FREE PALESTINE

22 avril 2019

"S'il y a une guerre, Israël devra évacuer Tel-Aviv"

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Le Hamas met en garde, par la voix du chef de son bureau politique, contre une guerre qui obligerait Israël à évacuer Tel-Aviv, mettant largement en cause les accords conclus avec Israël sous la médiation de l'Égypte

 

Yahya Sinwar, chef du bureau politique du Hamas dans la bande de Gaza, a déclaré le samedi 6 avril, que s'il y avait une guerre, Israël devrait évacuer ses civils de Tel-Aviv ainsi que des colonies frontalières de la bande de Gaza.

«Si la bande de Gaza est entraînée dans la guerre, Israël en souffrira. Il devra non seulement évacuer les colonies autour de la bande de Gaza, mais aussi Ashdod, Ashkelon voire Tel-Aviv», a déclaré Yahya Sinwar.

«Nos doigts sont sur la gâchette et ils seront pressés contre elle afin de protéger notre peuple. Nous serons l’épée et le bouclier», a déclaré Sinwar, cité par la chaîne Al-Aqsa.

Il a tenu ces propos lors d'une réunion avec les représentants des factions palestiniennes et des organisations de la société civile.

Yahya Sinwar a réclamé l’organisation des élections présidentielles et parlementaires, avertissant que le Hamas s’opposait énergiquement à toute idée de l'annexion de la Cisjordanie par Israël et qu'il s'engageait à défendre les Palestiniens aussi bien en Cisjordanie que dans la bande de Gaza.

Déniant toute réunion ou dialogue avec l’actuelle administration américaine ou ses représentants, cette haute autorité du Hamas a appelé à la solidarité nationale qui, selon lui,  est le seul moyen pour contrer le plan américain connu sous le nom de «Deal du siècle».

En ce qui concerne les accords du cessez-le-feu conclus avec Israël sous la médiation de l’Égypte, Sinwar a déclaré que cela n'avait aucune valeur de dimension politique pour le Hamas.

À vrai dire, il a largement mis en cause la crédibilité des accords qui, selon lui, n'étaient nullement liés à l'échange de prisonniers entre le Hamas et Israël, ni à la question des armes de la Résistance dans la bande de Gaza.

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Ajoutant que les accords n’ont rien changé aux problèmes d’électricité, encore moins aux problèmes liés à l'importation  d'équipements nécessaires aux projets de l’énergie solaire, Sinwar a noté: «Les accords ne constituent pas une alternative à l'unité et au partenariat palestiniens et il n'est pas question de s'y référer lorsque c'est du droit des Palestiniens à la résistance sous toutes ses formes dont il s'agit, en particulier en Cisjordanie. En outre, il n'est pas question d'arrêter la Marche du retour».

«Ensemble avec notre peuple, nous avons réussi à obliger le monde entier à mettre à l'ordre du jour la question du blocus imposé à Gaza et à rechercher des solutions», a dit Sinwar.

Les propos du chef du bureau politique du Hamas dans la bande de Gaza ont été publiés quelques heures après ceux prononcés par Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, qui a annoncé ne jamais rendre la souveraineté de Gaza à Mahmoud Abbas, président de l’Autorité autonome palestinienne, et que la seule option pour le régime d’Israël est l’occupation de l’enclave pour y étendre son règne.

Rédaction Presstv -

07.04.19

Source: Presstv

21 avril 2019

Netanyahu règne désormais en maître absolu

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Le fait que Netanyahu ait été élu à très peu de voix d’écart ne peut masquer le fait qu’Israël s’est profondément droitisé – et que Netanyahu tient fermement les commandes

 

Le parti Likud de Benjamin Netanyahu a gagné les élections israéliennes de mardi 09.04.19, à égalité avec le parti Bleu et Blanc dirigé par Benny Gantz et d’autres généraux de haut rang. Bien que chaque parti dispose de 35 sièges au parlement de 120 sièges, Netanyahu est fermement confirmé dans son poste.

Les petits partis d’extrême droite et d’extrémistes religieux qui sont nécessaires pour constituer une majorité parlementaire n’ont pas tardé à déclarer leur soutien à Netanyahu. Cela lui permettra de mettre en place son quatrième gouvernement consécutif.

Netanyahu a maintenant tout loisir de choisir entre un gouvernement étroit avec ces partis d’extrême droite et un gouvernement d’unité nationale de droite avec Gantz. Cette dernière option pourrait leur assurer les quatre cinquièmes des sièges de la Knesset israélienne.

Quelle que soit sa décision, à l’été, Netanyahu deviendra le Premier ministre israélien qui sera resté le plus longtemps en poste, battant le record établi par le fondateur d’Israël, David Ben Gurion.

La loi d’immunité

Le seul obstacle à l’horizon – à savoir les multiples accusations de corruption contre Netanyahu annoncées par le procureur général pendant la campagne – sera balayé dès que Netanyahu sera officiellement installé à la tête du prochain gouvernement par le président israélien Reuven Rivlin.

Les partenaires de la coalition de Netanyahu insistent pour voter une loi spéciale sur l'«immunité» – qui rendrait impossible l’inculpation d’un Premier ministre en exercice – avant de confirmer leur soutien à Netanyahu.

Bezalel Smotrich, de l’Union des partis d’extrême droite, a déclaré qu’une telle loi «donnerait aux membres de la coalition l’assurance que le prochain gouvernement restera en place pendant tout le mandat».

Ils savent que Netanyahu, compte tenu de ses antécédents, est leur meilleur ticket pour un poste à long terme au gouvernement.

Et les électeurs de Netanyahu ont démontré qu’ils se moquaient pas mal qu’il soit corrompu, tant qu’il continue à promouvoir un programme suprémaciste juif.

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Fiers du saccage de Gaza

C’est un grand succès pour Gantz d’avoir remporté autant de sièges que Netanyahu, étant donné qu’il présidait un tout nouveau parti dont le seul programme semblait être: «Il est temps de se débarrasser de Netanyahu».

Cela montre qu’une partie importante de la société israélienne est fatiguée de Netanyahu, de la politique qu’il mène depuis dix ans et de sa corruption.

Mais cela souligne également la vénération inaltérable des juifs israéliens pour leur armée et leur propension à appliquer des solutions exclusivement militaires aux problèmes politiques – en particulier, celui d’arriver à un compromis avec les Palestiniens et leur demande d’État.

Et cela n’a rien à voir, malgré ce qu’on entend dire, avec un désir des juifs israéliens de revenir à une politique de gauche. Gantz et ses compagnons généraux ne sont en aucune sorte des colombes*.

De fait, le principal argument de vente du parti Bleu et Blanc a été le fait que Gantz avait pulvérisé Gaza en 2014, lorsqu’il était chef d’état-major de l’armée en charge de superviser une opération militaire qui a assassiné plus de 500 enfants palestiniens.

L’effondrement de l’opposition

La victoire de Netanyahu confirme deux évolutions dramatiques dans l’électorat: l’effondrement des camps qui s’opposaient à la droite, dans l’électorat juif d’une part, et dans la minorité palestinienne, un cinquième de la population d’Israël, d’autre part.

À bien des égards, ce qu’il y a de plus choquant c’est que le Parti travailliste, qui a fondé Israël et l’a dirigé pendant des décennies, n’ait obtenu que six sièges. Cela le réduit au rôle d’un lobby.

Combiné aux quatre sièges du parti de gauche Meretz, cela donne en tout 10 sièges à ce que l’on appelle communément en Israël le «centre-gauche». Selon un récent sondage réalisé par l’Institut israélien pour la démocratie, seuls environ 12% des juifs israéliens se disent de gauche.

Le Parti travailliste a peu de chance de se redresser. Si cela continue, les travaillistes et Meretz devront sans doute fusionner aux futures élections pour pouvoir franchir le seuil électoral.

La «menace de gauche»

Le fait que le Parti travailliste soit – faussement – considéré comme un parti de gauche est un héritage de ses liens originaux avec les partis socialistes européens et de sa mise en place d’une économie planifiée au cours des premières décennies d’Israël.

L’accent mis par les travaillistes sur la politique ethnique et la ségrégation communautaire – l’idée que les citoyens juifs et palestiniens devraient vivre et étudier séparément – lui aurait valu d’être classé comme un parti ultra-nationaliste n’importe où ailleurs qu’en Israël.

Néanmoins, dans le passé, les travaillistes se sont montrés prêts à renoncer à certaines parties des territoires palestiniens occupés, principalement pour qu’un Israël élargi – qui inclurait certaines des colonies illégales les plus importantes – puisse rester majoritairement juif. Et la politique des travaillistes a été plus modérée que celle de la droite, parce qu’ils se souciaient de l’image d’Israël à l’étranger.

Le fait que le centre de gravité de la politique israélienne se déplace toujours plus à droite, permet à Netanyahu de faire croire aux Israéliens que le Parti travailliste est un parti d’extrême gauche qui menace la survie de l’État juif.

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«La destruction de l’État d’Israël»

On l’a vu lors de l’élection précédente, lorsque Netanyahu avait semé la terreur chez les électeurs juifs en clamant que les citoyens palestiniens allaient venir voter «en masse», et en accusant mensongèrement la gauche de vouloir les «amener en bus» aux bureaux de vote.

Cette rhétorique a atteint de nouveaux niveaux d’absurdité – et de danger – dans la campagne électorale actuelle.

Netanyahu n’a pas cessé de répéter que le parti de Gantz – dominé par des généraux qui s’appuyaient sur leur bilan en matière de répression sécuritaire des Palestiniens – faisait partie du centre-gauche.

Netanyahu a prétendu qu’en votant pour Gantz, les électeurs ferait des partis israélo-palestiniens des faiseurs de rois dans le prochain gouvernement, ce qui aboutirait à l’«élimination» de l’État d’Israël.

Un taux de participation historiquement bas

Les quatre partis palestiniens en lice, qui se présentaient cette fois-ci sur deux listes plutôt qu’en une seule liste commune, ont également connu des difficultés. Ils semblent qu’ils n’auront que six à dix sièges, contre treize dans la précédente Knesset.

Cela tient au fait que le taux de participation des citoyens palestiniens d’Israël a atteint un creux historique lors de cette élection, oscillant autour de 50%. La campagne a été la plus morose de toutes celles menées par la communauté palestinienne en Israël.

Les chiffres des sondages contrastent fortement avec les taux habituels de participation électorale de la minorité palestinienne qui étaient de près de 90% dans les années 1960 et de 75% il y a à peine deux décennies. Aux élections locales d’il y a seulement quelques mois ils étaient de 85%.

L’effondrement du vote marque la grande désillusion de la minorité palestinienne à l’égard de la politique nationale israélienne et sa prise de conscience que la rupture entre elle et la majorité juive est irréversible.

Des caméras cachées espionnent les électeurs

Cette prise de conscience vient du vote l’été dernier, de la loi sur l’État-nation, qui stipule explicitement qu’Israël est un État appartenant exclusivement aux juifs, et non à tous les citoyens israéliens. Cette loi a scellé le statut de spectateur indésirable de la «démocratie juive» de la minorité palestinienne.

Comme l’a fait remarquer un analyste palestinien au quotidien Haaretz, la politique israélienne ressemble aujourd’hui à un jeu de football pervers, que se disputerait deux équipes juives avec comme ballon les citoyens palestiniens. «Tout le monde nous donne des coups de pied et aucune des deux équipes ne veut de nous», a-t-il dit.

Netanyahu en a donné un exemple le jour même des élections, au cours d’une de ses tirades agressives contre la minorité palestinienne. Il a dépêché plus de 1.000 militants armés de caméras cachées pour filmer les bureaux de vote dans les communautés palestiniennes.

C’était une violation flagrante des lois électorales israéliennes. Mais la publicité autour de la confiscation des caméras par la police a été du pain béni pour la politique de terreur de Netanyahu. Il a défendu cette décision en affirmant que l’élection était «casher», le terme utilisé pour désigner les aliments qui sont conformes aux lois juives sur la nourriture.

Comme dans ses précédentes sorties, il a clairement laissé entendre que la présence même des électeurs palestiniens subvertit un processus démocratique destiné uniquement aux juifs, et que l’extrême-droite qu’il représente est la seule capable de protéger l’État juif.

Les partis palestiniens ostracisés

On ne peut cependant pas blâmer Netanyahu à lui seul pour cet état de fait. Auparavant, le Parti travailliste, et désormais le parti des généraux de Gantz, avaient collaboré au récit soigneusement élaboré de Netanyahu, en présentant les citoyens palestiniens comme une cinquième colonne.

Gantz s’est régulièrement distancé des partis palestiniens en réponse aux incitations de Netanyahu contre les citoyens palestiniens, en jurant de ne siéger qu’avec des partis «juifs et sionistes».

En faisant cette promesse, il a certes tiré une balle dans la tête de la minorité palestinienne, mais il s’est aussi tiré une balle dans le pied. Car il a laissé entendre qu’il n’avait aucun espoir d’avoir assez de sièges pour pouvoir former un gouvernement.

