FREE PALESTINE

06 décembre 2019

Microsoft soutient et finance l’espionnage des Palestiniens

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Que des militants palestiniens se couvrent le visage lors de rassemblements anti-israéliens est une pratique qui remonte à des décennies

 

Le fait de se masquer le visage, souvent avec un Kufyia – le foulard traditionnel palestinien devenu un des symboles de la résistance palestinienne – est loin d’être une question de mode et il s’agit plutôt d’une technique de survie car sans elle, les militants risquent – lors de raids les nuits qui vont suivre – d’être enlevés et parfois même assassinés.

Dans le passé, Israël utilisait des techniques basiques pour identifier les Palestiniens qui participaient aux manifestations et mobilisaient la population dans diverses activités populaires. Les reportages télévisés ou les photos de journaux étaient minutieusement déchiffrés, souvent avec l’aide de collaborateurs d’Israël dans les Territoires occupés, et les «coupables» étaient alors identifiés, convoqués pour rencontrer des agents du renseignement du Shin Bet ou arrêtés à leur domicile.

Cette façon de faire a maintenant été remplacée par une technologie plus avancée, grâce à d’innombrables images transmises directement par des drones israéliens – le produit phare de «l’industrie de la sécurité» israélienne. Des milliers de Palestiniens ont été arrêtés et des centaines ont été assassinés ces dernières années suite à l’exploitation de données fournies par ces drones et analysées par les logiciels de reconnaissance faciale, une technologie en plein essor en Israël.

Si, par le passé, les militants palestiniens tenaient à garder leur identité cachée, ils ont maintenant des raisons beaucoup plus impérieuses de garantir le secret complet sur leur activité. Compte tenu du partage d’informations entre l’armée israélienne et les colons juifs et leurs milices armées en Cisjordanie sous occupation, les Palestiniens font face à la double menace d’être pris pour cible par des colons armés ainsi que par des soldats israéliens.

Certes, s’agissant d’Israël, une réalité aussi sinistre n’est guère surprenante. Mais ce qui est vraiment dérangeant, c’est l’implication directe de sociétés géantes à travers le monde, comme Microsoft, dans les activités de l’armée israélienne dont le seul objectif est d’écraser toute forme de dissidence chez les Palestiniens.

Microsoft est fier d’être un chef de file en matière de responsabilité sociale des entreprises (RSE), prétendant que «la vie privée est un droit humain fondamental».

Le géant du logiciel basé à Washington a consacré beaucoup d’attention – du moins sur papier – à la question des droits de l’homme. «Microsoft s’engage à respecter les droits de l’homme», prétend la Déclaration mondiale des droits de l’homme de Microsoft. «Pour ce faire, nous exploitons le pouvoir bénéfique de la technologie afin de contribuer à la réalisation et au maintien des droits de l’homme partout dans le monde».

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Mais dans la pratique, les affirmations de Microsoft ne concordent guère avec son action sur le terrain, du moins lorsque ses maximes sur les droits de l’homme sont appliquées aux Palestiniens occupés et sous blocus.

Le 27 octobre, Olivia Solon a révélé sur le réseau de nouvelles américain NBC News que Microsoft finançait la société israélienne AnyVision, qui exploite la reconnaissance faciale «pour surveiller en secret les Palestiniens de Cisjordanie».

Par le biais de sa branche de capital-risque M12, Microsoft aurait, selon l’information publiée, investi 78 millions de dollars dans la start-up israélienne qui «utilise la reconnaissance faciale pour surveiller les Palestiniens à travers toute la Cisjordanie, malgré l’engagement public du géant de la technologie à éviter d’utiliser cette technologie si elle empiète sur les libertés démocratiques».

AnyVision a développé un logiciel de «surveillance tactique avancée», baptisé «Better Tomorrow», qui, selon une enquête menée conjointement par NBC News-Haaretz, «permet aux exploitants d’identifier les individus et les objets dans tout flux vidéo en direct, comme une caméra de sécurité ou un smartphone, puis de suivre les cibles à mesure qu’elles se déplacent entre différents flux».

Alors qu’à la base ce projet «Better Tomorrow» peut déjà paraître très inquiétant, il se fixe un objectif véritablement sinistre en Palestine. «Selon cinq sources proches de la question», a écrit Solon, «la technologie de AnyVision alimente un projet de surveillance militaire secret en Cisjordanie».

«Une source a déclaré que le projet était surnommé ‘Google Ayosh’, ‘Ayosh’ étant la désignation [sioniste] des territoires palestiniens occupés et ‘Google’ faisant référence à la capacité technique de rechercher des personnes».

AnyVision, dont le siège est en Israël, compte plusieurs bureaux dans le monde, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni et à Singapour. Compte tenu de la nature du travail d’AnyVision et du lien intrinsèque entre le secteur technologique israélien et l’armée du pays, on aurait dû se douter immédiatement que le logiciel de la société était probablement utilisé pour retrouver les dissidents palestiniens.

En juillet, le journal israélien Haaretzrapporté que «AnyVision participait à deux projets spéciaux d’assistance à l’armée israélienne en Cisjordanie. L’un concerne un système installé aux points de contrôle de l’armée et que traversent chaque jour des milliers de Palestiniens qui se rendent au travail en venant de la Cisjordanie».

D’anciens employés d’AnyVision ont parlé sur NBC News de leurs expériences avec la société, l’un d’entre eux affirmant même «n’avoir jamais vu la moindre trace de considération éthique pouvant conditionner des décisions commerciales» dans la société.

Ces rapports alarmants ont soulevé de fortes protestations d’organisations de défense des droits de l’homme, dont l’Union américaine des libertés civiles (ACLU).

Hélas, Microsoft a continué à soutenir le travail de AnyVision, et sans aucune entrave. Ce n’est pas la première fois que Microsoft est pris au piège de son soutien à l’armée israélienne ou critiqué pour d’autres pratiques contraires à l’éthique.

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Contrairement à Facebook, Google et d’autres, qui sont constamment accusés d’avoir violé les règles de confidentialité ou ont permis à la politique d’influencer leur programme éditorial, Microsoft a réussi à rester en grande partie en-dehors des controverses. Mais, comme pour les autres, Microsoft devrait rendre des comptes.

Dans sa «Déclaration sur les droits de l’homme», Microsoft prétend respecter les droits de l’homme sur la base des conventions internationales, à commencer par la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations-Unies.

En occupant et en opprimant les Palestiniens, Israël viole tous les articles de cette déclaration, à commencer par l’article 1 qui dispose que «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits», et notamment l’article 3: «Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne».

Il faudra plus que des liens hypertextes vers un document des Nations-Unies pour démontrer un respect sincère des droits de l’homme…

En effet, pour une entreprise jouissant d’une grande popularité dans tout le Moyen-Orient et en Palestine même, un premier pas impératif vers le respect des droits de l’homme consiste à se désengager immédiatement d’AnyVision, tout en formulant des excuses pour toutes celles et ceux qui en ont déjà payé le prix de cette infâme technologie israélienne.

Ramzy Baroud -

11.11.19

Source: Chronique de Palestine

05 décembre 2019

Bon débarras: Federica Mogherini a bientôt fini de cirer les pompes de Netanyahu

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Federica Mogherini termine son mandat de Haute-Représentante de la politique étrangère de l’Union européenne comme elle l’a commencé: en caressant Israël dans le sens du poil

 

Peu après son entrée en fonction en 2014, Mogherini a rendu visite à Benjamin Netanyahu. Elle a assuré au Premier ministre israélien qu’il pouvait «compter sur l’Union européenne» pour prendre un «nouveau départ».

Mogherini n’avait pas précisé ce qu’elle voulait dire par là, mais elle a modifié – et pas en mieux – les relations internationales. Sous sa direction, l’UE a adopté un discours encore plus lénifiant sur les graves violations des droits de l’homme.

En février 2001, la position officielle de l’UE était de «déplorer» les assassinats ciblés dont Israël se rendait coupable. Mais après le dernier assassinat ciblé commis par Israël en novembre 2019, l’équipe de Mogherini a simplement parlé d’une «opération» sans exprimer la moindre critique.

La dite «opération» a causé la mort du commandant du Djihad islamique Baha Abu al-Atta et de son épouse. Le refus de l’équipe de Mogherini de dénoncer l’acte manifestement illégal d’Israël, revenait en fait à l’approuver. 

Caresses et cajoleries

Mogherini a maintenu un contact régulier avec les principaux politiciens israéliens au cours des cinq dernières années. Lorsque le Likud de Netanyahu est sorti vainqueur des élections de 2015, Mogherini s’est empressée de le féliciter.

Elle disait à cette occasion qu’elle considérait les relations d’Israël avec l’Union européenne comme «mutuellement bénéfiques». Cajoler de la sorte l’État d’apartheid témoigne d’un grand mépris pour les Palestiniens qui réclament justice et égalité.

La meilleure expression de leurs aspirations est sans doute l’appel palestinien de 2005 au Boycott, Désinvestissement et Sanctions [BDS] d’Israël. Mais après un entretien avec Netanyahu en 2016, Mogherini a exprimé son «ferme rejet» du BDS.

Pour être tout à juste, Mogherini a parfois dit la vérité: en 2017, le parlement israélien, la Knesset, a approuvé un projet de loi visant à «régulariser» le vol de terres palestiniennes, en reconnaissant officiellement les colonies de peuplement en Cisjordanie occupée, jusqu’alors jugées illégales même par Israël.

Mogherini a formulé une critique inhabituellement franche. Si la loi entrait en vigueur, elle «enracinerait davantage la réalité d’un État unique aux droits inégaux», a-t-elle regretté. Pour une fois, elle identifiait nommément le problème à résoudre.

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Une boussole morale?

Au niveau de la base, de nombreux Palestiniens cherchent à faire évoluer la «réalité d’un État unique aux droits inégaux» vers celle d’un seul État qui garantisse l’égalité à tous.

Bien que Mogherini ait exposé la vraie nature du problème, elle a continué à traiter par le mépris ceux qui cherchaient à y mettre fin.

Plutôt que de plaider en faveur d’une véritable égalité, elle n'a eu de cesse de râbacher la solution à deux États qui, selon toute probabilité, ne donnerait aux Palestiniens la souveraineté que sur tout petit morceau de leur patrie historique. Mogherini a répété le fait qu’«il n’y avait pas d’alternative» à une solution à deux États.

En parlant récemment de son mandat, Mogherini a déclaré: «Je suis fière que nous, Européens, n’ayons jamais perdu notre boussole» et que nous ayons «toujours travaillé pour préserver et permettre une solution négociée à deux États pour Israël et la Palestine».

Heureusement qu’elle n’a pas parlé de «boussole morale» car la position de l’UE sur ces questions clés est profondément immorale.

Depuis le 30 mars 2018, Israël a attaqué à plusieurs reprises les Gazaouis qui participaient à la Marche du Grand Retour. Lorsque des manifestants ont été tués, l’équipe de Mogherini a laissé entendre qu’ils étaient responsables de leur propre mort. Les déclarations de son équipe suggéraient que, si des manifestants avaient été abattus, c’est parce qu’ils étaient violents.

Elle passait sous silence des éléments de contexte cruciaux, comme le fait que les pierres lancées par les manifestants ne sont en rien comparables aux balles explosives ou aux grenades lacrymogènes tirées à grande vitesse par des tireurs d’élite israéliens. D’ailleurs, depuis quand jeter une pierre sur un soldat lourdement armé est devenu un délit passible de la peine de mort?

Euphémismes

Une population sous occupation militaire a le droit de résister (par tous les moyens-ndlr) selon l’ONU. Mais apparemment, Mogherini ne veut pas le savoir.

