre en compte il y a la capacité d’Israël à se défendre, ou plus exactement à ‘défendre’ ce qu’il a volé. Sa puissance militaire a atteint son zénith avec son coup de point meurtrier de 1967 qui a détruit l’aviation égyptienne. Elle n’est non seulement jamais revenue à ce niveau, mais elle n’a fait que décliner.

Au cours de la première semaine de la guerre de 1973, les forces israéliennes dans le Sinaï ont subi une déroute. Si Israël n’a pas perdu cette guerre, ce n’est que parce que Anwar Sadate n’avait jamais eu l’intention de la gagner et aussi grâce à la quantité massive d’armes états-uniennes envoyée par air directement sur le champ de bataille.

Les attaques du Liban en 1978 et 1982 ont été fondamentalement des assauts contre une population civile, forme de guerre dans laquelle Israël excelle. D’un point de vue logistique, l’invasion du Liban de 1982 a été une véritable pagaille, le mastodonte israélien ne réussissant à avancer que parce qu’il n’y avait guère de résistance militaire organisée.

En 2006 Israël a été chassé du Sud-Liban occupé et en 2006 quand il a entrepris de détruire le Hezbollah, il a été humilié, ses chars d’assaut Merkava indestructibles ont été détruits et ses soldats n’ont pas réussi à gagné du terrain, encore moins à le tenir. En de nombreuses occasions, seule la puissance aérienne l’a préservé de la destruction.

Il ne faut pas oublier que les troupes qui lui ont fait subir cette humiliation étaient des troupes irrégulières du Hezbollah, des combattants à temps partiel appelés au combat, et non les troupes professionnelles stationnées sur la rive nord du fleuve Litani au cas où les Israéliens oseraient le traverser, ce qu’ils n’ont pas fait.

Ce que l’armée israélienne a fait et fait avec beaucoup de succès c’est tuer des civils, en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et par milliers au cours de ses assauts génocidaires contre la Bande de Gaza. Ces épisodes sont décrits par des médias toujours sympathiques comme des ‘guerres’,ce qu’ils ne sont pas. Une guerre implique un engagement militaire entre deux ennemis globalement équivalents, de même pour l’armement, tandis qu’à Gaza, Israël est face à des civils ou des résistants légèrement armés.

Comme on pouvait s’y attendre, dans un environnement urbain aussi dense, la grande majorité des victimes d’Israël, les milliers de morts et les milliers de blessés, ont été des civils dont beaucoup d’enfants, comme ça a été le cas au Liban. La faiblesse et la lâcheté de la ‘communauté internationale’, refusant de reconnaître ces crimes de guerre pour ce qu’ils sont et de punir Israël en conséquence, n’ont fait que l’encourager à poursuivre ces pratiques.

Israël est un État garnison. Il s’est entouré de clôtures tout le long de ses frontières (non déclarées). Il possède des armes nucléaires si le pire devait arriver. Cela donne la mesure de son extrémisme de voir qu’il est prêt à prendre le risque d’en arriver là, plutôt que d’accepter une paix raisonnable, mais pour Israël, rien n’est raisonnable excepté tout pour lui, rien pour les autres.

Ceci ne laisse aucun espace entre la capitulation et la guerre. Israël le sait mais il est persuadé qu’il peut continuer à gagner des guerres contre n’importe quel ennemi ou tous. Comme toujours, il se prépare à la guerre, mais ses principaux ennemis aussi.

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Étant donné le niveau d’armement conventionnel des deux côtés, la notion de ‘victoire’ doit être nuancée. Il n’y a pas le moindre doute que dans une guerre future, avec le Hezbollah ou l’Iran, ou avec les deux, ce qui est le plus probable, Israël subira des pertes sans précédents dans son histoire. Même s’il ‘gagne’ ce sera la nature de sa ‘victoire.’

Hasan Nasrallah a fréquemment prévenu que la prochaine guerre se déroulerait en Palestine occupée, quoi qu’Israël soit capable de faire à l’extérieur. Il y a toutes les raisons de le croire sur parole. Ce n’est pas son genre de tenir des propos creux. Le Hezbollah a acquis suffisamment de missiles pour causer des ravages chez les sionistes dans toute la Palestine occupée.

Constamment menacé d’attaque militaire par les USA et Israël, l’Iran s’est vite mis à développer sa propre base de missiles défensifs et offensifs.

Le système de défense anti-missile israélien n’est pas infaillible. Il arrêtera certains missiles mais pas tous. S’il y a une tempête de missiles, beaucoup si ce n’est la plupart réussiront à passer. Israël cherchera une victoire rapide et donc mènera une guerre de destruction totale dès le départ. Dans la mesure où ils en sont capables, ses ennemis feront de même.

Le ministre des affaires étrangères israélien, Abba Eban, né Aubrey Solomon Meir Eban en Afrique du Sud, se déplaçant d’une communauté de colons blancs à une autre, aimait à dire que les Palestiniens ne perdent jamais une occasion de perdre une occasion quand, en fait, c’est Israël qui a rejeté toutes les occasions et gaspillé toutes les chances. Inexorablement, il se dirige vers la prochaine confrontation avec ses ennemis.

Jeremy Salt -

10.07.18

Source: Chronique de Palestine

10 août 2018

Israël, un État juif mais pas démocratique

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L’adoption par le Parlement israélien de la « loi sur la Nation » est une confirmation de la dérive du gouvernement d’extrême droite pour lequel le caractère juif de l’État passe avant la démocratie. Et elle marque, selon une journaliste israélienne, « la fin de la démocratie ».

Au dernier moment, juste avant la fin de la session parlementaire et le départ en vacances des députés, le Parlement israélien a voté la « loi sur la Nation », une loi constitutionnelle qui ne peut être abolie que par une majorité qualifiée. Une loi qui met la Cour suprême hors-jeu si elle envisageait de l’annuler, parce qu’elle contredirait les fondamentaux d’Israël comme « État juif et démocratique ». Cette loi s’ajoute à une autre loi, votée au cours de l’année, qui change radicalement l’équilibre entre les pouvoirs, et limite les possibilités de la Cour suprême de déclarer anticonstitutionnelle une loi votée par le Parlement (en hébreu ‘hoq ha-hitgabrut que l’on peut traduire par « loi sur la prééminence »).

Pourquoi cette urgence ? Pourquoi donner à cette loi une telle importance ? Avant de répondre à ces questions, résumons les dix articles de la loi sur la Nation :

- Israël est la patrie historique du peuple juif ;

- le symbole de l’État est le candélabre, son hymne est La Hatikvah (L’Espoir) ;

- la capitale d’Israël est le grand Jérusalem réunifié ;

- la langue officielle est l’hébreu ;

- l’État est ouvert à l’immigration juive ;

- l’État investira des moyens pour conserver ses liens avec les Juifs de l’étranger ;

- l’État encouragera la colonisation juive ;

- les calendriers officiels sont les calendriers hébreu et étranger (sic) ;

- Les journées du judéocide, du souvenir (des soldats tombés au front) et de l’indépendance sont des journées officielles ;

- le shabbat et les fêtes (juives) sont des journées chômées ;

- l’amendement de cette loi ne peut être voté que par une loi fondamentale (constitutionnelle), à une majorité de 61 députés.

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Nombreux seront ceux qui diront : quoi de neuf là-dedans ? Pourquoi s’exciter contre cette loi, puisque tout ce qui y est écrit a été l’arrière-fond de la politique d’Israël depuis 70 ans ? La loi sur la Nation ne signifierait-elle rien de nouveau ? Oh que si !

Pendant plus d’un demi-siècle, Israël a été défini comme un « État juif et démocratique », Juif avec un grand J, c’est-à-dire l’État des Juifs — entendu comme communauté et non comme religion. Même si pour beaucoup cette définition est un oxymore (comment être une démocratie si l’on exclut une ou plusieurs communautés de la souveraineté réelle ?), la caractérisation d’« État démocratique » comptait beaucoup pour les dirigeants et le peuple israéliens. On tenait à appartenir au monde civilisé, à l’Occident démocratique ou se prétendant tel, et pas au tiers-monde ou encore au totalitarisme soviétique.

Pour les citoyens, les droits civiques étaient réels, et à partir de 1966, les libertés publiques comme le droit à l’organisation et à l’expression n’étaient pas que des slogans vides de contenu. Le racisme anti-arabe n’a pas disparu, tant s’en faut, mais on ne peut nier que l’espace public laissait de plus en plus de place à la minorité arabe.

Le caractère démocratique (illusoire) du régime israélien n’était pas seulement une question d’image internationale ; c’était aussi une question de perception de soi : les fondateurs de l’État et les premières générations d’immigrants se voulaient partie prenante de la philosophie des Lumières qui était censée guider le monde occidental.

C’est là que l’on peut comprendre le tournant qualitatif pris par l’extrême droite, qui, il est bon de le rappeler détient le pouvoir depuis maintenant plus de deux décennies. Dans la ligne idéologique et politique du néoconservatisme, elle a entrepris une contre-réforme politique, sociale et idéologique, et une véritable croisade contre les valeurs des Lumières. Benyamin Nétanyahu ne courtise plus l’Europe libérale, mais les régimes semi-totalitaires polonais, tchèque et hongrois, prêt à réécrire au besoin l’histoire antisémite de ces pays, lui qui a systématiquement instrumentalisé l’accusation d’antisémitisme pour délégitimer toutes les critiques de sa politique venant de la gauche des échiquiers politiques. Le premier ministre israélien, ses ministres et ses amis n’ont plus aucune gêne à se montrer avec des antisémites notoires, à se revendiquer des nouvelles droites européennes, et à fermer les yeux sur les amis néonazis de Donald Trump.

Dans cet esprit, le pouvoir israélien n’a plus aucun complexe à casser le vieil oxymore qui qualifiait Israël d’« État juif et démocratique ». La loi sur la Nation jette à la poubelle la vieille prétention d’être à la fois un État juif et un État démocratique : Israël appartient désormais au peuple juif et à lui uniquement. Les citoyens palestiniens sont des locataires ; leur présence dans le pays et l’exercice de leurs droits civiques sont conditionnels, et donc toujours provisoires. Le slogan électoral qu’avait lancé, il y a une dizaine d’années le parti d’Avigdor Lieberman : « Pas de loyauté, pas de citoyenneté » reflète tout à fait cette conception de la nouvelle démocratie israélienne. Avec la nouvelle loi constitutionnelle, elle est désormais gravée dans le marbre. Au moment où j’écris ces lignes, la présentatrice des informations de la première chaine de télévision vient d’ouvrir les nouvelles par la phrase suivante : « Cette semaine noire marque la fin de la démocratie israélienne. » Le président Reuven Rivlin s’est lui aussi publiquement insurgé contre cette nouvelle loi.

La loi sur la Nation déclare en outre que la colonisation juive (en Israël et dans les territoires occupés en 1967) est une priorité nationale, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles vagues d’expropriations massives, y compris des quelques terres laissées aux citoyens arabes. Symboliquement, la loi déclare aussi que la seule langue nationale est l’hébreu, abrogeant ainsi l’une des conditions imposées par l’ONU en 1949 pour intégrer Israël en son sein.