Aujourd’hui, il semble que les 1,8 million de citoyens palestiniens d’Israël aient bien compris la situation: tous les partis juifs, à l’exception du parti Meretz qui compte quatre sièges, ont cessé d’exiger le respect de leurs droits politiques légitimes au sein d’un État juif.

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Le chantage à l’annexion

Il y a quelques autres conséquences importantes à noter.

Les partis extrémistes religieux sont maintenant les faiseurs de rois à droite. A eux tous, ils ont remporté plus d’un sixième du Parlement. Netanyahu en aura presque certainement besoin au sein de son gouvernement, et ils exigeront des ministères qui ont une influence sur la société, accélérant encore le passage au fondamentalisme religieux en Israël.

Dans la période précédant les négociations pour former la coalition, l’un de ces partis représentant les colons religieux a déjà exigé qu’on lui confie les ministères de l’éducation et de la justice.

Netanyahu est également en position de faiblesse pour résister – en supposant qu’il le veuille – aux demandes des partis d’extrême-droite d’entamer le processus d’annexion officielle de pans importants de la Cisjordanie.

Les médias suggèrent déjà que ces partis d’extrême-droite demanderont des annexions d’une forme ou d’une autre en échange de leur vote de la loi d’immunité qui protégera Netanyahu des poursuites pour corruption.

C’est ce qui explique pourquoi, dans les derniers jours de la campagne, il a promis d’annexer des territoires de la Cisjordanie où se trouvent les colonies.

Alors qu’il devenait clair, mardi, que Netanyahu allait se maintenir au pouvoir, il a fait un discours typique du politicien à la langue fourchue qu’il est. Il a dit: «Je veux être le premier ministre de tous les citoyens d’Israël, de droite et de gauche, juifs et non-juifs».

Pour les gens de l’extérieur, cela peut sembler un discours de conciliation. Pour ceux en Israël qui connaissent Netanyahu, cela ressemblait davantage à la menace d’un homme qui sait qu’il n’y a personne en Israël – de droite ou de gauche, juif ou non juif – en mesure de résister à ses diktats.

Note:

* Les faucons de droite dure s’opposent aux colombes de gauche, partisans de la paix

Jonathan Cook -

14.04.19

Source: Chronique de Palestine

20 avril 2019

Documents falsifiés, force, intimidation: comment les colons volent maisons & terres des Palestiniens

Source: Externe

Pour accaparer les propriétés des Palestiniens, les colons sont prêts à tout, y compris à falsifier des documents pour conclure des transactions illicites avec l’aide de sociétés étrangères secrètement favorables aux colonies

 

L’œil au beurre noir d’Abdel Qader Abou Srour est toujours visible. Ce père de deux enfants est fatigué. Après quatre jours de garde à vue, il vient d’être libéré d’une prison israélienne. «Les deux premiers jours, ils m’ont maintenu en isolement dans une cellule gelée sans couvertures, rien de chaud à boire et aucun soin médical», raconte-t-il à Middle East Eye.

Abou Srour, 27 ans, a été arrêté le 7 février après avoir été passé à tabac par des soldats israéliens devant son domicile à Hébron, dans le sud de la Cisjordanie occupée. Ils escortaient un groupe de colons israéliens qui affirmaient que sa maison était, en réalité, la leur.

«L’un des colons, le chef du groupe, a prétendu que notre maison leur appartenait et que nous devions partir», poursuit le jeune homme. Une dizaine de soldats, dont trois lourdement armés, sont arrivés chez lui.

«Quand je lui ai dit que cette maison était la nôtre et que nous avions les papiers pour le prouver, il a commencé à me menacer, décrétant que nous avions dix jours pour quitter la maison et que si nous ne le faisions pas, il la détruirait pendant que nous serions encore à l’intérieur.

Plus de cinq soldats m’ont battu, m’ont donné des coups de pieds et m’ont frappé avec leurs fusils, pendant que les colons les encourageaient», déclare Abou Srour. Les soldats ont également lancé des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes sur sa mère et ont pulvérisé un spray au poivre sur lui à bout portant.

«Tout cela parce que les colons leur ont dit de le faire», insiste-t-il. «Ils veulent notre maison, alors maintenant ils feront tout pour l’obtenir».

Transactions illicites

La famille Abou Srour se retrouve maintenant mêlée à un litige qu’elle craint de perdre, alors même que des papiers prouvent qu’ils possèdent leur maison. C’est l’un des nombreux cas où des colons et leurs organisations revendiquent à tort des biens comme étant les leurs – et se servent de documents falsifiés, de mesures d’intimidation et du soutien de l’État pour garantir leur réussite.

La preuve du succès de ces tentatives se trouve à quelques mètres de la maison de la famille Abou Srour: Beit al-Baraka, une ancienne église dont l’enceinte a autrefois servi de sanatorium, a été intégrée au bloc voisin de colonies israéliennes, Goush Etzion, il y a trois ans.

Le complexe a été transféré aux colons en plusieurs étapes. Ses premiers propriétaires, un groupe religieux presbytérien, ont connu des difficultés financières et l’ont vendu en 2010 à une société suédoise appelée Scandinavian Seamen Holy Land Enterprises.

La société a affirmé qu’elle envisageait de restaurer l’église et de la rendre à ses activités initiales. Cependant, l’homme derrière cette nouvelle société, un chrétien norvégien du nom de Gro Faye-Hansen Wenske, était un partisan des colonies israéliennes – ce qu’ignoraient les vendeurs.

Lorsque Scandinavian Seamen Holy Land Enterprises a annoncé la fermeture de l’entreprise en 2012, la propriété a été vendue à une organisation américaine contrôlée par l’homme d’affaires pro-colonies Irving Moskowitz. En 2016, le complexe était officiellement enregistré dans le bloc de colonies israéliennes Gush Etzion.

La maison de la famille Abou Srour a été construite par les mêmes missionnaires qui ont construit le complexe et a même abrité un temps le directeur de l’hôpital.

Bien qu’ils aient acheté leur maison en 1990 et disposent de documents palestiniens, israéliens et américains pour le prouver, les Abou Srour redoutent désormais que les colons utilisent des méthodes illicites ou même des faux pour en prendre possession, tout comme ils ont «trompé» leur monde pour Beit Baraka il y a des années.  

Les colons qui revendiquent le domicile de la famille Abou Srour n’ont pour le moment présenté aucun document à l’appui de leur dossier.

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Fausses entreprises, documents frauduleux

L’intimidation et la falsification de documents, entre autres méthodes illicites, sont des pratiques courantes dans les transactions foncières dans les territoires palestiniens occupés, selon différents rapports. Une enquête menée en 2016 par la chaîne israélienne Channel 10 a ainsi révélé que quatorze des quinze acquisitions de terres auprès de Palestiniens par l’entreprise pro-colons Amana étaient frauduleuses.

Un suivi de l’enquête par Haaretz détaille les processus utilisés par les entreprises de colons pour acquérir des terres. Chaque fois que l’État cherchait à évacuer des «avant-postes» – colonies illégales y compris selon le droit israélien («outposts») – dans la région de Ramallah, des représentants d’Al-Watan, une entreprise dirigée par le militant pro-colonisation Ze’ev Hever, un terroriste condamné, et détenue par Amana, annonçaient avoir acheté les terres locales à leurs propriétaires palestiniens.

En fait, des Palestiniens agissant pour le compte d’Al-Watan avaient utilisé de faux documents, prétendant être les véritables propriétaires fonciers, et avaient transféré les propriétés à Amana, a rapporté Haaretz.

Abdel Rahman Saleh, ancien maire du village de Silwad, dans la région de Ramallah, explique à MEE que des entreprises comme Al-Watan et la Holy Land Enterprises, qu’il considère comme de fausses sociétés gérées par des Palestiniens, des Jordaniens et des Israéliens, paient jusqu’à 60.000 dinars jordaniens (près de 75.000 euros) pour chaque dounam (environ 1 km²) de terre, alors que le marché se situe autour de 2.000 dinars (environ 2.500 euros).

«Ces entreprises nient acheter des biens pour les colons, mais elles acquièrent traditionnellement des terres à Jérusalem-Est par les mêmes moyens», déclare l’homme de 71 ans.

Selon lui, les organisations de colons travaillent main dans la main avec le Shin Bet, service de renseignements israélien, pour contrefaire les documents qui servent lors de l’achat de terres.

«Les colons se tournent vers les renseignements israéliens, qui les aident à collecter des informations sur la terre, leurs propriétaires, leurs numéros d’identité, les détails de leurs actes de propriété», poursuit Saleh. «Ils prennent tous ces renseignements et fabriquent de faux papiers en utilisant nos informations pour donner l’impression que nous leur vendons le terrain».

Saleh fait face, depuis des décennies, à ces faux achats de terres par des colons israéliens. Durant son mandat de maire de Silwad, il a mené une longue bataille juridique pour le compte d’habitants dont les terres avaient été achetées à l’aide de faux documents et transférées aux colons de l’avant-poste d’Amona.

«En 1996, par le biais de la Holy Land Enterprises, des colons d’Amona ont utilisé de faux documents pour confisquer plus de 2.000 dunams de terres appartenant à des habitants de Silwad, d’Ein Yabrud et de Taybeh», rapporte Saleh. «Nous avons porté plainte devant les tribunaux et, finalement, en 2014, l’État a décidé d’expulser les colons au motif que les documents avaient été falsifiés».

Yesh Din, une ONG israélienne qui a aidé les habitants de Silwad dans leur bataille juridique, a déclaré que derrière la construction illégale d’Amona se trouvait «tout un mécanisme dédié à l’expulsion des Palestiniens de leurs terres, avec l’aide des conseils locaux, de l’organisation Amana, des FDI [l’armée israélienne], du Conseil Yesha, de la Division de la colonisation, des politiciens et des ministères».

L’évacuation de l’avant-poste d’Amona en 2017 a représenté «une énorme victoire pour Silwad et les villages environnants, qui ont également récupéré une partie de leurs terres», commente Saleh.

Les représentants d’Amana et d’Al-Watan n’ont pu être joints pour commenter ce sujet. 

Un combat toujours en cours

Mais l’évacuation d’Amona a été une victoire inhabituelle, et le combat est loin d’être terminé.

En décembre 2018, les colons sont retournés sur les terres de leur ancien avant-poste et ont construit deux maisons préfabriquées, affirmant qu’ils venaient d’acheter les terres à leurs propriétaires palestiniens.

Haaretz a rapporté que l’Administration civile israélienne n’avait pas examiné la preuve d’achat présumée avant l’édification des maisons et une source a indiqué que l’institution n’avait même pas confirmé que le terrain sur lequel les maisons avaient été construites était bien celui qui avait apparemment été acheté. 

Néanmoins, les Palestiniens qui possèdent la terre ne peuvent toujours pas la cultiver et, en plus de devoir se battre pour y accéder, font également face aux soupçons de leur communauté quant à la possibilité qu’ils l’aient cédée à des Israéliens.

«Ces cas suscitent beaucoup de discordes au sein des communautés, car les gens commencent à douter de leurs voisins et se demandent: “Ont-ils vraiment vendu leurs terres, vendu notre patrie, aux colons?”», commente Saleh.

«Cela peut prendre des années, des décennies pour tirer les choses au clair. Et entre-temps, des personnes peuvent être ostracisées et exclues si la communauté pense qu’elles ont vraiment vendu leurs terres à des Israéliens».

Source: Externe

«Le système dans son ensemble est de leur côté»

Juste au sud du Gush Etzion, Abou Srour et sa famille craignent d’être confrontés à une bataille interminable pour rester sur leur terre. Alors que les colons et les soldats recourent désormais à l’intimidation et à la violence, le père de famille craint que les fraudes utilisées pour acheter d’autres biens ne soient utilisées pour tenter de reprendre le contrôle de sa maison.

«Nous savons que nous avons été méticuleux dans notre achat de cette maison et nous nous sommes assurés de ne laisser aucune échappatoire pour que de tels événements se produisent», déclare-t-il.

«Mais il s’agit de colons. Ils ont les soldats, les tribunaux et les politiciens de l’occupation dans leur poche. Le système dans son ensemble est de leur côté».

Cinq mois avant l’arrivée des colons avec les soldats en février, l’homme qu’il considère comme le chef du groupe de colons – un ancien officier du renseignement, à son avis – l’a appelé pour lui dire qu’il voulait acheter la maison. «Il a dit qu’il paierait n’importe quoi pour elle». Abou Srour a refusé son offre.

«À l’époque, on craignait que si les colons avaient réussi à tromper leur monde pour acheter Beit al-Baraka, ils pourraient contrefaire des documents et tenter de s’en servir pour réclamer notre maison», explique-t-il.

«Quand ils veulent quelque chose, ils épuisent tous les moyens – légaux et illégaux – pour prendre la terre aux Palestiniens».

