FREE PALESTINE

19 octobre 2014

Il est temps d'oublier la farce de la solution à deux Etats

 

Maintenant que la Grande-Bretagne a reconnu l'Etat palestinien, il est temps d'oublier la farce de la solution à deux Etats

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Depuis que la Conseil national palestinien (CNP) a déclaré unilatéralement l'indépendance en 1988, plus de 130 pays ont reconnu l'Etat de Palestine. En fait, il y a à peine une semaine, le nouveau Premier ministre suédois, Stefan Löfven, a déclaré, dans un communiqué de politique étrangère, que la Suède allait reconnaître l'Etat palestinien. Lundi, le Royaume-Uni a suivi et a voté en faveur de la reconnaissance de la Palestine en tant qu'Etat par 274 voix contre 12 (plus de la moitié des députés de la Chambre des Communes n'ont pas voté).

Maintenant que la Grande-Bretagne a reconnu l'Etat palestinien, il est temps d'oublier la farce de la solution à deux Etats

Le checkpoint à l'entrée de Bethléem, 16.01.2012 (photo Anne Paq, Chroniques de Palestine)
Beaucoup de ceux qui sont solidaires de la Palestine voient cela comme une victoire, et présument que cela conduira finalement à une solution de deux Etats et la fin de l'occupation israélienne. C'est grotesque, car la solution de deux Etats maintiendra les Palestiniens enfermés dans diverses formes d'occupation. La seule possibilité maintenant est la solution d'un seul Etat (appelé peut-être "Israël et Palestine", dans la même veine que Bosnie-Herzégovine) où chaque individu a le droit de vote, indépendamment de son origine ethnique, de son appartenance religieuse et de son orientation sexuelle. Tant que les dirigeants palestiniens et les autres pays n'admettront pas ceci comme seule voie à suivre, les Palestiniens n'ont aucun espoir de libération.

En effet, la direction palestinienne a considéré l'adoption de la motion de la Chambre des Communes comme très favorable, et le docteur Hanan Ashrawi, membre du comité exécutif de l'Organisation de Libération de la Palestine a commenté que "la reconnaissance de la Palestine et de son peuple est à la fois une décision de principe et un pas important vers la justice et la paix."

Sur les réseaux sociaux, la réponse palestinienne a été variée mais un assez grand nombre de gens ont soutenu avec excitation que c'est un pas dans la bonne direction. Un démarche qui prend une part de responsabilité pour un problème qui a ses racines dans l'impérialisme britannique, et reflète le mécontentement du Royaume-Uni vis-à-vis des attaques contre Gaza et des annonces récentes d'expansion des colonies.

Même si tout était vrai, nous ne devons pas nous laisser aveugler par l'esthétique de cette notion d'"Etat" palestinien. En réalité, la notion internationalement reconnue d'un Etat palestinien ne réalise pas du tout les aspirations palestiniennes de libération et d'égalité.

L'Etat palestinien signifie de poursuivre les négociations dans le schéma de la solution de deux Etats, qui prône l'existence, côte à côte, d'un Etat palestinien et d'un Etat juif israélien. Cette solution nie le droit au retour des réfugiés palestiniens et marginalise totalement les citoyens palestiniens d'Israël, qui resteraient des citoyens de seconde classe dans un Etat prescrit pour les Juifs seulement.

L'Etat d'Israël n'autorisera jamais non plus un Etat palestinien souverain qui aura le contrôle total sur ses frontières, son économie et son armée. L'Etat palestinien serait ainsi simplement un mécanisme de maintien de la population palestinienne comme peuple passivement opprimé.

Même si nous négligeons les aspects négatifs de la solution à deux Etats, nous ne pouvons pas négliger le simple fait que cette solution est morte. Depuis les accords d'Oslo, la Cisjordanie a été disloquée en bantoustans avec le mur illégal d'apartheid qui rend impossible la libre circulation de la plupart des Palestiniens. L'expansion des colonies atteint des niveaux record et il y a maintenant plus de 350.000 colons en Cisjordanie .

Les militants pro-Palestine doivent donc être prudents. Cette démarche suit une voie diplomatique qui "maintient" la population palestinienne plus qu'elle ne la libère. Il est donc temps que la communauté internationale cesse de soutenir la limitation de la liberté palestinienne (habilement dissimulée par la solution de deux Etats) et une accentuation de la séparation.

Il est temps de commencer à soutenir les droits des Palestiniens où ils se trouvent, que ce soit dans les territoires occupés, en Palestine historique ou dans les camps de réfugiés. Et il est temps d'aller vers un discours politique qui promeuve une solution d'un seul Etat en Israël et Palestine ; un Etat qui défende l'égalité et l'inclusion sur l'ethnocratie et l'exclusion.


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Lire Aussi : The One State Declaration

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10 octobre 2014

Libérez Georges Ibrahim Abdallah

Rassemblement pour réclamer sa libération aura lieu le vendredi 24 octobre à 17h30'

devant la résidence de l'ambassadeur de France à Bruxelles (42 Bd du Régent)

 

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Comme vous le savez sans doute, le plus vieux prisonnier politique de France s'appelle Georges Ibrahim Abdallah et il n'est pas nécessaire d'être Libanais ou communiste pour être révolté par le comportement indigne de l'Etat français envers lui.
 
Pour mémoire
Ce militant anti sioniste a été arrêté en 1984 et condamné en 1987 à la réclusion à perpétuité pour complicité d'assassinat
(1) par une Cours d'Assises Spéciale.
Cette condamnation a ensuite été confirmée malgré la confession de son avocat qui avoua sa complicité avec les services secrets français pour le faire condamner
(2).
 
Selon le Droit français, Georges Ibrahim Abdallah était libérable en 1999.
 
Mais depuis quinze ans, alors que les diverses chambres d'application des peines étaient à chaque fois favorables à sa sortie de prison et à son retour au Liban, toutes ses demandes de libération ont été rejetées par le pouvoir politique.
(3)
L'année dernière encore, Manuel Valls, alors Ministre de l'intérieur, proclamant son "attachement éternel à Israël", a une nouvelle fois méprisé le Droit en refusant  d'appliquer la décision de libération prononcée par les responsables législatifs.
 
Dans quelques jours, le 24 octobre, il y aura exactement trente ans que Georges Ibrahim Abdallah est incarcéré au mépris de la Constitution française, pour de basses raisons de connivence politique avec les régimes israéliens et étatsuniens.
Ce déni de justice est choquant et le maintien en prison de cet homme inadmissible pour tout démocrate.
 
Ayant appris qu'un rassemblement pour réclamer sa libération aura lieu le vendredi 24 octobre à 17h30' devant la résidence de l'ambassadeur de France à Bruxelles (42 Bd du Régent), il m'a paru important d'informer toutes celles et ceux qui soutiennent la cause palestinienne et les Droits de l'Homme.
En espérant que vous pourrez participer à cette manifestation.
 
Bien cordialement
 
Rudi Barnet
 
(1)  Notamment celui d'un membre du Mossad abattu par une jeune femme à Paris en avril 1982.
(2)  Jean-Paul Mazurier dans " L’Agent noir. Une taupe dans l’affaire Abdallah" de Laurent Gally (Editions Robert Laffont, Paris, 1986)
(3)  Lire "Un prisonnier politique expiatoire" de Marina Da Silva et Alain Gresh dans "Le Monde Diplomatique" (mai 2012)

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investigation de l’ONU pour le massacre d’enfants à Gaza.

https://d3n8a8pro7vhmx.cloudfront.net/dcipalestine/pages/13/features/original/dci-banner.jpg?1412192209

Signez ici : http://dci-palestine.org/justiceforgaza

            Chers amis,
 
            Je viens d’agir pour réclamer justice pour les 501 enfants tués dans le conflit de Gaza de 2014 – joignez-vous à moi pour parler en faveur des enfants de Gaza.
 
           
L’offensive militaire israélienne contre la Bande de Gaza en juillet et août 2014 a réclamé la mort de 501 enfants palestiniens. (1)
Les enfants ont été tués dans leur maison pendant qu’ils dormaient, avec leurs parents tandis qu’ils fuyaient vers la sécurité, et dans les abris de l’ONU où on leur disait qu’ils seraient en sécurité. Certains, comme le petit  Ibrahim Omar, (2) de trois ans a cherché un refuge et un traitement médical seulement pour être tué par des forces israéliennes visant les hôpitaux où ils étaient couchés pour récupérer. Plus de 1.000 enfants ont été handicapés à vie par la perte de membres, devenus aveugles ou par des blessures de brûlures.
 
Ces morts, ces blessés et ces vies ruinées n’ont pas été des dommages collatéraux. Ils étaient évitables.     
 
Click here to support a UN inquiry into the killing of children in Gaza. <http://dcipalestine.nationbuilder.com/justiceforgaza?recruiter_id=30939>  (Cliquez ici pour soutenir une enquête de l’ONU sur le massacre d’enfants à Gaza – et voyez  la traduction française)

La Haute commissaire de l’ONU pour les droits humains, Navi Pillay, a déclaré (3) qu’il y avait une « forte possibilité » que des crimes de guerre aient été commis par Israël pendant l’offensive militaire. La déclaration de Pillay a été suscitée par le ciblage évident de plusieurs enfants jouant sur la plage de Gaza (4) avec comme résultat la mort de quatre enfants. Viser des enfants constitue un crime de guerre.

En août, une commission d’enquête de l’ONU a été installée  pour investiguer les crimes de guerre pendant le conflit et responsabiliser les criminels de guerre, mais les US ont voté contre – c’est le seul pays à l’avoir fait – et le RU s’est abstenu. Nous avons besoin de votre aide pour montrer à nos représentants que nous soutenons l’investigation.

A la fois le Président Obama et le Premier ministre Cameron sont confronté à une politique robuste chez eux, et ne veulent pas être associés à la mort d’enfants. Si nous élevons notre voix ensemble, tout de suite, nous pouvons pousser leur administration à apporter leur support à l’investigation.

Tell President Obama and Prime Minister Cameron to support a UN investigation into the deaths of 501 children in Gaza. <http://dcipalestine.nationbuilder.com/justiceforgaza?recruiter_id=30939>  (Dites au Président Obama et au Premier ministre Cameron de soutenir une investigation de l’ONU sur la mort de 501 enfants à Gaza)

Les enfants de Gaza méritent la justice. Une investigation de l’ONU soutenue par le Président Obama et le Premier ministre Cameron, montrera aux autorités israéliennes qu’ils seront tenus pour responsables pour les enfants palestiniens morts et blessés et les forcera à prendre des mesures pour éviter la mort d’enfants à l’avenir. 

Signez la pétition : Réclamez que le Président Obama et le Premier ministre Cameron soutiennent une investigation de l’ONU pour le massacre d’enfants à Gaza.

Merci pour tout ce que vous faites.

