FREE PALESTINE

27 mai 2020

Le retour de la révolte des pierres

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En Cisjordanie, les Palestiniens recommencent à se servir de pierres comme armes

 

Les Palestiniens et les Israéliens sont toujours sous l’effet de surprise causé par la récente opération de guérilla qui a eu lieu dans la ville de Ya’bad, dans la banlieue de Jénine, au nord de la Cisjordanie. Au cours de l’opération, un soldat israélien de la brigade d’élite Golani a été tué lorsqu’un jeune Palestinien a lâché sur lui une grosse pierre, le tuant net.

L’élément de surprise chez les Palestiniens et les Israéliens était que l’arme utilisée dans l’opération à l’origine du décès du soldat israélien était une pierre, et non un fusil, un engin explosif ou un cocktail Molotov. C’était une pierre, la plus ancienne arme connue des Palestiniens. Elle est facile à utiliser et ne peut être saisie ou confisquée face aux armes les plus sophistiquées et les plus modernes qu’Israël possède en ce XXIè siècle.

Dans l’histoire récente, les pierres ont été l’arme principale des Palestiniens en Cisjordanie, symbolisant leur volonté irréductible de résister à l’occupation, indépendamment du terrible déséquilibre des forces.

Les pierres sont les premières armes des soulèvements successifs, les plus communes et les plus répandues parmi les Palestiniens, grâce à leur disponibilité sans entrave, ce qui en fait un problème militaire, politique et sécuritaire pour Israël.

Compte tenu de la politique répressive menée par l’occupation israélienne et l’Autorité palestinienne (AP) contre la résistance en Cisjordanie, et de la confiscation par tous les moyens de tous les types d’armes, il n’y a plus pour les Palestiniens d’autre option que les pierres pour empêcher l’armée israélienne de continuer à les réprimer, à les assassiner et à confisquer leurs terres.

Les Palestiniens ont adopté l’utilisation des pierres tout au long de leurs années de résistance à l’occupation, au point qu’elles sont devenues le principal souci des responsables israéliens. La résistance était l’occasion la plus connue d’utiliser les pierres, ramassées et préparées dans chaque quartier, rue, ruelle, maison et sur chaque toit.

L’usage des pierres a des objectifs à grande échelle et est une indication que le peuple palestinien – armé de ce type d’arme primitive, et de ses méthodes de lutte innovantes – s’est levé et a pris une fois de plus l’initiative, assimilant toutes les leçons des expériences précédentes.

C’est une affirmation de leur capacité à se maintenir et à grandir en force, et un fait révolutionnaire sur le terrain lui permettant d’imposer une nouvelle réalité dans le conflit avec l’occupant israélien.

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Si l’on remonte trois décennies en arrière, lors du soulèvement de la première Intifada palestinienne, connue sous le nom de «révolution des pierres» et dont on se souvient comme d’une des révolutions du monde moderne, aucun rebelle avant elle ne croyait que des pierres pouvaient servir à affronter l’armée qui assiégeait les Palestiniens avec ses chars, ses canons et ses tirs à balles réelles.

Il était naturel et prévisible que l’approche de la résistance palestinienne évolue au cours de ces trois décennies, et si la résistance à Gaza s’est transformée en ce qui s’apparente à une armée régulière, entraînée et équipée d’armes fabriquées localement, elle ne s’est pas développée de la même manière en Cisjordanie en raison des mesures répressives prises par Israël et l’AP.

Tout cela a fait des pierres avec leurs multiples usages l’arme la plus célèbre de Cisjordanie, notamment lors des affrontements avec l’occupation lors des fortes mobilisations. Cela a donné aux pierres un avantage important et elles sont devenues des projectiles efficaces contre les forces armées et leurs machines militaires. Les pierres ont également été utilisées pour ériger des barrages, bloquer des routes et construire des talus et des barricades.

La récente opération à Jénine n’était pas hors contexte en Cisjordanie. Il y a quelques années, les Palestiniens y ont fait un usage intensif des pierres contre les convois et les véhicules blindés, les patrouilles à pied et les colonies. Les opérations de grande envergure dans lesquelles les pierres étaient utilisées comme arme principale se sont multipliées, et les statistiques que le porte-parole militaire israélien publie régulièrement font état d’une augmentation constante de l’utilisation des pierres lors des confrontations avec les forces armées.

L’utilisation de pierres ne nécessite pas de sessions de formation ou de sensibilisation, et la résistance palestinienne peut les lancer puis se retirer, assurant ainsi sa sécurité. Les pierres ne nécessitent pas d’organisation centrale ni de direction forte. Lorsqu’elles sont utilisées de manière créative, elles privent les Israéliens de pouvoir considérer ce qui se passe en Cisjordanie comme un état de guerre, ce qui permettrait à l’armée d’adopter diverses formes de combat, au premier rang desquelles l’artillerie lourde.

La résistance palestinienne en Cisjordanie a réussi, avec son usage des pierres, à faire perdre à l’occupation israélienne son avantage stratégique dans le type de guerre éclair qui lui convient. L’idéologie militaire de l’occupation est basée sur une technologie avancée et une force de frappe qui conduit à une victoire militaire, laquelle donne à l’occupant un sentiment de sécurité pour des années.

L’élément le plus important dans l’utilisation des pierres est que le peuple palestinien sous occupation souffre d’une faiblesse fondamentale, à savoir le déséquilibre des forces. La résistance a dû en conséquence mener son combat contre l’occupation par une résistance populaire non armée.

Il s’agit d’une combinaison de sa résistance quotidienne sous la forme d’une lutte active, représentée par les attaques constantes et quotidiennes et l’utilisation de moyens et de méthodes de combat primitifs, pour «tirer le tapis sous les pieds» de l’occupant.

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L’utilisation des pierres en Cisjordanie a également pris plusieurs formes dans les camps et les quartiers les plus peuplés, avec leurs ruelles étroites et tortueuses, en particulier dans les camps de réfugiés de Cisjordanie. Ces formes comprennent l’utilisation généralisées de pierres lancées à la main contre les soldats et les colons, ainsi que leurs moyens de transport, leurs camps et leurs bâtiments.

Avec en plus le lancement de grosses pierres depuis les toits pour tuer des colons ou un commandant ou un soldat de l’armée d’occupation, comme ce fut le cas lors de la récente opération Ya’bad…

La résistance en Cisjordanie a réalisé que le char israélien n’était pas conçu pour combattre un garçon ou un jeune homme palestinien qui tient une pierre à la main et qui tire sa force et son courage du soutien sans limite de l’opinion publique, armée d’une volonté nationale forte et ferme et d’armes morales.

Cela a coûté à l’occupation toute efficacité à ses moyens militaires démesurés. Les pierres ont joué un rôle important pour choquer le monde en faisant voir les Palestiniens qui affrontent les soldats de l’occupation et leurs jeeps militaires avec leurs simples pierres.

Ainsi, les Palestiniens, en particulier en Cisjordanie, qui souffrent d’un grave manque d’armes à feu, sont arrivés à la conclusion que les pierres, en tant qu’armes, ne nécessitent aucun approvisionnement, aucun marché de munitions, aucune ligne d’approvisionnement, aucun soutien extérieur, ni aucune relation internationale. Les routes et les collines sont remplies de pierres en Cisjordanie, les résistants n’ont qu’à tendre la main pour les ramasser et les lancer vers les occupants.

Ce type de guerre spontanée ne peut être ni contrôlée, ni arrêtée, ce qui lui a donné des ailes pour voler haut, loin et librement, malgré le fait que l’occupation possède un arsenal mortel comprenant des armes nucléaires, des avions et des missiles. 

Toutes ses armes sont impuissantes face aux jeunes Palestiniens qui caillassent les convois israéliens et leurs soldats. Une pierre est une pierre, mais dans les mains des résistants de Cisjordanie, elles se sont transformées en puissants projectiles.

Quiconque observe l’état des soldats d’occupation peut certainement ressentir la peur et la crainte qu’ils éprouvent lorsqu’ils deviennent des cibles. Ceci est un échantillon des leçons tirées de la récente opération Ya’bad et celle-ci peut inspirer les opérations futures.

Adnan Abu Amer -

17.05.20

Source: Chronique de Palestine

26 mai 2020

Anschluss en Cisjordanie: la fin des faux-semblants

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Qu’Israël annexe la Cisjordanie! C’est la moins pire option pour les Palestiniens, explique Gidéon Lévy

 

De quoi le camp de 'centre-gauche' en Israël a-t-il peur lorsqu’il s’agit d’annexion? Pourquoi l’Union européenne et d’autres pays feignent-ils d’être scandalisés par cette décision à venir?

L’annexion a toujours été présentée comme la pire de toutes les catastrophes, mais nous devons cesser de la craindre, et même lui dire oui. Elle s’annonce comme la seule voie pour sortir de l’impasse, le seul bouleversement possible qui pourrait mettre fin à ce statu quo de désespoir dans lequel nous nous sommes enlisés et qui ne pourra jamais rien amener de bon.

L’annexion est en effet une récompense intolérable pour l’occupant et une punition scandaleuse pour l’occupé. Elle légitime les crimes les plus graves et coupe le plus juste des rêves – mais l’alternative est encore pire: elle éterniserait une situation criminelle, une situation qui se perpétue depuis de nombreuses années et qui établit de fait l’apartheid.

Mais l’annexion mettrait également fin aux mensonges et obligerait tout le monde à regarder la vérité en face. Et la vérité est que l’occupation est là pour durer, qu’il n’y a jamais eu d’intentions de faire autrement. Elle a déjà créé une situation irréversible, quelque 700.000 colons, y compris ceux de Jérusalem-Est, qui ne seront jamais déplacés, et sans leur déplacement, les Palestiniens ne se retrouveront avec rien d’autre que des bantoustans, sans État ni même une plaisanterie d’État.

C’est ce que craignent les opposants à l’annexion: sans une procédure déclarative et juridique, il sera possible de continuer à semer des illusions pour l’éternité.

L’annexion menacerait la survie de l’Autorité palestinienne, qui n’est qu’une tromperie et qui continue à se comporter comme si elle était un État libre et souverain au coin de la rue; elle menacerait le camp de la paix israélien, qui continue à croire qu’il y a encore une possibilité de solution à deux États; elle impacterait l’Union européenne, qui juge qu’il suffit d’émettre des condamnations (fortes!…) contre Israël, puis de s’asseoir et de ne rien faire contre l’apartheid, de le financer et de l’armer et de vanter ses «valeurs communes» avec Israël.