Akram al-Waara -

15.04.19

Source: MEE

19 avril 2019

L’abjecte nouvelle République d'Israël

Source: Externe

Mardi (09.04.19), la deuxième République d'Israël est née. Elle sera différente de sa prédécesseure. La Première République a aligné des réalisations impressionnantes, accompagnées de mensonges et de tromperies. La Seconde République se passera de tout faux-semblant

 

Le nouvel Israël ne se déguisera plus. Lorsque le neuvième Premier ministre israélien mettra sur pied son cinquième gouvernement, Israël aura l'air différent.

Avec la victoire à portée de main et la confiance grandissante, Benjamin Netanyahu pourra déclarer l'avènement de la seconde République, formée à son image.

Rendons à César ce qui appartient à César. Personne ne pourra prétendre que cet homme n'aura pas laissé sa marque dans le pays et la région. 

La Seconde République ne cachera plus rien de ce qui se passe dans son arrière-cour et n'essaiera plus de se refaire une beauté. Elle ressemblera exactement à ce qu'elle est.

La Première République se caractérisait par un mélange de réalité et de tromperie: la seule démocratie du Moyen-Orient, mais d'abord avec un gouvernement militaire dans les zones arabes, puis avec une dictature militaire dans les territoires occupés. 

Il dit être le chouchou du monde libre, mais c'est aussi le dernier régime colonial au monde.

Il dit qu'il s'agit d'un membre estimé de la famille des nations, mais il viole presque toutes les lois internationales, et il n'annexe pas les terres occupées de façon à créer un faux sentiment de précarité.

Il s’enorgueillit de la primauté du droit et de la Cour suprême, mais il a deux ensembles de lois distincts fondés sur la nationalité; il est juif et démocratique, mais avec une contradiction intrinsèque, une contradiction insurmontable. 

Tout cela est terminé. Le prochain gouvernement sera la continuation du précédent, mais plus fort, plus ultranationaliste et raciste, moins légitime et démocratique. Et, il faut bien l'admettre, ce sera un meilleur reflet de la réalité. 

Mardi 19 avril 2019, les électeurs ont dit un 'oui' retentissant à cet Israël-là.

Le choix n'a pas été aussi difficile qu'il n'y paraissait: un choix entre un gouvernement de généraux, qui aurait continué la mascarade sous les applaudissements du monde et des Israéliens éclairés, ou un autre gouvernement Netanyahu qui aurait formé Israël à son image, sans faux-semblants ni excuses. 

Les choses auront l'air différentes. L'incendie qui a commencé à crépiter sous le gouvernement précédent se propagera. Les tribunaux, les médias, les groupes de défense des droits de l'homme et la communauté arabe le ressentiront rapidement de première main.

Certains éditoriaux de ce journal ne seront plus approuvés pour publication en vertu de la loi. Il sera interdit, par exemple, de critiquer les soldats israéliens. Quelqu'un est contre? 

Il sera interdit de soutenir un boycott d'Israël. L'aéroport Ben-Gourion sera encore plus fermé aux critiques du régime. Des groupes à but non lucratif seront interdits.

Les Arabes seront encore plus exclus qu'ils ne le sont actuellement, sur la voie de la réalisation de la vision d'un État juif avec des législateurs exclusivement juifs.

La représentation des Arabes à la Knesset pourrait déjà refléter leur représentation à l'Israel Electric Corporation (compagnie publique d’électricité).

Source: Externe

Et bien sûr, il y a l'annexion qui nous attend au coin de la rue. 

C'est comme ça quand on fait face au Likud: le seul choix est de perdre son chemin. C'est comme ça quand l'élection ne concerne que Netanyahu, pour ou contre. C'est comme ça quand les deux grands partis se font concurrence dans leurs déclarations racistes contre les Arabes. 

S'il y a un endroit où Benny Gantz doit se rendre immédiatement, c'est dans une ville près de chez lui, Kafr Qasem, pour baisser la tête et demander pardon aux citoyens arabes de ce pays, dont il a insulté les représentants.

Gantz a perdu sa chance de gagner en partie parce qu'il s'est éloigné de cette communauté et les a humiliés comme s'ils étaient des lépreux, tout comme Netanyahu. La vengeance des électeurs arabes est notre punition à tous. 

Ce n'est peut-être pas une punition. Peut-être que la vérité est préférable. Laissons le monde voir et juger. Laissons les Israéliens libéraux voir et juger, en décidant s'il est possible de continuer à vivre dans la complaisance et le déni.

Qu'ils voient en Europe et à Ramat Hasharon, au Parti démocrate et à Ramat Aviv, comment tout cela continue. 

Peut-être que l'annexion de la zone C en Cisjordanie sans donner la citoyenneté à ses résidents arabes, l’adoption d'un plus grand nombre de lois sur l’État-nation (juif), la fermeture de groupes à but non lucratif et la censure des institutions culturelles permettront de réaliser ce que toutes ces années de déni n'ont pas permis.

Peut-être que cela réveillera enfin l'opposition que si peu de gens ont désirée pendant tant d'années. 

Ha'aretz n'a pas publié de nécrologie après les élections. Mais hier, une douce illusion est morte. C'est peut-être mieux comme ça.

Gideon Lévy -

12.04.19

Source: Alterinfo

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18 avril 2019

Honte à l'UNICEF, «fier partisan» des colonies de peuplement israéliennes

Source: Externe

Le fonds des Nations-Unies pour l’enfance, UNICEF, parraine un projet majeur financé par l’Union Européenne dont le but est de relier les colonies israéliennes au réseau électrique européen

 

L'agence des Nations-Unies figure parmi les «fiers partisans» de l'Interconnector EuroAsia, un projet de construction d'un câble sous-marin de plus de 1.000 km reliant le réseau électrique européen à Israël via la Grèce et Chypre.

Cela signifie que les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem-Est, et les hauteurs du Golan en Syrie - toutes illégales au regard du droit international - seraient reliées au réseau européen et bénéficieraient de la capacité d'Israël à échanger de l'électricité via l'interconnecteur.

Une fois terminé, le système permettra également à Israël de vendre de l'électricité produite à partir de gaz extrait de gisements méditerranéens faisant l'objet de différends internationaux impliquant Israël, les Palestiniens et le Liban.

«Ce projet de plusieurs milliards d'euros récompense Israël pour ses crimes de guerre tandis que les Palestiniens sont tenus dans l'ignorance», a déclaré le Comité national palestinien pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BNC) cette semaine, exhortant le public à demander à l'UNICEF de laisser tomber son soutien au projet.

«Le siège d'Israël sur Gaza limite l'électricité à seulement quelques heures par jour pour près de deux millions de Palestiniens vivant là-bas», indique le message d'alerte.

«Israël a à plusieurs reprises démoli des installations d'énergie solaire palestiniennes en Cisjordanie occupée, la seule source d'énergie pour de nombreuses communautés».

De nombreux projets énergétiques palestiniens détruits par Israël ont été financés par l'UE.

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Crimes contre les enfants

Le BNC note que le slogan de l'UNICEF est "Un espoir pour chaque enfant" et que l'organisation de l'ONU «a largement documenté la manière dont les colonies de peuplement illégales israéliennes privent les enfants palestiniens de leurs droits fondamentaux et de tout espoir d'un avenir de justice, de paix et de dignité».

Pourtant, l’UNICEF «soutient un câble électrique vers ces colonies, en leur accordant une reconnaissance, de l’argent et des infrastructures pour qu’elles s’épanouissent», indique la BNC.

Les abus systématiques commis sur des enfants palestiniens par Israël comprennent la détention par l'armée et la torture en Cisjordanie.

Et à Gaza, une commission d'enquête indépendante des Nations-Unies a récemment demandé à l'arrestation d'Israéliens impliqués dans des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité présumés, notamment le meurtre intentionnel d'enfants au cours des manifestations de la Marche du Grand Retour.

Avec un budget de 4 milliards de dollars largement financé par l'Union européenne, l'interconnecteur EuroAsia a reçu la bénédiction de l'administration Trump, qui a récemment accordé la reconnaissance américaine à l'annexion illégale du plateau du Golan par Israël.

«En finançant l'interconnecteur et en reliant le réseau électrique européen à Israël, l'UE et les États membres apporteraient un soutien direct aux colonies de peuplement illégales d'Israël, en violation de leurs obligations et engagements juridiques», a déclaré le BNC dans un document d’information récent sur le projet.

Le BNC, une large coalition de la société civile palestinienne, demande à l'UE de retirer ses offres et le financement liés à la liaison électrique Israël-Chypre, de mener une évaluation crédible des droits de l'homme de l'interconnecteur EuroAsia et de mettre en garde les entreprises et les investisseurs contre les risques juridiques et autres de s'impliquer dans des projets israéliens de gaz et d'électricité.

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Risque pour la vie privée des citoyens

La BNC met également en garde contre un risque d'atteinte à la vie privée des citoyens dans le cadre d'un projet parallèle de l'interconnecteur EuroAsia, appelé câble Quantum, une ligne à fibres optiques reliant l'Espagne à Israël.

«La pose du câble Quantum signifiera que 60% du trafic Internet mondial - entre l'Europe et l'Asie - passera par Israël, soulevant de graves préoccupations en matière de sécurité et de droits civils», a déclaré le BNC.

Israël possède des antécédents bien documentés en matière de cyber-espionnage et de combines, des capacités que ses agences de renseignement et ses entreprises déploient contre les défenseurs des droits de l'homme palestiniens ou commercialisent contre d'autres régimes répressifs tels que l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

«Le soutien de l'UE à l'Interconnector EuroAsia et à l'exportation de gaz israélien vers l'Europe contraste nettement avec l'attaque systématique d'Israël contre les droits de l'homme, les sources d'énergie et les approvisionnements palestiniens», ajoute le BNC.

Alors que le soutien ouvert de l'UNICEF aux activités criminelles d'Israël est en contradiction avec sa mission et son mandat, la complicité de l'UE est typique de la politique de longue date du bloc consistant à récompenser Israël pour ses violations malgré les déclarations européennes de pure forme en faveur de la paix, des droits de l'homme et du droit international.

Ali Abunimah -

10.04.19

Source: ISM

17 avril 2019

Élections israéliennes: l’orgie nationaliste et sécuritaire

Source: Externe

Au terme d’une campagne particulièrement violente et raciste, la droite nationaliste et religieuse l’emporte, s’assurant quelques années de plus pour asseoir encore davantage sa domination sur tous les secteurs du pays

 

En arrivant au coude-à-coude avec son rival centriste Benny Gantz, le pouvoir hégémonique de Benyamin Netanyahu est bien contesté, mais pas suffisamment pour voir le Premier ministre sortant quitter son poste. Celui-ci sort vainqueur des élections, devenant le premier Premier ministre a être réélu pour un cinquième mandat.

À l’issu du vote, la nouvelle Knesset dessine une carte politique israélienne radicalement nationaliste et opposée à tout État palestinien.

Union nationale ou coalition d’extrême droite?

À la question «stop ou encore?», la réponse des Israéliens demeure floue. Si Netanyahu n’est pas arrivé en tête des élections, les partis censés former sa coalition ont obtenu suffisamment de voix pour construire une majorité parlementaire d’au moins 61 mandats sur les 120 députés que compte la Knesset.

Avec 34 sièges, le Likud a les cartes en mains pour former la prochaine coalition gouvernementale. Il faudra encore attendre quelques jours, voire quelques semaines, pour connaître les intentions de Netanyahu. Deux scénarios semblent probables: une nouvelle coalition d’extrême droite ou un gouvernement d’union nationale par le biais d’une alliance avec ses rivaux centristes. ​Dans ces deux cas, le Premier ministre saura négocier son immunité, pour être protégé encore quelques années.

Poursuivi par la justice israélienne pour de nombreux scandales politico-financiers, Netanyahu jouait dans cette élection sa dernière carte pour espérer échapper aux charges qui l’inculpent. Pour y parvenir, il n’a pas hésité à faciliter la constitution d’une Union des partis de droite comprenant notamment des kahanistes, un mouvement politique qui avait été interdit en Israël en 1988 pour les propos racistes de ses membres et leurs appels à la haine.

Le pari est réussi puisque cette liste entre à la Knesset avec 5 députés. Tout comme les principaux représentants du nationalisme religieux et ex-ministres Naftali Bennet et Ayalet Shaked, dont la nouvelle formation politique dite de «Nouvelle droite» dépasse de justesse le seuil électoral et obtient 4 sièges​​​. À l’extrême droite, Netanyahu pourra compter sur le parti d’Avigdor Lieberman, qui obtient 5 mandats.

Quiconque a pu assister au discours de l’ex-général Gantz à la conférence annuelle de l’AIPAC, lobby pro-israélien, à Washington, comprendra que ses positions, notamment sécuritaires, sont bel et bien compatibles avec le Likud.