Signez ici : http://dci-palestine.org/justiceforgaza

Plus d’informations

1.      http://www.ochaopt.org/documents/ocha_opt_sitrep_04_09_2014.pdf

2.      http://dci-palestine.org/documents/july-28-update-child-death-toll-gaza-approaches-200-and-rising

3.      http://www.unmultimedia.org/radio/english/2014/07/serious-human-rights-violations-taking-place-in-gaza/#.VBmOGS5dVQY

4. http://www.dci-palestine.org/documents/eight-children-killed-israeli-airstrikes-over-gaza

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30 septembre 2014

51 jours à Gaza

Conférence exceptionnelle de Zouhair Lahna : 51 jours à Gaza

Zouhair Lahna, chirurgien, a passé 51 jours à Gaza lors des raids israéliens. 51 jours, c’est aussi la durée de cette agression entre frappes aériennes, assassinats politiques, liquidation de combattants et de crimes de guerre. Il a été malgré lui un témoin privilégié de ces « dégâts collatéraux » faits de civils, enfants et femmes. Mais aussi acteur avec les équipes de sauvetage pour réparer et soigner aux urgences de l’hôpital Shifa de Gaza ou celui de Nacer à Khan Younes.

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29 septembre 2014

Briser le dernier tabou: Gaza et la menace d’une guerre mondiale

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Briser le dernier tabou: Gaza et la menace d’une guerre mondiale

Par JOHN PILGER John-Pilger

Préambule

Dans cet essai, qui est l’adaptation d’une allocution prononcée lors de la conférence commémorative en hommage à Edward Saïd, à Adélaïde, en Australie, le 11 septembre 2014, John Pilger soutient que l’assaut contre Gaza représente une menace encore plus grande pour nous tous et que les dangers qui planent en Ukraine, en plus de la propagande exacerbée qu’ils entraînent, nous rapprochent d’une guerre mondiale. M. Pilger salue aussi la résistance palestinienne et jette un regard critique à l’endroit des médias et des journalistes.

The French Saker

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Un homme tourne son viage vers le haut, les yeux cachés par un bandeau fait de journauxUn homme tourne son viage vers le haut, les yeux cachés par un bandeau fait de journaux

« Il y a un tabou, disait Edward Saïd le visionnaire, qui fait en sorte qu’on n’ose dire la vérité à propos de la Palestine et de l’immense force destructrice derrière Israël. Nous ne serons libres qu’une fois que cette vérité éclatera au grand jour. »

Pour bien des gens, ce moment de vérité est arrivé. Ils en ont finalement pris conscience. Ceux à qui on a imposé le silence ne peuvent plus détourner les yeux. Ce que leur montrent leur télé, leur portable et leur téléphone est la preuve de la barbarie de l’État d’Israël, de l’immense force destructrice de son mentor et fournisseur, les États-Unis, de la lâcheté des gouvernements en Europe et de la collusion d’autres gouvernements, dont ceux du Canada et de l’Australie, avec ce crime aux proportions effrayantes.

L’attaque contre Gaza, c’est une attaque contre nous tous. Le siège de Gaza, c’est un siège que nous subissons tous. Le déni de justice dont sont victimes les Palestiniens est un symptôme du siège que subit la majeure partie de l’humanité et un avertissement de la menace d’une nouvelle guerre mondiale qui s’affirme de jour en jour.

Quand Nelson Mandela a qualifié la lutte des Palestiniens de « plus grande question morale de notre temps », il parlait au nom de la véritable civilisation, par opposition à celle créée de toutes pièces par les empires. En Amérique latine, les gouvernements du Brésil, du Chili, du Venezuela, de la Bolivie, du Salvador, du Pérou et de l’Équateur ont pris position par rapport à Gaza. C’est qu’un silence de plomb avait déjà pesé sur chacun de ces pays après l’immunité accordée aux auteurs de meurtres collectifs par ce même parrain à Washington qui a répondu aux pleurs des enfants de Gaza en fournissant plus de munitions pour les tuer.

Contrairement à Netanyahou et ses tueurs, les fascistes à la solde de Washington en Amérique latine ne se sont jamais souciés de se faire ravaler la façade du point de vue moral. Ils se contentaient de commettre leurs meurtres et de jeter les corps dans les dépotoirs. Les sionistes visent le même but : déposséder et ultimement détruire une société dans son ensemble, une réalité que 225 survivants de l’holocauste et leurs descendants ont dénoncée en la comparant à la genèse du génocide.

Rien n’a changé depuis le tristement célèbre « Plan D » des sionistes en 1948, qui a permis le nettoyage ethnique de tout un peuple. Récemment, on pouvait lire sur le site Web du Times of Israel le titre « Quand le génocide est permis ». Il y a aussi le vice-président de la Knesset (le parlement israélien), Moshe Feiglin, qui a demandé l’adoption d’une politique d’expulsion de masse dans des camps de concentration. N’étant pas en reste, le député Ayelet Shaked, dont le parti collabore au gouvernement de coalition, en a appelé à l’extermination des mères palestiniennes pour les empêcher de donner naissance à ce qu’il appelle des « petits serpents ».

Des années durant, les reporters ont vu des soldats israéliens attirer des enfants palestiniens vers eux en les provoquant au moyen de haut-parleurs, pour ensuite les tuer par balle. Des années durant, les reporters savaient que des femmes sur le point d’accoucher en route vers l’hôpital et qu’on bloquait à des barrages routiers perdaient leur bébé, parfois même leur propre vie.

Des années durant, les reporters savaient que des médecins palestiniens et des équipes d’ambulanciers, après avoir obtenu du commandement israélien la permission de secourir les blessés et d’évacuer les morts, recevaient une balle en pleine tête une fois sur place.

Des années durant, les reporters savaient que des personnes mal en point se sont vu refuser l’obtention de soins essentiels à leur survie ou qu’elles ont été tuées par balle en tentant de se rendre à une clinique pour recevoir un traitement de chimiothérapie. Une vieille femme marchant avec une canne a été abattue de cette manière, d’une balle dans le dos.

Lorsque j’ai énoncé ces faits à Dori Gold, conseiller principal auprès du premier ministre israélien, il a répondu ceci : « Malheureusement, dans tous les types de guerre, des civils sont tués accidentellement. Mais les cas que vous citez ne sont pas du terrorisme. On parle de terrorisme lorsque le réticule de l’arme d’un tireur embusqué est pointé délibérément sur un civil. »

J’ai répondu : « Mais c’est exactement ce qui s’est produit. »

« Non, qu’il m’a dit, ça ne s’est pas produit. »

Ce genre de mensonge ou d’aveuglement est infailliblement évoqué par les apologistes d’Israël. Comme l’ancien correspondant du New York Times Chris Hedges l’a indiqué, rapporter ce genre d’atrocité, c’est se mettre invariablement « entre deux feux ». Pendant tout le temps que j’ai travaillé au Moyen-Orient, une bonne partie, sinon la grande majorité des médias occidentaux, se rendaient complices de cet aveuglement.

Dans un de mes films, un caméraman palestinien, Imad Ghanem, gît sans défense pendant que des soldats de « l’armée la plus morale du monde » réduisent ses jambes en bouillie. L’atrocité n’a eu droit qu’à deux lignes sur le site Web de la BBC. Treize journalistes ont été tués par Israël lors de son plus récent carnage à Gaza. Tous étaient Palestiniens. Qui connaît leurs noms ?

Quelque chose a toutefois changé. Une révulsion profonde secoue le monde entier et les ténors du libéralisme éclairé s’inquiètent. Leur discours affligé et spécieux répété en chœur évoquant « le partage des responsabilités » et « le droit d’Israël à se défendre » sonne creux, tout comme les accusations d’antisémitisme. C’est pareil pour leurs lamentations sélectives appelant à « faire quelque chose » contre les fanatiques islamiques, mais rien à l’endroit des fanatiques sionistes.

Un de ces ténors est l’écrivain Ian McEwan, que The Guardian a élevé au rang de sage pendant que les enfants de Gaza se faisaient déchiqueter. C’est ce même Ian McEwan qui a fait fi des Palestiniens qui l’imploraient de ne pas accepter le prix Jérusalem (un prix littéraire) : « Si je n’allais que dans les pays que j’approuve, je resterais probablement toujours au lit », a-t-il répondu.

Si les morts de Gaza pouvaient parler, ils pourraient dire ceci : « Reste au lit grand écrivain, car ta simple présence adoucit le lit du racisme, de l’apartheid, du nettoyage ethnique et du meurtre, peu importe les paroles ambiguës que tu as prononcées en réclamant ton prix. »

Il faut comprendre le sophisme et le pouvoir de la propagande libérale pour mieux saisir pourquoi Israël persiste dans ses outrages, pourquoi le monde regarde sans rien faire, pourquoi aucune sanction n’est jamais imposée à Israël et pourquoi rien de moins qu’un boycottage total de tout ce qui est israélien est devenu une mesure de la plus élémentaire décence humaine.

L’incessante propagande dit que le Hamas s’est donné pour but la destruction d’Israël. Khaled Hroub, le grand érudit de l’Université de Cambridge, considéré comme l’autorité de référence mondiale sur le Hamas, dit que cette phrase n’a « jamais été employée ou adoptée par le Hamas, même dans ses affirmations les plus radicales ». La Charte de 1988 « anti-juive » si souvent évoquée provenait « d’un travail individuel et a été rendue publique sans que le Hamas ne l’ait adopté par consensus comme il se doit (…). L’auteur faisait partie de la vieille garde ». Considéré comme un embarras, le document n’a jamais été cité.

Le Hamas a offert à maintes reprises une trêve de dix ans à Israël et prône depuis longtemps une solution à deux États. Quand Medea Benjamin, l’intrépide activiste juive américaine, était à Gaza, elle était en possession d’une lettre des dirigeants du Hamas destinée au président qui indiquait clairement que le gouvernement de Gaza voulait la paix avec Israël. Cette lettre, on l’a ignorée. Je sais personnellement que de nombreuses lettres du genre ont été envoyées de bonne foi, mais qu’elles ont été ignorées ou rejetées.

Le Hamas se distingue par un crime impardonnable qui n’est pratiquement jamais rapporté. C’est le seul gouvernement arabe à avoir été élu librement et démocratiquement par son peuple. Pire encore, il a maintenant formé un gouvernement d’union nationale avec l’Autorité palestinienne. La possibilité, pour les Palestiniens, de parler d’une seule voix ferme à l’Assemblée générale, au Conseil des droits de l’homme et à la Cour pénale internationale est la menace qui fait le plus peur.

Depuis 2002, un service de presse faisant œuvre de pionnier à l’Université de Glasgow publie des études remarquables sur les reportages et la propagande entourant le conflit israélo-palestinien. Le professeur Greg Philo et ses collègues ont été estomaqués de constater que les reportages télévisés aggravaient l’ignorance du public. Plus les gens regardaient les infos, moins ils en savaient.

Greg Philo dit que le problème n’est pas le « parti-pris » comme tel. Les reporters et les producteurs sont tout aussi touchés par la souffrance des Palestiniens. Mais la structure de pouvoir des médias, en tant que prolongement de l’État et de ses intérêts particuliers, est tellement puissante qu’elle entraîne la suppression systématique des faits essentiels et du contexte historique.

Incroyable, mais vrai, moins de neuf pour cent des jeunes téléspectateurs interviewés par l’équipe du professeur Philo savaient qu’Israël est une puissance occupante et que les colonies illégales sont juives, bon nombre croyant qu’elles sont palestiniennes. Le terme « territoires occupés » est à peine expliqué. Des mots comme « assassinat », « atrocité » et « meurtre de sang froid » ne sont utilisés que pour décrire la mort d’Israéliens.

