FREE PALESTINE

07 juin 2023

La mobilisation se développe pour la libération de Walid Daqqah...

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...emprisonné depuis 1986 !

 

Depuis plusieurs semaines, la campagne internationale pour la libération de Walid Daqqah et ses supporters multiplient les initiatives en soutien à l’intellectuel et combattant de la liberté emprisonné depuis 1986 par l’occupation israélienne.

Atteint d’une grave maladie, celui-ci s’est de nouveau vu refuser une libération anticipée le 31 mai dernier, malgré le fait qu’il souffre d’un cancer rare qui nécessite un traitement adapté en-dehors de la prison.  Sa famille a déclaré qu’il s’agissait d’une «autorisation pour son exécution».

Environ 600 prisonniers palestiniens sont malades, dont 200 ont été diagnostiqués avec des maladies chroniques, et ne reçoivent pas de soins médicaux adaptés. Le 'Mouvement des Prisonniers palestiniens' demande la libération de Walid Daqqah et intensifie la lutte contre la détention administrative généralisée pratiquée par le régime colonial israélien.

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Dans une nouvelle déclaration publiée par le Comité supérieur d’urgence du mouvement des prisonniers palestiniens (l’organe de direction unifié représentant les prisonniers palestiniens dans les prisons de l’occupation), le Mouvement des prisonniers a annoncé une intensification de la lutte contre la politique de détention administrative, l’emprisonnement sans inculpation ni procès.

Les ordres de détention administrative étant indéfiniment renouvelables, les Palestiniens passent régulièrement des années en prison sans même le prétexte d’un procès devant un tribunal militaire sioniste.

En outre, le Mouvement des prisonniers a mis en lumière le cas de Walid Daqqah, combattant de la liberté et intellectuel emprisonné. Aujourd’hui, il est atteint d’un cancer rare et il est victime de la politique de négligence médicale des autorités israéliennes. Le 31 mai dernier, la demande de libération de Daqqah a été rejetée et renvoyée à un autre comité, bien que le rapport médical de l’administration pénitentiaire indique qu’il est gravement malade et qu’il ne devrait pas survivre s’il n’est pas libéré pour recevoir un traitement nécessaire.

La prochaine audience pour sa libération aura lieu le jeudi 18 juin, soit un retard de près de trois semaines. W.Daqqah est emprisonné depuis 1986 et sa peine a expiré en mars de cette année; il est actuellement détenu pour une peine supplémentaire de deux ans pour avoir prétendument cherché à introduire clandestinement un téléphone portable en prison.

Une déclaration a été faite alors que le Comité des prisonniers des Forces nationales et islamiques palestiniennes a ouvert une tente de solidarité dans la ville de Gaza, devant le siège du Comité international de la Croix-Rouge(CICR), en soutien à Walid Daqqah et pour exiger sa libération immédiate. Il s’agit de la dernière d’une série d’actions menées dans toute la Palestine occupée, de Gaza à Ramallah, en passant par al-Khalil et Baqa’a al-Gharbiyeh, ville natale de Daqqah située en Palestine de '48.

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La femme de Daqqah, Sana Salameh, et leur fille Milad – conçue grâce au sperme de son mari, sorti clandestinement de prison – ont participé à des événements et à des actions dans toute la Palestine, faisant campagne sans relâche pour la libération de leur mari et père. Par ailleurs, Sana Salameh a également participé à un webinaire organisé par Samidoun, Masar Badil et Alkarama.

Agissez pour sauver la vie de Walid Daqqah et mettre en échec la politique sioniste d’assassinat par négligence médicale. Nous appelons les communautés palestiniennes du monde entier et les sympathisants de la Palestine à inclure la campagne pour la libération de Walid Daqqah dans vos événements et activités pour la Palestine et à organiser des actions et des événements pour exiger sa libération immédiate et celle de tous les prisonniers palestiniens.

Utilisez cette affiche pour vos actions et campagnes, et envoyez-nous vos photos sur Facebook, Instagram et Twitter ou par courriel à samidoun@samidoun.net.

Rédaction Samidoun -

04.06.23

Source: samidoun.net

06 juin 2023

Théofascisme israélien: une occasion historique pour imposer un Etat démocratique pour tous

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75 ans après la Nakba, la société israélienne a de plus en plus évolué vers l’extrême-droite

 

 

La mince frontière entre l’État sioniste en tant qu’appareil et sa société de colons s’amincit de plus en plus, et sa réalité en tant qu’entité colonisatrice du fleuve à la mer, et pas seulement en Cisjordanie, est de plus en plus évidente.

Les résultats des élections de l’an dernier et les décisions politiques qui ont suivi ont révélé la véritable nature de la «seule démocratie du Moyen-Orient»: des fonctionnaires ouvertement fascistes, des projets de loi qui menacent de prison les chrétiens pour avoir parlé de Jésus et, bien sûr, des pogroms incessants.

