FREE PALESTINE

30 avril 2016

Le sionisme expliqué à nos frères et à nos soeurs, par Youssef Boussoumah

Le sionisme expliqué à nos frères et à nos soeurs, par Youssef Boussoumah

Le Vendredi 06 Mai à 18h30

@LeSpace
26 Rue de la clé, 1000 BXL

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Le sionisme expliqué à nos frères et à nos soeurs, par Youssef Boussoumah

Le Vendredi 06 Mai à 18h30

@LeSpace
26 Rue de la clé, 1000 BXL

Pour comprendre le conflict Israël / Palestine il est indispensable de connaître l'histoire et de comprendre cette idéologie qu'est le sionisme. 

Le sionisme, genèse, idéologie et réalisations.
C'est quoi être antisioniste ?

Youssef Boussoumah, membre fondateur des missions civiles pour la protection du peuple palestinien ( CCIPPP), militant politique et associatif, membre fondateur du Parti des Indigènes de la République, souligne l’enracinement de la cause palestinienne dans les quartiers, le changement de profil des participants aux manifestations, caractérisé par l’irruption d’une génération nouvelle, qui n’a cessé de grossir régulièrement, le plus souvent en liaison avec des événements comme l’agression de l’été 2014 contre Gaza.

Nos échanges porteront sur le rôle important du sionisme dans les rapports de domination à l’échelle mondiale, sur sa nature coloniale et raciste incarnée dans la politique du nettoyage ethnique prolongé du peuple palestinien.

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23 avril 2016

La propagande sioniste bat son plein

Position de Yechouroun
concernant les récents événements en France et en Belgique

 

La propagande sioniste bat son plein

 

Non seulement à cause des récents événements tragiques, mais parce qu’il faut de temps en temps rappeler qui tire les ficelles dans le monde, il est de notre devoir de faire ce communiqué. Les grands médias que nous savons politisés, rapportent les faits sous un certain angle, mais taisent l’origine des attaques terroristes et donc la solution pour enrayer ce fléau.

 

Pour cela, il faut remonter à fin 19ème siècle, quand le sionisme n’était encore que sous forme d’une idéologie, dont personne n’avait pensé combien il aura des effets nocifs pour le monde par la suite, … personne à part nos véritables Maîtres du Judaïsme qui nous avaient avertis et que nous n’avons pas écoutés. Puis il y a eu les premières colonies, puis l’établissement de l’entité sioniste anti-Thora en Palestine, terre volée à leurs habitants. Les sionistes ne se limitent pas à cela ; étant un mouvement politique expansionniste, et non les représentants du Peuple Juif, ils continuent leur propagande afin de dominer partout où on les laisse entrer et faire. Et c’est ce que nous voyons au niveau des gouvernements, de l’éducation, des medias … le tandem Tel-Aviv - Washington en est un exemple. L’ingérence dans les affaires d’Etats, même dans celles de l’Union Européenne fait également partie de leur stratégie, alors que le régime se trouve au Proche-Orient sur le continent de l’Asie ; ils se posent en donneurs de leçons et exigent ce que nous devrions faire en leur faveur, et nos politiciens se laissent faire et s’alignent à la politique américaine.

 

Le but de la propagande sioniste est qu’il y ait confusion entre Judaïsme et sionisme, entre Juif et sioniste. La confusion est d’autant plus grande du fait qu’une grande fraction des sionistes s’est recouverte d’un manteau de « piété », car il est plus difficile de reconnaitre un Juif authentique d’un sioniste religieux qui a le même aspect extérieur. Il faut discerner les leaders sionistes convaincus dans leur hérésie d’avec les nombreux Juifs qui sont induits en erreur et manipulés par le sionisme. Parfois, le symbole sioniste de l’étoile à 6 branches n’est pas visible, mais il se trouve profondément enfoui dans ceux qu’on pense qu’ils sont Juifs. Le régime sioniste est grandement aidé avec des leaders religieux sépharades et ashkénazes qui ont le titre de Rabbins, les pires étant les agoudistes qui sont pires que les Mizraristes qu’ils combattaient autrefois. Il y a de quoi se poser des questions, si les Rabbins sont tombés dans le sionisme, faudrait-il encore les écouter et être perdus avec eux? Pauvre de nous ! Le sionisme, c’est l’arrogance, la domination par la terreur, l’usurpation des terres, provocation de conflits. C’est une idéologie qui est incompatible avec le Judaïsme authentique tant dans la pensée, la parole que l’action.

 

Une des raisons qui fait que le Judaïsme s’est très affaibli, est certainement l’infiltration sioniste dans la direction des communautés Juives. Rappelons qu’une des tactiques des leaders sionistes religieux comme laïques, est de se servir de points importants et sensibles dans le Judaïsme tel que le retour à Sion pour lequel le Juif prie trois par jour, ce pour attirer les braves Juifs à leur hérésie. En effet, le mouvement sioniste fut composé au départ de renégats du Judaïsme qui furent rejoints par la suite par des religieux, voire des Rabbins pour de l’argent, de l’honneur et du pouvoir.

 

Cette introduction étant faite, nous pouvons comprendre les faits. Le bon observateur aura remarqué que les sionistes sont derrière tout ce qui arrive. Ils se mêlent de tout ! Vous me direz : « mais ce sont des islamistes qui ont perpétré les attentats à Bataclan et Bruxelles !» Oui, mais … les sionistes s’en servent. Les djihadistes, whahhabites, takfiris … et les sionistes, tous ces terroristes sont de la même graine, ils travaillent ensemble (trouvez de vous-même sur la toile comme ils collaborent au Liban, Syrie, Egypte, Jordanie, Turquie, A.S., etc !). Les médias « main stream » ne vous disent pas cela.

 

Concernant les djihadistes, terroristes d’origine musulmane, il est clair que les responsables de communautés musulmanes ont à faire pour raisonner leurs jeunes et moins jeunes à ne pas se laisser endoctriner par le wahhabisme et le takfirisme. Nos gouvernements européens ont aussi une grande responsabilité en ne prévoyant pas des emplois et des activités pour les citoyens de leurs pays respectifs à cause de leur origine, principalement quand ils ne sont pas blancs de blanc de peau. Racisme et sionisme vont de paire.

 

Ces tout derniers évènements ont commencé avec les attentats à Paris (synagogues, magasin, Super Casher, Charlie Hebdo, Bataclan), plus les agressions par des éléments du Betar, LDJ et autres milices sionistes…dont sont victimes des activistes antisionistes Juifs et non-Juifs.

 

Je veux revenir sur la situation du Judaïsme en France. Il y a ברוך השם, de valeureux Juifs שומרי שבת ומצוות, qui travaillent, éduquent bien leur enfants, qui sont socialement engagés. Mais beaucoup de communautés sont dominées par de gros bonnets sionistes, entre autre via le CRIF et d’autres officines sionistes sous couvert d’œuvres de bienfaisance. Ceux-ci exercent leur influence, provoquent des situations de pannique afin qu’ils puissent proposer leur seule solution, celle de descendre dans l’enfer de l’entité sioniste, qu’ils présentent bien sûr comme un « havre de paix », « la maison », etc. Ils se rendent indispensables, tel des pompiers pyromanes !

 

En même temps que ces mêmes mauvais éléments assurent l’insécurité, ils travaillent à la zizanie entre croyants de différentes communautés. Bien que l’œcuménisme nous soit interdit, il faut sur le plan social tenir ensemble contre nos ennemis communs : l’injustice, le terrorisme sioniste et djihadiste que nos politiciens soutiennent et alimentent tout en disant les combattre. 

 

L’heure est plus grave que jamais ! Il faut se réveiller et défendre la Tradition ancestrale Juive en France tant que l’Exil perdure tout en vivant en citoyens loyaux et exemplaires ! Combien de frères et sœurs Juifs français ne m’avaient-ils pas fait part de leur projet ou décision de s’établir en « Erets-Yisroel » ! Parmi ceux qui sont effectivement partis, il y en a qui en sont revenus, amèrement déçus, d’autres sont tombés dans l’hérésie et se rendent complices et coupables des crimes du régime sioniste et son armée envers la population palestinienne et les pays voisins. N’est-ce pas une aspiration légitime d’être à Jérusalem ? Oui, mais…, c’est justement là, sur cette corde sensible que les sionistes travaillent les braves Juifs qui ne savent rien ou peu du sionisme ! Le retour sur notre terre est une promesse qui se réalisera quand nous aurons fait תשובה. Malheureusement, nos Rabbins, la plupart eux-mêmes contaminés, oublient et n’enseignent pas ou plus que nous les Juifs sommes en Exil et Dispersion par Décret Divin, et qu’il y a des conditions pour pouvoir retourner en Terre Sainte en tant que Peuple Juif !

 

Que faire ? Tout d’abord, sur le plan spirituel, il faut revenir à HaShem, s’imprégner de la Thora et des pensées de nos Sages, et sur le plan social, il faut prendre ses responsabilités en tant que citoyens. Par exemple, ne pas voter pour les politiciens qui sont de mèche avec les sionistes protégerait déjà nos pays. Gauche, droite, ça ne veut plus rien dire, il faut élire ceux qui ne sont pas à la botte du régime sioniste, mais qui se soucie de leurs concitoyens et qui ont une politique extérieure dont on ne doit pas avoir honte.

 

En ce qui concerne les attentats à Bruxelles, nous pouvons remarquer que les sionistes s’en servent aussi pour leur propagande. Bien qu’il n’y ait pas eu de morts parmi eux, ils ont sauté sur l’occasion pour s’en mêler. Ils surveillent même comment les faits sont rapportés. Ainsi les sionistes en Belgique s’en sont pris à un employé qui a utilisé le mot Palestine au lieu de « Etat d’Israel » disant que les Juifs se sont installés en terre de Palestine, ce qui est juste. Cet incident a été propagé dans la presse et cet employé qui ne reconnait pas l’Etat sioniste a perdu son emploi ! Il suffit d’avoir une opinion autre que les sionistes qu’ils sortent de leurs gonds !

 

Des documents prouvent que les sionistes sont derrière les attentats à Paris et à Bruxelles et qu’ils avaient même averti ; ils ont même prévu les secours d’une certaine ONG « United Hatzalah » qui collabore avec l’armée sioniste et qui est liée au Mossad qui furent sur place pour «assister les infirmiers venus soigner les blessés ».

 

Il est certain que nos politiciens portent une lourde responsabilité en négociant avec un régime criminel. D’ailleurs, je me demande pourquoi les membres de l’UE doivent toujours se trouver du mauvais côté quand ils doivent prendre position dans les affaires internationales, surtout concernant la Palestine où ils défendent les criminels sionistes, et l’Iran dont ils soupçonnaient d’utiliser le nucléaire à des fins militaires tout en sachant que ce n’est pas vrai !

 

Nous saluons toute initiative de la part de nos confrères Juifs de stricte observance qui veulent nous rejoindre dans la Résistance Juive antisioniste. Bien sûr, nous demandons d’être politiquement clair :

-         de boycotter les produits sionistes

-         d’avoir rompu toute relation avec les sionistes

-         de dénoncer les crimes contre la population palestinienne

-         de compatir avec les autres victimes du sionisme

-         d’exiger l’expulsion des sionistes hors de la Palestine Historique

-         d’exiger le retour des nombreux Palestiniens exilés depuis la Nakba

-         de souhaiter un Etat palestinien sans sionisme sous souveraineté palestinienne uniquement (pas de solution à deux-Etats, car cela revient à reconnaitre le sionisme.   

 

 Le combat contre le sionisme est un combat de tous les jours.