Récemment, un reporter de la BBC, David Loyn, a été critique à l’endroit d’un autre journaliste britannique, Jon Snow, de Channel 4 News. M. Snow était tellement ébranlé par ce qu’il avait vu à Gaza qu’il a lancé un appel humanitaire sur YouTube. Ce que reprochait le reporter de la BBC, c’était le fait que son collègue avait brisé le protocole en exprimant son émotion sur YouTube.

« L’émotion, écrivait M. Loyn, c’est une soumission à la propagande et les nouvelles sont contre la propagande. » Était-il vraiment sérieux en écrivant cela ? En fait, M. Snow a lancé son appel en gardant son calme. Son crime était d’avoir bifurqué à l’extérieur des limites de la fausse impartialité. Il ne s’est pas censuré, ce qui est considéré comme une faute impardonnable.

En 1937, quand Adolf Hitler était au pouvoir, Geoffrey Dawson, éditeur du Times de Londres, a écrit ceci dans son journal : « Je passe mes soirées à enlever tout ce qui pourrait heurter les susceptibilités [allemandes] et à inclure des petites choses ayant pour but de les apaiser. »

Le 30 juillet, la BBC a présenté un cours magistral sur le principe de Dawson. Le correspondant diplomatique de Newsnight, Mark Urban, a donné cinq raisons pourquoi le Moyen-Orient est en plein bouleversement. Il n’a été aucunement mention du rôle historique et actuel du gouvernement britannique. L’envoi en Israël, par le gouvernement Cameron, d’armes et d’équipement militaire d’une valeur de 8 milliards de livres sterling a été évacué. La cargaison pleine d’armes britanniques à destination de l’Arabie saoudite a été évacuée. Le rôle de la Grande-Bretagne dans la destruction de la Libye a été évacué. Le soutien britannique à la tyrannie en place en Égypte a été évacué.

L’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan par la Grande-Bretagne a été passée sous silence aussi.

Le seul témoin expert dans ce programme de la BBC était un certain Toby Dodge de la London School of Economics. Ce que les téléspectateurs auraient dû savoir, c’est que ce monsieur Dodge a déjà été conseiller spécial de David Petraeus, le général étatsunien en grande partie responsable des désastres en Irak et en Afghanistan. Mais cette information aussi a été évacuée.

En matière de guerre et paix, le miroir aux alouettes que sont l’impartialité et la crédibilité à la sauce BBC limite et contrôle davantage la discussion publique que la falsification des tabloïds. Comme Greg Philo l’a indiqué, dans son commentaire touchant sur YouTube, Jon Snow ne faisait que se demander si l’agression israélienne contre Gaza était disproportionnée ou raisonnable. Ce dont on ne parle pas (et c’est presque toujours le cas), c’est la vérité essentielle qu’est l’occupation militaire la plus longue de l’ère moderne, une entreprise criminelle soutenue par les gouvernements occidentaux de Washington à Canberra, en passant par Londres.

Un autre mythe nous présente Israël comme un État « vulnérable » et « isolé » entouré d’ennemis, alors qu’en réalité il est entouré d’alliés stratégiques. L’Autorité palestinienne, qui est financée, armée et dirigée par les États-Unis, est de mèche avec Tel-Aviv depuis longtemps. Aux côtés de Netanyahou on retrouve les tyrannies en place en Égypte, en Jordanie, en Arabie saoudite, dans les Émirats arabes unis, au Bahrain et au Qatar. D’ailleurs, si la Coupe du Monde se rend au Qatar, vous pouvez être certains que la sécurité sera confiée au Mossad.

La résistance, c’est l’humanité dans ce qu’il y a de plus brave et de plus noble. La résistance à Gaza se compare tout à fait au soulèvement des Juifs du ghetto de Varsovie en 1943, qui eux aussi avaient creusé des tunnels et déployé des tactiques de subterfuge et de surprise contre une machine de guerre ultra puissante. Le dernier des meneurs du soulèvement de Varsovie encore vivant, Marek Edelman, a d’ailleurs écrit une lettre de solidarité à la résistance palestinienne, la comparant à sa propre Organisation juive de combat, formée de combattants du ghetto. La lettre débutait comme suit : « À tous les chefs d’organisations palestiniennes militaires, paramilitaires ou de guérilla. À tous les soldats de groupes militaires palestiniens. »

Le Dr Mads Gilbert est un médecin norvégien reconnu pour son travail héroïque à Gaza. Le 8 août, le Dr Gilbert est retourné dans sa ville natale, Tromso (en Norvège) qui, a-t-il souligné, a été occupée par les nazis pendant sept ans. Voici ce qu’il avait à dire : « Reportons-nous en 1945 et faisons comme si nous, les Norvégiens, n’avions pas gagné la lutte pour la libération et n’avions pas chassé l’occupant. Faisons comme si l’occupant était resté dans notre pays et qu’il se l’accaparait parcelle après parcelle, décennie après décennie, en nous interdisant l’accès aux meilleures terres, en prenant les poissons dans la mer et les lacs et en bombardant nos hôpitaux, nos ambulanciers, nos écoles et nos maisons.

« Aurions-nous abandonné et hissé le drapeau blanc ? Bien sûr que non ! C’est exactement ce qui se passe à Gaza. Ce n’est pas une bataille opposant le terrorisme à la démocratie. L’ennemi qu’Israël combat, ce n’est pas le Hamas. Israël livre une guerre contre la volonté de résistance du peuple palestinien. C’est la dignité du peuple palestinien qu’Israël se refuse d’accepter.

« En 1938, les nazis traitaient les Juifs de Untermenschen (sous-humains). Aujourd’hui, les Palestiniens sont traités aussi comme des sous-humains qu’on peut massacrer sans que personne exerçant le pouvoir ne réagisse.

« Je suis donc retourné en Norvège, un pays libre qui doit sa liberté à un mouvement de résistance, parce que les nations occupées ont le droit de résister, même avec des armes. C’est d’ailleurs écrit dans le droit international. La résistance du peuple palestinien à Gaza est admirable. C’est une lutte qui nous appelle tous autant que nous sommes. »

Il est toutefois dangereux de dire la vérité, de briser ce qu’Edward Saïd appelait « le dernier tabou ». Mon documentaire, Palestine Is Still the Issue, a été mis en nomination pour un Bafta (prix de l’Académie britannique des arts de la télévision et du cinéma) et a reçu des éloges de la Independent Television Commission pour son « intégrité journalistique » et le « soin et la minutie apportés à la recherche ». Pourtant, sa diffusion sur le réseau britannique ITV a provoqué une onde de choc dans les minutes qui ont suivi. Un déluge de courriels me décrivaient comme un « psychopathe démoniaque », un « colporteur de la haine et du mal » et un « antisémite de la pire espèce ». Ces messages étaient pour la plupart orchestrés par des sionistes aux États-Unis qui ne pouvaient avoir vu le film. Je recevais au moins une menace de mort par jour.

Quelque chose de semblable est arrivé au commentateur australien Mike Carlton le mois dernier. Dans sa chronique habituelle publiée dans le Sydney Morning Herald, M. Carlton a écrit un article qu’on voit rarement au sujet d’Israël et des Palestiniens. Il identifiait les oppresseurs et les victimes. Il prenait soin de limiter son attaque à « un nouvel Israël brutal, dominé par la droite intransigeante du Likoud, le parti de Netanyahou ». Ceux qui avaient auparavant dirigé l’état sioniste, insinuait-il, appartenaient à une « fière tradition libérale ».

Le déluge de protestations n’a pas tardé. On l’a traité de « sac de merde nazi » et de « raciste haïssant les Juifs ». On l’a menacé à maintes reprises et a rétorqué par courriel en invitant ses attaquants à aller « se faire foutre ». Son journal lui a demandé de s’excuser. Devant son refus, on l’a suspendu, puis il a démissionné. D’après le directeur de la publication, Sean Aylmer, l’entreprise de presse « s’attend à un niveau beaucoup plus élevé de la part de ses chroniqueurs ».

Le « problème » que pose M. Carlton, avec son ton acerbe, bien souvent l’unique voix libérale dans un pays où Rupert Murdoch contrôle 70 pour cent de la presse dans la capitale (l’Australie est la principale murdocratie au monde), sera résolu deux fois plutôt qu’une. En effet, la commission australienne des droits de la personne va faire enquête sur les plaintes déposées contre M. Carlton en vertu de la loi sur la discrimination raciale, qui proscrit tout acte commis ou parole prononcée en public « raisonnablement susceptible (…) d’offenser, d’insulter, d’humilier une autre personne ou un groupe de personnes » en raison de leur race, de leur couleur, de leur nationalité ou de leur origine ethnique.

Contrairement à l’Australie, sécurisée et silencieuse, où les journalistes comme M. Carlton sont en voie d’extinction, le vrai journalisme est bel et bien vivant à Gaza. J’ai souvent des conversations téléphoniques avec Mohammed Omer, un jeune journaliste palestinien extraordinaire, à qui j’ai présenté, en 2008, le prix du journalisme Martha Gellhorn. Chaque fois que je lui ai parlé pendant l’assaut contre Gaza, je pouvais entendre le sifflement des drones et l’explosion des missiles. Il a mis fin à mon appel une fois pour aller s’occuper d’enfants dehors blottis les uns contre les autres qui attendaient leur transport au milieu des explosions. Quand je lui ai parlé le 30 juillet, un avion de chasse israélien venait de massacrer 19 enfants. Le 20 août, il décrivait comment les drones avaient « passé au crible » un village pour mieux tirer dessus sauvagement par la suite.

Chaque jour à l’aube, Mohammed allait voir des familles victimes des bombardements. Il consignait leurs récits, devant leur habitation réduite en ruines, et les prenait en photo. Il se rendait à l’hôpital, à la morgue, au cimetière. Il faisait la queue pendant des heures pour que sa propre famille ait du pain à manger. Tout cela en surveillant le ciel. Il envoyait deux, trois, quatre articles par jour. Ça, c’est du vrai journalisme.

« Ils essaient de nous anéantir, m’a-t-il dit. Mais plus ils nous bombardent, plus nous sommes forts. Ils ne gagneront jamais. »

Le crime odieux commis à Gaza nous ramène à quelque chose de plus grand encore qui nous menace tous.

Depuis 2001, les États-Unis et leurs alliés sont déchaînés et au moins 700 000 hommes, femmes et enfants irakiens en ont payé de leur vie. La montée des djihadistes, dans un pays où il n’y en avait pas, en est la conséquence directe. Le djihadisme moderne, d’abord Al-Qaïda, puis l’État islamique, est une créature des États-Unis et de la Grande-Bretagne, avec l’aide du Pakistan et de l’Arabie saoudite. Le but original était d’utiliser et de développer un fondamentalisme islamique rarement vu jusque-là dans le monde arabe, afin de déstabiliser les mouvements panarabes et les gouvernements séculaires. Dans les années 1980, c’est devenu une arme pour détruire l’Union soviétique en Afghanistan. La CIA appelait cela l’opération Cyclone ; tout un cyclone en effet, dont la fureur des éléments déchaînés s’est retournée contre ses créateurs. Les événements du 11 septembre et les attentats de Londres en juillet 2005 découlent de ce revirement, tout comme les tout récents meurtres horribles des journalistes étatsuniens James Foley et Steven Sotloff. Pendant plus d’un an, l’administration Obama a armé les tueurs de ces deux jeunes gens (qui faisaient alors partie de l’État islamique en Irak et au Levant), afin de faire tomber le gouvernement séculaire en place à Damas.