Toutefois, la liste Gantz-Lapid, en se présentant comme un barrage à Netanyahu et ses alliés d’extrême droite, trahirait ses promesses de campagne en entrant dans un gouvernement dirigé par le Premier ministre sortant.

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Un nouveau bipartisme?

Déjà, certains analystes voient dans ce résultat une «volonté de changement», du moins la possibilité d’entrevoir en Israël une alternative au Likud. La principale force d’opposition, abusivement nommée de «gauche» par Netanyahu, rassemblait une coalition hétéroclite dont le maître mot semblait être «Tout sauf lui».

Les deux principales figures de cette liste, nommée «Bleu Blanc», étaient le centriste libéral Yaïr Lapid, connu pour ses bravades contre les ultra-orthodoxes, et l’ancien général Benny Gantz, capable à la fois de promettre aux Israéliens de parvenir à un accord historique avec les Palestiniens, tout en se vantant d’être à l’origine de l’opération «Bordure protectrice» contre la bande de Gaza en 2014, qui fit plus de 2.000 victimes palestiniennes.

Ces deux leaders symbolisent par ailleurs l’évolution nette du champ politique israélien sur la question palestinienne: le soutien à une politique de séparation, le refus d’appliquer le droit international et le non-respect des résolutions de l’ONU. En clair, aucun État palestinien à côté d’Israël. Ce dernier point pourrait mettre d’accord près d’une centaine de députés.

Surtout, en se présentant comme les «opposants» les plus crédibles à Netanyahu, la liste Gantz-Lapid a pillé l’électorat de la gauche sioniste, qui risque de ne pas s’en remettre. Elle a obtenu 35 sièges, quand les travaillistes n’en ont que 6, soit le score le plus faible de l’histoire du parti central de la gauche sioniste.

La fin du sionisme de gauche?

En additionnant leurs mandats, les deux partis de gauche sioniste, travaillistes et Meretz, n’obtiennent que 10 députés, soit presque trois fois moins qu’en 2015.

Les militants travaillistes avaient pourtant essayé de donner une nouvelle image à leur organisation pour contrebalancer celle de l’actuel leader Avi Gabbay, un homme d’affaires défenseur du libéralisme économique.

Lors des primaires du parti, tenues le 11 février dernier, ils avaient placé en tête de leur choix des candidats issus de l’aile gauche du parti pour les représenter aux élections. Parmi eux, Itzik Shmuli et Stav Shaffir, deux trentenaires qui se sont fait connaître lors de la contestation sociale de 2011-2012. Shmuli a également été le secrétaire général du principal syndicat étudiant, l’Union nationale des étudiants israéliens.

Force est de constater que cette liste, menée par Gabbay, a fait un flop. Gabbay avait pourtant dragué l’électorat religieux et pro-colonisation en affirmant que les colonies israéliennes représentaient le «beau visage du sionisme» et que les errements de la gauche étaient dus au fait que ses militants avaient oublié ce qu’être juif signifie. Peut-être a-t-il, quant à lui, oublié ce qu’être de gauche signifie. L’a-t-il jamais su?

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Fake news et coup de poker

En 2015, Netanyahu était annoncé perdant à quelques jours du scrutin. Il avait réussi un coup de poker en accusant l’union de centre gauche menée par les travaillistes d’avoir passé un accord secret avec les partis arabes pour gouverner ensemble. Il fit encore plus fort en annonçant, le jour du scrutin, que des électeurs arabes étaient transportés «en masse» aux bureaux de vote.

Sans faire reposer sa victoire sur de tels mensonges cette fois-ci, il n’en demeure pas moins qu’il parvint à garder les clés du pouvoir entre ses mains.

Pour cette élection, le scénario a d’ailleurs été sensiblement identique. Annoncé derrière la liste Gantz-Lapid, le leader du Likud a commencé par réitérer ses accusations sur une alliance de ses adversaires avec les partis arabes. Surtout, à quelques jours du scrutin, il a annoncé son soutien à la poursuite de l’annexion de la Cisjordanie.

Cet instant a été le seul qui a permis, sous un angle très colonial, d’évoquer la question palestinienne. Celle-ci était demeurée absente des scrutins de 2013 et 2015, fruit de la disparition du Palestinien dans l’espace public israélien depuis la fin de la seconde intifada.

La division du camp «non sioniste»

Si les partis arabes demeurent des épouvantails agités par la droite nationaliste pour s’assurer qu’aucune voix ne manque dans leur camp, la participation des Palestiniens d’Israël à ce scrutin connaît une significative baisse.

Assurément, la présence de militants du Likud avec des caméras aux bureaux de vote des villes arabes – soi-disant pour éviter que les Palestiniens d’Israël ne gonflent leurs scores – n’a pas favorisé la mobilisation de cet électorat.

Plus encore, le camp politique palestinien, ainsi que la coalition judéo-arabe Hadash-Taal, paie dans les urnes ses divisions.

Rassemblés en 2015 au sein d’une Liste unie, ces organisations ont présenté cette fois-ci deux listes concurrentes. L’incapacité des 13 députés à réellement peser sur les décisions de la Knesset, alors qu’ils représentaient la troisième force politique de l’assemblée, a alimenté les tensions entre eux.

Source: Externe

Néanmoins, pour la première fois dans l’histoire d’Israël, la gauche non sioniste (Hadash-Taal-Balad) obtient autant de mandats que la gauche sioniste (travaillistes et Meretz).

Schématiquement, une première tendance rassemblée autour du communiste Ayman Odeh ouvre la possibilité d’une alliance avec la gauche sioniste, qui a obtenu 6 députés, voire l'entrée dans un gouvernement opposé à la politique de Netanyahu, mais sous certaines conditions, notamment la relance des négociations avec les Palestiniens et l’abrogation de la loi sur l'État-nation du peuple juif.

L’autre tendance, représentée notamment par le parti nationaliste arabe Balad, considère l’antisionisme comme la clé de voûte de toute alliance. Cette liste a bien failli ne pas être représentée à la Knesset, dépassant de peu le seuil électoral de 3,25%. Elle s’assure finalement quatre mandats.

Si aujourd’hui, encore plus qu’hier, de nombreux militants issus de la gauche non sioniste appellent au boycott des élections, c’est avant tout pour renforcer d’autres types d’engagement politique. Car comme l’affirme Hagai El-Ad, directeur de l’ONG israélienne B’tselem: «Quels que soient les résultats des élections, l’occupation sera toujours là demain».

Thomas Vescovi -

10.04.19

Source: Middle East Eye

16 avril 2019

La prodigieuse histoire d’amour entre Trump, Poutine & Netanyahu

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Dans la campagne pour être reconduit à son poste, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a réussi le tour de force d’obtenir le soutien de Donald Trump et de Vladimir Poutine

 

Qualifiez-le d’escroc ou de va-t’en guerre, mais qui d’autre que le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu pourrait se vanter d’avoir tenu deux sommets réussis avec les présidents Donald Trump et Vladimir Poutine, le tout à quelques jours des élections israéliennes?

Ses motivations immédiates sont claires, mais il y a quelque chose qui va au-delà de son utilisation manifestement habile de la diplomatie à des fins électorales. Il y a des dimensions stratégiques plus importantes à de telles réunions.

Comment un dirigeant d’un tout petit État, politiquement contesté et corrompu, a-t-il réussi à amener les deux superpuissances mondiales à faire ce qu’il leur demandait et à respecter son calendrier?

La réponse réside dans l’amitié tripartite qui s’épanouit depuis un certain temps et qui pourrait façonner le Proche-Orient pour les années à venir.

Tout a commencé par une réunion dans la Trump Tower à la fin septembre 2016. Le premier ministre Netanyahu, qui était à New-York pour le sommet annuel de l’ONU, est venu rencontrer Donald Trump, le candidat républicain à la présidentielle américaine.

La rencontre s’est rapidement transformée en master class de géopolitique mondiale, selon l’ancien conseiller Trump Steve Bannon. Le premier ministre israélien chevronné, fort de quatre mandats, a formé le milliardaire novice en politique sur l’importance des relations entre les États-Unis et Israël à l’ombre des réalités amères du Proche-Orient. Les deux se sont bien entendus. Énormément.

Netanyahu n’a pas seulement répondu de manière satisfaisante à toutes les questions de Trump, il a aussi rationalisé et donné corps aux instincts de politique étrangère du futur président américain sur la sécurité, l’immigration, le terrorisme, l’islam, etc. — même sur les avantages de créer des murs-frontières comme en Cisjordanie.

Il a distillé et résumé le tout dans une formule simple: l’Iran, et non la Russie, est «notre» ennemi principal. En fait, le président russe est dans une position unique pour nous aider contre les ayatollahs et l’islam radical.

Selon Vicky Ward, l’auteur du best-seller Kushner, Inc,, Netanyahu est en fait un «grand maître des échecs», qui a fait pression sur Trump pour courtiser Poutine et améliorer ses relations avec la Russie.

C’était ce que Trump voulait entendre. Avant cette rencontre, il échangeait déjà des compliments personnels avec le président russe, au grand dam de ses détracteurs chez lui et en Europe. Maintenant, il était armé d’une doctrine stratégique qui impliquait l’établissement d’un nouveau partenariat avec des hommes forts aux vues similaires.

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OBAMA, L’HOMME QU’ILS HAÏSSENT LE PLUS

C’était une alliance facile sur le plan personnel. Benyamin, Donald et Vladimir s’apprécient et se félicitent mutuellement. Ils peuvent avoir des passés et des styles différents, mais ils sont faits dans le même moule. Ces trois «vieux hommes blancs» sont des nationalistes populistes et machistes, avec une tendance à la méchanceté.

Ils sont généralement considérés comme des personnages trompeurs et diviseurs, qui ont le coup de main pour agir en toute impunité. Ils n’aiment pas non plus la liberté de la presse et l’indépendance de la justice. L’homme qu’ils haïssaient le plus n’est autre que Barack Obama et tout ce qu’il représentait, que ce soit le multiculturalisme, les idéaux libéraux ou la politique étrangère libérale.

Peu après son entrée à la Maison-Blanche, Trump a commencé à démolir tout ce qu’Obama avait construit chez lui ou à l’étranger, piétinant le droit et les accords internationaux sous les acclamations de ses deux amis et d’un nombre croissant d’admirateurs dans le monde. Il s’est retiré de l’accord de Paris sur le climat et de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien; il a apporté son soutien inconditionnel à certains des régimes les plus répressifs, au Proche-Orient et ailleurs.

Le trio a attiré et inspiré une nouvelle ligue d’hypernationalistes agressifs qui ne pensent qu’en termes de pouvoir: le Saoudien Mohamed Ben Salman, l’Égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, le Brésilien Jair Bolsonaro et le Hongrois Viktor Orban. Trump et Poutine mènent le peloton, mais Netanyahu est leur serviteur enthousiaste. Il a marginalisé le libéralisme et la pensée progressiste pour ouvrir la voie à la ploutocratie populiste.

Mais le succès des trois hommes à la tête d’une tendance populiste mondiale n’a pas pu masquer leur échec à traduire leur love story en relations plus étroites entre les États-Unis et la Russie. Ni Trump ni Netanyahu n’ont réussi à convaincre l’establishment de la politique étrangère américaine de s’allier à Poutine, pas même comme un moyen de contrer Téhéran.

L’Iran peut être considéré comme un mauvais acteur régional, mais tant les démocrates que les républicains considèrent la Russie comme un dangereux ennemi mondial. La tragédie de la politique des grandes puissances est qu’elles continuent de rivaliser dans un monde anarchique, au risque de la guerre, quels que soient leurs dirigeants ou leur système de gouvernement.

Ainsi, la Russie est-elle revenue sur la scène mondiale en tant qu’actrice géopolitique indépendante majeure, le plus souvent opposée aux États-Unis. L’intervention militaire de Poutine en Ukraine et en Syrie et sa décision de déployer des troupes russes au Venezuela dans le cadre d’un défi direct à Washington dans l’hémisphère occidental en sont la preuve.

Bref, bien que Poutine et Trump pensent de la même façon, leurs pays semblent être opposés sur tout: de la cyberguerre à la prolifération nucléaire en passant par la sécurité régionale en Europe et au Proche-Orient, et bien sûr l’ingérence russe dans les élections américaines.

Mais ils sont d’accord sur Israël — ou du moins, Poutine et Trump sont d’accord sur Netanyahu, une affection que le premier ministre israélien s’efforce d’entretenir.

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QUINZE RENCONTRES EN QUATRE ANS

Trump et Poutine n’ont tenu qu’un seul sommet, qui s’est terminé par un échec relatif, et quatre courtes rencontres. Netanyahu a eu cinq réunions réussies avec Trump en deux ans, et treize réunions tout aussi réussies avec Poutine au cours des quatre dernières années. Netanyahu sait qui il doit courtiser.