L’annexion mettrait au défi les négationnistes de la réalité qui n’ont jamais de leur vie été mis au défi. Il faut donc y être favorable, malgré les injustices et les désastres qu’elle risque de créer. A long terme, le prix à payer sera inférieur à celui de la situation actuelle.

C’est précisément l’opposant juré à l’annexion, Shaul Arieli, qui a le mieux décrit ses avantages. Dans un article récent (Haaretz, édition hébraïque, 24 avril), il a noté comment l’Autorité palestinienne s’effondrerait, les accords d’Oslo seraient annulés, l’image d’Israël serait endommagée et un autre cycle de carnage pourrait éclater.

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Il s’agit là de dangers réels que vous ne pouvez pas prendre à la légère mais il dit: «L’étape de l’annexion porterait un coup dur aux points d’équilibre de la situation actuelle et bouleverserait leur fragile équilibre».

Et que demander de plus, Shaul Arieli? La stabilité que l’occupation a créée, sa normalité routinière, sont les grands ennemis de tout espoir d’y mettre fin. Il n’est pas nécessaire d’être anarchiste ou marxiste pour voir l’opportunité latente dans cette terrible vision.

Après tout, l’annexion est plus réversible que les colonies: la politique d’annexion peut un jour être transformée en démocratie.

Nous attendions ce coup pour remettre les pieds sur terre. C’est notre dernier espoir. Quiconque connaît Israël sait qu’il n’y a aucune chance qu’il se réveille un matin et dise de son plein gré: «L’occupation est laide, finissons-en».

Celui qui connaît les Palestiniens sait qu’ils n’ont jamais été aussi faibles et isolés, fragmentés et dépourvus de toute combativité. Et celui qui connaît le monde sait combien il est fatigué du conflit.

Alors maintenant, Israël va venir et, avec l’encouragement du célèbre «artisan de la paix» à Washington, tirer cette réalité de son sommeil: l’annexion, l’Anschluss. Dans les collines et dans les vallées, dans la zone C et, en fin de compte, dans toute la Cisjordanie.

Gideon Lévy -

16.05.20

Source: Chronique de Palestine

25 mai 2020

Sous Israël, la Palestine

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L’entité sioniste a résolu de façon originale une interminable saison d’élections législatives anticipées: trois ont été tenues depuis avril 2019

 

Depuis plus d’un an, ne se dégageait pas de majorité parlementaire qui eût pu trancher pour la désignation d’un prochain chef de gouvernement. Cette crise institutionnelle perpétuait de fait le pouvoir de Netanyahu qui n’a cessé d’innover et d’enrichir l’oppression des Palestiniens et d’offrir aux 'ultras' de son camp des preuves de sa détermination à mettre fin aux illusions d’Oslo.

Inventivité démocratique

Un pacte a été signé entre les deux parties rivales. le Likud après un gouvernement de 18 mois cèdera la place à la coalition centriste Blanc-Bleu de Gantz qui assurera le rôle de Premier Ministre à son tour pour la même durée. La mandature ainsi départagée durera 3 ans au lieu des quatre inscrits non dans la Constitution car cette entité ne s’en est pas dotée mais dans les lois fondamentales.

Elle s’est montrée pionnière en matière de répression d’émeutes ou guérillas urbaines en expérimentant armes et techniques de contre-insurrection et a exporté volontiers son savoir-faire.

Le modus operandi donné à Sarkozy par le ministre de la sécurité intérieure israélienne en 2005 venu à sa demande le conseiller, continue de produire ses effets jusqu’en 2015, perquisitions violentes et assignations à résidence par milliers, puis aux éborgnements des Gilets Jaunes et leur emprisonnement.

Elle peut ainsi être considérée comme pionnière pour avoir produit une alternance consensuelle de deux blocs agrégeant des formations opposées sur la forme plus que sur le contenu de leurs projets politiques, pratique innovante qui pourra esquiver la consultation par les urnes.

La France semble aussi avoir un pas dans ce sens en élisant un Président «En Même Temps» qui a rallié à lui des figures des deux partis majoritaires, pulvérisant sans doute à jamais les formations traditionnelles.

L’inculpation du chef de gouvernement pour corruption et autres joueuses banalités d’abus de pouvoir n’entrave en rien l’accusé Netanyahu à s’être porté candidat. Mais ce trait n’est pas une originalité propre à l’entité; en France, Sarközy, empêtré dans des affaires de financement de campagne, était en position de requérir le suffrage des citoyens français.

Une Union nationale a été ainsi consacrée en vertu de l’épidémie du COVID-19. Antagoniques pour des questions sociétales, deux camps politiques se sont cependant accordés sur l’essentiel: entamer l’annexion de ce qui reste de la Cisjordanie occupée à partir du 1er juillet 2020.

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Une nouvelle Nakba en vue

Car enfin, après nombre d’étapes, les sionistes sont en passe de réaliser leur ambition de toujours.

Création d’une entité politique en mai 1948 par les anciennes puissances mandataires de la Palestine en novembre 1947 qu’ils ont portée sur les fonds baptismaux d’une ONU constituée d’une cinquantaine d’Etats. Annexion de Jérusalem-Est et du Golan en 1967 avec occupation militaire de tout le territoire resté sous administration jordanienne et égyptienne. Maintenant, institution de fait d’un Etat unique, hormis Gaza évacuée par Sharon en prévision d’y réduire l’Etat de Palestine.

La Guerre Perpétuelle contre le Terrorisme (islamique) entamée en 2001 a porté un dernier clou à l’espoir que les principales puissances économiques puissent contrarier l’évidente ambition de l’entité de transformer la région. Le Grand Israël va au-delà même de la Palestine historique, il mord sur le Sud Liban pour son réseau aquatique, la Syrie et l’Irak pour stabiliser son emprise et diversifier ses ressources.

L’infamie des dirigeants arabes, asseyant leur étonnante longévité sur la corruption et la compromission que complètent une trahison de la cause palestinienne et la normalisation de leurs rapports avec l’entité, a fait le reste.

La Résistance, morcelée mais toujours unie lors des combats décisifs, malgré parfois des errements, reste déterminée à faire retrouver aux Palestiniens de la diaspora, plus nombreux désormais qu’à l’intérieur des frontières, comme à ceux en Palestine de 1948 et de 1967, leur patrie et un Etat.

Il est totalement vain d’espérer que mus par une soudaine solidarité ou un désir jusque-là quiescent de rendre justice à un des peuples les plus anciennement et ouvertement opprimés de la planète, quelques Etats se soucient de rappeler à l’artefact né en 1948 l’interdiction d’annexer des territoires conquis par la force.

Ils (les Etats occidentaux) ont eu ce réflexe cependant au moment où la Russie a réintégré la Crimée au sein de la Fédération russe. Une pluie de sanctions économiques et politiques est tombée sur la Russie de la part du navire amiral du capitalisme mondial aiguillonnant la vieille mule européenne, peinant à la traîne avec son ravitaillement en gaz russe et ce nouvel espace entrouvert à ses entreprises.

L’argent des USA va continuer à couler à flots vers l’entité, la dotation annuelle de plus de 3 milliards de dollars a déjà été  augmentée à 3,8 milliards en 2018 avant le départ d’Obama.

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En dépit de la crise économique marquée déjà en novembre par l’intervention de la Fed sur la marché des ‘repo’ asséché de liquidités suite à une crise de confiance entre les instituions bancaires et du chômage massif et accéléré en quelques semaines qui a atteint 15% de la population active, un programme de 717 milliards a été dédié en 2019 à la recherche et le développement conjoints de système de défense d’Israël contre les missiles et les roquettes.

Influences

Le deal du siècle, projet honteux de la liquidation de la question palestinienne, est soutenu par les pétromonarchies autour du prince héritier de l’Arabie aux mains des Bédouins du Nedjd. Il fera ainsi un grand pas dès juillet dans l’indifférence et l’hébétude générales dans laquelle le COVID-19 et les mesures inappropriées et désordonnées des gouvernements occidentaux pour le combattre plongent une partie de l’opinion.

Avec le programme de 717 milliards de dollars et le Deal de Trump-Kushner, il deviendra justifié de dire que l’entité en annexant la Cisjordanie aura annexé les USA.

La force politique de cet artefact construit par la violence coloniale au Proche-Orient au niveau international peut se mesurer avec l’éviction de Jeremy Corbyn. Accusé d’antisémitisme, il a subi un déchainement inouï de toute la classe politique britannique alors qu’il n’a jamais rien défendu d’autre qu’une solution juste avec deux Etats selon les normes des accords internationaux encore en vigueur.

Il en fut fragilisé au sein de son propre parti et a dû abandonner la partie. Ses idées d’une orientation keynésienne de l’économie lui ont valu la conquête d’une base très large d’un Labour renouvelé, elles ne seront pas évacuées. L’opinion est devenue réfractaire au discours néo-libéral qui lui a été assené d’une main de fer pendant une trentaine d’années, elle leur sera d’autant acquise que se profile une grande récession économique.

Ilhan Omar, représentante démocrate au Congrès d’origine somalienne avait créé un précédent en critiquant l’AIPAC, l’accusant d’entretenir une double allégeance, israélienne et secondairement étasunienne, et d’exercer une pression économique sur les élus. Elle avait bravé un tabou.

L’ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire juif The Forward prévenait en 2002: «Il y a cette idée répandue au Congrès que vous ne fâchez pas ces gens, sinon ils vous abattent.» Ilhan Omar a joint début mai sa signature à celles de 390 représentants dans une lettre bipartisane soutenue par l’AIPAC qui demandait la prolongation de l’embargo des armes contre l’Iran.

Ce revirement n’est pas à attribuer à une quelconque encéphalopathie due au COVID-19 mais sans doute bien à une pression menaçante d’une équipe dédiée à éplucher les détails de la vie privée de toute personnalité politique, voire à induire chez elle avec adresse des comportements compromettants. Ce procédé de dissuasion très efficace a largement été employé par le chargé de mission Jeffrey Epstein, l’assassiné-suicidé de la prison de Manhattan.

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Ségrégation pour expulsions

On sait la situation des Palestiniens au sein de l’entité de 1948. Le dernier rapport de 'Human Rights Watch' détaille leur enfermement dans des villes sans possibilité de les étendre comme le voudrait un développement démographique normal. Bien que représentant 20% de la population, les municipalités palestiniennes ne disposent que de 3% des terres.