Son «nouveau départ» s’est traduit par une frénésie d’euphémismes. Ce n’est plus de mode, selon elle, de qualifier la situation à Gaza de siège ou de blocus. Elle préfère utiliser le mot de «fermeture».

L’exquise courtoisie de Mogherini et son équipe avec Israël n’a pas d’égal. Dans leurs déclarations, l’équipe demande à Israël de bien vouloir «reconsidérer» les démolitions prévues de maisons palestiniennes.

L’année dernière, l’équipe de Mogherini a même déclaré qu’elle «espérait» qu’Israël «reviendrait» sur des décisions qui allaient chasser les Palestiniens de Cisjordanie occupée. Évidemment, il n’y avait pas la moindre menace de sanction si Israël ne tenait pas compte de la frileuse demande de l’UE.

Le successeur de Mogherini au poste de Haut-Représentant de la politique étrangère de l’UE, Josep Borrell, sera peut-être plus franc. Lorsqu’il était ministre espagnol des Affaires étrangères, Borrell n’a pas dansé de joie quand Israël a célébré le 70è anniversaire de sa création en mai 2018.

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Il a déclaré, dans Republica, que les célébrations étaient «ensanglantées» parce qu’Israël avait commis un massacre à Gaza quelques jours auparavant(*).

Borrell se comportera-t-il différemment de Mogherini lorsqu’il prendra ses nouvelles fonctions?

Son aptitude antérieure à dénoncer Israël ne fait pas de lui un vaillant défenseur des droits de l’homme. Il a fait partie d’un gouvernement qui a essayé d’écraser brutalement le mouvement indépendantiste catalan.

Borrell a même émis de fausses allégations contre des personnalités éminentes de ce mouvement. Il est même allé jusqu’à publier un document classifié pour tenter de salir une de ses personnalités.

Être ministre des Affaires étrangères de l’Espagne n’est pas la même chose que représenter l’UE, qui compte aujourd’hui 28 pays. Collectivement, leurs gouvernements ont toujours plié devant Israël.

Borrell pourrait introduire quelques petits changements, mais il est très probable que la complaisance de l’UE envers Israël ne prendra pas fin. Il est donc vital que les Européens ordinaires fassent ce que les dirigeants politiques ne feront pas: boycotter et isoler Israël.

Note:

(*) Dans un éditorial cinglant du 18 mai 2018, le ministre des Affaires étrangères a condamné Israël pour son massacre à la clôture de Gaza quatre jours auparavant, qui coïncidait avec le 70è anniversaire de la création de l’État d’Israël et l’ouverture de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem.
Ces célébrations ont été «couvertes de sang car ce lundi noir reflète la déshumanisation des Palestiniens par une grande partie de la classe politique et de la société israéliennes», a-t-il dit dans Republica.
Dans l’article de Republica, Borrell dénonce les campagnes militaires israéliennes contre le Hamas à Gaza comme de «terribles bombardements» et dénonce «l’arrogance guerrière» de Netanyahu

David Cronin -

26.11.19

Source: Chronique de Palestine

04 décembre 2019

L’exportation florissante d’un modèle sécuritaire: Israël-France.

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Israël serait, pour une partie de la classe politique française, un modèle dans la guerre «contre le terrorisme». Quand Israël frappe Gaza en novembre, la député macroniste Aurore Bergé salue ce «combat». L’occupation de la Palestine a surtout fait d’Israël le laboratoire de l’énorme marché du capitalisme sécuritaire. Comme la «start-up nation» est aussi un pays très inégalitaire, ce soutien zélé nous apprend beaucoup sur notre propre société

 

Le 13 novembre 2019, alors que les frappes israéliennes ont fait 14 morts à Gaza (le bilan total sera d’une cinquantaine de tués), Aurore Bergé, députée de La République en marche (LREM) et présidente du groupe d’amitié France-Israël à l’Assemblée nationale s’inquiète. «Israël est notre première ligne de front contre le terrorisme. Au nom du groupe d’amitié entre la France et Israël, j’exprime toute notre solidarité et tout notre soutien au peuple israélien, twitte l’élue des Yvelines. La France est et sera toujours aux côtés d’Israël et de sa sécurité». 

Pas un mot pour les victimes civiles palestiniennes. Les propos d’Aurore Bergé illustrent mieux que des longs discours à quel point l’État israélien a su profiter du discours hégémonique de la «guerre contre le terrorisme» pour poursuivre sa domination sur les territoires palestiniens occupés. Et devenir, au passage, l’un des leaders mondiaux du florissant business capitaliste sécuritaire.

Depuis 2001, Washington s’est engagé, au nom de la lutte antiterroriste, dans un cycle de militarisation et d’offensive impérialistes. Après tant d’années, la «guerre contre le terrorisme» est devenue une «guerre sans fin». En se positionnant en auxiliaire de cet ordre mondial autoritaire et ultralibéral, Israël a su servir ses propres intérêts.

Quand il est cité en exemple en France par le monde politico-médiatique, c’est le signe que la France réinscrit ce modèle libéral sécuritaire dans son espace politique national et dans l’espace européen dont elle est membre. L’État israélien est un laboratoire de dynamiques qui touchent également notre pays et l’Union européenne. C’est aussi un des leaders du capitalisme sécuritaire, un marché extrêmement rentable.

«Terrorisme», le mot répété encore et encore est devenu un fourre-tout sans définition exacte, si ce n’est la désignation des ennemis des États-Unis et de leurs alliés. Dans la même dynamique, Israël a délégitimé toute lutte palestinienne en la qualifiant également de «terrorisme». Si ce pays qualifiait déjà l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) d’«organisation terroriste» auparavant, à partir des années 1990 il s’est positionné comme l’avant-garde des nations occidentales face aux terrorismes.

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UNE «EXPERTISE» VENDUE DANS LE MONDE ENTIER

Dans les territoires occupés, la vie des habitants est conditionnée par ce que le fondateur du Comité israélien contre les démolitions de maisons (The Israeli Committee against House demolitions, ICAHD) Jeff Halper a appelé la «matrice de contrôle»  israélienne. En qualifiant l’ensemble de la résistance palestinienne du terme de «terrorisme», Israël a créé un «modèle antiterroriste». Ce modèle comprend l’ensemble des techniques de contrôle, des systèmes de surveillance et des armes utilisés contre les Palestiniens.

Mais c’est aussi tout le dispositif basé sur des technologies sécuritaires au sein même d’Israël, comme ceux déployés à l’aéroport Ben Gourion ou dans les bâtiments publics qui font d’Israël une nation forteresse, monnayée aujourd’hui. Car de cette «expertise», Israël fait commerce et démarche le monde entier pour vendre son concept d’État sécuritaire comme seule réponse au «terrorisme», un produit commercialisable dans le monde entier. En effet, de nombreuses entreprises israéliennes vendent leurs technologies sécuritaires, que ce soit à l’Union européenne, aux États-Unis, à la Birmanie ou à l’Arabie saoudite.

L’État israélien fait coup double, en continuant la poursuite de la colonisation des territoires occupés tout en devenant l’un des leaders du marché du capitalisme sécuritaire, grâce à cette même occupation. Dans son ouvrage Xénophobie business (La Découverte, Paris, 2015), Claire Rodier explique que depuis le début des années 2000, le marché sécuritaire a connu une grande expansion. On estimait en 2009 le chiffre d’affaires mondial de la sécurité globale à plus de 450 milliards de dollars (408 milliards d’euros). Ce marché a continué à s’accroitre depuis et Israël a su s’y tailler une part de lion.

Dans la course mondiale au tout sécuritaire, de nombreux responsables politiques français regardent également avec insistance du côté israélien. Après le 14 juillet 2016 à Nice où une attaque terroriste a ôté la vie à 86 personnes et en a blessé 456, on entendait en boucle dans le champ politico-médiatique français parler d’«israéliser notre sécurité» ou du «modèle israélien».

Cette tentation française de s’inspirer d’un pays qui n’a pas cessé de violer le droit international et de comparer des situations complètement différentes en omettant de rappeler qu’Israël maintient tout un peuple sous son joug colonial est révélatrice. Elle nous alerte sur une réalité: la France souscrit à cette vision du monde, car elle a des intérêts stratégiques à la fois hors de ses frontières et dans ses frontières. Non seulement ce pays a su profiter de la croissance du marché sécuritaire et de l’armement, mais au nom du terrorisme il a, lui aussi, agi hors de ses frontières avec l’aval de la majorité de sa population.

Et il n’y a pas que sur la thématique sécuritaire qu’Israël est désigné comme modèle, il est aussi à l’avant-garde des dynamiques néolibérales.

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ULTRALIBÉRALISME ET MISÈRE SOCIALE

Quand il était en campagne pour l’élection présidentielle de 2017, Emmanuel Macron avait clamé: «Une start-up nation est une nation où chacun peut se dire qu’il pourra créer une start-up. Je veux que la France en soit une». Devenu président de la République, il a réitéré sa volonté de transformer la France sur un tel modèle.

En novembre 2017, Mounir Mahjoubi, alors secrétaire d’État chargé du numérique, déclarait: «La France a beau détenir la première place en Europe pour les start-ups, nous voulons être partenaires d’un pays encore meilleur». Si la Silicon Valley est le plus souvent citée comme exemple, c’est Israël que le secrétaire d’État voulait alors prendre comme modèle. Il revenait d’un séjour dans ce pays où il avait notamment rencontré des professionnels des nouvelles technologies. Dans un article de BFM business, il affirmait que «tous les regards se tournent vers la baie de San Francisco, mais il faudrait peut-être chercher l’inspiration au Proche-Orient. Depuis plus d’une décennie, Israël incarne l’autre temple de l’innovation».

Il est vrai qu’on estime qu’Israël comptabilise 6000 start-ups, contre 9000 en France, l’État israélien affichant un ratio par habitant bien supérieur à celui de la France et même le meilleur au monde: 1 pour 1300 habitants côté israélien contre 1 pour 7400 habitants en France. C’est donc ce modèle économique très ancré dans la société israélienne que le gouvernement français souhaite importer. Emmanuel Macron est d’ailleurs proche d’un banquier d’affaires, Philippe Guez, qui a fondé sa société d’investissement en capital-risque à Tel-Aviv et travaille avec d’autres à rapprocher les économies française et israélienne.

Le développement des start-ups en Israël a pour centre névralgique l’économie sécuritaire et militaire. C’est notamment via l’institut de technologie Technion à Haïfa que se développe cette économie. Cette université est l’un des centres de gravité du complexe militaro-industriel israélien et contribue à l’occupation israélienne et à la course folle du pays vers le tout sécuritaire. Elle collabore par exemple avec Elbit Systems, l’entreprise d’armement fabricante des appareils qui surveille le mur «de séparation».

«UNE SOUPE POPULAIRE NATION»

À quelques mètres de la plage, plusieurs buildings se dressent avec fierté à Tel-Aviv, symbole de la réussite économique de la «Silicon Valley» israélienne, qui représenterait près de 10% du PIB du pays et serait la seconde plateforme d’innovation dans le monde derrière la Californie. Pour autant, si Israël communique avec force sur le sujet et réussit à se construire une image de nation moderne et dynamique, son système économique connait de nombreuses failles.

Gilles Darmon, créateur de l’ONG et banque alimentaire israélienne Latet estime qu’«Israël est autant la “start-up nation” que la “soupe populaire nation”». Latet dénombre 2.300.000 personnes vivant sous le seuil de pauvreté et parmi eux un million d’enfants. Et la caisse d’assurance nationale annonce que 1.800.000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté, ce qui est énorme pour un pays de 9 millions d’habitants. Le modèle économique affiché par Israël est donc bipolaire, où les classes dominantes gagnent toujours plus, tout en maintenant une part importante de la population dans la misère.