Il a persisté à entretenir des relations étroites avec Poutine malgré un certain nombre de revers, car la Russie est la seule puissance à avoir un dialogue ouvert avec tous les acteurs majeurs du Proche-Orient, y compris le Hamas et le Hezbollah, ou des rivaux régionaux comme l’Iran et l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Égypte.

Netanyahu a exploité le désir de la Russie de faire reconnaître par Washington son statut de superpuissance et ses zones d’influence, en mettant à profit sa relation spéciale avec Trump pour obtenir des concessions de Poutine, notamment en Syrie.

Le président russe a rapidement oublié le rôle d’Israël dans la perte d’un avion militaire russe (quinze ressortissants russes tués) en septembre 2018, et a accepté de mettre en place un groupe de travail avec Israël pour étudier le retrait des forces étrangères de Syrie.

Il a également acquiescé à la violation régulière par Israël de l’espace aérien syrien et aux bombardements sans limites de cibles iraniennes par Israël sur ce pays. Le Kremlin est même allé jusqu’à demander récemment à Netanyahu de négocier un grand accord de retrait entre les États-Unis, la Syrie et l’Iran, que le premier ministre israélien a dû rejeter parce que la proposition prévoit la levée rapide des sanctions contre l’Iran.

À certains moments, tout cela a ressemblé à un poker diplomatique. Netanyahu a tellement investi dans les relations avec la Russie qu’il a été averti par le sénateur américain Lindsey Graham qu’il devait faire «très attention» en concluant avec la Russie des accords sur la Syrie qui pourraient «affecter ses intérêts».

Néanmoins, l’avertissement a sonné creux lorsque, quelques mois plus tard, Graham s’est tenu aux côtés de Netanyahu sur les hauteurs occupées du Golan syrien et a appelé l’administration Trump à reconnaître l’annexion israélienne.

Trump a répondu à cette demande en faisant fi du droit international et de la politique traditionnelle des États-Unis. En réponse, Poutine n’a rien fait et n’a apparemment rien dit à ce sujet lors de son dernier sommet avec Netanyahu.

Pour la Russie, Netanyahu a dû faire quelques efforts, mais il n’aurait pas pu rêver d’un meilleur partenaire que Trump à la Maison-Blanche. Le président américain a adopté sans réserve la position d’Israël sur l’Iran, l’occupation de Jérusalem et celle du plateau du Golan.

Et puis il y a la Cisjordanie. Netanyahu a promis la semaine dernière qu’il commencerait l’annexion des territoires palestiniens occupés s’il remportait les élections. Et encore une fois, on peut s’attendre à ce que Trump apporte son soutien à cette idée, et que Poutine garde le silence.

Ainsi, si Netanyahu n’est pas parvenu jusqu’à présent à amener les États-Unis et la Russie à travailler ensemble pour remodeler le Proche-Orient, il a clairement réussi à faire enrôler Trump et Poutine au service d’Israël dans la restructuration de la Méditerranée orientale.

Marwan Bishara -

09.04.19

Source: Orient XXI

15 avril 2019

Netanyahu a encore triomphé – voici ce que cela signifie pour les Palestiniens

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Les élections israéliennes – au cours desquelles des centaines de milliers d’habitants palestiniens n’ont pas pu voter pour le gouvernement qui dirige leurs vies – ont été un sobre rappel à la réalité. Mais les choses pourraient être sur le point d’empirer pour les Palestiniens

 

A nouveau, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a réussi. Confronté à de graves accusations de corruption et confronté à une «équipe de rêve» composée de trois anciens chefs d’état-major de l’armée, le dirigeant du Likud est sur le point de former un nouveau gouvernement de coalition.

Bien que la liste bleue et blanche présidée par Benny Gantz ait remporté 35 sièges à la prochaine Knesset, une majorité  d’Israéliens ont voté pour le bloc dit de «droite» dirigé par le Likud (également sur 35 sièges), aux côtés du Judaïsme uni de la Torah, du Shas, de Yisrael Beiteinu, de l’Union de droite et de Kulanu.

Avant d’envisager la suite des événements, il est essentiel de se rappeler qui n’a pas – ou plus précisément, n’a pas pu – voter lors de ces élections.

Quelque 300.000 Palestiniens de Jérusalem-Est occupée qui ont la résidence mais pas la citoyenneté ne pouvaient pas voter pour le gouvernement qui gouverne leur ville.

Plus de 4 millions d’autres Palestiniens, qui vivent sous occupation militaire israélienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, n’ont également pas pu voter pour le gouvernement qui, comme tout gouvernement israélien depuis plus d’un demi-siècle, dirige leur vie.

Il est vraiment extraordinaire qu’Israël continue, impassiblement, de se déclarer «la seule démocratie au Moyen-Orient», et encore plus extraordinaire que quiconque prenne une telle affirmation au sérieux.

Exclus du processus de décision politique, que signifient les résultats des élections pour les Palestiniens?

Au cours des derniers jours précédant les élections, Netanyahu a fait plusieurs remarques dans lesquelles il a déclaré que sous sa direction, un nouveau gouvernement israélien procéderait à l’annexion officielle de parties de la Cisjordanie occupée.

Cela est précisément objet à débat – les interprétations plausibles incluent l’annexion territoriale de certaines colonies de peuplement illégales en Cisjordanie occupée ou l’application de certaines lois israéliennes aux colonies de peuplement (une sorte d’annexion bureaucratique).

Il est important de rappeler, bien sûr, que les autorités israéliennes ont de longue date annexé de facto la Cisjordanie occupée, par le biais de l’entreprise de peuplement, de l’exploitation des ressources naturelles et des infrastructures nationales.

En outre, comme l’a montré l’ONG israélienne Yesh Din, la Knesset a déjà vu au cours des dernières années une multitude de projets de loi et de lois «comportant des éléments d’annexion».

Néanmoins, à la lumière des déclarations pré-électorales de Netanyahu, de ses problèmes juridiques imminents et de la façon dont il sera redevable aux partenaires de la coalition engagés à l’annexion, il est raisonnable de supposer que le prochain gouvernement israélien consolidera et formalisera l’État de facto unique.

Source: Externe

Comme l’a déclaré le rédacteur en chef du journal israélien Ha’aretz ce matin, le nouveau gouvernement poursuivra deux objectifs que l’on peut «résumer par: ‘immunité contre souveraineté’».

C’est-à-dire que les partenaires de la coalition de Netanyahu veilleront à l’adoption d’une législation qui «enterre les accusations contre Netanyahu», tandis que «le Premier ministre devra coordonner le ‘pacte du siècle’ avec le président américain Donald Trump de manière à ce qu’Israël déclare la souveraineté sur les colonies et assure qu’aucun colon ne sera expulsé».

L’administration Trump n’a pas nécessairement besoin de beaucoup d’encouragement. Hier encore, le secrétaire d’État Mike Pompeo a refusé de condamner les éventuelles mesures d’annexion israéliennes.

Les temps sont sombres pour les Palestiniens, mais il convient également de réfléchir à ce qu’aurait signifié une victoire nette pour la liste bleue et blanche de Gantz.

Gantz – avec ses partenaires Moshe Ya’alon, Yair Lapid et Gabi Ashkenazi – a à peine parlé des Palestiniens pendant la campagne électorale. Dans la mesure où la liste bleue et blanche évoquait une vision pour les Palestiniens, il ne s’agissait que de la recette du maintien du statu quo: de vagues promesses de «se séparer» davantage des Palestiniens et de déployer une force militaire dévastatrice.

Les résultats des élections sont donc un sobre rappel à la réalité pour ceux qui en auraient encore besoin.

Hagai El-Ad, président de l’ONG B’Tselem pour les droits humains, a écrit sur Twitter ce matin: «Les résultats des élections confirment une chose profonde et très pourrie: un vote de confiance retentissant en faveur du renforcement de la situation existante, davantage de dépossession et de contrôle des millions de Palestiniens privés des droits fondamentaux; le débat se limite au rythme, à la portée, au niveau de brutalité utilisée».

L’électorat israélien a parlé et la communauté internationale doit agir en conséquence.

Ben White -

10.04.19

Source: Agence Médias Palestine

14 avril 2019

Le changement climatique, l'occupation & une Palestine vulnérable

Source: Externe

Le changement climatique est l'une des plus grandes menaces auxquelles l'humanité est confrontée. Ses effets sont globaux, de grande ampleur et répartis de manière très inégale. Bien que Palestiniens et Israéliens habitent le même terrain physique, les Palestiniens sous occupation subiront plus durement les effets du changement climatique

 

L'occupation israélienne en cours - depuis 52 ans maintenant (en Cisjordanie-NdT) - empêche les Palestiniens d'accéder aux ressources et de prendre des mesures pour soutenir l'adaptation au changement climatique, entendue ici comme un ajustement des systèmes humains ou naturels en réponse aux effets du changement climatique.(1) 

Cet article examine l'impact environnemental et politique du changement climatique sur la Palestine-Israël, en particulier dans les Territoires palestiniens occupés (TPO). Il commence par un aperçu du changement climatique dans la région avant de se concentrer sur la manière dont l'occupation israélienne accroît la vulnérabilité des Palestiniens à ses effets par l'appropriation des terres et des ressources naturelles, ainsi que par des restrictions à la libre circulation. Il aborde également le rôle paradoxal joué par l'Autorité palestinienne dans cette affaire. L’article examine ensuite les effets environnementaux du changement climatique, en particulier en ce qui concerne l'eau et l'agriculture (*), et conclut en proposant des recommandations pour une adaptation politique et pratique au changement climatique.(2) 

Vulnérabilité palestinienne, préparation israélienne

Parmi les indicateurs clés de l’impact local du changement climatique mondial, on peut citer l’élévation accélérée du niveau de la mer et l’évolution des précipitations dans la région. La diminution des précipitations devrait être l'effet le plus significatif sur la Palestine-Israël au cours de ce siècle, accompagné d'une hausse significative des températures moyennes. La combinaison de la diminution des précipitations et de la hausse des températures entraînera une augmentation de la demande en eau (une ressource déjà surexploitée) qui sera de plus en plus rare et qui pourrait conduire à une insécurité hydrique. L'agriculture, pierre angulaire de l'économie des TPO, en souffrira également.

Le projet ClimaSouth, une organisation soutenant l'atténuation du changement climatique et l'adaptation à celui-ci dans plusieurs pays méditerranéens, prévoit une réduction des précipitations annuelles allant jusqu'à 30% dans la région de la Méditerranée orientale d'ici la fin du siècle par rapport à la période 1961-1990. Pendant ce temps, au cours des quatre dernières décennies, les températures moyennes ont augmenté de 0,5°C dans la région de la Méditerranée. Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) prédit que le sud et l'est de la Méditerranée se réchaufferont à un taux supérieur à la moyenne mondiale au cours du XXIè siècle - entre 2,2 et 5,1°C - ce qui entraînera des modifications extrêmement bouleversantes, voire catastrophiques, du climat de la région, y compris une désertification accrue.(3) 

Le paysage politique fragmenté de la Palestine pose l'un des plus grands défis pour faire face au changement climatique. Trois entités différentes et souvent en conflit régissent le territoire situé entre le Jourdain et la mer Méditerranée: le gouvernement israélien (qui préside l'État moderne d'Israël, Jérusalem occupée, les hauteurs du Golan occupées, la zone C de facto et la vallée du Jourdain à l'ouest), l’Autorité palestinienne (zones A et B en Cisjordanie) et le Hamas (bande de Gaza). Cette réalité politique et sociale différenciée a entraîné un vaste déséquilibre entre les expériences des effets du changement climatique, la capacité de s'y attaquer et la capacité de produire des évaluations harmonisées et des évaluations de ses effets en raison d'une collecte de données faible et incohérente. (4) 

De plus, bien que les effets du changement climatique soient globalement similaires sur l’ensemble du territoire, une grande partie de l’orientation politique et de la recherche disponible traitent à tort le territoire palestinien occupé comme étant séparé de la Palestine historique. Non seulement cette délimitation ignore le corps politique palestinien, mais elle place également la Palestine occupée - un État à statut non souverain - dans l'étrange position de "devoir représenter l'avenir d'une structure qui tente de les effacer", comme l’écrit Stamaptopoul-Robbins. 

Bien que ce document se concentre principalement sur les effets du changement climatique en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, il reconnaît les incohérences dans la production de connaissances qui isolent le TPO de son contexte politique et géographique plus large. Désormais, le terme "Palestiniens" désigne les Palestiniens sous occupation en Cisjordanie et à Gaza.

Source: Externe

La vulnérabilité au changement climatique est déterminée par une combinaison de risque climatique et de préparation à l'adaptation - en d'autres termes, le niveau de risque du changement climatique par rapport à la capacité à mettre en œuvre des réponses à court et à long terme, qui dépendent des conditions socio-économiques et politiques. Dans le cas de Palestine-Israël, la vulnérabilité devrait être comprise dans le contexte de sept décennies de déplacement, de dépossession, d'oppression et de mauvaise gouvernance des Palestiniens.

