FREE PALESTINE

20 avril 2017

L’« homonationalisme » drapeau de l’occupation israélienne

L’« homonationalisme » drapeau de l’occupation israélienne

« Mirage gay à Tel Aviv », de Jean Stern



Tel-Aviv a été déclarée en 2012 « meilleure ville gay du monde » à l’issue d’une enquête menée par le site gaycities.com et American Airlines, ce qui lui vaut une fréquentation touristique conséquente, notamment en juin, au moment de la Gay pride. Mais cette image « sea, sex and sun » d’ouverture et de tolérance présentée à l’Occident n’est qu’un mirage, selon Jean Stern. Car Israël, pays à la fois colonisateur et largement homophobe, a du mal à passer pour un défenseur des libertés, même si sa politique de communication tente en permanence de le faire croire.

Tel-Aviv est devenue l’une des villes les plus « gay friendly » du monde. Les médias et les réseaux sociaux présentent la cité israélienne comme un havre de tolérance, et l’une des grandes destinations de la fête mondialisée. En 2016, 35 000 touristes gays — les femmes étant peu représentées — y ont débarqué pour participer à la parade annuelle de la fierté homosexuelle. Mieux, à en croire des centaines d’articles éblouis et de sites web enthousiastes, le pays tout entier serait devenu un paradis pour les homos. Jusqu’à l’armée qui poste sur son compte Facebook, en 2012, la photo de deux soldats se tenant tendrement par la main et se vante d’avoir été la deuxième au monde, après celle des Pays-Bas, à reconnaître des droits aux militaires homosexuels, dès 1995.

Ainsi, Israël se présente-t-il à l’Occident comme un phare de la liberté individuelle et de la modernité au milieu d’un Proche-Orient rétrograde. Mais cette image est un mirage selon l’enquête de Jean Stern, qui fera sans nul doute grincer quelques dents. Cet ancien de Libération, journaliste chevronné aujourd’hui rédacteur en chef du magazine de la section française d’Amnesty International a été cofondateur du magazine Gai pied, étendard de la cause homosexuelle dans les années 1980 et 1990. Il n’apprécie pas de voir tourner à plein régime la « lessiveuse rose » (« pinkwashing »). Comment un pays à forte tendance homophobe peut-il se faire passer pour un ami des gays ? Car les Israéliens estiment à 46 % que l’homosexualité est une perversion, selon un sondage paru en 2014 dans le quotidien israélien Haaretz, opinion partagée par seulement 10 % des Français. Comment un État qui réprime et colonise un autre peuple peut-il passer pour un défenseur des libertés ? « Modèle de domination pour les islamophobes et les réactionnaires, Israël s’offre en modèle pour les homosexuels », déplore Jean Stern — ce dont profite évidemment le gouvernement de Benyamin Nétanyahou.

La marque Israël

Passant derrière le miroir, le journaliste décortique avec alacrité, au fil d’une enquête sur place, les ressorts cachés de la rencontre entre une communication officielle sophistiquée et une communauté homosexuelle nationale et internationale avide de normalité et insensible aux réalités de la région. Au commencement était le marketing. Le succès de « Tel-Aviv capitale gay mondiale » est avant tout une réussite des techniques parfaitement maîtrisées de la hasbara, la propagande israélienne. L’image catastrophique du pays qui s’est aggravée depuis les années 2000 et la seconde intifada palestinienne a conduit notamment la ministre des affaires étrangères Tzipi Livni à créer en 2007 une Israel brand management team (équipe de gestion de la marque Israël). Objectif : attirer les touristes, devenus trop rares, en effaçant l’occupation, le mur, les Palestiniens opprimés, les colonies et même la réussite de la high-tech, trop liée aux armes et au ministère de la défense. Il faut aussi faire oublier les pèlerinages chrétiens, vus comme ringards et pratiqués par des fidèles désargentés. Place à Tel-Aviv, ses bars branchés, ses plages et sa vie nocturne. Et ses beaux garçons. C’est un diplomate israélien qui fut en poste à New York, David Saranga, spécialiste des réseaux sociaux et des ripostes numériques, qui a le premier l’idée de rajouter un volet spécifique : vendre « la vie gay plutôt que la vie de Jésus aux libéraux gays américains ».

La lessiveuse rose se met en marche, pilotée par l’État et la municipalité de Tel-Aviv : campagne de promotion confiée à un cabinet spécialisé dans le marketing gay basé aux Pays-Bas, subventions massives, prise en main de la « semaine de la fierté » annuelle par la mairie, qui illumine la façade de l’hôtel de ville aux couleurs du drapeau arc-en-ciel, gigantesque party pour 10 000 personnes dans le stade de football, etc. Une bulle au milieu de la guerre. Ramallah, la « capitale » de la Cisjordanie est à 60 kilomètres. En levant les yeux vers la mer, les fêtards peuvent voir passer les avions et les hélicoptères qui vont bombarder la bande de Gaza, distante de 75 kilomètres. Mais ils ne veulent pas le savoir. Au cœur des festivités, la réponse aux questions de Jean Stern est toujours la même. Prêts à s’épancher sur le combat des minorités et la liberté, les personnes interrogées « ne savent pas trop » et « manquent d’informations » sur la Palestine, « c’est compliqué ».

La « lessiveuse rose »

Bref, ils s’en fichent ; la lessiveuse rose nettoie également à l’intérieur. Le livre présente dans son cahier photos un adjoint au maire de Tel-Aviv, major de réserve, et son mari, capitaine, posant fièrement en uniforme avec leurs trois filles, nées par gestation pour autrui (GPA), grâce à des mères porteuses en Inde et en Thaïlande. Une photo qui demande à être décodée tant elle résume à elle seule les ingrédients du « mirage gay ». Pour se marier, les deux hommes ont dû aller à l’étranger : le mariage pour tous n’est pas reconnu en Israël, pas plus que le mariage civil pour les hétérosexuels, d’ailleurs. Et ces gentils papas sont par ailleurs membres d’une armée d’occupation.

Mais quand on communique, il faut durer dans le temps en lançant de régulièrement de nouvelles initiatives. La mairie de Tel-Aviv suit de près l’actualité, fut-ce à des milliers de kilomètres. En mai 2013, la conseillère presse du maire de Tel-Aviv découvre à la télévision la cérémonie du premier mariage homosexuel en France après le vote de la loi du 17 mai 2013 « ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe ». Le maire de Tel-Aviv leur téléphone en personne pour inviter le couple tous frais payés à la parade gay. L’ambassadeur de France réclamera l’honneur de le loger à sa résidence. Dans leurs nombreux interviews, les mariés, militants LGBT, refusent de se prononcer sur la politique israélienne. Ils repartiront avec le titre d’ « ambassadeurs d’honneur du gay Tel-Aviv ». D’autres représentants de la mouvance homosexuelle suivront le même chemin, comme cette délégation de « gays progressistes » américains qui ne trouveront rien à redire à l’occupation.

Orientalisme sexuel

Jean Stern décode, en commençant par l’exploitation du néo-orientalisme qui attire nombre d’homosexuels en Israël. Pour lui, les juifs orientaux, les mizrahi, remplaceraient dans l’imaginaire gay la figure de l’Arabe, objet de désir exotique de Lawrence d’Arabie à André Gide en passant plus récemment par les banlieues parisiennes, mais désormais moins accessible dans un monde devenu plus dangereux. « Comble pour un pays de plus en plus raciste, Israël utilise sa diversité pour relancer l’orientalisme sexuel ». Chez les Israéliens, pourtant, on se mélange peu, comme en témoigne la saisissante description de cette boîte de nuit qui organise une fois par mois deux soirées gay successives, l’une pour les « Arabes israéliens », les Palestiniens d’Israël restés sur place en 1948, la suivante pour les Israéliens juifs. La lessiveuse rose fait aussi disparaître les réalités sociales.

Les touristes gays, en général aisés, ne voient rien de la pauvreté engendrée par un État aujourd’hui ultralibéral. Une cécité qui découle plus généralement de l’orientation que des sociologues qualifient d’« homonationalisme », « avatar parmi d’autres de la lutte mondiale entre oppresseurs et opprimés » qui fait tenir à beaucoup d’homosexuels blancs un discours anti-arabe. Les voix des militants qui dénoncent cette dérive sont peu audibles. La tête pensante de la « révolution gay », Gal Uchovsky confie à l’auteur : « L’occupation n’intéresse plus les gays de Tel-Aviv. Moi-même, et plein de gens comme moi, on est en train de devenir complètement mainstream, on a rejoint le monde normal ».


Un débat avec Jean Stern aura lieu mercredi 26 avril à 12 h 30, organisé par Orient XXI et l’Iremmo, au 7 rue des Carmes, 75005 Paris.

Jean Stern, Mirage gay à Tel Aviv. Enquête Éditions Libertalia, mars 2017   ; 168 pages + cahier couleurs 8 pages. — 14 euros.

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19 avril 2017

L’appropriation israélienne de l’histoire palestinienne

“ Le nettoyage ethnique de qui? ” :

L’appropriation israélienne de l’histoire palestinienne

Par Dina Matar, le 26 mars 2017

Le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu a récemment affirmé dans une vidéo postée sur sa page Facebook que la demande palestinienne de démanteler les colonies israéliennes illégales dans les Territoires palestiniens occupés (TPO) constituait un acte de « nettoyage ethnique » contre les colons juifs israéliens (1).

L’expression, utilisée originellement comme un euphémisme dans la campagne serbe contre la Bosnie, en est venue à décrire des pratiques d’une extrême violence, assassinats de masse, déplacements forcés pendant des conflits et des guerres. Elle a aussi été utilisée par de nombreux universitaires ainsi que dans les discours publics en référence aux pratiques sionistes contre la population palestinienne dans la phase précédant la Nakba et lors de la Nakba en 1948. Ces pratiques incluent la destruction de plus de 500 villages palestiniens et l’expulsion d’environ 730 000 Palestiniens de leur foyer.

L’application de cette expression aux colons israéliens faite par Netanyahu a été vue plus d’un  million de fois sur sa page Facebook et a atteint des millions de personnes supplémentaires via la rediffusion de la vidéo sur les réseaux sociaux. Elle a choqué de nombreux analystes, créé un débat tendu dans les médias internationaux et reçu une condamnation de gens comme Ban Ki-Moon, alors secrétaire des Nations unies, qui l’a qualifiée  d’ « inacceptable et de scandaleuse ». Pourtant ce genre de rhétorique, quoique plus incendiaire que d’habitude, n’est que la dernière instance d’une stratégie israélienne consistant à s’attribuer une histoire de victimes de manière à gagner des appuis publics.

Cet article retrace la chronique des revendications israéliennes à une telle histoire depuis les premières campagnes du mouvement sioniste au début du vingtième siècle jusqu’à aujourd’hui. Il indique les moyens par lesquels cette stratégie rhétorique a été utilisée pour justifier les actions de l’état d’Israël au détriment des Palestiniens. Il conclut avec des recommandations afin que les dirigeants palestiniens, les intellectuels, les journalistes, les militants puissent contrecarrer cette stratégie israélienne d’appropriation pour faire avancer leur quête pour l’autodétermination et les droits humains palestiniens.

