FREE PALESTINE

23 janvier 2019

L’AP a-t-elle joué un rôle dans la vente de maisons palestiniennes aux colons de Jérusalem?

Source: Externe

Un matin d’octobre, Adeeb Judeh a appris à son réveil que des colons juifs s’installaient dans son ancienne maison de la vieille ville

 

Judeh a été abasourdi parce qu’il avait vendu sa maison à Khaled Attari, un homme d’affaires palestinien, six mois auparavant, après avoir passé six ans à essayer de trouver un acheteur fiable.

«Pour toute la famille, c’est comme si le ciel nous tombait sur la tête», a dit Judeh à Al Jazeera qui se trouvait dans la maison de ses parents à Sheikh Jarrah.

«Notre famille est enracinée de longue date, ici, à Jérusalem. Nous nous sommes donné beaucoup de mal pour nous assurer que la personne qui achetait cette propriété respecterait le contrat. Et finalement toutes nos craintes se sont avérées fondées quand nous avons appris que notre maison était passée aux mains des colons.»

«Nous ne souhaiterions pas cela même à notre pire ennemi.»

Son ancienne maison qui est très bien située à Jérusalem, à deux minutes à pied de la mosquée Al-Aqsa, appartient aujourd’hui à Ateret Cohanim – une organisation de colons dont le but est de judaïser la vieille ville et ses environs.

Judeh occupe la fonction de 'gardien de la clé de l’église du Saint-Sépulcre' dans la vieille ville, l’un des sites les plus sacrés du christianisme. Ses ancêtres gardent les clés depuis le 12è siècle.

Non seulement la réputation de sa famille est désormais salie, et sa famille subit des pressions pour renoncer à la clé, mais Judeh a également reçu des menaces de mort de la part de Palestiniens suite à cette vente qui est un grave délit.

En vertu de la loi de l’AP (Autorité Palestinienne), la vente de terres et de biens aux juifs est illégale. Ces lois visent à protéger les biens palestiniens contre la prise de contrôle des terres palestiniennes par les colons sionistes.

Bien que ce ne soit pas la première fois qu’une maison palestinienne soit cédée à un groupe de colons par l’intermédiaire d’un entremetteur, cela a provoqué une vague de réactions parmi les habitants de Jérusalem, car ce cas-ci soulève des questions sur l’implication possible de l’Autorité palestinienne.

Source: Externe

Une grande vigilance

Judeh dit qu’il a fait preuve d’une grande vigilance pour s’assurer que sa maison se retrouve entre de bonnes mains.

Il dit qu’il a été approché pour la première fois en 2014 par Fadi Elsalameen, un militant palestinien américain d’Hébron connu pour critiquer le président palestinien Mahmoud Abbas et la corruption de l’AP, et chercheur non résident à l’Institut de politique étrangère à la John Hopkins School of Advanced Studies.

Comme c’est Nabil Jaabari, un dirigeant respecté, président du conseil d’administration de l’Université d’Hébron, qui lui avait suggéré le nom d’Elsalameen, Judeh était convaincu qu’il avait en lui un acheteur digne de confiance.

Grâce à ses contacts dans le Golfe, Elsalameen avait appris qu’un conglomérat commercial émirati qui avait pour objectif de protéger les maisons palestiniennes des colons, subventionnerait à hauteur de 2,5 millions de dollars l’achat de la maison.

Cependant, peu après qu’Elsalameen eut versé un acompte de 1,5 million de dollars, l’Autorité palestinienne aurait gelé son compte bancaire au prétexte qu’il avait des liens avec Mohammed Dahlan, l’ancien chef de la sécurité de Gaza qui vit en exil aux Emirats Arabes Unis et qui est le principal rival d’Abbas.

Elsalameen n’ayant pas pu transférer le reste de l’argent, Judeh a annulé le contrat. Elsalameen, a nié être le mandataire de Dahlan.

«Je ne fais pas partie du mouvement politique de Dahlan, je n’évolue pas dans son orbite politique, je ne travaille pas pour Dahlan. Je n’ai rien à voir avec les activités politiques de Dahlan, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la Palestine», a déclaré Elsalameen à Al Jazeera. «L’AP a toujours essayé de me discréditer de toutes les manières possibles, à cause de mon travail anti-corruption.»

Judeh a ensuite été contacté par Khaled Attari, un homme d’affaires palestinien. Selon le journal israélien Haaretz, il aurait des liens étroits avec l’AP, en particulier avec son chef du renseignement Majed Faraj.

Avant de conclure l’accord avec Attari, Adnan Husseini, alors gouverneur de Jérusalem de l’AP, avait donné à Judeh le feu vert pour vendre sa maison à Attari.

C’est une pratique courante pour les habitants de Jérusalem d’avertir le gouvernorat avant de vendre leur maison, pour que ce dernier fasse effectuer un contrôle sur l’acheteur par les forces de sécurité de l’AP.

L’AP ayant donné sa bénédiction, Judeh a vendu la maison le 23 avril 2018 à Attari. Le même jour, Attari a transféré la propriété de la maison de son nom à sa société, Daho Holdings, enregistrée aux Antilles pour échapper à l’impôt, selon Judeh.

Quelque six mois plus tard, des colons ont emménagé dans la maison. Ateret Cohanim aurait acheté la maison à Daho Holdings pour 17 millions de dollars.

Arrestation des membres de la commission d’enquête

Le cheikh Abdullah al-Qam, le secrétaire général qui représente les familles de Jérusalem, a créé une commission pour enquêter sur cette affaire. Qam a dit à Al Jazeera qu’ils avaient en leur possession des documents prouvant qu’Attari avait bien vendu la maison aux colons.

Le même mois, la police israélienne a arrêté des membres du comité, dont Qam lui-même, parce qu’ils avaient enquêté sur cette affaire, a indiqué Qam. A sa libération, on a ordonné à Qam d’arrêter l’enquête.

Mais cela n’a pas découragé le groupe et ils ont rapidement planifié une autre session. Cette fois, c’est l’AP qui est intervenue et a donné les mêmes ordres que les autorités israéliennes, ce qui a mis fin au travail de la commission, a dit Qam à Al Jazeera.

«L’un des représentants officiels de l’AP, Adel Abu Zunied, m’a demandé d’arrêter l’enquête», a déclaré Qam. «L’AP a donné sa accord pour que la maison soit vendue à Khalid Attari… Les 17 millions de dollars, où sont-ils passés? Ils sont allés à l’Autorité palestinienne», subodore Qam.

Le porte-parole du service de sécurité de l’AP n’a pas répondu à la demande de commentaires d’Al Jazeera. 

Source: Externe

Les orphelins politiques de Jérusalem

Le problème des cessions de maisons palestiniennes aux colons juifs est la partie émergée d’un problème plus vaste – les 330.000 Palestiniens de Jérusalem sont devenus des 'orphelins politiques' en raison de l’absence d’une 'direction politique unifiée qui puisse les guider', comme l’écrit le journaliste Daoud Kuttab dans son article sur cette affaire.

Khaled Abu Arafeh, ancien ministre des affaires de Jérusalem pendant le gouvernement palestinien de 2006-2007 dirigé par le Hamas, a déclaré à Al Jazeera que l’Autorité palestinienne devrait déposer des plaintes officielles pour que des poursuites judiciaires soient engagées contre Israël pour avoir violé les accords d’Oslo.

«Les contrats entre la population civile locale et la puissance occupante sont nuls et non avenus selon le droit international», a déclaré M. Arafeh, faisant remarquer que cela inclut les contrats avec les organisations de colons, car ils sont financés par le gouvernement israélien.

«L’Autorité palestinienne est censée lutter contre ce problème à Jérusalem. Elle aurait dû, en s’appuyant sur les accords d’Oslo, demander des comptes à Israël qui est coupable de modifier la démographie de la ville.»

«Il incombe également aux organisations internationales de respecter leurs engagements envers Jérusalem, d’appliquer les accords internationaux selon lesquels Jérusalem est une terre occupée, et de ne pas laisser les habitants de Jérusalem à la merci des forces d’occupation», a déclaré Arafeh. «L’Autorité palestinienne ne fait pas son travail dans ce domaine. Elle n’a pris que des mesures superficielles jusqu’à présent, et uniquement pour sauver la face vis-à-vis du peuple palestinien.»

Le journal libanais Al Akhbar a rapporté en 2016 que huit des dix maisons de la rue où se trouve l’ancienne maison de Judeh étaient déjà passées aux mains des colons, au cours des dernières années.

Quelque 2500 colons vivent actuellement dans une centaine d’immeubles dans des quartiers palestiniens de la vieille ville et de ses environs.

Fakhri Abu Diab, porte-parole d’un comité local de défense des biens palestiniens à Silwan, un quartier de Jérusalem situé juste à l’extérieur de la vieille ville, a dit à Al Jazeera qu’il fallait créer un nouvel organisme indépendant, dirigé par des personnes indépendantes et des institutions respectées de Jérusalem, afin de d’enquêter correctement sur les acheteurs potentiels et s’assurer que les maisons restent en de bonnes mains.

Cependant, leurs appels en faveur de la création d’un nouvel organe restent sans réponse des dirigeants palestiniens depuis des années, y compris de la part du gouverneur de Jérusalem, selon Abu Diab.

Une situation similaire s’est produite en 2014 lorsqu’un homme d’affaires palestinien d’Israël a proposé d’acheter des maisons palestiniennes à Silwan.

Selon les habitants, l’acheteur a prétendu avoir des liens avec de riches hommes d’affaires des Émirats qui voulaient utiliser les propriétés pour loger des touristes musulmans qui se rendaient à la sainte mosquée Al-Aqsa.

Après la vente, des colons accompagnés de policiers et de gardes armés sont entrés dans les maisons qu’il leur avaient été vendues.