Le principal « allié » de l’Occident dans cette pagaille impériale est un État médiéval où des décapitations sont ordonnées par la justice et effectuées systématiquement. Cet État, c’est l’Arabie saoudite. Lorsqu’un membre de la famille royale britannique est envoyé dans cet endroit barbare, vous pouvez parier votre dernier pétrodollar que le gouvernement britannique ne cherche qu’à vendre aux cheiks encore plus d’avions de combat, de missiles et de menottes. La plupart des pirates de l’air du 11 septembre provenaient de l’Arabie saoudite, qui finance les djihadistes en Syrie et en Irak.

Pourquoi devons-nous vivre dans un état de guerre perpétuelle ?

La première réponse qui vient à l’esprit implique les États-Unis, où un coup d’État secret non rapporté a eu lieu. Un groupe connu sous le nom de Projet pour un nouveau siècle américain, inspiré par Dick Cheney et d’autres, a pris le pouvoir pendant la présidence de George W. Bush. Les membres de cette secte extrémiste, qu’on a déjà traités de « fous » à Washington, croient que le commandement de la défense aérospatiale des États-Unis doit assurer une « domination tous azimuts ».

Sous les présidents Bush et Obama, une mentalité d’empereur du XIXe siècle s’est infiltrée dans tous les départements d’État. Le militarisme à l’état brut est à la hausse, la diplomatie est redondante. Les pays et les gouvernements sont jugés comme utiles ou non essentiels ; soit qu’on les soudoie, soit qu’on les menace, soit qu’on les « sanctionne ».

Le 31 juillet, le National Defense Panel à Washington a publié un document remarquable qui appelle les États-Unis à se préparer en vue de se lancer dans rien de moins que six guerres majeures simultanément. En tête de liste se trouvent la Russie et la Chine, deux puissances nucléaires.

Dans un sens, la guerre contre la Russie a déjà commencé. Pendant que le monde assistait avec horreur à l’attaque d’Israël contre Gaza, des atrocités similaires étaient commises dans l’est de l’Ukraine mais faisaient à peine les nouvelles. Au moment d’écrire ces lignes, deux villes ukrainiennes peuplées de Russophones, Donetsk et Lougansk, sont assiégées. Leur population ainsi que leurs hôpitaux et leurs écoles sont bombardés par un régime qui a pris le pouvoir à Kiev lors d’un putsch mené par des néo-nazis soutenus et financés par les États-Unis. Ce coup d’État est l’apothéose de ce que l’observateur de la politique russe Sergei Glaziev décrit comme « un conditionnement des nazis ukrainiens contre la Russie » depuis 20 ans. Une montée du fascisme est de nouveau observée partout en Europe et pas le moindre dirigeant européen la dénonce, peut-être parce qu’elle est devenue une réalité qu’on n’ose plus appeler par son nom.

Avec son passé fasciste en résurgence, l’Ukraine est devenue un parc thématique de la CIA, une colonie de l’Otan et du Fonds monétaire international. Le coup d’État fasciste à Kiev en février est l’œuvre de la secrétaire d’État adjointe des États-Unis, Victoria Nuland, dont le « budget consacré au coup d’État » s’élevait à 5 milliards de dollars. Sauf que les choses ne se sont pas passées comme prévu. Moscou a empêché la saisie de la base navale légitime de sa flotte de la mer Noire dans la russophone Crimée. Un référendum et l’annexion ont rapidement suivi. Dépeinte en Occident comme une « agression » du Kremlin, la réaction de Moscou a permis de déformer totalement la vérité et de camoufler les objectifs de Washington, à savoir creuser un fossé entre une Russie « paria » et ses principaux partenaires commerciaux en Europe et éventuellement briser la Fédération de Russie. Des missiles étatsuniens encerclent déjà la Russie. La militarisation des anciennes républiques soviétiques et de l’Europe de l’Est est la plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale.

Pendant la guerre froide, ce genre de choses aurait pu provoquer un holocauste nucléaire. Le risque est de nouveau présent avec la désinformation hystérique anti-Russe allant crescendo aux États-Unis et en Europe. L’avion de ligne de la Malaysia Airlines abattu en juillet en est l’exemple parfait. Sans la moindre preuve, les États-Unis, leurs alliés de l’Otan et leurs rouleaux compresseurs médiatiques en ont aussitôt imputé la responsabilité aux « séparatistes » en Ukraine et laissé entendre que la responsabilité ultime revenait à Moscou. Un éditorial du magazine The Economist a accusé Poutine de meurtre collectif. Le magazine Der Spiegel a mis les visages des victimes à la une en titrant en rouge « Stoppt Putin Jetzt! » (Stoppons Poutine maintenant !). Dans le New York Times, Timothy Garton Ash a étayé ses propos relatifs à la « doctrine meurtrière de Poutine » d’attaques personnelles à propos « d’un homme petit et trapu, au faciès de rat ».

The Guardian a joué un rôle important. Reconnu pour ses enquêtes, ce journal ne s’est pas vraiment donné la peine d’examiner qui avait abattu l’avion et pourquoi, malgré l’abondance de documents provenant de sources crédibles qui démontraient que Moscou était aussi abasourdi que le reste du monde, et que l’avion aurait aussi bien pu être abattu par le régime en place en Ukraine.

La Maison-Blanche ne pouvant fournir de preuve vérifiable (malgré tout ce que ses satellites ont pu capter), le correspondant du Guardian à Moscou, Shaun Walker, a colmaté la brèche. « Mon audience avec le démon de Donetsk » était le grand titre à la une d’une interview à chaud du journaliste avec un certain Igor Bezler. « Avec sa moustache de morse, son tempérament bouillant et sa réputation d’homme brutal, écrivait-il, Igor Bezler est le plus craint de tous les dirigeants rebelles de l’est de l’Ukraine (…), surnommé le démon (…). Si l’on en croit le Service de sécurité d’Ukraine, c’est le démon et un groupe formé de ses hommes qui portent la responsabilité d’avoir abattu le vol MH17 de la Malaysia Airlines (…). Outre le vol MH17, les rebelles auraient aussi abattu 10 appareils ukrainiens. » Le journalisme du démon peut se passer de toute autre preuve.

Le journalisme du démon transforme une junte infestée de fascistes ayant pris le pouvoir à Kiev en « gouvernement par intérim » respectable. Les néo-nazis deviennent de simples « nationalistes ». Les « nouvelles » provenant de la junte de Kiev voient à la suppression de toute mention d’un coup d’État fomenté par les États-Unis et du nettoyage ethnique systématique, par la junte, de la population russophone dans l’est de l’Ukraine. Que cela se produise dans la zone frontalière par où les nazis d’hier ont envahi la Russie, causant quelque 22 millions de morts, n’a aucune importance. On n’en a que pour une « invasion » russe de l’Ukraine qui semble difficile à prouver outre les images satellites familières qui évoquent la présentation fictive de Colin Powell aux Nations Unies, « prouvant » que Saddam Hussein disposait d’armes de destruction massive. À ce sujet, un groupe formé d’anciens membres des services du renseignement étatsuniens (le Veteran Intelligence Professionals for Sanity) a écrit à la chancelière allemande Angela Merkel pour lui dire ceci : « Vous devez savoir que les accusations « d’invasion » russe majeure en Ukraine ne reposent sur aucun renseignement fiable. Le « renseignement » semble plutôt être du même ordre que les manœuvres politiques douteuses utilisées il y a 12 ans pour « justifier » l’attaque menée par les États-Unis contre l’Irak. »

Le mot d’ordre est de « contrôler le message ». Dans son œuvre phare, Culture et impérialisme, Edward Saïd était plus explicite : le rouleau compresseur médiatique occidental est maintenant capable de pénétrer profondément dans la conscience de la majeure partie de l’humanité, forte d’une « installation » aussi influente que les forces navales impériales du XIXe siècle. Autrement dit, nous en sommes réduits à du journalisme de la canonnière, ou encore à une guerre livrée par les médias.

Pourtant, la population n’est pas dénuée d’esprit critique et la propagande se heurte à de la résistance. C’est qu’une deuxième superpuissance voit le jour, la puissance de l’opinion publique, alimentée par Internet et les médias sociaux.

La fausse réalité créée par les fausses nouvelles colportées par les gardiens des médias pourrait empêcher certains d’entre nous de savoir ce que fait cette superpuissance d’un pays à l’autre, du continent américain à l’Europe, en passant par l’Asie et l’Afrique. Nous assistons à une insurrection morale, comme en témoignent les dénonciateurs que sont Edward Snowden, Chelsea Manning et Julian Assange. La question qui demeure est la suivante : Allons-nous briser le silence pendant qu’il est encore temps ?

Lors de mon dernier séjour à Gaza, au moment où je regagnais le poste de contrôle israélien, j’ai aperçu deux drapeaux palestiniens à travers les barbelés. Des enfants avaient fabriqué des mâts à partir de bâtons liés ensemble et avaient grimpé sur un mur pour mieux brandir leurs drapeaux.

On m’a dit que les enfants font cela quand des étrangers sont autour, parce qu’ils veulent montrer au monde qu’ils sont là, vivants, braves, invaincus.

John Pilger | 11-09-2014
Traduit par Daniel pour vineyardsaker.fr

Article original en anglais : Breaking the last taboo – Gaza and the threat of world war

John Pilger est un journaliste, scénariste et réalisateur australien. Il a été correspondant de guerre et a obtenu de nombreux prix de journalisme. C’est aussi un activiste anti-guerre qui n’a de cesse de rappeler la responsabilité de ceux qui savent aux misères et aux violences du monde. (Wikipedia)

Pour le Tribunal Russel, Israël coupable de crimes contre l'humanité

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Coordinateur du Tribunal Russell sur la Palestine de 2008 à 2013, Frank Barat rapporte pour Mediapart les conclusions de la session extraordinaire de ce tribunal citoyen qui s'est tenue les 24 et 25 septembre derniers à Bruxelles, pour examiner la récente opération Bordure protectrice conduite par Israël dans la bande de Gaza.


 

Le 8 juillet 2014, le gouvernement israélien, par l'intermédiaire de son premier ministre Benjamin Netanyahu, donne ordre à son armée de lancer l'opération « Bordure Protectrice ». Utilisant le meurtre de trois jeunes colons israéliens commis un mois plus tôt comme prétexte et annonçant que le but de cette opération était de mettre fin aux tirs de roquettes du Hamas, Israël s'en va-t-en guerre.

Pour la troisième fois en six ans, une offensive de grande envergure contre la bande de Gaza se met en marche.