Les récits de victimisation en contexte

Dans n’importe quel conflit, les acteurs ont recours à des discours de victimisation pour justifier l’agression, l’invasion et même le massacre de civils. Ce genre de rhétorique est destiné à établir une division binaire entre le bien et le mal, les victimes et les coupables. Elle mobilise les sympathisants contre « l’ennemi ». Comme nous le voyons avec Israël et dans d’autres conflits, ces discours de victimisation servent à légitimer des actes violents et souvent préventifs contre « l’ennemi », perpétuant indéfiniment le cycle de violence et de victimisation.

Par contraste, les discours palestiniens de victimisation puisent dans l’injustice inscrite dans la déclaration de Balfour de 1917 dont l’implémentation a commencé avant et pendant le mandat britannique de 1923 et depuis le plan de partition des Nations Unies de 1947. Ces sentiments continuent jusqu’à aujourd’hui et sont exacerbés par la réticence de la communauté internationale et du monde arabe à appliquer le droit international et les droits humains fondamentaux.  Le discours palestinien de victimisation ne peut être discuté en dehors de ce contexte et des actions politiques et militaires israéliennes répétées contre des Palestiniens dans les TPO. La situation inclut : une dynamique des pouvoirs inégale dans laquelle Israël est la puissance la plus forte et l’occupant ; un grand nombre de morts palestiniens, y compris des enfants, résultant des actions et des attaques israéliennes ; et le contrôle israélien de l’espace et des territoires, ainsi que des ressources et des déplacements.

Par conséquent, alors qu’une analyse de la manière dont le récit des persécutions contre les Juifs et des victimes juives était — et est — utilisée pour justifier les actions de l’état d’Israël ne devrait jamais perdre de vue les faits et le contexte de cette persécution très réelle, il est en même temps nécessaire de scruter la façon dont ce récit est mobilisé pour comprendre comment on a accordé à un groupe — les Juifs israéliens— un statut de victime, et non à un autre — les Palestiniens—, alimentant un déséquilibre des pouvoirs dans lequel les droits des Juifs israéliens sont favorisés au dépens des droits palestiniens.

Du statut de victimes au nettoyage ethnique

La persécution des Juifs en Europe est enracinée dans l’antisémitisme et les manières multiples dont il a affecté les communautés juives à différents endroits et à différents moments. Quant au récit de cette persécution, on peut en remonter les traces jusqu’à la fin du dix-neuvième siècle lorsqu’un des pères du sionisme, Theodore Herzl, s’est appuyé sur l’histoire des persécutions juives en  Europe pour légitimer  le projet nationaliste de l’état d’Israël et ses pratiques coloniales. Après la deuxième guerre mondiale, l’histoire des persécutions a encore une fois été invoquée pour justifier la fondation de l’état d’Israël.

De fait, la Déclaration d’indépendance d’Israël maintient que « l’Holocauste… au cours duquel des millions de Juifs en Europe ont été conduits de force au massacre a prouvé sans aucun doute le besoin impérieux de résoudre le problème de l’itinérance et de la dépendance des Juifs en faisant renaître l’État juif sur les terres d’Israël, État qui ouvrirait toutes grandes les portes d’un foyer à chaque Juif ». (2)

Depuis la création d’Israël,  les récits historiques mettant en valeur le statut de victimes des Juifs plus que les vies et les droits palestiniens ont été utilisés encore et encore par des politiciens israéliens. L’ancienne Première Ministre Golda Meir a remarqué par exemple que les Juifs ont « un complexe Masada », un « complexe des pogroms », et un « complexe de Hitler », et l’ancien Premier Ministre Menachem Begin a établi des parallèles entre les Palestiniens et les Nazis. (3)

Des travaux universitaires suggèrent que les dirigeants israéliens et sionistes ont manipulé la mémoire des persécutions juives, en particulier en lien avec l’Holocauste, comme un outil diplomatique dans leur traitement des Palestiniens. Par exemple, l’historien israélien  Ilan Pappe, dans son livre The Idea of Israel, démontre que ces dirigeants ont construit une idée des Israéliens comme victimes, une auto-image qui les empêchent de voir la réalité palestinienne. Ceci, dit-il, a bloqué une solution politique au conflit israélo-arabe. (4)

Récemment, de nouveaux documents et de nouvelles études ont commencé à mettre en question les affirmations principales du mouvement sioniste. En même temps, le mouvement de solidarité globale de soutien aux Palestiniens s’est développé, en partie grâce aux plateformes numériques qui donnent à des audiences mondiales un accès direct aux récits palestiniens et à leur réalité vécue. Ceci a incité les dirigeants israéliens, les responsables des relations publiques, les porte-paroles et leurs médias à se focaliser sur diverses stratégies afin de maintenir leur emprise sur l’opinion publique occidentale. (5)

Ces stratégies incluent l’usage d’un discours —comme l’usage du  nettoyage ethnique par  Netanyahu– qui parle des Juifs et des citoyens israéliens comme des victimes de persécution continuelle par les Palestiniens, en toute connaissance que ces termes ont des sens légaux spécifiques et que, selon le droit international, ils sont considérés comme des crimes contre l’humanité. Mais ce sont les sens associatifs et émotionnels des termes, en particulier s’ils agissent comme des rappels de la longue histoire de persécution des Juifs, qui servent à promouvoir la victimisation juive israélienne au détriment des expériences d’oppression palestiniennes.  L’expression « nettoyage ethnique » n’est toujours pas utilisée officiellement en Occident par rapport à la Nakba, ce qui la rend vulnérable à l’appropriation israélienne.

A peu près en même temps que la déclaration de Netanyahu sur le nettoyage ethnique, le ministère israélien des Affaires étrangères re-postait sur sa page Facebook une vidéo associée qui avait été à l’origine postée en 2013. Cette vidéo, intitulée «  Bienvenue au pays du peuple juif », se présentait comme une histoire succincte des Juifs. Elle suivait  les malheurs d’un couple juif, appelé Jacob et Rachel, lorsque le pays subissait l’invasion de différents groupes, les Assyriens, les Babyloniens, les Grecs, les Arabes, les Croisés, l’Empire britannique et —enfin— les Palestiniens. 

Ceci suggèrait donc que les Juifs avaient survécu à une série d’invasions brutales, les seuls envahisseurs restants étant les Palestiniens. La vidéo a provoqué une vive réaction des militants palestiniens et de ceux travaillant pour les droits palestiniens à cause de sa tentative évidente de réécrire l’histoire du conflit,  en construisant les juifs israéliens comme des victimes plutôt que les Palestiniens et à cause du déploiement d’un langage violent et racial pour peindre les Palestiniens.

La vidéo du nettoyage ethnique de Netanyahu est la dernière d’une série de vidéos planifiées et exécutées par  David Keyes, le porte-parole dans les médias étrangers de Netanyahu, qui a été nommé en mars 2016. Keyes a été un stratège clé derrière l’accroissement des campagnes de marketing pro-israéliennes sur les réseaux sociaux. Depuis sa nomination, huit vidéos avec Netanyahu discutant une variété de questions ont été postées en ligne. Toutes ont été populaires parmi ses sympathisants en Israël et aux États-Unis.

 

Les arguments dans la déclaration de Netanyahu s’appuient sur ceux proposés dans un document  de 2009 pour le Projet Israël, un groupe de défense pro-israélien, préparé par Frank Luntz, un consultant politique américain associé avec le Parti Républicain américain 6. Dans son manuel-dictionnaire-avec un message, Luntz détaille diverses tactiques et terminologies ainsi que des astuces pour vendre et légitimer des discours, en insistant sur des valeurs partagées avec l’Occident comme « démocratie », « liberté » et « sécurité ». Avec une telle focalisation sur l’Occident, il n’est peut-être pas surprenant que Netanyahu communique en anglais sur le nettoyage ethnique ou dans d’autres vidéos, avec des versions disponibles en hébreu et en arabe.

 Stratégie rhétorique

L’histoire de la persécution des Juifs est une question profondément douloureuse pour les Israéliens et plus largement pour la communauté internationale, en particulier les Européens. Pourtant, l’utilisation israélienne d’expressions comme « nettoyage ethnique » —comme pratiqué par les Palestiniens—  dépeint à tort Israël comme une victime et les Palestiniens comme un agresseur. Une telle rhétorique peut être utilisée dans la pratique dangereuse de voir toute critique des actions d’Israël comme antisémite ou comme hostile à Israël. Ceci aide à entraver les efforts de la part des Palestiniens et des mouvements de solidarité envers la Palestine pour obtenir qu’Israël rende des comptes sur ses actions, comme les exécutions sans jugement et la construction illégale de colonies dans les TPO. Étant donné que les luttes autour des narratifs historiques sont devenus plus importants et plus visibles à l’ère digitale et étant donnés les moyens par lesquels des éléments de langages particuliers peuvent être utilisés pour détourner l’attention des développements sur le terrain, l’usage affuté du discours de la victimisation par  Netanyahu ne peut être ignoré.

L’attention à ce développement est encore plus cruciale au stade actuel, avec le plan d’Israël d’étendre les colonies et peut-être d’annexer de nouveaux territoires occupés, et alors que la détermination et la capacité internationales à résoudre le conflit sont plus molles que jamais. L’attention est aussi particulièrement nécessaire — et stratégique — dans l’année qui marque le centenaire de la déclaration de Balfour, le cinquantenaire de la guerre de 1967 et les trente ans écoulés depuis la première intifada palestinienne.

L’appropriation par Israël du discours de victimisation demande un engagement plus efficace par les porte-paroles palestiniens, les élites politiques et les militants de la sphère publique pour exposer la réalité des actions israéliennes et provoquer un soutien international en faveur de la Palestine et des Palestiniens. Cela ne signifie pas prendre part à une bataille futile sur la question de savoir qui mérite d’être appelée la vraie victime du conflit, mais construire une campagne coordonnée pour réfuter les affirmations israéliennes avec des preuves.

Une telle campagne devrait contester les récits israéliens en utilisant les images et le langage des droits humains internationaux, qui ont un attrait pour les publics et les dirigeants occidentaux. Elle doit toujours être basée sur des preuves, des faits et leur contexte, afin de contrer les tentatives pour désinformer et déguiser les actions. La campagne devrait aussi entrainer l’élite politique palestinienne et le personnel diplomatique à l’usage de discours politiques dirigés vers les Palestiniens, régionalement et internationalement, pour s’assurer que le discours ne légitimise pas le récit sioniste, par exemple, en utilisant par inadvertance des tropes antisémites.

Les Palestiniens dirigeant la campagne et les groupes de solidarité internationaux doivent utiliser Twitter et les autres organes de réseaux sociaux pour cibler les principaux médias et les informer de la situation concrète sur le terrain dans les TPO, et affronter la question des citoyens palestiniens d’Israël et des réfugiés et exilés palestiniens, en utilisant le langage du droit international.

Enfin, la campagne devrait engager des professionnels des médias pour entraîner des Palestiniens et des groupes de défense sur la façon de contrer des récits et des déclarations propagandistes ainsi que sur celle d’utiliser les médias numériques pour atteindre des audiences globales.

C’est seulement par de tels efforts concertés que la stratégie d’Israël de s’approprier le discours palestinien pourra être mise en contexte et ainsi révélée comme une pure rhétorique destinée à déguiser la violence du colonialisme israélien.