«C’était la plus grosse affaire de ce genre à Silwan; 27 maisons avaient été vendues en même temps,» a dit Abu Diab. Selon lui, il y a actuellement 72 unités de logement pour colons à Silwan, dont 43 leur ont été cédées frauduleusement.

Les Palestiniens sont dans une position difficile car, vivant dans une grande misère, ils sont obligés de vendre leur maison pour joindre les deux bouts. 82% des habitants de Jérusalem-Est vivent en-dessous du seuil de pauvreté.

«C’est une chose lorsque l’Occupation confisque ou démolit votre maison par la force, mais c’en est une autre lorsqu’elle est offerte aux colons sur un plateau d’argent», a déclaré Abu Diab.

«C’est un phénomène douloureux qui fait énormément de tort à notre société.»

Mersiha Gadzo - (aidée par Farah Najjar)

13.01.19

Source: Chronique de Palestine

22 janvier 2019

Lettre ouverte de la Campagne BDS France à France Télévisions

Source: Externe

Mme la Présidente directrice générale de France Télévisions, Delphine Ernotte

Aux 14 membres du Conseil d’administration de France Télévisions dont les membres du C.S.A

Aux cinq personnalités indépendantes du comité d’éthique de France Télévisions

 

France Télévisions se réclame d’une 'Charte d’éthique' quant à ses 'Engagements éthiques et déontologiques en matière de contenu des produits diffusés', visant entre autres à 'contribuer au respect des droits de la personne, notamment de sa dignité, et la lutte contre les discriminations' et à la 'promotion du vivre ensemble' (décembre 2017, pp. 22-23).

France Télévisions est par ailleurs membre de l’Union Européenne des radios télévisions publiques (U.E.R.) qui vient d’accepter en septembre l’organisation de l’Eurovision à Tel-Aviv du 14 au 18 Mai 2019.

L’U.E.R a demandé pour cet accueil à Israël des garanties 'en matière de sécurité, d’accès pour tous, de liberté d’expression et du respect du caractère apolitique de ce Concours' et a rappelé les valeurs du Concours que sont la diversité et l’ouverture à tous.

Cette situation nous conduit, ainsi que de nombreux artistes et acteurs culturels en France et dans le monde entier, à soulever plusieurs questions:

  • Comment est-il possible de parler d’un Concours apolitique quand celui-ci sera accueilli dans un pays qui pratique l’apartheid à l’égard des Palestiniens (colonisation, occupation illégale, violation permanente de leurs droits humains) et cherche à se servir de l’Eurovision pour redorer son image?
  • Comment parler d’une garantie de la liberté d’expression et d’ouverture à tous, dans un pays qui vient de voter la 'loi de l’État nation du peuple juif' qui confère un mandat constitutionnel de discrimination raciale contre les Palestiniens?
  • Comment évoquer l’accès à tous et la diversité alors que de nombreux participant(e)s et spectateurs/trices seront très probablement victimes d’un refoulement vu les difficultés permanentes d’entrer en Israël?

Nous pensons que France Télévisions et l’U.E.R, en retransmettant sur leurs chaînes de télévision le Concours de l’Eurovision accueilli à Tel-Aviv, se rendraient complices des violations des droits humains des Palestiniens en fermant les yeux sur le contexte des massacres perpétrés récemment encore et encore par les forces israéliennes dans la bande de Gaza assiégée.

Source: Externe

C’est pourquoi nous invitons France2 et ITV Studios France à respecter la charte éthique de France Télévisions et à ne pas reconduire leur engagement à retransmettre en direct la sélection nationale Destination Eurovision qui désignera la/le ou les représentant(e)s de la France au 64è Concours de l’Eurovision, si celui-ci est organisé à Tel-Aviv, capitale de l’apartheid israélien.

140 artistes appellent au boycott de l’Eurovision si le Concours a lieu en Israël. Une pétition de même contenu a recueilli plus de 20.000 signataires.

Nous souhaitons vivement:

  • Que vous refusiez de blanchir le régime israélien avec la retransmission de l’Eurovision 2019
  • Que vous vous détourniez de l’Eurovision 2019 accueillie à Tel Aviv

Alors nous serons fier(e)s de notre radiotélévision publique!

Dans l’attente d’une réponse nous vous adressons nos sincères salutations,

Pour la Campagne BDS France, signer la pétition ci-dessous: 

#BoycottEurovision2019 : pétition européenne à signer!

La pétition ci-dessous est la version en français d'une pétition initiée par le PACBI (Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel): Nous, soussigné-e-s, habitant-e-s d'Europe et d'ailleurs, faisons appel aux membres de l'Union Européenne de Radiotélévision - les diffuseurs publics - pour qu'ils se retirent du Concours de l'Eurovision

https://www.bdsfrance.org

Brigitte Challande & Jean-Guy Greilsamer -

12.01.19

Source: Afrique Asie.fr

21 janvier 2019

Les sénateurs américains rejettent la loi anti-BDS et pro-Israël

Source: Externe

Le Sénat des Etats-Unis a rejeté au cours d’un vote de clôture, un projet de loi visant à combattre le boycott d’Israël que mène le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS)

 

Les sénateurs républicains Marco Rubio, James Risch, Cory Gardner, et Mitch McConnell ont proposé à la discussion au Sénat comme premier projet de loi de 2019, la 'loi de 2019 sur le renforcement de la sécurité américaine dans le Moyen-Orient' (S.B.1).

Ce projet de loi protège Israël pour ses violations permanentes des droits humains contre le peuple palestinien et appelle à punir ceux qui s’engagent dans le boycott d’Israël pour ses violations du droit international et des droits humains. 

Les textes législatifs proposés par Rubio incluaient aussi plusieurs projets de loi à propos de l’aide américaine à Israël et à la Jordanie en matière de sécurité, ainsi qu’un ensemble de nouvelles mesures contre le régime syrien du président Bashar al-Assad.

La clôture du débat autour du projet de loi a été repoussée (1): 56 voix pour contre 44, donc en-dessous du seuil des 60 voix nécessaires à la clôture au sénat des Etats-Unis, tous les démocrates sauf 4 votant contre.

Quarante-trois sénateurs démocrates, dont beaucoup avaient auparavant soutenu les textes législatifs contre BDS, ainsi que les textes en faveur d’une aide à Israël en matière de sécurité ont voté contre la clôture du débat sur le projet de loi.

Selon un communiqué de presse de l’Institut pour la compréhension du Moyen-Orient (IMEU), le projet aurait aussi inscrit dans la loi une aide de 38 milliards de dollars sur 10 ans à Israël, pour la défense, et aurait protégé les Etats et les gouvernements locaux qui passent des lois punissant les individus et les entreprises entérinant le boycott, le désinvestissement et les sanctions contre Israël en soutien des droits humains palestiniens.

Zoha Khalili, avocate chez 'Palestine Legal'a déclaré: «Le désir de nos responsables élus de protéger Israël d’un examen de ses violations sytématiques des droits palestiniens ne peut justifier de saper nos droits constitutionnels».

Khalili a souligné: «Ce projet de loi, ainsi que les lois anti-boycott qu’il cherche à encourager, fait partie d’une tentative beaucoup plus large de saper le soutien à la Palestine».

Source: Externe

Rebecca Vilkomerson, directrice générale de 'Jewish Voice for Peace' a déclaré: «Les efforts continus pour subvertir les droits constitutionnels par des lois anti-BDS au Congrès sont alarmants. Que des responsables élus, dans les deux chambres, se dressent en faveur de la libre expression et du droit de parler ouvertement contre l’injustice en s’opposant à ces projets est le signe encourageant que s’exprimer en faveur des droits palestiniens est de plus en plus reconnu comme partie intégrante d’un programme progressiste».

Josh Ruebner, directeur politique de la Campagne pour les droits palestiniens aux Etats-Unis, a ajouté: «Le vote d’aujourd’hui, par les sénateurs démocrates qui empêche de prendre en considération S.1, un projet de loi qui encouragerait les états à punir les personnes boycottant en faveur des droits palestiniens et autoriserait un don de 38 millards de dollars d’armes à Israël, est une étape importante dans la bonne direction, à savoir changer la politique américaine pour soutenir la liberté, la justice et l’égalité du peuple palestinien».

Note:

(1[Note Trad.: Il s’agit d’une procédure appelée 'cloture': contre le blocage d’un projet de loi par des discussions prolongées, cette procédure permet de voter la clôture des débats et de permettre au projet de poursuivre son chemin législatif. La procédure exige maintenant une majorité des 3/5 (soit 60 votes favorables pour la clôture des débats).]

Ma'an News -

11.01.19

Source: Agence Médias Palestine

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20 janvier 2019

Le Mouvement des prisonniers, une école révolutionnaire et éthique

Source: Externe

Les expériences des combattants révolutionnaires derrière les barreaux constituent l’une des sources les plus importantes de force morale à partir de laquelle les mouvements populaires et les forces de libération tirent une source renouvelable d’énergie révolutionnaire indestructible, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des murs de la prison.

Ils constituent une école révolutionnaire à la fois politique et éthique, à l'origine de la créativité et de l'inspiration. Les récits et les expériences de ces combattants touchent toute la société. Leurs mots et leurs messages s'échappent de prison.

Ces messages secrets sont entrés clandestinement dans un espace ouvert, atteignant les places, les rues, les écoles, les ruelles et les cafés, depuis les cellules destinées à servir de boîtes de silence et d'isolement.

Autrefois, on disait: les idées ont des ailes, elles ne peuvent pas être enfermées dans des cages en fer et elles n’ont pas besoin de passeport!

Il existe des exemples exceptionnels, dans lesquels les prisonniers deviennent des travailleurs journaliers qui portent la responsabilité de la cause nationale et portent le fardeau de leurs rôles d'icônes, de symboles et de 'généraux de patience'.