Depuis 1948, 900 communautés juives ont été créées, aucune autorisation ne fut accordée aux Palestiniens. L’Autorité de la Terre gère les terres domaniales dont la moitié appartient au 'Fonds national juif'. Il est mandaté pour céder les terres aux juifs et à nulle autre communauté.

Sans autorisation, les Palestiniens se voient obligés de construire sans permis et vivent sous la menace de la destruction de leurs maisons. Cette politique discriminatoire ne concerne pas seulement le logement. Les municipalités à majorité palestiniennes sont nettement moins dotées en service de santé et en écoles.

La discrimination au niveau de l’éducation est exercée à tous les degrés de l’enseignement, les enfants palestiniens sont exclus des parcours généraux, désavantagés par des classes surchargées, un nombre réduit d’enseignants, des programmes différenciés, il sont relégués à des formations professionnelles.

L’accès à nombre d’emplois est conditionné par la justification d’avoir accompli son service militaire, les ‘Arabes’ chrétiens ou musulmans sont exclus de fait de la catégorie de ceux qui l’effectuent obligatoirement. Les emplois réservés dans la fonction publique en particulier marginalisent les ‘non’ citoyens palestiniens.

Cette situation d’apartheid constitue déjà le sort des Palestiniens actuellement sous occupation militaire et guère mieux lotis par les restrictions de déplacements, l’agression des soldats omniprésents dans le paysage et des colons protégés par l’armée.

L’annexion des parties utiles de la Cisjordanie grignotée depuis 1967 par les vols de terre pour l’installation des colonies refoulera les Palestiniens dans des miettes de plus en plus réduites entourées de barbelés et de murs. Leur encerclement en fera des petites enclaves à l’instar de Gaza qui forcera ceux qui le pourront à l’exil.

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Pas d’oubli

L’Union nationale proclamée en Israël à l’occasion du COVID-19 efface le peu de nuances entre la droite extrême, le Likud, alliée à plus extrême qu’elle et la gauche libérale. L’éventail politique israélien a à cœur de terminer le ‘boulot de 48’, annexion et extension territoriale sans limite et parachèvement d’un nettoyage ethnique par toutes sortes de mesures économiques, policières, militaires et administratives.

L’application COVID-19 mise en place en urgence par Netanyahu pour le traçage des contacts d’une personne infectée a soulevé des indignations hypocrites. Le renseignement pour la Sécurité Intérieure, le Shin Beth, a été sollicité pour la mettre en œuvre.

Habituellement cette surveillance électronique par le biais des téléphones portables capable de géo-localiser dans un large rayon toutes les personnes au voisinage d’un individu cible est permanente et réservée aux Palestiniens. Elle permet de dresser le profil social de chaque Arabe, ennemi et terroriste en puissance, et facilite les exécutions extra-judiciaires. Ce n’est que lorsqu’elle concerne les juifs qu’elle devient un danger pour la démocratie et qu’elle constitue une entaille à la liberté et une intrusion insupportable dans la vie privée.

La débâcle économique mondiale annoncée et déjà bien avancée risque d’entraver dans l’immédiat ce monstrueux projet d’annexion. L’idée qui a prévalu chez les sionistes fondateurs de l’entité, à savoir que les conditions de la spoliation seront oubliées avec le temps et les générations qui se succèdent ne se vérifie pas. Les 3/4 de l’humanité et pas seulement les Palestiniens, n’oublient pas que sous  Israël, il y a toujours la Palestine.

Badia Benjelloun -

15.05.20

Source: ISM

24 mai 2020

Nakba: pourquoi les sionistes ont expulsé les Palestiniens

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Si des historiens continuent de nuancer ou rejeter l’existence d’un plan de nettoyage ethnique des Palestiniens lors de la création d’Israël, le contexte qui animait alors le mouvement sioniste montre que l’expulsion des Arabes lui était devenue incontournable

 

En 1946, la Palestine compte 1.237.334 Arabes et 608.225 juifs. Les premiers sont majoritaires dans 50 des 60 districts. La première guerre israélo-arabe, qui débute à partir de décembre 1947 et se termine à la fin de l’hiver 1949, renverse les rapports démographiques puisque près de 805.000 Palestiniens sont forcés à l’exil, expropriés et éparpillés dans des camps de réfugiés aux quatre coins de la région.

Depuis le rapport Peel de 1937, le partage de la Palestine en deux États était régulièrement évoqué par les grandes puissances, impliquant un «transfert» de populations. Ainsi, David Ben Gurion, président de l’Agence juive, l’autorité en charge de la communauté juive de Palestine, ne cachait pas ses intentions: un État juif ne sera pas viable s’il compte un nombre trop élevé d’Arabes.

Aujourd’hui, les travaux des historiens arabes et des nouveaux historiens israéliens ont définitivement écarté les théories sionistes sur la responsabilité arabo-palestinienne de cet exil forcé, mais un certain récit visant à dédouaner Israël de toute culpabilité continue d’être mobilisé.

Expulser pour des raisons de sécurité?

En premier lieu, la prétendue nécessité sécuritaire. L’historiographie sioniste affirme que si des expulsions ont eu lieu, elles n’ont été réalisées que pour s’assurer qu’aucun ennemi potentiel ne restât à l’arrière des lignes au fur et à mesure de l’avancée des troupes juives.

Premièrement, cet argument ne justifie en aucun cas les quelque 70 massacres perpétrés contre des civils arabes ou des soldats désarmés par les différentes unités sionistes. Deuxièmement, si tel était le cas, alors les expulsions se seraient interrompues dès lors que la guerre aurait pris fin et que les accords d’armistice auraient été signés.

Il n’en est rien. Tout au long des années 1950, de nombreuses municipalités arabes, demeurant en Israël, vont être victimes d’expulsions.

Parmi d’autres exemples, on peut citer les 105 habitants d’Abu Gosh, déportés le 7 juillet 1950 jusqu’à la frontière transjordanienne. Ou ceux du village d’al-Majdal, situé sur le littoral, qui sont expulsés de 1949 à la fin de l’année 1950 vers la bande de Gaza pour laisser place à un camp de transit pour immigrés juifs, devenu la ville portuaire d’Ashkelon.

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Résoudre la crise du logement

En réalité, parallèlement à l’enjeu démographique, dès 1946, les autorités de l’Agence juive sont mises sous pression pour trouver un refuge aux centaines de milliers de rescapés du génocide en Allemagne ou de juifs des pays arabes, qui arrivent en Palestine.

À cela s’ajoute une immigration soutenue entre 1948 et 1951, avec l’arrivée annuelle moyenne de 188.000 immigrés: entre la déclaration d’indépendance, le 14 mai 1948, et le 31 décembre 1951, la population juive d’Israël passe de 684.000 à 1.368.000. Dans l’attente de l’attribution d’un logement, les immigrés s’entassent dans des camps de transit aux conditions de vie déplorables.

La Nakba permet de résoudre, en partie, le problème. Au cours de l’année 1948, des milliers de juifs s’installent dans les logements arabes vidés de leurs habitants: 45.000 sont logés dans les faubourgs de Jaffa, 40.000 prennent possession du centre de Haïfa, 8.000 sont installés à Ramleh, autant à Lydda, devenue Lod, et 5.000 à Acre.

Des fonctionnaires de l’Agence juive supervisent ces opérations et vérifient, dans la mesure du possible, l’état des logements pour prévoir leur remise aux normes.

Cependant, les autorités restent loin du compte: si entre 140.000 et 160.000 immigrés peuvent s’installer dans des foyers vidés de leurs habitants arabes, rien qu’en 1949, 239.141 personnes arrivent en Israël, dont 109.262 d’Europe de l’Est, 71.271 du Moyen-Orient et 39.442 d’Afrique du Nord.

Une coutume veut alors que quiconque réussit à installer un lit dans une pièce et à y passer une nuit devient propriétaire des lieux.

À Haïfa, des soldats juifs, dont certains blessés, pénètrent en juin 1948 dans la rue Abbas, vers 06h du matin. Ils choisissent des maisons arabes, dont ils chassent les occupants ainsi que leurs biens, et y installent leurs affaires. Lorsque des officiers arrivent pour connaître le motif de leurs actes, ils expliquent ne pas s’être vu attribuer de logement alors qu’ils combattaient pour Israël.

Faire face à la révolte des immigrés

La lenteur des procédures, les conditions de vies souvent misérables dans les villes, l’absence d’emplois et de perspectives, tout cela mène aux premiers conflits. En avril 1949, 300 immigrés manifestent à Tel-Aviv et tentent de pénétrer dans la Knesset, installée à cette époque dans un ancien cinéma.

Deux semaines plus tard, des centaines d’immigrés saccagent les locaux du ministère de l’Intégration à Haïfa. Deux mois plus tard, des dizaines d’immigrés, armés de bâtons, partent de Jaffa pour rejoindre la Knesset où ils parviennent à forcer les premières grilles.

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Ces événements permettent de mesurer la pression qui est mise sur les autorités sionistes par ces nouveaux arrivants, et ainsi appréhender sous un autre angle la poursuite des expulsions de Palestiniens même après les accords d’armistice signés, entre janvier et juillet 1949, avec les différents États arabes impliqués dans le conflit.

Ministre du Travail de 1949 à 1956, Golda Meir joue un rôle central sur le dossier du logement. Arrivée d’Ukraine en 1921, Meir est une importante figure du sionisme de gauche. Elle a occupé des postes clés au sein de l’Agence juive et a également été une très proche conseillère de Ben Gurion.

En tant que ministre du Travail, c’est elle qui lance d’importants plans de logements publics. En quelques mois, des milliers d’habitations sont construites. Des immeubles à deux étages, divisés en studios comprenant deux pièces, des petites maisons préfabriquées, voire des cabanes d’urgence en bois. Israël doit atténuer la colère des immigrés, par tous les moyens.

Si ces grands travaux donnent du travail à des milliers d’immigrés, beaucoup d’autres restent en attente de solution dans les camps de transit. De plus, il convient de trouver les fonds nécessaires pour financer ces constructions.

Le tout jeune État d’Israël peut compter, certes, sur les nombreux dons arrivant de l’étranger, mais aussi sur le butin de guerre obtenu par la Nakba: 7.000 boutiques et commerces, 500 ateliers et fabriques industrielles, 1.500 entrepôts de marchandises pris aux Arabes…

Dans son ouvrage Les Premiers Israéliens, l’historien Tom Segev relate qu’à Lydda notamment, l’armée israélienne aurait emporté près de 1.800 camions chargés de biens tandis qu’à Jaffa, dans les semaines qui ont suivi l’occupation de la ville et le départ forcé des habitants, c’est l’équivalent de 30.000 livres sterling de biens qui est quotidiennement pillé par des soldats ou des civils juifs.