 

Que HaShem ait pitié de ses enfants, accepte notre תשובה et nous envoie משיח en vue de la גאולה שלימה. Que ce soit בב"א!

 

 

Hadassah BORREMAN
YECHOUROUN – JUDAISME CONTRE SIONISME
http://www.bloggen.be/yechouroun/

 

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15 avril 2016

Israël présente aux touristes une image de Jérusalem expurgée de la présence musulmane

Les touristes qui visitent la Vieille Ville de Jérusalem reçoivent de l’office du tourisme officiel, à la “Porte de Jaffa”, une carte qui les renseigne sur les principaux sites à visiter dans le cœur de la cité millénaire “trois fois sainte”. On y dénombre un seul site musulman, le “Dôme du Rocher”. Il y a aussi cinq sites chrétiens. Et puis, relève Haaretz,  le plan mentionne l’emplacement de douzaines de synagogues, de yeshivas et d’immeubles appartenant à des Juifs, “parmi lesquels beaucoup dont les guides locaux n’ont jamais entendu parler”.

La légende de la version du plan publiée en anglais énumère 57 sites dans la Vieille Ville. Aux côtés de l’Église du Saint Sépulcre, du Mur des Lamentations et du “Mont du Temple”, on y trouve la “Maison Wittenberg” – située dans le quartier musulman, elle porte le nom d’un riche rabbin qui l’avait acquise en 1987, et son caractère “historique” découle semble-t-il principalement du fait qu’Ariel Sharon y avait acquis un appartement vers la fin de sa vie – et toute une série d’autres – “Eliyahu House”, “IDF House”, “Danon House”, “Reut House”, “Habad House”,… – dont les raisons leur présence sur un plan touristique est quelque peu énigmatique. A ceci près qu’il s’agit toujours d’immeubles acquis par des Juifs dans le quartier musulman de la Vieille Ville, généralement – indique Haaretz – via l’organisation “à but non lucratif” Ateret Cohanim, dont le rôle pour chasser les Palestiniens de Jérusalemn a déjà été évoqué ici. Mais, comme l’écrit Nir Hasson, les raisons pour lesquelles ces sites pourraient intéresser les touristes ne sont pas claires.

L’unique site musulman mentionné sur le plan touristique  est le “Dôme du Rocher”. Il est évident que les auteurs du plan se sont donnés du mal pour éviter d’utiliser les noms arabes des différents lieux de la Vieille Ville. Par exemple, on y trouve les expressions “Har Habait”, “Temple Mt.” et “Mt. Moriah” pour désigner le “Mont du Temple”, mais les noms utilisés par la majorité des habitants de la Vieille Ville, à savoir “Haram al-Sharif” ou “Al-Aqsa” ont été soigneusement évités. En fait, la mosquée Al-Aqsa est illustrée, mais non nommée : la zone est désignée sous l’appellation “Écuries de Salomon”.

Le plan, écrit Nir Hasson, vire véritablement à l’absurde en fournissant une liste de tous les immeubles occupés par des Juifs dans le quartier musulman. Sur les 57 pastilles numérotées signalant un immeuble sur le plan, non moins de 25 leur sont consacrées, en plus de synagogues et de yeshivas dont même des guides touristiques expérimentés n’ont jamais entendu parler.

Évidemment, tout cela prend de la place, beaucoup de place, de sorte qu’il n’est pas resté un millimètre carré dispo­nible sur le plan pour renseigner l’emplacement de l’Église Sainte-Anne, non loin de la Porte des Lions, non plus que pour l’Église du Rédempteur, la seule église luthérienne, qui a la plus haute flèche de la Vieille Ville.

La “Via Dolorosa” est mentionnée comme un site, mais aucune de ses stations, où se pressent des millions de pèlerins chaque année, n’est renseignée. D’autres édifices chrétiens importants, comme le Monastère franciscain du Saint Sauveur, ne figurent d’aucune manière sur la carte.

Il y a certes dans la Vieille Ville peu de sites musulmans ouverts aux touristes en dehors du “Haram al-Sharif”, mais il y a pas mal de sites qui présentent un intérêt historique non négligeable, y compris pour les touristes. “Il y a 37 écoles coraniques, des fontaines publiques décorées, et le Palais de Lady Tunshuq, peut-être le plus grand édifice de la Vieille Ville”, dit le chercheur Shimon Gat, qui forme des guides touristiques. Manifestement rien qui soit digne d’intérêt pour le Ministère du Tourisme israélien, et on les cherche donc en vain sur la carte touristique.

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Le même parti-pris a cours pour représenter l’extérieur des remparts de la Vieille Ville. Sur le Mont des Oliviers, le quartier de Maaleh Zeitim où est installée une centaine de familles juives est indiqué, alors qu’il n’y a aucune trace des milliers de familles palestiniennes qui vivent dans cette zone. La yeshiva Beit Orot et le “City of David visitors’ center” (Centre des visiteurs de la Cité de David) sont indiqués, alors que les vastes quartiers palestiniens de A-Tur et de Ras al-Amud sont remplacés par les étendues uniformément vertes des collines, apparemment inhabitées.

Haaretz relève de nombreuses autres “erreurs”, sans doute pas toutes fortuites, comme cette rue “Neot David” mentionnée au cœur du quartier chrétien, alors qu’elle n’existe pas. La typographie elle-même est loin d’être innocente : les caractères utilisés pour indiquer le quartier juif sont nettement plus grands que ceux employés pour les quartiers musulman, chrétien et arménien, si discrets qu’on a du mal à les lire.

La carte porte le logo du Ministère du Tourisme israélien, qui ne nie pas y être pour quelque chose mais n’est pas en mesure de dire qui a passé commande et qui a supervisé l’édition par une compagnie nommée “Atir Maps and Publications”, qui elle-même se refuse à donner des détails sur les conditions de sa réalisation.

Certains guides qui accueillent les touristes à Jérusalem sont passablement énervés par cette carte. «Le Ministère du Tourisme attend de moi que je conduise une “diplomatie publique” pour Israël – explique l’un d’entre eux à Haaretz – mais comment suis-je supposé faire cela ? “Bonjour M. le Touriste, nous n’avons toujours pas décidé si nous sommes un pays ou un shtetl [1], et c’est la raison pour laquelle quelques fonction­naires ont fait disparaître 3.000 ans d’histoire de Jérusalem de la carte et à la place ils ont indiqué les maisons de leurs copains…».

Le Ministère israélien du Tourisme, lui, assure que le plan a été réalisé avec la collaboration des guides, en tenant compte de leurs recommandations, et en intégrant “les vastes connaissances qu’ils ont accumulées”. Sans rire ?

L.D.


[1] shtetl : ce mot yiddish désigne un village ou une petite ville d’Europe de l’est, peuplée majoritairement de Juifs vivant en autarcie plus ou moins complète et bien souvent dans la misère, avant la seconde guerre mondiale.

Source

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13 avril 2016

Rashid Khalidi: «Les frontières du Moyen-Orient sont brûlantes»

Rashid Khalidi: «Les frontières du Moyen-Orient sont brûlantes»
 
23 mars 2016 | Par Joseph Confavreux

Au-delà des « frontières artificielles » du Moyen-Orient, voulues par les puissances impériales, Daech pourrait-il réussir là où le panarabisme a échoué, en recomposant les cartes du monde arabe ? Entretien avec Rashid Khalidi, successeur d’Edward Saïd.         

    •                                                                           

Cent ans tout juste après les accords secrets Sykes-Picot, au moyen desquels les puissances impériales ont redessiné la carte du Moyen-Orient sur les décombres de l’Empire ottoman, la question des frontières a rarement été aussi brûlante dans la région.

L’organisation de l’État islamique met en scène, dans sa propagande, la destruction de la ligne de démarcation entre l’Irak et la Syrie, deux États qui pourraient bien disparaître dans leurs limites et compositions actuelles. Les Kurdes, déjà largement autonomes en Irak et en Syrie, aspirent de plus en plus ouvertement à un État-nation, inacceptable pour la Turquie. Certains jugent que la lutte contre Daech passera inévitablement par la reconnaissance d’une entité autonome pour les sunnites d’Irak. Quelques rêveurs espèrent encore une confédération des peuples arabes aujourd’hui désunis, bien que celle-ci supposerait une démocratisation profonde d’États rongés par l’autoritarisme et le clientélisme. Quant à la perspective d’un État palestinien viable, elle a rarement paru aussi lointaine…

Rashid KhalidiRashid Khalidi
L’historien américain d’origine palestinienne Rashid Khalidi observe le Moyen-Orient avec le savoir de l’historien et l’inquiétude lucide d’un homme situé entre plusieurs cultures, dans un moment où les adeptes d’une « guerre des civilisations » entre Orient et Occident ne cessent de gagner du terrain.

Il dirige le département d’histoire de l’université Columbia et est le titulaire de la chaire créée pour Edward Saïd en études arabes modernes. Il est notamment l’auteur de Palestine, histoire d’un État introuvable (Actes Sud, 2007), de L’Empire aveuglé. Les États-Unis et le Moyen-Orient (Actes Sud, 2004) et de L’Identité palestinienne (La Fabrique, 2003).

Il était, lundi 14 mars, au MuCEM (Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) de Marseille, pour le cycle de conférences Pensées du Monde,consacré cette année à « l’avenir des frontières », dont Mediapart est partenaire, et dont vous pouvez retrouver les vidéos intégrales ici. Sa conférence intégrale est accessible ici.

Quelles sont les conséquences présentes de la manière dont les frontières du Moyen-Orient ont été découpées pendant la Première Guerre mondiale, à l’heure où l’organisation État islamique a axé une partie de sa propagande sur la disparition de ces « frontières artificielles » ?

Rashid Khalidi. Daech a transformé les accords secrets signés voilà un siècle, en 1916, par le Britannique Mark Sykes et le Français François Georges-Picot, en une question politique brûlante et contemporaine, comme on l’a vu dans plusieurs vidéos où l’État islamique mettait en scène la destruction de postes frontaliers entre la Syrie et l’Irak, une démarcation issue de ces accords.

Mais au-delà de l’actualité, liée à l’action de Daech, de cette question des frontières, le fait que les contours des pays du Moyen-Orient aient été créés par des décisions prises par des puissances impériales hante le monde arabe depuis un siècle.

D’autant plus que les exemples de l’Iran ou de la Turquie, qui ont réussi à construire de puissants États-nations en résistant aux volontés impérialistes de diviser leurs territoires – puisque la Grande-Bretagne avait promis aux Arméniens et aux Kurdes un État autonome pendant la Première Guerre mondiale – agit, en creux, comme un rappel constant de la division et de la faiblesse des Arabes.

Carte du découpage du Moyen-Orient suivant les accords Sykes-PicotCarte du découpage du Moyen-Orient suivant les accords Sykes-Picot

Le mépris pour la volonté des peuples se trouvant dans ce qui était alors l’Empire ottoman n’a pas seulement nourri l’hostilité nationaliste vis-à-vis des puissances impériales, mais aussi la défiance vis-à-vis des élites arabes séduites par les modèles britannique ou français de démocratie libérale, que ce soit dans le cadre d’une République ou d’une monarchie parlementaire.

Pour la majorité des peuples arabes, la violence du démantèlement de l’Empire ottoman, accompli en fonction des intérêts économiques et des rivalités des puissances impériales, a été considérée comme l’échec des élites arabes libérales et comme une disqualification du modèle démocratique. Cette faillite des idées libérales, couplée à l’hypocrisie de puissances impériales faisant de la devise « liberté, égalité, fraternité » un symbole, tout en se comportant à l’inverse dans le monde arabe, a nourri l’installation, après la Seconde Guerre mondiale, de régimes militaires et autoritaires dans la plupart des pays arabes, après une série de coups d’État, notamment avec le parti Baas en Irak et en Syrie.  