En Israël comme en France, la «guerre contre le terrorisme», devenue le cadre idéologique des réponses pour l’ensemble des crises, a aussi permis d’éluder les questions sociales. Une surenchère sécuritaire face aux attentats a permis de remplacer la peur liée à la précarité par celle du terrorisme.

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DE LA LUTTE ANTITERRORISTE À L’IDÉOLOGIE IDENTITAIRE

En Israël, malgré une précarité forte qui ne cesse de s’accentuer et des mouvements de protestation ces dernières années comme la «révolte des tentes» en 2011, les thématiques sociales étaient loin d’être au centre des discussions lors des dernières élections législatives. Pour Israel Beytenou (Israël notre maison), le parti d’Avidgor Lieberman, comme pour le parti Bleu-Blanc de Benny Gantz ou le Likud de Benyamin Netanyahu, la surenchère sécuritaire était au centre des débats. La colonisation de la Palestine et le climat de peur qui règne dans le pays du fait de celle-ci sont utilisés à outrance pour balayer les questions sociales et tenter de gagner un électorat qui subit l’atmosphère sécuritaire pesante existant depuis plusieurs années.

En France, l’état d’urgence à la suite des attentats a été instrumentalisé pour brider les manifestations pendant la COP21 ou contre la «loi Travail». La surenchère sécuritaire a permis d’éluder les questions sociales par les derniers gouvernements et de nombreuses formations politiques.

Que ce soit en France ou en Israël, on peut s’interroger sur le paradoxe de remettre en cause l’État de droit pour lutter contre le terrorisme. Face aux peurs générées par le terrorisme, la question identitaire devient mobilisatrice. Des formations politiques des deux pays utilisent les logiques identitaires comme porteuse des angoisses des populations, remplaçant la peur de la précarité sociale par la peur du terrorisme. Dans les deux pays, des groupes sociaux deviennent les victimes de ces discours identitaires, en première ligne les exilés et les musulmans.

L’ENNEMI INTÉRIEUR

À la fin des années 2000 en France, lors des journées d’appel de préparation à la défense, aujourd’hui rebaptisées «Journées défense et citoyenneté», une phrase était mise en avant sur les PowerPoint de certaines gendarmeries nationales: «S’il n’y a plus de menaces à nos frontières, il n’y a plus de frontières aux menaces». Telle est la doctrine diffusée aux jeunes Français: développer la peur d’un ennemi intérieur que la porosité de nos frontières ne pourrait plus arrêter.

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Et si la France n’érige pas de mur, elle met en place de nombreux dispositifs à ses frontières, notamment via le développement de l’agence européenne Frontex pour les surveiller. Frontex aurait d’ailleurs signé trois contrats pour des drones fabriqués notamment par Elbit Systems et une entreprise publique israélienne, Israel Aerospace Industries.

Outre l’attitude envers les migrants, la vie politique est marquée en France actuellement par une offensive islamophobe d’une rare violence qui est l’incarnation de ce discours identitaire. Comme en Israël où les Palestiniens de 1948 sont traités comme de sous-citoyens, signe d’un racisme d’État, la France n’est pas en reste. D’Ivry à Clichy, de Villiers-le-Bel à Beaumont-sur-Oise, les violences policières sont courantes. Pour les populations stigmatisées, qui subissent à la fois des discriminations dans la société, tout en étant victimes d’un discours qui les associe à un danger, la peine est double.

Dans l’ombre de «la guerre contre le terrorisme», l’ultralibéralisme allié à la surenchère sécuritaire et raciste progresse à grands pas. Braquer les projecteurs sur Israël nous permet de comprendre les dynamiques à l’œuvre à l’échelle planétaire comme en France, afin de saisir l’urgence d’amorcer un changement politique.

Mehdi Belmecheri-Rozental -

25.11.19

Source: Soutien-Palestine

03 décembre 2019

L'impunité du régime sioniste l'autorise à une expansion sans limite

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La condamnation mondiale de la décision américaine sur les colonies n'est prolongée d'aucune action

 

Dans un geste peu surprenant qui expose l'engagement des Etats-Unis à établir de nouveaux paradigmes pour Israël dans lesquels la Palestine est complètement éliminée, le secrétaire d'Etat Mike Pompeo a déclaré que «l’établissement de colonies de civils israéliens en Cisjordanie n’est pas en soi contraire au droit international».

A première vue, cette déclaration isole les Etats-Unis et Israël du reste de la communauté internationale, qui n'a cessé de répéter que les colonies israéliennes sont illégales au regard du droit international.

«La vérité, c’est qu’il n’y aura jamais de solution judiciaire au conflit et que les débats sur qui a raison et qui a tort au regard du droit international n’apporteront pas la paix», a affirmé Pompeo.

La condamnation mondiale, unanime dans son refus d’une nouvelle décision unilatérale des États-Unis, se préoccupe en grande partie de la menace que fait peser une telle déclaration sur le droit international.

Légalement, la déclaration des États-Unis ne modifie pas ce qui a été établi concernant des colonies qui constituent une violation du droit international.

La menace doit donc être replacée dans le contexte de la dépossession perpétuelle à laquelle les Palestiniens sont quotidiennement confrontés, ce qui est également contraire au droit international.

Pourtant, cela n'a clairement pas suffisamment dérangé la communauté internationale pour qu’elle pontifie sur le sujet - peut-être parce que la dépossession a été reléguée au seul cadre de la dynamique régissant l'aide humanitaire.

Le porte-parole de l'Autorité palestinienne, Nabil Abu Rudeinah, a souligné que «l'administration américaine n'est ni qualifiée ni autorisée à annuler les résolutions de la légitimité internationale, et n'a pas le droit de donner une quelconque légitimité aux colonies israéliennes».

C'est peut-être l'un des rares cas où les États-Unis font face à l'opposition verbale du reste de la communauté internationale au sujet de leurs actions. Cependant, un regard sur les déclarations indique également la réticence à souligner directement la culpabilité d'Israël et la collusion internationale qui a soutenu une puissance coloniale en Palestine.

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Le paradigme des deux États est obsolète et le colonialisme israélien a été normalisé par la même communauté internationale qui s'est temporairement unie pour s'opposer à la décision américaine jusqu'à ce que le battage médiatique s'apaise, ce qui finira par arriver.

Le préjudice qu'une telle décision cause au peuple palestinien aura toutefois de graves répercussions. En déclarant les colonies légales, les États-Unis diffusent ouvertement le récit d'Israël et encouragent l'élimination des Palestiniens.

La normalisation de l'État colonial et de sa population de colons a été une initiative mondiale - la dernière décision unilatérale des États-Unis s'appuie sur les violations précédentes autorisées par la communauté internationale. Tant qu'il y aura une loi à citer en cas de violations, la communauté internationale considérera qu'elle a accompli son devoir.

En réalité, les déclarations n'ont pas beaucoup différé des réponses chaque fois qu'Israël a annoncé l'approbation d'une nouvelle expansion des colonies de peuplement. Ce n'est pas seulement Israël qui a rendu le droit international inadéquat dans la lutte contre les violations; l'inaction de la communauté internationale est également responsable de l'escalade politique actuelle en faveur d'Israël.

La posture intermittente - toujours en protection du consensus international concernant le compromis à deux États plutôt que de permettre aux Palestiniens de faire valoir leurs droits politiques - contraste avec la mobilisation constante d'Israël qui promeut son discours sécuritaire et qui ne peut être dissociée de l'actuelle hyperbole américano-israélienne sur les colonies et la paix supposée.

La déclaration de Pompeo n'est pas sans précédent en termes de normalisation d'Israël en tant qu'État dénué de colonialisme. Comment la communauté internationale va-t-elle maintenant s’y prendre pour mettre un terme à l'élimination des Palestiniens et à leurs droits?

Ramona Wadi -

23.11.19

Source: ISM

02 décembre 2019

Rappel d'une mise en garde: comment Facebook fait la guerre aux Palestiniens

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Guerre contre la vérité: comment les provocateurs et manipulateurs des médias sociaux israéliens ont fait la conquête de Facebook

 

Le 9 octobre, la plate-forme de médias sociaux Facebook a supprimé la page du populaire site d’informations palestinien, le Palestinian Information Center (PIC).

Cette décision, qui a été appliquée sans même contacter les administrateurs de la page, confirme que la guerre de Facebook contre les voix pro-palestiniennes se poursuit sans relâche.

Le PIC comptait près de cinq millions de suiveurs sur Facebook, témoignant de sa popularité et de sa crédibilité auprès d’un large échantillon de Palestiniens et de leurs partisans à l’échelle internationale. Pour les trolls [provocateurs et manipulateurs] d’Israël sur les médias sociaux, le PIC était tout simplement trop efficace pour qu’il soit autorisé à diffuser son message. Comme d’habitude, Facebook s’est incliné.

Ce scénario répétitif – où les trolls pro-israéliens des médias sociaux se focalisent sur une plateforme médiatique palestinienne tout en travaillant en étroite collaboration avec la direction de Facebook pour en censurer le contenu, bloquer les responsables ou supprimer des pages entières – est désormais la norme. Les opinions palestiniennes sur Facebook sont tout simplement indésirables et la marge de ce qui est autorisé se rétrécit rapidement.

Sue, une utilisatrice de Facebook, m’a dit qu’elle avait été prévenue par la plate-forme à propos de prétendus «discours de haine/intimidation» pour avoir dit que «les Israéliens sont militarisés dans leur psychologie», et que «la menace perçue et une haine réelle pour les Palestiniens (sont alimentées par le gouvernement (israélien)».

Sue, a bien sûr raison dans son évaluation, une affirmation qui a été faite à de nombreuses reprises, par le président israélien lui-même. Le 14 octobre 2014, le président Reuven Rivlin a déclaré que «le moment est venu d’admettre qu’Israël est une société malade et que sa maladie nécessite des traitements». De plus, le fait que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, attise les feux de la peur, de la haine et du racisme pour gagner quelques votes aux élections israéliennes, a fait les gros titres dans le monde entier.

On ne sait pas exactement où Sue aurait mal agi et quelle partie de son commentaire constituait un «discours de haine» et une «intimidation».

J’ai demandé à d’autres personnes de partager leurs expériences sur Facebook à la suite de leurs propos pro-palestinien. Les réponses que j’ai reçues indiquaient le modèle indiscutable que Facebook vise en réalité: non pas un discours de haine, mais des critiques de la guerre, du siège, du racisme et de l’apartheid israéliens.

Par exemple, José a été censuré pour avoir écrit, en espagnol, qu’«il n’y a rien de plus lâche que d’attaquer ou de tuer un enfant». «Armée lâche et maudite, assassins d’enfants palestiniens, ce n’est pas une guerre, c’est un génocide», avait-il écrit.

Autre exemple, Derek a été suspendu de l’utilisation de Facebook pendant 30 jours, «plusieurs fois» dans le passé sur «divers chefs d’accusation». Il m’a dit que «tout ce qu’il faut, c’est un certain nombre de rapports de trolls qui ont des listes tenues secrètes de qui il faut cibler».

Le même schéma s’est répété avec Anissa, Debbie, Erika, Layla, Olivia, Rich, Eddy et d’innombrables autres.

Mais qui sont ces 'trolls' et quelles sont les racines du ciblage implacable de Facebook sur les Palestiniens et leurs partisans? 

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Les trolls

Selon un document obtenu par The Electronic Intifada, le gouvernement israélien a financé une «campagne d’influence mondiale» dotée d’un budget considérable dans le seul but de manipuler les publics étrangers et de lutter contre le mouvement palestinien pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS).