À Haïfa, le gouvernement met la main sur les coffres de banques cumulant 1,5 milliard de livres sterling de dépôts appartenant à des clients arabes. Il en va de même pour l’emploi des immigrés: à Ramleh, 600 boutiques laissées par des Arabes sont distribuées aux nouveaux arrivants et aux vétérans.

Néanmoins, alors que le chômage touche encore des milliers de juifs en 1950, le gouvernement israélien prend une décision révolutionnaire pour le mouvement sioniste: limiter l’immigration. Entre 1951 et 1952, le nombre de nouveaux arrivants passe de 173.000 à 24.000 et descend même à moins de 10.000 en 1953.

Au-delà du «comment», comprendre le "pourquoi" derrière l’expulsion des Palestiniens en 1948 montre que la création d’Israël, en tant qu’État à majorité juive dans un territoire majoritairement arabe, passait invariablement par l’expropriation et l’expulsion des autochtones. La première guerre israélo-arabe n’a pas été la raison, mais le support sur lequel se sont appuyées les unités combattantes du mouvement sioniste pour parvenir à leur but.

Thomas Vescovi -

15.05.20

Source: MEE

23 mai 2020

Dans les camps de réfugiés de Gaza, la distanciation sociale n’est pas possible

Source: Externe

D’anciennes épidémies se sont avérées mortelles dans les camps de réfugiés densément peuplés de Gaza

 

Quand j’ai commencé à rassembler mes idées pour cet article, on était à fin mars. Ordinairement, le point culminant de ce mois là, c’est la couverture de la Journée de la Terre, journée de manifestations sur le calendrier palestinien, organisées tous les ans le 30 mars pour commémorer la mort de six personnes tuées alors qu’elles manifestaient en 1976 en Israël pour empêcher une confiscation de terre.

Au cours des années, cette journée a élargi sa signification pour souligner l’aggravation de la perte de terres par les Palestiniens. A Gaza, elle a pris une autre signification. La Marche du Retour, ou manifestations hebdomadaires à la frontière, a débuté ce jour là en 2018.

Cette année, ce à quoi aurait ressemblé la plus grande journée de manifestations à travers la Bande de Gaza a été un anniversaire camouflé exprimé sur les réseaux sociaux. A cause de la pandémie, tous les rassemblements ont été suspendus.

Alors que le coronavirus commençait à se répandre – et que j’avais à l’esprit les confiscations de terre – je me suis souvenu d’une histoire de feu mon grand-père paternel, Ahmed Abu Al-Tarabeesh. Vous le présenter pourrait être un bon point de départ pour une réflexion sur la façon dont les résidents des camps de réfugiés de Gaza pourraient être atteints par le coronavirus, en l’absence même des plus bas standards de mesures préventives et de médicaments.

Mon grand-père paternel, qui travaillait dans le commerce d’huile d’olive, et ma grand-mère Mariam, ont échappé aux forces israéliennes qui ont occupé les villes palestiniennes pendant la guerre de 1948. Ils se sont enfuis de chez eux dans le village d’al-Majdal, devenu Ashkelon au sud d’Israël, après un an de mariage.

Ma tante Hania m’a raconté que mon grand-père, comme les autres résidents, a fermé sa maison en laissant tout derrière eux, y compris les bijoux en or de ma grand-mère et leurs papiers d’identité. Comme on le raconte, ils ont cru qu’il pourraient retourner dans leur maison le lendemain ou le surlendemain. «D’une main, il a tenu la main de ma mère enceinte, et de l’autre, il s’est cramponné à une bouteille d’eau», m’a raconté ma tante.

Mon grand-père et ma grand-mère ont poursuivi vers le sud jusqu’à atteindre Deir-al-Balah, une ville au centre de Gaza. Une semaine plus tard, mon grand-père a réalisé qu’ils ne retournaient pas. Il avait construit une tente en feuilles de palmier et c’est devenu la fondation de leur nouveau foyer.

Ils y ont vécu jusqu’à ce que les Nations-Unies démarrent leur programme de secours aux réfugiés palestiniens en 1950. Lorsque des camps rudimentaires de réfugiés ont été construits, mes grands-parents ont déménagé au camp des réfugiés de Jabaliya au nord de Gaza et c’est toujours une résidence familiale jusqu’à aujourd’hui.

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La famille s’est agrandie. Ma grand-mère a donné naissance à huit enfants, six fils et deux filles. Le plus jeune d’entre eux, c’est mon père qui avait alors quatre ans. Quand mon grand-père a eu 37 ans, ils avaient vécu 15 ans dans le camp. Cette année là, il a attrapé la tuberculose. Il y avait une contagion dans les camps.

La tuberculose est une maladie transmissible par l’air causée par une bactérie appelée Mycobacterium qui peut infecter les poumons. La tuberculose se soigne avec des antibiotiques et on peut la prévenir par un vaccin. Le premier traitement efficace a été mis en place en 1949, presque 20 ans avant la mort de mon grand-père. Pourtant, la tuberculose reste l’une des causes les plus courantes de mort due à un seul agent, comme un virus ou une maladie, d’après l’Organisation Mondiale de la Santé. Son taux de mortalité est aujourd’hui de 16 pour cent, bien que cela varie largement d’un pays à l’autre. 95% des morts surviennent dans les pays en voie de développement.

En comparaison, le coronavirus a un taux de mortalité d’environ 3,4 pour cent et ceci sans vaccin. Des reportages anecdotiques nous montrent que les deux ont un impact disproportionné sur les communautés qui vivent dans des espaces restreints.

En 1965, un mois après que mon grand-père ait été reconnu comme malade, il mourait.

Un psychanalyste de mes amis, Mohammed Abu Elsebah, m’a dit un jour qu’une grave dépression affaiblit le système immunitaire. Alors, je crois que le traumatisme psychologique de mon grand-père et la dépression qui s’en est suivie après avoir tout perdu en 1948 ont contribué à sa mort.

«Ma mère m’a toujours raconté comment notre père, de jeune homme actif et social, s’était transformé en homme déprimé et isolé après la Nakba», a dit ma tante, utilisant le mot arabe pour catastrophe pour décrire l’exil de la famille en 1948.

Les conditions de vie dans les camps, et alors et maintenant, sont celles d’unités compactées sans air frais ni aération, avec un mauvais traitement des eaux usées, et un manque d’accès à de l’eau potable. Les camps sont un terrain fertile pour l’expansion de tout virus ou bactérie. Qui plus est, le surpeuplement des logements individuels assure une contagion rapide parmi les membres d’une même famille.

Mon père vit dans cette même maison. Aujourd’hui, il y a 113.990 résidents dans une zone d’un demi mile carré (soit,~805m²-ndlr). Les camps de réfugiés de Gaza sont un des endroits les plus peuplés au monde. En tout, Gaza a une densité de population d’environ 13.000 par mile carré (soit,~1610m²-ndlr), mais les camps sont plus proches de 50.000 par mile carré. C’est près de deux fois la densité de la ville de New-York.

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Ces facteurs sont un avertissement de la possibilité d’une épidémie rapide et dangereuse en cas d’arrivée du coronavirus dans la communauté de Gaza. Aujourd’hui, il n’y a que 20 cas confirmés de COVID-19, tous détectés dans les centres d’isolement dans lesquels se trouvaient les voyageurs qui revenaient d’autres pays.

Gaza a organisé une forme plus rigoureuse de quarantaine pour les voyageurs qui rentrent, mettant à la fois ceux qui présentaient des symptômes et ceux qui n’en présentaient pas pour 14 jours dans des centres de quarantaine régis par le gouvernement. Cependant, beaucoup commencent à se demander si le virus atteint, ou atteindra, l’ensemble du public non détecté?

Gaza souffre d’un manque de tests et le petit stock que possèdent les travailleurs de la santé continue de s’épuiser. Si la pandémie atteint les camps de Gaza, notre système médical ne pourra pas traiter un afflux de patients gravement atteints. Il y a 63 respirateurs à Gaza et environ 120 lits pour soins intensifs pour une population de presque 2 millions.

Gaza a par ailleurs un déficit de 52% de médicaments et ne sera pas en état de faire face aux besoins en anticoagulants et en antibiotiques qu’on utilise pour traiter les patients positifs au COVID-19. Sur une plus petite échelle, nous avons déjà vu les hôpitaux de Gaza se battre pour faire face aux besoins des 30.000 manifestants blessés tout au long d’une année de manifestations.

Médecins pour les Droits de l’Homme Israël et Gisha, deux importantes associations de défense des droits en Israël, ont envoyé une lettre fin avril au groupe de travail israélien sur le coronavirus l’exhortant à distribuer des fournitures médicales et des kits de dépistage supplémentaires.

«Dans la Bande de Gaza, le système de santé vacillait au bord de l’effondrement bien avant la pandémie du coronavirus, en partie à cause des restrictions continues de mouvement et d’accès imposées par Israël», ont déclaré ces associations dans un communiqué.

L’organisation israélienne des droits de l’homme B’Tselem a résumé les défis qu’affronte la Bande de Gaza dans son communiqué de mars 2020 qui rapporte que «l’expansion du COVID-19 dans la Bande de Gaza sera un gigantesque désastre, découlant entièrement des conditions uniques créées par plus d’une décennie de blocus israélien».

Dans ces défis uniques, on trouve le taux de chômage pré-pandémique de plus de 50% et d’environ 70% chez les jeunes. Ces parties de la population reçoivent déjà une certaine forme d’assistance alimentaire.

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Les chiffres mis à part, j’ai été personnellement témoin de deux contagions séparées dans cette seule année à travers les camps. Au cours des 15 dernières années, Gaza a souffert d’une résurgence sporadique de gale. En janvier, j’ai réalisé que la contagion recommençait entre les enfants et leurs familles. On a institué des traitements médicaux intensifs pendant deux semaines et environ 15 maisons ont été stérilisées par le ministère de la Santé.

De même, l’année dernière, il y a eu 124 cas confirmés de rougeole à Gaza. Bien que nous ayons un taux de vaccination élevé, une épidémie s’est pourtant déclarée. Ma femme, Sarah Algherbawi, est journaliste et elle a découvert que 30 des personnes infectées étaient issues de la même famille vivant dans le même bâtiment du camp de Deir al-Balah.

Je n’ai aucune idée de ce que l’avenir réserve aux camps de réfugiés de Gaza, mais je sais très bien que, quand il s’agit de maladies infectieuses et de virus, le passé nous a mis en alerte.