Ceux qui sont emprisonnés pendant de longues années et des décennies, deviennent aux yeux du peuple les modèles d’une boussole morale qui souligne la valeur de la liberté et les vertus de la fermeté, du sacrifice et de l’altruisme.

Les noms et les expériences sont nombreux; ils ne se limitent pas à Nelson Mandela, Mumia Abu Jamal, Larbi Ben M'hidi, Georges Abdallah, Oscar Lopez Rivera et Ahmad Sa'adat, ni au combattant emprisonné Karim Younis, qui entre aujourd'hui dans sa 37è année dans les prisons du colonisateur sioniste.

Source: Externe

«Les prisonniers font partie de la lutte de résistance», explique l'ancien prisonnier Ahmad Abu Saud. «Ils ne ménagent aucune chance ni aucune opportunité de communiquer avec chaque combattant pour lui fournir les moyens et les connaissances nécessaires pour poursuivre la lutte. Aujourd'hui, par exemple, le combattant Karim Younis entre dans sa 37è année dans les prisons d'occupation. Il n'a pas cessé un jour de poursuivre ses activités culturelles, révolutionnaires et universitaires. Il n'y a pas de limite aux études, conférences et contributions culturelles produites par ce dirigeant dans l'éducation des combattants emprisonnés au cours de ses années et décennies derrière les barreaux.»

Charlotte Kates, coordinatrice internationale du Réseau de Solidarité avec les Prisonniers Palestiniens Samidoun, estime que «les dirigeants emprisonnés dans les prisons israéliennes, tels que Karim Younis, Khalida Jarrar, Ahmad Saadad, Nael Barghouthi et de nombreux autres combattants contre le sionisme et l'occupation, ont une influence qui s'étend tout au long du mouvement palestinien et arabe et au-delà, à la lutte internationale contre le colonialisme, l'impérialisme et le racisme. Ce sont des révolutionnaires et des leaders d’un mouvement international qui se bat pour une alternative globale, pour la justice sociale et pour la libération nationale et sociale.»

Au début, le mot était 'liberté'

Chaque prisonnier a une histoire à raconter et chaque histoire est une autre pierre dans la construction du château de l'expérience de lutte du mouvement des prisonniers.

Les leçons apprises par ces prisonniers convergent et interagissent dans le cadre du mouvement de libération nationale et dans la confrontation d'un ennemi commun, comme des jets d'eau qui viennent de tous les côtés et se dirigent ensemble vers le fleuve.

Dès le premier moment à l'intérieur de la prison, les combattants entrent dans un nouveau champ de bataille qui affecte leur vie, celle de leur famille et celle de leur village, voisinage, usine, camp et ville.

La parole écrite des combattants créatifs, des écrivains et des intellectuels derrière les barreaux, reste un témoin de l'histoire et des luttes du peuple palestinien.

Leurs contributions littéraires, culturelles, politiques, académiques et artistiques sont très importantes à 'l'extérieur', en particulier pour la jeunesse palestinienne active. Cela est particulièrement vrai si leurs travaux de créativité et leurs concepts novateurs sont mis à disposition, pris au sérieux et exposés à la critique en dehors de la prison, au-delà de l’appel de la sympathie ou de la solidarité formelle.

Depuis les prisons britanniques coloniales qui sont devenues des prisons sionistes, le poème  "De la prison d’Akka" *, écrit au fusain sur les murs de la cellule, a été gravé de ses mots intemporels dans la mémoire du peuple.

La bibliothèque palestinienne et arabe comprend aujourd'hui des dizaines de romans, recueils de nouvelles, poèmes, dessins animés, œuvres d'art visuel, études politiques, traductions et articles importants parus dans les prisons. Là, ces combattants ont eu l'occasion d'étudier de près l'entité coloniale et ont appris son langage, ses conditions et ses contradictions.

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Le roman "Le secret du pétrole", publié l'an dernier par le prisonnier Walid Daqqa, a suscité la colère des agences de sécurité sionistes, qui ont récompensé sa production créative avec punitions et isolement cellulaire.

Ce roman a été largement distribué parmi les enfants et les jeunes et c’est un exemple vivant de la nécessité de dépasser la 'relation symbolique' avec des prisonniers emblématiques pour une relation plus étroite entre le lecteur et l'écrivain. Le prisonnier, dans ce cas, est d'abord un homme créatif, mais aussi un écrivain et un combattant.

La mémoire palestinienne chérit les martyrs du mouvement des prisonniers depuis les martyrs de la prison d’Akka dans les années 1920 et 1930, devant le martyr Ibrahim al-Rai, qui a manifesté le slogan «La confession est une trahison» dans un texte écrit dans le sang.

C'est un exemple de la combinaison entre conscience et volonté dans les cachots de la torture. L'histoire d'Al-Rai, qui a décidé de rester ferme jusqu'à son dernier souffle, est étonnamment similaire à l'expérience du combattant et martyr algérien Larbi Ben M'hidi, dans sa résistance, ses sacrifices et ses défis extraordinaires présentés aux tortionnaires et aux meurtriers de la colonisation. Ils sont devenus une boussole révolutionnaire et une page brillante de l'histoire et de la conscience de leur peuple. 


* L'origine du poème n'est pas très claire. Certains disent que cela a été écrit dans les années 30 sur les murs de la prison d’Akka par un révolutionnaire nommé Awad, qui attendait son exécution par les dirigeants coloniaux britanniques. D'autres spécialistes ont noté que le poème avait probablement été composé par un poète populaire de la classe ouvrière à Haïfa, Nuh Ibrahim, peut-être le plus célèbre poète palestinien de son temps et porteur de son propre héritage de Résistance. Voir un article de Samidoun sur le sujet (en anglais).

Khaled Barakat -

09.01.19

Source: CoupPourCoup31

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19 janvier 2019

À Jérusalem-Est, un nouveau centre commercial israélien suscite la controverse

Source: Externe

Israël présente le centre commercial d’Atarot comme un projet de coexistence, mais de nombreux Palestiniens craignent qu’il ne vienne enfoncer une économie palestinienne déjà désastreuse à Jérusalem

 

Un nouveau centre commercial israélien vient d’ouvrir ses portes, juste en face du menaçant mur de béton de huit mètres de haut qui sépare physiquement les villes palestiniennes de Cisjordanie occupée de Jérusalem.

Le projet de 200 millions de shekels (47 millions d’euros), ouvert au public ce mardi après deux ans de travaux, se situe dans la zone industrielle d’Atarot, à seulement deux minutes en voiture de l’un des plus notoires postes de contrôle militaires israéliens, Qalandia, qui isole la ville de Ramallah de Jérusalem.

Érigé par Rami Levy, un homme d’affaires israélien propriétaire de la troisième plus grande chaîne de supermarchés israélienne, Rami Levy Hashikma Marketing, le centre commercial d’Atarot s’étend sur 25.000 m² et comprend deux étages accueillant 50 magasins et restaurants, dont plusieurs appartenant à des Palestiniens, ainsi qu’un parking spacieux.

La chaîne de supermarchés de Levy, qui exploite également des succursales dans les colonies de peuplement illégales en Cisjordanie occupée, est réputée pour ses prix compétitifs et ses offres inégalées.

L’emplacement du complexe d’Atarot est stratégique et facilement accessible aux habitants des quartiers palestiniens environnants, tels que Beit Hanina, Shuafat et Dahiyeh. Levy l’a présenté comme une oasis de paix, construit pour les consommateurs palestiniens comme israéliens.

«Ces centres peuvent prouver qu’il est possible de vivre ensemble et de bien se traiter», a-t-il déclaré dans une vidéo produite et partagée sur les réseaux sociaux en novembre par COGAT, le bras armé israélien qui supervise les territoires palestiniens occupés.

«Tout le monde est invité ici. Je pense que nous pouvons prouver à tout le monde qu’il est possible de coexister», poursuit-il dans cette vidéo, qui montre des images du magnat des supermarchés regardant le mur de séparation israélien – jugé illégal au regard du droit international – et les maisons palestiniennes piégées derrière.

«Nous ne pouvons pas normaliser leur occupation»

Le centre commercial a déclenché un débat parmi les Palestiniens de Jérusalem, certains appelant au boycott du centre commercial lui-même et des magasins palestiniens qui y sont représentés, tandis que d’autres affirment que ce complexe est nécessaire en raison du manque de centres commerciaux dans la zone.

«Nous habitons juste à côté du centre commercial. Nous sommes très heureux de son ouverture, nous avions besoin d’un supermarché comme celui-ci dans le coin», a déclaré une Palestinienne qui a souhaité garder l’anonymat, tandis qu’elle attendait avec ses deux filles de pénétrer dans le supermarché Rami Levy, situé au rez-de-chaussée du centre commercial.

«Pourquoi nous mentons-nous à nous-mêmes? Nous sommes un État sous occupation. Nous sommes obligés d’acheter des produits israéliens. Les supermarchés palestiniens vendent également des produits israéliens. Il n’existe aucune alternative. C’est moins cher pour nous d’acheter ici», a déclaré la mère de famille à Middle East Eye.

Israël impose des restrictions strictes aux échanges commerciaux en provenance de Cisjordanie, ce qui rend difficile l’entrée de produits palestiniens à Jérusalem. Bien qu’il existe des alternatives pour les habitants de Jérusalem, ceux qui choisissent de boycotter les produits israéliens rencontrent des difficultés pour le faire.

Fadi Mtour, activiste âgé de 38 ans résidant à Jérusalem, a déclaré qu’il rejetait complètement l’idée du centre commercial. 