Les grands médias internationaux, dans une écrasante majorité, au moins durant les premiers jours, mettent eux aussi le fusil à l'épaule. Très peu d'entre eux, pour ne pas dire aucun, rappellent le contexte politique et historique dans lequel s'inscrit cette offensive. On ne parle pas de l'occupation israélienne en place depuis 1967 malgré des dizaines de résolutions des Nations Unies appelant à sa fin. On ne rappelle pas que les roquettes du Hamas et des factions palestiniennes étaient quasiment inexistantes depuis des mois avant qu'Israël, suite au kidnapping des trois colons israéliens, utilise ce prétexte pour ravager la Cisjordanie pendant plus de 3 semaines, dans leur prétendue recherche du corps des trois colons. Arrestations en masse de membres du Hamas, re-arrestations de prisonniers palestiniens venant tout juste d'être relâchés, répression terrible sur les manifestants palestiniens, causant la mort de plusieurs mineurs, re-occupation de Ramallah, démolitions de maisons et siège de la ville de Hebron.

Si le mot « prétexte » est utilisé plus haut, c'est que le gouvernement israélien savait, depuis le début, que les trois jeunes colons avaient été assassinés le jour même de leur enlèvement. La plupart des grands médias, aussi, était au courant. Comme le gouvernement, ils avaient eu accès à un enregistrement qui ne laissait place au doute :  les trois adolescents israéliens avaient perdu la vie le 12 juin 2014. Mais eux aussi ont préféré jouer le jeu. Quelques semaines plus tard, le porte-parole de la police israélienne, Micky Rosenfeld, déclare même  que « le directoire du Hamas n'est pas impliqué dans l'enlèvement et le meurtre des trois israéliens » (voir ici). Enfin, le blocus de Gaza, en place depuis l'élection du Hamas en 2006, n'est jamais mentionné dans les médias. Un blocus qui va pourtant à l'encontre du droit international et des conventions de Genève. Un blocus illégal faisant office de punition collective et enfermant les palestiniens dans une prison à ciel ouvert. Israël, malgré le retrait de ses soldats et l'évacuation de ses colons de Gaza en 2005, occupe encore ce petit bout de territoire puisqu'il en contrôle le registre de la population (les entrées et les sorties), les « frontières » (Rafah étant contrôlée par l'Egypte), ainsi que l'espace aérien et maritime. En droit international, la présence physique n'est pas nécessaire pour qu'il y ait « occupation ».

Le 9 juillet 2014, le président de la république française, Francois Hollande, exprime lui aussi son soutien inconditionnel à Benjamin Netanyahu. Il déclare lui avoir assuré par téléphone « la solidarité de la France face aux tirs de roquettes », que « la France condamne fermement les agressions contre Israël » et qu'il « appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces ». 

Francois Hollande est au plus bas dans les sondages, il veut donner l'image d'un président fort, va t'en guerre, même si ce n'est pas la sienne, et tient un discours plus proche de George W. Bush que d'un président « socialiste ». Pense-t-il rallier ainsi les Français derrière lui et Israël ?

S'il le croit, il se trompe. Le président français parle de « France » dans son message à Netanyahu. Mais quelle France ? La France, son peuple, est dehors, dans la rue, par milliers, centaines de milliers, jour après jour. Malgré les interdictions de manifester (les seules en place au monde à ce moment-là), malgré la répression des forces de police et malgré les arrestations, des foules de plus en plus nombreuses prennent les rues pour crier leur dégoût face aux actions de l'armée israélienne et leur colère devant le soutien complice de l'Etat français. Et c'est le monde entier qui est secoué par une même vague de protestation. Pendant les 50 jours de cette opération, les peuples se soulèvent aux quatre coins du globe pour appeler à la fin de l'agression israélienne sur Gaza.

Une attaque qui dans les faits tourne au massacre. La bande de Gaza et son 1,8 million d'habitants n'ont pas subi telle violence depuis 1967.

Cet été, 700 tonnes de munitions se sont abattues sur une population enfermée, qui ne peut s'enfuir et ne reçoit, malgré ses appels au secours, aucune aide. Les chiffres sont effrayants (2 188 Palestiniens ont perdu la vie dont 1 658 civils ; plus de 11 231 Palestiniens furent gravement blessés ; plus de 18 000 maisons furent détruites entièrement ou en partie). Mais cela reste des chiffres. La réalité est encore plus terrible. Aujourd'hui à Gaza, un enfant de 8 ans a déjà connu 4 guerres. Aujourd'hui à Gaza, ce sont 370 000 enfants qui ont besoin de soutien psychologique (l'équivalent, proportionnellement à la population, de 12 millions enfants en France). 

Que faire ? Comment réagir ? Comment soutenir et accompagner les gens qui manifestent ? Est-il suffisant d'envoyer des lettres ? Des pétitions ? De twitter ? Au Royaume-Uni et en Australie, certains activistes vont plus loin et occupent, pour la mettre hors d'état de nuire, l'entreprise israélienne de fabrication d'arme Elbit System ; aux Etats-unis, d'autres empêchent un bateau israélien de débarquer.

Les membres du Tribunal Russell, quant à eux, décident de se réunir de nouveau et d'organiser une session extraordinaire de ce tribunal des peuples sur les crimes de guerre israéliens à Gaza. Le tribunal sera le premier forum public à réunir témoins, experts juridiques, journalistes, universitaires et activistes pour parler de Gaza. La première enquête sur ce qui s'est vraiment passé sur place. Pour se souvenir. Pour ne pas oublier. Et surtout pour empêcher que cela se reproduise. Le tribunal, comme à son habitude, se veut pionnier. Il parlera, lors de cette session, du crime de génocide et de celui d'incitation au génocide. Pour ceux qui disent que le tribunal est un simulacre de procès, ou qu'il est un exercice symbolique seulement, il est bon de rappeler qu' Israël n'a jamais respecté les décisions des Nations Unies ni celles de la cour internationale de justice en 2004. Celles-ci n'ayant d'ailleurs pas été respectées non plus par les parties tierces (Etats, institutions, multinationales). Pour Israël, le droit international ne veut rien dire, il n'est rien. Devant le manque d'actions concrètes des Etats, il incombe donc au peuple de se faire « Jury ».

Durant toute une journée les témoins se succèdent pour parler de ce qu'ils ont vu sur place. Les membres du jury, Ken Loach, Vandana Shiva, Roger Waters, Michael Mansfield, Paul Laverty, Radhia Nasraoui, Christiane Hessel, Ronnie Kasrils, John Dugard, Richard Falk et Ahdaf Soueif écoutent, prennent des notes et questionnent, interrogent. La salle, remplie de personnes venant du monde entier, reste sans voix devant les mots et les images. Ceux qui se pensent immunisés à l'horreur et l'indignation, parce qu'ils en ont trop vu ou en savent trop, se trompent. L'intensité de la violence de l'opération « Bordure protectrice » dépasse les limites de l'entendement, de la raison. Eran Efrati, ex-soldat israélien raconte en détails l'assassinat de Salem Shamaly par un sniper. Mohammed Omer, journaliste palestinien de Gaza, relate des exécutions sommaires de civils. Ivan Karakashian, évoque l'impact psychologique de ce massacre sur les enfants et du fait qu'Israël à pour habitude d'utiliser certains d'entre eux comme boucliers humains. Mads Gilbert, chirurgien norvégien et héroïque, nous explique que 17 des 32 hôpitaux de Gaza furent détruits. David Sheen, journaliste israélien, dresse un portrait effrayant, preuves à l'appui, d'une société israélienne, qui, soutenant cette guerre à 95%, va de plus en plus loin dans la déshumanisation des Palestiniens, appelant, de manière fréquente et sans fard, à l'extermination de ce peuple.

Le lendemain, après une longue nuit de délibération, le jury délivre son verdict : lors de l'opération « Bordure protectrice », Israël s'est rendu coupable de crimes de guerre (homicides intentionnels, destructions de biens non justifiées, attaques intentionnelles contre la population civile, les hôpitaux, les lieux de culte les écoles, …), de crimes contre l'humanité (meurtres, persécutions et exterminations) et du crime d'incitation au génocide.

Les membres du jury ajoutent même qu'ils ont « sincèrement peur que dans un contexte d’impunité et d’absence de sanctions pour des crimes graves et répétés, les leçons du Rwanda et d’autres atrocités de masse restent lettre morte. »

Que les choses soient claires : c'est à nous, le peuple, les « sans-dents », d'écrire l'histoire car personne ne le fera pour nous.

Suivez les travaux du Tribunal Russell sur Facebook et Twitter.

Site internet : http://www.russelltribunalonpalestine.com/en/

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A défaut d'une action du gouvernement belge, le Tribunal Russell se mobilise sur Gaza

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A défaut d'une action du gouvernement belge, le Tribunal Russell se mobilise sur Gaza

La récente opération militaire d’Israël sur la bande de Gaza avait un triste air de déjà-vu : une majorité de civils tués, en majorité des infrastructures civiles détruites, des images de dévastation passées en boucle sur les chaines de télévision.

L’ONU a comptabilisé 2.131 morts, dont 501 enfants, plus de 3.400 blessés, 55.650 maisons, 220 écoles et 62 hôpitaux endommagés ou détruits. Il a fallu 50 jours pour (achever de) détruire Gaza. Il faudra 20 ans pour la reconstruire. Les effets sur la population dépassent bien entendu les destructions matérielles : des familles entières ont été décimées, 142 familles ont perdu au moins trois de leurs membres, un mort sur quatre est un enfant. Les dégâts physiques et psychiques sont difficilement quantifiables.

Est-ce que le conflit israélo-palestinien est complexe ? Oui. Inextricable ? Non. Cette attaque aurait pu être évitée. La Belgique en porte sa part de responsabilité : celle de ne jamais avoir donné suite au rapport de la Mission d’établissement des faits des Nations Unies qui avait suivi l’opération Plomb Durci (2008-2009), laissant impunis les responsables des crimes identifiés ; de systématiquement se cacher derrière un consensus européen impossible à atteindre tant les sensibilités sur la question israélo-palestinienne sont vives ; de ne pas avoir dénoncé les pressions exercées sur l’Autorité palestinienne afin que celle-ci ne ratifie pas le statut de Rome (ce qui ouvrirait la voie à des poursuites judiciaires contre les dirigeants israéliens responsables de crimes de guerre) ; de ne pas avoir adopté ou soutenu des mesures contre le gouvernement israélien afin de forcer ce dernier à lever le blocus de Gaza, ce qui aurait mis fin à l’économie des tunnels, prétexte à la guerre ; de ne pas avoir demandé de dédommagements lorsque des infrastructures financées par l’Union européenne étaient détruites. Plus généralement, la Belgique est fautive de ne pas prendre toutes les mesures possibles pour faire pression sur Israël afin que cesse l’occupation du Territoire palestinien et l’ensemble des exactions qui gangrènent tous les aspects de la vie des Palestiniens.

C’est parce que la Belgique a failli à ses obligations et engagements en matière de droits de l’homme que la société civile se mobilise, une fois de plus. Des milliers de Belges ont manifesté durant les hostilités pour signifier au gouvernement qu’il est en décalage avec le sentiment populaire, que la paix ne viendra pas sans justice, que l’absence de perspectives nourrit la violence. L’inaction, le silence et les condamnations " équilibrées " dans un contexte de déséquilibre évident sont indécents.