Hamza Abu Al-Tarabeesh -

12.05.20

Source: Agence Medais Palestine

22 mai 2020

Les Palestiniens dans le monde: une étude démographique

Source: Externe

La démographie est-elle devenue la dernière ressource dont ce peuple dispose ou sera-t-il condamné à subir le funeste sort des Indiens d’Amérique?

 

L’ouvrage de Youssef Courbage et Hala Naufal Les Palestiniens dans le monde: une étude démographique (publiée récemment par l’ACRPS) se penche sur la question cruciale de la démographie palestinienne, à un moment critique de l’histoire où la cause palestinienne a tendance à être occultée par la «Communauté Internationale» (États-Unis, Europe et Russie en tête) et même par les pays arabes. 

Seule une analyse démographique aussi rigoureuse que possible, étayée par l’étude des facteurs socio-économiques et géopolitiques permet de répondre à cette difficile question. Une évaluation objective de la réalité passée et présente de la démographie palestinienne est indispensable pour anticiper son avenir, grâce à l’appréhension de sa croissance naturelle (fécondité et mortalité) et des migrations à l’origine de la constitution des communautés palestiniennes en exil, à l’élaboration de projections démographiques sur la taille qu’aura cette population dans le monde en 2050.

En une phase où, la terre se retirant sous les pieds des Palestiniens, leur force démographique risque de devenir le seul de leurs atouts.

Ce livre traite de la réalité démographique des Palestiniens à l’échelle globale. Si les plus nombreux résident encore dans la Palestine historique, les migrations, pour la plupart forcées, parfois volontaires, furent à l’origine de la constitution de multiples communautés palestiniennes en exil aux quatre points cardinaux, peut-être même dans la totalité des pays du globe, qu’il aurait été impossible de couvrir.

Une vingtaine de pays ont donc été choisis en mettant en relief la spécificité des Palestiniens de la diaspora dans chacun des pays couverts.

Palestine, Israël, Jordanie

Pour analyser la démographie palestinienne, l’ouvrage s’ouvre sur ce territoire attitré qu’est l’État de Palestine, où se concentre le plus grand nombre de Palestiniens. Les auteurs traitent des conséquences du conflit israélo-palestinien, de l’évolution démographique de la population palestinienne, des particularités démographiques de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est en cours de colonisation, de la bande de Gaza, désormais débarrassée des colonies, mais en butte à de graves problèmes de survie.

Des scénarios démographiques sont envisagés pour cet État, à la lumière de la «guerre des berceaux» que se livrent, les protagonistes et des visées expansionnistes israéliennes.

Quant aux «Palestiniens d’Israël», leur avenir reste largement imprévisible, l’hypothèse du «transfert», c’est-à-dire l’expulsion de plus d’un million ou tout au moins de plusieurs centaines de milliers de Palestiniens de nationalité israélienne, semble très improbable.

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Ainsi, l’hyper-fécondité palestinienne et leur refus de l’émigration outre-mer ont été politiquement payantes: n’auraient-ils été que quelques centaines de milliers, il eut été infiniment plus facile de les évacuer au-delà du Jourdain ou ailleurs, pour édifier un État juif ethniquement homogène.

Aujourd’hui la crainte «des Palestiniens de 1948» est que les autorités israéliennes, fortes de l’appui américain ne procèdent à un transfert, mais d’un autre genre, celui de la terre plutôt que celui de la population, en cédant les zones de forte concentration palestinienne, comme le «Triangle[1]» à l’Autorité palestinienne.

Pour ce qui est de la Jordanie, les auteurs rappellent que le nombre des Palestiniens vivant dans ce pays arabe frontalier concentrant la plus grande diaspora palestinienne du monde, est une question primordiale pour les Jordaniens naturellement, pour les Palestiniens eux-mêmes, mais aussi pour les Israéliens, dont nombre de dirigeants voient en ce pays une «patrie de substitution» pour les Palestiniens en dehors de la Cisjordanie.

Contrairement aux élucubrations des tenants de ce troc qui vont jusqu’à évoquer une proportion de 2 Palestiniens pour 1 Jordanien («de souche»), des calculs minutieux montrent que les premiers sont loin de constituer l’écrasante majorité de la population de la Jordanie[2].

En dépit de la rareté des données, cette recherche s’attache à démontrer le plus objectivement possible cette réalité, dont l’enjeu politique est clair.

En Syrie, au Liban et en Égypte

Le pays arabe représentant le plus important enjeu de stabilité pour les Palestiniens est la Syrie. Sous le chapitre intitulé «Les Palestiniens en Syrie: de la stabilité au second exode», les auteurs mettent en exergue la crainte de certains milieux palestiniens – en quête de stabilité après les années d’une guerre sans fin – que l’exode des Palestiniens de Syrie vers des pays voisins et l’Europe ne serve de prétexte à l’abandon du «droit au retour» des réfugiés.

Force est de reconnaître que c’est ce qui risque de se produire de facto quand ils s’établissent ailleurs, en Europe surtout. Les auteurs estiment qu’à l’horizon 2050, la population palestinienne de Syrie pourrait atteindre 1,2 million. Mais la baisse de la fécondité et l’exode consécutif à la guerre en Syrie suggèrent que ce chiffre est inatteignable.

Il est fort possible qu’une migration initialement imaginée comme temporaire ne se transforme en une installation à vie.

Quant au Liban, l’enjeu démographique y est hautement politique avec la question complexe du tawtin (implantation et naturalisation). Les auteurs constatent que le poids démographique relatif des Palestiniens au Liban n’est plus le même qu’aux premiers temps de leur exode. Si en 1948 ils constituaient 10% de la population libanaise, ils ne représentaient plus que 5,5% en 2017.

Après sept décennies de présence au Liban, ils sont toujours légalement privés de certains droits fondamentaux: à l’éducation (assurée par l’UNRWA), à l’exercice de la médecine, au travail, à la sécurité sociale et à la propriété, au prétexte d’empêcher la «relocalisation» des réfugiés et de protéger leur «droit au retour».

Source: Externe

Pour ce qui est de l’Égypte, les auteurs constatent la grande difficulté d’avoir des données précises sur ce pays, le plus peuplé des pays arabes et longtemps le plus influent, notamment en faveur de la cause palestinienne. Ils estiment la diaspora palestinienne présente aujourd’hui en Égypte dans une fourchette comprise entre 30.000 et 100.000 habitants. Dispersée aux quatre coins du pays, elle ne représente qu’une goutte d’eau dans l’océan de la population égyptienne (plus de 100 millions d’habitants).

En Irak et dans les pays arabes du Golfe

La situation des Palestiniens en Irak est très différente de ce qu’elle est dans les pays arabes frontaliers de la Palestine. La population palestinienne déjà peu nombreuse à l’origine en 1948, a chuté si bas qu’on ne peut exclure qu’à terme elle puisse disparaître.

Sa croissance démographique naturelle s’est largement détériorée du fait du déclin de la nuptialité et de la fécondité. Mais c’est surtout l’émigration hors du pays qui pourrait lui porter le coup de grâce, à telle enseigne qu’en 2050, elle risquerait bien de ne plus être qu’un lointain souvenir.

En ce qui concerne la présence palestinienne dans les pays du Golfe, les auteurs évoquent une élite intellectuelle triée sur le volet, affirmant que la communauté palestinienne des pays arabes du Golfe a une importance particulière par rapport à celles des autres régions du monde.

Ce n’est pas tant une question de nombre, le poids démographique des Palestiniens du Golfe, restant minime en comparaison des autres pays où s’est établie cette diaspora, répartie en six États: l’Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et le sultanat d’Oman. Mais leur rôle économique et, dans une certaine mesure, leur influence politique compensent largement leur faiblesse numérique. Des atouts majeurs pour l’avenir de la question palestinienne.

Les Palestiniens en Europe de l’Ouest et du Nord

En raison d’une pénurie affligeante de données, les auteurs ont limité l’étude de la présence palestinienne en Europe de l’Ouest à trois pays: la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne.

La France, acteur d’importance sur l’échiquier géopolitique du Moyen-Orient, a entretenu de tous temps une relation particulière, même si elle fut fluctuante avec la Palestine, ce qui compense la faiblesse numérique des Palestiniens de ce pays.

Quant au Royaume-Uni, la diaspora palestinienne a déployé dans ce pays des efforts notables pour fonder des institutions œuvrant à la protection des intérêts politiques et sociaux des Palestiniens dans le monde.

Enfin, l’Allemagne, le pays d’Europe où les Palestiniens sont les plus nombreux, offre un modèle unique pour l’appréhension des réalités démographiques des habitants étrangers et plus particulièrement des Palestiniens. Le pays dispose en effet d’une abondance de données quantitatives quant aux aspects fondamentaux de leur dynamique démographique.

Les auteurs analysent ensuite la situation des Palestiniens dans plusieurs pays d’Europe du Nord: la Suède, le Danemark, la Norvège, l’Islande et la Finlande.

 

Source: Externe

Bien que les communautés palestiniennes installées dans ces pays ne soient pas particulièrement étoffées, elles ont une importance politique et symbolique notable. Le plus peuplé, la Suède est ainsi parmi les rares pays d’Europe à avoir reconnu l’État de Palestine.

Au Danemark, la communauté palestinienne s’est distinguée par l’intégration de nombre de ses membres, notamment dans le domaine politique (le parlement et les conseils municipaux comptent plusieurs membres d’origine palestinienne).

Quant à la Norvège, son intérêt particulier pour la question palestinienne au Moyen-Orient est clairement en contradiction avec la situation des réfugiés palestiniens qui ont pu entrer sur son territoire.

Enfin, la petite Islande est le premier pays européen à avoir reconnu l’État de Palestine et instauré avec lui des relations diplomatiques.

Aux États-Unis et au Chili

Malgré l’absence de données exactes sur les Palestiniens présents aux États-Unis, les estimations permettent d’établir qu’entre 1988 et 2005, leur nombre est passé d’environ 200.000-236.000 habitants, à près de 310.000 aujourd’hui.

En attendant les résultats des recensements, dont peut-être un recensement de cette communauté, la situation démographique et socio-économique laisse présager, malgré les avatars de la politique américaine à l’égard de la Palestine et des Palestiniens expatriés, une augmentation de la population palestinienne, qui pourrait atteindre 344.000 habitants en 2025, et 441.000 en 2050.