Même en l'absence de changements dans l'environnement naturel, des millions de Palestiniens sont déjà des réfugiés qui dépendent fortement de l'aide de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies et d'autres organisations humanitaires, dont des millions sont au-delà de la compétence de l'AP. Les Palestiniens à Gaza sont sans aucun doute les plus vulnérables en raison du siège militaire et des sanctions imposés par Israël, depuis maintenant 12 ans.

Le TPO est unique en ce que les planificateurs du climat doivent utiliser le cadre de vulnérabilité pour évaluer l'incertitude des risques climatiques et de l'occupation. L'évaluation de la vulnérabilité dans le Plan national d’adaptation (PAN) 2016 de l'AP présente une gamme de risques, notamment la sécurité de l'eau et la sécurité alimentaire et le manque de données quantitatives permettant d'identifier et de hiérarchiser les vulnérabilités et les options d'adaptation. Une vulnérabilité quelque peu négligée dans le PAN est la croissance démographique rapide et l’urbanisation; la forte densité de population entraîne une forte exposition aux changements environnementaux et une concentration accrue des risques climatiques. La densité de population moyenne en Cisjordanie est de 468 habitants au km², supérieure à celle des pays voisins.

En 2017, il y avait environ cinq millions de Palestiniens dans les TPO (environ trois millions en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et 1,8 million dans la bande de Gaza). On estime que la population atteindra 14 millions d’ici 2050 - voire davantage, si des réfugiés actuellement en exil sont en mesure d’exercer leur droit de retour. La population est également jeune: près de 40% des Palestiniens ont moins de 14 ans et le taux de chômage est extrêmement élevé: 27% au total (18% en  Cisjordanie et 42% à Gaza) en 2016. Le PIB par habitant dans les TPO au moment de l'écriture de cet article est seulement de 1.997$ contrairement à 34.134$ en Israël

Néanmoins, le principal risque non environnemental auquel sont confrontés les Palestiniens des TPO est l'occupation israélienne, dans la mesure où le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) le considère comme un  «risque» environnemental, selon son propre droit. Les restrictions à la libre circulation des personnes et des biens, le mur d'apartheid, l'accaparement des terres, l'expansion des colonies de peuplement et la violence des colons, ainsi que la mauvaise gouvernance de l'AP menacent tous la sécurité de l'eau et de la sécurité alimentaire des Palestiniens et accroissent par conséquent la vulnérabilité au changement climatique. Les Palestiniens ont mis au point des méthodes d’adaptation à court terme en réponse à ce contrôle israélien omniprésent. À Gaza, par exemple, l’utilisation d’eaux usées non traitées pour l’irrigation agricole et le forage de puits a retardé une catastrophe imminente; cependant, cela s'est fait au détriment de la durabilité à long terme et aux risques extrêmes pour la santé publique.

Il est essentiel de souligner ici que les TPO sont soumis au droit international en matière d’occupation belligéranteIsraël, en tant que puissance occupante, est juridiquement responsable de répondre aux besoins de la population occupée qui, selon la Convention de La Haye, inclut la tutelle des ressources naturelles. En outre, la quatrième Convention de Genève interdit la destruction et l'appropriation arbitraires de biens, ainsi que la destruction, le retrait et l'invalidité d'objets civils indispensables à la population civile, notamment les zones agricoles, les installations d'eau potable et les travaux d'irrigation. Sur le plan juridique, le PNUD cite la tension actuelle causée par l'occupation israélienne concernant les infrastructures hydrauliques et agricoles palestiniennes en tant que «violations à première vue du droit international humanitaire, nécessitant une enquête indépendante de la communauté internationale».

L'occupation a donc conduit à des politiques et pratiques inadaptées qui sapent la résilience et la préparation des Palestiniens à la menace du changement climatique. En revanche, Israël est bien placé pour s'adapter aux effets du changement climatique et est donc moins vulnérable. Selon l’indice de pays ND-GAIN qui résume la vulnérabilité d’un pays au changement climatique ainsi que sa «volonté» d’améliorer sa résilience, Israël est le 19è pays le moins vulnérable et le 32è pays le plus prêt à faire face au changement climatique (les TPO ne figurent pas). La disparité d'adaptation entre  Israël et l'AP est purement politique.

La préparation d'Israël est en partie le résultat d'une décision contraignante prise par le gouvernement en 2009 d'établir un plan national d'adaptation. Ce processus a donné naissance au Centre d’information sur les changements climatiques d’Israël (ICCIC), qui rassemble des connaissances scientifiques et des documents d’orientation pour alimenter la planification nationale. L'objectif déclaré de l'ICCIC est «d'intégrer les stratégies d'adaptation dans les plans directeurs et les plans d'action dans des domaines tels que l'eau, l'énergie, la biodiversité, l'agriculture, la santé publique, la construction durable, etc.», en collaboration avec 16 ministères compétents.

Les politiques climatiques d’Israël ne se limitent pas à l'adaptation. En prévision de la Conférence de Paris sur les changements climatiques en 2015, Israël a annoncé l'objectif de réduction des émissions d'ici 2030, qui prévoyait une réduction de 17% de la consommation d'électricité et la production de 17% de l'électricité consommée à partir de sources d'énergie renouvelables, ainsi qu'une réduction de 20% de réduction des émissions liées au transport. En 2016, le gouvernement israélien a approuvé un plan national visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à accroître l'efficacité énergétique.

Ces disparités nettes, causées par l'homme, entre  Israël et les TPO sont trop souvent négligées. La communauté internationale considère Israël comme un pays technologiquement avancé et un pionnier de la gouvernance verte. Mais cette réputation est en contradiction avec les politiques environnementales défavorables infligées à la population palestinienne occupée et le vol continu de ressources.

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Le paradoxe de l’Autorité palestinienne

L'AP n'a aucune juridiction souveraine sur ses ressources naturelles ni sur de larges étendues de son territoire et n'exerce aucune volonté politique indépendante sur la manière de gérer les risques climatiques. Pourtant, paradoxalement, elle est chargée de lutter contre le changement climatique. Cela rend les efforts d'adaptation de l'AP largement insignifiants et contre-productifs.

Sur le plan interne, l'AP est mal équipée pour soutenir l'adaptation à long terme, un défi qui nécessite un soutien politique, une collaboration interministérielle et des ressources budgétaires considérablement plus importantes que celles actuellement disponibles. Elle est également confrontée à d'importants problèmes de gouvernance en ce qui concerne la planification de l'adaptation au changement climatique, allant des capacités limitées des agences nationales aux autorités locales faibles.

En outre, la division politique entre le Hamas à Gaza et le Fatah en Cisjordanie et la division du pouvoir dans les territoires palestiniens aggravent la stagnation et la faiblesse de la gestion. Cela est aggravé par le fait que de nombreux États, donateurs et agences de l'ONU ont une politique de contact limité ou sans contact avec le gouvernement du Hamas à Gaza. En conséquence, ils mettent généralement en œuvre des projets avec des officiers de l'AP à Gaza et des ONG, entravant la capacité de mener des programmes d'adaptation. La collecte de données fiables pose également d'importants problèmes, en particulier à Gaza, où l'accès aux statistiques et aux travaux d'experts est extrêmement difficile.

En 2011, l'autorité de la qualité de l'environnement de l'AP a élaboré une «stratégie nationale d'adaptation au changement climatique» avec le soutien du PNUD, de la London School of Economics et d'autres agences de l'AP, avec une version mise à jour - le PAN - publiée en 2016. Le rapport mis à jour estime que le coût total des options d’adaptation de l’agriculture et de l’eau qu’il propose dépassera 3,5 milliards de dollars au cours des dix prochaines années. La provenance de cet argent n’est pas claire; le rapport indique que l'AP espère obtenir «un soutien financier substantiel des donateurs internationaux». Jusqu'à présent, le financement s'est avéré difficile à obtenir, malgré le soutien international croissant et la reconnaissance des efforts d'adaptation palestiniens. L'État de Palestine (reconnu comme État observateur non membre par la résolution 67/19 de l'Assemblée générale des Nations unies) est devenu partie à la CCNUCC en mars 2016 et a ratifié l'accord de Paris en avril 2016; l'AP a ensuite soumis le plan national d'adaptation à la CCNUCC en novembre 2016. Toutefois, cette relation entre l'AP et la communauté internationale mérite d'être examinée de près: en appliquant le même indicateur pour évaluer la volonté de l'AP et d'Israël de faire face au changement climatique, les agences normalisent l'occupation au lieu de la traiter comme une structure anormale et incapacitante.

En outre, un «glissement épistémologique de l'occupation en tant qu'injustice à une occupation en tant que risque» s'est développé, l'occupation étant de plus en plus présentée comme un problème apolitique lié à la pauvreté, au lieu d'une obstruction intentionnelle des droits de l'homme et de l'autodétermination. Cela dépolitise et décontextualise à la fois les réalités du changement climatique dans les TPO, faisant de l’occupation une simple vulnérabilité «ordinaire» parmi d’autres dont l’AP doit s’occuper.

Un autre paradoxe est que, malgré son incapacité à anticiper ou à freiner l'occupation, l'AP tente de planifier des décennies dans le futur. Selon Stamaptopoulou-Robbins, les projets d'adaptation sont un exercice de gouvernance, qui permet aux ingénieurs palestiniens, aux chercheurs et aux bureaucrates de dicter la «forme, les limites territoriales et la vie économique» de l'avenir des TPO et d’affirmer qu'elle est prête pour un statut d’Etat. Ils le font en décidant de ce qui constitue des questions «importantes» dans les enceintes internationales telles que l'ONU et en présentant l'occupation comme un élément constitutif de toute réalité future - tout en étant un État sans souveraineté ni certitude.

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Eau

Le changement climatique affectera la plupart des secteurs de l'économie des TPO, mais l'une de ses principales victimes sera la disponibilité et la qualité de l'eau. Premièrement, les ressources en eau douce - eaux de surface et souterraines - vont se raréfier à mesure que les précipitations diminuent. Cela rendra plus difficile la reconstitution des aquifères pendant les périodes de forte croissance démographique tout en intensifiant simultanément la concurrence pour l'eau provenant de l'agriculture palestinienne, des colonies israéliennes illégales et de l'industrie. La réduction des précipitations rendra également l'extraction de l'eau plus coûteuse et consommatrice d'énergie. Des températures plus élevées et une augmentation des sédiments peuvent menacer la qualité de l'eau potable, compte tenu du nombre limité d'installations de traitement.

Deuxièmement, étant donné que le changement climatique augmente la probabilité de précipitations intenses et courtes, par opposition à une saison humide prolongée, il est très probable que des crues éclair se produisent. L'infrastructure existante des TPO n'est pas en mesure de supporter des pluies abondantes, ce qui pourrait entraîner des inondations dans les zones urbaines en partie à cause de systèmes de drainage et d'égouts inadéquats.

L'eau n'est pas une ressource apolitique. L'occupation pèse lourdement sur les ressources en eau et affecte des domaines allant de la santé à l'industrie. La principale source d'eau potable des Palestiniens sont les eaux souterraines stockées, et les Palestiniens dépendent énormément des aquifères. Les aquifères de l'ouest, du nord-est et de l'est se trouvent en Cisjordanie, tandis qu'à Gaza l'aquifère côtier est la seule source d'eau. Il a fait l'objet d'une surexploitation et d'une pollution qui risque de s'épuiser dès l'année prochaine. Cela s’ajoute à l’élévation du niveau de la mer et à l’infiltration d’eau de mer, étant donné que Gaza se trouve sur la côte méditerranéenne.

Israël a créé une bureaucratie complexe de licences, de permis et de droits d'accès conçue pour contrôler et restreindre de manière sélective l'accès des Palestiniens aux eaux souterraines. Il le fait en vertu des pouvoirs conférés par l’Accord Oslo II de 1995 - initialement conçu comme un accord quinquennal, toujours en vigueur 24 ans plus tard - qui donnait à Israël le contrôle d’environ 80% des réserves d’eau de la Cisjordanie. L'Autorité palestinienne, invoquant les inégalités inscrites dans les accords d'Oslo, essaie d’obtenir le droit à l’eau sur les aquifères de montagne.

Israël exerce le contrôle de l’eau par le biais du Comité mixte sur l’eau (Joint Water Committee, JWC), qui interdit toute décision relative à l’eau sans approbation israélienne. Les eaux de surface (des rivières, des ruisseaux, des cours d’eau, des lacs et des réservoirs) proviennent de la vallée du Jourdain, de la Mer Morte et du Jourdain, auxquelles le JWC interdit l'accès aux Palestiniens et dont le débit devrait diminuer considérablement au cours des prochaines années. Les Palestiniens sont également des riverains du Jourdain, ce qui leur confère le droit à l'eau. Cependant, depuis qu'Israël a le plein contrôle des sources du Jourdain, les Palestiniens n'y ont pas accès. Le JWC a également refusé d’autoriser les Palestiniens qui voulaient capturer les eaux de ruissellement des barrages.