A Bruxelles, ce 24 septembre, à l’Albert Hall, des juristes et des représentants du monde associatif, académique, médical et culturel se sont réunis dans le cadre du Tribunal Russell sur la Palestine, un tribunal d’initiative populaire qui trouve son origine dans les tribunaux d’opinion établis dans les années 60 en réaction à la guerre du Vietnam. S’il est évident qu’aucune des parties prenant part aux hostilités, y compris le Hamas et d’autres groupes palestiniens, ne peut déroger aux Conventions de Genève et s’attaquer à des civils non-armés, la disproportion des pertes humaines reflète l’asymétrie indéniable entre l’occupant et l’occupé. Le Tribunal Russell s’est donc penché sur les crimes commis par l’armée israélienne et a conclu, après avoir entendu de nombreux témoignages, que des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis à Gaza par l’armée israélienne. De plus, dans certains cas, l’incitation à la haine à différents échelons de la société israélienne a atteint le seuil nécessaire pour pouvoir être qualifié d’incitation au crime de génocide. Entre l’intensification de la rhétorique raciste et l’incitation à la violence durant l’été 2014, une situation d’impunité persistante et un régime de punition collective et prolongée (via le blocus et des attaques indiscriminées contre les civils), il n’est pas inconcevable qu’Israël bascule vers le crime de génocide. Une sonnette d’alarme est donc tirée. Le gouvernement doit intervenir car il est de sa responsabilité de faire appliquer le droit international. Cela permettra peut-être d’éviter un énième décompte macabre.

Signataires :

Tribunal Russell sur la Palestine, Solidarité Socialiste, Mouvement Ouvrier Chrétien (MOC), CNAPD (Coordination Nationale d'Action pour la Paix et la Démocratie), Association Belgo-Palestinienne (ABP), FGTB/ABVV, La Centrale Générale-FGTB.

L'auteur de ce texte, Katarzyna Lemanska, est membre de la Coordination Européenne des Comités pour la Palestine (ECCP)

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16 septembre 2014

Les volontaires juifs pour la suprématie raciale en Palestine

Les volontaires juifs pour la suprématie raciale en Palestine

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La lutte des Chrétiens européens pour l’antisémitisme a toujours été une lutte pour accorder aux Chrétiens des droits supérieurs aux Juifs et pour institutionnaliser cette supériorité en tant que suprématie raciale et religieuse.

En réponse à cela, la lutte des Juifs européens contre l’antisémitisme a été, et demeure, un combat contre la réduction des droits des Juifs (si ce n’est pas contre leur élimination complète, comme dans le cas du nazisme), contre le projet de faire des Juifs d’Europe des citoyens inférieurs et contre la suprématie blanche chrétienne européenne.

Ceci fut un combat historique, auquel de multiples non Juifs se greffèrent des deux côtés. Cependant, ce furent au final des combattants juifs européens contre l’antisémitisme et leurs alliés gentils qui gagnèrent cette bataille clé contre l’inégalité, l’oppression, les discriminations raciales et religieuses et le génocide.

La lutte des Juifs et celle des Protestants européens (cette dernière précéda la première de trois siècles) pour le sionisme, en revanche, a été et reste une lutte pour accorder aux Juifs européens plus de droit qu’aux non Juifs (et qu’aux non Juifs européens) sur une base religieuse, ethnique et raciale.

Cette supériorité serait surtout accordée vis-à-vis des citoyens palestiniens de la colonie de peuplement juive (si ce n’est pas l’élimination pure et simple de leurs droits, que beaucoup de Juifs sionistes appellent de leurs vœux), ainsi que par l’élimination des droits des Palestiniens dans les territoires qu’occupe et colonise Israël depuis 1967 et de ceux qu’il a expulsé et exilé depuis 1948 en dehors des frontières de leur pays d’origine.

Beaucoup de Juifs et de non Juifs se sont également rangés derrière cette lutte historique en faveur du racisme, de la discrimination et du colonialisme. Les Palestiniens et leurs alliés juifs et non juifs refusent d’abandonner et continuent à résister à l’injonction du sionisme selon laquelle les Juifs européens (et d’autres) doivent avoir des droits supérieurs ainsi qu’une suprématie coloniale, raciste et religieuse en Palestine.

La lutte juive pour le sionisme (qui n’a jamais inclus, et n’inclura jamais, l’ensemble des Juifs) est l’exact opposé de la lutte des Juifs contre l’antisémitisme (qui n’a également jamais inclus l’ensemble des Juifs) ; la première est un combat pour la suprématie juive européenne, tandis que la seconde se place contre la suprématie aryenne et chrétienne européenne.

Il s’agit ici de brièvement exposer le mensonge sioniste pur et simple qui prétend que la lutte contre l’antisémitisme et la lutte pour le sionisme sont une seule et même chose.

 

Le recrutement de Juifs pour tuer des Palestiniens

 

Tout ceci est primordial si l’on veut s’intéresser aux brigades juives sionistes internationales qui se sont portées volontaires, avec beaucoup d’enthousiasme, pour rejoindre l’armée coloniale israélienne, afin de tuer des Arabes et des Palestiniens. Ce fut, par ailleurs, un projet réussi, lorsque l’on regarde la propagande mobilisatrice sioniste et juive israélienne durant les sept dernières décennies, au sein des communautés juives des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni, du Canada, de la Russie et de l’Argentine, pour ne citer que les communautés juives les plus importantes en dehors d’Israël.

Cette campagne de propagande visait à transformer les membres de ces communautés de combattants contre la suprématie blanche chrétienne en combattants pour la suprématie raciale et coloniale juive européenne.

La diffusion de la culture raciste juive israélienne marche, à l’échelle internationale, main dans la main avec le pan-judaïsme du sionisme, de telle manière que, tout comme l’antisémitisme s’en prend à l’ensemble des Juifs, le sionisme entend parler pour l’ensemble d’entre eux – et redire aux Juifs qu’Israël est leur pays et qu’ils doivent y venir afin de le coloniser, à défaut de quoi il fonctionnerait comme un pays de rechange en attendant leur arrivée, nécessaire à sa base coloniale.

Que les organisations nord-américaines et européennes majeures qui prétendent parler au nom des Juifs aient autorisé Israël à parler à leur place, et aient été les principaux relais de la propagande haineuse raciste juive israélienne contre le peuple palestinien, les rend totalement complices du massacre et de l’oppression en cours des Palestiniens. Ceci est flagrant lorsqu’ils soutiennent ouvertement les politiques coloniales israéliennes anti-palestiniennes et exhortent leurs gouvernements respectifs et les médias à faire de même. (Nous devons toujours garder à l’esprit que des organisations ainsi que leurs riches dirigeants ne sont pas élus par les membres des communautés juives, mais s’autoproclament leurs représentants et parlent en leur nom dans les journaux de ces mêmes organisations, qui constituent ce que l’on nomme la presse « juive ».)

Ceci ne signifie aucunement que les membres des communautés juives ne soient pas pro-Israël et de fervents anti-palestiniens, ce qu’ils sont dans leur majorité, mais il s’agit de montrer que des enquêtes les ont dépeints comme étant moins meurtriers et haineux que les organisations qui prétendent les représenter.

A Pro- Israeli rally. Chicago, IL. 22.7.2014

Israël a ainsi créé une culture juive raciste hégémonique qui ne domine pas seulement les communautés juives israéliennes, mais aussi les communautés juives en Europe et ses extensions coloniales (aux Amériques, en Australie et en Afrique du Sud). Ceci n’a cependant jamais été suffisamment efficace pour produire des millions de volontaires juifs pour la cause coloniale d’Israël (peu importe combien de Juifs européens et américains soutiennent le sionisme et Israël, peu d’entre eux accepteraient d’aller combattre ou de mourir pour cela). Cependant, cela a créé les conditions pour que des milliers de jeunes juifs combattant pour la suprématie raciale européenne (principalement des hommes) rejoignent l’armée coloniale israélienne pour prouver la supériorité de la judéité européenne (et une virilité juive européenne concomitante) en massacrant les Palestiniens.

L’armée coloniale israélienne met en place plusieurs programmes pour accueillir des volontaires juifs du monde entier dans l’oppression des Palestiniens. Ces programmes leur offrent la possibilité de servir dans l’armée israélienne dans un « rôle de combattant et soutien à part entière », dans son programme « Mahal », et d’honorer leur engagement pour la cause sioniste de la suprématie juive européenne, sans avoir nécessairement à devenir des citoyens israéliens.

Il existe également un programme moins important, nommé « Marla », par lequel les jeunes adolescents juifs recrutés pour servir la suprématie juive sioniste peuvent participer « à ce programme d’immersion dans l’armée et servir aux côtés de compagnons du monde entier ».

La machine à tuer israélienne déclare ainsi fièrement que « plus de 300 jeunes juifs des quatre coins du monde sont volontaires pour servir » chaque année l’armée coloniale israélienne, au sein des quatre mille volontaires « juifs et non juifs » qui « volent vers Israël et rejoignent l’IDF [l'armée israélienne] pendant plusieurs semaines ». Ce n’est peut-être pas un nombre très impressionnant, mais cela va plus loin encore.

L’un des programmes conçus afin de recruter de jeunes juifs pour servir la suprématie raciale et religieuse est le projet « Garin Tzabar ». Garin Tzabar signifie « graine de cactus » ou « semence de Sabra » en référence aux Juifs israéliens nés en Palestine, d’où l’importance de ce programme comme projet reproductif et masculiniste dont l’objectif est de peupler la colonie de peuplement juive avec des Juifs plus sionistes encore pour démontrer la supériorité des Juifs européens (et des autres) sur les Palestiniens.

Selon l’armée coloniale israélienne, Garin Tzabar a déjà « aidé plus de 1 500 adolescents du monde entier à se joindre à l’armée israélienne et environ 70% des immigrés sont restés en Israël après leur service. »

Garin Tzabar n’est pas le seul programme de volontariat. Il en existe d’autres, comme le programme « Sar-El » qui se vante d’avoir apporté, entre 1983 et 2011, « plus de cent mille volontaires à Israël … Demeurant en Israël pendant plusieurs semaines, les participants partagent une véritable expérience de l’IDF, sur des bases de l’IDF » (Israël parle de ces volontaires européens et américains servant la suprématie juive comme de « soldats solitaires »).

L’armée israélienne a affirmé qu’en 2012, « 5 500 soldats solitaires » servaient dans les forces coloniales, alors qu’aujourd’hui elle prétend avoir 4 600 volontaires, un tiers d’entre eux étant américains.

Dans le massacre barbare en cours des Palestiniens de Gaza, deux des soldats juifs tueurs d’enfants palestiniens (comme je l’ai écrit précédemment, cibler et tuer des enfants palestiniens est une vieille tradition sioniste) qui furent tués par la résistance palestinienne étaient des volontaires juifs américains servant la suprématie raciale et coloniale.

Ils devinrent rapidement des héros pour la presse américaine, qu’elle soit « juive » ou « gentille ». En effet, un article paru dans le Washington Post montre comment ces tueurs d’enfants sont différents des combattants musulmans étrangers qui se sont portés volontaires pour renverser le gouvernement communiste afghan et, plus récemment, plusieurs gouvernements arabes. (« Foreign Fighters’ for Israël », David Malet, 22 July 2014). Cependant, peu de médias mentionnent les mercenaires européens et américains chrétiens qui se sont mis aux services de tyrannies partout dans le monde depuis la Seconde Guerre Mondiale.