«Nous constatons la coexistence tous les jours. Nous la constatons aux check-points, dans les meurtres de Palestiniens, dans les démolitions de maisons. Nous la vivons 24 heures sur 24», a-t-il déclaré à MEE«Nous ne pouvons pas normaliser leur occupation ou lui accorder une légitimité.»

Pointant du doigt plusieurs magasins israéliens récemment ouverts à Jérusalem-Est occupée, Fadi Mtour a déclaré qu’à son avis, ce centre commercial «faisait partie d’une campagne plus vaste visant à nuire au commerce de proximité palestinien et à judaïser Jérusalem».

«Quand je passe à côté du centre commercial, j’essaie de ne même pas lui jeter un coup d’œil. C’est triste. Tout ce dont nous disions être des limites à ne pas franchir et qu’on ne laisserait pas arriver est déjà arrivé, et ce, avec une incroyable facilité», a-t-il poursuivi. «Il n’y a pas d’alternative à offrir aux gens. Il n’y a aucun leadership à Jérusalem pour les guider.»

La population palestinienne de Jérusalem souffre d’un manque de représentation politique et de leadership depuis des décennies, et en particulier depuis la signature des accords d’Oslo dans les années 1990 par Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

L’accord a mené à la création de l’Autorité palestinienne (AP), un gouvernement intérimaire basé en Cisjordanie qui devait aboutir à la création d’un État palestinien incluant Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la bande de Gaza.

Mais les accords se sont effondrés, un deuxième soulèvement populaire palestinien a pris son essor en 2000, puis Israël a commencé à construire le mur de séparation en 2004, arguant sa nécessité pour des 'raisons de sécurité'.

Le mur a eu des effets dévastateurs sur l’économie palestinienne à Jérusalem. Avec plus de quatre millions de Palestiniens en Cisjordanie occupée ayant besoin de permis militaires israéliens – difficiles à obtenir – pour accéder à la ville, le statut de Jérusalem en tant que capitale économique et commerciale des Palestiniens a été irrémédiablement endommagé.

Israël a complètement écarté l’Autorité palestinienne à Jérusalem, où l’organisme palestinien n’a quasiment aucune influence politique.

Les autorités israéliennes revendiquent la totalité de Jérusalem comme capitale, alors que leur occupation militaire de la moitié est de la ville depuis 51 ans est considérée comme illégale au regard du droit international. Le gouvernement israélien a également été accusé de s’employer à chasser les habitants palestiniens hors de la ville.

Source: Externe

Des prix imbattables

Moussa Jafar, l’un des propriétaires du célèbre supermarché palestinien Jafar situé à proximité de Beit Hanina, a déclaré qu’en raison d’un manque de sensibilisation et de leadership à Jérusalem, de nombreux Palestiniens feraient leurs achats dans le nouveau centre commercial.

«Les gens ne comprennent pas que si nous maintenons l’argent au sein de la communauté palestinienne, nous en profitons les uns les autres, au lieu de le placer sur le marché israélien», a-t-il expliqué à MEE.

Lui et d’autres propriétaires de magasins palestiniens craignaient l’impact du nouveau centre commercial sur leurs commerces. «Cela nous dérange beaucoup. Nous essayons d’améliorer le service à la clientèle, d’offrir des prix relativement bas et d’apporter des produits uniques, mais nous ne pouvons absolument pas concurrencer les prix de Rami Levy. Nous devons être réalistes», a indiqué Jafar.

«Quand je vais dans ces supermarchés et que je vois ce qu’ils vendent, je suis abasourdi. Pour certains articles que j’achète 10 shekels [2,36 euros] et que je revends 15 shekels [3,55 euros], dans un magasin Rami Levy, je les retrouve en vente à 7 shekels [1,65 euros]. Ils vendent aussi des choses en vrac et ont des offres bon marché», a-t-il précisé.

L’impact négatif du nouveau centre commercial sur l’économie palestinienne à Jérusalem a été le principal argument invoqué par ceux qui ont appelé à son boycott.

Hijazi al-Rishq est à la tête du comité des commerçants de la rue Salah al-Din, le principal centre économique palestinien à Jérusalem, qui se situe juste en face de la vieille ville. «Beaucoup de gens de Shuafat et Beit Hanina éviteront d’aller dans la rue Salah al-Din en raison du manque de places de stationnement et des embouteillages. La police israélienne attend souvent là pour infliger une amende à quiconque se gare illégalement», a déclaré Rishq à MEE.

«Tous ceux qui traversent Qalandia ou ceux qui vivent en Cisjordanie occupée et qui possèdent des cartes d’identité de Jérusalem trouveront beaucoup plus pratique de passer par le centre commercial en chemin. Ce projet fait partie intégrante de la judaïsation de Jérusalem. Cela aura un impact dévastateur non seulement sur les magasins palestiniens dans les environs du centre commercial, mais également à travers Jérusalem», a-t-il déclaré.

Des magasins palestiniens dans le centre commercial

Le fait que certains propriétaires de magasins palestiniens, à Jérusalem et en Cisjordanie occupée, aient décidé de louer des magasins dans le centre commercial est venu alimenter la controverse.

Mohammad Uweiwi, propriétaire du magasin de vêtements pour hommes TAG à Ramallah, a ouvert un magasin dans le centre commercial d’Atarot ce mardi. «C’est moins cher pour nous de louer ici que dans d’autres zones de Jérusalem», a-t-il indiqué à MEE.

«Chacun est libre de faire ses propres choix. Pourquoi ne pas avoir quelque chose près de chez vous? Pourquoi ne pas avoir des magasins palestiniens à côté de chez vous, ce qui est rapide et accessible?», a-t-il demandé.

Selon Salah Haniyeh, responsable de l’Association de protection du consommateur palestinien, au moins six magasins appartenant à des Palestiniens ont ouvert leurs portes mardi et mercredi dans le centre commercial.

Haniyeh a déclaré que son association travaillait en partenariat avec d’autres institutions palestiniennes ainsi qu’avec la Chambre de commerce et d’industrie arabe à Jérusalem afin de faire pression sur les propriétaires de ces magasins pour qu’ils se retirent.

«S’ils ne sont pas d’accord, les noms des magasins seront placés sur une liste de boycott qui sera publiée sur les réseaux sociaux, dans les journaux et sur le site web de la chambre de commerce», a déclaré Haniyeh à MEE. «S’ils décident de se retirer et s’ils subissent des pertes financières, nous tenterons, par le biais d’avocats, de les indemniser.»

«Nous avons adressé un message aux commerçants et aux consommateurs palestiniens pour leur dire que l’objectif principal de ce projet est de détruire le secteur économique palestinien à Jérusalem. Nous voulons éviter tout projet lié à l’occupation israélienne et à son colonialisme», a ajouté Haniyeh.

«Le centre commercial de Rami Levy est un projet colonisateur dans Jérusalem-Est occupée.»

Zena Tahhan -

11.01.19

Source: MEE

18 janvier 2019

Un traité contraignant sur les droits humains serait un outil crucial pour les Palestiniens

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Il y a 70 ans, le 10 décembre 1948, les Nations-Unies ont adopté la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme – un document qui reste une référence dans les luttes pour la justice dans le monde entier.

La Déclaration souffre néanmoins d’une grave omission: elle n’oblige pas explicitement les grandes entreprises à se conformer à ses principes. Mais cela pourrait bientôt changer, des négociations étant en cours  en vue d’un traité contraignant, potentiellement révolutionnaire qui pourrait être crucial pour les Palestiniens.

Depuis 2014, un groupe de travail intergouvernemental a été missionné sur la préparation d’un traité réaffirmant la suprématie des droits humains sur les intérêts des entreprises et les accords commerciaux. Les négociations en cours vont directement instaurer des obligations – au lieu d’orientations laissées à la volonté des parties prenantes – pour le respect des droits humains par les entreprises internationales; leur responsabilité civile et pénale serait engagée si elles se soustrayaient à ces obligations.

Nettoyage ethnique

Les mouvements sociaux, en particulier ceux du Sud, où les gens perdent chaque jour la vie et leur gagne-pain à cause des opérations des entreprises internationales, ont été un moteur essentiel. La campagne mondiale 'pour la revendication de la souveraineté des peuples, le démantèlement du pouvoir des grandes entreprises et la fin de l’impunité' a été l’ébauche de leurs principes et de leurs revendications.

Pour les Palestiniens, victimes du nettoyage ethnique continu d’Israël provoqué par la résolution de la partition de la Palestine adoptée par l’ONU une année avant la déclaration sur les droits humains, un tel traité pourrait être un outil de premier plan leur permettant de faire rendre des comptes aux corporations transnationales sur leur implication aux côtés du régime israélien d’apartheid, de colonialisme et d’occupation.

Les entreprises internationales ne peuvent plus ignorer les protestations sur leur rôle dans le financement des colonies illégales ou d‘Elbit Systems, le premier producteur d’armes d’Israël. Les Palestiniens auraient un recours légal, différemment de ce qui s’est produit dans le passé.

En 2013, par exemple, un tribunal français a reconnu le rôle de Veolia Transport dans la construction d’une infrastructure importante pour le projet de colonies illégales d’Israël, mais le tribunal a noté que les directives existantes sur les droits humains à l’intention des entreprises reposaient simplement sur la bonne volonté.

Avec un traité contraignant, les tribunaux canadiens ne pourraient pas se contenter de refuser aux Palestiniens l’accès à leur système juridique lorsque des compagnies canadiennes construisent des colonies illégales sur la terre palestinienne, ni les renvoyer au même système israélien qui, premièrement, légalise les colonies.

Source: Externe

L’accès universel à la justice

Un traité contraignant sur les droits humains mettrait finalement en place un outil qui donne aux gens un accès direct et universel à la justice. Abir al-Butmeh du PENGON – Amis de la Terre Palestine, a dit que le cas de la Palestine «montre le besoin d’assurer un mécanisme international nous permettant de faire directement rendre des comptes (aux compagnies internationales)».