Écrivant dans EI, Asa Winstanley parle d’une «armée de milliers de trolls, partiellement financée par le ministère israélien des Affaires stratégiques».

Pour dissimuler son implication, le ministère a admis travailler avec des groupes servant d’écran qui «ne veulent pas exposer leurs liens avec l’État», a écrit A.Winstanley.

Act.IL. est un des groupes de trolls de ce type, estimé à 15000 membres actifs.

Écrivant sur le site Web Jacobin Magazine, Michael Bueckert décrit la fonction principale des utilisateurs de l’application Act.IL:

«Avec l’application mobile et la plate-forme en ligne Act.IL, Israël vise à recruter une foule de slacktivistes [«militants paresseux»] et de trolls pour rejoindre leur guerre contre les formes de violence les plus insidieuses: les tweets pro-palestiniens et les publications sur Facebook».

Act.IL n’est que la partie visible de l’iceberg d’un effort massif et centralisé conduit par le gouvernement israélien et impliquant plusieurs légions de partisans du monde entier. Cependant, Israël n’aurait jamais atteint ses objectifs si Facebook n’avait pas officiellement rejoint le gouvernement israélien dans sa «guerre» des médias sociaux contre les Palestiniens.

En 2014, Sohaib Zahda aura été le premier Palestinien à avoir été arrêté par l’armée israélienne pour son message sur les médias sociaux, dans le cadre d’une nouvelle stratégie visant à réprimer ce que Israël considère comme une «incitation». Depuis lors, la campagne d’arrestations s’est étendue à des centaines de Palestiniens – principalement de jeunes artistes, des poètes et des militants étudiants.

Mais Israël n’a commencé à surveiller Facebook sérieusement qu’en 2015, selon The Intercept.

«Les arrestations de Palestiniens pour des publications sur Facebook ont ​​ouvert une fenêtre sur les pratiques de l’État de surveillance israélien et révélé le côté plus sombre des médias sociaux», a écrit Alex Kane. «Ce qui était autrefois considéré comme une arme des faibles est devenu le lieu idéal pour dénicher une résistance potentielle».

Israël a rapidement fabriqué une base légale pour les arrestations (155 affaires ont été ouvertes rien qu’en 2015), fournissant ainsi une couverture légale qui a été exploitée dans dans le cadre de son accord ultérieur avec Facebook. Le code pénal israélien de 1977, art. 144 D.2 a été utilisé à plusieurs reprises pour contrer un phénomène de médias sociaux bien plus récent, au nom de la répression de «l’incitation à la violence et à la terreur».

La stratégie israélienne a débuté par une campagne massive de hasbara (propagande) visant à créer une pression publique et médiatique sur Facebook. Le gouvernement israélien a activé son armée de trolls qu’il venait de mettre en place pour imposer l’idée selon laquelle Facebook serait devenu une plate-forme pour des idées violentes que les Palestiniens exploitent sur le terrain.

Source: Externe

L’équipe Facebook-Israël

Lorsque, en septembre 2016, le gouvernement israélien a annoncé sa volonté de collaborer avec Facebook pour «lutter contre l’incitation», le mastodonte des médias sociaux était prêt à n’importe quel accord, même s’il s’agissait d’une violation de la liberté d’expression qu’il a pourtant maintes fois promis de respecter.

A ce moment-là, le gouvernement israélien et Facebook ont ​​convenu de «déterminer comment lutter contre l’incitation dans les réseaux sociaux», selon l’agence Associated Press qui citait les plus hauts responsables israéliens.

L’accord a été l’aboutissement de deux jours de discussions impliquant, entre autres, le ministre de l’Intérieur israélien, Gilad Erdan, et le ministre de la Justice, Ayelet Shaked.

Le bureau d’Erdan a déclaré dans un communiqué: «Les participants ont convenu avec les représentants de Facebook de créer des équipes chargées de déterminer le meilleur moyen de surveiller et de supprimer tout contenu incendiaire».

En substance, cela signifiait que tout contenu relatif à la Palestine et à Israël était désormais filtré, non seulement par les rédacteurs en chef de Facebook, mais également par des responsables israéliens.

Le résultat a été dévastateur pour les Palestiniens, de nombreuses pages, comme celle de PIC, ayant été supprimées et d’innombrables utilisateurs interdits, de manière temporaire ou définitive.

Très souvent, le processus de ciblage des Palestiniens et de ceux qui les soutiennent obéit à la même logique:

– Des trolls pro-israéliens se manifestent, surveillent et commentent les publications palestiniennes;
– Les trolls signalent des individus et du contenu prétendument offensants à «l’équipe» de Facebook/Israël;
– Facebook envoie des recommandations concernant les comptes marqués pour être censurés;
– Les comptes de Palestiniens et pro-palestiniens ou certaines de leurs pages sont supprimés ou interdits.

Même si PIC n’a reçu aucun avertissement avant que son compte si populaire ne soit supprimé, il est probable que la décision ait suivi le même schéma que ci-dessus.

Lorsque les médias sociaux ont été introduits pour la première fois, beaucoup y ont vu une occasion de présenter des idées et de défendre des causes qui ont été, pour une raison ou une autre, rejetées par les médias dominants.

La Palestine avait soudainement trouvé une nouvelle plate-forme de média aux multiples ressources; un modèle qui n’est pas influencé par de riches propriétaires et des annonceurs sur-rémunérés, mais par des individus ordinaires identiques à des millions d’autres.

Israël pourrait donc avoir trouvé un moyen de contourner l’influence de Facebook sur les discussions relatives aux droits des Palestiniens et à l’occupation israélienne.

Lorsque dénoncer l’apartheid, condamner les assassins d’enfants et débattre de la peur qui règne en Israël se transforment en «discours de haine» et en «intimidation», il convient de s’interroger sur le devenir de l’engagement des médias sociaux pour la liberté et la démocratie populaire.

Alors que Facebook a énormément fait pour se discréditer ces dernières années, aucun autre acte n’est aussi sinistre que de censurer la voix de ceux qui osent défier la violence, le racisme et l’apartheid étatiques, où que ce soit, la Palestine en restant le meilleur exemple.

Ramzy Baroud & Romana Rubeo -

05.11.19

Source: Chronique de Palestine

 

01 décembre 2019

Pour la 1è fois, un organe de l’ONU demande à Israël d’amender ou d’annuler sa Loi Etat-Nation

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Le CESCR de l’ONU: la loi israélienne viole le traité international, le Comité recommande la restauration du statut officiel de l’arabe et détaille les violations israéliennes des droits des Bédouins; Israël tenu à défendre ce mois-ci la Loi Etat-Nation devant la Commission de l’ONU sur le Racisme

 

Un organe de l’ONU a – pour la première fois – demandé à Israël d’amender ou d’annuler sa Loi Etat-Nation du Peuple juif afin qu’il se conforme à la convention internationale des droits de l’Homme qu’il a ratifiée en 1991.

Les observations qui concluent le quatrième rapport périodique d’Israël du Comité de l’ONU sur les Droits Economiques, Sociaux et Culturels (UN CESCR), émis le 18 octobre 2019, comprend une liste d’inquiétudes, de recommandations, et d’actions qu’Israël doit entreprendre afin de se conformer à ses obligations.

Ce constat et cette recommandation sont une première pour un comité de surveillance de l’ONU qui a déterminé que la Loi Etat-Nation des juifs ne se conformait pas à un traité sur les droits de l’Homme ratifié par Israël – et qui demande à Israël, soit d’amender, soit d’abroger la loi.

L’avocate d’Adalah – Centre Juridique pour les Droits de la Minorité arabe d’Israël – Myssana Moranya a envoyé une lettre le 6 novembre 2019 au Procureur Général d’Israël Avichai Mandelblit lui demandant 'd’exprimer son opposition' à la loi dans une réponse qu’il devrait soumettre à la Cour Suprême d’Israël d’ici dimanche 17 novembre 2019.

Dans son document du 18 octobre 2019, le CESCR de l’ONU a émis de profondes inquiétudes concernant l’effet discriminatoire de la loi sur les populations non-juives d’Israël, y compris leurs droits à l’autodétermination et la non-discrimination, et leurs droits culturels.

Le CESCR de l’ONU a par ailleurs demandé à Israël de répondre à ses inquiétudes concernant l’aggravation de la ségrégation ethnique déjà existante et de ne pas accroître la discrimination budgétaire dans d’autres observations finales – en particulier sur la population des Bédouins dans la région du Naqab (Negev).

Adalah avait auparavant, le 7 août 2018, enregistré la requête de la Cour Suprême d’Israël contre la Loi Etat-Nation des juifs au nom de tous les dirigeants politiques arabes d’Israël – le Haut Comité de Suivi des Citoyens Arabes d’Israël, le Comité National de Maires Arabes, la faction parlementaire Liste Jointe, mais aussi au nom d’Adalah.

Dans sa lettre d’aujourd’hui, Adalah soutient que l’examen du CESCR de l’ONU a donné du poids aux arguments présentés dans sa requête à la Cour Suprême qui maintiennent que la Loi Etat-Nation des juifs contredit les principes essentiels des droits de l’Homme tels qu’enchâssés dans les traités internationaux, y compris ceux qui se trouvent dans la Charte de l’ONU.

M.Morany, l’avocate d’Adalah, s’est exprimée le 30 septembre 2019 à Genève, au Quartier Général des Nations-Unies, lors de l’exposé des ONG pour l’examen d’Israël par le CESCR. Elle a souligné le fait que la politique israélienne dans le désert du Naqab (Negev) est une politique de déplacement forcé, guidée par la description fausse et trompeuse de la région comme un vaste espace vide qui doit être utilisé pour y installer des colonies réservées aux seuls citoyens juifs israéliens.

Source: Externe

Conclusions du CESCR de l’ONU: Loi sur Israël Etat-Nation des juifs

Le Comité est profondément inquiet concernant l’effet éventuellement discriminatoire de la Loi Fondamentale: Israël – l’État Nation du Peuple juif – sur les populations non-juives de l’État partie à propos de leurs droits consacrés dans la Convention. Il s’inquiète également du fait que cette Loi Fondamentale, en reconnaissant le développement de la colonisation juive comme une valeur nationale, puisse encore plus détériorer la situation des droits économiques et socio-culturels dans les territoires occupés qui ont déjà été entravés de manière significative par la politique coloniale (arts. 1(1), 2(2) et 15).

Le Comité exhorte l’État partie à revoir la Loi Fondamentale avec pour perspective de la mettre en conformité avec le Pacte, ou de l’abroger et d’organiser ses efforts pour éliminer la discrimination à laquelle font face les non-juifs afin qu’ils jouissent des droits consacrés dans le Pacte, en particulier les droits à l’autodétermination et à la non-discrimination et les droits culturels.