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Revenons aux questions posées au début de cet article : pourquoi maintenant, pourquoi si vite, pourquoi donner à la Loi sur la Nation une telle importance, alors que son contenu n’apporte rien de nouveau d’un point de vue pratique ? Pour y répondre, il nous faut passer de la grande politique institutionnelle et constitutionnelle à la petite politique politicienne, et à la concurrence entre Benyamin Nétanyahu et son ministre de l’éducation Naftali Bennett du parti d’extrême droite Le Foyer juif. Entre ces deux personnages se déroule une bataille de pouvoir pour déterminer qui sera le leader de la droite dans la prochaine décennie.

Le doigt d’honneur — ou plutôt de déshonneur — que signifie cette loi aux yeux de la minorité arabe d’Israël n’est en fait rien d’autre qu’une minable manœuvre électoraliste entre un premier ministre qui risque d’être condamné pour de graves affaires de corruption, et celui qui voudrait prendre sa place.

Michel Warschawski -

23.07.18

Source: OrientXXI

08 août 2018

« Mon cœur est à jamais enfermé là-bas »: le calvaire des familles mixtes palestiniennes

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Alors que la détention du Franco-Palestinien Salah Hamouri vient d’être prolongée et que son épouse française et leur enfant n’ont toujours pas le droit de fouler le territoire, de nombreuses autres familles mixtes sont déchirées par le harcèlement administratif d’Israël. Témoignage.

Mon arrivée en Palestine en décembre 2004, en pleine Intifada, est due à ma curiosité naturelle, presque maladive, qui n’a eu de cesse de me pousser à m’y rendre. M’y rendre pour voir, rencontrer, ressentir et, dans le meilleur et plus optimiste des cas, comprendre.

Une fois sur place, la vie coule tranquillement, comme ce paradoxe de se retrouver dans des zones dites « de conflits » et ne pas le ressentir, non pas par une quelconque insouciance mais bel et bien par cet état général que l’on y trouve et qui devient nôtre, dans lequel chaque Palestinien vit chaque jour comme une continuité, une suite à laquelle il s’adapte sans se plaindre même si tout le pousserait à le faire.

Très vite, je m’y installe en faisant face à l’administration israélienne. La danse des visas commence pour moi. À l’époque, j’étais seule, célibataire et donc toutes leurs intimidations n’avaient d’impact que sur ma personne et ma famille restée en France. Ma situation change en 2008, dès lors que je me marie puis deviens maman de deux garçons.

Un autre visage de l’occupation

Dans tout pays régi par des lois, le regroupement familial prend des formes diverses, mais il est tout de même rare de constater ce que l’on peut voir et vivre de la part d’Israël, un pays pour qui tout semble permis, qui transgresse toutes les lois sans en subir les conséquences.

En effet, lorsque l’on se marie à un Palestinien ou une Palestinienne, le bon sens voudrait que le regroupement familial soit accordé (ou non) par le pays de l’époux/se, dans mon cas, l’État de Palestine. C’est exactement là que le mot d’occupation dévoile l’un de ses visages, non pas le plus noir, mais certainement celui qui peut devenir le cauchemar de toute une vie, la mienne et pas seulement.

Mon regroupement familial est en effet régi par l’administration d’occupation. Ce n’est donc pas le ministère palestinien des Affaires sociales situé à Ramallah qui gère mon dossier car ce dernier n’est qu’un intermédiaire, en d’autres termes un simple levier administratif qui transmet mon dossier à l’occupant.

Je suis donc soumise au bon vouloir des autorités israéliennes, dont les décisions fluctuent au gré de la politique intérieure du pays et d’une feuille de route internationale qui tend à démontrer tant bien que mal « la menace » sous laquelle se trouverait Israël et qui viendrait justifier et normaliser tous ses crimes, entre les emprisonnements d’enfants et d’adolescents, les destructions de maison, l’accaparement de plus en plus de terres palestiniennes, le refus du droit international, etc.

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Danse diplomatico-pathétique

Je suis Française et je m’en remets donc à l’époque aux autorités françaises locales: le consulat de Jérusalem. Mon cas a été connu très tôt. Je donnais, à l’époque, des cours de français à l’Institut français de Jérusalem ainsi qu’au centre culturel français de Ramallah. J’ai pu m’entretenir de mon cas auprès des différents consuls ou ministres venus en visite officielle.

Chacune de ces rencontres m’emplissait d’un espoir fou, j’oubliais presque toutes ces années à vivre enfermée dans une ville que j’ai choisie, Ramallah, mais qui, dans le même temps, me privait de tout mouvement car au premier checkpoint israélien, un retour en France manu militari pouvait être ma destinée… Or je voulais choisir moi-même ce moment, le moment de partir.

Plusieurs officiels m’ont promis de transmettre mon dossier aux autorités israéliennes en charge. Je me souviendrai toujours de cette phrase d’une ancienne ministre: « Je vois le Premier ministre israélien Netanyahu cet après-midi et je ne manquerai pas d’appuyer votre dossier », ou encore de cette parole presque assassine tellement rien n’a jamais abouti: « Une missive a été envoyée du quai d’Orsay aux Israéliens »… et rien!

Cette danse diplomatico-pathétique m’a très vite fait comprendre que je ne pourrais jamais compter sur la capacité de nos autorités à résoudre mon cas. Non pas qu’elles ne le veuillent pas, mais simplement que face à Israël, rares sont ceux qui peuvent/veulent agir.

Dans mon cas, les répercussions sont douloureuses. Je suis maman de deux garçons nés d’un père palestinien. En janvier 2016, après un séjour sans visa de plus de dix ans, je suis obligée de quitter la Palestine avec mes enfants. Israël m’empêche tout simplement de vivre là où je le souhaiterais, là où mes enfants sont nés, là où mon mari veut vivre.

Cette politique d’accorder des visas ou pas, de régulariser ou non les époux/ses, rend votre vie tout simplement impossible. Chaque soir, vous vous couchez en vous demandant si vous ne serez pas réveillée dans la nuit par des soldats venus pour vous chercher et vous mettre dans un avion car, pour Israël, vous êtes « illégale ». Alors que quoi? Je ne veux pas vivre en Israël, mais bel et bien en Palestine!

Comment imposer à vos enfants cet environnement géré par la psychose qui s’installe en vous un peu plus chaque jour et, à l’inverse, comment imposer à vos enfants de quitter leurs pays? D’abandonner leur environnement familial, leur école, leurs premiers copains?

Cet aspect de la politique d’Israël n’a pour but que de vous forcer à quitter le territoire et, ainsi, asseoir un peu plus chaque jour son expansion.

Source: Externe

Un cas parmi tant d’autres

Le portrait que je viens de dresser n’est qu’un seul cas parmi tant d’autres. Je ne suis malheureusement pas la seule. Nous sommes plusieurs femmes françaises contraintes à affronter cette politique administrative d’occupation. Selon que vous soyez marié/e à un Palestinien/ne de Cisjordanie, de Jérusalem ou encore de Gaza, votre traitement administratif, votre légalité et donc votre vie de famille est totalement sous l’emprise de cette grosse machine qu’est Israël et son occupation.

Pour mes compatriotes, les cas diffèrent mais tous mènent au même constat: l’impossibilité de mener une vie familiale « normale ».

Ainsi, deux d’entre nous ont donné naissance à leurs enfants à Jérusalem et se sont vu refuser un acte de naissance par les autorités israéliennes! Comment faire reconnaître son enfant sans cet acte indissociable de toute naissance? Comment comprendre, s’adapter et réagir à cet état de fait?

Restons à Jérusalem, l’une des épouses françaises en question est en situation irrégulière avec ses deux enfants depuis 2015, suite au rejet de sa demande de regroupement familial et au refus des autorités israéliennes d’enregistrer la naissance des enfants. Motif avancé: « Vous habitez du mauvais côté du mur », c’est-à-dire du côté palestinien du mur de séparation construit par Israël. Sans acte de naissance et donc de numéro d’identité local, ses enfants n’ont pas accès à la sécurité sociale ni à toute autre prestation/protection sociale.

Il y a un cas aussi intéressant, celui d’une femme, doctorante d’une université française financée par l’État français mais mariée à un Palestinien de Cisjordanie. Les autorités israéliennes lui ont refusé un visa de travail et ne lui ont accordé qu’un visa « Judée et Samarie », ce qui la prive de facto de toute possibilité de se rendre à Jérusalem et de quitter la Cisjordanie.

Comment assurer un travail doctoral à dimension internationale quand tous nos déplacements doivent se faire par un pays voisin, la Jordanie, triplant le coût et la durée de chaque trajet? Comment accepter d’être séparée de son enfant à chaque passage de frontière parce qu’il est palestinien?

Ou encore, ce cas d’une compatriote mariée à un franco-palestinien victime de l’acharnement d’Israël, qui après avoir passé sept ans en prison avec un dossier qualifié de « vide » par Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères, est de nouveau en prison depuis près d’un an sans chef d’inculpation.

Sa femme travaillait alors au Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) du Consulat général de France à Jérusalem et elle s’est vu refuser l’entrée sur le territoire d’Israël alors qu’elle possédait un visa en règle. Elle était enceinte de six mois, ce qui n’a absolument pas empêché les agents de sécurité de l’aéroport de Tel-Aviv de la mettre en cellule pendant trois jours. Depuis 2016, elle ne peut plus rentrer chez elle avec son fils à Jérusalem.

Nous avons aussi le cas d’une Française vivant à Hébron et mère de deux enfants qui est dans l’attente d’un regroupement familial et qui doit quitter le territoire à chaque fin de visa, tous les trois mois, voire plus souvent encore.

Source: Externe

Nous pourrions aussi parler de notre compatriote professeure de français dans une université palestinienne qui s’est vu interdire de séjour parce qu’elle travaillait. En effet, lors de son renouvellement de visa, on lui a demandé de démissionner de son emploi si elle voulait rester dans le pays auprès de son mari et de son enfant. Enceinte, elle a dû faire le choix: rester et accoucher en étant illégale dans les territoires palestiniens ou bien quitter le territoire avec l’incertitude de pouvoir revenir.

Comment accepter ces situations dans le silence, l’indifférence? Ou encore attendre que le rythme diplomatique, qui est bien plus lent que nos vies, nous apporte de vraies solutions durables. Nous voyons les équipes changer, nos dossiers passer de mains en mains, sans que nos cas soient totalement entendus et compris. Comment ne pas vouloir nous battre et revendiquer nos droits les plus fondamentaux?

Ces combats ont un coût également économique, car nous devons tous être représentés par des avocats afin de pouvoir peut-être un jour accéder à l’un de nos droits les plus basiques, celui de vivre avec nos époux et nos enfants dans le pays de notre choix. Nos enfants ont le droit fondamental de vivre avec leurs deux parents en Palestine.