Pour autant, ce traité ne concerna pas que la Palestine; il concerne ceux de par le monde à qui a sont refusées la justice et l’autodétermination. Au nombre des bénéficiaires potentiels se trouvent des militants en Équateur, où l’enfouissement de milliards de litres d’eaux usées toxiques a été lié à de graves effets sur la santé de la population locale; des habitants du sud de l’Afrique qui s’organisent contre les corporations minières; et des Irakiens, auxquels fait défaut un mécanisme permettant de poursuivre des entreprises internationales d’armement et de sécurité qui commettent des crimes sur leur territoire.

L’idée de ce traité n’est pas nouvelle. Moins d’un an après que Salvador Allende ait abordé cette notion dans son discours de 1972 à l’ONU, le gouvernement chilien était renversé par un coup d’état sanglant qui ramena des entreprises internationales à la gouvernance du Chili. Plus de quatre décennies plus tard, le processus de négociations intergouvernementales a finalement démarré  – mais le chemin est long vers la réalité d’un traité contraignant.

Les États-Unis et Israël sont, sans surprise, parmi les plus de 90 États qui négocient. Ayant moi-même été témoin des négociations depuis des années, il me semble évident que l’UE partage un objectif avec l’OIE, l’Organisation Internationale des Employeurs, et la Chambre de Commerce Internationale: faire dérailler ou amoindrir le traité jusqu’à ce qu’il soit inutile. Parce qu’ils réaffirment l’attitude tenue sur la Palestine, quand ça chauffe, les engagements de l’UE sur les droits humains s’évaporent.

L’OIE a cependant averti des pays – dont l’Équateur et l’Afrique du Sud – qu’ils pourraient encourir des représailles en termes de restrictions dans les relations commerciales s’ils soutiennent le traité. Les deux pays, de même que d’autres soutiens du traité, sont connus pour leur défense des droits des Palestiniens à l’ONU. Il n’y a pas là de coïncidence.

Source: Externe

Continuer la lutte

Le lieu des négociations à l‘ONU renvoie une vérité première: la question palestinienne est partie intégrante de la lutte mondiale pour la justice et un test décisif de notre capacité à faire respecter les droits humains.

Cela montre en outre comment les efforts unis et persistants de mouvements de divers secteurs de la planète ont une force exceptionnelle. Défier les pouvoirs qui protègent la structure actuelle d’impunité qui a rendu possibles des décennies d’apartheid israélien et permis les actions d’entreprises internationales désastreuses pour la vie de millions de gens, n’est pas une tâche facile.

Ainsi que les Palestiniens ne le savent que trop bien, les décisions et documents de l’ONU servent bien trop souvent les intérêts des puissants et n’ont d’autre objectif que d’éviter à l’ONU d’être complètement délégitimé. Ce qu’il faut ce n’est pas un traité en soi mais un traité qui morde.

Même le meilleur traité ne pourrait pas supprimer le besoin d’une lutte continue à la base et de mécanismes populaires de mise face aux responsabilités, comme les campagnes de boycott – mais ce serait un outil supplémentaire dans la lutte pour la justice, la liberté et l’égalité.

Maren Mantovani -

16.12.18

Source: Agence Médias Palestine

17 janvier 2019

Le monde entier a oublié les enfants palestiniens assassinés par Israël en 2018

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Defence for Children International Palestine (DCIP) brosse de sombres perspectives pour les enfants palestiniens en révélant qu’au moins 56 ont été tués par Israël en 2018

 

Des témoins de certains des meurtres ont certifié que les enfants ciblés n’étaient pas armés et ne représentaient aucun danger pour l’Etat ou ses citoyens.

Les enfants palestiniens ont été tués par des tireurs d’élites, drones et forces de sécurité israéliens dans les Territoires palestiniens occupés. Cinq des enfants assassinés avaient moins de douze ans.

A Gaza, 49 enfants ont été assassinés par Israël dans le contexte des manifestations de la Marche du Grand Retour.

Des balles réelles ont été utilisées dans 73% des tirs mortels répertoriés par DCIP, qui a aussi relevé '140 cas d’enfants palestiniens qui ont été détenus par les forces palestiniennes'.

Les forces israéliennes ont aussi arrêté 120 enfants en Cisjordanie occupée.

Dans les deux cas, les enfants détenus ont subi des mauvais traitements aux mains des forces de sécurité qui les détenaient, que ce soit l’AP ou l’armée israélienne. Ces tactiques montrent que la collaboration d’Israël avec l’Autorité palestinienne cible un segment très vulnérable de la société palestinienne.

Qui plus est, le fait que les tireurs d’élite israéliens tuent et blessent des enfants palestiniens lors de la Marche du Grand Retour est une mutilation directe de la génération qui peut poursuivre la lutte anti-coloniale.

Il est inutile d’invoquer le droit international quand Israël, et même l’Autorité Palestinienne, ont étendu les paramètres d’un cycle continu de sévices perpétrés sur les enfants palestiniens.

Le droit international n’est pertinent que lorsqu’on l’utilise pour signaler que des violations se produisent et que les Palestiniens sont confrontés à un état membre de l’ONU qui traite avec mépris le droit international, tandis que la communauté internationale donne son accord tacite aux sévices et, dans certains cas, en est complice.

Source: Externe

L’étude du DCIP a établi le fait qu’Israël a tué en moyenne plus d’un enfant par semaine en 2018!

De précédentes statistiques officielles choquantes ont révélé qu’entre 2000 et 2014 Israël a tué en moyenne un enfant palestinien tous les trois jours pendant quatorze ans.

Tout au long de l’année, l’intention et les actes génocidaires d’Israël ont fait l’objet de discussions, mais ont été écartés en raison de la monopolisation du terme en référence à l’holocauste.

Pourtant, l’Article II de la Convention de l’ONU sur la Prévention et la Punition du Crime de Génocide définie le terme comme 'des actes commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux'. Qu’est-ce qu’Israël fait d’autre au peuple palestinien, 'en tout ou en partie'?

Les réponses de la communauté internationale sont si prévisibles qu’Israël ne trouve aucune difficulté à dépasser les limites fixées par le droit international; on le laisse agir en toute impunité.

Le 'goutte à goutte' des assassinats d’enfants palestiniens et la nature quasi routinière de leur détention restent indétectables par le radar des violations des droits de l’homme.

Comme la communauté internationale ne réagit pas aux violations israéliennes dans le cadre qu’elle a établi, Israël parvient à combler l’écart entre violations et droits.

Parler des violations d’Israël maintenant, c’est en fait aussi parler de l’irresponsabilité de la communauté internationale. Pourtant, ni l’un ni l’autre ne font l’objet d’un examen critique et ne sont tenus de rendre des comptes; il en résulte que régulièrement on évoque, à contre coeur ce qui devrait être en vertu du droit international en opposition au non-respect du droit par Israël.

Demander ou rendre des comptes, cependant, n’est depuis longtemps plus de mise sur la scène du crime. Si Israël veut tuer des enfants palestiniens (ou même des femmes et des hommes) il tuera, parce qu’il a décidé, tout à fait délibérément, de le faire.

Entre temps, la communauté internationale s’abstiendra toujours d’associer les actes d’Israël au génocide, préférant plutôt recourir à l’expression 'prétendus crimes de guerre', dont les auteurs ne seront jamais traduits en justice.

Les enfants palestiniens tués par Israël depuis de nombreuses années, l’an dernier y compris, le monde entier les a oubliés.

Ramona Wadi -

08.01.19

Source: Chronique de Palestine

16 janvier 2019

Le juge R. Goldstone a souffert d’avoir renié Gaza, mais pas autant que les Palestiniens qu’il a trahis

Source: Externe

Quand on est trahi par son héros, on ne l’oublie jamais. Je ne suis pas la seule personne, je le sais, qui considérait Richard Goldstone comme un héros – un juge formidable, brillant et courageux qui avait finalement dit la vérité au pouvoir au M-O. Et puis il s’est rétracté, comme un prisonnier politique terrifié, en multipliant les protestations d’amour envers la nation dont il avait si courageusement dénoncé les crimes de guerre

 

Aujourd’hui, après des années de silence, l’homme qui avait osé mettre Israël et le Hamas en face de leur violence impardonnable après la guerre de Gaza en 2008-09 a trouvé un défenseur dans un universitaire peu connu mais éloquent. Le juge Goldstone, un juif sud-africain, a été accusé par les Israéliens et leurs partisans d’être le 'mal incarné' et un 'collabo' parce qu’il avoir publié les preuves de la brutalité d’Israël contre les Palestiniens de Gaza (environ 1.300 morts, pour la plupart civils), et des crimes du Hamas en nombre plus réduit (13 morts israéliens, dont trois civils, et plusieurs exécutions d’'informateurs' palestiniens).

Le professeur Daniel Terris, de l’Université Brandeis reconnu pour ses recherches sur le droit et l’éthique, a appelé son nouveau livre: The Trials of Richard Goldstone [Les épreuves de Richard Goldstone]. Le titre est bon, mais c’est tout. Terris essaie d’être impartial. Peut-être trop. Il traite avec beaucoup trop de complaisance l’article que Goldstone a écrit dans le Washington Post, pour renier les recherches et les conclusions de son propre rapport co-écrit avec trois autres chercheurs sur la guerre de Gaza. Le livre rappelle que Richard Falk, professeur de droit à Princeton et ancien rapporteur des Nations-Unies sur les droits humains à Gaza et en Cisjordanie, a décrit la rétractation de Goldstone comme 'une tragédie personnelle pour un fonctionnaire international aussi distingué'. Je pense que Falk avait raison.