Notes:

1    Le nombre de colons est estimé à 600 000. Voir Ilan Pappe, The Ethnic Cleansing of Palestine (Oxford, UK: Oneworld Publications, 2006). Voir aussi Isabel Kershner, “Benjamin Netanyahu Draws Fire After Saying Palestinians Support ‘Ethnic Cleansing,’” New York Times, 12 septembre 2016.

2    Dov Waxman, The Pursuit of Peace and the Crisis of Israeli Identity: Defending/Defining the Nation (London: Palgrave Macmillan, 2006).

3    Waxman, 49-56.

4    Ilan Pappe, The Idea of Israel: A History of Power and Knowledge (London: Verso, 2014).

5    Comme l’a dit Edward Said, c’est le « sens du sionisme pour ‘le monde comme sympathisant et comme audience’ qui a rendu le combat sioniste pour la  Palestine, un combat lancé, approvisionné, et alimenté dans les grandes capitales de l’Occident », si efficace – et qui a assuré l’acquiescement et la connivence de l’Occident. Edward Said, « Permission to Narrate », Journal of Palestine Studies 13, 3 (Spring 1984): 27-48.

6    Frank Luntz, The Israel Project’s Global Language Dictionary, 2009.

Dina Matar

Membre d’Al-Shabaka, Dina Matar est senior lecturer en communication politique au Centre d’études sur le film et les médias à l’École des études orientales et africaines (School of Oriental and African Studies). Elle travaille sur la relation entre la culture, la communication et la politique, avec une attention particulière aux cas de la Palestine, du Liban et de la Syrie. Elle est l’auteure de “What it Means to be Palestinian: Stories of Palestinian Peoplehood” (Tauris, 2010); co-éditrice de “Narrating Conflict in the Middle East: Discourse, Image and Communication Practices in Palestine and Lebanon” (Taruis, 2013) et co-auteure de “The Hizbullah Phenomenon: Politics and Communication” (Hurst, 2014). Matar est aussi co-éditrice fondatrice de “The Middle East Journal of Culture and Communication.”

Traduit par Catherine G. Pour l’Agence Media Palestine

Source : Al Shabaka

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18 avril 2017

Les femmes d’acier de Gaza

Par  Mersiha Gadzo –

 


Kullab part parfois des jours et des jours en mer sans rien pêcher. (Ezz Zanoun/Al Jazeera)

Bande de Gaza – Avec 42 % de chômeurs, Gaza a le taux de chômage le plus élevé du monde – et alors que le taux des femmes dans la population active n’est que de 15 %, à comparer avec celui des hommes qui est de 71 %, beaucoup d’entre elles tentent de combler l’écart.

De plus en plus, les femmes bousculent les normes sociétales et professionnelles dans des emplois traditionnellement réservés aux hommes, car de plus en plus, elles veulent être les soutiens de leur famille. Al Jazeera a discuté avec trois d’entre elles sur la façon dont les emplois non-traditionnels ont changé leur vie.

Une conductrice de bus à Gaza


D’abord, les enfants l’ont appelée « Oncle Salwa ». 

« Les gosses pensaient que seuls les hommes conduisaient des véhicules », dit Salwa Srour à Al Jazeera. « J’ai rompu avec les traditions. Je suis la première femme dans la bande de Gaza à conduire un bus ».


Srour prend la route à 6 h 30 du matin dans son minibus Volkswagen 1989, faisant le tour de la ville de Gaza pour prendre chaque enfant, et les conduire tous à la classe de maternelle qu’elle a ouverte en 2005 avec sa sœur, Sajda.

Au début, elles engageaient des hommes comme chauffeurs, mais Srour a décidé d’assurer elle-même le travail après avoir entendu les plaintes de parents à propos de chauffeurs qui se montraient agacés par les enfants, ou qui se présentaient en retard.


La classe débute dès le moment où les enfants montent dans le bus scolaire, là, ils commencent à apprendre de nouveaux mots en anglais. (Mersiha Gadzo/Al Jazeera)

« Nous appelions le chauffeur, mais il avait toujours des excuses. Il disait toujours ‘je suis en route’, mais les gosses attendaient et il n’y avait toujours pas de bus » explique Srour.

Quand les parents ont commencé à l’appeler pour lui demander pourquoi leurs gamins n’étaient pas encore rentrés à la maison, Srour décida de prendre les choses en main et de conduire elle-même les enfants à la maternelle.

Srour conduit les enfants à l’école depuis cinq ans maintenant. La classe débute dès le moment où ils montent dans le bus scolaire, et là, ils commencent à apprendre de nouveaux mots en anglais. En montant dans le bus, les enfants saluent Srour avec des « Bonjour », tout en sortant un shekel de leur poche.

« Zain, retourne ! » dit Srour en anglais à un enfant de 4 ans, en lui montrant l’arrière du bus.

« Retourne ! Retourne ! » répètent les gosses à l’unisson alors que Zain s’en retourne vers la banquette à l’arrière du bus.

Srour est passionnée de conduite depuis l’époque elle était au lycée, rappelant en riant comment elle faisait pour se faufiler et conduire la voiture de sa grand-mère autour de Gaza, à l’âge de 16 ans.

Une fois son diplôme obtenu, elle a aussitôt insisté pour avoir son permis de conduire, à une époque où il y avait si peu de femmes à agir ainsi.

« C’était vraiment bizarre pour les gens de voir une femme conductrice, mais après avoir écouté mon histoire, ils se sont mis à m’encourager » dit Srour.

La pêcheuse de Gaza


« Chaque jour où vous sortez, vous ne savez pas si vous reviendrez » dit Madleen Kullab les yeux fixés sur la mer, dans le port de Gaza. « C’est une situation difficile. Quand nous approchons du cinquième mille, nous commençons à nous faire tirer dessus. Il y a vraiment beaucoup de risques, mais je le fais parce que je dois le faire ».

Cela fait près d’une décennie que Kullab, à 22 ans, a repris le rôle de son père comme pêcheur et soutien de sa famille, après que les médecins lui ont diagnostiqué une myélite, une inflammation de la moelle épinière qui le laisse handicapé.

Kullab et ses deux jeunes frères partent tôt le matin, entre 3 et 5 heures, ou au coucher du soleil, pour jeter leurs filets. Généralement, elle attrape des sardines.
« Vous attraperez tout ce que vous êtes censés attraper » dit Kullab, la seule femme pêcheur de Gaza, à Al Jazeera.


Cela fait près d’une décennie que Madleen Kullab, à 22 ans, a repris le rôle de son père comme pêcheur et soutien de sa famille (Mersiha Gadzo/Al Jazeera).

Le travail dépend beaucoup de la chance, car Israël a restreint les pêcheurs de Gaza à une limite de six milles nautiques – moins d’un tiers de la zone de pêche prévue aux Accords d’Oslo. Il n’y a tout simplement pas assez de poissons dans cette zone réduite ; souvent la pêche est maigre, et Kullab part parfois des jours et des jours en mer sans rien pêcher. Pour une pêche de meilleure qualité, il lui faudrait aller jusqu’à au moins 10 milles en mer.

Comme elle marche le long du bassin, on voit de minuscules sardines joncher le sol, car les pêcheurs tirent leurs cargaisons du matin dans des cageots. Le port est plein de bateaux restés à quai sous un ciel nuageux.

La situation économique qui s’aggrave à Gaza a frappé durement l’industrie de la pêche, avec un nombre de pêcheurs tombé de 10 000 en 2000 à 4000 l’an dernier. Les pêcheurs vivent généralement sur des emprunts pendant toute l’année, notamment Kullab qui ne pêche pas durant l’hiver. La mer est particulièrement agitée en hiver, et les vagues peuvent être trop hautes pour son modeste bateau en bois. Même quand elle fait du poisson, sa prise quotidienne ne lui rapporte que 10 shekels (2,5 €).

Les affaires sont devenues trop mortelles, dit-elle, et elle cherche comment s’en sortir, se rendant au collège avec l’espoir de pouvoir y devenir secrétaire.

« J’essuie des coups de feu à chaque fois que je sors (en mer)… Tout vaut mieux que la pêche, même si c’est juste pour 10 shekels » dit Kullab, rappelant l’époque où elle a vu Mohammad Mansour Baker, 17 ans, se faire tuer sous les tirs alors qu’il pêchait avec ses frères.

« Il y avait plus de 10 bateaux. Nous n’étions qu’à trois milles quand les navires israéliens ont commencé à tirer, sans aucune raison, en nous prenant pour cible » dit-elle. « Mohammad a été touché sur le côté du ventre ; la balle est ressortie dans son dos, et il est mort sur le coup ».

Une femme forgeron à Gaza


Sous une tente de fortune, dans une rue sablonneuse, à trois kilomètres du port de Gaza, Ayesha Ibrahim, 37 ans, et sa fille de 15 ans, se relaient pour marteler le fer chaud avec de lourds marteaux. Une autre de ses filles pompe avec un sac pour envoyer des bouffées d’oxygène sur le petit feu, où chauffent les barres de métal.

Voilà comment Ibrahim, la seule femme de Gaza comme forgeron, aide à subvenir aux besoins de ses sept enfants. Au cours des 20 années passées, elle et son époux ont collecté des morceaux de métal dans les rues et les maisons détruites, et ils en ont fait des haches, des couteaux, des grilles de cuisson, des ancres et autres objets en métal, qu’ils vendaient sur le marché.


Ibrahim, 37 ans, et sa fille de 15 ans, se relaient pour marteler le fer chaud avec de lourds marteaux. (Mersiha Gadzo/Al Jazeera)

Il leur faut environ trois jours pour faire un objet ; façonner le fer avec un marteau lourd requiert du temps et de la patience. Une pièce se vent habituellement aux environs 6 shekels (1,5 €) sur le marché, et elles gagnent de 10 à 20 shekels par jour.

Les étincelles volent alors qu’Ibrahim martèle le fer brûlant. Ses mains sont gonflées et son dos est douloureux ; c’est un travail dur, d’autant plus qu’elle est enceinte de huit mois.

« La partie la plus difficile est que nous n’avons pas d’endroit pour notre propre travail. Tous ceux qui passent doivent regarder » dit Ibrahim.

Son époux prend des médicaments pour les nerfs après avoir été blessé un soir quand un bloc de fer de 150 kg est tombé sur sa main.

« Ce fut une nuit horrible. Nous ne pouvions pas appeler une ambulance ; heureusement, un homme dans la rue nous a proposé son aide et l’a pris dans sa voiture », dit Ibrahim. « À l’hôpital, ils lui ont dit de rester pour la nuit, ils craignaient que sa blessure ne s’infecte, mais nous n’avions pas l’argent pour payer le séjour d’une nuit, alors il est rentré à la maison ».

C’est un combat de tous les jours pour arriver à mettre de la nourriture sur la table. Alors que plus de la moitié de la population de Gaza dépend de l’aide alimentaire des Nations-Unies, la famille d’Ibrahim n’y a pas droit car elle ne peut pas apporter la preuve qu’ils sont des réfugiés, dit-elle.

Ibrahim, dont le père était lui aussi forgeron, a passé son enfance à vendre ses objets sur le marché. Elle s’est mariée alors qu’elle avait 15 ans. Aujourd’hui, elle et sa famille vivent d’emprunts, et leur propriétaire leur permet de rester dans son appartement gratuitement. Posséder un espace pour eux-mêmes reste un rêve lointain.