Conclusions du CESCR de l’ONU: Droits des citoyens Bédouins dans le désert du Naqab (Negev)

Le Comité a soulevé des inquiétudes concernant:

1. Les citoyens bédouins des villages non-reconnus qui sont «chassés de leurs maisons et de leurs terres ancestrales et forcés à se relocaliser» dans des cantons reconnus, a recommandé qu’Israël mette immédiatement fin aux évictions et régularise leurs villages (para 20c, 21c)

2. Les «conditions de vie inférieures à la normale» dont le logement, l’eau et le système sanitaire, l’électricité et les transports publics dans les communautés non reconnues comme reconnues, et fait appel à l’État pour qu’il améliore ces conditions (para 20d, 21d)

3. Le «grand nombre de revendications territoriales en suspens» que les citoyens bédouins ont présentées aux autorités de l’État israélien, et a demandé à l’État «d’augmenter ses efforts» pour les régler (para 20a, 21a)

4. L’«état de santé disproportionnellement mauvais» et le taux de mortalité infantile plus élevé chez les citoyens arabes, dont les Bédouins, et a demandé à l‘Etat d’accroître ses budgets et de prendre des mesures concrètes pour y remédier (para 54-55)

5. Le taux élevé de décrochages et le grand déficit dans les résultats éducatifs chez les élèves bédouins comparés aux élèves juifs et le manque de salles de classe et de jardins d’enfants dans les communautés bédouines, et a recommandé à l’État d’identifier les causes profondes de ces problèmes afin de les résoudre (para 62-63)

6. Le fait qu’aucun village bédouin non reconnu ne soit connecté au réseau d’eau national, et que la plupart des villages reconnus et non reconnus ne soient pas connectés aux infrastructures de collecte des eaux usées, et de corriger ces déficits de service (para 46-47)

7. L’«absence» de participation significative et de consultation des citoyens bédouins lors de la définition de la politique qui les concerne, et a recommandé qu’il corrige cela (para 20b, 21b)

8. La jouissance limitée du droit de travailler pour des groupes comme les citoyens bédouins et les femmes arabes, et a demandé à l’État d’«intensifier ses efforts pour accroître la participation au marché du travail» de ces groupes et de fournir «des données complètes et ventilées» sur ces questions (para 24-25)

9. L’incidence croissante de la pauvreté et la grande inégalité de revenu dans les familles arabes, dont les Bédouins, et a recommandé que l’État analyse et traite les «causes sous-jacentes de la pauvreté» et réduise l’inégalité des revenus en «réformant le régime de l’impôt et le système de sécurité sociale» (para 42-43)

10. Le manque de mesures pour «promouvoir la diversité culturelle», et a recommandé que l’État éveille l’intérêt sur la culture arabe sans oublier les Bédouins (para 68-69)

Source: Externe

Conclusions du CESCR de l’ONU: Statut de la langue arabe en Israël

Le Comité est particulièrement inquiet, malgré l’explication donnée par la Délégation, au sujet de la dégradation du statut de la langue arabe de langue officielle à langue dotée d’un statut spécial avec l’adoption de la Loi Fondamentale – Israël l’État Nation du peuple juif. Il est par ailleurs inquiet devant le niveau très bas du financement de l’Institut Supérieur de la Langue arabe qui est de 1.450.000 NIS en 2019, au regard de la population arabe qui représente 20% de la population de l’État partie (art. 15).

Le Comité recommande que l’État partie prenne les mesures nécessaires pour promouvoir diverses cultures, y compris en éveillant l’intérêt sur les diverses cultures de la population arabe, les Bédouins, les travailleurs migrants et les demandeurs d’asile. Il recommande également que l’État partie restaure la langue arabe en tant que langue officielle et promeuve l’usage de la langue arabe, y compris en renforçant l’Institut Supérieur de la Langue Arabe, entre autres en augmentant les ressources financières qui lui sont allouées.

CONTEXTE: L’ONU et la Loi d’Israël Etat-Nation du Peuple juif

D’autres experts en droits de l’Homme à l’ONU se sont exprimés sur la Loi d’Israël Etat Nation des juifs.

En novembre 2018, quatre Rapporteurs Spéciaux de l’ONU ont exprimé une «profonde inquiétude» craignant que la Loi Etat Nation des juifs soit «discriminatoire, dans son essence et dans la pratique, envers les citoyens non-juifs et autres minorités et n’applique pas le principe de l’égalité entre les citoyens, qui est l’un des principes clés des régimes politiques démocratiques».

Début octobre 2019, le Comité de l’ONU sur l’Elimination de la Discrimination Raciale (CERD) a émis la liste des questions qu’il s’apprête à aborder dans son examen périodique de l’État d’Israël qui doit avoir lieu en décembre à Genève. La Loi Etat-Nation des juifs se trouve dans cette liste après qu’Adalah ait soumis un rapport au Comité également sur cette question.

Action d’Adalah à l’ONU

Adalah et le Forum sur la Coexistence au Negev (NCF) ont déjà soumis deux rapports communs au Comité de l’ONU qui se consacre aux violations israéliennes, qui concernent avant tout les droits des citoyens bédouins d’Israël qui vivent dans le Naqab (Negev).

L’un des sujets, parmi beaucoup d’autres, soulevé dans ces rapports concernait la Loi Etat-Nation des juifs et la façon dont elle instaure la ségrégation ethnique comme une nouvelle norme juridique sur toute la Terre d’Israël (Article 1). A l’intérieur de la Ligne Verte, le rapport a souligné que la loi va vraisemblablement être utilisée pour installer des villes exclusivement juives dans des zones où la concentration d’Arabes est la plus forte, dont le Naqab (Negev), étant donné que la loi fait du développement de la colonisation juive une «valeur nationale» qu’il faut encourager, promouvoir et consolider (Article 7).

Rédaction Adalah -

17.11.19

Source: Agence Medias Palestine

30 novembre 2019

L'habituelle propagande mensongère israélienne lors des récoltes des olives palestiniennes (+vidéo)

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La récolte des olives en Palestine est un rappel annuel du vandalisme et de la violence des colons israéliens

 

En 2018, l'ONG israélienne B'Tselem a rendu compte des dégâts considérables infligés aux oliveraies, un agriculteur palestinien expliquant que "les arbres semblaient avoir été massacrés".

Pendant ce temps, les disparités concernant la liberté de circulation - accès illimité pour les colons israéliens et jours de récolte coordonnés pour les Palestiniens - contraignent une fois de plus les Palestiniens à un silence qui n'est pas de leur propre fait.

Sachant que déposer plainte auprès des autorités israéliennes ne donne aucun résultat, les agriculteurs palestiniens sont obligés de choisir le silence et une récolte plus faible. "Il ne me restait que trois jours coordonnés et j’ai préféré récolter les arbres restants", explique l'un d'eux.

La Coordination militaire israélienne des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT) voudrait faire croire au monde entier qu'il en est autrement.

Cependant, sa dernière vidéo de propagande expose deux réalités que l'État israélien n'a pas l'intention de renverser: les restrictions actuelles à la circulation des Palestiniens et la violence des colons comme mesure complémentaire à la dépossession du peuple palestinien par l'État colonial.

"Notre objectif est de faire en sorte que chaque agriculteur ait un accès libre et sûr à ses arbres et puisse récolter ses olives sans aucun problème", déclare le responsable israélien.

En plus des images montrant des Palestiniens en train de récolter les olives, le fonctionnaire ajoute: "Comme vous pouvez le voir, les agriculteurs palestiniens qui vivent ici travaillent librement. Nous sommes ici avec eux, et c'est notre but."

La coordination de la récolte des olives n'est pas la liberté, pas plus qu'une présence militaire dans un scénario de travail.

Source: Externe

Bien sûr, la vidéo tente de détourner l'attention de la protection des colons par l'armée alors même qu'ils vandalisent les terres et les biens palestiniens et détruisent la principale source de subsistance des agriculteurs, une des raisons pour lesquelles l'agriculture palestinienne est devenue militarisée.

L'attachement palestinien à la terre est l'obstacle d'Israël; les colons contribuent à l'expansion progressive de l'État colonial et, par conséquent, à la dépossession palestinienne.

L'année dernière, les colons ont comparé l'agriculture palestinienne au terrorisme, défiguration ultime de l'agriculture et de la présence des Palestiniens sur leurs propres terres.

COGAT a publié une vidéo louant une collaboration qui n'explique pas pourquoi une présence militaire est nécessaire à proximité des fermiers palestiniens; il n'y a aucune mention de la violence des colons ou du vol de terres coloniales dans la propagande.

Pourtant, les colons laissent régulièrement leurs traces, opérant à la vue de tous et sous la protection ultime de l'État d'Israël.

La question est beaucoup plus vaste que la récolte des olives; c'est le vol de terres qu'Israël élimine de son faux récit.

Pourtant, ce faisant, elle soulève une question évidente: pourquoi les Palestiniens devraient-ils être forcés de travailler aux côtés d'une présence militaire s'ils vivent effectivement "librement" sur leur propre terre?

Ramona Wadi -

11.11.19

Source: ISM

 

29 novembre 2019

Vendredi 29 novembre: Journée Internationale de Solidarité avec le Peuple Palestinien

Source: Externe

Ce vendredi 29 novembre, Journée Internationale de Solidarité avec le Peuple Palestinien, nous serons à La Haye, devant la CPI, et vous y donnons rendez-vous

 

Des délégations de toute l’Europe se retrouveront ce jour devant la Cour Pénale Internationale (CPI) de La Haye, pour demander où en sont les dossiers de plaintes déposés par la Palestine et les Palestiniens, sachant que toutes les conditions sont réunies depuis plusieurs années pour que la Procureure Générale Fatou Bensouda s’en saisisse.

A cette occasion, nous serons des centaines de militants européens et de Palestiniens de la diaspora à demander des comptes sur l’absence de toute ouverture d’enquête par Mme Bensouda, concernant les plaintes documentées déposées par la Palestine et les Palestiniens contre les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par des responsables israéliens, ainsi que par l’Etat des Comores concernant l’assassinat de dix passagers turcs du Mavi Marmara le 30 mai 2010.

La société civile suit en effet attentivement les actions de la CPI, et s’étonne que depuis 2013 et 2014, Mme Bensouda ait bloqué toutes les demandes d’investigation, malgré l’avis de plusieurs juges de la CPI.

La CPI a été reconnue par 123 Etats (dont la Palestine). Les USA et Israël n’ont pas reconnu la Cour, mais cela n’empêche pas cette dernière de pouvoir mettre en cause et juger des criminels de guerre ou criminels contre l’Humanité de ces pays. La CPI juge en effet des personnes (en général des dirigeants), et non des Etats.

Elle s’appuie sur le droit international, tel que nous le connaissons (Résolutions de l’ONU, Conventions de Genève…), mais pour ouvrir une enquête ou se saisir d’une affaire, il faut que celles-ci soient rattachées à un conflit armé, international ou interne. Ce qui est bien le cas s’agissant des actions israéliennes contre la Palestine.

La CPI a même la possibilité d’ouvrir une enquête de son propre chef (de «s’auto-saisir»), en l’absence de dépôt de plaintes, après un examen préliminaire permettant de décider si l’enquête est «opportune» . Auquel cas, c’est la CPI qui peut aller elle-même à la recherche des victimes, ce qu’elle vient de faire pour l’Afghanistan.

Les juges de la CPI peuvent mener des enquêtes et rendre des jugements (y compris sur l’indemnisation des victimes), mais seulement à condition que le/la Procureur(e) Général(e) le leur demande. Donc actuellement, s’ils ne sont pas saisis par Fatou Bensouda, ils ne peuvent rien engager, même pas une enquête .

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Fatou Bensouda, avocate gambienne, qui a exercé des fonctions de procureure en Gambie, puis a été à la tête de la banque de son mari Philippe Bensouda, de 2000 à 2002, est devenue procureure générale de la CPI le 12 décembre 2011, après avoir été procureure adjointe du procureur général précédent Luis Moreno Ocampo.

La Palestine a rempli les conditions nécessaires pour être habilitée à déposer des plaintes auprès de la CPI, l’AP ayant d’une part ratifié officiellement la CPI le 31 décembre 2014 et d’autre part déclenché une procédure, dite «referral» qui correspond à une demande d’ouverture d’enquête, le 15 mai 2018.