La manière dont Daech attaque aujourd’hui les frontières « artificielles » et « impérialistes » du Moyen-Orient est-elle similaire à la dénonciation de ces mêmes frontières véhiculée par les nassériens égyptiens, ou les baasistes d’Irak ou de Syrie, après la Seconde Guerre mondiale ?

La rhétorique n’est pas identique, même si le carburant de l’humiliation est fondamental dans les deux cas. Même quand Daech développe des arguments anti-impérialistes contre les frontières actuelles, ils ne viennent pas du nationalisme arabe tel qu’il a été développé par les nassériens ou les baasistes. En dépit de l’existence, entre 1958 et 1961, d’une République arabe unie faite de l’union entre la Syrie et l’Égypte, les nationalistes arabes n’ont pas réussi à abolir les frontières. En particulier parce que si la règle du « diviser pour mieux régner » a bien été appliquée par les puissances étrangères, plusieurs divisions du monde arabe préexistaient, de longue date, aux accords Sykes-Picot.

Image de propagande de Daech montrant la destruction de la frontière Sykes-Picot par un bulldozerImage de propagande de Daech montrant la destruction de la frontière Sykes-Picot par un bulldozer
Daech peut facilement moquer ces nationalistes qui n’ont pas réussi à unifier le monde arabe et affirme vouloir, et pouvoir, effacer les frontières sur une base religieuse. Mais en dépit de cet objectif affiché, il agit avec un pragmatisme inédit que ne possédaient pas Al-Qaïda ou les talibans. Comme historien, je suis saisi de voir à quel point Daech constitue une alchimie très étrange entre des idées baasistes et des idées islamistes, ou qui utilisent l’islam.

Les gens qui dirigent l’organisation État islamique sont d’anciens cadres de l’Irak de Saddam Hussein que l’idiotie des décisions américaines, après l’intervention de 2003, a jetés dans les bras des extrémistes. Ces gens savent parfaitement gérer un État, avec férocité et brutalité, mais aussi avec efficacité. Ils sont donc soucieux des frontières, même s’ils sont également pris dans des rhétoriques religieuses, voire apocalyptiques.

Cette convergence entre l’idéologie djihadiste et le baasisme, un mouvement à l’origine séculier, date d’avant l’apparition de l’organisation de l’État islamique. Le régime irakien baasiste, affaibli par les mouvements d’opposition, sunnites ou chiites, a choisi, sur le tard et en réponse, de s’islamiser. Il avait symboliquement changé son drapeau pour y intégrer des références religieuses, en dépit de son histoire laïque. Les traumatismes successifs de la guerre avec l’Iran, de la guerre du Golfe, puis de l’occupation américaine après 2003, ont facilité des évolutions profondes de la société et permis ce type de retournements.

Comme historien, je constate que, même si Daech prétend revenir à un islam d’il y a plusieurs siècles, ses membres ne cessent de faire ce qu’ils prétendent rejeter, à savoir des « innovations », des « hérésies », qu’on désigne en arabe par le terme de bid’ah. Rien, dans leur prétendu « État islamique », ne ressemble à ce qui a existé dans d’autres États islamiques à travers l’histoire. La manière dont ils décapitent les gens au nom du Coran montre non seulement qu’ils sont ignorants du texte sacré, mais aussi qu’ils ne sont pas seulement les enfants d’un certain islamisme ou d’un certain baasisme, mais aussi, voire surtout, les enfants du XXIesiècle, capables d’allier la modernité technologique des réseaux sociaux à une propagande de violence, d’horreur et de brutalité qu’on avait déjà pu voir sous le nazisme.

Aux États-Unis, nous avons depuis longtemps des personnes fascinées par les images et les propos ultra violents. Mais il y en a aussi beaucoup au Moyen-Orient, qui se recrutent au sein de ces populations brutalisées par des années de guerre, qui s’avèrent particulièrement réceptives à cette propagande que nous ne faisons que renforcer lorsque nos armées bombardent des populations civiles.

Il faut avoir été bombardé, comme cela m’est arrivé à Beyrouth en 1982, pour comprendre ce que cela provoque sur les esprits et les corps. Depuis 1975 et la guerre du Liban, il y a eu l’Irak, et maintenant la Syrie. Bien sûr, il existe des problèmes endogènes aux sociétés arabes, mais les différentes ingérences et occupations n’ont fait que les aggraver. Al-Qaïda est un produit de la guerre en Afghanistan, et Daech celui de la guerre en Irak.

Comme historien, jugez-vous que le Moyen-Orient du début du XXIe siècle pourrait jouer le rôle des Balkans au début du XXe, et constituer l’étincelle d’un conflit mondial généralisé, notamment si l’Irak et la Syrie s’effondraient encore plus ?

Quatrième de couverture du Petit Journal du 2 juillet 1914Quatrième de couverture du Petit Journal du 2 juillet 1914

C’est une possibilité. Un nouveau président à la Maison Blanche, les Iraniens, les Turcs, les Saoudiens ou l’État islamique ont les moyens de déclencher un conflit incontrôlable. Mais si l’étincelle de la Première Guerre mondiale a été allumée dans les Balkans, ce sont les grandes puissances qui ont eu, ensuite, la responsabilité de faire la guerre. Aujourd’hui, les grandes puissances ont la responsabilité de vendre des armes et de ne jamais braquer l’Arabie saoudite, dont l’idéologie wahhabite s’est répandue grâce à l’argent du pétrole et constitue le cœur du problème.

Cette haine intolérable envers les chiites, et toutes les autres minorités, est devenue une forme d’orthodoxie sunnite explosive. Notamment car les chiites, que ce soit en Iran ou ailleurs, ne sont pas dénués de puissance. Et que l’Arabie saoudite, qui est une théocratie pétrolière, ne possède pas la légitimité populaire qu’a la République islamique d’Iran, même si beaucoup d’Iraniens revendiquent davantage de liberté et de démocratie. La guerre par procuration que se livrent les Iraniens et les Saoudiens, au Yémen, en Libye ou en Syrie, peut changer d’échelle et de degré, si les puissances occidentales laissent l’idéologie wahhabite s’accroître encore, parce que l’Arabie saoudite est un client auquel on n’ose rien dire. 

Pensez-vous que les frontières du Moyen-Orient décidées pendant la Première Guerre mondiale pourraient disparaître ou se transformer ?

Je suis historien et non futurologue, mais je ne suis pas sûr que ces frontières vont s’effacer. Ces frontières sont désormais là depuis un siècle, et de telles lignes, artificielles à l’origine, ont pris de la consistance. L’Irak et la Syrie sont devenus des États-nations, même si on peut envisager aussi leur effondrement et leur démantèlement.

En outre, de telles frontières fixées par les puissances impériales de l’époque existent partout dans le monde, en Asie, en Afrique, et pas seulement dans le monde arabe. Or, je constate qu’à part au Soudan, dans les Balkans et dans l’ancienne Union soviétique, ces lignes dessinées après la Première Guerre mondiale n’ont pas été modifiées. Bien sûr, des changements sur les frontières du Moyen-Orient sont envisageables, notamment du fait des revendications kurdes, des pressions subies par certaines minorités, des guerres civiles en Irak ou en Syrie. Mais en tant qu’historien, je constate qu’il est difficile de modifier des frontières qui existent depuis cent ans.

On voit bien que les Kurdes d’Irak pourront difficilement réintégrer un État irakien centralisé, et que les Kurdes de Syrie ont obtenu une autonomie de fait. Le futur du Moyen-Orient ne passe-t-il pas par des entités territoriales plus autonomes et réduites, peut-être davantage susceptibles de mettre un frein aux spirales de violences communautaires ou religieuses auxquelles on assiste, notamment en Irak et en Syrie ?

Il me semble effectivement impossible d’intégrer les Kurdes d’Irak à un État unitaire. Même chose pour les Kurdes de Syrie. Mais il me paraît aujourd’hui également impossible d’acter la fin certaine des entités irakienne ou syrienne. Une autonomie croissante de certains territoires est sans doute inévitable, mais cela peut s’envisager sans effondrement des pays qui existent actuellement. Il y a un an, on estimait le régime de Damas voué à une défaite historique ; aujourd’hui, alors que la guerre dure depuis cinq ans, ce n’est plus le cas. L’histoire doit laisser sa place aux changements conjoncturels de configuration.

Et à quelles conditions un projet, inverse, d’une confédération arabe élargie serait-il envisageable ?

Cette idée me paraît impossible tant que les peuples arabes auront des gouvernements qui ne représentent pas leurs aspirations. Même s’il existe quelques exceptions, avec des formes de représentativité au Liban, au Maroc, ou en Tunisie bien sûr, la plupart des régimes des pays arabes sont des dictatures qui foulent au pied la volonté des peuples et gèrent les biens de la société pour leur compte personnel, familial ou dynastique. Une union accrue du monde arabe ne saurait se faire sans démocratisation.

Mais il faut rappeler que cette situation bénéficie à d’autres, hors du monde arabe. Ces familles régnantes qui vivent sur le dos de leur société achètent à Paris, Londres ou New York des banques, des bâtiments, des institutions, des chaires d’université, des armes… Dans quel état seraient des grandes compagnies comme Airbus ou Boeing sans les achats massifs des compagnies du Golfe ? Dans quel état seraient les industries d’armement américaines ou européennes sans les conflits du Moyen-Orient ? L’Occident n’a aucun intérêt à voir émerger une grande entité confédérale démocratique dans le monde arabe.

Compte tenu de ce qui se passe aujourd’hui au Moyen-Orient, comment regardez-vous la situation de la Palestine ?

De façon très pénible et comme un symbole supplémentaire de la désunion des Arabes. La puissance actuelle d’Israël fait partie du problème, mais l’essence de celui-ci réside dans le fait que le mouvement national palestinien se trouve dans une période de recul. Les Palestiniens et les Arabes sont dans une situation de faiblesse et de division depuis la Première Guerre mondiale, alors qu’Israël, adossé aux États-Unis, n’a jamais été aussi puissant militairement et politiquement et a presque complètement absorbé la Cisjordanie.

Toutefois, le projet du Grand Israël, de plus en plus raciste et expansionniste, auquel nous assistons, n’existait pas comme tel en 1967. Or, ce projet est de plus en plus difficile à soutenir, que ce soit en Europe ou aux États-Unis. Ce tournant explique les crispations autour de la campagne BDS (Boycott – Désinvestissement – Sanctions). Dans le pays où je vis et enseigne, je constate qu’Israël ne cesse de perdre du soutien, chez les jeunes, dans les universités, parmi les syndicats ou les églises… Tout cela n’existait pas il y a encore vingt ans, et le virage à droite pris par Israël renforce son isolement.

Pourquoi la cause palestinienne a-t-elle reculé dans le monde arabe ? Peut-on imaginer que la Palestine soit intégrée à un projet de monde arabe redécoupé sur d’autres bases et dans d’autres frontières ?

Les guerres incessantes expliquent le recul de la cause palestinienne. Depuis 1975, avec le Liban, puis ensuite avec l’Irak et la Syrie, la guerre ne s’est jamais éteinte au Moyen-Orient. Comment voulez-vous, avec toutes ces guerres civiles, que les gens pensent à la Palestine ? En outre, si les peuples arabes ont soutenu les Palestiniens, les régimes arabes ne les ont jamais vraiment appuyés et, depuis la déclaration Balfour de 1917, ont toujours composé avec la volonté des grandes puissances qui voulaient un État juif en Palestine.