Le livre de Terris est construit autour de cette tragédie personnelle en laissant de côté la tragédie des Palestiniens, dont beaucoup avaient fait confiance à Goldstone quand il est arrivé à Gaza, et lui avaient parlé du massacre de leurs familles. Wa’el al-Samouni, par exemple, a personnellement décrit à Goldstone comment 23 membres de sa famille ont été tués par l’armée israélienne, et lui a montré leurs photos individuelles sur un mur. 'La douleur de ces deuils a profondément affecté Goldstone', écrit Terris. 'Quand Wa’el eut fini de lui montrer les photos, les deux hommes ne purent contenir leur émotion et ils se serrèrent dans les bras l’un de l’autre en pleurant.'

Voici donc un Palestinien qui croyait en Goldstone, comme beaucoup d’autres. Au début, certains Israéliens se sont également félicités de son engagement: il était un membre très admiré de la communauté juive d’Afrique du Sud ainsi qu’un éminent avocat et juge. En outre, il avait été procureur général du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.

Quand il était encore à La Haye, j’ai longuement parlé avec Goldstone et je lui ai demandé quelle était selon lui la ligne de démarcation entre crimes de guerre et massacres. «Je suppose que je suis un optimiste de nature», m’a-t-il dit. «Je n’ai absolument aucun doute que l’écrasante majorité des gens dans n’importe quel pays du monde sont des gens honnêtes et bons – pas du tout des méchants. Il y a un très petit nombre de brutes qui font beaucoup de mal… Je ne parle pas des chefs malfaisants. Je parle des gens ordinaires qui commettent des crimes terribles, des gens qui sont habituellement des gens honnêtes et respectueux des lois. Et la raison de leurs crimes est la peur: la peur que s’ils ne tuent pas, ce soient eux qui soient tués ou dépossédés de leur pays. Ils pensent ces gens vont nous tuer, ces gens vont nous voler nos maisons et nos terres, ils n’ont aucun droit d’être ici et ils ne méritent pas d’être ici».

Lorsque, 13 ans plus tard, Goldstone a accepté de diriger l’enquête de l’ONU sur Gaza, j’ai relu ces paroles. Je me demandais s’il allait en constater la véracité lorsqu’il se rendrait à Gaza pour parler aux Palestiniens. Les Israéliens refuseraient de participer à l’enquête, en-dehors des quelques Israéliens individuels qui ont pu témoigner devant l’ONU à Genève.

Lors de notre discussion à La Haye, Goldstone m’avait aussi parlé de la nécessité pour toutes les victimes d’obtenir justice. «Il faut reconnaître officiellement ce qui est arrivé aux victimes», a-t-il dit. «Les gens veulent que la société reconnaisse officiellement ce qui leur est arrivé.» Mais qu’en est-il du million et demi d’Arméniens victimes du génocide turc de 1915, lui ai-je demandé? Ils ne pouvaient plus bénéficier du tribunal du juge Goldstone. «Eh bien, en effet, pour eux c’est raté», répondit-il aussitôt. «Leur bateau n’est pas arrivé au port». «C’est dur ce que vous dites», ai-je répondu. «Mais c’est pourtant vrai», a dit Goldstone. «Ils avaient droit à la justice. Mais ils ne l’ont pas eue.»

Qu’adviendrait-il donc des victimes palestiniennes d’un massacre de masse beaucoup moins important à Gaza et du moins grand nombre de victimes israéliennes du même conflit? Goldstone amènerait-il le bateau au port? La justice leur serait-elle rendue? Les Palestiniens croyaient évidemment que le juge le ferait. Ils savaient qu’il était juif et s’en moquaient. Ils avaient entendu parler de son courage lors des procès en Yougoslavie.

Ce qu’ils ne pouvaient pas savoir, c’est qu’il serait qualifié d’'incarnation du mal' par ce fléau de tous les libéraux un peu courageux, Alan Dershowitz. Et je me suis souvenu de ce que Goldstone m’avait aussi dit à La Haye en 1996. La recherche de la justice, m’a-t-il dit, est «le seul moyen de dissuasion possible pour mettre un frein aux terribles atrocités qui ont été commises pendant plus de 90 guerres au cours des cinquante dernières années… si les dirigeants criminels internationaux savaient qu’ils pouvaient avoir à rendre des comptes, cela pourrait… dans de nombreux cas, avoir un effet dissuasif».

Voilà ce que signifiait ces mots: désormais, les officiers, les soldats, les combattants et les guérilleros, qu’ils soient palestiniens ou israéliens, pourraient être traduits devant les plus hautes juridictions pour leurs actions à Gaza. Dans son rapport final de 2009, Goldstone a déclaré que tant les Israéliens que les Palestiniens avaient violé les lois de la guerre, qu’Israël avait utilisé une force disproportionnée – la preuve irréfutable étant le fossé entre les 1.300 Palestiniens tués et les 13 Israéliens morts – et qu’il avait pris pour cible les civils et les infrastructures civiles palestiniennes, et utilisé des civils comme boucliers humains. Le rapport disait que le Hamas et d’autres groupes visaient délibérément des civils israéliens. Leurs armes de troisième ordre et le petit nombre de victimes israéliennes ne les excusaient pas.

Puis les insultes contre Goldstone ont commencé, incessantes, de plus en plus violentes, haineuses et personnelles.
Sans même en parler aux trois co-auteurs de son rapport, il a écrit un article pour le Washington Post qui a anéanti tout leur travail. Le cœur de ce court article – qui est déjà curieusement réfuté par le New York Times – était que les enquêtes ultérieures d’Israël (qui avait, bien sûr, refusé de participer à l’enquête de Goldstone) indiquaient 'qu’il n’y avait aucune intention politique de cibler les civils'.

Source: Externe

Mais ce n’est pas ce que disait le rapport original; il disait qu’Israël employait délibérément une force disproportionnée et indiscriminée afin de 'punir', d’humilier et de terroriser les civils. Ce qui constitue sans doute un crime de guerre. Bien que Goldstone ait largement ignoré ce fait, des soldats israéliens avaient révélé d’eux-mêmes qu’on leur avait enjoint, dans le cadre d’une nouvelle politique militaire, de considérer leur propre vie comme plus importante que celle des civils. Un ministre du gouvernement israélien avait même déclaré que les soldats israéliens «s’étaient déchaînés» à Gaza.

L’«intention» n’avait rien à voir avec l’affaire. Il s’agissait de tuer massivement des civils en recourant à des méthodes qui engendreraient – inévitablement et irrévocablement – un bain de sang.

Des amis de Goldstone m’ont dit plus tard qu’il avait subi des pressions 'douloureuses' d’Israël et de membres de sa propre famille pour se rétracter, et qu’il était dans un état de grande détresse personnelle. On a dit que Goldstone avait été grandement influencé par l’enquête menée par Israël sur le comportement de ses propres soldats – dont l’un d’eux avait pourtant été condamné pour avoir volé une carte de crédit à Gaza.

A ce moment-là, je faisais des recherches pour mon prochain livre sur le Moyen-Orient et je voulais parler à Goldstone de ce qui lui était arrivé dans les mois qui avaient suivi la publication de son rapport. Je lui ai écrit et il m’a répondu, fort aimablement et courtoisement, qu’il lisait mes articles avec 'beaucoup d’admiration' depuis de nombreuses années, mais qu’il avait refusé toutes les demandes d’interview sur son rapport sur Gaza et que cela restait sa ligne de conduite. Il serait 'injuste', ajoutait-il, de faire une exception.

Et pourtant, il a fait une exception pour Daniel Terris – et il a bien fait. Car la tragédie de Goldstone mérite un livre entier, pas seulement les deux chapitres que j’ai écrits sur lui dans mon livre. Le problème est que Terris lui-même trouve difficile d’accorder à Goldstone le pardon absolu que le héros de son livre aurait probablement aimé recevoir.

'En prenant du recul par rapport aux conclusions plus ambitieuses de la mission, écrit Terris, il a suscité l’occasion d’examiner les lois de la guerre dans toute leur complexité et leurs nuances. Le rapport Goldstone a mis en lumière les questions difficiles qui se posent quant à la meilleure façon de protéger la vie des civils dans les circonstances complexes d’une guerre asymétrique'.

Le livre ne manque pas de tartufferies de ce genre. Je doute que Wa’el al-Simouni ait vu quoi que ce soit de complexe ou d’'asymétrique' dans le massacre de sa famille. Et les juges de Nuremberg n’ont pas cru nécessaire de s’attarder sur la complexité et les 'nuances' des lois de la guerre.

En réalité, Goldstone a été harcelé par la communauté juive d’Afrique du Sud. Il allait être banni de la bar-mitsva de son petit-fils, une interdiction qui a été levée après sa rétractation. Il a été exclu du conseil d’administration de l’Université hébraïque. Et sa famille – en particulier sa fille Nicole, décrite dans le livre de Terris comme 'une ardente sioniste' – a été, elle aussi, rejetée. 'Nicky ne contrôlait pas toujours ses émotions, et à plus d’une occasion, elle s’était déchaînée contre son père ou sa mère', écrit Terris.

En plus de l’accuser de se comporter comme un nazi qui stigmatisait les juifs d’Israël, Israël a lancé une campagne de presse montrant que, bien que le juge Goldstone ait fait de son mieux pour protéger les citoyens non-blancs des pires violations des lois d’apartheid dans son Afrique du Sud natale, il avait été néanmoins en faveur de la peine de mort contre des accusés noirs. On l’a traité de 'juge qui pend'. Terris ne clarifie pas tout à fait ces événements. Il se contente de suggérer, pour rassurer le lecteur, que les peines n’ont pas été exécutées. Il est certain que Goldstone n’avait pas parlé de ces condamnations à mort dans ses interviews à la presse ou dans les informations qu’il a données sur lui-même avant sa nomination à La Haye ou son poste de dirigeant du rapport sur Gaza.