 

Le recrutement colonial

 

Ces programmes israéliens de volontariat s’appuient sur l’héritage des quatre mille volontaires juifs qui sont venus s’engager dans la guerre coloniale sioniste de 1948 qui captura la Palestine et expulsa sa population afin d’établir la suprématie juive européenne dans la colonie de peuplement. Connu sous le nom de Mahal, le principal programme de volontariat inclut les Juifs américains comme des membres éminents et importants qui aident à la conquête coloniale d’Israël.

Ils y incluent notamment Mickey Marcus, un colonel juif américain de l’armée des États-Unis, qui devint le premier brigadier général d’Israël. L’expérience de Marcus durant la Seconde Guerre Mondiale a contribué à briser le « siège de Jérusalem » de 1948.

Parmi les autres volontaires juifs importants, on compte l’officier canadien Ben Dunkelman et le pilote américain Milton Rubenfeld, tout comme le major juif britannique Wellesley Aron, qui a aidé au recrutement des Juifs américains pour la guerre coloniale sioniste. Les mercenaires sionistes et chrétiens européens et américains ont également contribué à cela, en particulier dans les forces aériennes sionistes. Ces volontaires coloniaux qui luttent pour défendre un système raciste, spécialement lorsqu’ils viennent du Royaume-Uni, constituaient près de deux tiers de la force aérienne de la colonie de peuplement, durant la guerre de 1948.

David Ben-Gourion, le premier ministre de la colonie juive, leur était si reconnaissant qu’il déclara que « les forces [volontaires] du Mahal était la contribution la plus importante de la diaspora à la survie de l’État d’Israël ». Et cela est, en effet, vrai : 123 d’entre eux périrent durant cette guerre coloniale.

 

Les Juifs dans la lutte contre le racisme israélien

 

Mais, contrairement aux Juifs en Israël, les communautés juives en Europe, en Amérique du Nord et du sud, et même en Australie, vivent dans des cultures qui sont pas totalement contrôlées par la propagande sioniste et qui ne sont donc pas entièrement sous l’emprise de la culture raciste qu’Israël cherche à imposer aux siens. C’est ceci qui explique qu’un nombre croissant de membres éminents de la communauté juive des États-Unis et du Royaume-Uni, parmi les intellectuels et les universitaires, soit à la pointe de la lutte contre le racisme et le colonialisme juif israélien (contrairement à l’apartheid en Afrique du Sud, qui comptait un nombre important de militants et d’intellectuels antiracistes blancs, seul un petit nombre d’intellectuels juifs israéliens ont pu, au fil des décennies, échapper au lavage de cerveau raciste israélien – ce qui est déjà un exploit en soi).

Aujourd’hui, de nombreuses personnalités juives américaines dans le monde universitaire s’opposent, sans réserves, à la politique israélienne. Alors qu’autrefois, Noam Chomsky était l’une des seules voix académiques juive critique d’Israël, des dizaines d’universitaires et d’intellectuels juifs l’ont rejoint aujourd’hui pour s’opposer à la politique israélienne (bien évidemment, ces universitaires juifs, accompagnés d’universitaires gentils antisionistes, restent une minorité et sont dépassés par les universitaires, juifs et gentils, bien plus nombreux, qui militent contre les Palestiniens, les Arabes et les Musulmans).

A protest against Israeli attack on Gaza. Chicago, IL. 28.7.2014

Certains, comme l’éminente philosophe juive américaine Judith Butler, ont même dépassé Chomsky dans leur opposition au racisme et au colonialisme sioniste et israélien, se rangeant oralement derrière le mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) et appelant à une solution à un État, deux choses que Chomsky ne soutient pas. En fait, certains universitaires palestiniens américains se sont également opposés à ces deux positions importantes ou sont restés « neutres » (certains usant même de la stratégie rhétorique de « d’une part ceci et d’autre part cela »). Bien que l’année dernière, certains, par crainte d’être exclus des courants mainstream de gauche qui ont adopté ces positions, ont sur le tard décidé de montrer leur « courage » en adoptant ces positions, plus d’une décennie après que tout le monde l’ait fait.

Et ceci ne se limite bien évidemment pas à des intellectuels juifs, mais s’étend également aux militants juifs, et en particulier à des groupes comme Jewish Voice for Peace (qui a, entre autres activités antiracistes, joué un rôle important en aidant les Palestiniens et les autres à persuader l’église presbytérienne des États-Unis à se désinvestir des entreprises profitant de l’occupation israélienne), et les nombreux étudiants juifs rejoignant, et en grand nombre de surcroît, des groupes importants comme Students for Justice in Palestine, sur la base de leur engagement à lutter contre le racisme et le colonialisme, des valeurs qui sont aux antipodes du racisme colonial sioniste et de son tribalisme fasciste.

Ce sont ces combattants juifs contre le sionisme et le colonialisme et le racisme israélien qui poursuivent réellement la lutte juive contre l’antisémitisme, mais qui restent des héros méconnus de la presse « juive » et « gentille » américaine qui préfère célébrer à la place les volontaires juifs sionistes tueurs de bébés luttant pour la suprématie juive.

Ces combattants juifs contre le racisme se sont joints au peuple palestinien et à leurs alliés internationaux (Juifs et Gentils) dans cette bataille historique, qui se tient en ce moment, contre les forces de la suprématie raciale et de la conquête coloniale. Ils savent bien que le mouvement national palestinien a toujours compris que la lutte pour les droits et pour la libération des Palestiniens de la colonie de peuplement juive est le stade suprême de la lutte historique contre l’antisémitisme et que la lutte en faveur du sionisme fait partie intégrante de la guerre pour le colonialisme et la suprématie raciale européenne.

Le carnage que les soldats juifs israéliens et les brigades juives sionistes internationales tueuses d’enfants commettent dans la bande de Gaza (et en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, sans parler des citoyens palestiniens d’Israël) est le rappel le plus frappant de cette conviction inébranlable.

 

Traduit de l’anglais par Selim Nadi, membre du PIR

 

Source : Jewish volunteers for racial supremacy in Palestine

 

Version arabe :

متطوعون يهود لفرض التفوقية العرقية في فلسطين

 

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15 septembre 2014

La Cour pénale internationale ne perd-elle pas toute crédibilité en refusant de se saisir du dossier palestinien ?

La Cour pénale internationale ne perd-elle pas toute crédibilité en refusant de se saisir du dossier palestinien ? Carte blanche de Olivier Corten et François Dubuisson dans Le Soir. Texte complet actualisé:

La Cour pénale internationale ne perd-elle pas toute crédibilité en refusant de se saisir du dossier palestinien ?

Cela fait maintenant un certain temps que la Cour pénale internationale est critiquée en raison de la sélection dont elle fait preuve dans le traitement de ses affaires. En consultant son site internet, on constate que les 21 affaires mentionnées au rôle renvoient toutes à des crimes qui auraient été commis sur le continent africain. Pourtant, des crimes de guerre, contre l’humanité voire de génocide sont commis dans bien d’autres parties du monde, sans que la Cour ne s’en saisisse. Certes, elle est liée par ses règles de compétence, qui ne lui permettent de se saisir de situations que si ces dernières concernent (que ce soit via son territoire ou la nationalité de l’accusé) un Etat partie au Statut (art. 12 §2), un Etat non partie qui aurait déposé une déclaration spéciale (art. 12§3) ou une situation qui lui est déférée par le Conseil de sécurité (art. 13b). Sachant que de nombreux Etats (Etats-Unis, Chine, Russie, Inde, Israël, …) refusent de devenir parties au Statut, les possibilités sont donc limitées. Mais ces règles de compétences ne l’empêcheraient pas de se saisir d’un dossier emblématique susceptible de contrer les accusations de « deux poids, deux mesures » qui lui sont adressées : nous voulons parler de la Palestine, et plus spécifiquement des crimes qui ont été commis à Gaza depuis plusieurs années. En 2009, dans le contexte de l’intervention militaire israélienne « Plomb durci », la Palestine a en effet formellement déposé une déclaration comme Etat non-membre, en invoquant l’article 12 § 3 du Statut. La Cour, comme le soutiennent de nombreux juristes depuis lors, serait donc juridiquement fondée à agir d’initiative, comme elle l’a déjà fait dans d’autres situations, et à se saisir du dossier palestinien.

Cependant, la Cour se refuse jusqu’ici à s’engager dans cette voie, y compris après l’opération « Bordure protectrice » de cet été, laquelle s’est révélée, on le sait, particulièrement meurtrière. Pour quelles raisons la Cour reste-t-elle passive alors que l’occasion lui est donnée de démontrer son indépendance et son impartialité ? Certains estiment que c’est en raison de fortes pressions dont elle ferait l’objet de la part des alliés d’Israël, qui craignent des verdicts fustigeant la manière dont les opérations militaires ont été menées à Gaza. Le 2 septembre dernier, la Cour, bien consciente du malaise, a tenu à écarter cette hypothèse. Dans un communiqué de presse, la procureure Fatou Bensouda a voulu livrer sa « vérité sur la compétence de la CPI concernant la Palestine » . Selon elle, le Bureau du procureur « n’a jamais été en mesure d’ouvrir une telle enquête car la Cour n’est pas compétente ». Il existerait donc un obstacle technique insurmontable qui l’empêcherait de se prononcer, et ce indépendamment de toute pression ou volonté politique. La Procureure admet que l’Autorité palestinienne a fait une déclaration reconnaissant la compétence de la CPI en janvier 2009, au titre de l’article 12 § 3 du Statut. Cependant, seuls les Etats peuvent se prévaloir de cette disposition. Or, en 2009, la Palestine n’était pas un Etat, selon le communiqué de presse. Le 3 avril 2012, le Bureau du Procureur avait d’ailleurs estimé ne pas pouvoir se fonder sur cette déclaration, le statut étatique de la Palestine n’ayant alors pas été reconnu par l’ONU. La situation a évolué avec la reconnaissance, en novembre 2012, de la Palestine comme « Etat non-membre » des Nations Unies par l’Assemblée générale. Mais, toujours selon la Procureure, cette résolution ne pourrait avoir de portée rétroactive : elle permettrait de considérer la Palestine comme Etat, mais seulement à partir de novembre 2012, de sorte que la déclaration palestinienne de janvier 2009 resterait invalide. Dans ces conditions, la Cour ne pourrait exercer sa compétence que si une nouvelle déclaration était formulée par la Palestine, ou encore si cette dernière devenait officiellement partie au Statut.

Cette position est-elle réellement la seule qui soit juridiquement possible, comme l’affirme la Procureure ? Nous ne le pensons pas, la Cour tentant de justifier son inaction par des arguments techniques destinés à masquer une politique judiciaire délibérée d’attentisme. Sans entrer trop dans le détail de ce raisonnement juridique, il faut en particulier mentionner les points suivants.