A noter, que l’absence de reconnaissance de la Palestine en tant qu’Etat par certains pays comme la France, n’empêche pas la CPI d’avoir accepté de prendre en compte les demandes de ses victimes car, contrairement à un Etat normal, qui est censé pouvoir juger lui-même des criminels de guerre, la Palestine est sous occupation militaire et ne peut pas se faire rendre justice par l’occupant.

De très nombreux dossiers de plaintes ont été également déposés à la CPI par des avocats représentant des victimes palestiniennes:

- Des plaintes concernant les massacres de l’été 2014;

- des plaintes en 2017 sur le blocus de Gaza, châtiment collectif et donc illégal au regard du droit international, et toutes ses conséquences désastreuses pour la population, alors qu’une puissance occupante est censée protéger la population qu’elle occupe;

- plaintes pour acquisition de territoires par la force —illégal tout comme le transfert de populations (les colons) sur le territoire occupé;

- plaintes concernant les victimes des Marches du retour (en tout 650 plaintes personnalisées et documentées à ce jour dont celle concernant l’assassinat d’Ibrahim Abu Thurayya le 15 décembre 2017, alors qu’il était amputé des deux jambes);

- Et bien sûr, dès 2013, la plainte déposée auprès de la CPI concernant le Mavi Marmara, rejetée par Mme Bensouda, qui a déclaré que le crime «n’était pas assez massif» (seulement 10 passagers du bateau turc humanitaire assassinés!). Les Comores ont fait appel de cette décision, et les juges de la CPI ont demandé à la Procureure de réexaminer le dossier. Elle a jusqu’au 2 décembre prochain pour donner sa réponse.

Nous sommes bien entendu conscients que la plupart des Etats membres de cette institution n’ont pas une grande volonté de faire appliquer le droit international. Ainsi, quand Fatou Bensouda a été interdite d’entrer aux USA cette année, parce qu’elle souhaitait enquêter sur d’éventuels crimes de guerre commis en Afghanistan, pas un seul de ces 123 Etats n’a protesté. Et Mme Bensouda elle-même n’en n’a pas fait une histoire…

En fait, qu’il s’agisse de l’ONU, dont le Conseil de sécurité est verrouillé par un droit de veto, systématiquement exercé par les USA quand il s’agit de sanctionner Israël, de l’UE, des gouvernements occidentaux, et de la plupart des dirigeants arabes, on retrouve la même complicité avec l’occupant israélien: quelques reproches ou manifestations d”inquiétude” de temps à autre, mais jamais la moindre sanction. Israël continue au contraire à bénéficier de privilèges exorbitants, notamment au niveau européen, comme la dispense de droits de douanes sur l’exportation de ses produits, y compris ceux qui viennent des colonies pourtant jugées illégales par ces mêmes pays européens.

Source: Externe

Nous n’avons donc pas d’illusions sur toutes ces organisations, et nous pensons que seule la société civile peut faire pencher la balance, comme le préconise le mouvement BDS, Boycott, Désinvestissement, Sanctions.

Et notre action de ce 29 novembre, une première européenne, a pour but de faire savoir à la CPI, et notamment à Mme Bensouda, que la société civile existe, qu’elle ne dort pas, qu’elle connait le droit international et les devoirs de la CPI.

C’est le “S” de BDS, qui est invoqué.

Nous montrerons par la même occasion que le mouvement européen de solidarité avec la Palestine est capable d’unité. Des cars, désormais pleins, vont partir de Paris, de Lille, de Bruxelles, d’Amsterdam, de Rotterdam. Des Italiens, des Allemands, des Anglais et des Suisses, vont venir par la route, ainsi qu’en train et en avion.

Rendez-vous devant la CPI de 13H30 à 17H - L’adresse exacte est: Oude Waalsdorperweg 10 , 2597 AK The Hague.

SIGNATAIRES DE L’APPEL:

PAYS-BAS: BDS the Netherlands, Het Palestijnse Huis, Palestijnse Gemeenschap – PGNL , DocP – Diensten en Onderzoek Centrum Palestina, Een Ander Joods Geluid (Une Autre Voix Juive), Stichting Palestina, Rotterdam, The Netherlands, Palestijnse gemeenschap in Nederland – PGN
BELGIQUE: Plateforme Charleroi-Palestine, Campagne Européenne pour la levée du blocus de Gaza, Mouvement Citoyen Palestine, La Communauté Palestinienne de Belgique, Coordination Femmes Citoyennes, ESG ASBL – Engagés, Solidaires et Généreux, L’Association Belgo-Palestinienne de Liège, Le Comité Verviers Palestine, BACBI – Belgian Campaign for an Academic and Cultural Boycott of Israel, JOC Bruxelles (Jeunes Organisés et Combatifs), Belgian Committee for the Palestinian Prisoners – BCPP, Antwerp for Palestine, Campagne Free Ali Aarrass, GAPP-Gents ActiePlatform Palestina, Palestina Solidariteit, JOC Verviers, VREDE vzw,
FRANCE: Communauté Palestinienne du Nord (CPN), CAPJPO-EuroPalestine, Avec Naplouse, Collectif Palestine Nord Essonne, Collectif 69 de Soutien à la Palestine, Les Désobéissants, le Collectif Ni Guerre NI Etat de Guerre, Mgr Jacques Gaillot, Pr. Christophe Oberlin, Driss Ettazaoui, Adjoint au maire d’Evreux, Sarah Katz (ISM), Pierre Stambul, Campagne Unitaire pour la Libération de Georges Abdallah, ISM France, AFPS 59, Association des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT), Droits Devant !! Campagne BDS France Montpellier, Collectif Palestine12-Millau, le Collectif BDS 57. ESSOR Langues & Partages culturels, Palestine Libre Haute Marne, Comité Poitevin Palestine, Association Couserans-Palestine (09), AFPS Paris Sud, AFPS Puy de Dôme, AFPS d’Albertville
ALLEMAGNE: Annette et Gûnter Groth, Institut für Palästinakunde e.V. Bonn, Salam Shalom Arbeitskreis Palästina-Israel Munich, Le Forum Démocratique Palestinien en Europe, Die Jüdisch-Palästinensische Dialoggruppe München, Palestinien community Deutshland, Union of Palestinien Communities Institutions and Aktivitis in Europe,
BDS-Gruppe Bonn, Deutsch-Palästinensischer Frauenverein (Karin Steinbrinker, Salwa Rashmawi, Amal Hamad), le groupe de travail de Die Linke pour une Paix juste au PO, Wolfgang Behr, Günter Wimmer.
ROYAUME-UNI: Dr Derek Summerfield (Institute of Psychiatry, Psychology & Neuroscience, London), Football Against Apartheid, The Palestinian, Expel Israel from Olympic Games (UK), ICAHD UK.
ITALIE: NWRG-onlus Newweapons Research Group (Genova), Assopacepalestina, Cultura è Libertà, Angelo Baracca, Pr. of Physics University of Florence, Invictapalestina, Comunità Palestinese di Roma e del Lazio, Palestina Nel Cuore (Rome), Forum Palestina, Coordinamento Lombardo Palestina (CLC), Donne in Nero di Torino.
LUXEMBOURG: Comité pour une Paix Juste au Proche-Orient (CPJPO). ESPAGNE: Associación Madrid Solidaria Con Palestina. FINLANDE: The Finnish-Arab Friendship Society. SLOVENIE: Gibanje za pravice Palestincev. AUTRICHE: Les Femmes en Noir de Vienne. SUISSE: Association Switzerland Palestine, ASP/GSP, BADIL Resource Center, Alternative Refugee Center, Collectif Action Palestine, Neuchâtel. CANADA: Palestiniens et Juifs Unis (PAJU). USA: Ann Wright, retired U.S. Army Colonel, Veterans for Peace. SOUTH AFRICA: Palestine Solidarity Campaign (PSC). SAMIDOUN Palestinian Prisoner Solidarity Network.

Collectifs pour la Palestine -

26.11.19

Source: Oumma

28 novembre 2019

Pourquoi le régime israélien se permet-il de bombarder régulièrement Gaza? Parce qu’il le peut!

Source: Externe

Des membres de la famille al-Sawarka lors des funérailles à Deir al-Balah au centre de la Bande de Gaza. Huit membres de la famille, dont cinq enfants, ont été tués dans une attaque par un missile israélien

 

On spécule beaucoup autour du chronométrage de l’assassinat par Israël d’un chef du Jihad Islamique, Baha Abu al-Atta et de sa femme, Asma.

Pourquoi faire des vagues maintenant? Ce meurtre a eu lieu au milieu des négociations de la coalition israélienne qui – si elles échouent – pourraient aboutir à une situation sans précédent de troisième élection en un an.

C’est arrivé dans une période de calme, due à une médiation égyptienne, entre Israël et le Hamas, qui a éveillé l’espoir que, non seulement le siège israélien draconien serait légèrement assoupli, qu’’il assurerait une prolongation de la cessation des hostilités, mais aussi ouvrirait la voie à des élections palestiniennes, attendues depuis si longtemps.

Et finalement, et avec une attaque plus ou moins simultanée contre un chef du Jihad Islamique à Damas (qui a raté sa cible apparente, Akram al-Ajjouri, mais a tué un de ses fils, Mutah, et une de ses petites filles, Batoul), c’est arrivé au moment où existent plein de points névralgiques dans une région qui semble perpétuellement au bord de quelque précipice désastreux.

Pourquoi envenimer les choses à ce moment là?

Plusieurs explications ont été avancées.

Benjamin Netanyahu, premier ministre d’Israël devenu un canard boiteux, cherchait une revanche personnelle après qu’une roquette, tirée paraît-il par le Jihad Islamique, ait perturbé l'une de ses apparitions publiques en septembre, au plus fort de sa campagne pour la deuxième élection de cette année.

Peut-être Netanyahu voulait-il détruire les efforts de son rival Benny Gantz pour former un gouvernement de coalition sans lui. Un embrasement pourrait aboutir à une vague de pression populaire en vue d’un gouvernement de large unité nationale entre le Likud de Netanyahu et l’alliance Bleu-Blanc de Gantz.

Ou bien, l’armée israélienne a simplement saisi une opportunité lorsqu’elle s’est présentée. Selon cette explication, Abu al-Atta était dans la ligne de mire depuis deux ans parce qu’il s’était révélé être une épine dans le pied au cours des efforts pour assurer une trêve durable à Gaza, et qu’il s’était effectivement dévoyé.

En fait, soutient cette théorie, il était dans l’intérêt de tout le monde de voir partir Abu al-Atta, y compris du Hamas, qui veut du calme, et de la hiérarchie du Jihad Islamique, qui en avait assez d’avoir un électron libre dans ses troupes.

L’assassinat d’Abu al-Atta, selon cette théorie, verra les médiateurs égyptiens intensifier leurs efforts pour assurer une trêve plus durable à Gaza et alentour.

Source: Externe

Impunité

Toutes les explications sont plausibles. Et toutes sont à côté du sujet.

Netanyahu peut très bien avoir cherché une sorte de vengeance personnelle contre un groupe qui, selon les médias israéliens, avait envoyé au diable l’image qu’il s’était donnée de 'Monsieur Sécurité'.

Ou bien il aurait pu penser qu’un petit tir de roquette était un léger prix à payer pour essayer de sécuriser un gouvernement d’unité et, grâce à une législation depuis longtemps recherchée, obliger à assurer sa propre immunité contre les accusations de corruption.

Ou, en réalité, l’armée israélienne a peut-être simplement eu très envie d’y aller et alors, deux ans plus tard, a trouvé une fenêtre de tir pour tuer, non pas un, mais deux chefs du Jihad Islamique pour ainsi dire en même temps, l’un à Gaza et l’autre à Damas.

Peut-être toutes ces explications sont elles vraies en même temps. Plus vraisemblablement, ce sont des idées a posteriori.