Il est important de noter que malgré la politique américaine vis-à-vis d’Israël et de la Palestine, la communauté palestinienne aux États-Unis se sent bien intégrée à la société américaine.

La présence palestinienne au Chili revêt quant à elle une importance symbolique et politique. Le poids numérique des organisations palestiniennes présentes dans ce pays est renforcé par le fait que les Palestiniens y appartiennent aux couches les plus instruites de la société. Le maintien de leur statut social et leur concentration dans des zones très précises du pays et des villes permet d’appréhender cette population facilement sans se hasarder dans des opérations de dénombrement.

Conclusion

En rassemblant des données démographiques rares sur les Palestiniens dans une vingtaine de pays dans le monde, cet ouvrage met en évidence, par et au-delà, des chiffres, la façon dont les communautés se constituent, s’intègrent aux sociétés locales ou au contraire vivent des situations d’instabilité et d’exode sans fin.

À l’heure où les revendications du peuple palestinien passent au second plan sur l’échiquier politique mondial, les auteurs posent avec acuité les enjeux de sa présence, de sa continuité et de sa capacité à se reconstituer.

Source: ExterneUn document clé et un outil d’analyse essentiel pour les chercheurs, les spécialistes et ceux qui s’intéressent à la question palestinienne qui devraient inciter la poursuite de cette étude en l’élargissant à d’autres continents: l’Afrique, l’Asie, l’Océanie.

Notes:

[1Bande de territoire contrôlée par Israël majoritairement peuplée de citoyens «arabes» (quelque 300.000) bordant le nord de la Cisjordanie.

[2Même en tenant compte des Palestiniens étrangers, non-détenteurs de la nationalité jordanienne.

Youssef Courbage & Hala Naufal -

Professeur de démographie à l’Institut des Sciences sociales (ISS) de l’Université libanaise (Beyrouth), Youssef Courbage est ensuite entré au service des Nations-unies comme professeur et chercheur à Yaoundé, Port-au-Prince puis Rabat, avant de devenir Directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques de Paris. Il a été également consultant auprès du FNUAP, de l’Unesco, de la FAO, de la Banque Mondiale et directeur des études contemporaines à l’Institut français du Proche-Orient (IFPO) à Beyrouth. Il a publié de nombreux ouvrages et articles, notamment sur les populations et les migrations des pays arabes traduits en de nombreuses langues.

Hala Naufal, professeure de démographie à l’Institut des Sciences sociales de l’Université libanaise puis directrice de recherche en démographie à l’École doctorale des Lettres et des Sciences humaines et sociales de cette université. Experte dans le domaine de la population et du développement, elle est consultante auprès d’organisations internationales : l’ESCWA, le FNUAP, le PNUD, l’UNICEF, l’OIT et la Banque mondiale. Elle a collaboré avec le Centre de recherches en sciences sociales de l’Université américaine du Caire et le Centre européen des politiques migratoires de l’Institut universitaire européen de Florence. Elle a écrit de nombreux livres, articles et rapports largement diffusés.

19.04.20

Source: Aurdip

21 mai 2020

Le vol programmé de Qalandiya, l’aéroport oublié de Jérusalem

Source: Externe

L’aéroport de Jérusalem était jusqu’en 1967 une porte ouverte sur le monde pour les Palestiniens, et est définitivement fermé au trafic commercial depuis la seconde Intifada. Le site méconnu revient pourtant sur le devant de la scène, avec le projet israélien d’y établir une nouvelle colonie de peuplement

 

«L’aéroport de Qalandiya était cet endroit magique d’où, enfant, j’ai ressenti pour la première fois la liberté de voler. Comme le reste des terres palestiniennes, il a été volé, violé et déformé pour devenir un symbole d’oppression et de captivité». 

C’est par ces mots que Hanan Ashrawi, membre du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a réagi à l’annonce du ministère du logement israélien: le 18 février, son porte-parole réitérait la volonté d’Israël déjà formulée il y a plusieurs années d’établir une colonie de peuplement sur le site de l’ancien aéroport de Jérusalem.

Aujourd’hui, même son nom porte à débat: si les Israéliens l’appellent «l’ancien aéroport d’Atarot», du nom d’un moshav (village coopératif agricole) implanté à proximité immédiate, les Palestiniens eux, parlent volontiers de «l’aéroport de Qalandiya», ou «de Jérusalem».

UN AÉRODROME EN PALESTINE MANDATAIRE

Rembobinage. 1920. Les Britanniques érigent un aérodrome sur un terrain situé à proximité immédiate de la route reliant Jérusalem à Ramallah. Ce lieu, qu’ils baptisent «Kolundia Airfield», va être le premier et le seul aéroport de la Palestine mandataire jusqu’à la construction en 1936 de l’aéroport de Lod, qui deviendra plus tard «Ben Gourion».

À la fin du mandat britannique en 1948, l’aéroport est placé sous le contrôle jordanien; ces derniers transforment alors l’aérodrome en un aéroport civil, qui vit ses plus belles années. «Aéroport de Jérusalem» brille en lettres capitales sur le tarmac.

Plusieurs compagnies aériennes s’y installent rapidement: les libanaises Air Liban et Middle East Airlines (qui fusionneront en 1964) relient deux fois par jour Beyrouth, mais aussi Egypt Air ou encore Air Jordan (aujourd’hui Royal Jordanian).

Le Caire, Amman, Aden et Koweit City sont alors desservis plusieurs fois par semaine. «Nous devons nous souvenir que beaucoup de Palestiniens avaient des liens familiaux ou commerciaux avec les pays voisins. Lors de mes recherches, j’ai rencontré un homme qui tenait une librairie à Ramallah; il me rapportait qu’il effectuait alors plusieurs voyages par semaine à Beyrouth et au Caire pour emmener ou ramener des livres. La situation était bien différente: le monde arabe nous était ouvert», explique Nahel Awwad.

Cette Palestinienne connait sur le bout des doigts l’histoire de cet aéroport. Après de longues recherches en l’absence totale de données historiques à disposition, elle a rassemblé les pièces du puzzle, et réalisé en 2007 un documentaire, 5 minutes from home (Akka Films, Monarch Films et Karavan Films).

«Pour les Palestiniens, l’aéroport de Jérusalem était leur porte sur le monde et c’était l’entrée en Terre sainte pour les touristes, les pèlerins et l’ensemble du monde arabe. Beaucoup d’acteurs célèbres, de personnalités religieuses et de politiciens ont atterri à l’aéroport de Jérusalem», explique-t-elle.

Après la guerre israélo-arabe de juin 1967, le site est artificiellement inclus dans les terres annexées par Israël, avant d’être exproprié en 1970. À cette époque, l’aéroport est toujours enregistré comme étant situé dans les territoires occupés. Conséquence: pendant de longues années, l’État d’Israël ne peut l’utiliser comme aéroport international. 

«L’aéroport était enregistré sous la juridiction de la Jordanie dans le plan de navigation aérienne de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) pour le Proche-Orient. Israël a tenté de contourner cet accord, mais sans succès. Cela a été une des seules fois où tous les pays arabes sont restés soudés».

De 1970 à 2000, le trafic est limité à des vols intérieurs, en majorité à destination de Tel-Aviv. Il est définitivement interrompu au début des années 2000, après le début de la seconde intifada.

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PARKING POUR AUTOBUS

Si aujourd’hui la piste et la tour de contrôle sont toujours intactes, l’aéroport de Jérusalem est laissé à l’abandon. Coupé des quartiers de Kafr Aqab, Al-Ram, ainsi que de la Cisjordanie par le mur de séparation, il est à l’état de terrain vague, balayé par les vents, à quelques dizaines de mètres du checkpoint de Qalandia.

L’érection de ce mur a joué un rôle majeur dans l’histoire de l’aéroport, le rendant inaccessible, et même invisible pour la grande majorité des Palestiniens. Il a été également vecteur de difficultés pour Nahel Awwad dans la réalisation de son film: «Entre le moment où j’ai commencé le film et le moment où je l’ai terminé, les Israéliens ont achevé la construction du mur. Je ne pouvais donc plus m’y rendre sans autorisation. Avec mon équipe, nous avons déposé une demande auprès du consulat français de Jérusalem, qui était partenaire du film, afin de pouvoir aller sur place. Une partie de l’équipe a obtenu le permis in extremis, la veille du dernier jour de tournage. Moi, je ne l’ai pas obtenu, alors que j’étais directrice du film. Il m’a fallu trouver un autre plan: je suis passée illégalement. Quand j’y repense aujourd’hui, je me dis que c’était complètement dingue, mais la situation n’était pas la même qu’aujourd’hui».

À partir de 2007, les premières rumeurs d’implantation de colonie sont rapportées. Si aucun projet n’est mis en route, Israël n’enterre pas pour autant pas l’idée.

Du côté palestinien, l’histoire de l’aéroport semble être sur le chemin de l’oubli, en particulier pour les jeunes générations. Dans le bus qui mène à Jérusalem et qui passe à quelques mètres de la piste, deux jeunes Palestiniennes commentent: «Ce terrain? C’était l’aéroport de Palestine. Mais nous n’en savons pas beaucoup plus. Un mur a été construit devant, seuls ceux qui ont un permis peuvent voir ce qu’il en reste».

Nahel Awwad renchérit: «Le site n’est pas seulement occupé, il existe à peine dans la mémoire de ma génération, et il reste caché dans l’esprit des gens qui l’ont connu comme plaque tournante de l’aviation. J’ai découvert une partie de mon histoire en tant que Palestinienne que je ne connaissais pas. J’ai eu un petit goût de liberté et j’ai pu voir la porte qui était autrefois ouverte sur le monde. Ce film a été aussi un combat pour faire connaître cette histoire.»

Sur le site, en ce mois de mars 2020, une trentaine d’autobus sont à l’arrêt. «Quand nous avons plusieurs heures de pause, nous stationnons ici, rapporte un chauffeur. Mais n’avancez pas vers la tour de contrôle, l’armée israélienne veille, et ils n’aiment pas que l’on s’en approche» prévient-il.

UNE FUTURE COLONIE DE 11.000 LOGEMENTS

Alors, l’annonce faite le 18 février 2020 par le ministère du logement israélien qui avance le projet de 11.000 logements sur le site a une saveur particulière pour nombre de Palestiniens, particulièrement pour ceux qui ont connu cet aéroport.