Sir Mark SykesSir Mark Sykes

Quant à l’idée d’intégrer la Palestine à une nouvelle entité arabe, elle me semble lointaine. Comment intégrer les Palestiniens dans le chaos syrien ou le système confessionnel qui régit le Liban ? L’histoire montre toutefois que tout est envisageable et que les transformations peuvent être rapides. Pendant la Première Guerre mondiale, les puissances impériales occupaient surtout les côtes du Moyen-Orient, au Liban ou en Palestine, et l’Assemblée de Damas représentait un vaste territoire arabe relativement unifié qui couvrait une surface allant bien au-delà de la Syrie actuelle. Mais les accords signés par Mark Sykes et François Georges-Picot, liés eux-mêmes à l’expansion du chemin de fer pour l’exploitation des ressources de la région, ont bouleversé tout cet équilibre. En dépit de leur caractère étonnamment durable, ils ne sont toutefois pas gravés dans le marbre pour l’éternité.

 

https://www.mediapart.fr/journal/international/230316/rashid-khalidi-les-frontieres-du-moyen-orient-sont-brulantes

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11 avril 2016

Six exemples de deux poids deux mesures de l’UE en faveur d’Israël

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Six exemples de deux poids deux mesures de l’UE en faveur d’Israël

Martin Konecny – EU Observer – 22 février 2016

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Dommages de guerre à Gaza : l’UE n’a jamais dit que les Palestiniens avaient le droit de se défendre. (Zoriah)

Au cours de ces derniers mois, le gouvernement israélien a intensifié ses accusations que l’UE emploie un « deux poids deux mesures » par rapport à Israël.

D’après le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, « il y a une tendance naturelle dans l’establishment de l’UE à prendre Israël pour cible et à le menacer avec des façons auxquelles les autres pays ne sont pas confrontés ». Cette allégation d’un deux poids deux mesures est devenue le point d’achoppement essentiel en ce qui concerne l’Europe, répété à chaque occasion.

Aussi, vérifions donc les faits. Ce que prétendent les Israéliens est-il vrai ? L’Europe demande-t-elle à Israël de respecter des règles différentes qu’aux autres pays ?

Eh oui : il se trouve que Netanyahu a tout à fait raison. L’Europe applique, effectivement, des deux poids deux mesures envers Israël – sauf qu’il se trouve que tous sont à l’avantage d’Israël plutôt que l’inverse. En voici six exemples.

 

Les droits de l’homme

L’UE n’a aucun sous-comité pour les droits de l’homme avec Israël, bien que de tels organismes fassent partie intégrante des relations de l’UE avec les pays méditerranéens partenaires, du Maroc au Liban.

Il y a des années, l’UE céda devant le refus d’Israël et accepta à la place un simple groupe de travail informel sur les droits de l’homme.

De la même façon, le plan d’action UE-Israël mis en place durant les dix dernières années comporte les engagements les plus minimes de tous les plans d’action de l’UE avec les pays voisins.

Bien que l’UE entretienne des relations plus profondes avec Israël qu’avec tous les autres pays de la région, la question des droits de l’homme fut inscrite tout au bas de la liste des priorités.

 

La Cour pénale internationale

L’UE soutient vigoureusement la Cour pénale internationale (CPI). Elle utilise les accords de commerce et de développement qu’elle a avec beaucoup de pays pour encourager ceux-ci à adhérer à la Cour de La Haye, et elle a retiré son aide au Soudan et au Soudan du Sud qui avaient refusé.

Mais dans le cas de la Palestine, les plus importants États de l’UE, dont le Royaume-Uni et la France, firent pression sur le Président Mahmoud Abbas pour ne déposer aucune demande d’adhésion, au motif que cela pourrait conduire à des poursuites contre les Israéliens et contre les Palestiniens pour crimes de guerre.

À l’époque, ils prétendirent qu’une participation de la CPI pourrait miner le (défunt) processus de paix israélo-palestinien. Pourtant, ces mêmes gouvernements déployèrent des efforts afin de faire adhérer à la Cour d’autres pays engagés dans des conflits – le Soudan, la Libye et la Syrie – via le Conseil de sécurité des Nations-Unies, et ils condamnèrent la Russie et la Chine pour avoir bloqué le dossier dans le cas de la Syrie.

Quand la Palestine rejoignit finalement la CPI, en avril 2015, ce fut la première fois que l’UE ne publia aucun communiqué de félicitations.

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Pour la première fois, l’Europe n’a pas « félicité » un nouveau membre de la CPI : la Palestine (Coalition pour la CPI)

 

Les sanctions

L’UE applique des sanctions contre plus de 30 pays à travers le monde. Les sanctions semblent être devenues sa réponse par défaut aux défis internationaux, avec leur utilisation qui s’est massivement accrue ces dernières années.

Mais Israël n’est pas sur cette liste.

Et ceci, en dépit de ses violations notoires, à grande échelle, du droit international et des droits humains dans les territoires occupés, violations qui rendent, qui plus est, la solution pacifique avec deux États au conflit pratiquement impossible ; l’expansion des colonies de peuplement en Cisjordanie n’en est qu’un exemple. Pourtant, l’UE n’applique même pas les sanctions les plus modérées contre ceux qui poussent à l’expansion coloniale, ou contre les colons extrémistes qui agressent violemment les Palestiniens et détruisent leurs biens.

Les rares mesures que l’UE a prises à ce jour – tel l’étiquetage différencié pour les produits des colonies – ne constituent pas des sanctions comme Israël aime à les qualifier. Elles ne font qu’assurer une application correcte de la législation existante de l’UE relative à sa non-reconnaissance d’une souveraineté israélienne sur le territoire palestinien occupé.

Par contre, pour souligner sa non-reconnaissance de la souveraineté de la Russie sur la Crimée, l’UE a imposé de vraies sanctions, d’une portée considérable, notamment en interdisant tout commerce et investissement dans la péninsule.

 

La sécurité

L’UE met souvent en avant son engagement pour la sécurité d’Israël, mais elle fait rarement mention de la sécurité des Palestiniens. Ceci en dépit du fait que ces derniers ont souffert de niveaux d’insécurité plus inquiétants et de loin, et d’un nombre beaucoup plus élevé de victimes durant les décennies de conflit.

L’UE affirme qu’Israël a le droit de se défendre contre les attaques palestiniennes, mais elle n’a jamais dit si les Palestiniens avaient un droit à se défendre contre les attaques israéliennes, dans les limites du droit international.

L’UE appelle aussi régulièrement les groupes militants palestiniens de la bande de Gaza à mettre fin à leurs tirs de roquettes et de mortiers sur Israël, mais elle n’appelle pas Israël à limiter ses agressions quasi-quotidiennes, qui sont reconnues aussi comme violant le droit international.

En 2015, il y  eut 35 attaques depuis Gaza, des attaques qui ne causèrent aucune victime et aucun dégât chez les Israéliens. Durant la même année, les forces israéliennes conduisirent 56 raids dans la bande de Gaza et ouvrirent le feu sur des Gazaouis dans plus de 600 cas, tuant 25 Palestiniens et en blessant plus de 1300.

Ces incidents ciblèrent souvent des civils qui ne représentaient aucune menace. Pourtant, les dernières conclusions du Conseil de l’UE sur le conflit ne prennent en compte, une fois de plus, que les tirs de roquettes par les militants palestiniens.

 

Les principes du Quartet

Dans le cadre du Quartet, l’UE exige que tout gouvernement palestinien reconnaisse Israël, qu’il accepte les accords antérieurs et qu’il renonce à la violence.

En 2006 et 2007, l’UE boycotta financièrement les gouvernements palestiniens, qui comprenaient le Hamas, car ils ne s’engageaient pas sur ces trois principes. La position de l’UE contribua à la scission politique désastreuse entre Gaza et la Cisjordanie qui perdure encore aujourd’hui.

Pourtant, ni le Quartet, ni l’UE, n’ont exigé que le gouvernement israélien adhère à ces mêmes principes. En réalité, Israël aurait du mal à satisfaire à l’épreuve : car il n’a pas reconnu la Palestine, il ne respecte pas les points essentiels des accords passés, dont les Accords d’Oslo et la Feuille de route, et il recourt fréquemment à la violence pour maintenir son occupation.

Mais plutôt que de faire appliquer ces mêmes principes tant aux gouvernements palestiniens qu’aux gouvernements israéliens, le Quartet les employa comme exigences unilatérales.

 

Les armes nucléaires

L’Europe tolère l’arsenal d’armes nucléaires non déclaré d’Israël et qu’il échappe à toute inspection internationale.

En fait, ce sont la France et la Grande-Bretagne qui, secrètement, aidèrent Israël à obtenir « la bombe » dans les années 1950 et 1960. L’Allemagne fournit toujours Israël en sous-marins subventionnés par son gouvernement, tout en sachant, semble-t-il, qu’Israël les équipe de ses missiles nucléaires.

Les Européens s’opposent souvent par leur vote aux résolutions demandant à Israël d’adhérer au Traité de non-prolifération (TNP), ce qui ouvrirait ses installations nucléaires aux inspections.

Le contraste est saisissant avec l’immense pression que l’UE met sur l’Iran afin qu’il restreigne son programme nucléaire, en dépit des différences entre les deux cas.

Indéniablement, les Européens – et les Allemands en particulier – ont une dette historique envers la population juive, qui influe sur leur position concernant les armes nucléaires d’Israël. Mais il n’en existe pas moins un deux poids deux mesures qui favorise Israël.

 

Redresser le déséquilibre

Certaines incohérences en politique étrangère sont inévitables – Israël n’est pas le seul domaine où l’UE se rend coupable de deux poids deux mesures. Les raisons du traitement privilégié d’Israël par l’Europe sont multiples, et beaucoup sont faciles à comprendre : affinité culturelle, culpabilité historique, sympathie pour les démocraties, et admiration pour les réalisations culturelles et scientifiques (et aussi pour les lobbies pro-Israël organisés).

Mais l’Europe a toutes les raisons de redresser son approche déséquilibrée du conflit israélo-palestinien et d’être plus impartiale. Après tout, comme le gouvernement israélien le dit très justement, le deux poids deux mesures « empêche l’UE d’être un médiateur sincère dans le conflit ».

Et alors qu’il n’existe aucun médiateur efficace, qui soit prêt à faire respecter les mêmes règles aux deux côtés, la possibilité même d’une solution pacifique est en train de disparaître rapidement, nous promettant plus de violence et d’instabilité aux portes de l’Europe, et plus de poids à un extrémisme mondial dans les décennies à venir.

Martin Konecny dirige le Projet européen pour le Moyen-Orient (EuMEP), une ONG basée à Bruxelles.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: EUOberserver

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10 avril 2016

Les menaces du gouvernement israélien contre les défenseurs palestiniens des droits de l’homme

[Note de l’AURDIP : Yisrael Katz, ministre du renseignement israélien, préconise « l’élimination civile » des dirigeants de la campagne de Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS), sans qu’aucun gouvernement occidental ne proteste. Omar Barghouti, cofondateur de la campagne BDS, réagit à l’escalade des menaces israéliennes.]

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Certains sur cette liste, y compris des journalistes, m’ont écrit ou ont exprimé leur inquiétude quant aux menaces récentes du ministre du gouvernement israélien sur le « meurtre civil ciblé » de « leaders » et de militants BDS.