« Nos conditions sont très dures, très pénibles – mais je n’ai pas d’autre choix que de continuer à travailler pour mes enfants » dit Ibrahim. « Je ne veux pas que mes enfants soient comme moi en aucune façon, et qu’ils travaillent comme je l’ai fait quand j’étais jeune. Je veux pour eux un meilleur avenir ».

Traduction : JPP. Pour l’Agence Media Palestine


Source: Al Jazeera

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17 avril 2017

Le lobby sioniste à l’œuvre en Belgique

Le 21 février a eu lieu le jugement dans  le procès contre des manifestants pour la Palestine à Anvers. Un jeune Palestinien a été condamné pour un prétendu « antisémitisme ». Un collaborateur d’UNIA estime, dans un mail interne, que « le dossier est vide« . Lorsque Michael Freilich de « Joods Actueel », le lobby sioniste d’Anvers, l’apprend, il lance une attaque en règle contre UNIA.

Il vise en particulier une collaboratrice, Rachida Lamrabet, artiste, auteur et juriste à UNIA.

« UNIA emploie beaucoup de gens avec un profil prononcé de gauche et anti-israélien », déclare Michael Freilich, rédacteur en chef de « Joods Actueel » .

« À diverses reprises, une juriste de l’organisation, Madame Rachida Lamrabet, a déjà signé des pétitions contre Israël. Elle soutient ainsi le boycott d’Israël et accuse l’État juif d’apartheid. On ne peut quand même pas qualifier une telle personne de neutre et, quand celle-ci doit évaluer des questions traitant d’antisémitisme, on comprend alors très bien pourquoi les associations juives n’y attachent aucune foi. »

Les pressions sionistes ont commencé. Et également celles de la N-VA en la personne de Zuhal Demir, secrétaire en charge de l’Égalité des Chances. Et elles aboutissent. Rachida est licenciée pour s’être exprimée lors d’un entretien avec le journal Knack sur l’interdiction de la burka.

Plus de 250 universitaires et artistes ont déjà protesté contre cette atteinte à la liberté d’expression et ont demandé à UNIA de revenir sur sa décision.

Mais « Joods Actueel », de son côté, jubile :

« En même temps que l’annonce du licenciement par UNIA de Rachida Lamrabet, nous publions ci-dessous le courriel que nous avions adressé le 31 janvier dernier à la directrice d’UNIA, Els Keytsman.

« Si Madame Lamrabet, une activiste propalestinienne affirmée, signe des pétitions présentant Israël comme un État d’apartheid, appelle au boycott et prend la défense d’une personne qui glorifie des actes de violence, vous comprendrez certainement pourquoi cette personne n’inspire aucune confiance à la communauté juive »,  écrivions-nous entre autres dans ce courriel. »

« Peut-être ne comprenez-vous pas la portée de la façon dont cela se reflète sur vous-même et votre organisation. Et je ne parle pas ici du fait que, par ses actions, elle [Lamrabet] importe le conflit et met ainsi sous pression et compromet les relations mutuelles entre juifs et musulmans chez nous. Nous attendons dès lors un signal clair de la part de votre organisation, sans quoi, nous ne manquerons pas d’informer à ce propos. Ne prenez pas la chose comme une menace, mais bien comme une façon d’attiser le débat public à ce sujet, de façon à pouvoir se rendre compte de ce que les Flamands, les journalistes et les hommes politiques pensent de ces contradictions. »

Ce qui constitue donc une réponse à Saskia Van Nieuwenhove, journaliste d’investigation indépendante, spécialisée dans l’Aide spéciale à la Jeunesse, qui publie sur sa page Facebook, le 5 avril :

J’espère vraiment que le lobby juif (ou dois-je écrire sioniste ?) n’a pas eu d’influence dans le licenciement de Lamrabet.

Saskia raconte ses démêlés personnels avec le lobby sioniste

2009. Je rédige une série en trois parties dans P-Magazine sur les privilèges inouïs du Mossad sur le territoire belge.
Mon rédacteur en chef (entre-temps devenu porte-parole à la N-VA) connaissait toutes les sources, disposait de toutes les données et, à l’impression, naturellement, nous avons laissé ces données anonymes, car ces personnes ne voulaient pas perdre leur emploi.
Il s’en est suivi du coup un contre-interrogatoire à la Chambre. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, De Padt, a nié toutes les imputations. « Madame Van Nieuwenhove ment (littéralement), j’ai tout de suite mis la police fédérale au travail près ces publications ; il n’y a pas de privilèges particuliers pour les agents d’EL AL à Zaventem, etc., etc. »

Aussitôt, concertation avec mon rédacteur en chef. « Le secret des sources est sacré ; sans faire sauter les sources, nous ne pouvons plus réagir, ici. »
Il a toutefois continué à me soutenir à 500 % dans son avant-propos du P-Magazine suivant.

Ce sont de ces moments inoubliables. Le pouvoir se sent plus fort. Quelque chose sur lequel vous avez enquêté pendant des semaines avec tout votre cœur et vos tripes est rejeté comme un vulgaire mensonge par un ministre et ça s’arrête là…

Pensez-vous… Un peu plus tard, je rentre chez moi et il y a une enveloppe brune dans la boîte. Jusqu’à ce jour, je ne sais pas qui a déposé cette enveloppe dans ma boîte privée. Contenu : un rapport de réunion, deux jours après la publication de ma série. Présents lors de cette réunion : deux personnes de la Sûreté de l’État, le cabinet De Padt, des gens de l’ambassade d’Israël, la police fédérale. Le texte, littéralement : « Ce qu’écrit Madame Van Nieuwenhove est exact, mais nous devons le nier sur tous les tons. »

La réunion a eu lieu juste avant le quart d’heure des questions à De Padt.

Avec ce rapport de réunion en main, je me rends auprès du député Dirk Van der Maelen, il y va d’une nouvelle interpellation et, du coup, les propos de De Padt sont tout différents : « Ces privilèges tombent sous des protocoles secrets avec Israël ; ces protocoles ont été décidés sous le ministre Jean Gol. »

Kristof Clerix, LE spécialiste de nos services de renseignement, avait déjà écrit sur la question plus tôt, ç’avait été un moment unique à la Chambre. Pour la toute première fois, ces protocoles secrets avaient été confirmés.

Ouf !

Je pensais que tout était terminé. Je suis retournée au travail sur d’autres sujets : Justice et Aide spéciale à la Jeunesse.

Jusqu’en 2014. Je suis nominée pour le prix bisannuel des droits de l’enfance du Conseil flamand de la jeunesse. Je reçois une mention honorable et ce sont The Roadies qui remportent le prix. Je n’y voyais aucun problème. Tous ceux qui s’engagent pour améliorer les droits de l’enfance dans notre pays peuvent bien avoir une médaille.
Après la remise du prix, je suis assise à table avec mon copain Geert et un membre du jury vient s’asseoir près de nous : « Tu sais quand même bien, Saskia, que tu devais avoir le prix ? » « Euh ? Non. »

« Tous les membres du jury ont été rappelés d’urgence, chaque membre du jury a été envahi de mails du lobby juif disant que tu étais antisémite. Nous n’avons pas osé prendre de risque. »

Admettons : c’est alors que j’ai pleuré, ce soir-là. Je trouve l’antisémitisme absolument méprisable, punissable à juste titre, mais, une fois de plus, il s’avérait que le lobby juif s’était mis au travail.

Puis c’est 2015. Je fais un speech à Gand, après Charlie Hebdo. Mon speech n’est pas encore terminé que je suis attaquée en public par Siegfried Bracke et Peter Dedecker. Que s’était-il passé ? Une nouvelle fois, divers sites Internet juifs s’étaient plaints de ce que j’avais reçu une invitation à un débat, sur une place, devant des milliers de personnes. Termont et tout le collège échevinal gantois avaient été interpellés par écrit parce qu’ils laissaient parler une antisémite.
Manifestement, Bracke et Dedecker étaient rapidement influençables.

Durant cette période, j’avais également écrit sur Facebook dans quelles écoles je donnais des cours sur l’Aide à la Jeunesse. Je le fais depuis des années. Les directeurs eux aussi ont reçu des mails dans lesquels on les mettait en garde contre le fait que j’étais dangereuse et antisémite.

Heureusement, cela faisait des années que je donnais cours dans ces écoles et, tout en gardant leur anonymat, j’avais également présenté des exemples de familles juives sous le coup de tribunal anversois de la jeunesse. Les profs ont carrément classé ces attaques. « Nous en savons plus que vous. Van Nieuwenhove accompagne au tribunal de la jeunesse tous les enfants là où ça s’avère nécessaire, quels que soient leur statut social, leur contexte, le motif du contrôle, leurs racines ou leur confession. »

Mais admettons : aujourd’hui, je n’écris plus jamais à l’avance sur l’endroit où je vais donner cours ni sur ce que je vais faire, je ne fais plus que des commentaires.
En effet, c’est quand même crispant d’apprendre à tout moment qu’une école supérieure puisse être bombardée de mails à propos de soupçons d’antisémitisme.

Sur Joods actueel, on a même posté une photo d’Abou Jahjah (une arme à la main) avec, comme légende : « Pour Saskia Van Nieuwenhove ».
Aucun argument valable n’a jamais été donné, pour ce genre d’attaque.

Donc, oui, effectivement, je me fais des soucis. J’ai sorti tout cela une fois sur papier. Mais cela ne peut suffire. Nous devons nous tenir sur nos gardes face à la montée de l’antisémitisme et, à ce propos, les groupes d’intérêts ont amplement raison de rester vigilants. La libre expression signifie aussi que les sionistes peuvent exprimer librement ce qu’ils pensent. À chacun ses arguments. Mais nous nous opposons trop peu à ces individus qui rejettent comme antisémitisme toute forme de critique à l’égard d’Israël et qui, de ce fait, continuent à vous harceler dans votre vie professionnelle et en privé. C’est une forme de destruction de la personnalité que nous sous-estimons et qu’un État de droit ne peut en aucun cas tolérer.

SVN


Traduction des textes publiés en néerlandais : Jean-Marie Flémal

Source

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15 avril 2017

Agissons pendant le mois des prisonniers palestiniens!

Appel à action: Agissons pendant le mois des prisonniers palestiniens!

Par Addameer, 30 mars 2017

17avril

Addameer, association de défense des prisonniers et des droits de l’Homme appelle les activistes, militants et personnes de conscience à prendre des mesures pour la Journée des Prisonniers Palestiniens le 17 avril afin d’être solidaires de tous les prisonniers politiques palestiniens. Tous les ans, le mois d’avril est considéré comme le mois des prisonniers. Pendant ce mois, le peuple palestinien et les défenseurs de la la justice et de la libération de la Palestine du monde entier font de ce mois l’expression de leur soutien aux prisonniers politiques palestiniens en organisant des événements et des actions pour témoigner de leur solidarité avec les prisonniers palestiniens pour leur liberté.