1°. L’article 12 § 3 permet à « un Etat qui n’est pas partie au présent Statut » de faire une déclaration, afin de donner compétence à la Cour. Aucune condition tenant à une reconnaissance ou une qualification quelconque par un organe de l’ONU n’y est énoncée. En exigeant qu’une telle condition soit remplie, la procureure de la Cour dresse donc elle-même un obstacle juridique à sa compétence qui ne se retrouve pas dans le texte du Statut.
2°. La question qui se pose consiste donc à déterminer si, en janvier 2009, la Palestine était un Etat au sens du droit international. Et on peut parfaitement considérer que tel était le cas. Comme la Cour l’admet elle-même, plus de 130 Etats l’avaient déjà reconnue à ce moment, essentiellement en raison de l’existence d’un territoire, d’une population et d’un gouvernement palestiniens, lequel n’était empêché d’exercer effectivement ses compétences qu’en raison d’une occupation étrangère, contraire au droit international.
3°. Par sa résolution de novembre 2012, l’Assemblée générale a décidé d’accorder à la Palestine le « statut d’Etat non-membre observateur auprès de l’ONU ». Cette résolution n’avait nullement pour effet —comme le suggère la Procureure— de « créer » l’Etat de Palestine, mais bien de constater son existence.
4°. La déclaration de la Procureure du 2 septembre 2014 est enfin en contradiction avec la position du Bureau du Procureur publiée le 3 avril 2012. Ce dernier, après avoir soulevé le problème de la qualité d’Etat de la Palestine, concluait en effet de la manière suivante : « Le Bureau n’exclut pas la possibilité d’examiner à l’avenir les allégations de crimes commis en Palestine si les organes compétents de l’ONU, voire l’Assemblée des États parties, élucident le point de droit en cause ». Si l’on s’en tient à ce texte, la CPI subordonnait alors l’ouverture de la procédure à l’adoption d’une position claire d’un « organe compétent de l’ONU » sur la qualité étatique de la Palestine. Or, comme on vient de le voir, l’Assemblée générale a adopté, quelques mois plus tard, une résolution qui impliquait bel et bien que la Palestine soit considérée comme un Etat. La récente déclaration de la Procureure adopte un tout autre point de vue, en évoquant une « invalidité » initiale de la déclaration de janvier 2009, thèse clairement incompatible avec la position émise en avril 2012.

Au vu de ces éléments, le moins que l’on puisse dire est que cette dernière semble pour le moins réticente à ouvrir le dossier palestinien. La position qu’elle défend est loin d’être la seule possible : comme on vient de le voir, une autre interprétation de son statut, conforme à la fois à sa lettre et à son esprit, permet à la Cour se saisir de ce dossier. Mais encore faut-il qu’elle en ait la volonté. Or, on ne peut s’empêcher de penser que le temps considérable qu’elle a mis pour se prononcer est en tant que tel évocateur : il lui a fallu plus de trois ans pour réagir à la déclaration de la Palestine faite en janvier 2009, puis près de deux ans pour se prononcer sur les effets de la résolution adoptée par l’Assemblée générale en novembre 2012. Pendant ce temps, les crimes continuent d’être commis en toute impunité sur le territoire palestinien et — mais faut-il s’en étonner au vu de la position qu’elle a choisi d’adopter ?— la CPI continue à faire l’objet de virulentes critiques sur la sélectivité dont elle fait preuve dans le choix de ses dossiers… Au-delà de ses spécificités factuelles et des délicates questions juridiques qu'il soulève, le cas de la Palestine semble donc bien confirmer que, jusqu’à preuve du contraire, la Cour ne peut prétendre à l’universalité, comme on le lui reprochera sans doute encore souvent.

Olivier Corten et François Dubuisson
Centre de droit international, U.L.B.

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08 septembre 2014

La bataille de Gaza pose les fondations de la bataille ultime

 

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La bataille de Gaza pose les fondations de la bataille ultime

Par

Nombreux sont les commentateurs internationaux, sionistes et même arabes, qui refusent d’admettre la victoire de la résistance au cours de la récente guerre sioniste contre la bande de Gaza, mettant en avant le nombre de victimes palestiniennes et les destructions massives ainsi que sur le plan militaire, la destruction de quelques tunnels « offensifs » (ceux qui débouchent dans les territoires occupés en 48) et l’assassinat de quelques dirigeants militaires de la résistance (notamment des mouvements Hamas et du Jihad islamique), la proclamation du cessez-le-feu avant la levée du blocus, l’attitude attentiste sinon collaboratrice de plusieurs régimes arabes avec l’agresseur.

La bataille de Gaza pose les fondations de la bataille ultime

Certains ont d’ailleurs analysé la guerre comme si elle se déroulait entre deux forces militairement équivalentes et lorsque d’autres prenaient en compte la disparité des forces militaires en présence, c’est pour mieux déconsidérer la résistance, la jugeant incapable d’affronter la puissance sioniste, en insistant sur le peu de dégâts occasionnés par les fusées de la résistance, en comparaison avec les armes de l’ennemi. Mais ceux-là ont juste oublié de mentionner la portée psychologique et mentale de ces fusées, à court et long terme, sur une population coloniale habituée à se sentir en sécurité.

Il est vrai que les destructions infligées à Gaza et à sa population par l’agresseur sioniste sont incommensurables, mais elles traduisent la véritable nature de l’ennemi qui, depuis sa colonisation de la Palestine, n’a fait que détruire la Palestine, la société palestinienne et ses réalisations. Depuis 1947, avant même la fondation de cette entité coloniale, ce ne sont que destructions, expulsions, meurtres, massacres, une violence inouïe contre toute expression de la volonté palestinienne de récupérer son droit ou simplement de continuer à vivre en Palestine. De ce point de vue, clarifier la nature agressive et criminelle de l’entité coloniale demeure un des objectifs de la résistance palestinienne, de ses alliés et amis dans le monde. La violence exercée par les envahisseurs au cours de l’agression n’a fait que traduire la véritable nature de cette entité, qu’elle est parvenue parfois à masquer aux yeux de l’opinion internationale, à l’aide des puissances et des médias occidentaux. Elle a clairement indiqué qu’aucune « paix » n’est possible entre un Etat colonial et un peuple aspirant à la liberté, car tout règlement entre les envahisseurs et les peuples arabes signifie en réalité leur soumission et leur désagrégation.

Au-delà des massacres et des destructions, la victoire de la résistance à Gaza s’est manifestée par l’impossibilité de réaliser l’objectif de l’agression, consistant à déraciner la résistance palestinienne, détruire ses armes ou même essayer de les supprimer par le biais de décisions internationales. Il faut rappeler que c’est l’entité sioniste qui a déclenché l’agression et que la résistance a riposté, en utilisant son arsenal militaire, introduit et fabriqué sur place dans des conditions de blocus international. La résistance palestinienne n’a pas voulu la bataille, elle n’a fait que se défendre. Cependant, la capacité militaire de la résistance, développée depuis plusieurs années, a obligé l’entité coloniale à accepter un cessez-le-feu, sous les feux de la résistance. Quelques minutes avant l’entrée en action du cessez-le-feu, la résistance palestinienne lançait ses fusées sur Tel-Aviv, capitale de l’entité coloniale. Tout au long de l’agression, les résistants ont continué à fabriquer les fusées et les diverses munitions, se préparant à une longue guerre d’usure.

Depuis 1948, et pour la première fois, la résistance palestinienne réussit à s’armer de manière conséquente à l’intérieur du pays occupé pour affronter l’ennemi et riposter à ses agressions. Avant 1948, le peuple palestinien avait développé une résistance armée pour s’opposer au plan sioniste et avait mené des batailles conséquentes dans plusieurs villes, sur la côte (Yafa, Haïfa, entre autres) ou dans l’intérieur (al-Quds et ses environs). Après la Nakba, le peuple palestinien n’est parvenu qu’à introduire quelques armes et explosifs, outre ceux qu’il pouvait obtenir des dépôts de l’ennemi. C’est dans les milieux des réfugiés que la résistance avait réussi à s’armer de manière importante et c’est des pays frontaliers (Liban, Jordanie, Syrie ou Egypte) que les fidayin entraient dans leur pays pour mener des opérations offensives contre la présence sioniste en Palestine. Si les accords d’Oslo en 1993 ont autorisé l’Autorité palestinienne à posséder quelques armes, mis entre les mains des services sécuritaires, la personnalité de Yasser Arafat, qui a compris la mystification sioniste, a permis de développer un armement plus important et des membres des services sécuritaires ont participé à certaines batailles lors de l’Intifada al-Aqsa. Lors de la glorieuse bataille du camp de Jénine, menée en 2002, les résistants ne possédaient que quelques armes et ont manqué de munitions, ce qui a entraîné la chute militaire du camp, après avoir infligé de lourdes pertes à l’armée sioniste. C’est pourquoi la présence de résistants armés et le développement de l’armement de la résistance, sur le sol même de la Palestine, depuis une dizaine d’années, sont d’une grande importance puisqu’ils instaurent dans la conscience et dans les faits que la résistance armée est non seulement possible, mais indispensable et incontournable.

Le blocus contre la bande de Gaza et les tentatives sionistes pour l’isoler et la couper du reste de la Palestine sont des manœuvres pour empêcher la résistance armée de s’étendre vers les autres territoires occupés. L’ennemi a échoué à détruire militairement cette résistance armée, mais il poursuit ses manœuvres sur les plans politique et sécuritaire, profitant de la situation régionale et internationale, tantôt en voulant contrôler la reconstruction de Gaza, tantôt en voulant isoler la résistance, en insistant sur le Hamas et en fomentant des troubles entre ce dernier et l’Autorité palestinienne. Mais la résistance n’est pas seulement le Hamas, et la popularité de la résistance au sein des masses palestiniennes et arabes va au-delà de la popularité de Hamas. Ce qui signifie que le Hamas ne peut être isolé, étant donné qu’il est une partie intégrante de la résistance.

La période qui s’ouvre après la bataille victorieuse de Gaza n’est comparable à aucune autre période : la présence armée palestinienne à l’intérieur des frontières de la Palestine instaure une nouvelle guerre de libération, et désormais, toute la superficie de la Palestine occupée est une cible possible de la résistance. La popularité de la résistance qui s’est affirmée lors de la bataille de Gaza indique que seule la lutte armée est porteuse d’avenir pour les Palestiniens et les peuples arabes. Les difficultés internes de l’entité sioniste indiquent l’impasse de toute entreprise coloniale lorsque le peuple se défend par les armes. Par ailleurs, l’Autorité palestinienne issue des accords d’Oslo et affaiblie n’est plus crédible aux yeux des sionistes, des USA, des pays européens et de pays arabes, qui l’accusent d’avoir failli à sa tâche. Les accords d’Oslo ont été enterrés, malgré les gesticulations ridicules de son président, et le mouvement du Fateh, coincé entre la résistance qu’il proclame et son président qu’il affirme soutenir, vit des moments extrêmement difficiles.

Il est certain que la résistance à Gaza n’a pas libéré la Palestine, ni un bout de territoire de la Palestine, et le chemin reste à parcourir. Mais il est aussi certain qu’elle a ébranlé des fondements de l’entité sioniste, puisqu’elle a précipité le départ définitif de milliers de colons (jeunes et laïcs surtout) et que ceux vivant dans la « couronne » de Gaza ne veulent plus y retourner, par manque de confiance dans leurs dirigeants. Et comme l’a déclaré dr. Ramadan Shallah, secrétaire général du mouvement du Jihad islamique en Palestine, lors de la conférence de presse de la victoire, la bataille de Gaza a instauré les fondements de la bataille ultime pour libérer la Palestine. Aucune décision ne pourra la contourner ou nier sa présence, qu’elle soit internationale ou régionale. Elle se prépare déjà aux batailles prochaines et a l’intention de s’étendre vers le reste de la Palestine.

Fadwa Nassar
6 septembre 2014

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