Ce qui est clair, c’est que l’armée israélienne agit avec impunité.

Les médias israéliens ont beaucoup parlé d’Abu al-Atta comme d’une «bombe à retardement», alors qu’il ne représentait clairement pas un danger imminent lorsqu’il a été tué.

Et pourtant, y a-t-il eu une seule protestation de la part de quiconque face à un acte de claire agression sans provocation?

L’envoyé de l’ONU au Moyen-Orient Nikolay Mladenov n’a condamné que le tir de roquette qui a répondu à l’assassinat d’Abu al-Atta, décrivant le tir de roquette «aveugle» comme «absolument inacceptable», tout en n’ayant rien à dire du meurtre lui-même qu’il a décrit comme un «assassinat ciblé».

Ciblé? «Précision chirurgicale»?

Peut-être qu’Asma Abu al-Atta aurait eu quelque chose à dire à ce sujet, si elle n’avait pas été elle même assassinée. Ou vraiment, Mutah et Batoul.

Apparemment, la chasse est ouverte non seulement à Gaza, territoire occupé comme il l’est, mais aussi à Damas, où Israël – qui n’a fait aucun commentaire sur cette frappe selon son protocole habituel – a tué deux civils dans un pays souverain.

N’est-ce pas là un acte de guerre?

34 Palestiniens ont été tués en l’espace de 48 heures. La moitié d’entre eux étaient des civils, 8 d’entre eux des enfants.

Où sont les clameurs indignées?

Source: Externe

Que se passe-t-il maintenant pour le Hamas?

La vérité, c’est que personne ne s’inquiète. Et le Hamas a trouvé, comme l’Autorité Palestinienne avant lui, qu’il s’agit d’une situation perdant-perdant.

Les deux millions d’habitants de Gaza demeurent enfermés sous clé, leur apport quotidien en calories soigneusement calculé pour éviter leur complète inanition.

Ils sont isolés du monde, appauvris, dans l’impossibilité de circuler, totalement empêchés de développer des infrastructures et dans l’impossibilité d’importer une longue liste de marchandises, dont beaucoup sont nécessaires pour commencer à reconstruire cette bande de terre dévastée.

Le Hamas a le devoir, comme l’AP avant lui, d’essayer de garder le calme, simplement afin de ne pas provoquer Israël qui infligerait plus de malheur.

En plus, et juste comme l’AP avant lui, il est chargé de cette tâche sans aucune récompense.

Il n’y a aucun horizon politique pour les Palestiniens. Et certainement aucun offert par un monde qui ne veut pas et est incapable de tenir Israël pour responsable.

Le Hamas peut cesser le feu. Il pourrait convaincre d’autres factions de cesser le feu contre quelques marchandises de plus autorisées à passer la frontière et quelques miles de plus au large pour la pêche.

Important pour survivre, oui. Mais après?

Si les Palestiniens n’ont nulle part où se tourner et aucune histoire à poursuivre vers une fin heureuse, les Israéliens eux aussi sont dépourvus d’idées. Ils sont aussi moralement en faillite.

Israël raconte une histoire pleine de monstres. Mais les contes de fées résistent au raisonnement rationnel.

Nous pouvons spéculer autant que nous le voulons sur les raisons pour lesquelles Israël a agi comme il l’a fait et pourquoi maintenant.

La réponse pourrait paraître très simple: pourquoi pas? Israël bombarde Gaza parce qu’il le peut!

Omar Karmi -

15.11.19

Source: Agence Medias Palestine

27 novembre 2019

C’est le moment de restructurer l’Autorité palestinienne

Source: Externe

L’Autorité palestinienne (AP) n’a peut-être jamais été aussi contestée, divisée, fragmentée

 

Dans les Territoires palestiniens occupés (TPO), l’Autorité palestinienne s’est coupée de Gaza, et la réconciliation entre le Hamas et le Fatah reste incertaine. Au niveau régional, l’AP n’a jamais été moins en phase avec ses alliés arabes. L’arrivée, dans des États clés comme l’Arabie saoudite, de dirigeants impatients de se plier aux désidératas de l’administration Trump et de trouver un terrain d’entente avec Israël sur la question de l’Iran, a entraîné des changements désastreux dans la politique et le discours arabes sur la Palestine. La ruée vers la normalisation avec Israël se poursuit, enhardissant les forces d’occupation israéliennes. Ces États en voie de normalisation mènent des campagnes de répression systématique pour faire taire les voix pro-palestiniennes.[1]

Au plan international, la montée du fascisme de droite dans un certain nombre de pays a réduit la possibilité de l’AP de faire pression sur Israël. De plus, l’accusation d’antisémitisme, la plupart du temps fallacieuse, est constamment utilisée pour faire taire ceux qui s’opposent à l’occupation israélienne; elle est à l’origine d’attaques sans précédent contre la liberté d’expression et de réunion aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et ailleurs. Ainsi, même si l’occupation israélienne est de plus en plus impopulaire dans l’opinion publique, les stratégies de « lawfare« (guerre judiciaire), en réussissant parfois à faire passer des lois anti-BDS, ont affaibli le mouvement palestinien.

Sans compter la position sans cesse plus à droite des Etats-Unis sur la question israélo-palestinienne, avec Donald Trump et son gendre, Jared Kushner, aux commandes. A eux deux, ils ont détruit les institutions internationales et assuré à Israël une impunité toujours plus grande.

Au fur et à mesure que les attaques de toutes sortes contre les Palestiniens s’intensifient, l’Autorité palestinienne perd beaucoup de soutiens. Cependant, face à ces innombrables défis, l’Autorité palestinienne n’a pas cherché à restaurer ni à renforcer ses relations avec son propre peuple et ses soutiens. Au contraire, elle est devenue de plus en plus autoritaire, au détriment des Palestiniens et des relations de ces derniers avec leurs représentants.

Même si l’Autorité palestinienne peut encore fonctionner en tant qu’autorité de facto en Cisjordanie occupée, malgré les transformations géopolitiques locales, régionales et internationales décrites ci-dessus, elle risque avec le temps de ne plus être considérée comme un interlocuteur valable dans le processus de négociation, ni comme un représentant valable du peuple palestinien.

Cet article traite d’abord de la déconnexion entre l’Autorité palestinienne et les citoyens palestiniens sous son contrôle. Il examine ensuite la manière dont l’ingérence internationale, en particulier la politique américaine de plus en plus néfaste, a contribué à renforcer cette déconnexion et a rendu l’AP de plus en plus répressive et facteur de division. Tout cela a rendu l’activisme politique dans les TPO plus difficile.

Toutefois, si l’Autorité palestinienne arrive à un moment critique et décourageant, ce moment peut être mis à profit pour restructurer les relations entre cette même AP et les Palestiniens, tant dans les territoires palestiniens occupés que dans la diaspora. La société civile palestinienne peut également s’unir pour lutter contre l’occupation et les mauvais dirigeants de l’AP. Sinon, ce sera toujours plus de stagnation et d’impuissance.

Source: Externe

Le fossé politico-sociétal

Il est clair que l’AP n’a pas de stratégie cohérente, et qu’elle ne fait que réagir aux changements de politique israélienne ou américaine. Les menaces répétées de l’Autorité palestinienne de rompre les liens et la coordination sécuritaire avec Israël ne se sont jamais concrétisées, de sorte qu’elles ne sont plus crédibles.

Le règne continu de la «vieille garde» au sein du Fatah, par opposition à la «nouvelle garde» – et la division qui s’ensuit au sein du parti – contribue à perpétuer cette situation. Bien qu’il y ait toujours eu des divisions au sein du Fatah, il avait acquis la réputation, sous la direction de Yasser Arafat, d’être la seule faction à laquelle tous ceux qui voulaient pouvait se joindre; il était donc considéré comme la faction la plus représentative et la plus inclusive et il donnait l’impression d’être uni.

Cela ne veut pas dire que le Fatah n’a pas été confronté à des tensions pendant des périodes critiques, comme pendant la guerre des camps dans les années 1980. Toutefois, le parti jouissait d’un niveau de légitimité globalement plus élevé parmi ses membres et dans la société palestinienne toute entière.

Sous Mahmoud Abbas, ce n’est plus le cas. Les institutions de l’OLP sont devenues de moins en moins pertinentes à la suite des sanctions internationales imposées à l’AP après les élections de 2006 qui ont porté le Hamas au pouvoir. La tentative du Fatah, soutenue par les États-Unis, d’inverser les résultats des élections, tentative qui a été couronnée de succès en Cisjordanie, a conduit à la coupure entre la Cisjordanie et la bande de Gaza et à un état d’urgence de facto dans les deux parties du territoire palestinien occupé. C’est sur cette toile de fond qu’Abbas continue d’exercer un mandat présidentiel qu’il semble avoir l’intention de prolonger indéfiniment. Les tentatives de la «nouvelle garde» d’engager le dialogue avec les institutions du Fatah pour en modifier la direction, notamment par le biais des sixième et septième congrès généraux du parti, ont échoué.

En conséquence, le Fatah et l’AP sont confrontés à une crise de légitimité au sein de la société palestinienne. Dans un sondage récent, 80% des Palestiniens interrogés disaient croire que l’Autorité palestinienne était corrompue, et près de 50% estimaient que l’AP était un fardeau pour le peuple palestinien. Près des deux tiers des personnes interrogées souhaitaient la démission d’Abbas et étaient insatisfaites de sa gouvernance.

Il y a un fossé entre les opinions et les choix des Palestiniens des TPO et ceux de leurs dirigeants. Par exemple, 82% des Palestiniens interrogés se sont déclarés favorables à la suppression des mesures punitives imposées par l’AP au Hamas à Gaza, notamment son refus de payer les salaires des fonctionnaires et l’électricité.

Dans mon prochain livre, Polarisés et Démobilisés: L’héritage de l’autoritarisme en Palestine, je donne d’autres preuves de ce fossé. Quand on les interroge sur la démocratie et la nécessité de rendre des comptes, les dirigeants palestiniens s’empressent d’affirmer que la société palestinienne ne veut pas d’un tel système, alors que 81% des Palestiniens interrogés dans le cadre d’une enquête nationale déclarent que la démocratie et la reddition de comptes sont importantes.[2]

Source: Externe

L’impact de l’ingérence internationale

Ce fossé entre l’Autorité palestinienne et l’opinion publique palestinienne est en partie dû à l’ingérence internationale, c’est-à-dire l’aide ciblée et les pressions diplomatiques et matérielles. Ces interventions étrangères incitent les dirigeants palestiniens à ne pas tenir compte de l’opinion publique qui entre souvent en contradiction avec les désirs de puissants donateurs comme les États-Unis.

L’ingérence internationale prend toutes sortes de formes. Tout d’abord, selon les responsables de l’AP, les États-Unis imposent leurs conditions aux formations destinées aux employés de l’AP, en particulier ceux du ministère de l’Intérieur, et ils écartent de ces programmes les responsables palestiniens qui ont participé à des manifestations ou exprimé leur opposition aux États-Unis ou à Israël.

J’ai également trouvé des preuves que des figures qui avaient résisté à la montée au pouvoir de Salam Fayyad, soutenu par les États-Unis avaient été forcées à une retraite anticipée. Selon les responsables de l’AP, ces méthodes ne dépendent pas de la source de financement, car presque tous les donateurs adoptent les politiques américaines. Les pays de l’UE et d’autres pays emboîtent le pas à la plupart des restrictions américaines.