Source: Externe

L’ONG Jerusalem Terrestrial s’insurge: «Les limites du projet ne coïncident que partiellement avec la ligne d’expropriation de 1970, et la composition de la propriété est une mosaïque complexe. La plus grande partie du site est composée de terres domaniales; seule une petite partie est constituée de terres appartenant au Fonds national juif, sur le site du moshav Atarot, qui a été abandonné en 1948. Près de 25% des terres appartiennent à des Palestiniens.»

Pour l’ONG, les raisons de l’intérêt d’Israël pour ce lieu sont évidentes: «Jérusalem a épuisé presque toutes ses réserves foncières et les seuls sites résiduels sont extrêmement problématiques. Avec la forte croissance des communautés ultra-orthodoxes, les familles les plus jeunes sont obligées de quitter Jérusalem pour la ville voisine de Beit Shemesh, et vers les deux grandes colonies de la rive occidentale de la Ligne verte, Modiin Illit et Beitar Illit. L’implantation d’une nouvelle colonie devrait répondre aux besoins croissants de ces communautés, et il y a même eu un plan surréaliste pour construire un tunnel sous le camp de réfugiés de Qalandia, qui relierait le site de l’aéroport et la colonie ultra-orthodoxe de Kochav Ya’acov au nord».

Ce projet est en outre en totale contradiction avec le plan américain «Peace to prosperity», dévoilé à peine quelques jours avant l’annonce du ministère israélien. Le mal nommé «deal du siècle» préconise en effet sur le site un secteur devant permettre «le développement d’une zone touristique de classe mondiale, qui devrait soutenir le tourisme musulman à Jérusalem et ses lieux saints».

En résumé, la construction d’un complexe d’hôtels, de restaurants et de commerces sous contrôle israélien, et au profit des Palestiniens. Du côté palestinien, si personne ne croit à une possible mise en application du plan Trump, c’est également parce que les élites israéliennes poursuivent leurs projets sans même en tenir compte. 

«Le message aux Palestiniens est clair: Israël, fort du soutien des États-Unis, fait ce qu’il veut, y compris construire une colonie à l’endroit même désigné par le plan Trump au profit des Palestiniens», analyse Terrestrial Jerusalem.

Alors, ce plan peut-il être mis en œuvre? Rien n’est moins sûr: ce projet devra se confronter à d’énormes complications juridiques, notamment en raison de sa proximité avec Ramallah et Kafr Aqab.

«C’est une nouvelle qui me peine beaucoup. J’espère vraiment qu’ils n’iront pas au bout de leur projet. Mais nous savons comment ils fonctionnent. Ils font des annonces, analysent les réactions, et reviennent à la charge plusieurs années après», conclut Nahed Awwad.

Laurent Perpigna Iban -

05.05.20

Source: Orient XXI

20 mai 2020

Les morts israéliennes & palestiniennes, pareilles?

Source: Externe

Attention de ne pas tomber dans la confusion d'une fausse unité des commémorations des morts israéliennes & palestiniennes

 

À la fin du mois dernier, une cérémonie conjointe israélo-palestinienne de commémoration du jour du souvenir a eu lieu, présentée comme une alternative aux commémorations nationales officielles d'Israël.

Buma Inbar, dont le fils, un soldat israélien, a été tué au Liban en 1995, a lancé la cérémonie en 2005. Depuis lors, elle est organisée conjointement par Combatants for Peace, une organisation d'anciens combattants israéliens et palestiniens, et Parents Circle Families Forum, qui réunit des familles israéliennes et palestiniennes endeuillées.

L'appel des familles israéliennes et palestiniennes endeuillées pour un avenir sans guerre ni violence trouve un large écho. Si la première cérémonie n'a réuni que quelques dizaines de participants, ce nombre est passé depuis à des milliers.

Cette année, en raison de la pandémie de coronavirus, la cérémonie s'est tenue en ligne, ce qui a permis aux organisateurs de toucher un public beaucoup plus large, avec environ 200.000 téléspectateurs dans le monde entier.

Faux récit

Pourtant, placer la cérémonie sous le signe d’une collaboration est un faux récit. Cette cérémonie est une initiative israélienne. Elle se déroule à Tel-Aviv parallèlement aux événements officiels du Memorial Day israélien et les participants sont majoritairement israéliens.

Les quelques Palestiniens qui viennent de Cisjordanie occupée doivent obtenir des permis d'entrée du gouvernement israélien, qui ne sont généralement obtenus qu'après requête judiciaire. Par exemple, en 2019, il y avait 10.000 participants à la cérémonie qui s'est tenue à Tel-Aviv, et seuls 100 Palestiniens de Cisjordanie ont obtenu un permis pour y assister.

La cérémonie de cette année a été parrainée par des groupes pacifistes israéliens et juifs tels que Peace Now, J Street, l'Union pour la réforme du judaïsme, le New Israël Fund et des groupes interconfessionnels, entre autres. La liste des organisations sionistes libérales qui la soutiennent est révélatrice de la politique qui la sous-tend.

La cérémonie s'appuie sur une symétrie entre les morts israéliens et palestiniens, les occupants et leurs victimes. Dans la cérémonie de cette année, par exemple, les orateurs israéliens ont fait participer le frère d'un soldat israélien tué lors de l'invasion israélienne de Jénine en 2002, au cours de laquelle des dizaines de Palestiniens ont été tués. Parmi les orateurs du côté palestinien, il y avait la mère d'un garçon de 14 ans abattu par un soldat israélien.

Au cœur de la cérémonie se trouve l'idée que nous, Palestiniens et Israéliens, sommes tous victimes d'un conflit entre deux mouvements nationaux. Les familles israéliennes et palestiniennes endeuillées sont invitées à partager leurs histoires de deuil comme un message d'espoir. Cette expérience, nous dit-on, est partagée; nous pleurons tous les deux nos proches et nous vivons la douleur de leur perte.

Comme l'a dit la militante israélienne Leah Shakdiel dans son discours: "Nous partageons notre douleur de deuil avec l'autre partie, nous écoutons leur douleur de deuil, afin de pouvoir partager aussi la joie de vivre, de grandir et de vivre en paix, d'êtres humains et de citoyens égaux, de deux peuples sur une même terre, fiers de leur héritage national séparé, et déterminés à réaliser leurs rêves ensemble".

Source: Externe

Un régime colonial meurtrier

La violence coloniale qui engendre la mort et le deuil est mise de côté, au profit de ce qui est considéré comme une présentation puissante d'une vision humaniste. Il est indéniable que nous pleurons tous nos morts. Même ceux qui occupent, colonisent ou commettent des crimes de guerre ont une famille et des proches pour les pleurer.

Mais la mort d'un soldat israélien et de sa victime palestinienne est-elle la même, simplement parce qu'ils sont tous deux pleurés par leurs familles? Et qu'est-ce que cela signifie, politiquement, de demander aux Palestiniens de pleurer des soldats israéliens?

La cérémonie est peut-être une catharsis pour la conscience libérale coupable, mais elle ne fait pas grand-chose pour les opprimés. Le deuil et la souffrance ne se produisent pas dans le vide; ils sont politiques.

Mettre sur le même plan la mort de ceux qui occupent, colonisent et oppriment à la mort de ceux qui sont occupés, colonisés et opprimés est en soi une forme de violence. La mort et la perte commémorées lors de cette cérémonie ne sont pas le résultat tragique d'un accident ou d'une maladie mortelle; elles sont le produit d'une violence coloniale meurtrière.

Alors que certaines familles palestiniennes endeuillées participent à la cérémonie dans le but de donner un sens et une visibilité à leur perte et à leur souffrance, la cérémonie commune est motivée par un programme israélien, et elle est conçue pour répondre aux besoins israéliens.

Elle apporte une réponse aux Israéliens qui ne sont pas prêts à abandonner la politique nationale israélienne, ni à rejeter l'idée même d'un jour national de commémoration pour un État colonisateur qui continue à occuper, déposséder, expulser et tuer des Palestiniens au quotidien.

Des décennies de pertes

Les participants n'abandonnent pas nécessairement leur engagement en faveur du nationalisme colonial. De nombreux participants israéliens qui assistent à la cérémonie commune célèbrent l'indépendance d'Israël le lendemain.

La cérémonie permet aux israéliens de gauche d'avoir le beurre et l’argent du beurre. En l'encadrant dans un discours d'inclusion et de réconciliation, ils peuvent continuer à faire partie de l'ethos national des colons israéliens à leur manière, même si leur manière est rejetée par la majorité israélienne.

Ce faisant, ils s'approprient la perte et la douleur des Palestiniens et les inscrivent dans le cadre de la politique nationale israélienne.

Nos victimes, cependant, ne font pas partie de l'histoire israélienne du mémorial; elles font partie d'une histoire palestinienne de décennies de perte, d'oppression et de résistance qui se poursuit jusqu'à ce jour.

Lana Tatour -

06.05.2020

Source: ISM

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19 mai 2020

Même libérés, le régime israélien veut asphyxier les prisonniers palestiniens

Source: Externe

Des coups de feu ont été tirés contre une banque palestinienne qui avait fermé les comptes de prisonniers libérés, sous pression d’Israël

 

Ce geste fait suite à une nouvelle règle israélienne empêchant l’Autorité Palestinienne de donner des allocations à des Palestiniens condamnés par des tribunaux israéliens et les Palestiniens s’inquiètent à l’idée que d’autres banques suivent.

Une banque de Cisjordanie a récemment dit à des Palestiniens libérés de prisons israéliennes et à leurs familles qu’ils devraient fermer leurs comptes bancaires là où l’Autorité Palestinienne dépose leurs allocations mensuelles.

Ces notifications ont été envoyées en raison d’une nouvelle règle récemment mise en œuvre qui établit que «utiliser des avoirs» dans le but d’encourager, de promouvoir, de financer ou de récompenser des actes terroristes peut exposer à des peines allant jusqu’à sept ans de prison.

Suite à cette annonce, la 'Cairo Amman Bank' de Jénine a essuyé des coups de feu jeudi soir, causant certains dommages au bâtiment. Des cocktails Molotov ont aussi été lancés contre la succursale de Bethléem.

En vertu de cette nouvelle règle, la gestion des fonds que l’AP transfère aux prisonniers et à leurs familles n’impacte pas que les bénéficiaires mais aussi les banques qui reçoivent les fonds et leurs employés. Elle permet également à Israël de confisquer les allocations déposées sur ces comptes.

Jusqu’à présent, Israël n’a jamais engagé d’action contre une banque au motif que les Palestiniens condamnés en Israël pour des infractions liées au terrorisme y ont des comptes. Nafatali Bennett, le ministre de la défense à signé son premier ordre de confiscation d’argent transféré par l’AP à des citoyens israéliens en situation similaire, mais cet ordre a visé des détenteurs de comptes, et non les banques.