Il y a bien sûr de bonnes raisons de s’inquiéter sérieusement quand des ministres d’un gouvernement quel qu’il soit font semblables menaces contre des défenseurs des droits de l’homme. Aussi, imaginez le sérieux des menaces quand elles viennent d’un régime d’occupation, de colonialisme de peuplement et d’apartheid, de plus en plus paria et hors-la-loi, qui pratique des assassinats extrajudiciaires en toute impunité contre les Palestiniens et qui considère même les dissidents sionistes israéliens qui osent révéler les crimes de guerre israéliens – sélectionnés et auto censurés – comme des « traîtres. »

Il vaut la peine de se souvenir qu’en 1995, le premier ministre faucon israélien Yitzhak Rabin a été assassiné par un juif israélien fanatique influencé par une campagne traitant Rabin de « traître. » Les leaders israéliens actuels se turent ou furent même impliqués dans cette campagne de provocation.

Les Palestiniens se souviendront toujours de Rabin comme du leader israélien qui a ordonné et orchestré le nettoyage ethnique des villes palestiniennes de Lydda et Ramleh en 1948. On s’en souviendra aussi comme du ministre de la « défense » qui lors de la première Intifada (1987 – 1992) donna l’ordre à ses soldats de « rompre les os » des enfants palestiniens capturés et des jeunes pour les empêcher de jeter des pierres aux forces d’occupation.

Pourtant, l’atmosphère à l’époque était significativement plus « civile » qu’elle ne l’est maintenant ! Le système « judiciaire » israélien prétendait encore être indépendant et professionnel ; les colons n’avaient pas le contrôle effectif qu’ils ont maintenant.

Le niveau d’impunité criminelle qui imprègne maintenant l’establishment israélien a poussé le sénateur US Patrick Leahy à demander au Secrétaire d’État John Kerry d’enquêter pour savoir si l’argent des impôts aide Israël à commettre des « assassinats extrajudiciaires » de Palestiniens.

Ce n’est pas tous les jours qu’un sénateur d’un tel rang affirme courageusement que l’on doit aux contribuables américains de passer en revue l’aide militaire à Israël au vu de ses « graves violations des droits humains ». Après tout, la loyauté au régime d’oppression d’extrême droite israélien est une priorité bien plus haute pour le Sénat américain qu’il ne l’est pour le contribuable américain.

Revenant à la menace voilée du gouvernement israélien de frapper les militants BDS, voici les faits.

Comme l’ont rapporté les médias israéliens, le ministre du renseignement Yisrael Katz a dit (hébreu ici) lors de la plus grande conférence anti-BDS israélienne tenue le 28 mars à Jérusalem, qu’Israël devrait s’engager dans des « éliminations civiles ciblées » de « leaders » BDS avec l’aide du renseignement israélien, en utilisant intentionnellement des termes qui font référence à l’expression utilisée en hébreu pour « assassinats ciblés ». Mon nom a été mentionné dans ce contexte.

Voici le lien vers YouTube pour les discours du ministre de l’Intérieur Arieh Deri et du ministre de Renseignement Yisrael Katz. Ils sont traduits professionnellement et exactement sous-titrés par un militant juif israélien des droits humains (et collègue).

Plusieurs de mes collègues (Palestiniens, internationaux et militants juifs israéliens BDS BDS prééminents) et moi-même nous sentons alarmés et sérieusement inquiets pour notre sécurité physique après cette menace de haut niveau.

Nous ne paniquons pas, ceci va sans dire, et ceci n’entravera en rien notre activité pour les droits de l’homme. Mais nous ne prenons pas non plus de telles menaces à la légère.

Nous sommes toujours en train de faire le compte des menaces et des attaques faites par d’autres ministres du gouvernement et leaders politiques, comme Ayelet Shaked (ministre de la Justice), Gilad Erdan (ministre des Affaires stratégiques et czar anti-BDS ), etc. contre le mouvement BDS (et contre moi nommément désigné),

Dans sa déclaration, le ministre Yisrael Katz joue sur l’expression officielle de l’armée israélienne pour les assassinats, « élimination ciblée » et y ajoute « civile ».

Comme les collègues israéliens l’ont indiqué, ajouter « civil » à une expression utilisée depuis bien des années par les dirigeants israéliens pour indiquer « assassinats » est pour le moins ambigu.

Le BDS est un mouvement mondial des droits humains non violent dirigé par le Comité national palestinien BDS (le BNC), la plus vaste coalition de la société civile palestinienne. Établi en 2005, au premier anniversaire de l’avis de la Cour internationale de justice contre le mur israélien, le BDS appelle à la réalisation des droits fondamentaux des Palestiniens conformément au droit international.

Le mouvement BDS est ancré sur la Déclaration universelle des Droits de l’homme et rejette, par conséquent, toute forme de racisme et de discrimination sur la base de l’identité, y compris l’antisémitisme.

Au cours des deux dernières années, Israël a mené désespérément une guerre juridique contre BDS après avoir échoué pendant 10 ans à ralentir la montée impressionnante du mouvement. Israël concocte un environnement, en France, en Grande-Bretagne, aux USA, au Canada, en Allemagne, en Australie et ailleurs comparable au McCarthyisme, en promouvant une suppression extrême des libertés civiles et de la liberté d’expression.

Néanmoins, c’est la première fois qu’un ministre d’un gouvernement israélien incite si violemment contre les défenseurs palestiniens des droits humains.

Comme Katz nous en a averti ouvertement dans sa déclaration, les services de renseignement israéliens prévoient de fabriquer des liens supposés entre « leaders » BDS et « organisations terroristes ». Au-delà du simple objectif de nous salir, cette campagne d’intimidation de type mafieuse prépare implicitement le terrain pour des agressions physiques contre nous, particulièrement au vu de l’atmosphère toxique
qui règne en Israël.

Le Grand rabbin israélien de la communauté séfarade appelle au nettoyage ethnique de tous les « non-juifs » de la « terre d’Israël ».

Un leader des colons juifs a qualifié les Palestiniens et les autres chrétiens de « vampires suceurs de sang » qui devraient être « expulsés » d’Israël. Il a appelé à incendier encore plus de nos églises, après que de nombreuses églises et mosquées palestiniennes aient déjà été incendiées par des colons d’extrême droite protégés, et par conséquent soutenus, par l’armée israélienne, les forces de sécurité et l’appareil judiciaire.

Les colons qui ont brûlé à mort le bébé palestinien Ali Dawabsheh et ses parents l’an dernier puis qui ont célébré leurs actes de terrorisme macabre n’ont pas encore été condamnés pour les meurtres. Ceci a naturellement encouragé d’autres colons à incendier la maison du témoin restant du crime, l’oncle d’Ali.

Résumant un sentiment croissant parmi les dissidents israéliens, le grand journaliste Gideon Levy a qualifié 2015 d’« année de fascisme israélien flagrant et éhonté. » Je me demande comment Lévy pourra décrire 2016 quand l’année finira.

C’est dans ce contexte spécifique de racisme rampant, de criminalité et de totale impunité qu’il faut lire la menace d’ « éliminations civiles ciblées » du ministre Katz. Dans la société israélienne d’aujourd’hui, comme le remarque justement le sénateur Leahy, les soldats, les forces de sécurité et les colons armés se tirent sans difficulté du meurtre de Palestiniens.

En réalité, l’« assassinat civil ciblé » peut très bien être compris par des colons d’extrême droite et par d’autres éléments extrémistes en Israël comme une autorisation à tuer par un « civil » plutôt que par l’appareil militaro-sécuritaire.

Bien que Katz tourne autour du pot et évite de définir précisément l’expression, son affirmation que certains leaders et militants BDS sont liés au « terrorisme » et aux « organisations terroristes » ne fait qu’augmenter entre les lignes ce permis de tuer.

L’administration US et l’Union Européenne sont bien sûrs aussi responsables de cette impunité criminelle. Outre de fournir la bouée de sauvetage du régime israélien d’apartheid et d’occupation, de l’armer jusqu’aux dents et de le protéger de toute sanction internationale sérieuse depuis des décennies, les USA et l’UE ont envoyé leurs ambassadeurs à Tel-Aviv participer à cette conférence israélienne anti-BDS. Ils n’ont toujours pas pipé mot pour protester contre la menace implicite de neutralisation des défenseurs des droits de l’homme qui y a été faite.

Ceci correspond à un feu vert tacite des USA et de l’UE à Israël pour qu’il poursuive sa guerre maladive et illégale contre le mouvement non-violent BDS et ses principaux militants, en Palestine et autour du monde.

C’est la raison pour laquelle je suis sérieusement inquiet pour ma sécurité physique et pour celle de mes collègues Palestiniens, Israéliens et internationaux. Nous tenons le gouvernement israélien pour responsable de tout dommage physique pouvant être infligé sur l’un d’entre nous en conséquence de cette tentative ignoble de nous faire taire.

Nous tenons aussi l’administration US et l’UE pour partiellement responsables d’une quelconque de ces attaques éventuelles.

Indépendamment de leur position sur leur BDS, nous appelons les organisations des droits humains et les citoyens du monde concernés par les droits civils et les droits humains à prendre une position claire pour défendre notre droit à promouvoir le BDS, en tant que question de conscience et de libre expression. Nous les appelons aussi à condamner sans ambiguïté cette provocation sans précédent du gouvernement israélien à la violence contre les défenseurs des droits humains, Palestiniens et autres.

Moshe Dayan a dit qu’« Israël doit être comme un chien fou, trop dangereux pour qu’on l’embête. » Le régime israélien actuel suit scrupuleusement l’avis de Dayan. Mais on peut arrêter les « chiens fous ». En fait, il faut arrêter les chiens fous, car personne ne peut dire qui ils mordront ensuite.

Omar Barghouti

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20 mars 2016

« quinzaine culturelle palestinienne »

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Dans le cadre de la « quinzaine culturelle palestinienne »
Invitation à tous et à toutes,
vous êtes cordialement invités au vernissage de l' Exposition du peintre palestinien Michel Najjar à Liège

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« Michel Najjar a connu l’expulsion de sa ville natale d’Acca en 1948. Il a vécu dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban. Lorsqu’en 1982 Israël envahit le Liban, Michel est à Beyrouth. Comme membre de la section culturelle de l’OLP, il parcourt le monde. En 1983, il s’installe à Bruxelles. Opposé aux Accords d’Oslo de 1993, il poursuit le combat pour son peuple à travers la culture. En 1998, 50 ans après son expulsion, il a eu l’occasion de revisiter sa ville natale comme… Belge, puisque les Palestiniens expulsés en 1948 n’ont toujours pas le droit de retour. »
Interview de Michel Najjar, retraçant sa vie, depuis Haifa à Bruxelles.
Et à travers lui, une certaine histoire de la Palestine...
https://vimeo.com/12046982



Exposition du peintre palestinien Michel Najjar
accessible gratuitement du 19 au 30 mars 2016
(Ouverture : lu-me-je-ve-sa-di de 10 à 18 h)
Musée Curtius, Rue Féronstrée, 136 à 4000 Liège
Auditorium
>> Vernissage le 23 mars à 18 h

https://www.facebook.com/events/1299495340066757/

 

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13 mars 2016

Shireen et Medhat Issawi condamnés par les tribunaux israéliens

 

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Par

L’activiste et avocate palestinienne Shireen Issawi et son frère Medhat Issawi ont été condamnés lundi 7 mars respectivement à quatre et huit ans de prison en Israël, au cours de leur audience qui a eu lieu au tribunal central de Jérusalem. Celle-ci avait déjà été reportée à plusieurs reprises, et tous deux sont déjà emprisonnés depuis deux ans.