En attendant, il n’y a que quelques installations de traitement des eaux usées en Cisjordanie et pratiquement aucun  d’eau traitée n’est réutilisé dans l’agriculture. Il est extrêmement difficile de développer de nouveaux accès à l'eau ou de réparer les infrastructures: Israël accorde peu de permis et démolit les bâtiments et les puits construits sans son autorisation.

En plus d'empêcher l’entrée de suffisamment d'eau potable dans la bande de Gaza, Israël empêche toute tentative de construction ou de maintenance d'infrastructures d'approvisionnement en eau, telles que des réservoirs, en limitant les importations de matériaux de construction fondamentaux. Les résultats sont meurtriers: 90 à 95% de l'eau à Gaza est contaminée et impropre à la consommation ou à l'irrigation. L'eau contaminée représente plus de 26% de toutes les maladies signalées à Gaza et est l'une des principales causes de mortalité infantile, avec plus de 12% des décès d'enfants.

Le résultat de ces mesures est notable. Selon Applied Research Institute–Jerusalem (ARIJ), seulement 81% des localités palestiniennes de Cisjordanie sont connectées au réseau d'alimentation en eau, ce qui laisse 65% d'entre elles dépendre de citernes, dont l'eau coûte de trois à six fois plus cher que l'eau courante et souvent de mauvaise qualité, collecte des eaux pluviales, eau en bouteille et des puits. Même les ménages connectés au réseau dépendent souvent de ces autres sources en raison de l’irrégularité de la fourniture d’eau. ARIJ estime que seulement 50,9% des ménages en Cisjordanie ont accès à l'eau quotidiennement. À Gaza, seuls 30% des ménages bénéficient d'une alimentation en eau quotidienne, qui s'arrête souvent complètement en temps de guerre.

Tous ces éléments conjugués signifient que les territoires palestiniens occupés disposent d'une des disponibilités en eau par habitant parmi les plus faibles au monde, avec 72 litres par habitant et par jour en Cisjordanie et 96 litres à Gaza, tous deux inférieurs au minimum de 100 litres recommandé par l’Organisation mondiale de la santé. Les Palestiniens qui ne sont pas raccordés à un réseau d’approvisionnement en eau - telles que les communautés situées dans la zone C sous contrôle israélien - ne disposent souvent que de 10 à 20 litres par personne et par jour pour tous les usages.

À l'inverse, les 600.000 colons israéliens utilisent six fois plus d'eau que l'ensemble de la population palestinienne de  Cisjordanie , soit environ trois millions de personnes. Les colonies utilisent jusqu'à 700 litres par habitant et par jour pour un usage domestique (ou plus, pour des équipements tels que des piscines et des pelouses). De plus, les actions destructrices des colons, qui dévastent fréquemment les biens et les infrastructures palestiniens, renforcent encore la vulnérabilité des Palestiniens.

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Une gamme d'options d'adaptation pour les TPO est possible, y compris des plans d'urgence en cas d'inondation, la protection des dunes de sable côtières à Gaza (ce qui protégerait l'aquifère de la salinisation), la réhabilitation des puits et autres sources d'eau et la limitation des fuites des canalisations - car les pertes en eau résultant de fuites et de connexions illégales sont élevées.

Selon les données de l'OCDE, la communauté internationale a financé des projets liés à l'approvisionnement en eau et à l'assainissement dans les TPO; en 2017, il y avait 19 projets de ce type. Pourtant, aucun projet n’aura d’impact durable tant que l’occupation se poursuivra. La réaffectation des droits à l'eau des Israéliens aux Palestiniens est une première étape essentielle, tout comme la levée du siège de Gaza pour permettre l'importation d'eau potable et de matériaux de construction pour les usines de traitement des eaux usées et de dessalement.

Le dessalement de l'eau de mer est souvent présenté comme une technologie attrayante pour lutter contre la diminution des ressources en eaux souterraines: il augmente la qualité et la quantité d'eau disponible et élargit les possibilités de recyclage des eaux usées. Israël a un programme de dessalement bien développé sur sa côte méditerranéenne pour approvisionner ses citoyens. Cependant, le dessalement consomme beaucoup d’énergie et d’émission, tout en étant coûteux - il est donc peu probable que les Palestiniens puissent se le permettre. En outre, il est interdit aux Palestiniens de Gaza d'importer les matériaux nécessaires à la construction d'usines de dessalement, via la liste des produits à double usage, tandis que l'AP de Cisjordanie se heurte à des obstacles liés à l’approbation de projets imposés par le JWC et les restrictions de forage de puits imposées par les accords d'Oslo. Le dessalement soulève également des préoccupations concernant l'asymétrie de pouvoir dans les solutions technologiques, à savoir qui contrôle la technologie et comment elle est répartie.

Agriculture

L'agriculture est un fondement de la société palestinienne. Environ 60% de la population de la Cisjordanie vit dans 500 villages ruraux qui sont moins connectés à une infrastructure centralisée et plus dépendants de la périphérie pour leur productivité économique.

Sur le plan économique, l'agriculture représente 11,5% de l'emploi et 21% de toutes les exportations, soit 21% du total des terres (85,6% en Cisjordanie et 14,4% à Gaza). Les olives (et leurs dérivés dans les aliments, le savon, le carburant et l'artisanat) sont une denrée de base dans les foyers palestiniens: en 2010, les oliveraies représentaient 85,3% de tous les arbres des TPO et le secteur des olives représentait 15% du revenu agricole total. Culturellement, l’agriculture est profondément symbolique de l’identité palestinienne, l’agriculteur (fallahi) et l’olivier représentant l’enracinement des Palestiniens à la terre.

La modification des régimes pluviométriques due au changement climatique fait peser un risque important sur la productivité agricole des TPO, car un équilibre approprié entre l'eau, la chaleur et la lumière du soleil est indispensable pour une croissance efficace des cultures. Environ 85% de l'agriculture palestinienne est arrosée par la pluie et environ la moitié de l'eau extraite des puits d'eau souterraine est utilisée pour l'agriculture. L'augmentation de la sécheresse et de la désertification affectera donc directement la productivité des cultures et du bétail, tandis que des saisons de croissance plus courtes et une augmentation des besoins en eau entraîneront une hausse des prix des denrées alimentaires.

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Ces effets sont particulièrement dangereux car l’insécurité alimentaire est déjà généralisée dans les TPO(5). En 2014, environ 26% des ménages étaient considérés comme souffrant d'insécurité alimentaire «grave ou marginale», ce nombre atteignant 46% à Gaza. À Gaza, l'élévation du niveau de la mer et l’infiltration d'eau salée vont nuire à l'agriculture côtière de faible altitude, qui y représente 31% de la production agricole totale, et menacer la sécurité alimentaire dans l'enclave déjà vulnérable. Les agriculteurs et les éleveurs verront également leurs revenus et profits diminuer, menaçant leur mode de vie agraire et augmentant le risque d'endettement et de pauvreté structurelle.

L'occupation nuit à l'agriculture palestinienne par le vol de terres et le contrôle de la population. Les colonies israéliennes en expansion et les routes réservées aux colons sont délibérément construites dans des endroits stratégiques, notamment sur des terres arables de la zone C. Les restrictions imposées par Israël à la circulation et l'accès contrôlé aux pâturages sont une autre cause du rendement relativement faible des TPO, inférieur à la moitié de la Jordanie voisine. Outre plus de 400 points de contrôle ou barrages routiers en Cisjordanie, un système de permis complexe et le mur de l'apartheid, les agriculteurs palestiniens ont non seulement moins de terres disponibles pour l'agriculture, mais se voient également refuser l'accès pour les travailler.

À Gaza20% des terres arables ne peuvent pas être utilisées car elles se trouvent dans la zone tampon de sécurité imposée par Israël près de sa clôture frontalière. Dans de nombreux cas, les agriculteurs et les éleveurs sont obligés d'acheter de l'eau à des endroits plus éloignés, ce qui entraîne des coûts de transport plus élevés et une perte de temps précieux. De plus, les Palestiniens ont un accès limité aux marchés internationaux, aux équipements modernes et aux engrais.(6) 

Diverses options d'adaptation sont disponibles pour limiter les effets du changement climatique sur l'agriculture. En  Cisjordanie, cela inclut une meilleure utilisation de l'eau et une meilleure planification de l'utilisation des sols. À Gaza, l’utilisation rationnelle de l’eau, ainsi que l’appui et la formation au niveau communautaire contribueraient à atténuer les effets de la surexploitation de ressources limitées, exacerbées par le changement climatique. La communauté internationale (principalement les pays européens) finance divers projets agricoles dans les TPO. Un programme 2017 de la Direction du développement et de la coopération de la Suisse, par exemple, visait à garantir le droit des petits producteurs d'avoir accès aux ressources naturelles et aux marchés. Néanmoins, sans la fin de l'occupation et du blocus, les stratégies d'adaptation auront un impact très limité.

Stratégies d'adaptation

Le changement climatique dans les TPO doit être traité en priorité. Dans la pratique, cela signifie l'introduction d'une série de mesures provisoires dans le secteur de l'infrastructure d'approvisionnement en eau et de l'agriculture des TPO qui reflètent les réalités politiques et techniques.

Les restrictions imposées par l'occupation israélienne depuis des décennies constituent le plus grand défi auquel les Palestiniens sont confrontés, tant sur le plan économique (absence de libre circulation des biens et des personnes) que sur le plan politique (absence d'autodétermination et de souveraineté palestiniennes), déstabilisant une population déjà vulnérable au climat. La voie la plus claire vers la résilience exige une fin immédiate de l'occupation et la levée du siège à Gaza, ainsi que des efforts concertés pour intégrer les TPO dans le corps politique palestinien au sens large. La position de plus en plus extrémiste de la coalition de droite à la Knesset rend ces suggestions irréalistes à court terme, en particulier parce que l’occupation est une entreprise financièrement rentable qui permet à Israël de monopoliser les ressources naturelles des TPO tout en détruisant et en empêchant la construction de l’infrastructure palestinienne indispensable.

Une première étape cruciale est la réaffectation de l’eau. Cela impliquerait de libérer l'AP des chaînes de la clause relative à l'eau dans les Accords d'Oslo et d'accorder aux Palestiniens un accès total et sans compromis à leurs aquifères et au Jourdain. Pour ce faire, la communauté internationale doit brider l'agression israélienne à l'égard des ressources naturelles palestiniennes. Seules des pressions politiques extérieures peuvent inciter Israël à changer de politique. La société civile a également le devoir de dévoiler la politique environnementale israélienne à double face qui promeut les réformes environnementales et les nouvelles technologies, tout en privant les Palestiniens de leur eau et de leurs ressources naturelles.

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La communauté internationale, l'AP et les organisations partenaires peuvent prendre des mesures concrètes pour contrer les effets du changement climatique:

1. La communauté internationale doit faire pression sur Israël pour qu'il punisse la violence des colons qui saccagent le peuple et les biens palestiniens, ainsi que pour tracer une ligne rouge à l'expansion des colonies conformément à la résolution 2334 des Nations-Unies.

2. L'AP et la société civile doivent activement promouvoir et favoriser une agriculture durable, une agro-écologie et une économie coopératives susceptibles de favoriser une résilience plus durable. Par exemple, les travailleurs agricoles palestiniens devraient (re)créer des coopératives agricoles pour représenter leurs intérêts et leurs préoccupations et partager les meilleures pratiques pour faire face aux inconvénients des effets du changement climatique sous occupation.

3. L'AP et les organisations partenaires doivent travailler à la collecte, à l'analyse et au partage coordonnés d'informations pertinentes sur le climat. Cela implique de se concentrer sur les données climatiques locales pour fournir des mises à jour et une surveillance en temps réel, l'objectif ultime étant de mettre en place un système de surveillance des impacts climatiques permanent et en temps réel dans l'ensemble du territoire palestinien occupé.

4. L'AP et les organisations partenaires doivent donner la priorité à l'élaboration de politiques et de pratiques minimisant les risques de catastrophes naturelles en tant que «première défense institutionnelle» contre le changement climatique.

5. La société palestinienne étant fortement tributaire des donateurs internationaux, ceux-ci doivent collaborer avec les communautés locales pour financer des projets ciblés visant à contrer ou à prévenir les effets du changement climatique. Toutefois, l’architecture de l’aide et des ONG dans les TPO suscite de nombreuses critiques, et l’intégration de la vulnérabilité climatique dans ce cadre n’est pas sans préoccupations éthiques. Les interventions visant à mettre fin à l'occupation sont primordiales.

6. Les fondements des méthodes et technologies avancées de résilience d’Israël, telles que les meilleures pratiques de dessalement, doivent être partagés avec les parties prenantes palestiniennes, en compensation du vol par Israël de la terre et des ressources palestiniennes et du fait que le changement climatique est un phénomène mondial et que tous technologies adaptatives. Cependant, des mesures doivent être mises en place pour veiller à ce que le transfert de technologie ne favorise pas la dépendance des Palestiniens, ni ne soit utilisé pour saper les droits des Palestiniens à l'eau ou à la terre.