Ce mois est un mois de manifestations, rassemblements, marches, événements et actions pour commémorer, soutenir et construire la solidarité avec la lutte des Palestiniens emprisonnés. 2017 est l’année qui témoigne de 50 ans de tribunaux militaires et d’ordonnances militaires qui contrôlent tous les aspects de la vie civile et politique des Palestiniens. Nous exhortons tous les militants, activistes, organisations et personnes de conscience à organiser des actions pour la liberté des prisonniers palestiniens pendant tout le mois d’avril 2017.

Environ 6.500 Palestiniens sont actuellement détenus dans les prisons et les centres de détention d’Israël, y compris environ 300 enfants et près de 550 retenus en détention administrative, forme de détention sans charges ni procès qu’Israël utilise pour maintenir des Palestiniens indéfiniment sous le secret de l’information.

Tous les ans, les militaires israéliens arrêtent des milliers de Palestiniens pour essayer de réprimer toute résistance à son incessante occupation et sa politique d’apartheid. Parmi eux, se trouvent des centaines d’enfants, certains d’à peine 12 ans. Trop souvent, des enfants palestiniens sont torturés, soumis à de mauvais traitements, placés en isolement et contraints à signer une confession en hébreu, langue que la plupart des enfants palestiniens ne comprennent pas. Tous les ans, environ 500 à 700 enfants sont condamnés dans les tribunaux israéliens.

La forme la plus courante d’arrestation, ce sont les raids nocturnes pendant lesquels les soldats israéliens vont saccager la maison d’un individu, détruire ses biens personnels et maltraiter les membres de sa famille. La personne arrêtée sera alors menottée et aura les yeux bandés avant d’être jetée à l’arrière d’une jeep de l’armée israélienne où les coups, les insultes et les humiliations se poursuivront.

Selon la législation militaire israélienne, on peut interroger les Palestiniens pendant 75 jours et leur refuser l’accès à un avocat pendant 60 jours. Depuis 1967, environ 75 détenus palestiniens sont morts des suites de tortures subies au cours des interrogatoires israéliens.

Tous les jours, les prisonniers palestiniens sont en première ligne du combat, confrontés à des interrogatoires éprouvants, des rafles nocturnes, un confinement à l’isolement et des attaques incessantes contre leurs droits, aux mains des forces israéliennes d’occupation. Ces attaques sont facilitées par la complicité, le soutien et la spéculation des entreprises internationales. La Journée des Prisonniers Palestiniens est un moment essentiel pour s’élever contre la complicité des états et des entreprises avec l’enfermement des prisonniers politiques palestiniens par Israël.

Addameer, association de défense des prisonniers et des droits de l’Homme exhorte tout le monde à organiser des événements pendant tout le mois d’avril pour être solidaires de la lutte des prisonniers politiques palestiniens. 2017 commémore les 100 ans de la déclaration Balfour, les 70 ans de la Catastrophe palestinienne (al-Nakba), les 50 ans de la brutale occupation militaire. C’est aussi

l’année où il faut faire rendre compte à l’occupation israélienne pour ce qu’elle a fait et exiger la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens.

AGISSEZ :

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1. Rejoignez la campagne d’Addameer sur les réseaux sociaux pour sensibiliser le public : portez une pancarte disant #Libérez_les-Prisonniers_Politiques_Palestiniens, ou #StopDA (campagne contre la détention administrative), #PasuneCible (Campagne des Défenseurs des Droits de l’Homme), et partagez, soit une photo de vous portant une pancarte, soit simplement le hashtag accompagné de la photo d’un prisonnier ou d’un détenu sur une réseau social (twitter ou facebook) pour sensibiliser le public.

2. Rejoignez les campagnes d’Addameer et leur Appel à Agir : Addameer a lancé deux campagnes principales : la campagne Stop la Détention Administrative et Défenseurs des Droits de l’Homme. Vous pouvez utiliser n’importe lequel des matériaux qu’Addameer a préparés pour ces deux campagnes ou tout autre matériel trouvé sur le site d’Addameer.

3. Organisez une manifestation, une démonstration, une prise de parole ou une banderole dans votre ville, votre communauté ou votre campus pour appeler à la libération immédiate de tous les prisonniers politiques palestiniens et pour témoigner de votre solidarité avec les prisonniers en grève de la faim et les détenus.

4. Ecrivez aux responsables israéliens ou à vos députés locaux pour exiger la libération des prisonniers politiques palestiniens. Ecrivez un message et envoyez le sur internet ou faxez le aux adresses ci-dessous.

5. Rejoignez la campagne BDS : organisez une action devant le bureau HP de votre ville pour faire connaître le rôle des entreprises impliquées dans – et profitant de – la politique d’emprisonnement des Palestiniens par l’occupation israélienne.

6. Envoyez un mail à info@addameer.ps ou sur notre page Facebook pour nous informer sur les actions que vous prévoyez.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : Addameer

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509 Palestiniens arrêtés en mars 2017 selon un rapport

 

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509 Palestiniens arrêtés en mars 2017 selon un rapport


Quatre institutions palestiniennes
 préoccupées par les droits de l’homme et des prisonniers, l’Association des Prisonniers Palestiniens, le Centre Al-Mezan pour les Droits Humains, l’Association de Soutien et des Droits Humains des Prisonniers Addameer et la Commission des Affaires des Prisonniers, ont publié dimanche 9 avril leur rapport mensuel de la situation en mars 2017. Les autorités d’occupation ont arrêté 509 palestiniens pendant le mois de mars 2017 depuis la Cisjordanie, la Bande de Gaza et Jérusalem, y compris 75 enfants et 13 femmes, dont 2 mineures et 5 députés du Conseil Législatif Palestinien.

En mars, 160 palestiniens de Jérusalem ont été arrêtés, 80 d’al-Khalil, 73 de Bethléem, 35 de Ramallah et el-Bireh, 34 de Tulkarem, 33 de Nablus, 31 de Jenin, 21 de Qalqilya, 15 de Jericho, 11 de Tubas, 11 de la Bande de Gaza et 5 de Salfit.

Les autorités d’occupation israéliennes ont délivré 111 ordres administratifs de détention en mars, y compris un ordre d’emprisonnement sans accusation ni procès contre le prisonnier Ihsan Dababseh ré-arrêté et relâché et le membre du PLC Mohammed Ismail al-Tal.

Le nombre total de prisonniers palestiniens dans des prisons israéliennes est approximativement de 6 500 ; parmi eux 62 prisonnières, dont 14 mineures. Il y a environ 300 enfants détenus dans des prisons israéliennes et 500 palestiniens emprisonnés sans accusation ni procès sous détention administrative.

Le mois dernier, on a aussi vu l’arrestation continue des dirigeants palestiniens et la poursuite des activistes politiques et journalistes par l’occupation, pour tenter de les empêcher d’effectuer leur rôle dans l’éducation de la communauté et l’organisation du peuple palestinien, et d’empêcher les journalistes de traiter et révéler les pratiques de l’occupation. Cette politique est destinée à supprimer et museler leurs voix, particulièrement à Jérusalem occupé. Durant le mois de mars, 5 députés du PLC ont été arrêtés y compris la membre du Parlement Samira Halaiqeh pendant que 5 journalistes travaillant dans des médias variés ont été capturés.

En outre, les prisonniers palestiniens ont rencontré une politique continue d’invasions de secteurs, de salles de détenus et de pillage de leurs affaires, en plus de la négligence médicale continue de centaines de patients détenus et des hauts taux de détention administrative, de confinement et isolation solitaire, la détention d’enfants et l’imposition d’amandes monétaires exorbitants et le refus de visites familiales à des centaines de prisonniers palestiniens.

Les quatre institutions ont exprimé leur forte condamnation des violations grossières et systématiques israéliennes de la loi internationale contre les prisonniers palestiniens et ont aussi condamné l’arrestation continue et le ciblage systématique des journalistes par l’occupation, ce qui empêche leur travail de diffusion d’information sur les violations des droits humains auxquelles les palestiniens sont en permanence exposés.

Une telle répression viole la liberté de la presse et la liberté d’expression ainsi que les conventions internationales et la loi humanitaire, qui apportent la protection spéciale pour les journalistes via le Protocole I supplémentaire de la Quatrième Convention de Genève de 1977 et l’Article 19 de la Déclaration Universelle des Droits Humains de 1948 et l’Article 19 de la Convention sur les Droits Civils et Politiques de 1966, qui maintiennent le droit de recevoir et transmettre les actualités et les idées, ce qui s’applique aux journalistes. Les institutions notent aussi les arrestations continues par l’occupation israélienne des membres du Conseil Législatif Palestinien par l’occupation israélienne malgré la loi internationale interdisant l’arrestation des individus pour leurs points de vue politiques.

Les quatre institutions font aussi appel à la communauté internationale et les corps internationaux de respecter leurs obligations légales et morales envers les crimes actuellement commis sur le territoire palestinien et de prendre les mesures effectives pour contraindre l’occupation à respecter la loi internationale humanitaire et la loi internationale des droits humains. Ils ont poussé à l’action et joué un rôle actif pour tenir responsable le pouvoir occupant ainsi que tenir responsable les auteurs des crimes contre les civils palestiniens pour s’assurer qu’ils ne bénéficient pas d’impunité.

Traduction : Natalie M. pour l’Agence Média Palestine

Source : Addameer

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Grève illimitée lancée par les prisonniers palestiniens à partir du 17 Avril 2017

Journée Internationale de Solidarité avec les Prisonniers Palestiniens

 

 

Les prisonniers politiques palestiniens commenceront une grève de la faim illimitée le 17 avril prochain. La dernière grève de la faim illimitée remonte à 2014. Celle de 2012, qui avait impliqué 2 000 prisonniers avait conduit à un accord avec les forces d’occupation israélienne, qui dans les faits n’a pas été respecté par Israël.

Dans le cadre de cet accord Israël avait accepté de limiter la pratique de la détention administrative à des circonstances exceptionnelles, mais depuis Israël a continué à pratiquer systématiquement la détention administrative en ne laissant aux détenus que le choix de lancer une nouvelle grève.

Du 1 er Mars 2014 au 24 Avril 2014, c’est 183 palestiniens détenus sans inculpation ni jugement en détention administrative, parmi eux 9 membres du Conseil Législatif Palestinien (CLP). Du 1 er Janvier 2014 au 24 Avril 2014, Israël a eu recours à la détention administrative contre 142 détenus, y compris le renouvellement d’injonctions existantes et l’application de nouvelles injonctions.

A l’instar des deux précédentes grèves de la faim, citées ci-dessus, le mouvement des prisonniers palestiniens entament le 17 Avril 2017 une grève de la faim illimitée pour faire entendre leurs revendications.

Leurs revendications majeures portent sur les visites et les soins médicaux  :

Les visites :

  • Reprogrammer la deuxième visite prévue par La Croix Rouge et qui a été annulée.

  • Le respect de la régularité des visites : toutes les deux semaines.

  • Plus d’interdiction de visite aux proches d‘un détenu.

  • Prolongation de la durée de visite de 45 minutes à 90 minutes.

  • Permettre au détenu de se faire prendre en photo avec ses proches tous les trois mois.

  • Faciliter l’accueil des familles des détenus devant les portes des prisons.

  • Permettre aux enfants et aux petits enfants de moins de 16 ans de rentrer à chaque visite.

  • Les détenues palestiniennes demandent un transport particulier lors des transferts et des visites hors du parloir.