Shireen et Medhat Issawi condamnés par les tribunaux israéliens

 

Session de mascarade de justice pour Shireen et Medhat Issawi, dont le principal délit est d'être Palestiniens
Activiste et avocate palestinienne éminente, Shireen Issawi est connue à l’échelle internationale en tant que porte-parole de la campagne de soutien à son frère, Samer Issawi, pendant ses longues grèves de la faim en 2012 et 2013 par lesquelles il avait gagné sa liberté. Il avait été libéré de prison en 2011 lors de l’accord d’échange Wasa-al-Ahar entre les autorités d’occupation et la résistance palestinienne puis remis en prison car accusé d’avoir franchi les frontières de la municipalité de Jérusalem, ce qui constituait une violation des termes de sa libération. Après avoir été libéré en 2013, il fut une nouvelle fois arrêté en juin 2014 avec des dizaines d’anciens prisonniers et vit sa peine initiale de 26 ans de prison réinstituée. La libération de tous ces Palestiniens ré-emprisonnés est aujourd’hui une revendication majeure des forces politiques palestiniennes.

Shireen, 34 ans et Medhat, 40 ans, ont été accusés de communiquer et de fournir des fonds aux prisonniers palestiniens qu’ils représentaient légalement à travers le Bureau de Jérusalem pour les affaires juridiques et commerciales (Al Quds Office for Legal and Commercial Affairs), bureau qui servait de liaison à la fois entre les prisonniers palestiniens et leurs familles, souvent privées de leur droit de visite, mais également entre les prisonniers et leurs avocats palestiniens et israéliens. Les Issawi remettaient ainsi de l’argent aux prisonniers au nom de leurs familles. Jérusalémites – c'est-à-dire résidents palestiniens de Jérusalem dont la carte d’identité leur permet de circuler plus librement - ils pouvaient ainsi se déplacer en Palestine et rendre visite aux prisonniers.

En vertu des lois israéliennes qui déclarent toutes les organisations politiques palestiniennes « organisations interdites » et qui considèrent la communication avec celles-ci, y compris pour les familles, comme une forme de soutien, Shireen et Medhat Issawi ainsi que d’autres avocats et personnel juridique ont été perquisitionnés, espionnés, emprisonnés et accusés de participer à des activités en faveur des prisonniers palestiniens, notamment en leur transmettant des messages de leurs familles empêchées de leur rendre visite et en déposant de l’argent sur des comptes à leurs noms pour les dépenses liées à la « cantine » (magasin de prison pour la vente de biens aux détenus palestiniens).

Ils ont donc été accusés de soutien à des « organisations interdites » - des partis politiques palestiniens, comprenant le Hamas, le Djihad Islamique, le Front populaire de Libération de la Palestine et d’autres - et dont leurs clients étaient membres.

Shireen a été arrêtée le 7 mars 2014 et son frère une semaine plus tard, le 13 mars 2014. Medhat avait déjà passé 20 ans de sa vie dans les geôles israéliennes tandis que Shireen avait été placée en résidence surveillée et interdite d’exercer son métier d’avocate pendant un an, une fois encore pour avoir soutenue les prisonniers palestiniens.

Les Issawis ne sont pas les seuls avocats et travailleurs juridiques palestiniens menacés par les forces d’occupation. Amjad Safadi, 39 ans, avocat palestinien de Jérusalem, a été détenu pendant 50 jours d’interrogatoire dans le centre de détention de Moskobiyeh. 5 jours après sa libération, il a été retrouvé pendu à son domicile familial à Jérusalem, le 29 avril 2014. Il avait été arrêté le 6 mars, ainsi que cinq autres avocats pour des accusations de l’occupant similaires à celles des Issawi.

Shireen et Medhat ont reçu de nombreux soutiens internationaux, à l’image du Barreau des Avocats britanniques et du Pays de Galles (Law Society of Britan and Wales) demandant leur libération, et de la fondation Alkarama qui a remis le prix Alkamara 2014 pour les défenseurs des droits de l’Homme à Shireen.

Le réseau de solidarité des prisonniers palestiniens Samidoun s’élève contre la condamnation et l’emprisonnement de Shireen et Medhat Issawi, et exige leur libération immédiate, ainsi que la fin de la persécution et du ciblage des avocats palestiniens et des travailleurs juridiques pour fournir des services de bases aux prisonniers politiques palestiniens et rompre leurs isolements.

En outre, nous notons que l’ensemble du système de criminalisation des parties politiques palestiniens et de la résistance palestinienne sous l’appellation d’ « organisations interdites et terroristes » soumises aux ordres militaires est un mécanisme et une stratégie majeure de la puissance occupante et de l’apartheid israélien pour supprimer et réprimer la vie politique palestinienne et la lutte pour la liberté. Nous notons aussi que cette criminalisation de la part de l’occupant se retrouve à l’échelle internationale par le biais des listes « d’organisations terroristes » qui permettent de soutenir l’occupation israélienne, l’apartheid, et la colonisation en criminalisant et en réprimant l’organisation politique palestinienne et le combat de l’intérieur comme de l’extérieur pour la Palestine.

Nous demandons également les libérations immédiates de Samer Issawi, Samer Mahroum et plus de soixante prisonniers palestiniens - dont les peines ont été arbitrairement réimposées à la suite de leurs libérations dans un échange de prisonniers, considérant cette stratégie comme un mécanisme de pression envers la résistance palestinienne mais aussi envers le peuple palestinien tout entier - et demandons la liberté pour les 7.000 prisonniers palestiniens actuellement détenus dans les prisons israéliennes.

 

Source : Samidoun.ca

Traduction : PLL

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L’entité sioniste veut effacer les Palestiniens en silence

 

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Le raid mené par le Shin Bet et l’armée sioniste sur les locaux de « Falastin El-Yom », chaîne palestinienne d’information et sur les studios de « Transmedia » à Ramallah, à l’aube du 11 mars, témoigne de l’importance des médias palestiniens dans la dénonciation des crimes de l’occupation. Lors de la réunion du cabinet restreint des dirigeants sionistes, la veille, pour mettre fin à l’Intifada al-Quds, fut prise la décision de supprimer la voix palestinienne, accusée d’incitation : incitation à la haine de l’occupant, à la poursuite de l’Intifada al-Quds, bref, incitation à refuser l’occupation et la colonisation de la terre palestinienne. 

Car les sionistes, dirigeants et colons, médias et divers appareils, considèrent que tout refus de leur arrogance coloniale et toute information sur les crimes qu’ils commettent, relèvent de l’incitation. Eux qui sont les maîtres de la propagande mensongère, qui diffusent à longueur de journée, et sur toutes les chaînes nationales et privées dans le monde, leurs visions et leurs versions étriquées et leur venin colonial, ne peuvent supporter que quelques chaînes d’information, quelques sites internet et quelques radios, racontent ce qui se passe sur le terrain, en Palestine occupée. Ils ne peuvent plus supporter les chants de la résistance ni les photos de leurs victimes, martyrs tués de sang-froid et abandonnés sans secours jusqu’à ce qu’ils meurent. Ils ne peuvent plus supporter que les médias palestiniens montrent les raids et incursions sur les familles palestiniennes et le kidnapping de leurs enfants, sous prétexte que ces derniers ont jeté des pierres sur les troupeaux de colons, ces brutes sanguinaires qui n’hésitent pas à brûler vifs des enfants palestiniens, à arracher les arbres parfois centenaires, à rouer de coups des vieillards dans leurs champs et à écraser des enfants et des femmes avec leurs voitures, sur les routes coloniales.

Ces crimes, l’entité coloniale sioniste veut les exécuter dans le silence. Rien que depuis le déclenchement de l’Intifada al-Quds, des dizaines de journalistes ont été arrêtés, frappés et blessés. Le journaliste Mohammad al-Qiq fut également accusé d’incitation, parce qu’il a soutenu la révolte de la jeunesse palestinienne contre l’occupation. Il a été arrêté et placé en détention administrative. Mohammad al-Qiq a refusé sa détention et mené la grève de la faim pendant trois mois. Les journalistes palestiniens et les organes de presse pour lesquels ils travaillent sont la cible de l’armée d’occupation, non seulement depuis l’Intifada al-Quds, mais depuis qu’ils sont devenus la voix de la liberté, la voix de leur peuple en lutte, comme en témoignent les raids aériens ayant visé les locaux de la presse à Gaza, lors des guerres d’extermination menée par les sionistes (de 2008 à 2014).

Lors de la fondation de l’entité coloniale sur la terre palestinienne en 1948, les colons avaient bénéficié de la propagande mondiale pour masquer leurs crimes et massacres. Colons européens ayant bénéficié de la technologie avancée de l’Occident impérialiste, ils ont, pendant des décennies, diffusé leurs mensonges et masqué leurs pratiques criminelles. Les Palestiniens ne pouvaient compter à l’époque que sur leurs propres efforts et les voix arabes et amies dans le monde pour modifier l’image des colons « pacifiques venus  planter le désert » ou de l’îlot de la « démocratie dans la mer moyen-âgeuse des Arabes », disaient-ils et disent-ils encore.

Mais, depuis des dizaines d’années, les choses ont changé, à cause de la volonté de résistance du peuple palestinien et des peuples arabes. A côté des armes à feu, la résistance est parvenue à transformer ses médias, pourtant boycottés par les puissances mondiales, en vrais outils d’information sur la lutte de leurs peuples contre l’invasion coloniale et leurs complices dans le monde.
« Les Palestiniens qui ne possèdent rien peuvent tout faire » a déclaré un journaliste sioniste. En effet, les hackers palestiniens, furieux des raids sionistes menés la veille contre les médias palestiniens, ont décidé de sévir, en infiltrant les chaînes sionistes pour diffuser des images de l’Intifada al-Quds. Les médias palestiniens ne plient pas et ne se croisent pas les bras. Ils poursuivent leur combat contre l’entité coloniale sioniste et leurs complices dans le monde. Non seulement ils dénoncent les crimes de l’occupant, mais ils montrent le visage humain des résistants en armes, des prisonniers et de leurs familles, des fermiers en lutte contre les colons, des bédouins du Naqab en lutte contre la machine de destruction sioniste, des citadins palestiniens de Yafa et Akka en lutte contre la judaïsation de leurs villes, et des « mourabitat » pacifiques face aux soldats armés jusqu’aux dents, devant les portes de la mosquée al-Aqsa dans al-Quds et des réfugiés dans les camps du Liban en lutte contre les récentes mesures de l’UNRWA . Les médias palestiniens, même d’importance inégale, ont acquis une réputation sinon internationale, du moins arabe. Et les sionistes en suffoquent !

Car ils avaient compté sur la complicité internationale (notamment la France qui vient de supprimer la chaîne al-Aqsa du satellite Eutelsat) et la complicité des régimes arabes inféodés à l’Occident impérialiste, pour faire taire la voix des résistants. Une grande partie des médias arabes s’est d’ailleurs détournée de la Palestine, et sur les milliers de chaînes offertes aux citoyens des pays arabes, à peine une dizaine d’entre elles informe sur la réalité palestinienne . Cependant, la voix de la résistance palestinienne parvient aux principaux intéressés. Elle constitue, en l’absence des organes politiques unis du peuple palestinien, dispersé par la colonisation sioniste, un des principaux moyens d’unification de la parole et de la vision palestinienne, autour de la résistance et autour de la lutte pour les droits palestiniens. Même d’importance inégale, les médias palestiniens sont parvenus à représenter la voix de leur peuple, grâce également aux multiples débats organisés, portant sur des multitudes de sujets. C’est aussi pourquoi les sionistes et leurs complices dans le monde n’en veulent pas !