Tel est le quotidien de sept femmes françaises mariées à des Palestiniens et leurs onze enfants. Ces exemples peuvent être copiés/collés à toutes les personnes étrangères mariées à des Palestiniens. Une goutte d’eau, certes, dans l’océan de souffrances des Palestiniens. Mais autant de vies abîmées, parfois totalement brisées, dépendantes des autorités d’occupation dans les moindres détails de leur quotidien.

Lucia Cristina Estrada Mota -

12.07.18

Source: MEE

06 août 2018

"Détruire enfin l'Etat d'Israël"

Source: Externe

Les convictions pro-palestiniennes de Jean-Luc Godard n’ont cessé d’accompagner son travail cinématographique, ce qui a valu au réalisateur d’être souvent malmené par la réaction. Dans ce texte de 1970, à l’époque la plus militante de l’oeuvre godardienne, il est question de la production d’un film sur les combattants palestiniens dans un camp d’Amman en Jordanie, initialement intitulé Jusqu’à la victoire.

Si le 'groupe Dziga Vertov' n’a pas exploité ses images, Godard et Anne-Marie Miéville en ont proposé un montage dans le puissant Ici et ailleurs. Ce dernier film a ceci de singulier qu’il interroge la possibilité même de montrer la révolution palestinienne; il pose le problème du montage, des effets idéologiques des appareils de prise de vue; il questionne ce qu’est 'faire un film politique', ce qu’est un rapport d’images politiques.

Le texte republié ici a ceci de fascinant qu’il pose une grande partie de ces enjeux, tout en proposant une lecture anti-impérialiste du cinéma et des circuits de diffusion. « Il faut étudier et enquêter, enregistrer cette enquête et cette étude, ensuite montrer le résultat (le montage) à d’autre combattants. Montrer le combat des fedayin à leurs frères arabes exploités par les patrons dans les usines en France. Montrer les miliciennes du Fatah à leurs sœurs des Black Panthers pourchassées par le FBI. Tourner politiquement un film. Le montrer politiquement. Le diffuser politiquement. C’est long et difficile. C’est résoudre chaque jour un problème concret. »

On a pensé qu’il était plus juste, politiquement, de venir en Palestine plutôt que d’aller ailleurs, Mozambique, Colombie, Bengale(1). Le Moyen-Orient a été directement colonisé par les impérialismes français et anglais (accords Sykes-Picot). Nous sommes des militants français. Plus juste de venir en Palestine parce que la situation est complexe et originale. Il y a beaucoup de contradictions, la situation est moins claire que dans le Sud-Est asiatique, en théorie du moins. Pour nous, militant actuellement dans le cinéma, nos tâches sont encore théoriques. Penser autrement pour faire la révolution…, nous en sommes encore là. Nous avons plusieurs dizaines d’années de retard sur les premières balles d’Al Assifa(2).

Mao Tsé-Toung a dit qu’un bon camarade va là où sont les difficultés, là où les contradictions sont le plus aigües. Faire de la propagande pour la cause palestinienne, oui. Avec des images et des sons. Cinéma et télévision. Faire de la propagande c’est poser les problèmes sur le tapis. Un film, c’est un tapis volant qui peut aller partout. Il n’y a aucune magie. C’est du travail politique. Trouver un fedaï, un cadre, une milicienne, voir ensemble comment fabriquer des images et des sons de sa lutte. Lui dire: « Je vais filmer une image de toi tirant la première balle d’Al Assifa. »

Savoir quelle image il faut mettre avant, et quelle image après, pour que l’ensemble prenne un sens. Un sens politique, révolutionnaire, c’est-à-dire qui aide la révolution palestinienne, qui aide la révolution mondiale. Tout ça, c’est long et difficile. Il faut savoir, qu’est-ce que c’est que le cinéma…, et le Fatah, et l’information du Fatah, et les contradictions avec les autres organisations.

Le Fatah p. ex., lutte contre l’impérialisme américain. Mais l’impérialisme américain, c’est aussi le New York Times et la CBS. Nous, nous luttons contre la CBS. Il y a beaucoup de journalistes qui se croient sincèrement de gauche, et qui ne luttent pas contre la CBS et le New York Times. Ils croient aider le Fatah en publiant un article dans la presse bourgeoise. Mais eux ne luttent pas. C’est le Fatah qui lutte et qui travaille. Ce sont les combattants du Fatah qui meurent. Il faut bien voir ça. En littérature et en art lutter sur deux fronts. Le front politique et le front artistique, c’est l’étape actuelle, et il faut apprendre à résoudre les contradictions entre ces deux fronts.

Dans le quotidien publié par le Fatah, on voit encore trop de photos de dirigeants et pas assez de combattants. Il faut voir où se situe cette contradiction, et comment la résoudre. Ce n’est pas un problème artistique de mise en page. C’est un problème politique dans le domaine idéologique (presse). Il faut apprendre à combattre l’ennemi avec des idées, pas seulement avec un fusil. C’est le Parti qui commande au fusil, pas l’inverse(3). Et la complexité de la lutte palestinienne est liée à la difficulté de la construction du Parti, ici (comme en France).

L’originalité du Fatah, avant même la prise du Canal de Suez, c’est justement d’avoir refusé de s’appeler Parti ou Front. C’est de dire à un musulman: « N’abandonne pas tes idées, quitte seulement ton organisation, et rejoins nos rangs. » Le Fatah n’a pas besoin d’être marxiste en parole, car il est révolutionnaire dans les faits. Il sait que les idées changent en marchant. Que plus la marche sur Tel-Aviv sera longue, plus les idées changeront, qui permettront de détruire enfin l’État d’Israël.

Source: Externe

Front politique et front artistique

On est venu ici pour étudier ça: apprendre, tirer les leçons, si possible enregistrer ces leçons, pour les diffuser ensuite ici même, ou ailleurs dans le monde. Il y a presque un an, deux d’entre nous sont venus enquêter au Front démocratique. Puis un autre est allé au Fatah. Nous avons lu les textes et les programmes. En tant que maoïstes français, nous avons décidé de faire le film avec le Fatah dont le titre est Jusqu’à la victoire.

Nous laissons les palestiniens, au cours du film, dire eux-mêmes le mot « révolution ». Mais le vrai titre du film c’est Méthodes de pensée et de travail du mouvement de libération palestinien. Avec les camarades du Front démocratique, on a les mêmes discussions qu’entre militants à Paris. On n’apprend rien. Ni eux, ni nous. Avec le Fatah c’est différent. Il est plus difficile de parler avec un dirigeant de l’image qu’il faut construire de la révolution palestinienne, et du son qui doit accompagner cette image (ou la contredire). Mais c’est justement cette difficulté qui est positive. Elle pose concrètement la contradiction entre théorie et pratique: entre front politique et front artistique.

On est arrivé à Amman et on nous a dit: « Vous voulez voir quoi?… », on a dit: « Tout! ».

On a vu les Ashbals(4), l’entraînement de la milice, les bases du Sud, les bases du Nord et du Centre. On a vu l’école des martyrs. On a vu l’école des cadres, les cliniques.

Alors on nous a dit: « Vous voulez filmer quoi maintenant? » On a dit: « On ne sait pas! - Comment? Vous ne savez pas?… - Non, on voudrait parler, étudier un peu avec vous. Vous n’avez pas beaucoup de munitions pour les Kalachnikovs et les R.B.G. Nous, on a besoin d’images et de sons. Les impérialistes (Hollywood) les ont abîmés ou détruits. Alors on ne peut pas les gaspiller. Ce sont des munitions idéologiques. Il faut apprendre à bien s’en servir pour tuer les idées ennemies. Voilà pourquoi on a besoin de parler avec vous. ­­- Bon, avec qui voulez-vous parler  » On a dit: « Abû Hassan(5). »

On ne savait pas qui c’était, mais on avait lu un article de lui dans le premier numéro de Fedayin(6). Il nous a parlé. Politiquement. Par exemple, il disait: « L’armée du peuple, ce ne sont pas des radars perfectionnés. Ce sont 10.000 enfants avec des jumelles et des talkies-walkies. » Voilà une image révolutionnaire. On voit tout de suite que l’armée égyptienne n’est pas une armée du peuple. Au lieu de 10.000 enfants, il y a 10.000 instructeurs soviétiques.

La balle près de l’oreille

Abû Hassan disait aussi: "La première balle d’Al Assifa, il faut la tirer près des oreilles des paysans pour qu’ils entendent le bruit de la libération de la terre."

Voilà un son révolutionnaire. Voilà une discussion qui permet d’établir des rapports politiques entre une image et un son, au lieu de faire simplement des images soi-disant 'réelles' mais qui ne veulent rien dire, qui ne disent rien parce qu’elles n’ont rien à dire, rien à dire qu’on ne sache déjà. Et à quoi cela sert-il de dire ce qu’on sait déjà ?

En tout cas pas à la révolution qui cherche le nouveau derrière l’ancien. Ça prend du temps. C’est long et difficile. Mais il n’y a pas de raison pour qu’un film de la révolution palestinienne ne rencontre pas les difficultés de cette révolution.

Pourquoi ce film passerait-il à la télévision américaine? Le Fatah contrôle-t-il les circuits yankees de télévision? Non. Il ne contrôle même pas les salles de cinéma dans Amman. Il contrôle Amman. Mais, chaque soir, dans les salles obscures, la pourriture impérialiste vient aveugler les masses. Heureusement, grâce à la crise de juin, le Commandement Unifié peut maintenant leur rouvrir les yeux le lendemain matin en publiant désormais un quotidien.

Le problème de l’information révolutionnaire est important. Nous disons : cinéma, tâche secondaire de la révolution pour nous actuellement en France; mais nous faisons notre activité principale de cette tâche secondaire. Bien voir donc la contradiction entre cette tâche secondaire et la tâche principale de la révolution qui, ici, est la lutte armée contre Israël.

Voir aussi les autres contradictions entre le cinéma et les autres taches secondaires de la révolution palestinienne. Voir aussi qu’à un certain moment, dans un lieu donné, le secondaire se transforme en principal. Voilà ce que nous appelons poser politiquement le fait de faire un film politique. Pas seulement interviewer Habache ou Arafat ou Hawatmeh(7). Pas seulement des images spectaculaires de 'lionceaux' traversant des flammes, mais des rapports d’images, des rapports de sons et des rapports d’images et de sons qui indiqueront les rapports, dans la révolution palestinienne, entre la lutte armée et le travail politique.

Chaque image et chaque son, chaque combinaison d’images et de sons sont des moments, des rapports de forces, et notre tâche consiste à orienter ces forces contre celles de nos ennemis communs: l’impérialisme ­— c’est-à-dire Wall Street, le Pentagone, I.B.M, United Artist (Entertainement from Trans-America Corporation), etc.

Par exemple, nous pensons que le Fatah, lors de la crise de juin(8), a subi une défaite dans le domaine de l’information. En ce qui concerne les pays capitalistes européens, de qui a parlé le Times, Il Messagero, Le Monde et Le Figaro? De la réponse qu’ont donnée les masses aux provocations meurtrières de la réaction jordanienne ? Non. Du rôle joué par le Fatah dans la façon de mener cette réponse politiquement et militairement? Non. Tous ces journaux, ainsi que les télévisions et les radios ouest-européennes ont monté en épingle Georges Habache au détriment de Yasser Arafat.