Installer un téléphone public pour les détenus palestiniens dans toutes les prisons et dans les différents quartiers afin de leur permettre de communiquer avec leurs proches. ( les détenus de droit commun  ont droit au portable dans les prisons. )

 Les soins:

La fermeture du dit « Hôpital de la prison Al Ramla  » pour sa non-conformité tout en réunissant les conditions nécessaires pour prodiguer les soins aux détenus.

  • Rompre avec les pratiques et la politique du délaissement et l’abandon sanitaire.

  • Organisation de consultations médicales périodiques.

  • Procéder avec rapidité aux interventions chirurgicales et les traiter dans l’urgence qu’elles nécessitent.

  • Permettre aux médecins spécialistes de l’extérieur d’accéder à l’établissement.

  • Libérer les détenus souffrant de maladies chroniques ou de handicaps.

  • Les soins ne doivent pas être à la charge du détenu.

Le leader du Fatah, Marwan Barghouthi, figure de la lutte palestinienne et  emprisonné depuis 2004, participera à la grève et représentera les prisonniers du Fatah à toutes les négociations ou décisions concernant la grève de la faim illimitée .

L’association  » Addameer Prisoner Support & Human Rights Association «  appelle à une journée internationale de solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens le 17 Avril 2017.

Addameer rappelle aussi :  » 2017 marque les 100 ans de la déclaration Balfour; les 70 ans de la catastrophe palestinienne (Al-Nakba); les 50 ans d’occupation militaire brutale. C‘est aussi l’année où il faut tenir l’occupation israélienne pour responsable de ses actions et exiger la libération immédiate de tous les prisonniers politiques palestiniens ! « 

 

La situation actuelle des prisonniers palestiniens est de :

  • 6 500 palestiniens emprisonné-es

  • 61 femmes dont 12 mineures

  • 300 enfants

  • 550 détentions administratives

  • 24 journalistes

Le Mardi 28 Février 2017 nous vous avions adressé un petit dossier de presse sur la nouvelle détention administrative et la grève de la faim du journaliste palestinien Mohammed Al – Qiq. Grâce aux nombreuses pressions et soutiens internationaux, un accord avec les forces d’occupation  a pu être passé, et il a mis fin à sa grève de la faim  le 10 Mars. Il devrait être libéré le  14 Avril 2017, selon les termes de l’accord mais de nouvelles charges sont retenues contre le journaliste palestinien par une cour militaire israélienne le 4 Avril, soit 10 jours avant sa libération.

Source : http://www.info-palestine.eu/spip.php?article14516

Source : http://lemonde.co.il/2017/03/28/pour-restaurer-l039unit-et-la-dignit-des-prisonniers-marwan-barghouti-mne-la-bataille-de-la-libert-le-17-avril/

Source : http://www.addameer.org/news/take-action-palestinian-prisoners-month-2017

Source : http://chroniquepalestine.com/prisonniers-palestiniens-greve-de-faim-de-masse/

Source : http://samidoun.net/2017/04/ten-days-before-his-release-imprisoned-journalist-al-qeeq-hit-with-new-military-court-charges/

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04 avril 2017

Affronter l’apartheid a tout à voir avec le féminisme

Quand ils s’en sont pris à la Grève internationale des femmes, le 8 mars, des partisans d’Israël ont prétendu qu’il n’y avait pas de place pour la décolonisation de la Palestine dans le féminisme et ont demandé en outre s’il y avait une place pour le sionisme au sein du mouvement féministe. Nous retournons la question et demandons à notre tour si l’occupation de la Palestine, les bombardements de Gaza, l’apartheid qui applique deux systèmes séparés et inégaux à la relation d’Israël à l’égard des Palestiniens, peuvent être compatibles avec le féminisme. Alors que les apologistes d’Israël posaient ces questions, l’armée israélienne, comme l’a rapporté le Centre palestinien pour les droits humains, se chargeait d’interdire à Jérusalem deux événements célébrant cette Journée internationale des femmes.

Gaza, 8 mars 2017, Journée Internationale des Femmes : des Palestiniennes participent à une manifestation contre la violence à l’égard des femmes et réclament la fin de l’occupation israélienne.

Si les sionistes qui s’auto-proclament féministes avaient perçu la Grève internationale des femmes (IWS) comme le reflet d’un sentiment indivisible de la justice, ils auraient rapidement compris aussi que l’IWS ne peut en aucun cas tolérer le racisme. Un féminisme inclusif a rejeté à juste titre les justifications sionistes des violations par Israël des droits de millions de femmes et de filles palestiniennes, y compris les réfugiées et celles qui vivent sous un situation barbare d’occupation et de siège.

Historiquement, certaines femmes, y compris des femmes très riches et des femmes de tout premier plan, se sont identifiées à un féminisme qui ignore race et classe et qui, partant, ignore la plupart des femmes qui subissent directement les effets de la pauvreté, du racisme, de la guerre, de l’occupation et des destructions environnementales dans le monde industrialisé ou non industrialisé. Ces féministes célèbrent les femmes qui ont brisé leur cage de verre et ont choisi leur voie vers le 1 %. Pour elles, le féminisme signifie le droit des femmes à être les égales des hommes dans la gestion du capitalisme avec tout ce que ce dernier suppose en fait d’exploitation, d’occupation, de racisme et, sous-jacent à tout ce qui précède, de sexisme.

À sa racine, le féminisme est un mouvement qui revendique la libération des femmes. La lutte pour les droits des femmes sous la bannière du féminisme ne peut exister de façon significative sans s’engager et œuvrer à l’élimination de l’oppression enracinée dans le racisme, le colonialisme et le capitalisme. C’est le cas des femmes de nombreux pays, lesquelles soutiennent le féminisme des 99 %. En d’autres termes, les femmes de la base ne constituent pas seulement la toile de fond de leur mouvement, mais également sa préoccupation centrale. Par conséquent, la plate-forme de l’IWS a mis en lumière bon nombre des problèmes les plus importants qui portent atteinte à la survie des femmes dans le monde : la fin de la violence sexuelle, la justice sur le plan de la procréation, les droits au travail, des programmes sociaux, la fin de la détérioration de l’environnement – en bref, un agenda antiraciste et anti-impérialiste.

Dans ce climat nouveau, ce qui arrive aux femmes palestiniennes n’est pas un détail, mais une question vitale. Cela explique que Rasmea Odeh était l’une des femmes invitées à participer à la direction de la grève aux États-Unis.

Rasmea Odeh

Rasmea Odeh est une dirigeante de la communauté palestinienne vivant à Chicago et elle n’a cessé de lutter pour l’empowerment (autonomisation) des femmes immigrées arabes en leur fournissant des formations en direction et des services de cours de langue anglaise, ainsi qu’en contribuant à alléger le sentiment d’isolement éprouvé par les familles immigrées de très fraîche date.

Madame Odeh a été soumise à la torture et à des agressions sexuelles pour avoir résisté à la colonisation et à l’occupation. Sa vie incarne l’expérience de toutes les femmes qui ont survécu à la violence raciste de l’État. Les fausses accusations dont Madame Odeh a été la cible et qui ont été réitérées par des gens s’identifiant comme sionistes, sont malveillantes et n’ont d’autre but que de criminaliser Madame Odeh et les gens qui la soutiennent. Cela a eu pour effet de légitimer le recours à la torture contre les prisonniers politiques en tant que moyen de coercition destiné à obtenir des informations justifiant leur emprisonnement.

Ce qui est arrivé à Madame Odeh alors qu’elle était en détention en Israël, c’est le même traitement appliqué partout dans le monde par des gouvernements répressifs et impérialistes. Le féminisme des 99 % qui apparaît aujourd’hui rejette ces persécutions et ces tortures, en quelque endroit que ce soit.

« Féminisme sioniste » est un oxymore. Il peut avoir un héritage en commun avec le féminisme des « femmes blanches uniquement », mais il ne reflète pas la conviction des militantes d’aujourd’hui qui refusent de s’arrêter à la notion de justice pour quelques-unes tout en la refusant à d’autres. Nous rejetons le sionisme et le féminisme sioniste. Un nombre sans cesse croissant de femmes reconnaissent qu’un féminisme qui n’affronte pas le capitalisme, le racisme et le colonialisme ne mènera pas à la libération, pas plus qu’il n’y a de libération possible sans affronter le sexisme. Toute voie se voulant progressiste se doit de venir à bout des voix du féminisme sélectif qui défendent les systèmes d’oppression et tentent de réduire nos propres voix au silence.


Publié le 21 mars 2017 sur Mondoweiss
Traduction : Jean-Marie Flémal

Rabab Abdulhadi

Rabab Abdulhadi est professeure associée en Études ethniques et en Études sur les races et la résistance, ainsi que professeure de l’Initiative en faveur des ethnies et diasporas arabes et musulmanes au Collège des Études ethniques de l’Université de l’État de San Francisco. Elle est coéditrice d’une anthologie qui a été récompensée par un prix littéraire : Arab and Arab American Feminisms: Gender, Violence and Belonging (Féminismes arabe et arabo-américain : Genre, violence et appartenance) et ses travaux ont été publiés dans des dizaines de journaux et revues spécialisés en genre et justice (Syracuse University Press). Elle est également cofondatrice et membre du comité éditorial de l’Islamophobia Studies Journal. Abdulhadi est vice-présidente de Feminists for Justice in Palestine, le groupe Internet qui a initié et organisé cette campagne de la NWSA en faveur de BDS en 2015.

Suzanne Adely

Suzanne Adely est une juriste et activiste de niveau mondial en droits humains du travail. Elle est membre du Comité américain de planification de l’IWS, vice-présidente du Comité international de la Guilde nationale des avocats, membre du bureau de l’Association internationale des avocats démocratiques et organisatrice au sein du Réseau de la communauté palestinienne des États-Unis et de la Coalition du droit au retour en Palestine.

Angela Davis

Angela Davis s’est révélée comme une activiste de tout premier plan dans les années 1960 en étant membre du Parti communiste des États-Unis et elle a eu des relations étroites avec le Parti des Black Panthers. Elle a cofondé Critical Resistance, une organisation œuvrant à l’abolition du complexe carcéro-industriel et a été professeure (désormais retraitée) au département Histoire des consciences à l’Université de Californie, à Santa Cruz. Elle a également été directrice du département des Études féminines de l’université.

Selma James est une militante, une penseuse politique et une femme de lettres. Elle est la fondatrice de la Campagne internationale en faveur de la rémunération du travail ménager et a contribué à lancer la Grève mondiale des femmes. Elle est l’auteure de nombreuses publications, y compris, plus récemment, Sex, Race and ClassThe Perspective of Winning: A Selection of Writings 1952-2011 (Sexe, race et classe – La perspective de victoire : Un choix de textes 1952-2011). Mariée avec feu C.L.R. James (avec qui elle était engagée dans des activités politiques), elle a rédigé son essai de référence en 1952 : « A Woman’s Place » (La place d’une femme).

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03 avril 2017

Le résumé officiel (partie intégrante du rapport) de l’ESCWA

Le résumé officiel (partie intégrante du rapport) d’un rapport d’une instance de l’ONU accusant Israël du crime d’apartheid dans le traitement qu’il inflige aux populations palestiniennes, traduit en français.