Ces stratégies sont des solutions à court et à moyen terme qui n'ont de sens que si elles sont accompagnées d'efforts soutenus aux niveaux local et international pour mettre fin à l'occupation. Le changement climatique est une menace mondiale aux proportions catastrophiques et les communautés qui en souffriront le plus sont déterminées par des facteurs politiques et économiques créés par l'homme. Pour les Palestiniens, qui commémoreront 71 ans de la perte de leur patrie en mai, le changement climatique n'est ni un phénomène apolitique ni un phénomène d'égalisation, mais un phénomène exacerbé par leur condition de peuple occupé.


Notes:

(1) L’auteur souhaite remercier Alex Clark, de la Climate Policy Initiative , pour son aide.

(2) Ce document est tiré d'un large éventail de sources, notamment de rapports de l'ONU produits au cours de la dernière décennie, d'indices environnementaux et de publications universitaires. L’évaluation des risques futurs posés par le changement climatique n’est pas une science exacte. De grandes incertitudes entourent les effets régionaux et locaux attendus, rendus encore plus incertains par le manque de données dans les TPO et par les plans et enquêtes israéliens et palestiniens souvent contradictoires. En conséquence, la plupart des projections sont tirées d'interprétations régionales de modèles globaux. Même en tenant compte de cette incertitude, le changement climatique aura presque certainement un impact extrêmement négatif en Palestine-Israël.


(3) La désertification est une menace extrêmement importante, en particulier dans la région de la vallée du Jourdain, mais elle ne sera pas explorée dans le présent document en raison de contraintes d'espace.

(4) Bien que cela dépasse le cadre de cet article, il est important de noter les effets potentiellement déstabilisateurs du changement climatique dans une région déjà instable - en particulier en Jordanie, en Égypte et en Syrie. L'Assemblée générale des Nations-Unies a officiellement reconnu le changement climatique en tant que question de sécurité internationale dans une résolution de 2009.

(5) On parle d'insécurité alimentaire pour les ménages dont le revenu et la consommation sont inférieurs à 1,60$ par habitant et par jour.

(6) Un rapport de 2009 de la Banque mondiale a révélé que si les restrictions imposées par Israël disparaissaient et si l'accès des Palestiniens à l'eau augmentaient, la contribution du secteur agricole au PIB des TPO augmenterait de 10% et créerait environ 110.000 nouveaux emplois.


(*) L’impact du changement climatique est déjà très sensible en Cisjordanie occupée, comme le révèle cet article du 16 janvier 2019, véritable cri d’alarme lancé par l’Union des Comités Agricoles (UAWC) par l’intermédiaire du Philistin et publié sur ISM-France: « «Les agriculteurs palestiniens, déjà étranglés par l'occupation, maintenant impactés par le changement climatique». La récolte des olives 2018 s’est révélée médiocre à cause des pluies de printemps qui ont détruit les fleurs des oliviers.

Zena Agha -

07.04.19

Source: ISM

13 avril 2019

Traumatismes en Palestine: vers un modèle plus authentique de santé mentale

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Les personnes âgées de Palestine se souviennent avec ironie des paquets de vêtements d’organisations caritatives qu’elles avaient reçus en 1948 après être devenues des 'réfugiés', alors que des personnes bien intentionnées en Occident leur envoyaient des cravates, des pantalons courts et des bérets pour habiller ceux-là même qui auparavant portaient des costumes traditionnels palestiniens

 

Tout d’un coup, ces nouvelles tenues venues de l’ouest ont fait leur apparition dans la population locale, avec des résultats très amusants. C’est ainsi qu’apparaît l’expérience de la morbidité psychologique chez les Palestiniens lorsqu’ils sont contraints de rentrer dans les catégories occidentales telles que le SSPT [Syndrome de Stress Post-Traumatique] – le trouble psychiatrique le plus souvent signalé parmi les Palestiniens.

Les journalistes aiment rapporter des taux élevés de troubles mentaux en Palestine pour dramatiser l’impact de notre réalité politique – généralisant parfois exagérément une étude de portée limitée, de sorte qu’elle semble s’appliquer à l’ensemble de la population, et interprétant parfois de manière erronée les données épidémiologiques en ne faisant pas de différence entre un symptôme et un diagnostic complet.

Les ONG aiment aussi le terme de 'stress post-traumatique' car il semble aider à trouver des financements. Et certaines personnes peuvent également être déroutées par le comportement des ONG qui, d’une part, font l’inventaire des symptômes du SSPT, mais offrent d’un autre côté de la nourriture; ces personnes peuvent alors faire connaître leur faim, leur misère et leur pauvreté en cochant les cases correspondantes dans l’enquête sur le SSPT.

Le SSPT est un concept qui a été développé dans un contexte de la guerre pour décrire l’expérience du soldat. Il a évolué de différentes manières à travers le «syndrome cardiaque du soldat», la «névrose de combat», le «choc des obus» et la «fatigue au combat».

Dans les années 1970, le DSM III [Diagnostic and Statistical Manual, 3è révision] redéfinissait le SSPT pour prendre en compte les réactions des anciens combattants revenant de la guerre du Vietnam.

Les avancées actuelles élargissent le concept pour inclure un plus large éventail d’événements traumatisants tels que la violence sexuelle, mais le SSPT ne parvient toujours pas à intégrer les expériences des communautés vivant avec des traumatismes collectifs et historiques.

La définition psychiatrique du traumatisme faite par le DSM (exposition à une mort réelle ou imminente, à des blessures graves ou à des violences sexuelles) ne fait pas la moindre place à l’expérience la plus courante de traumatisme chez les Palestiniens: humiliation, objectivation, impuissance forcée et exposition quotidienne à un niveau de stress toxique qui blesse insidieusement notre esprit et notre âme.

Notre expérience du traumatisme est souvent de niveau inférieur à la définition psychiatrique du traumatisme, tout en étant pernicieuse et dommageable.

Un enfant est sorti d’une prison israélienne, par exemple, affirmant que le soldat qui lui avait donné une cigarette à fumer était meilleur que son père qui lui avait refusé la cigarette; cet enfant peut être vu comme dépourvu de 'symptômes de stress post-traumatique' selon une liste de contrôle de traumatismes, bien que l’on puisse penser qu’il existe néanmoins des dommages sérieux.

Dans le cas d’un homme qui a été giflé au visage, dont on s’est moqué et qui s’est fait cracher dessus – ces événements ne sont pas considérés comme «traumatisants» en termes psychiatriques. Pire encore, on pourrait qualifier sa blessure de «trouble d’adaptation».

En Palestine, la menace traumatique est permanente et persistante. Il n’y a pas de sécurité «post-traumatique». Nous considérons la ré-expérience d’un événement traumatique ou les phénomènes d’évitement et d’hypervigilance comme des réactions psychologiques dysfonctionnelles dans le cas d’un soldat qui est supposé retrouver la sécurité dans sa ville natale.

Mais pour les prisonniers palestiniens torturés, de tels symptômes sont des réactions logiques dans la mesure où la menace continue dans la réalité; il peut être arrêté à nouveau et torturé à tout moment, et il doit donc être hyper vigilant et fuyant.

Les outils et instruments utilisés dans la recherche sur le stress post-traumatique en Palestine sont des outils occidentaux qui sont généralement traduits, re-traduits et testés sur des échantillons réduits, mais non validés cliniquement ou culturellement. Ils ne prennent pas en compte les expressions de souffrance communes à la Palestine.

«Badany Masmoum, Maqhour, Mazloum, Maksour Khatry», telles sont les expressions que j’entends le plus souvent de la part de mes patients lorsque je leur pose des questions sur leurs sentiments. Ces mots sont mieux traduits ainsi: «Je sens que mon corps est en état d’ébriété, opprimé, exposé à l’injustice, mon désir est brisé».

Mais les instruments psychométriques bien connus ne rendent pas compte de tels sentiments. Dans le même ordre d’idées, la version arabe du matériel psychoéducatif «Black Dog» produit par l’Organisation mondiale de la santé pour sa campagne sur la dépression n’a aucun sens pour les Palestiniens – dont beaucoup ont la phobie des chiens!

Ce qui fait particulièrement défaut, c’est la compréhension du fait que les multiples traumatismes infligés à des Palestiniens par la violence politique constituent également un traumatisme collectif subi par la société dans son ensemble. Et puisqu’un traumatisme individuel nuit au l’état cérébral d’une personne, un traumatisme collectif nuit à l’intégrité du tissu social – à sa capacité à produire des liens collectifs, de la confiance, des normes, des visions partagées du monde et des conventions morales.

Nous comprenons dans une certaine mesure les sentiments de méfiance, d’aliénation et d’oppression intériorisée des sociétés opprimées, mais le modèle individualisé du SSPT ignore complètement les aspects collectifs de l’expérience psychologique des Palestiniens.

Comment, alors, pouvons-nous mesurer l’impact psychologique d’événements qui ne visent pas des individus, tels que la «loi d’État-nation» israélienne, la judaïsation de Jérusalem, le siège de Gaza, parmi beaucoup d’autres?

Source: Externe

Pourquoi cette distinction est-elle importante?

Au niveau du travail clinique avec des patients qui ont combattu individuellement en Palestine, nous savons comment procéder avec nos très rares professionnels et nos minuscules ressources. Nous adoptons et nous adaptons à la culture et à l’expérience palestiniennes tout ce qui est utile venant des thérapies centrées sur les traumatismes.

Nous formons des personnes moins spécialisées pour assurer des interventions de faible intensité dans les établissements de soins de santé primaires et les établissements scolaires; nous avons par exemple édité notre manuel palestinien de premiers secours psychologiques.

Et tout comme nous renforçons les capacités de bons thérapeutes capables d’aider les personnes traumatisées à livrer leurs récits et à leur donner un sens, nous avons besoin de dirigeants communautaires pour aider le récit palestinien à émerger de manière significative afin de soigner sa blessure collective.

Le soutien psychosocial [le développement psychologique et son interaction dans un environnement social–NdT], la solidarité et la défense des droits sont des éléments fondamentaux pour remédier à l’érosion de la société.

Les traumatismes collectifs peuvent être atténués en développant la résilience collective et en faisant la promotion d’efforts cohérents et collectifs tels que la reconnaissance, la commémoration, la réconciliation, le respect des minorités, le soutien aux affligés et une très large action en coopération.

La campagne de solidarité «Nous sommes toutes Marie» [dénonciation des abus physiques et psychologiques subis par les femmes palestiniennes à Jérusalem–NdT] avec les femmes de Jérusalem, ouvrir la porte à une amnistie pour les collaborateurs qui se repentent et réconcilier les familles meurtries de Gaza dont les enfants se sont affrontés lors du conflit interne de 2007, sont des exemples des efforts déployés pour réparer les dommages causés au tissu social en Palestine.

La vérité est que nous n’avons pas de recherche épidémiologique complète sur la santé mentale en Palestine. Nous avons donc beaucoup de chemin à parcourir avant de pouvoir tirer des conclusions fiables sur la santé mentale dans notre communauté.

Jusque-là, nous devrions examiner d’un œil critique les résultats des enquêtes épidémiologiques menées dans des conditions d’urgence. Une approche dimensionnelle [réalisme ou essentialisme des traits psychologiques–NdT] de la santé mentale communautaire est plus appropriée que la recherche sur la psychopathologie individuelle des personnes vivant dans un contexte pathogène.

Je cite l’article de 2018 de S. Collini intitulé «Kept Alive for Thirty Days» (London Review of Books, vol. 40, n ° 21): «Certaines choses peuvent être mesurées. Il y a des choses qui valent la peine d’être mesurées. Ce qui peut être mesuré n’est pas toujours ce qui vaut la peine d’être mesuré; ce qui est mesuré n’a peut-être aucun rapport avec ce que nous voulons vraiment savoir. Les coûts de la mesure peuvent être supérieurs aux avantages qui en sont tirés. Les éléments qui sont mesurés peuvent faire dévier notre attention de ce qui est vraiment notre souci. Et la mesure peut nous apporter des connaissances déformées – des connaissances qui semblent solides mais qui sont trompeuses».

Les Palestiniens doivent produire de nouvelles connaissances à partir de leur propre expérience de traumatisme. La recherche qualitative peut fournir des informations importantes pour affiner nos définitions conceptuelles d’un événement traumatique et des réactions traumatiques, et peut également nous aider à délimiter des propriétés psychométriques pertinentes. Nous sommes ouverts à un partenariat en toute égalité avec des chercheurs internationaux qui aimeraient nous aider à partager notre compréhension de notre expérience unique. Il y a tant de choses à apprendre en Palestine.

Samah Jabr -

06.04.19

Source: Chronique de Palestine

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