Peu avant que la réglementation ne prenne effet, le fondateur du Media Watch palestinien, Itamar Marcus et l’un des ses employés, Maurice Hirsch, un ancien procureur militaire en chef en Cisjordanie, ont envoyé des lettres à chaque banque de Cisjordanie les avertissant des conséquences possibles si elles continuaient à gérer ces allocations.

Hirsch et Marcus maintiennent que si les banques continuent à avoir les comptes de Palestiniens condamnés par Israël pour terrorisme, eux et leurs employés seraient associés à un délit et que les familles des victimes seraient habilitées à demander réparation.

Hirsch a dit à 'Haaretz' que Media Watch palestinien, une ONG israélienne qui se présente comme chargée de la surveillance des medias, essaie aussi de persuader des gouvernements dans le monde entier de ne pas fournir d’aide financière à l’AP tant que celle-ci continue à payer des «terroristes».

Source: Externe

Un prisonnier de Bethléem libéré a dit qu’il avait essayé de retirer de l’argent de son compte à la Cairo Amman Bank après que ses allocations aient été payées mardi, mais qu’il lui avait été dit que c’était impossible.

«J’ai contacté l’agence» a-t-il dit. «Pour je ne sais quelle raison, ils m’ont dit de chercher une autre banque et de transférer mon compte; et que le mois prochain je ne pourrais pas recevoir mes allocations dans cette banque, je ne sais pas pourquoi».

D’autres prisonniers libérés ont reçu des avis similaires. Qadura Fares, le responsable du Club des Prisonniers Palestiniens, a dit qu’il avait reçu de nombreuses plaintes de ce genre.

Fares a dit que la fermeture de comptes était une mesure extrême qui allait nuire à des milliers de familles palestiniennes. «Selon nos informations, il y a 11.000 titulaires d’allocations qui reçoivent plusieurs milliers de shekels par mois», a-t-il dit. «Cette mesure draconienne sera une sentence de mort pour de nombreuses familles pour lesquelles cette allocation est la seule ressource économique».

Il a aussi accusé la fermeture de comptes d’être une vengeance. «Un prisonnier libéré a déjà accompli sa peine, même selon les lois et le système judiciaire israéliens », a-t-il dit. « Alors, pourquoi avoir besoin de le priver d’une allocation?»

Fares a dit qu’il craignait que d’autres banques prennent de semblables mesures sous pression israélienne et qu’il incombe à l’Autorité Palestinienne de l’empêcher.

«Il existe visiblement un système bancaire et financier indépendant, mais soudain il s’avère qu’une lettre d’un représentant officiel ou d’un général d’Israël peut exercer une pression sur les banques. Cela nécessite une réponse appropriée».

Parmi les 13 banques de l’AP, sept appartiennent à des Palestiniens. Cinq, dont la Cairo Amman Bank, sont jordaniennes et une égyptienne.

Dans sa réponse officielle à la nouvelle politique, l’Autorité Palestinienne a annoncé qu’elle allait créer un comité spécial présidé par le directeur de l’Autorité Financière Palestinienne qui comprendrait des représentants des prisonniers et des banques, pour étudier ce qu’elle a défini comme les menaces israéliennes sur les banques et sur les familles de prisonniers.

«Le gouvernement palestinien rejette fermement les pressions israéliennes et restera loyal envers ses prisonniers et leurs familles; il maintiendra leurs droits en dépit des pressions israéliennes». Ibrahim Melhem, le porte-parole du gouvernement a insisté sur le fait que «la solution repose sur une solution d’ensemble pour toutes les banques».

Jack Khoury & Hagar Shezaf -

09.05.20

Source: Aurdip

18 mai 2020

Combien de temps encore l'Allemagne se soumettra-t-elle au poids de son passé?

Source: Externe

L’intellectuel du postcolonialisme Achille Mbembe accusé d’antisémitisme par des officiels allemands

 

Le Commissaire du gouvernement allemand pour la lutte contre l’antisémitisme reproche à l’essayiste camerounais d’avoir comparé la politique de colonisation israélienne à l’apartheid en Afrique du Sud.

L’intellectuel camerounais de renommée mondiale Achille Mbembe est au centre d’une violente polémique. 

Sa participation à l’événement culturel de la Ruhrtriennale – prévu en Allemagne cet été et annulé depuis pour cause de coronavirus – a été contestée par Lorenz Deutsch, le porte-parole de la politique culturelle du groupe parlementaire FDP (Parti libéral-démocrate) au Parlement de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, et ensuite par le Commissaire du gouvernement fédéral pour la lutte contre l’antisémitisme, Felix Klein. 

Selon le député Lorenz Deutsch, l’essayiste Achille Mbembe, professeur d’histoire et de science politique à l’Université de Witwatersrand, à Johannesburg (Afrique du Sud), et professeur invité au département d’études romanes de la Duke University, aux États-Unis, a fait preuve d’antisémitisme en écrivant dans son ouvrage Politiques de l’intimité, paru en 2016, que la politique de colonisation d’Israël «rappel[ait] à certains égards» le système de l’apartheid en Afrique du Sud. 

L’historien et philosophe né au Cameroun en 1957 est connu en Allemagne: il a été honoré à plusieurs reprises comme un éminent penseur du postcolonialisme.

En 2015, il a reçu le prix Geschwister-Scholl pour sa 'Critique de la raison noire' et, en 2018, la ville de Ludwigshafen l’a honoré comme «l’un des penseurs les plus importants du continent africain» en lui décernant le prix Ernst Bloch. Cette même année, la Fondation Gerda Henkel lui a octroyé une distinction pour ses «réalisations de recherche exceptionnelles».

«Campagne de diffamation»

Cela n’a toutefois pas dissuadé le Commissaire du gouvernement fédéral pour la lutte contre l’antisémitisme d’appuyer les attaques du député Lorenz Deutsch, qualifiant le parallèle entre la colonisation israélienne et l’apartheid comme faisant partie d’«un schéma antisémite bien connu», tout en affirmant que Mbembe «remet[tait] aussi en question le droit d’Israël à exister». 

Réagissant sur les colonnes du magazine 'Jeune Afrique', l’intellectuel camerounais s’offusque: «En découvrant ces attaques, j’ai cru que j’allais vomir, littéralement. Puis j’ai pensé qu’il s’agissait d’un canular.»

«Aujourd’hui, Mbembe ne décolère pas face à ce qu’il qualifie de ‘’campagne de diffamation’’. Il affirme même que, la polémique prenant de l’ampleur, il a été la cible de menaces et d’insultes à caractère raciste», écrit Jeune Afrique.  

Source: Externe

«Klein s’exprime à partir d’une position d’autorité, mais sur la base d’une ignorance totale des débats académiques», déclare encore l’auteur du très remarqué essai De la postcolonie au magazine panafricain. «Tout ce que j’ai écrit ou dit repose sur un seul fondement, à savoir l’espoir dans le développement d’une communauté véritablement universelle, dont personne n’est exclu»écrit le philosophe dans une réponse détaillée parue dans l’hebdomadaire allemand 'Die Zeit' le 23 avril. 

Il précise que pour lui, l’antisémitisme est «un crime terrible». Mbembe affirme aussi qu’il ne banalisera jamais l’holocauste ni assimilera le meurtre de masse de juifs à l’apartheid en Afrique du Sud.

Le 1er mai, plusieurs artistes et chercheurs, notamment des spécialistes des études sur l’antisémitisme et l’holocauste, y compris israéliens, ont appelé le ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, à démettre Felix Klein de son poste de Commissaire du gouvernement fédéral pour la lutte contre l’antisémitisme. 

«Tenter de présenter le professeur Mbembe comme un antisémite est sans fondement, inapproprié, offensant et nuisible», écrivent les signataires de cet appel. «Nous voulons être très clairs: une telle étude n’est pas une banalisation de l’holocauste et certainement pas de l’antisémitisme. Elle est légitime, essentielle et en fait courante dans les études sur l’holocauste et le génocide.»

Les signataires précisent que quelque 600 éminents spécialistes de l’holocauste ont récemment affirmé que l’interdiction des analogies du débat sur l’holocauste était «une position radicale très éloignée du courant dominant sur l’Holocauste et le génocide», avertissant que cela contribuait à rendre «l’apprentissage du passé presque impossible» .

Une fixation allemande: la campagne anti-BDS

Les auteurs de l’Appel mettent également en garde contre les conséquences négatives de telles allégations injustifiées d’antisémitisme, lesquelles créent de plus en plus selon eux «un climat de peur en Allemagne, dissuadant les intellectuels, les journalistes et le grand public d’exercer leur liberté d’expression sur des questions controversées qui devraient être débattues publiquement». 

«À cette heure même, un discours libre et critique sur Israël est plus que jamais nécessaire», insistent-ils. La tribune rappelle notamment qu’alors que le monde combat désespérément le coronavirus, le gouvernement israélien se dirige vers l’annexion de parties vitales de la Cisjordanie occupée, «officialisant une situation de deux peuples avec des droits inégaux à l’intérieur d’un même territoire». 

«Cinquante-six anciens membres de la Knesset, dont certains ont été ministres dans divers gouvernements israéliens, ont récemment averti que cela établirait un État d’apartheid en Israël-Palestine. M. Klein les considère-t-il comme des antisémites? Ainsi que tous ceux qui parleront d’inégalités et de discriminations, une fois l’annexion mise en œuvre? », peut-on lire encore. 

Source: Externe

Selon les signataires, la polémique renseigne aussi sur un point de fixation des autorités allemandes: la campagne anti-BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions). 

Ils rappellent que Felix Klein a «promu et amplifié des campagnes agressives contre des organisations et individus, dont certains juifs, en raison de leur soutien au BDS». 

«Klein est clairement obsédé par la campagne BDS, qui a une empreinte minuscule en Allemagne, et semble y consacrer plus de temps qu’à la menace aiguë que la montée de l’antisémitisme d’extrême droite fait peser sur les juifs et la vie juive en Allemagne.» 

Achille Mbembe a remercié les auteurs de cette tribune, écrivant: «J’aimerais aussi que nous ayons une pensée pour beaucoup d’autres qui ont été soumis à ce genre d’épreuves dans un passé pas si lointain. Je ne suis pas le premier. Je ne serai pas non plus le dernier. Chaque fois que ça arrive, levons-nous et appelons-le pour ce que c’est». 

Rédaction de MEE -

07.05.20

Source: MEE