Notre tâche de militants révolutionnaires de l’informations est aussi d’analyser le pourquoi et le comment de telles opérations. Pour l’impérialisme, il fallait non seulement tenter, une nouvelle fois, de briser l’unité en cours d’édification de la Résistance Palestinienne, mais il fallait aussi dévoyer le sens de son combat libérateur aux yeux des masses anglaises, italiennes, françaises, etc., et porter ainsi un coup de plus aux éléments révolutionnaires de ces masses pour qui la révolution palestinienne, comme la vietnamienne, est un ferment précieux.

Aujourd’hui encore, il est grave qu’un texte comme celui d’Abou Iyad(9) dans Dialogue with Fath ne soit pas traduit en français. Ce sont peut-être des défaites mineures, mais encore faut-il avoir l’honnêteté révolutionnaire de les analyser en tant que défaites: lutte, échec, nouvelle lutte, nouvel échec, nouvelle lutte jusqu’à la victoire, telle est la logique du peuple, disent les camarades chinois. Telle est la logique aussi du peuple palestinien dans son mouvement de libération nationale sous la direction du Fatah. C’est ce que nous essayons de montrer dans notre film, dans votre film.

Où sera montré le film? Cela dépendra de l’état actuel des luttes. Il peut être montré dans une rue d’un village du Liban-Sud. On tend un drap entre deux fenêtres, et on projette. Devant des étudiants à Berkeley. Au milieu d’ouvriers en grève à Cordoba ou à Lyon. Dans une école d’Amilcar Cabral(10). C’est-à-dire, en général, il sera projeté devant les éléments avancés des masses. Pourquoi? Parce qu’il représente des forces en lutte.

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Les rapports d’images

Il faut donc qu’il puisse être utilisé, à court terme ou à long terme, par d’autres éléments de ces forces au moment de leur lutte. C’est-à-dire au moment où il sera utile à leur lutte. Prenons un exemple: on montre une image d’un fedaï qui traverse la rivière; ensuite une image de milicienne du Fatah qui apprend à lire à des réfugiées dans un camps; ensuite une image d’un 'lionceau' qui s’entraîne. Ces trois images, c’est quoi? C’est un ensemble. Aucune n’a de valeur en soi. Peut-être une valeur sentimentale, émotive, ou photographique. Mais pas une valeur politique.

Pour avoir une valeur politique, chacune de ces trois images doit être liée aux deux autres. À ce moment-là, ce qui devient important, c’est l’ordre dans lequel sont montrées ces trois images. Car ce sont des parties d’un tout politique; et l’ordre dans lequel on les range représente la ligne politique. Nous sommes sur la ligne du Fatah. Alors nous rangeons ces trois images dans l’ordre suivant: 1°/ Fedaï en opération; 2°/ Milicienne au travail dans une école; 3°/ Enfant s’entraînant.

Cela signifie: 1°/ Lutte armée; 2°/ Travail politique; 3°/ Guerre populaire prolongée. La troisième image est finalement le résultat des deux autres. C’est: la lutte armée + le travail politique = guerre populaire prolongée contre Israël.

C’est aussi: l’homme (qui déclenche le combat) + la femme (qui se transforme, qui fait sa révolution) qui donne naissance à l’enfant qui libérera la Palestine: la génération de la victoire. Il ne suffit pas de montrer un 'lionceau' ou une 'fleur' et de dire: c’est la génération de la victoire. Il faut montrer pourquoi et comment.

Un enfant israélien, on ne peut pas le montrer de la même façon. Les images qui produisent l’image d’un enfant sioniste(11) ne sont pas les mêmes que celles d’un enfant palestinien. On ne devrait d’ailleurs pas parler d’images; il faut parler de rapports d’images.

Les valets libanais de Hollywood

C’est l’impérialisme qui nous a appris à considérer les images en elles-mêmes; qui nous a fait croire qu’une image est réelle. Alors qu’une image, le simple bon sens montre qu’elle ne peut être qu’imaginaire, précisément parce que c’est une image. Un reflet. Comme ton reflet dans un miroir.

Ce qui est réel, c’est d’abord toi, et ensuite, c’est le rapport entre toi et ce reflet imaginaire. Ce qui est réel, ensuite, c’est le rapport que tu fais entre ces différents reflets de toi ou ces différentes photos de toi. Par exemple, tu te dis: « Je suis jolie », ou « J’ai l’air fatigué. » Mais en disant ça, qu’est-ce que tu fais? Tu ne fais rien d’autre que d’établir un rapport simple entre plusieurs reflets. L’un où tu avais l’air en forme, un autre où tu l’étais moins. Tu compares, c’est-à-dire tu fais un rapport, et alors tu peux conclure: « J’ai l’air fatigué ».

Faire un film, c’est établir ce genre de rapports politiquement, c’est-à-dire pour résoudre un problème politiquement. C’est-à-dire en termes de travail et de combat. Et justement, l’impérialisme, en cherchant à nous faire croire que les images du monde sont réelles (alors qu’elles sont imaginaires) cherche à nous empêcher de faire ce qu’il faut faire: établir des rapports réels (politiques) entre ces images; établir un rapport réel (politique) entre une image d’Ashbals qui s’entraînent et une image de Fedayin qui traversent la rivière.

La seule réalité révolutionnaire, c’est la réalité (politique) de ce rapport. Politique, car elle pose la question du pouvoir; et un enchaînement d’images tel qu’on vient de le décrire déclare que le pouvoir est au bout du fusil.

L’impérialisme voudrait bien que l’on se contente de montrer un fedaï qui traverse une rivière, ou une paysanne qui apprend à lire, ou des Ashbals qui s’entrainent. L’impérialisme n’a rien contre ça. Il fait tous les jours des images comme ça (ou ses esclaves le font pour lui). Il les diffuse tous les jours à la B.B.C, dans Life, Il Expresso, der Spiegel. D’un côté il y a l’UNRWA(12) (pour l’estomac), et de l’autre Hollywood et ses valets libanais et égyptiens du cinéma (pour les idées et les images qui provoquent des idées).

L’impérialisme nous a appris à ne pas faire de rapport entre les trois images dont on vient de parler, ou à le faire, à la rigueur, mais alors dans un certain ordre, pour ne pas déranger ses plans.

Les idées et les contradictions

Et notre tâche, à nous, militant actuellement dans le domaine de l’information anti-impérialiste, est de lutter avec acharnement dans ce domaine. De nous libérer des chaînes d’images imposées par l’idéologie impérialiste, à travers tous ses appareils: presse, radio, cinéma, disques, livres.

C’est une tâche secondaire, dont nous faisons notre activité principale en essayant de résoudre les contradictions que cela implique. En luttant sur ce front secondaire, on se heurte souvent à d’autres camarades. Ces camarades, ici, au Fatah, par exemple, ont des idées avancées et justes sur le front principal de la lutte armée, et des idées souvent moins justes sur le front secondaire de l’information.

Pour nous tous, il s’agit d’apprendre à résoudre cette contradiction comme faisant partie des contradictions au sein du peuple. Pas des contradictions entre l’ennemi et nous. Fabriquer des images contradictoires, c’est progresser sur le chemin de la résolution de ces contradictions. Et ici, après avoir posé ainsi le problème de la production de cette série de trois images (pour reprendre le même exemple), tu peux maintenant te poser de façon plus juste, plus politique, le problème de la diffusion de ces images. Et c’est parce que ces images (imaginaires) ont entre elles un rapport réel (contradictoire), c’est à cause de ce rapport réel que ceux qui regarderont et écouteront ces images auront également un rapport réel avec elles. La vision du film sera un moment de leur existence réelle, de leur réalité. Réalité politique cette fois. En tant que paysan opprimé, ouvrier en grève, étudiant en révolte, fedaï tenant la Kalachnikov… Voilà ce qu’on veut dire en disant: « À bas le spectacle, vive le rapport politique… »

Source: Externe

Les dents et les lèvres

C’est comme ça que la littérature et l’art peuvent devenir, comme le voulait Lénine, une petite vis vivante du mécanisme de la révolution. Donc, en résumé, ne pas montrer un fedaï blessé; mais montrer comment cette blessure va aider le paysan pauvre.

Et pour arriver à cette fin, c’est long et difficile parce que, depuis l’invention de la photographie, l’impérialisme a fait des films pour empêcher ceux qu’il opprimait d’en faire. Il a fait des images pour déguiser la réalité des masses qu’il opprimait. Notre tâche est de détruire ces images et d’apprendre à en construire d’autres, plus simples, pour servir le peuple, et pour que le peuple s’en serve à son tour.

Dire: c’est long et difficile, c’est dire que ce combat (idéologique) est ici une partie de la guerre prolongée contre Israël menée par le peuple palestinien. C’est dire qu’ailleurs ce combat est lié à toutes les guerres des peuples contre l’impérialisme et ses alliés. Lié comme les dents et les lèvres(13). Comme la mère et l’enfant. Comme la terre de Palestine et les fedayin…

Texte retranscrit par Romain Dautcourt.