La guerre n’est pas terminée. Les sionistes et leurs alliés dans le monde trouveront encore des moyens pour briser notre révolte, et nous redoublerons d’efforts pour élargir la portée de la voix de la résistance. Ni CPI, ni ONU, ni Union européenne, ni organismes des droits de l’homme ne feront pression sur l’entité coloniale, à moins d’exiger des contreparties de notre part. Or, nous sommes dans le droit, notre pays est occupé, nous avons non seulement le droit de le libérer, mais le devoir de le faire, par tous les moyens à notre disposition. Les médias représentent un de ces moyens. Et nous comptons sur nos amis dans le monde, les amis sincères qui ne peuvent être achetés par l’argent sale, et sur les peuples conscients des dangers du sionisme sur leur avenir, pour nous aider à développer et diffuser la voix des résistants et de la résistance.

Fadwa Nassar
12 mars 2016

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12 mars 2016

Pourquoi il est dangereux de confondre Hamas et Daesh

par Belal Shobaki, le 22 Février 2016

Palestinians Hamas supporters take part in a rally ahead of the 27th anniversary of the movement founding, in Jabaliya in the northern Gaza Strip December 12, 2014. Photo by Ashraf Amra

Des supporters palestiniens du Hamas prennent part à un rassemblement à l’approche du 27 ème anniversaire de la fondation du mouvement, le 12 décembre 2014 à Jabaliya au nord de la Bande de Gaza. Photo d’Ashraf Amra

 

Alors que les efforts d’Israël pour lier au terrorisme mondial la résistance palestinienne à son occupation militaire ne sont pas nouveaux, cet Etat a développé sa propagande en direction de ses auditoires aussi bien arabes qu’occidentaux. En agissant ainsi, il est clair qu’il cherche à exploiter l’aversion mondiale envers les mouvements qui ont dérivé vers l’extrémisme et le terrorisme, tout en prétendant représenter l’Islam. « Le Hamas c’est ISIS et ISIS c’est le Hamas », a déclaré en 2014 aux Nations Unies le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Pourtant, mieux que n’importe qui, Netanyahu et le monde politique israélien savent que le Hamas et Daesh n’ont pas de liens, comme le savent les régimes arabes qui mettent tous les mouvements islamiques dans le même sac pour arriver à leurs propres fins. (1)

Non seulement le Hamas et Daesh n’ont pas de liens, mais ils sont des ennemis implacables, et Daesh a dénoncé le Hamas comme mouvement apostat. L’analyste politique d’Al-Shabaka, Belal Shobaki, examine les principales façons dont le Hamas diffère de Daesh, y compris son approche de la jurisprudence, sa position concernant la nature de l’État et ses relations avec les autres religions. Il défend l’idée qu’il est spécialement important pour le mouvement national palestinien de réfuter les tentatives de confusion entre Hamas et Daesh et fait remarquer les dangers de ne pas le faire.

Favoriser un gain politique à court terme

La confusion Hamas Daesh ignore la réalité du terrain. L’environnement politique en Palestine se définit par l’occupation, alors que l’environnement politique dans les pays arabes où Daesh a émergé se définit par l’autoritarisme et la répression ainsi que les conflits sectaires et religieux, environnement idéal pour qu’émerge une idéologie radicale alimentée par une violence aveugle.

Pour Israël cependant, la tentative de lier les deux peut être payante régionalement et internationalement. De nombreux médias arabes n’ont aucun scrupule à faire référence à cette organisation terroriste comme à un Etat « islamique » bien que cela n’ait rien à voir, tandis que de nombreux médias occidentaux adoptent, sans vérification, la confusion israélienne entre Hamas et Daesh. Les régimes arabes n’ont pas envie de défendre l’image du Hamas. Même l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) ne semble pas concernée par la défense de l’image internationale du Hamas étant donné la division politique entre le Fatah et le Hamas.

On considère le Hamas comme faisant partie des Frères Musulmans qui sont perçus comme une menace pour les régimes autoritaires arabes, particulièrement dans le Mashreq. C’est ainsi qu’une façon, pour les régimes arabes, de combattre les Frères Musulmans, c’est de déclarer qu’ils sont sur le même terrain que Daesh ou qu’ils sont même synonymes, comme le déclare le régime égyptien, puis d’utiliser ceci comme une façon de justifier l’exclusion des Frères Musulmans d’une participation à la vie politique.

Les développements rapides de ces cinq dernières années en Egypte, pays offrant la seule sortie possible de la Bande de Gaza palestinienne, ont poussé le Hamas dans son économie souterraine des tunnels. La posture égyptienne officielle après le coup d’État d’Abdel Fatah Sisi contre le président élu Mohammed Morsi s’est durcie contre la Bande de Gaza, en prétendant que le Hamas avait collaboré avec les groupes jihadistes dans le Sinaï, même discours que celui promu par Israël et ses médias. Ce discours est cependant erroné. D’une part, il est trop risqué pour le Hamas de maintenir une relation étroite avec les jihadistes du Sinaï, alors que, d’autre part, ils combattent ceux qui adoptent la même idéologie à Gaza. Les seuls liens noués par le Hamas avec ces groupes l’ont été pour assurer les besoins de l’enclave assiégée par Israël et l’Egypte. Cette interaction n’est pas motivée par une identité idéologique partagée ou par une inimitié partagée envers le régime égyptien. En réalité, le Hamas a ardemment souhaité conserver l’ouverture de lignes de communication avec le régime égyptien, même quand des accusations de confusion du Hamas avec les groupes salafistes jihadistes du Sinaï ont été portées dans les médias. Le Hamas a également dit avec insistance qu’il souhaitait vivement reconstruire sa relation avec l’Egypte afin d’assurer licitement le flux des marchandises, des services et des personnes vers Gaza.

Il est important de réfuter ce discours qui concerne l’un des plus importants mouvements politiques palestiniens : Exclure les islamistes modérés de la vie politique comporte le risque de pousser la société palestinienne vers le radicalisme, auquel cas et le Fatah et le Hamas se retrouveraient à combattre les groupes takfiri. Le débat qui suit démontrera les vraies différences entre Hamas et Daesh aussi bien que la vraie inimitié qui existe entre eux.

Différences de doctrine

Le Hamas se positionne comme un mouvement islamique centriste et comme une extension des Frères Musulmans, avec une autorité jurisprudentielle rationnelle, alors que Daesh adopte une approche qui a à voir avec les textes musulmans isolés de leur contexte historique et refuse de les interpréter en accord avec les développements actuels. Ce qui fait que, pour Daesh et d’autres groupes takfiri en général, des mouvements tels que le Hamas sont laïques et non-islamiques, puisque le Hamas est essentiellement un mouvement de résistance à l’occupation israélienne et qu’il fait confiance à une autorité musulmane modérée. En plus, le Hamas ne prend pas les textes musulmans à la lettre ; il autorise l’ijtihad – interprétation et utilisation de la discrétion. Certains spécialistes ont classé ces mouvements selon une ligne horizontale avec, à droite, les défenseurs du texte et, à gauche, les défenseurs de la raison (2). Avec cette classification, on peut trouver les Frères Musulmans très à gauche sur la ligne, alors que Daesh est loin à droite.

Daesh caractérise le Hamas et son discours comme déviants. Le Hamas de son côté a condamné les menaces de Daesh et a considéré qu’elles faisaient partie d’une sale campagne qui s’étend au-delà de la Palestine. Lorsque les menaces de Daesh et d’autres groupes tafkiri se sont traduites en actes, le Hamas ne s’est pus contenté de condamnations. Mahmoud al-Zahar, leader éminent du Hamas, a déclaré : « On peut constater les menaces de Daesh sur le terrain, et nous maîtrisons la situation du point de vue sécuritaire. Quiconque porte atteinte à la sécurité sera traité en accord avec la loi, et quiconque souhaite débattre intellectuellement pourra débattre intellectuellement ; nous traitons cette affaire avec sérieux. »

Le Hamas avait en fait négocié fermement avec un groupe semblable à Daesh. En août 2009, Abdul Latif Musa, chef du groupe armé « Jund Ansar Allah » (Supporters des Soldats de Dieu), annonçait dans la mosquée Ibn Taymiyyah la création de l’Emirat Islamique à Gaza. Le groupe avait précédemment été accusé de détruire des cafés et autres lieux de réunion dans la Bande de Gaza, poussant le gouvernement du Hamas à un affrontement. Les forces de sécurité, renforcées par les Brigades al-Qassam (aile militaire du Hamas), ont encerclé la mosquée Ibn Taymiyyah et, le groupe de Musa refusant de se rendre, le Hamas a mis fin, dans l’oeuf, au projet d’émirat en tuant les membres du groupe. Le Hamas a été critiqué pour son utilisation de la violence, mais a justifié ses actes en arguant que la violence que de tels groupes auraient pu pratiquer aurait été bien pire que celle utilisée pour éradiquer l’extrémisme dans la Bande de Gaza.

Les supporters de Daesh à Gaza sont beaucoup moins nombreux que ceux du Hamas, principalement parce que ces groupes n’ont pas historiquement contribué à la résistance à l’occupation. Quelques scrutins suggèrent que 24 % des Palestiniens ont une opinion positive sur les mouvements jihadistes, mais ce pourcentage est exagéré. Lorsque quelques Palestiniens se réjouissent de l’hostilité de groupes jihadistes envers les USA, ce n’est pas parce qu’ils ont foi en ces groupes, mais plutôt parce qu’ils voient les USA et leur soutien sans bornes à Israël comme jouant un rôle destructeur.

Positions différentes sur le statut de l’État

Le Hamas et Daesh diffèrent dans leur regard sur l’État moderne, en théorie comme en pratique. Comme noté plus haut, le Hamas a toujours autorisé l’ijtihad ou discrétion, en développant ses pensées et ses opinions. Il est donc injuste d’asseoir la position du Hamas sur l’État civique et la démocratie fondés sur les premiers écrits du mouvement d’origine, les Frères Musulmans. Le Hamas maintient qu’il a adopté de nouvelles convictions à cet égard et en est arrivé à pleinement accepter la démocratie et le concept d’État civique. En fait, les Frères Musulmans eux mêmes ont évolué. Le cheik Yusuf al-Qaradawi au Qatar , autorité jurisprudentielle de l’ensemble des Frères Musulmans, a déclaré à de multiples occasions, y compris dans son livre « L’État en Islam », que le concept d’État religieux n’existe pas en Islam. Selon al-Qaradawi, l’Islam plaide pour un Etat civique établi sur le respect de l’opinion du peuple fondée sur l’Islam, établi aussi sur le principe de responsabilité et de pluralisme politique. Bien que le débat sur la relation entre Islam et démocratie soit antérieure aux Frères Musulmans, il a gagné en clarté après les années 1950, lorsque de nombreux penseurs musulmans, dont al-Qaradawi, le leader tunisien et cofondateur d’Ennahda Rached Ghannouchi et le philosophe algérien Malek Bennabi ont affirmé qu’Islam et démocratie n’étaient pas contradictoires.

A l’extrémité opposée, le mouvement que représente Daesh rejette la démocratie dans son entièreté et la considère comme un système de gouvernance apostat. Bien que certains groupes jihadistes ne dénoncent pas les islamistes qui prennent part à un processus démocratique comme étant des apostats, ils considèrent cependant que leur choix est erroné. Daesh regarde toute expression de démocratie telle que des élections comme une manifestation d’apostasie et tout mouvement ou individu prenant part à des élections comme des apostats : Au contraire, les Frères Musulmans ont participé dès leur début à des élections lorsque leur fondateur Hassan al-Banna a décidé de participer aux élections législatives égyptiennes que le gouvernement du parti El-Wafd avait cherché à tenir en 1942. Bien que al-Banna n’ait pu se présenter parce que le gouvernement avait rejeté sa candidature, les Frères Musulmans ont siégé dans des parlements arabes et parfois dans l’organe exécutif.