L’ingérence internationale a également modifié la perception et les choix de l’élite au niveau individuel. Les haut-fonctionnaires de l’AP citent tous la participation internationale – et la crainte de son effet déstabilisateur – comme la raison qui les oblige à poursuivre la même politique d’arrestation des personnalités de l’opposition et de coordination sécuritaire avec Israël. Cela a été le cas même de ceux qui n’avaient pas de contact direct avec les fonctionnaires et les institutions des États-Unis.

En effet, les responsables palestiniens en sont venus à éviter toutes les questions qui pourraient leur faire perdre le financement étasunien. Les haut-fonctionnaires de l’AP disent souvent que la société palestinienne est arriérée et inadaptée aux normes démocratiques; la preuve, disent-ils, les Palestiniens ont élu un parti islamiste. Ces bureaucrates prétendent aussi que les pratiques autoritaires sont au service de la «stabilité» et ne peuvent donc pas être considérées comme de la «répression». De plus, les responsables de l’AP qualifient les opposants politiques de «terroristes», un écho de la rhétorique antiterroriste américaine après l’administration George W. Bush.

En revanche, les Palestiniens qui ont répondu à l’enquête et qui n’étaient pas liés à l’AP par le biais de l’emploi n’étaient pas intéressés par la participation internationale. Plus précisément, les informations données sur des exemples d’intervention internationale n’ont pas eu d’incidence sur les réponses de ceux qui n’étaient pas salariés de l’AP, à la différence de ceux qui travaillaient pour l’AP ou pour des institutions affiliées.

Lorsqu’on interrogeait des personnes affiliées à l’AP sur l’engagement international dans le monde arabe en faveur de la «démocratisation», elles étaient moins enclines à déclarer que la démocratie et la reddition de comptes étaient importantes pour elles. Elles considéraient la participation internationale – même celle qui est censée être en faveur de la démocratie – comme hypocrite et facteur d’instabilité. Par conséquent, non seulement l’engagement international provoque des dissensions entre les dirigeants palestiniens et la société, mais aussi à l’intérieur de la société elle-même.

Source: Externe

Une société civile fragmentée

En raison des stratégies et pratiques autoritaires de l’Autorité palestinienne, ainsi que du profond schisme entre Gaza et la Cisjordanie, la société palestinienne souffre aujourd’hui d’un manque de leadership fiable et d’un sentiment général de désunion. La répression ciblée de certains groupes de la société civile par l’AP a conduit à des conflits presque insurmontables entre ces groupes, conflits qui les empêchent de travailler ensemble ou de réunir suffisamment de soutiens.

Par exemple, des militants de gauche que j’interrogeais se sont plaints que l’AP s’en prenait souvent à eux à cause de leurs activités et tentait de contrôler leur agenda et leurs stratégies. Cela les a empêchés d’entrer en contact avec des gens qui ne faisaient pas partie de leur entourage immédiat, car il leur fallait s’assurer que leur démarche n’attirerait pas l’attention des autorités. Ils ont ainsi pu éviter la répression mais la capacité des militants à mener des actions collectives à grande échelle a été considérablement réduite.

De même, les militants des comités populaires des villages dans lesquels nous avons enquêté, se sont plaints des stratégies d’ingérence et de cooptation de l’AP. Ils ont donné comme exemple, un comité créé dans le village de Bil’in, au nord-ouest de Ramallah, pour protester contre le mur de séparation, qui a pris une grande partie des terres du village. Le comité a réuni des villageois indépendamment de leurs antécédents politiques et a été délibérément organisé en-dehors des institutions de l’AP (par exemple, par l’intermédiaire du conseil local du village).

Selon les militants, l’AP envoyait souvent des représentants aux manifestations de Bil’in pour les «légitimer», mais en échange, elle exigeait que les manifestations aient lieu seulement dans la zone B et que les revendications ne concernent que le mur. Cela en dépit du fait que les villageois aient exprimé à plusieurs reprises leur refus du statu quo, y compris celui de la coopération AP-Israël. De plus, l’AP a offert des emplois à des villageois dans des organisations affiliées à l’AP, pour que l’organisation des manifestations se fasse à Ramallah et non dans le village. Ces stratégies de l’AP ont affaibli le mouvement au fil du temps.

En outre, des enquêtes menées auprès d’étudiants de l’Université de Birzeit de diverses affiliations politiques ont montré que la répression de l’AP dissuade les étudiants affiliés à des partis politiques islamistes de travailler avec d’autres étudiants sur des questions d’intérêt commun. La répression de l’AP a notamment créé en fossé entre les étudiants affiliés aux partis politiques islamistes et les étudiants affiliés aux partis politiques de gauche. Ces deux groupes se sont retranchés davantage sur leurs positions et sont moins disposés à coopérer au-delà des clivages politiques. Cela ne concerne pas les étudiants affiliés au Fatah, qui pour des raisons évidentes ne se sentent pas particulièrement attaqués par le gouvernement.

La répression de l’AP a eu un effet considérable sur les groupes les plus ciblés ou les plus vulnérables. Cela a notamment affecté leur désir de travailler avec des gens d’autres horizons politiques. Les politiques et les actions de l’AP ont donc largement limité l’action collective dans l’ensemble des territoires.

La documentation que j’ai recueillie sur les manifestations de 2007 à 2016 montre en outre que les mobilisations sont plus fréquentes dans les zones qui ne sont pas sous le contrôle direct de l’AP. Bien que beaucoup plus de Palestiniens vivent dans la zone A que dans les zones B ou C, les données montrent qu’il y a peu de protestations dans la zone A mais que dans les zones B et C il y en a énormément par rapport au nombre d’habitants.

Certains mouvements de protestation illustrent cette tendance, comme les opérations coup de poing à Jérusalem par exemple, où Israël interdit tout fonctionnement officiel de l’AP. Dans ces endroits, les manifestations se forment à des moments critiques, mais elles ne durent pas, car elles n’ont pas de chef et ne sont pas vraiment organisées. Dans nombre de ces endroits, et en particulier à Jérusalem, l’occupation israélienne a détruit les institutions palestiniennes historiques qui permettaient de les organiser. Par conséquent, lorsque des situations suscitent des réactions palestiniennes, des protestations surgissent spontanément avec des objectifs à court terme, mais elles ne peuvent pas durer.

On peut citer comme exemple les manifestations qui ont éclaté en juillet 2017 à cause des restrictions à l’entrée d’Al-Aqsa mises en place par Israël: elles ont surgi d’un seul coup, se sont concentrées sur des objectifs spécifiques, ont obtenu quelques concessions et se sont rapidement dissipées. La possibilité de transformer ces efforts de mobilisation en campagnes plus durables est limitée en raison de la répression israélienne. Et, dans les régions où les Palestiniens jouissent (théoriquement) d’une plus grande liberté de mouvement, l’AP  a réussi à paralyser l’action collective.

Source: Externe

Que peut-on faire?

La direction palestinienne

Jusqu’à présent, l’AP a refusé, malgré les pressions, de s’engager dans des initiatives néfastes comme la conférence «de la Paix à la prospérité» organisée par Jared Kushner à Bahreïn, ou de cesser de dédommager les familles des martyrs. Mais elle ne peut pas se contenter de réagir. Le mépris total de l’administration Trump pour le droit international et pour les accords de paix passés a un côté positif: cela donne à l’AP l’occasion de restructurer les relations entre l’Etat et la société pour la première fois depuis de nombreuses années. Le financement américain a déjà été réduit et les attaques des Etats-Unis et de leurs alliés contre l’AP ont détruit le pouvoir de négociation que celle-ci aurait pu avoir sur la scène internationale. Du coup, les dirigeants palestiniens n’ont plus rien à perdre.

L’AP doit ramener dans le débat les partis politiques palestiniens qui ont été écartés du fait de l’implication américaine et israélienne, y compris les groupes islamistes. Le Fatah et le Hamas doivent se consacrer sérieusement à cette réconciliation. Il faut aussi se servir de l’OLP en tant qu’institution et la revitaliser une fois de plus pour activer les pans de la diaspora palestinienne qui ont été négligées.

Depuis les Accords d’Oslo, l’OLP a cessé de fonctionner en tant qu’institution et mouvement de libération et elle a été remplacée par le projet de construction de l’État de l’AP. Mais pour donner plus d’espace aux dirigeants palestiniens et pour mobiliser les pans de la société palestinienne qui ne vivent pas en Cisjordanie, il est impératif que l’OLP retrouve une nouvelle vie. Les dernières nominations et réunions du Conseil national palestinien (CNP) n’ont, de l’avis général, pas atteint cet objectif. Un appel à des élections – et pas seulement du CNP – pourrait donc être un bon point de départ, de même que l’incorporation des partis islamistes dans l’OLP. Ils doivent pouvoir faire partie du Conseil législatif palestinien et du bureau du président.

Les dirigeants de l’AP peuvent faire tout cela sans rien craindre des États-Unis – de toute façon, Trump a déjà cédé Jérusalem aux Israéliens, et son administration a implicitement approuvé l’idée d’une annexion pure et simple de la Cisjordanie. C’est maintenant ou jamais: soit l’Autorité palestinienne restructure ses objectifs et ses relations avec la société palestinienne et retrouve sa pertinence, soit elle reste impuissante et réactive et dégringole toujours plus bas.

Source: Externe

La société civile palestinienne

Parallèlement, la société civile palestinienne doit comprendre l’impact de 25 ans d’AP, en particulier les répercussions de la répression ciblée et de l’augmentation des dissensions entre les groupes. Comprendre cette dynamique est la première étape pour combattre ses effets. Les militants palestiniens peuvent commencer à reformer des liens entre eux, au-delà des clivages politiques, et ils doivent prendre conscience que la polarisation qui existe actuellement peut être résolue. S’inspirer des études sur les mobilisations, et tirer les leçons de leurs propres mobilisations, peut permettre de lancer de réels défis à l’occupation israélienne.

Il s’agit de développer de nouveaux modes d’action collective représentatifs des différents mouvements politiques qui existent dans la société palestinienne, sans exclusion. Par exemple, le BDS a été un excellent modèle d’action parce qu’il intègre les Palestiniens indépendamment de leurs convictions politiques et les unit autour d’objectifs communs.

De même, les mouvements de protestation qui sont apparus dans les villages, comme à Bil’in, ont réuni des Palestiniens d’affiliations politiques différentes autour d’objectifs communs. Dans certains endroits, des comités populaires sont recréés dans cet esprit. Bien entendu, il ne faut pas sous-estimer la difficulté de s’organiser sous une occupation, d’autant plus que la répression israélienne se déploie sans limites pour étouffer dans l’œuf toute opposition éventuelle.

Cependant, la société civile palestinienne a trouvé des moyens créatifs de s’organiser dans le passé, en faisant appel à des organisations professionnelles, à des comités populaires de quartier, etc. Si l’Autorité palestinienne ne se met plus en travers de sa route, comme dans les cas de mobilisations villageoises citées plus haut, l’activisme palestinien deviendra beaucoup plus performant.

Il faut mettre fin à l’atomisation de la société civile palestinienne pour que le peuple palestinien puisse s’élever efficacement contre le statu quo. Avec un front plus unifié, non seulement les Palestiniens seront mieux à même de s’opposer à l’occupation, mais ils pourront aussi demander des comptes à leurs dirigeants.

Notes:

1. Des militants pro-palestiniens auraient été arrêtés en Arabie saoudite, notamment Mohammad Al-Rabieh et Abdulaziz Al-Odeh. Des militants d’autres États du Golfe que j’ai interrogés disent également que leur capacité d’action militante est de plus en plus limitée.

2. J’ai mené cette étude en 2016 en collaboration avec le Palestinian Center for Policy and Survey Research. Voir mon prochain livre pour plus de détails.

Dana el-Kurd -

16.11.19

Source: Chronique de Palestine