NOTES:
  1. Ce texte est initialement paru dans le journal El Fatah en juillet 1970, sous le titre de « Manifeste ». Toutes les notes sont de David Faroult, pour l’édition de ce texte in Jean-Luc Godard : Documents, Centre Pompidou, 2006.
  2. Branche armée de l’organisation de libération nationale palestinienne El Fatah.
  3. La formule de Mao Tsé-Toung, « Le parti doit commander aux fusils », reprise dans La Chinoise, veut souligner des questions militaires: elles doivent être commandées par des conceptions par la politique, et non l’inverse.
  4.  'Lionceaux ' : jeunes et adolescents combattants.
  5. Ali Hassan Salameh, dit 'Le Prince rouge', responsable du renseignement pour l’OLP dès 1969, est chargé des contacts avec la CIA, puis, plus tard, soupçonné d’avoir informé celle-ci sur des groupes minoritaires au sein de l’OLP. Il est tenu pour le chef de l’organisation Septembre noir, qui prendra en otage des sportifs israéliens aux Jeux Olympiques de Munich en 1973.
  6. Mensuel français proche du Fatah, qui a commencé à paraître en janvier 1970, Fedayin publiait notamment des traductions d’articles choisis du journal El Fatah.
  7. Nayef Hawatmeh rejoint en Jordanie le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine), organisation marxiste-léniniste pro-chinoise dirigée par le Dr Georges Habache. En 1969, il s’en sépare et fonde le FDPLP (Front démocratique et populaire pour la libération de la Palestine), aile gauche de l’OLP. Figure marquante du mouvement palestinien, Hawatmeh, fut l’un premiers à promouvoir et à établir, dès 1970, le dialogue avec l’extrême-gauche israélienne, qu’il concevait comme  "une menace à la fois pour le sionisme et la réaction arabe" , et, aussi à combattre farouchement l’antisémitisme dans les rangs palestiniens en rejetant, dès 1969, les formules de type  "Les Juifs à la mer!"
  8. Les 6 et 7 juin 1970, tandis que se terminait au Caire une importante réunion d’unification politique et militaire, le VIIè Conseil national palestinien, de petits groupes, qui se désignent tous comme des 'organisation de résistance palestinienne', multiplient les provocations en déclenchant des fusillades à Amman (Jordanie). Ils attaquent les militants des principaux groupes de la véritable résistance palestinienne, semant la confusion et favorisant une intervention de l’armée jordanienne contre les camps de réfugiés palestiniens (le 9 juin). La riposte militaire du Fatah accule le roi de Jordanie à la négociation et permet à la crise de trouver une issue dès le 10 juin. Mais la rapidité et la confusion de la chaîne des événements a pu laisser croire que l’origine de la Crise était une volonté du Conseil national palestinien d’écarter des organisations minoritaires à la réunion du Caire (L’épisode est longuement évoqué dans le mensuel Fedayin, n°6-7, juin-juillet 1970, p.1-8 et 22.
  9. Cofondateur du Fatah avec Yasser Arafat.
  10. Théoricien et leader politique et militaire de la guerre d’indépendance de Guinée-Bissau/Cap-Vert dirigé par le PAIGC (Parti africain de l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert) assassiné par les colonialistes portugais le 20 janvier 1973. On trouve un témoignage frappant sur les écoles que la guérilla de Cabral parvenait à maintenir malgré le harcèlement militaire de l’armée portugaise dans le film que Tobias Engel a consacré à cette lutte, No Pincha (1969).
  11. Le passage de la phrase précédente à celle-ci impose cette note: impossible de publier sans réagir une phrase qui pourrait laisser croire qu’un enfant israélien pourrait naître sioniste. Le sionisme est un positionnement politique et ne saurait s’inscrire ni dans l’état civil ni dans les gènes. Naître en Israël, avoir la nationalité israélienne, ne décide nullement d’une position politique. Le Fatah, pour sa part, rejetait clairement toute confusion entre juif, Israélien et sioniste, notamment dans une série de trois articles parus en français dans les mêmes colonnes que l’article de Godard, en mars, avril et mai 1970 (l’article de Godard est sorti dans le numéro de juillet). (La série d’articles, rééditée par le mensuel Fedayin dans ses numéros 5 à 8 de mai, juin-juillet et septembre, a été ensuite réunie en volume portant le même titre: El Fath, La Révolution palestinienne et les Juifs, Éditions de Minuit, 1970. Consultable sur : http://etoilerouge.chez.tiscali.fr/palestine/revepalest2.html)
  12. United Nation Relief and Works Agency for Palestine Refugees. Créé en 1949 par l’ONU, prévu pour être un organisme temporaire, l’Unrwa, qui a commencé à fonctionner en 1950, existe toujours, puisqu’il est destiné aux réfugiés palestiniens. Conformément au mandat initial (venir en aide aux réfugiés palestiniens et, en collaboration avec les pouvoirs publics locaux, apporter des secours directs et réaliser les travaux nécessaires), l’éducation, la santé et les services sociaux sont ses principales missions. Avec la guerre de 1967 et les nouveaux transferts de population, son mandat s’est étendu aux personnes déplacées.
  13. Cette formule paraphrase Louis Althusser,  "La philosophie comme arme de la révolution. Réponse à huit questions" , La Pensée, n°138, avril 1968, repris in Louis Althusser, Positions, Éditions sociales, Paris, 1976, p.48: "Lutte des classes et philosophie marxiste-léniniste sont unies comme les dents et les lèvres".
Jean-Luc Godard -
01.07.18
Source: Bruxelles Panthères

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04 août 2018

Comment Israël détruit 'méthodiquement' la Palestine

Source: Externe

En 2018, il semble que les lignes séparatrices de l’occupation militaire israélienne se sont estompées à travers la Cisjordanie pour presque faire disparaître définitivement la vision de tout futur État palestinien.

Le projet de colonisation israélienne en Cisjordanie a surgi de containers gris, empilés au sommet des collines au-dessus des routes qui traversent la zone C reliant les villes palestiniennes dans la zone A, jusqu’à ces villas permanentes à toit rouge, du type des banlieues américaines.

Ces habitations sont maintenant construites à côté des containers des premiers jours de l’occupation militaire de la Cisjordanie, se transformant en lignes d’immeubles en béton inspirés de l’architecture italienne de l’époque de Mussolini. Elles avancent le long des anciennes collines en terrasses jusqu’aux bords de routes marqués par de hautes perches battant le drapeau israélien, positionnées à intervalles réguliers le long des routes palestiniennes.

Le mouvement des colons de l’époque d’Ariel Sharon a commencé au mépris du droit international et s’est étendu au fur et à mesure que les banlieusards d’âge moyen se sont transformés en une population de colons illégaux.

Les Israéliens refusent de voir ou d’accepter leur statut d’occupants, et ils agissent en tant que force d’annexion, avec l’idéologie que cette terre sera un jour la leur – ou, pour beaucoup, qu’elle l’est déjà.

L’État israélien a construit un vaste programme de construction de routes dans la Cisjordanie palestinienne pour relier les colonies à Israël. Des routes qui séparent les villages palestiniens de leurs terres agricoles…

Actuellement, l’État israélien est en train de creuser un tunnel à travers les collines de la Cisjordanie pour construire un chemin de fer souterrain pour relier la colonie d’Ariel à Tel-Aviv. Cela va brouiller davantage les frontières de l’État d’Israël, absorbant davantage le territoire supposé réservé pour un futur État palestinien.

Les routes israéliennes et les programmes de construction de colonies provoquent toutes sortes de confusions dans une très petite zone géographique. L’utilisation et le contrôle de cet espace sont divisés selon les lignes ethniques par la partie la plus puissante du conflit: l’État israélien.

Source: Externe

Alors que je regarde par la fenêtre de la voiture en traversant la Cisjordanie, je vois des panneaux de signalisation dans toute la zone C écrits en arabe et en hébreu. Mais les noms de lieux indiquent seulement des colonies de peuplement israéliennes et les panneaux d’affichage dans la zone C vantent des produits en hébreu.

Les projets de colonisation consistent aussi à planter des pins italiens non indigènes sur les pentes entourant les colonies, ce qui multiplie les risques d’incendies catastrophiques.

Un ancien olivier a été déraciné et repiqué sur un rond-point près de l’entrée de Ma’ale Adumim, juste au nord d’Al-Eizariya, une ville palestinienne divisée sur le papier entre les zones B et C par les lignes administratives d’Oslo.

L’olivier est supposé représenter l’ancienne connexion des Israéliens avec la terre de Palestine.

Nous quittons l’herbe verte brillante du rond-point et nous rendons à Al-Eizariya, qui est sur une route sinistre faite de casses-autos et de sites d’enfouissement, et très polluée avec toutes sortes de déchets toxiques.

C’est un environnement industriel semi-urbain où l’Autorité palestinienne n’a pas de mandat et les Israéliens ne s’impliquent que dans les questions dites de 'sécurité'.

On dit que toutes sortes de métiers considérés illégaux en Israël et dans les zones sous l’autorité palestinienne, se déploient ici. C’est un no-man’s-land à certains égards, une frontière désordonnée marquée par les montagnes de voitures en pièces et les tas de ce qui ressemble à de l’amiante en morceaux.

C’est à l’extérieur de la ville que l’on m’a dit avoir été mis de côté pour la future 'Jérusalem palestinienne' et cela comprend une vallée avec un canyon où des déchets toxiques sont déposés quotidiennement.

Depuis ma dernière visite en Cisjordanie en 2009, le trafic routier s’est multiplié. L’une des principales raisons est le crédit bon marché qui est mis à disposition pour acheter des voitures. Une des personnes que j’ai interrogées m’a dit que son mari avait contracté un emprunt parce que « c’est bien pour un homme d’avoir une voiture ». Elle a ajouté qu’avoir une voiture était utile pour les familles vivant dans des régions éloignées.

Mais à mesure que les routes se multiplient en Cisjordanie, la pollution et le trafic augmentent.

L’un des effets que je ressens lorsque je voyage sur les nouvelles routes est celui de la désorientation. Je me suis demandé comment ces nouvelles routes influent sur le commerce et les moyens de subsistance palestiniens.

Pour de nombreux Palestiniens, l’immobilier est leur seule sécurité, mais en raison des restrictions de construction dans la zone C, les espaces verts dans les zones B et A disparaissent rapidement sous de laids bâtiments de béton gris.

Source: Externe

Au Musée palestinien d’histoire naturelle dans la région de Bethléem, je me suis retrouvé à montrer à un scientifique palestinien, à son mari et à ses enfants les expositions, les documents et les livres du fondateur du musée, le Dr Mazin Qumsiyeh.

Nous visitons le hibou gardé dans une volière sur le bord de la colline surplombant Bethléem et Beit Sahour. Le scientifique attrape une poignée de graine séchée d’une tige dorée et la jette dans l’air.

« Nous avions l’habitude de jeter des graines de gazon sur le dos des chemises de l’autre quand nous jouions dans les prairies autour de Bethléem », me dit-elle.

« Nous avions l’habitude de dire que la quantité de graines qui collait à notre dos était la quantité d’années que nous allions vivre ».

« Mes enfants ne jouent pas à ce jeu. En fait, ils ne jouent pas beaucoup dehors, nous perdons tous nos espaces verts, c’est pourquoi j’ai amené les enfants au musée aujourd’hui, afin qu’ils puissent apprendre quelque chose à propos de la nature. »

CJ Weaver -

03.07.18

Source: Chronique de Palestine

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02 août 2018

Ahed Tamimi et sa maman sont libérées (+ vidéo)

Source: Externe

Ahed Tamimi, une adolescente palestinienne condamnée pour avoir agressé un soldat israélien, a été libérée dimanche matin après avoir purgé sa peine de prison de huit mois.

« La résistance continuera jusqu’à la fin de l’occupation » a déclaré Tamimi à sa libération, ajoutant qu’elle tiendrait une conférence de presse à 16 h. Après s’être adressée brièvement aux journalistes, A. Tamimi a rencontré le Président palestinien Mahmoud Abbas à son bureau à Ramallah.

Vidéo : Ahed Tamimi prend la parole après sa libération de la prison israélienne

« Ahed Tamimi est un modèle et un exemple de la lutte populaire palestinienne pour la liberté et l’indépendance » a dit Abbas lors de la réception.

A. Tamimi, 17 ans, de Nabi Saleh en Cisjordanie, est devenue une icône de la protestation après avoir été filmée giflant un soldat israélien. Elle a été mise en détention pendant trois mois avant d’être condamnée, en mars, à huit mois de prison après conclusion d’un accord sur la peine.

Dans le cadre de l’accord, A. Tamimi a plaidé coupable pour quatre chefs d’accusation d’agression, incluant l’enregistrement sur vidéo de sa gifle au soldat israélien. En plus de la peine de huit mois de prison, elle avait à payer une amende de 5000 shekels (près de 1200 €).

Après sa libération, Ahed devait tenir une conférence de presse dans sa ville natale.