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LA PALESTINE ET L’OCCUPATION ISRAÉLIENNE.
LES PRATIQUES ISRAÉLIENNES VIS-À-VIS DU PEUPLE PALESTINIEN
ET LA QUESTION DE L’APARTHEID

Résumé
Le rapport conclut qu’Israël a établi un régime d’apartheid qui impose sa loi au peuple palestinien dans son ensemble. Conscients de la gravité de cette allégation, les auteurs de ce rapport concluent que les preuves disponibles établissent au-delà de tout doute raisonnable qu’Israël est coupable de politiques et de pratiques qui constituent le crime d’apartheid tel qu’il est défini par les instruments du droit international.

L’analyse de ce rapport s’appuie sur les mêmes règles et principes de droit international et en matière de Droits de l’Homme que celles qui condamnent l’antisémitisme et les autres idéologies discriminant les races, en particulier la Charte des Nations Unies (1945), la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948) et la Convention Internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale (1965). Le rapport repose, pour sa définition de l’apartheid, d’abord sur l’article II de la Convention Internationale sur la suppression et la punition du crime d’apartheid (1973) – ci-après la Convention contre l’Apartheid) :

L’expression « crime d’apartheid », qui englobe les politiques et pratiques de ségrégation et de discrimination raciales, telles qu’elles sont pratiquées en Afrique australe, désigne les actes inhumains … commis en vue d’instituer ou d’entretenir la domination d’un groupe racial d’êtres humains sur n’importe quel autre groupe racial d’êtres humains et d’opprimer systématiquement celui-ci.
Bien que le terme « apartheid » ait été à l’origine associé à la situation particulière de l’Afrique du Sud, il représente maintenant une catégorie de crime contre l’humanité pour le droit international courant et le Statut de Rome définissant la Cour Internationale de Justice, selon lesquels :

Le « crime d’apartheid » s’applique à des actes inhumains… commis dans le contexte d’un régime institutionnel d’oppression systématique et de domination par un groupe racial sur un autre ou d’autres groupes raciaux et commis dans l’intention de maintenir ce régime.

Au regard de ce contexte, ce rapport reflète le consensus des experts selon lequel l’interdiction de l’apartheid s’applique de manière universelle et n’a pas été rendue caduque par son échec en Afrique du Sud et en Afrique du Sud Ouest (Namibie).

L’approche légale du sujet de l’apartheid retenue par ce rapport ne devrait pas être confondue avec l’usage du terme dans le vocabulaire courant comme expression d’opprobre.Voir l’apartheid comme des actes et des pratiques isolés (comme « un mur d’apartheid »), un phénomène généré par des conditions structurelles anonymes comme le capitalisme (l’« apartheid économique »), ou des comportements sociaux privés de la part de certains groupes raciaux vis-à-vis d’autres (« racisme social ») pourrait trouver place dans certains contextes.

Cependant, ce rapport ancre sa définition de l’apartheid dans le droit international, qui impose des responsabilités aux États, comme spécifié dans les instruments internationaux.

Le choix des preuves est guidé par la Convention contre l’Apartheid, qui précise que le crime d’apartheid consiste en des actes inhumains particuliers, mais que de tels actes acquièrent le statut de crime contre l’humanité seulement s’ils servent intentionnellement l’objectif d’une domination raciale.

Le Statut de Rome spécifie dans sa définition la présence d’un « régime institutionnel » au service de l’« intention» d’une domination raciale. Puisque « objectif » et « intention » sont au cœur des deux définitions, ce rapport examine des facteurs nettement distincts de la dimension palestinienne – comme la structure de l’État juif telle qu’elle est exprimée dans le droit et dans l’organisation des institutions de l’État d’Israël – pour établir sans aucun doute la présence d’un tel objectif fondamental.

Que le régime israélien soit conçu en fonction de cet objectif fondamental a été jugé évident à travers le corpus législatif, dont seuls quelques textes sont évoqués dans le rapport pour des raisons de longueur.

Un exemple éminent en est la politique de la terre. Les lois fondamentales (Constitution) prévoient que la terre détenue par l’État d’Israël, l’Autorité de Développement d’Israël ou le Fonds National Juif ne pourra en aucun cas être transférée, plaçant sa gouvernance de manière permanente sous leur autorité. La Loi de Propriété de l’État de 1951 prévoit le transfert de la propriété (y compris des terres) à l’État dans toutes les zones « sur lesquelles s’applique le droit israélien ». L’autorité des Terres israéliennes (ILA) gouverne les terres d’État, qui représentent 93 % des terres à l’intérieur des frontières internationalement reconnues d’Israël et sont, selon la loi, inaccessibles à l’usage, au développement ou à la propriété pour des non-juifs. Ces lois traduisent le concept de « dessein collectif » tel qu’il est exprimé par les lois fondamentales. De telles lois peuvent être changées par un vote de la Knesset, mais pas les lois fondamentales : la Knesset interdit à n’importe quel parti de remettre en cause ce « dessein collectif ». Effectivement le droit israélien rend illégale toute opposition à une domination raciale.

La construction démographique est un autre champ politique mis au service de l’objectif de conserver à Israël sa position d’État juif. La loi qui permet aux juifs du monde entier le droit d’immigrer en Israël et d’obtenir la citoyenneté israélienne quel que soit leur pays d’origine et qu’ils puissent démontrer ou pas un lien avec Israël ou la Palestine est bien connue, alors qu’aucun droit comparable n’est accordé aux Palestiniens, même à ceux qui peuvent démontrer des racines ancestrales dans le pays. L’Organisation Sioniste Mondiale et l’Agence Juive sont investies d’une autorité légale, en tant qu’agences de l’État d’Israël, pour faciliter l’immigration de juifs et servir de manière préférentielle les intérêts des citoyens juifs sur des questions allant de l’usage de la terre à la planification du développement public à d’autres questions d’intérêt vital pour l’organisation de l’État juif. Des lois mettant en jeu la construction démographique sont exprimées en langage codés, telles celles qui permettent aux Conseils juifs de rejeter la candidature de citoyens palestiniens à la résidence. Le droit israélien autorise en principe les conjoints de citoyens israéliens à déménager vers Israël, mais interdit cette possibilité uniquement dans le cas de Palestiniens des Territoires Occupés. D’une manière plus large, Une politique israélienne vise à interdire le retour de tous les réfugiés et exilés palestiniens (au total autour de six millions de personnes) dans les territoires sous contrôle israélien.

Deux attributs supplémentaires d’un régime systématique de domination raciale doivent exister pour qualifier un régime de situation d’apartheid.

Le premier exige l’identification des personnes opprimées comme appartenant à un « groupe racial » particulier. Ce rapport accepte la définition de la Convention Internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, considérant la « discrimination raciale » comme « toute distinction, exclusion, restriction ou préférence fondée sur la race, la couleur, la lignée, ou l’origine nationale ou ethnique, qui a pour objectif ou pour effet d’interdire ou de réduire la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice, à parité de droits, des droits de l’homme et des libertés fondamentales en matière politique, économique, sociale, culturelle ou dans n’importe quel autre domaine de la vie publique ». Sur cette base, le rapport affirme que dans le contexte géopolitique de la Palestine, les Juifs et les Palestiniens peuvent être considérés comme des « groupes raciaux ». De plus, la Convention Internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale est expressément mentionnée dans la Convention contre l’Apartheid.

Le second attribut est la délimitation et le caractère du groupe ou des groupes en cause. Le statut des Palestiniens comme un peuple habilité à exercer son droit à l’autodétermination a été légalement posé, avec le plus de clarté par la Cour Pénale Internationale (CPI) dans son avis consultatif de 2004 sur les conséquences légales de la construction d’un mur dans les Territoires Palestiniens Occupés. A partir de cette base, le rapport examine le traitement par Israël de la population palestinienne dans son ensemble, considérant les circonstances particulières de la fragmentation géographique et juridique du peuple palestinien comme une situation imposée par Israël. (L’annexe II concerne la question d’une identification adéquate du « pays » responsable du déni des droits des Palestiniens selon le droit international).

Le rapport pointe le fait que la fragmentation stratégique du peuple palestinien est la méthode principale par laquelle Israël impose un régime d’apartheid. Il examine dans un premier temps la manière dont l’histoire de la guerre, la partition, l’annexion de droit et de fait et l’occupation prolongée de la Palestine ont conduit le peuple palestinien à être divisé en différentes régions géographiques administrées par différents régimes juridiques. Cette fragmentation contribue à stabiliser le régime israélien de domination raciale sur les Palestiniens et à affaiblir la volonté et la capacité du peuple palestinien à organiser une résistance unifiée et efficace. Différentes méthodes sont déployées, qui dépendent de la zone dans laquelle vivent les Palestiniens. C’est le moyen principal par lequel Israël renforce l’apartheid et en même temps empêche la reconnaissance internationale de la manière dont ce système fonctionne comme un ensemble intégré pour constituer un régime d’apartheid.

Depuis 1967, le peuple palestinien vit sous ce que le rapport appelle les quatre « champs » dans lesquels les composantes de la population palestinienne sont clairement traités de manière différente, mais partagent ensemble l’oppression raciale qui est la conséquence d’un régime d’apartheid. Ces champs sont :
1 Le droit civil, avec des restrictions particulières, qui s’applique aux Palestiniens qui vivent comme citoyens d’Israël,
2 Les lois permanentes de résidence, qui s’appliquent aux Palestiniens qui vivent dans la ville de Jérusalem,
3 Le droit militaire qui s’applique aux Palestiniens, y compris ceux des camps de réfugiés, qui vivent depuis 1967, dans les conditions d’une occupation militaire en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza,
4 La politique visant à empêcher le retour des Palestiniens, qu’ils soient réfugiés ou exilés, qui vivent en dehors de territoires sous contrôle israélien.

Le premier champ concerne à peu près 1,7 millions de Palestiniens qui sont citoyens d’Israël. Pendant les 20 premières années de l’existence du pays, ils ont vécu sous le régime de la loi martiale, et jusqu’à aujourd’hui, ils sont victimes d’une oppression au motif de ne pas être juifs. Cette politique de domination se traduit par des services de moindre niveau, par des zonages légaux contenus et des allocations de budgets limitées attribuées aux communautés palestiniennes, par des restrictions à l’emploi et aux opportunités professionnelles, et dans l’organisation du territoire la plus soumise à ségrégation pour un Israël dans lequel vivent des citoyens juifs et des citoyens palestiniens. Les partis politiques palestiniens peuvent agir pour des réformes mineures et de meilleurs budgets, mais ont légalement interdiction, au titre des Lois fondamentales, de remettre en question la législation créant un régime racial. Cette politique est renforcée par les conséquences de la distinction faite en Israël entre « citoyenneté » (ezrahut) et « nationalité »(le’um) : tous les citoyens israéliens possèdent la citoyenneté, mais seuls les juifs possèdent la nationalité. Les droits « nationaux » en droit israélien signifient les droits nationaux accordés aux juifs. Le combat des citoyens palestiniens d’Israël pour l’égalité et des réformes du droit civil israélien est ainsi isolé par le régime des combats des Palestiniens de partout ailleurs.