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Je suis vraiment désolé pour Goldstone. Je pense qu’il était – et qu’il reste – une bonne et belle personne. Mais je suis encore bien plus désolé pour les civils palestiniens qui ont si cruellement souffert des obus, roquettes et balles des Israéliens. Malgré toute sa 'détresse' ultérieure, ce qu’ils ont enduré est sans commune mesure avec ce que Goldstone a subi.

Etre mis au purgatoire par la société est une chose. Vivre l’enfer en est une autre. Les Gazaouis ont fait confiance à l’homme aimable, réfléchi, légaliste et honorable qui est venu à Gaza pour leur rendre justice. Et après leur avoir rendu justice, Goldstone leur a repris cette justice. Même le gouvernement Obama a tenté d’enterrer le rapport Goldstone. Et, encore plus scandaleux, l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, aussi!

Les Palestiniens ont si souvent été trahis. Et maintenant, en plus par Goldstone. C’est effectivement une tragédie. Son biographe conclut son livre en disant qu’en tant que juge 'qui comprenait les imperfections du droit', Goldstone a tracé une voie d’avenir pour la justice'. En tout cas, pas pour les Palestiniens, ça, sûrement pas!

Robert Fisk -

09.01.19

Source: Afrique-Asie.fr

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15 janvier 2019

10 ans après, le massacre de la famille Samouni (+bande-annonce)

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Le 3 janvier, il y a 10 ans, commençait la phase d’invasion terrestre de l’attaque israélienne contre Gaza en 2008-2009

 

Comme beaucoup d’autres lors de l’opération 'Plomb durci', l’armée israélienne a pleinement exploité son énorme avantage militaire. Les Palestiniens à Gaza ont payé un prix dévastateur.

Plus de 1400 personnes ont été tuées à Gaza lors de l’attaque. La grande majorité, environ 1200, étaient des civils. 

Parmi eux, peu ont plus souffert que la famille Samouni. Vingt-trois membres de la famille dans son ensemble ont été tués lors de deux incidents distincts les 4 et 5 janvier 2009. Vingt et un de ceux-ci ont péri dans un tir de missile sur une maison, commandité par les soldats israéliens sur le terrain.

L’ONU a par la suite considéré que le massacre des Samouni était un crime de guerre, mais Israël – qui nie l’accusation – n’a jamais été tenu pour responsable.

L’histoire de la famille Samouni fait l’objet d’un documentaire italien du cinéaste Stefano Savona. 'Samouni Road' a été reconnu internationalement au Festival de Cannes de 2018, où il a remporté le prix L’Œil d’or du meilleur documentaire.

Pour les Palestiniens, ce film a une résonance particulière. Pour ceux d’entre nous de Gaza qui ont traversé ces jours sombres, c’est un sentiment très profond. «C’est un documentaire très profond et très spécial», a déclaré Rola Mattar, une étudiante de Gaza vivant à Paris et avec qui j’ai regardé le film récemment dans la capitale française. «Je l’ai aimé.»

Rola n’a guère cessé de pleurer pendant les deux heures qu’a durées le film. Malgré le temps et la distance, les souvenirs de guerre nous hantent. Alors que nous regardions et pleurions, les sons et les images de la guerre – les bombes et les sirènes, les images, celles des morts et des blessés – nous sont revenus à tous les deux, faisant revivre l’état de peur et d’angoisse que nous avions connu.

Nous étions tous les deux des adolescents à l’époque, mais les souvenirs sont vivants. C’est peut-être pour cette raison, alors que nous regardions 'Samouni Road', que nous avons vraiment compris que nos expériences traumatisantes avaient peu d’importance par rapport à celles d’autres habitants de Gaza comme les Samouni.

«Nous pensions que nous avons vécu la guerre. Non, ce n’était pas vrai», a conclu Rola après le film. «Nous avions peur des bruits de bombes et des nouvelles. Mais ces personnes étaient directement sous les bombardements. Elles ont été les victimes directes des frappes aériennes et des bombes. Je me sens privilégiée dans la façon dont j’ai vécu à Gaza et c’est une mauvaise sensation.»

La séquence du film suit le récit raconté par les survivants de la famille Samouni. La scène clé est la première. Amal Samouni, une jeune fille qui a été blessée et a perdu son père et son frère lors de l’attaque, raconte au réalisateur, en réponse à une question sur ce qui s’est passé, qu’elle ne savait pas comment raconter son histoire.

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Efficace, éprouvant et innovant

Je pense que Savona a commencé le film avec cette phrase particulière pour rappeler au public que l’histoire des Samouni est semblable à celle de tant d’autres où les gens ne savent pas comment raconter leurs propres histoires. Le cinéaste semble suggérer que c’est la mission des cinéastes et des journalistes de raconter ces faits, d’aider les gens à se faire entendre.

C’est un voyage qu’un public peut également partager et c’est l’une des raisons pour lesquelles le film a un tel impact et une telle actualité.

Le documentaire comprend des vidéos et des interviews de survivants de la famille Samouni. Certaines scènes ont été tournées en 2009 juste après la fin de la guerre, d’autres ont été filmées un an plus tard. Le film utilise également largement et de manière innovante l’animation pour montrer la vie de famille avant, pendant et après l’attaque.

Hisham Abu Shahla, qui était responsable de la traduction et de la révision du dialogue, a déclaré que l’animation était nécessaire pour inclure toutes les personnes tuées et illustrer l’étendue des destructions à Zeitoun, une zone située à l’est de la ville de Gaza, où vivaient les Samouni.

«Nous avons utilisé l’animation pour donner vie à des personnes et à des lieux qui n’existaient plus», a-t-il déclaré à The Electronic Intifada. «Il aurait été impossible de faire un film dont les personnages et les lieux principaux n’existaient que dans la mémoire des protagonistes.»

Préparant un doctorat en sciences politiques, Abu Shahla a quitté Gaza pour la France en 2009. Avoir lui-même traversé la guerre, a-t-il expliqué, l’a aidé dans son travail de traduction, même si sa tâche s’est révélée éprouvante.

«Il m’a fallu un an pour traduire le film. Bien que je profite de mon expérience de Palestinien à Gaza, travailler sur le film a été une expérience bouleversante qui m’a aidé à comprendre ce que ces gens ont vécu.»

Innovant et touchant, 'Samouni Road' a dépassé le cercle habituel des Palestiniens et des Arabes exilés et des militants solidaires. Quand je suis allé le voir, j’ai eu le plaisir de constater que la majorité de l’auditoire n’était pas seulement française, mais appartenait aussi à des groupes d’âge différents.

Jean-Claude Puech, 52 ans, est instituteur. Il a aimé le mélange d’interviews et d’animation, a-t-il déclaré à The Electronic Intifada. «Je suis habitué à venir dans ce cinéma pour regarder des films non commerciaux. J’ai décidé de regarder ce film après avoir appris son prix à Cannes», a-t-il déclaré. «Ce n’est pas un film ordinaire. Le mélange d’interviews et d’animation est très significatif et clair. Le réalisateur a transmis ses messages sans qu’il soit nécessaire de montrer du sang ou des cadavres. C’est rare et spécial.»

Adrien Pouyaud, 20 ans, a déclaré qu’il pensait que le film représentait une partie de Gaza peu connue. Pouyaud, étudiant en journalisme à l’université, a ajouté que les médias grand public décrivent rarement de tels aspects de la vie quotidienne à Gaza.

J’ai également été impressionné par le film. Il évite de ne parler des Palestiniens que comme des victimes et donne vie à Gaza grâce à des entretiens et à l’utilisation d’animations d’une manière rarement vue.

Les mots simples des gens ordinaires de Gaza sont également extrêmement puissants. Quel meilleur moyen de parler à un public international que de le faire de façon directe?

Mousa Tawfiq -

03.01.19

Source: Chronique de Palestine

14 janvier 2019

Coup de force ou voie vers les bureaux de vote?

Source: Externe

Les partisans de M. Abbas affirment que la dissolution du Conseil législatif palestinien ouvre la voie à de nouvelles élections, mais des spécialistes en droit et détracteurs dénoncent ce qu’ils estiment être une initiative illégale

 

À première vue, l’appel lancé par le Président palestinien Mahmoud Abbas en faveur des premières élections législatives depuis 2006 apparaît comme une évolution bienvenue.

Cela fait 12 ans que le Conseil législatif palestinien (CLP) est totalement dysfonctionnel: la division entre le Fatah et le Hamas prive de tout pouvoir le seul organe élu au suffrage direct de l’Autorité palestinienne.

Le mois dernier, Abbas a néanmoins annoncé la dissolution du CLP, ce qui ouvrirait selon lui la voie à un nouveau scrutin et mettrait fin à la division et à l’impasse politique qui a gangréné la politique palestinienne ces dernières années.

Cependant, tous ne partagent pas l’idée d’insuffler ainsi un nouveau souffle à la gouvernance de l’Autorité palestinienne.

Des critiques et spécialistes en droit dénoncent au contraire le geste d’Abbas comme un coup de force, affirmant que le président tente de consolider son pouvoir sur l’ensemble des organes de l’Autorité palestinienne et d’éliminer toute opposition.

Cela, préviennent-ils, aura pour effet de semer une plus grande désunion entre Palestiniens. En outre, la dissolution du CLP pourrait en réalité être illégale.

Démocratique ou autoritaire ?

Au premier rang des détracteurs de cette initiative se trouve le mouvement du Hamas, dont la victoire aux élections de 2006 a provoqué la scission avec le Fatah, parti dirigeant l’Autorité palestinienne. Cela a créé un fossé si profond que les nombreuses tentatives pour le combler se sont révélées infructueuses.