Ahed Tamimi a été arrêtée en décembre, un jour après qu’une vidéo la montrant en train de frapper, gifler et donner des coups de pied à deux soldats israéliens dans son village de Cisjordanie est devenue virale.

Le père d’Ahed, Bassem Tamimi, a dit à Haaretz que lorsqu’elle serait libérée, les membres de sa famille l’attendront au check-point de Jabbara, au sud de Tulkarem, et qu’ils se dirigeront ensuite en convoi vers Ramallah pour déposer une couronne sur la tombe du regretté Président Yasser Arafat.

Puis le convoi se dirigera vers Nabi Saleh où il y aura une réception festive et le soir, une conférence de presse qui aura lieu chez eux.

A ce stade, il n’était pas clair si A. Tamimi sera invitée au bureau du Président de l’Autorité palestinienne à Ramallah, et sa famille dit ne pas avoir été contactée à ce sujet.

Source: Externe

Selon son père, la famille est bien consciente qu’Ahed est devenue un symbole pour le peuple palestinien, notamment pour la jeunesse, et elle a l’intention de se rendre dans de nombreuses villes palestiniennes, dont Bethléhem, dans les jours qui suivront sa libération.

« La longue détention de Tamimi découle de motifs politiques plutôt que de raisons juridiques » a déclaré jeudi l’avocate de A. Tamimi, Gaby Lasky, ajoutant : « Les procédures judiciaires ne sont pas destinées à résoudre le conflit israélo-palestinien, et au lieu d’envoyer des mineurs en prison pour avoir résisté à l’occupation, il est temps qu’une direction courageuse nous libère tous des chaînes de l’occupation ».

Son acte d’accusation initial de janvier comprenait 12 accusations remontant à 2016. L’acte d’accusation comprenait 5 chefs pour agressions contre les forces de sécurité, notamment pour jets de pierres. Elle était accusée d’avoir agressé un soldat, menacé un soldat, interféré avec un soldat qui exerçait ses fonctions, d’incitation, et d’avoir lancé des objets sur une personne ou des biens.

En juin dernier, une commission chargée d’étudier les mises en liberté conditionnelles a rejeté la demande de Tamimi pour une libération anticipée.

Le service de sécurité Shin Bet avait émis un avis sur le dossier où il s’opposait à sa libération. « Les déclarations qu’elle a faites sur l’affaire indiquent son idéologie radicale, et avec la situation sécuritaire dans la région, ceci atteste de son potentiel de danger s’il lui était accordée une libération anticipée » écrit le Shin Bet.

Le tribunal a également reconnu Ahed Tamimi coupable d’incitation pour les déclarations qu’elle a faites dans la vidéo sur l’incident de la gifle : « J’espère que tout le monde participera aux manifestations car c’est la seule solution pour parvenir à un résultat. Notre force est dans nos rochers et j’espère que le monde entier s’unira pour libérer la Palestine parce que Trump a annoncé une décision et qu’ils doivent assumer une responsabilité pour toute réponse qui viendra de nous – que ce soit une attaque au couteau ou un attentat suicide ou des jets de pierre, tout le monde doit faire quelque chose et s’unir pour que notre message parvienne à ceux qui veulent libérer la Palestine ».

Yotam Berger et Jack Khoury -

30.07.18

Source: Aurdip

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31 juillet 2018

En mémoire de F. Langer, première avocate à amener l’occupation devant les tribunaux

Source: Externe

Felicia Langer était une survivante de l’Holocauste, une communiste, et l’une des première avocate israélienne à défendre les habitants palestiniens des territoires occupés devant la Cour suprême israélienne. Elle est décédée en Allemagne, la semaine dernière.

F. Langer était une militante pour les droits de l’homme et pour la paix, une communiste, et elle fut l’un des premiers avocats à représenter les habitants palestiniens des territoires occupés devant les tribunaux israéliens. À la Cour suprême d’Israël, elle fut la pionnière de pratiques juridiques qui aujourd’hui semblent naturelles et évidentes mais qui, autrefois, étaient considérées comme scandaleuses. Elle fut la première à contester l’expulsion des dirigeants politiques palestiniens hors de Cisjordanie, la première à contester la pratique par l’armée de la démolition des maisons des Palestiniens soupçonnés d’activités militantes, la première à accuser le Shin Bet de torturer les détenus, et la première à lutter contre la pratique de la détention administrative.

À cette époque, ils étaient peu nombreux les avocats israéliens qui étaient prêts à représenter les Palestiniens. Langer – une avocate juive, née en Pologne et survivante de l’Holocauste qui a émigré en Israël, rejoint le Parti communiste, et défendu les Palestiniens – est devenue une personnalité détestée du grand public. C’était une juive et une femme qui avait uni ses forces à 'l’ennemi arabe'. Quand je l’ai interviewée durant mes recherches pour mon livre, Le Mur et la Porte, elle m’a dit qu’il y a eu des périodes où des chauffeurs de taxi à Jérusalem ont refusé de venir la chercher, où les menaces à son encontre étaient si graves qu’elle avait été contrainte d’engager un garde du corps, qu’elle avait dû retirer l’enseigne de son cabinet à Jérusalem, et que ses voisins lui avaient demandé d’effacer les mots « vous allez bientôt mourir », qui avaient été tagués sur la porte de son cabinet, parce que « ce n’était  pas esthétiquement agréable ».

Langer s’est battue, presque seule, contre les dirigeants du système judiciaire de l’époque, contre des gens qui avaient un pouvoir politique et public énorme, comme le juge Meir Shamgar et le procureur de l’État (et plus tard, juge à la Cour suprême) Mishael Cheshin. Les audiences dans les dossiers de Langer étaient controversées. Elle n’hésitait pas à accuser l’establishment d’avoir commis des crimes contre ses clients et à présenter ceux-ci – dont certains étaient des membres de la direction palestinienne dans les territoires occupés, comme le maire de Naplouse, Bassam Shaka, et le candidat à la mairie d’Hébron, Hazmi Natcheh – comme des victimes d’un régime maléfique.

Au fil des années, d’autres ont suivi le sentier que Langer avait balisé. Les premiers d’entre eux furent Leah Tzemel, Elias Khoury, Raja Shehadeh, et Avigdor Feldman. Beaucoup d’autres depuis les ont rejoints, car le sentier de Langer était devenu une route, puis une autoroute. Mais, dans les années 1990, elle en est arrivée à voir cette autoroute comme une feuille de vigne – que le système judiciaire était en train d’exploiter les procédures judiciaires à des fins de relations publiques et de propagande en faveur d’Israël. Elle a alors fermé son cabinet et est partie en Allemagne, où elle continua de se battre contre l’occupation et de lutter pour la paix et la coexistence.

Source: Externe

Ce qui suit est un extrait du livre Le Mur et la Porte : Israël, Palestine, et la bataille juridique pour les droits de l’homme (Metropolitan Books, 2018):

"(...) Les vieux habitants de Jérusalem vous diront que l’hiver de 1968 fut particulièrement dur et enneigé. Et ils savent que lorsqu’il neige à Jérusalem, Hébron est généralement couverte de blanc. Au cours de cet hiver 1968, ces deux villes bibliques et la route qui les relie étaient recouvertes de neige. Mais ni la neige, ni les routes alors impraticables n’arrêtèrent Felicia Langer. Avec sa détermination célèbre, elle décida de prendre la route glissante et de rouler depuis son cabinet dans le centre de Jérusalem jusqu’au poste de police d’Hébron. Un cheik palestinien de Jérusalem-Est était venu à son cabinet en pleine tempête et lui avait dit que son fils, qui revenait juste d’étudier en Turquie, avait été arrêté et conduit au poste de police d’Hébron. Quand les parents ont fait parvenir des vêtements propres à leur fils, par l’intermédiaire des autorités de l’établissement de détention, ils reçurent, en retour, un balluchon infect qui contenait une chemise ensanglantée. Ils n’avaient aucune idée de ce qui était arrivé à leur fils et ils étaient très inquiets. Ayant été engagée par le père pour représenter son fils et aller le visiter, Langer ouvrit un dossier et elle marqua dessus le numéro 1, c’était le premier dossier qui impliquait un sujet de l’occupation. Ce client numéro 1, fils d’un cheik de Jérusalem-Est, sera le premier des centaines, et peut-être des milliers, de Palestiniens que Langer représentera devant les autorités israéliennes au cours des vingt-deux années qui allaient suivre.

La police et la prison d’Hébron se trouvaient dans un vieil immeuble du centre de la ville, le Taggart Building, du nom d’un officier de police britannique qui était devenu expert dans la répression des insurrections en Inde et qui avait conçu des postes de police fortifiés dans toute la Palestine historique pour les forces de Sa Majesté. L’armée israélienne était le troisième régime à utiliser la structure, après les Britanniques eux-mêmes et les Jordaniens.

Une fois arrivée, Langer chercha non seulement le fils du cheik, mais aussi deux autres clients, ‘Abd al-‘Aziz Sharif et Na’im ‘Odeh, tous deux membres de mouvements communistes palestiniens de la région d’Hébron. Contrairement au fils du Cheik qui, Langer le découvrira lors de sa visite, était soupçonné d’appartenance au Fatah et d’infiltration dans le pays, les deux communistes n’étaient soupçonnés de rien du tout. Ils avaient été arrêtés en vertu de pouvoirs spéciaux stipulés dans les Règles de Défense (d’urgence) votées par le Mandat britannique et qui lui survivaient encore longtemps après. Ces règles permettent une détention 'préventive' (ou administrative), destinée non à répondre à un acte déjà commis, mais à faire cesser un risque potentiel posé par le détenu. Les détenus administratifs ne sont ni accusés ni soupçonnés de quoi que ce soit, et ils peuvent être maintenus en détention sans jugement ni inculpation portée à leur encontre. Les clients de Langer, Sharif et ‘Odeh, devaient être les premières gouttes de pluie d’une mousson de détentions administratives qui allait inonder la Cisjordanie et la bande de Gaza.

Langer est née en Pologne, au début des années 1930. Presque toute sa famille a été exterminée dans l’Holocauste. Elle et ses parents ont réussi à échapper aux nazis en partant en URSS, mais son père fut victime du régime de Staline. Il mourut peu de temps après avoir été libéré, en très mauvaise santé, du goulag soviétique où il avait été détenu dans des conditions épouvantables. Néanmoins, Langer devint une communiste fervente. Après avoir immigré en Israël, elle avait rejoint le Parti communiste local et elle devint une militante cruciale. Elle a commencé à pratiquer le droit en 1965 et, pendant un certain temps, elle a travaillé dans un cabinet d’avocats à Tel Aviv, en tant qu’associée, plaidant toutes sortes dossiers, mais immédiatement après la guerre de 1967, Langer va décider de consacrer son cabinet à la représentation des Palestiniens vivant sous l’occupation et elle ouvrit son propre cabinet, à Jérusalem.