Quand, en 1996, le Hamas a décidé de ne pas participer aux élections de l’Autorité Palestinienne, il s’est appuyé sur une position politique et idéologique envers les Accords d’Oslo. Cependant, le Hamas a autorisé ses membres à participer aux élections en tant que candidats indépendants. Quand les circonstances ont changé et que les Accords du Caire de 2005 ont remplacé les Accords d’Oslo comme cadre de gouvernance pour les élections de l’AP, le Hamas à décidé de participer. Il a choisi beaucoup de membres du mouvement et quelques indépendants pour former un liste Changement et Réforme et être candidats au Conseil législatif, gagnant la majorité des voix.

En participant aux élections, le Hamas a fait la preuve qu’il était disposé à travailler dans un Etat moderne et un système démocratique. Il a appelé à des gouvernements de coalition comprenant des partis de gauche et laïques. Ses listes gouvernementales aussi bien que parlementaires comprenaient des femmes et, dans son premier gouvernement, il y avait des ministres musulmans et chrétiens.

Daesh, au contraire, a tourné le dos à toutes les institutions modernes dans les zones qu’il contrôle, refusant de reconnaître les frontières ou l’identité nationale. Il gouverne avec des décisions chaotiques et individuelles. Bien que Daesh ait ardemment désiré utiliser les termes administratifs issus de la tradition musulmane tels que caliphat et shura (consultation), l’essence de sa gouvernance contredit de maintes façons la majorité des textes indiscutables dans la tradition de la législation islamique. Par exemple, il ne se plie pas aux conditions établies dans le Coran et la sunna (les enseignements du prophète Mohamed) pour déclarer la guerre ou pour la protection des civils et le traitement des prisonniers en temps de guerre. Un autre exemple est son imposition de la jizya (impôt qui était levé sur les sujets non-musulmans), qui n’est pas supposée s’appliquer aux habitants indigènes, même s’ils ne sont pas musulmans. Qui plus est, il a attaqué des lieux de culte et agressé des fidèles chez eux, en violation évidente du Coran et de la sunna.

Jusqu’à un certain point, Daesh ressemble aux régimes hybrides du Tiers Monde qui utilisent un vocabulaire moderne et démocratique pour décrire leur processus politique, même alors qu’ils demeurent fondamentalement autoritaires.

Aux antipodes dans le traitement de l’Autre

La différence la plus significative entre Hamas et Daesh est leur position envers les disciples d’autres religions. Pendant sa formation, le Hamas a publié une charte qui utilisait un vocabulaire religieux pour décrire le conflit. Après de sévères critiques, le Hamas a efficacement mis cette charte de côté et ne la considère plus comme une référence faisant autorité, comme l’ont confirmé certains de ses leaders.

Dans son interview avec le Jewish Daily Forward, le chef adjoint du bureau politique du Hamas Moussa Abu Marzouk a confirmé que la Charte était en marge du mouvement et n’inspirait pas sa politique. Il a ajouté que beaucoup de ses membres parlaient de la modifier parce que plusieurs aspects de sa politique actuelle étaient en contradiction avec elle. Les responsables du bureau politique du Hamas à l’étranger n’ont pas été les seuls à désavouer la charte. Le chef du Hamas à Gaza, Ghazi Hamad, est même allé plus loin dans une interview avec le journal saoudien Okaz dans lequel il a dit que la charte était l’objet de discussions et d’évaluations dans le cadre de leur ouverture sur le monde. Sami Abu Zuhri, jeune leader du Hamas qui a été le porte-parole du mouvement pendant la Seconde Intifada, a insisté, dans une interview avec le Financial Times, pour qu’on détourne le projecteur loin de la charte de 1988 et que le Hamas soit jugé sur les déclarations de ses leaders.

Aujourd’hui, le Hamas adopte le verset coranique qui dit : « Allah ne vous interdit pas, concernant ceux qui ne vous combattent pas pour des questions religieuses et ne vous chassent pas de vos maisons – d’être justes envers eux et d’agir honnêtement envers eux. En vérité, Allah aime ceux qui agissent honnêtement. » Ce verset recommande bienveillance et justice lorsqu’on a à faire avec des gens d’autres religions. Contrairement à Daesh, le Hamas l’a mis en pratique. En plus de nommer des ministres chrétiens dans son gouvernement, il a célébré Noël avec les chrétiens palestiniens en envoyant des délégations officielles sur place pendant la fête. Pendant ce temps, Daesh a menacé de mort ceux qui célébraient Noël à travers le monde.

Certains peuvent avancer que ces démarches sont des moyens par lesquels le Hamas essaie d’enjoliver sa gestion autoritaire. Pourtant, il y a peu de différence entre la gestion du Hamas et celle du Fatah. On ne peut considérer les violations des droits de l’Homme perpétrées par le gouvernement de Gaza comme une indication de la ressemblance du Hamas avec Daesh, mais plutôt comme une indication de sa mauvaise gouvernance. La direction politique du Hamas s’est déclarée à l’occasion contre de telles pratiques, par exemple celles commises par le ministère de l’Intérieur sous Fathi Hammad.

Lorsque quelques personnes ont été attaquées par des groupes extrémistes à Gaza, le Hamas et le gouvernement ont agi pour assurer leur sécurité et punir leurs agresseurs, comme dans le cas du journaliste britannique Alan Johnston qui a été libéré par le Hamas des mains de ses ravisseurs radicaux et à propos du meurtre du militant italien de la solidarité Vittorio Arigoni.

La position du mouvement envers les Chiites est semblable à celle adoptée envers les chrétiens. Au moment où le Moyen Orient fait l’expérience d’une guerre médiatique entre Chiites et Sunnites, le Hamas refuse de dénoncer les Chiites comme apostats et a traité politiquement avec eux. Quand la relation avec l’Iran s’est tendue pendant la crise syrienne, le désaccord était plus politique que doctrinal. Daesh de son côté pense non seulement que les Chiites sont des apostats, mais également tous les autres groupes sunnites qui ont une idéologie différente, et il croit qu’il faut les combattre.

Même la façon dont les deux organisations traitent leur ennemi diffère. Le Hamas identifie l’occupation israélienne comme l’ennemi, tandis que Daesh considère tout autre que lui comme son ennemi. Daesh s’est vanté de ses nombreux crimes contre l’humanité dans sa façon de traiter ses otages et les civils sous son pouvoir, y compris le fait d’avoir brûlé vif le pilote jordanien Muath al-Kasasbeh. Il a essayé de légitimer sa conduite inhumaine en modifiant ou en faussant l’interprétation des textes religieux. Le Hamas a présenté ses condoléances à la famille al-Kasasbeh et condamné la conduite de Daesh. Contraste de la brutalité de Daesh avec la façon dont le Hamas a traité le soldat israélien Gilad Shalit pendant sa captivité, comme même le Jérusalem Post le relate.

Avancée dans les relations avec le Hamas

Hamas et Daesh sont tous les deux sur la liste des organisations terroristes dans beaucoup de pays, y compris les membres de l’Union Européenne et les Etats Unis. Cependant, le motif de la mise du Hamas sur les listes est clairement politique : contrairement à Daesh, le Hamas n’a ni ciblé ni appelé à cibler aucune entité autre que l’occupation israélienne. Le Hamas a été ajouté à la liste des organisations terroristes après les événements du 11 septembre 2011, même alors qu’il n’avait rien à voir avec cette attaque terroriste. La nature politique de la position contre le Hamas est mise en évidence par le fait que le Tribunal de l’Union Européenne a émis, le 17 décembre 2014, une résolution exigeant le retrait du Hamas de la liste des organisations terroristes. Le tribunal démontrait que l’ordre de lister le Hamas en 2003 se fondait sur des rapports médiatiques plutôt que sur des preuves solides.

En plus, de nombreux dignitaires européens et américains, connus pour leur position hostile aux organisations terroristes à travers le monde, ont rencontré des leaders du Hamas à plus d’une occasion. Parmi eux, il y a des parlementaires européens et l’ancien président américain Jimmy Carter qui a rencontré Ismail Haniyeh à Gaza en 2009 et Khalid Meshaal au Caire en 2012.

En conclusion, la tentative d’Israël d’exploiter un Moyen Orient chaotique en mettant en cause le Hamas en tant que groupe terroriste lié à Daesh est sans fondement. Le Hamas est idéologiquement, intellectuellement, jurisprudenciellement et politiquement différent de Daesh. Les médias qui adoptent le discours israélien portent atteinte à leur professionnalisme et à leur crédibilité.

Les mouvements palestiniens ne doivent pas permettre au désaccord avec le Hamas de justifier les accusations qui font du tort à la cause palestinienne internationalement et créent des tensions localement. Le Hamas doit aussi réaliser que les différences entre eux et Daesh ne signifient pas que sa gouvernance de Gaza est exempte d’abus et de violations des droits de l’Homme, et qu’il doit donc revoir sa conduite et être plus prudent dans son discours politique. Il devrait dépasser la démarche qui consiste à avoir un discours pour la consommation locale et un autre pour la consommation mondiale, car chaque mot prononcé par quelque leader du Hamas que ce soit est commercialisé à l’étranger comme un message du Hamas au monde.

Quand l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) dirigée par le Fatah et quand les régimes arabes, spécialement l’Egypte, ne s’opposent pas aux efforts pour lier le Hamas à Daesh – ou, en réalité, contribuent occasionnellement à ces efforts – il se peut qu’ils « bénéficient » à court terme de l’affaiblissement du Hamas en tant qu’adversaire politique. Pourtant, cette situation comporte des dangers de déstabilisation de la société palestinienne à moyen et long terme. Exclure des musulmans modérés pourrait pousser la société palestinienne vers le radicalisme, auquel cas et le Fatah et le Hamas se retrouveraient à combattre les groupes takfiri.

Les documents d’Al-Shabaka peuvent être mis en circulation comme émanant de Al Shabaka : Réseau Politique Palestinien. L’opinion individuelle des membres du réseau politique Al-Shabaka ne reflètent pas nécessairement les opinions de l’organisation en son entier.

(1) ISIS : État Islamique d’Irak et de Syrie. Daesh est l’acronyme arabe pour ISIS. Quelques commentateurs disent ISIL : Etat Islamique d’Irak et du Levant. Le groupe lui-même a commencé à utiliser IS en 2014.

(2) Samir Suleiman, Islam, Demokratie und Moderene ; Herzogenrath : Shaker Media, 2013, p. 302. Tariq Ramadan, Les Musulmans en Europe, Marburg : Medienreferat, 2001, p. 15.

Belal Shobaki

Membre du Réseau Politique Al-Shabaka, Belal Shobaki est professeur assistant au département de Sicences Politiques à l’université d’Hébron, Palestine. Il est membre de l’Association Américaine d’Etudes Politiques. Il a srti un livre sur Islam politique et identité et travaille maintenant à un livre sur la division palestinienne. Shobaki est l’ancien rédacteur en chef du journal Alwaha en Malaisie. Il a aussi été maître de conférences au département de Sciences Politiques de l’université nationale An-Najah et le directeur de l’Unité d’études du Centre Palestinien pour la Démocratie et les Etudes.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : Al-Shabaka, the Palestinian Policy Network

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