«Nous rejetons cette décision et nous continuons de considérer le CLP comme ayant sa propre autorité», a déclaré Hassan Khraisheh, membre du Hamas et deuxième vice-président du Conseil, à Middle East Eye.

Abbas a revendiqué le pouvoir de dissoudre le CLP – créé par les accords d’Oslo pour devenir le Parlement du futur État palestinien – sur la base d’une décision de la cour constitutionnelle de l’Autorité palestinienne.

Toutefois, selon Khraisheh, une telle dissolution ne peut être faite qu’en présence du président du CLP, Aziz Dweik, outre Abbas. Et si le CLP venait à être dissous, a déclaré Khraisheh, Mahmoud Abbas serait dans l’obligation de démissionner de la présidence jusqu’à la tenue de nouvelles élections.

Selon Hassan Khraisheh, la dissolution du CLP n’est pas une tentative de ranimer la politique représentative en Palestine. C’est plutôt une attaque politique. «Au cours des dernières années, le CLP a été diabolisé auprès du peuple par une propagande médiatique suspecte, qui a présenté le Conseil comme un fardeau pour l’Autorité palestinienne, considérant que ses membres continuent à recevoir des salaires malgré l’inactivité du Parlement», a-t-il déclaré.

Khraisheh affirme que les membres du CLP ont cherché à isoler le Parlement des différends politiques qui ont ébranlé la politique palestinienne et ont tenté de convaincre Abbas que son maintien était d’une importance primordiale, s’agissant de la seule institution élue par les Palestiniens.

Cependant, a indiqué Khraisheh, le président a rejeté toutes ces demandes sous prétexte de divisions persistantes entre les partis politiques. «Le président a été influencé par des pressions externes. Il était en visite en Arabie saoudite avant sa décision de dissoudre le CLP», a ajouté Khraisheh.

«Il existe des tentatives délibérées d’éliminer tous les organes élus dans la sphère politique palestinienne et de les remplacer par des institutions non élues.»

Source: Externe

«Bon pour ce pays»

Cette façon de voir les choses est démentie par Walid Assaf, ministre du gouvernement de l’Autorité palestinienne et président de la Commission contre le mur et les colonies, qui a été élu au CLP en 2006 sur la liste du Fatah.

Assaf compare la décision de la cour constitutionnelle à un certificat de décès du CLP, soulignant que l’organisme est en réalité mort depuis 2007.

«Nous avons été empêchés de faire notre travail au sein du CLP en raison du coup d’État du Hamas en 2007», a-t-il déclaré à MEE. «Nous n’avions pas de conseil législatif efficace et les blocs parlementaires sont devenus inactifs.»

Aucune session du CLP n’a eu lieu à son siège à Ramallah depuis la scission de 2007, bien que le bloc du Hamas ait continué de se rassembler dans la bande de Gaza, que le mouvement contrôle.

Mais au lieu d’aider à maintenir en vie cet organisme, a déclaré Assaf, cela n’a fait qu’enraciner la division et les réunions n’ont pas permis de remplir les rôles du CLP en matière de supervision ou de promulgation des lois. «Le CLP est suspendu depuis douze ans, cela suffit», a-t-il déclaré. «Le moment est venu d’organiser de nouvelles élections et de créer un autre Conseil législatif.»

«Il faut cesser de jouer avec le concept de vie démocratique en s’accrochant à un Conseil législatif qui n’est pas efficace. Je reconnais l’importance de procéder à de nouvelles élections et de mettre fin à la compétence des membres du Conseil sur la base de la loi, qui stipule que leur mandat doit être renouvelé tous les quatre ans», a ajouté Assaf.

«Procéder à des élections et rétablir le droit du peuple palestinien d’élire ses dirigeants, voilà ce qui est bon pour ce pays», a-t-il poursuivi. «Dissoudre le conseil maintenant fait partie d’un mouvement populaire et politique exigeant de nouvelles élections. La démocratie n’est pas une allumette dont on se sert une fois; c’est un processus continu qui a lieu tous les quatre ans et son importance en assure la continuité.»

Un environnement confortable

Malgré l’impasse, des lois ont été adoptées en Palestine depuis le début de la sci en 2007. Utilisant une loi d’urgence conçue pour adopter des lois uniquement dans les circonstances les plus urgentes, Abbas a fait adopter environ 150 lois.

L’avocat Daoud Derawi, spécialiste des questions constitutionnelles palestiniennes, note que l’absence du CLP a créé un environnement confortable pour le pouvoir exécutif. Il a indiqué à MEE que la présidence était auparavant soumise à la pression et au contrôle du CLP par le biais de contrepouvoirs.

L’avocat a déclaré désormais s’attendre à ce que l’Autorité palestinienne continue d’exploiter l’absence du CLP et adopte davantage de lois et de règlements, ajoutant que la classe dirigeante s’orientait vers une réalité politique dans laquelle la démocratie serait totalement perturbée et où le pouvoir exécutif aurait encore plus de pouvoir en Cisjordanie occupée.

La légalité de la majorité des lois adoptées au cours des douze dernières années est remise en cause, peu d’entre elles apparaissant suffisamment urgentes pour être justifiées au regard de la loi d’exception utilisée par Abbas.

Khraisheh a accusé l’Autorité palestinienne d’avoir adopté des lois servant les intérêts économiques de certaines personnes. D’autres, a-t-il dit, ont restreint les libertés du peuple palestinien, telles que la loi sur les crimes électroniques.

Faisant écho à cela, Najat Abu Bakr, membre du CLP qui appartient au Fatah le parti d’Abbas, a pointé du doigt des lois telles celles sur les loyers et la sécurité sociale, affirmant qu’elles avaient été adoptées en réponse aux demandes du secteur privé.

Elle a ajouté que le cabinet palestinien avait approuvé 145 lois sur la base de décisions du bureau du président de l’Autorité palestinienne. «Toutes ces mesures et lois vont amener les Palestiniens à rechercher une vie meilleure ailleurs, en contradiction totale avec la lutte fondamentale pour l’existence et la persévérance sur cette terre», a-t-elle déclaré à MEE.

Source: Externe

Maintenir le statu quo

De nombreux Palestiniens suspectent que la tentative d’Abbas de dissoudre le CLP ne vise pas à redynamiser le processus législatif, mais à maintenir le statu quo en Cisjordanie. Les trois branches du pouvoir de l’Autorité palestinienne – législatif, exécutif et judiciaire – sont entièrement aux mains du Fatah au pouvoir en Cisjordanie occupée. En 2016, Abbas a accru son contrôle sur le pouvoir judiciaire en créant la cour constitutionnelle, l’organe aujourd’hui utilisé pour dissoudre le CLP.

Soi-disant fondée pour protéger les lois fondamentales de l’Autorité palestinienne conçues pour constituer les prémices d’une Constitution palestinienne, cette cour a été créée pour protéger l’establishment politique existant en Cisjordanie occupée, selon Maître Derawi.

Ce dernier a ajouté que la décision de dissoudre le CLP allait au-delà de la compétence de la cour constitutionnelle et constituait une violation flagrante des lois fondamentales, qui ne permettent pas de prendre une telle décision, même en cas d’urgence. «Le président palestinien a outrepassé la loi et a promulgué un grand nombre de lois et de règlements après avoir réuni les pouvoirs exécutif et législatif et soumis le pouvoir judiciaire à leurs dictées», a déclaré l’avocat.

Les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne ont vigoureusement réagi à toute initiative envisagée pour contrecarrer la décision du tribunal. Le 26 décembre 2018, des membres des forces de sécurité palestiniennes ont été déployés à proximité du siège du CLP à Ramallah. Les forces de l’AP ont quadrillé la zone après l’annonce par le président du Conseil, Aziz Dweik, d’une conférence de presse en urgence.

À un poste de contrôle érigé par les forces de l’Autorité palestinienne à l’est de Bethléem, Dweik a été arrêté et interrogé par les services de renseignement palestiniens. L’Autorité palestinienne a également arrêté un certain nombre de membres du CLP qui quittaient la ville d’Hébron et les a empêchés de se rendre à Ramallah jusqu’à ce que la conférence de presse soit reportée à un moment indéterminé.

Adnan al-Dmairi, porte-parole des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne, a déclaré que ses unités appliquaient les décisions de la cour constitutionnelle. Puisque le tribunal a dissous le CLP, a-t-il expliqué, les membres des blocs parlementaires ne bénéficient plus de l’immunité. «Nous ne donnerons à personne le droit de revendiquer le Conseil législatif après sa dissolution judiciaire ; ni d’utiliser ses biens ou ses outils. La décision du tribunal est contraignante et effective», a déclaré Dmairi à MEE.

«Une position très embarrassante»

Issam Abdeen, conseiller juridique du groupe de défense des droits de l’homme al-Haq, a déclaré que la dissolution du CLP était un revers majeur pour le faible système politique palestinien. La cour constitutionnelle, a-t-il déclaré à MEE, a agi comme si elle était au-dessus de la loi. «La cour constitutionnelle agit comme si elle était au-dessus de l’ensemble du système politique.»

Abdeen a noté que ce n’était pas la première fois que les décisions de la cour suscitaient la dérision. D’après Abdeen, le Comité des Nations-unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes a beaucoup critiqué les décisions, les réalisations et l’indépendance de la cour et a transmis ces critiques au Haut-Commissariat aux droits de l’homme.

«Il est prévu que ces comités internationaux publient prochainement des rapports sur la cour constitutionnelle et le système judiciaire palestinien et sur la réalité des droits de l’homme et des libertés fondamentales ici», a poursuivi l’avocat des droits de l’homme. «Cela mettra l’Autorité palestinienne dans une position très embarrassante.»

Shatha Hammad -

09.01.19

Source: MEE