Le second champ couvre à peu près 300.000 Palestiniens qui vivent à Jérusalem Est, qui font l’expérience d’une discrimination dans l’accès à l’éducation, aux soins, à l’emploi, aux droits à la résidence et à la construction. Ils souffrent aussi d’expulsions et de démolitions de logements, au service de la politique israélienne « d’équilibre démographique » en faveur des habitants juifs. Les Palestiniens de Jérusalem Est sont étiquetés résidents permanents, ce qui les met dans une catégorie distincte pour empêcher que leur poids démographique – et donc électoral- ne puisse s’ajouter à celui des citoyens palestiniens d’Israël. Comme résidents permanents, ils n’ont aucun statut légal leur permettant de peser sur le droit israélien. De plus être assimilés à des Palestiniens des Territoires Occupés présente pour eux le risque d’une expulsion vers la Cisjordanie et de la perte du droit de même revenir visiter Jérusalem. Ainsi, l’épicentre de la vie politique palestinienne de Jérusalem est contenu dans un cadre légal étroit qui entrave la capacité de ses habitants à s’opposer légalement au régime d’apartheid.

Le troisième champ est le système de droit militaire imposé à à peu près 4,6 millions de Palestiniens qui vivent dans les Territoires Palestiniens Occupés, 2,7 millions d’entre eux en Cisjordanie et 1,9 million dans la Bande de Gaza. Le territoire est administré d’une manière qui recouvre complètement la définition de l’apartheid telle qu’elle figure dans la Convention contre l’Apartheid : sauf pour la disposition ayant trait au génocide, toutes les dispositions recensées « actes inhumains » dans la Convention sont quotidiennement et systématiquement pratiquées par Israël en Cisjordanie. Les Palestiniens sont soumis à la loi militaire, alors que les approximativement 350.000 colons juifs sont gouvernés par la loi civile israélienne. Le caractère racial de cette situation est de plus confirmé par le fait que tous les colons juifs de Cisjordanie sont placés sous la protection de la loi civile israélienne sur le fondement de leur judéité, qu’ils soient citoyens israéliens ou non. Ce système de droit dual, en soi problématique, est un indicateur d’un régime d’apartheid lorsqu’il est associé à une gestion de la terre discriminatoire sur une base raciale, et à un développement confié à des institutions juives, qui ont la responsabilité d’administrer les « terres d’État » dans l’intérêt de la population juive. A l’appui des considérations d’ensemble de ce rapport, l’annexe I donne davantage de détails sur les politiques et les pratiques d’Israël dans les Territoires Palestiniens Occupés qui constituent des violations de l’article II de la Convention contre l’Apartheid.

Le quatrième champ concerne les millions de Palestiniens réfugiés ou involontairement exilés, dont la plupart vivent dans des pays voisins. Il leur est interdit de revenir dans leurs foyers en Israël et dans les Territoires Palestiniens Occupés. Israël justifie l’interdiction du retour des Palestiniens dans des termes franchement racistes : il prétend que les Palestiniens constituent une « menace démographique », et que leur retour altérerait le caractère démographique d’Israël au point d’en éliminer son caractère d’Etat juif. Le refus du droit au retour joue un rôle essentiel dans le régime d’apartheid en garantissant que la population palestinienne dans le territoire de la Palestine mandataire ne s’accroitra pas au point de menacer le contrôle militaire du territoire par Israël et/ou de donner aux citoyens palestiniens d’Israël le poids démographique nécessaire pour exiger (et obtenir) des droits démocratiques complets, éliminant de ce fait le caractère juif de l’Etat d’Israël. Bien que ce quatrième champ soit limité aux politiques interdisant aux Palestiniens leur droit au retour selon le droit international, il est traité dans ce rapport comme faisant partie intégrale du système d’oppression et de domination du peuple palestinien dans son ensemble, compte tenu de son rôle crucial en termes démographiques dans la poursuite d’un régime d’apartheid.

Le rapport considère que, vus dans leur ensemble, les quatre champs constituent un régime complet mis en place dans l’objectif d’assurer une domination durable sur les non-juifs sur tous les territoires placés sous contrôle israélien complet. A différents degrés, les différences de traitement faites aux Palestiniens ont été constatées par les Nations Unies, même s’il n’y a pas eu d’évaluation visant à définir si elles constituent ou non une forme d’apartheid. A la lumière des constats de ce rapport, cette approche internationale fragmentée sur de nombreuses années mérite une réévaluation.

Dans un intérêt d’équité et de complétude, le rapport examine plusieurs contre arguments présentés par Israël et par ses soutiens sur ses politiques, réfutant l’application de la Convention contre l’Apartheid dans la situation en Israël/Palestine. Ils incluent les revendications que la prétention d’Israël à rester un État juif est cohérente avec les pratiques d’autres États, comme la France ; Israël n’accorde pas aux non-citoyens palestiniens un traitement équivalent à celui des juifs précisément parce qu’ils ne sont pas juifs ; et le traitement fait aux Palestiniens ne traduit aucun « objectif » ou « intention » de dominer, mais constitue davantage un traitement provisoire de la situation imposé à Israël par les réalités d’un conflit en vigueur et par des besoins de sécurité. Le rapport montre qu’aucun de ces arguments ne résiste à l’examen. Une revendication supplémentaire selon laquelle Israël ne peut pas être considéré comme coupable de crimes d’apartheid parce que les citoyens palestiniens disposent du droit de vote repose sur deux erreurs d’interprétation de droit : une comparaison excessivement littérale avec la politique d’apartheid de l’Afrique du Sud, et la séparation de la question du droit de vote du reste du droit, en particulier des dispositions des Lois fondamentales qui interdisent aux partis politiques de remettre en cause le caractère juif, et par conséquent racial, de l’État.

Le rapport conclut que le poids des preuves permet d’affirmer sans doute raisonnable le fait qu’Israël est coupable d’imposer un régime d’apartheid au peuple palestinien., qui revient à commettre un crime contre l’humanité, dont l’interdiction est considérée comme une norme impérative dans le droit coutumier international. La communauté internationale, en particulier les Nations Unies et ses Agences, et les États Membres, ont une obligation légale d’agir dans les limites de leurs moyens pour empêcher et punir les situations d’apartheid qui sont de manière crédible portées à leur connaissance.

Plus particulièrement, les États ont un devoir collectif :
a) ne pas reconnaitre un régime d’apartheid comme légal,
b) Ne pas aider ou appuyer un État à maintenir un régime d’apartheid,
c) Et coopérer avec les Nations Unies et avec les autres États à mettre fin à des régimes d’apartheid.
Les institutions de la société civiles et les particuliers ont aussi le devoir moral et politique d’user des instruments à leur disposition pour faire prendre conscience de cette entreprise criminelle, et d’exercer des pressions sur Israël pour le convaincre de démanteler ses structures d’apartheid conformément au droit international. Le rapport se termine par des recommandations générales et particulières aux Nations Unies, aux gouvernements nationaux et à la société civile, et aux acteurs privés sur les actions qu’ils devraient mettre en œuvre pour empêcher qu’Israël maintienne un régime d’apartheid dans sa pratique du contrôle de la population palestinienne.

Résumé en anglais

Rapport Apartheid ONU

Traduction: Antoine.B pour BDS France

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02 avril 2017

Déclaration du Comité national palestinien du BDS

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Graffiti « Éradiquez le racisme », rue Eblanat, Belfast, Irlande du Nord – août 2010. Photo : Ardferm, via Wikimedia.

Comité national palestinien du BDS – 7 mars 2017

Déclaration du Comité national palestinien du BDS (BNC) réitérant la position du mouvement BDS contre toutes les formes de racisme et de discrimination raciale.

Le mouvement mondial de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) pour la liberté, la justice et l’égalité du peuple palestinien est un mouvement pour les droits de l’homme, inclusif, non violent, qui rejette toutes les formes de racisme et de discrimination raciale. Le mouvement est dirigé par le Comité national palestinien du BDS (BNC), la plus large coalition de partis politiques, syndicats salariés et professionnels, réseaux de réfugiés, comités populaires et organisations palestiniens.

 

L’appel de 2005 de la société civile palestinienne pour le BDS, qui exige la fin des violations flagrantes par Israël du droit international et la protection des droits de l’homme du peuple palestinien, est ancré dans les principes énoncés dans la Déclaration universelle des Droits de l’homme. Comme le stipule la Déclaration, « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits » et chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés « sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune de naissance ou de toute autre situation ».

Sur la base de cet engagement de principe du mouvement BDS pour l’égalité des droits de chaque être humain, sans distinction de l’identité, nous sommes résolument opposés aux idéologies politiques, aux lois, aux politiques et pratiques qui prônent le racisme. Nous rejetons le sionisme en ce qu’il constitue le pilier idéologique raciste et discriminatoire du régime d’Israël d’occupation, de colonialisme de peuplement et d’apartheid, qui prive le peuple palestinien de ses droits fondamentaux depuis 1948.

Adhérant à la définition des Nations-Unies pour la discrimination raciale, le mouvement BDS ne tolère aucun acte ni discours qui adopte ou promeut, entre autres, le racisme anti-Noir, le racisme anti-Arabe, l’islamophobie, l’antisémitisme, le sexisme, la xénophobie, ou l’homophobie.

Nous condamnons fermement l’apartheid, le génocide, l’esclavage, l’exploitation coloniale et le nettoyage ethnique, qui sont des crimes contre l’humanité fondés sur le racisme et la suprématie raciale, et nous réclamons le droit de leurs victimes, y compris pour leurs descendants, à une réparation totale. Nous condamnons également les autres violations des droits humains, et sommes solidaires avec leurs victimes, notamment le trafic des êtres humains, l’exploitation des travailleurs, et l’exploitation sexuelle.

Guidés par l’agenda inclusif de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée, qui s’est tenue en 2001 à Durban, en Afrique du Sud, les principes du mouvement BDS incluent les valeurs de la diversité culturelle, de la solidarité et du soutien mutuel avec les victimes du racisme et de la discrimination raciale.

Sur la base de ces valeurs, nous sommes solidaires des personnes d’origine africaine, des peuples indigènes, des sans-terre, des réfugiés et des migrants, des personnes exploitées et opprimées pour le progrès économique de quelques-uns, et de celles qui sont discriminées et persécutées pour leurs croyances ou leur identité, incluant la caste. Nous soutenons leurs luttes respectives pour la justice raciale, économique, sexuelle, environnementale et sociale.

Nous étendons notre soutien à toutes les communautés marginalisées, entre autres les communautés arabes, noires, indigènes, musulmanes, juives, asiatiques, latines, les Roms et les Dalits, qui sont les cibles de ces mouvements xénophobes et racistes d’extrême droite qui sont montés au pouvoir, particulièrement aux USA, en Europe, en Amérique du Sud, en Inde, et ailleurs.

 Nous nous tenons aussi solidaires des luttes de toutes les minorités, dans le monde arabe, contre le racisme et la discrimination raciale, et pour une pleine égalité et la justice.

Les principes du mouvement BDS exigent une solidarité proactive avec les communautés opprimées du monde entier, et avec toutes les victimes des actes racistes et de la rhétorique, car notre cause est une cause commune. Nous soutenons leur résistance, en harmonie avec le droit international, contre les tendances doctrinaires, les idéologies et les pratiques racistes.

Le racisme et la discrimination raciale sont les antithèses de la liberté, de la justice et de l’égalité.

Source: BDS Movement

Traduction : JPP pour BDS France

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