À la fin des années 1960, elle était l’un des rares avocats à représenter les habitants de la Cisjordanie. La plupart d’entre eux étaient des citoyens palestiniens d’Israël, presque tous ayant des liens avec le Parti communiste d’Israël (connu sous le nom de Maki). À l’époque, les factions communistes étaient profondément ancrées dans les centres urbains palestiniens et les rapports existant entre les mouvements communistes israéliens et ceux de la Cisjordanie et de la bande de Gaza ouvrirent la voie à des avocats d’Israël pour représenter les habitants palestiniens sous l’occupation. Suivant l’exemple de Langer, ces avocats jetèrent la base d’un travail préparatoire pour un militantisme juridique étendu qui se poursuit encore aujourd’hui, un militantisme marqué par le partenariat, par des batailles juridiques sisyphéennes, et par une confiance accordée quotidiennement par les Palestiniens à ces avocats israéliens, dont certains étaient juifs, pour les représenter devant les institutions israéliennes, et principalement la Haute Cour de justice. Cette confiance et ce partenariat se sont maintenus pendant cinq décennies d’occupation: même dans les moments les plus durs, quand il sembla que tous les ponts entre les Palestiniens et les Israéliens avaient été brûlés ou bombardés, la solidarité dans la lutte contre les violations des droits de l’homme n’a pas faibli.

Langer est arrivée en Israël en 1950, après avoir vécu les années difficiles de la guerre en URSS où, comme nous le savons, sa famille avait fui depuis la Pologne. Son père avait été envoyé au goulag pour avoir refusé de devenir un citoyen soviétique (il craignait de ne pouvoir rentrer en Pologne après la guerre). Après sa mort, fin 1944, Langer et sa mère durent lutter pour subvenir à leurs besoins dans des conditions extrêmement difficiles, vendant leurs quelques biens pour survivre. Quand la guerre a pris fin, Langer rentra en Pologne où elle rencontre son futur époux. Sa mère, qui s’était remariée, avait émigré en Palestine; Langer et son mari ont répondu à ses appels et finalement, l’y ont suivie.

Source: Externe

Au début des années 1960, Langer réalisa un rêve, et, ce qui était inhabituel à l’époque pour une femme qui avait un enfant, elle s’inscrivit à la Faculté de droit de l’Université hébraïque de Tel Aviv. Son passé l’obligea à représenter les plus faibles, à combattre pour les gens qui, comme sa famille et elle-même, ont été victimes de la méchanceté d’un gouvernement. Elle étudié le droit pour mettre en pratique sa vision du monde, qui s’était cristallisée durant la guerre, pour contester la discrimination et l’injustice. Au milieu des années 1960, Langer était devenue une avocate qualifiée, mais ses tentatives pour trouver un travail dans le secteur public échouèrent.

Langer affirme qu’elle a été radiée en raison de ses convictions marxistes et de son appartenance au Maki, le Parti communiste d’Israël à l’époque. Elle n’eut d’autre choix que de se tourner vers le secteur privé. Mais là, elle se trouva confronté à un autre obstacle – sa propre conscience. Après avoir refusé de représenter un homme qui était proxénète et qui essayait d’échapper au paiement d’une pension alimentaire, elle se rendit compte qu’il lui fallait monter son propre cabinet si elle voulait sélectionner ses dossiers selon ses nombreux principes.

Dans son cabinet, Langer représenta des clients qui étaient alignés sur ces engagements idéologiques: des manifestants détenus, des femmes dont les droits avaient été violés, et des citoyens arabes d’Israël en conflit avec les autorités. Cela se poursuivit jusqu’en 1967 quand, en l’espace de six jours, un million et demi de Palestiniens tombèrent sous l’occupation israélienne. À une époque où la société israélienne, avec ses nombreux survivants de l’Holocauste, était convaincue de l’idée que la morale de la montée des nazis, de leur conquête de l’Europe, et de la Solution finale était que ce qui restait de la population juive était obligé de construire un pays invincible qui protégerait les juifs de la victimisation, Langer tirait une leçon différente: toute discrimination ou occupation était lourde de danger, pas seulement par les Allemands, et pas seulement contre les juifs.

Représenter les Palestiniens soudainement tombés sous le régime militaire israélien, un régime avec des généraux tout-puissants, était l’accomplissement même de l’objectif pour lequel elle avait étudié le droit. Les seuls avocats à représenter les personnes occupées à l’époque étaient une poignée d’Israéliens palestiniens. Langer était loin du défenseur typique des Palestiniens: une femme, une communiste, et une juive européenne. Avec son accent polonais et sa maîtrise du latin, son partenariat avec les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza pourrait bien avoir été la vision la plus étrange du Moyen-Orient. Pour donner accès aux habitants de la Cisjordanie, Langer loua un petit cabinet rue Koresh à Jérusalem, qui sera sa base principale pour les vingt-trois prochaines années. Elle devint rapidement synonyme de lutte pour les droits des Palestiniens. Pour d’autres, elle fut une traîtresse et une sympathisante de l’ennemi.

En 1990, après une longue carrière de batailles publiques et dramatiques avec les autorités, Felicia Langer ferma son cabinet de Jérusalem et quitta Israël pour prendre un poste d’enseignante en Allemagne. Dans une interview avec le Washington Post, Langer y déclare: « Je ne pouvais plus être une feuille de vigne pour ce système » (...)."

Michael Sfard -

24.06.18

Source: Agence Medias Palestine

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29 juillet 2018

Comment Israël se sert de substances chimiques pour tuer les récoltes à Gaza

Source: Externe

Le but des herbicides est de permettre aux cultivateurs de faire pousser leurs produits, mais Israël les utilise comme si de rien n’était pour faire exactement le contraire, dans l’enclave, et ce, au nom de la sécurité.

Les photographies de véhicules blindés de l’armée déracinant et broyant arbres et végétation dans la bande de Gaza ne sont pas étrangères, aux yeux des Israéliens, mais ce qu’ils savent beaucoup moins, c’est que, depuis 2014, des champs palestiniens sont également détruits via l’usage d’herbicides déversés depuis les airs – comme cela a d’abord été publié sur le site internet 972. Officiellement, la pulvérisation ne se fait que du côté israélien de la clôture mais, comme en ont témoigné des fermiers palestiniens de l’autre côté, avec confirmation de la Croix-Rouge, les dégâts qui en résultent peuvent être perçus très loin dans le territoire palestinien même.

« La pulvérisation par les airs n’est effectuée que sur le territoire de l’État d’Israël, le long de l’obstacle sécuritaire à la frontière de la bande de Gaza », a fait savoir le ministère de la Défense à Haaretz« Elle est effectuée par des sociétés d’épandage munies d’une autorisation légale, en conformité avec les dispositions de la Loi sur la protection des plantes (5716-1956) et les réglementations qui en découlent, et elle est identique à la pulvérisation aérienne effectuée partout dans l’État d’Israël. »

Le porte-parole des FDI (1) a déclaré : « L’épandage est réalisé à l’aide du matériel standard utilisé en Israël et dans d’autres pays; cela provoque un dépérissement de la végétation existante et empêche les mauvaises herbes de pousser. L’épandage s’effectue près de la clôture et ne pénètre pas dans la bande de Gaza. »

Toutefois, le matériel standard utilisé en Israël a pour but d’aider les fermiers à faire pousser leurs cultures de rapport. À Gaza, il les détruit.

M., 67 ans, un habitant du quartier de Shujaiyeh, à Gaza City, a hérité environ 60 dounams (6 hectares) de terre à l’est de la ville. Il en loue la majeure partie, a-t-il expliqué à Haaretz, et une trentaine de fermiers en vivent. Cette année, au début février et au début mars, il a remarqué les avions pulvérisateurs alors qu’il était sur ses terres. Il a eu l’impression qu’ils pulvérisaient à l’intérieur du territoire de Gaza. C’est aussi ce que H., un autre fermier de Shujaiyeh, qui cultive 19 dounams (1,9 hectare), a pensé quand il a vu les avions pulvérisateurs au début janvier.

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Des récoltes endommagées

Ç’aurait pu être une illusion d’optique, puisque le ministère de la Défense comme les FDI insistent en disant que l’épandage ne se fait que sur le territoire israélien. « Les réglementations de vol nous interdisent de survoler le territoire de Gaza », a également insisté une source de l’aviation civile. Mais les dégâts infligés aux récoltes des deux fermiers de Shujaiyeh immédiatement après les épandages auxquels ils ont assisté étaient néanmoins très réels. M. estime ses pertes à 7.000 USD, H. à 10.000 USD. Les deux espéraient recevoir des compensations du ministère palestinien de l’Agriculture, dont les représentants sont venus évaluer les dégâts, mais ils n’ont rien obtenu. Tous deux disent qu’ils ont également subi des dégâts dus à l’épandage en 2015 et 2017.

En 2015, leurs voisins de l’autre côté de la clôture ont également tâté du problème. Le 16 novembre de cette année-là, un champ du kibboutz de Nahal Oz a été aspergé par voie aérienne un mois environ après que le blé avait été semé. L’épandage avait été décidé par la Division de Gaza dans des buts opérationnels. Il en était résulté que 50 dounams (5 hectares) de blé avaient complètement dépéri. De plus, en raison de la toxicité, le kibboutz n’avait pu planter de pastèques la saison suivante comme prévu.

Le kibboutz réclama des compensations (85.000 NIS) au ministère de la Défense. La réclamation fut rejetée du fait que, puisque la zone était adjacente à la clôture de sécurité, le kibboutz recevait déjà des compensations pour la même raison. Finalement, le ministère de la Défense paya 61.900 shekels (environ 16.000 USD) au kibboutz, suite à un compromis.

Mais les produits pulvérisés ne reconnaissent ni la clôture, ni la frontière. Le vent les poussent vers l’ouest, loin dans la bande de Gaza. Le Centre Al-Mezan des droits de l’homme, à Gaza, s’est penché sur ces pulvérisations et a enquêté sur les dégâts subis par les fermiers. Le ministère palestinien de l’Agriculture estime que, depuis 2014, environ 14.000 dounams (1.400 hectares) de terres agricoles à Gaza ont subi des dégâts suite à ces pulvérisations et des cultures comme l’épinard, l’okra (ou gombo), le maïs, le persil, le blé, le pois et l’orge ont subi des dommages irréparables. Le ministère a également estimé que quelque 8.200 dounams (820 hectares) de pâturages avaient été endommagés de la même façon cette année. L’épandage est effectué entre octobre et janvier et en février et mars, et recourt à trois herbicides: le glyphosate, le principal, ainsi que l’oxyfluorène et le diuron.

Huit fermiers palestiniens ont introduit des plaintes en Israël, cherchant des compensations pour les dommages encourus suite aux pulvérisations sur leurs terres en octobre 2014. Les plaintes ont été introduites en juin 2016 par le biais de trois associations: Adalah, le Centre légal pour les droits de la minorité arabe en Israël, Al-Mezan et Gisha, le Centre légal pour la liberté de mouvement. En novembre 2017, le ministère de la Défense rejetait les plaintes pour trois raisons. La première: conformément à ce que stipule l’Ordonnance sur les Dommages civils, l’État n’est pas responsable des dégâts subis par les résidents de la bande de Gaza. La deuxième, c’est que l’épandage est effectué en raison d’une nécessité opérationnelle dérivant des activités terroristes hostiles dans la zone, ce qui en fait une action de guerre conférant à l’État l’immunité totale vis-à-vis d’éventuelles réclamations de dommages. La troisième raison était que les réclamations avaient été déposées trop tard.

Une bonne partie de ce que l’on sait sur les pratiques d’épandage d’herbicide à proximité de la bande de Gaza a été obtenue lors des discussions de Gisha avec le porte-parole des FDI et le ministère de la Défense en s’appuyant sur la Loirelative à la liberté de l’information. Gisha dut adresser une pétition au tribunal du fait qu’une bonne partie de l’information n’avait pas été fournie immédiatement ou qu’on l’avait prétendue indisponible. Cette procédure révéla les herbicides utilisés (dont le principal, le glyphosate), elle révéla également que c’était la Division de Gaza qui décidait des épandages et que, pour les effectuer, le ministère de la Défense avait signé des contrats avec les sociétés d’aviation civile Telem Aviation et Chim-Nir. C’est également de cette façon que l’on découvrit la plainte de Nahal Oz et le fait que le ministère de l’Agriculture n’était pas du tout impliqué dans ces épandages.

Le 7 janvier dernier, suite à la pétition de Gisha, une audition eut lieu au tribunal de district de Tel-Aviv, audition au cours de laquelle la juge Judith Stoffman put examiner du matériel classifié et décida que les informations sur les zones aspergées ne devaient pas être révélées. Mais de nombreuses preuves de la chose émanent des champs mêmes. Un témoin de première importance n’est autre que la Croix-Rouge. En général, cette organisation livre rarement des informations aux médias mais, à propos des épandages, elle confirme explicitement les plaintes palestiniennes disant que l’épandage cause des dommages aux champs loin au-delà de la clôture de frontière.

« Selon nos observations, dont une analyse chimique des herbicides dans un laboratoire israélien, des plantations ont été endommagées par les herbicides jusqu’à 2.200 mètres au-delà de la frontière », fit savoir la Croix-Rouge à Haaretz.  « Certaines des plantations situées entre 100 et 900 mètres ont été complètement détruites, y compris dans certaines des zones réhabilités par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) [zones qui font partie d’un projet visant à renouveler la capacité de gain des fermiers sur les terres endommagées par les attaques des FDI – A.Haas]. Des bassins d’irrigation situés à 1km. ont également été contaminés. Les substances chimiques utilisées pour l’épandage restent dans le sol pendant des mois, voire des années, et peuvent avoir des effets négatifs sur la santé des personnes qui consomment des produits contaminés et/ou inhalent l’herbicide. »

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Les risques pour la santé

Le message de la Croix-Rouge est clair. Les dégâts vont bien au-delà des dommages économiques immédiats causés par la perte des récoltes; l’épandage a des implications de longue portée sur la santé.

Le principal herbicide utilisé pour l’épandage à proximité de la bande de Gaza est le glyphosate. Alors qu’il est l’herbicide le plus utilisé au monde, y compris en Israël, il peut avoir un effet adverse, à long terme, sur la santé.

En fait, Adalah avait déjà entamé cette polémique en 2004, quand il avait adressé une pétition à la Haute Cour de justice pour exiger qu’Israël cesse d’asperger les plantations des communautés bédouines dans le Néguev. Là aussi, l’on utilisait du glyphosate et Adalah avait proposé une lettre ouverte de spécialistes de l’agronomie à propos des risques du produit pour la santé.

L’État avait prétendu que les Bédouins empiétaient illégalement sur les terres de l'État et que d’autres moyens de les faire partir avaient échoué. Il prétendit également que le glyphosate était un produit sûr. En 2007, toutefois, le Haute Cour avait accepté la pétition et insisté sur ses préoccupations concernant les risques pour les êtres humains et les troupeaux.

En 2015, l’Agence internationale de recherche sur le cancer classa le glyphosate comme produit potentiellement cancérigène. Toutefois, il y a moins d’un an, la Commission européenne statua qu’il n’y avait aucune base scientifique ou légale pour en interdire l’usage et que sa décision, au début 2017, de continuer à l’utiliser pendant cinq autres années était justifiée. Toutefois, bien des experts environnementaux européens émirent des critiques contre cette décision.

Haaretz a demandé aux FDI et au ministère de la Défense s’il y avait une coordination préalable avec les fermiers palestiniens ou l’une ou l’autre institution civile avant de procéder aux épandages. Le porte-parole des FDI a déclaré que l’épandage « était effectué en coordination avec les communautés [israéliennes] adjacentes à la clôture et les responsables de la Croix-Rouge dans la bande de Gaza ».

Toutefois, la Croix-Rouge a explicitement fait savoir à Haaretz qu’elle « n’était impliquée dans aucun mécanisme de coordination relatif à l’épandage d’herbicide ». L’organisation a ajouté que, pour autant qu’elle sache, « les fermiers de Gaza n’étaient pas informés à l’avance des épandages. En une occasion, en 2016, suite à une requête du ministère de l’Agriculture à Gaza, le CICR, en tant qu’intermédiaire neutre, a approché les autorités israéliennes, qui lui ont communiqué le timing des épandages pour la saison allant de janvier à avril 2016. Nous avons fait suivre cette information jusqu’au ministère de l’Agriculture. »

Amira Haas -

06.07.18

Source: Pour la Palestine

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27 juillet 2018

“La résistance est féminine”: les femmes de Gaza manifestent

Source: Externe

Des centaines de femmes et jeunes filles palestiniennes se sont rassemblées mardi [3 juillet] près de la barrière orientale qui sépare d’Israël l’enclave côtière à Gaza pour une manifestation des 'Palestiniennes pour le Retour et pour briser le siège', selon les termes employés par l’instance organisatrice.

Lors d’une conférence de presse tenue à Gaza lundi 2 juillet, le Haut Comité national pour la Marche du Retour et pour briser le siège a demandé aux femmes palestiniennes de 'participer massivement à la manifestation' et d’exiger leur droit au retour.

« Cet événement contribue à soutenir les Palestiniennes qui tiennent bon malgré le siège. Le message en est clair: personne ne peut nous priver de nos droits, en particulier le droit au retour et l’exigence de mettre fin au siège », a déclaré Iktimal Hamad, présidente de la commission Femmes du Comité.

Les mères, épouses, filles ou sœurs de personnes tuées ou blessées lors des manifestations de la Marche du Retour, ainsi que des femmes journalistes ou étudiantes à l’université, brandissaient des drapeaux palestiniens ou des panneaux demandant le droit au retour et affirmaient leur volonté de poursuivre les manifestations.

« Qui a dit que les femmes ne pouvaient pas se battre aussi efficacement que les hommes? » s’est exclamée Suheir Khader, 39 ans, dont les proches et les amies sont venues manifester avec elle.

« En grandissant, nous avons appris que la résistance était féminine. Nos grands-mères étaient aux côtés de nos grands-pères et ont lutté comme eux pendant la Nakba (la Catastrophe) et la première. Je suis ici aujourd’hui parce que nous les femmes, ne pouvons nous contenter de rester là en regardant nos pères et nos maris se faire tuer ou blesser. Notre devoir, au minimum, c’est de partager ce combat avec eux », a ajouté Suheir Khader.

Des femmes blessées au cours des manifestations de la Marche du Retour ont participé au rassemblement de mardi, demandant que soit reconnu leur droit à recevoir des soins médicaux et exigeant le droit au retour.

Source: Externe

Amani al-Najjar, 25 ans, a affirmé que rien ne l’empêcherait d’assister aux manifestations, « pas même sa blessure »« J’ai reçu une grenade lacrymogène dans la poitrine au cours de la troisième semaine de manifestations », a-t-elle expliqué. « Trois jours plus tard, j’allais mieux et je suis revenue ici pour recommencer à manifester. »

Amani al-Najjar, dont le frère a été tué par un sniper israélien l’an dernier, lorsqu’il participait à des manifestations près de la barrière orientale, a ajouté: « Je suis ici pour continuer ce que mon frère a commencé. Si les soldats israéliens l’ont tué pour nous intimider et nous forcer à arrêter, ils se trompent. Ils nous ont donné une raison supplémentaire de continuer. »

Non seulement les Palestiniennes élèvent et éduquent des combattants de la liberté mais, depuis plusieurs décennies, elles se battent à leurs côtés et les protègent contre l’occupation.

Israa Areer, journaliste: "Les manifestations de la Marche du Retour ont démarré le 30 mars et se poursuivent depuis plus de trois mois, pour exiger le droit au retour des Palestiniens et la fin du blocus imposé par Israël à la bande de Gaza."

Selon Ashraf al-Qidra, porte-parole du ministère palestinien de la Santé à Gaza, le nombre de Palestiniens tués depuis le début des manifestations s’élève à plus de 135 (mis à jour - ndlr), dont 16 enfants et une femme, le nombre de blessés étant de 15.200, dont 2.536 enfants et 1.160 femmes.

Um Khaled Loulo, 71 ans, a indiqué qu’elle participait aux manifestations au moins une fois par semaine avec ses fils et ses petits-enfants. « J’amène toujours mes petits-enfants pour leur apprendre dans la pratique en quoi consiste le droit au retour », a-t-elle expliqué à MEE (Middle East Eye).

« Je ne les laisse pas s’approcher de la clôture parce que je sais que les soldats israéliens sont déterminés à leur tirer dessus, mais au moins, ils ont l’occasion de comprendre que le retour à leur patrie d’origine est un objectif pour lequel lutter quand ils seront grands. »

Selon Um Khaled Loulo, amener ses petits-enfants aux manifestations, c’est une façon de leur enseigner les valeurs fondamentales de la vie et de les éduquer à défendre leurs droits.

« Je les amène ici toutes les semaines et nous entonnons des chants nationaux. Voilà comment on élève un enfant sous l’occupation. »

Source: Externe

Dans sa jeunesse, raconte-t-elle, elle participait à des manifestations et jetait des pierres aux soldats israéliens. « La femme est l’égale de l’homme, à la maison comme au front. S’il se bat pour une cause, elle le fait aussi », affirme-t-elle.

Israa Areer, journaliste de 26 ans, estime que la participation des femmes à la lutte des Palestiniens n’a « rien de nouveauIl y a plus de 60 ans, ma grand-mère a décoché des coups de pied devant chez elle aux soldats israéliens qui essayaient d’appréhender son mari et ses enfants. C’est aussi une forme de résistance. »

Même si les autorités israéliennes se sont retirées de la bande de Gaza en 2005, précise Israa Areer, elles continuent à exercer « une influence et un contrôle directs sur la vie des Palestiniennes. Certes, Gaza n’est pas occupée, mais les autorités israéliennes pratiquent encore toutes les formes d’oppression contre les femmes en imposant un blocus strict qui les prive de leurs droits élémentaires », ajoute-t-elle.

« Non seulement les Palestiniennes élèvent et éduquent des combattants de la liberté mais, depuis plusieurs décennies, elles se battent à leurs côtés et les protègent contre l’occupation », conclut-elle.

Maha Hussaini -

03.07.18

Source: Agence Medias Palestine