En quoi ce glissement toujours plus à droite est-il une occasion à saisir, et comment en tirer le meilleur parti?

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Le nouveau gouvernement fasciste d’Israël: une occasion à saisir

En prétendant que tous les juifs du monde forment une seule nation dotée de «droits collectifs», y compris le droit à un État qui leur soit exclusif en Palestine, le sionisme est par essence une idéologie de colonisation de peuplement raciste. Toutefois, il essaie depuis longtemps de l’embellir en usant de toutes sortes de masques et de prétentions, fournis par ses religieux et ses laïcs soi-disant libéraux, ses défenseurs de droite, et surtout ceux de gauche.

L’un des mensonges du sionisme a consisté à s’attribuer une dimension laïque. En réalité, tout le sionisme repose sur des revendications religieuses mythiques: Theodor Herzl, l’«athée», déclara en 1904 que "le territoire de l’État juif s’étend du ruisseau d’Égypte à l’Euphrate" (The Complete Diaries, vol.II, p.712). Le rabbin Fischmann, membre de l’'Agence juive pour la Palestine', a déclaré que "la terre promise s’étend du fleuve d’Égypte à l’Euphrate et comprend des parties de la Syrie et du Liban" (témoignage devant le comité spécial des Nations-unies le 9 juillet 1947).

Le prétendu athée laïque et libéral tient le même langage que le rabbin. Un autre mensonge consistait à dire qu’il s’agissait d’un mouvement démocratique, seulement soucieux «du droit à l’autodétermination du peuple juif», et d’un mouvement socialiste dont l’objectif était la création d’une société juive travailliste.

Aujourd’hui, cependant, l’actuelle coalition gouvernementale de droite, d’extrême-droite et des fascistes s’est débarrassée de ces mensonges et du mythe de «plusieurs sionismes», et annonce impunément son programme visant à mener à terme la réelle mission du sionisme, qui a commencé en 1948 et avant: la colonisation de la Palestine en recourant à une nouvelle campagne de nettoyage ethnique pour la vider de ses Palestiniens.

Ainsi, s’il y a un aspect positif à ces élections, c’est la mise à nu de la véritable nature du sionisme, et l’incompatibilité entre l’existence d’un «État juif» et d’un «État démocratique». Ceci soulève nécessairement des questions cruciales quant à l’évolution de la société israélienne vers davantage de racisme et le rejet de «l’autre»: le Palestinien.

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Comment tirer parti de cette occasion?

Le sionisme doit être compris pour ce qu’il est: un mouvement colonisateur de peuplement par lequel des colons juifs, principalement européens, remplacent les autochtones palestiniens, c’est-à-dire la destruction de la société palestinienne et son remplacement par une société israélienne créée artificiellement.

L’antithèse fondamentale à ceci est donc une idéologie et un mouvement qui remettent en question son essence en tant qu’idéologie sectaire: l’appel à la création d’un seul État démocratique dans toute la Palestine historique.

Un tel État ferait une distinction entre les individus et les mouvements, comme le sionisme, qui représentent une menace pour sa société et ceux qui n’en représentent pas une, mais dépolitiserait l’identité et refuserait toute ségrégation sur la base de la religion ou de l’appartenance ethnique. Une telle proposition politique représente la seule solution possible, juste et éthique à l’occupation de la Palestine.

L’obstacle évident à une telle solution démocratique est, de toute évidence, le sionisme, dont il est l’antithèse. Paradoxalement, l’évolution récente vers un sionisme impudemment destructeur représente une occasion de promouvoir le récit d’un État démocratique unique, et ce pour au moins deux raisons.

La première est interne à la société israélienne. Tout comme les premiers partisans du nazisme ont fini par voir les atrocités qu’il a infligées à l’Allemagne et à l’Europe, de nombreux partisans actuels du sionisme verront nécessairement les abominations qu’il attire à eux-mêmes et à d’autres.

En voici quelques exemples:

  • En politisant l’identité juive et en affirmant que les juifs du monde entier forment un peuple distinct, le sionisme aliène également, ou davantage, les citoyens de confession juive de leurs propres États et sociétés;
  • Le sionisme a également été la source de luttes intestines et de désillusions au sein même de la communauté diasporique, par exemple en dévalorisant la culture juive non israélienne (par exemple, l’abandon du yiddish au profit du seul hébreu) ou en détournant des fonds des communautés qui les ont levés, au profit d’Israël;
  • L’entreprise coloniale sioniste est également coupable d’avoir placé les juifs dans la ligne de mire de la résistance palestinienne, que ce soit par l’endoctrinement, la coercition ou d’autres moyens. Cela met à nu son mensonge fondamental prétendant offrir aux juifs un havre de sécurité en Palestine;
  • Ce qui précède réduit effectivement l’identité juive au colonialisme aussi bien aux yeux des juifs que des non-juifs, et provoque involontairement une montée de l’antisémitisme.

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La seconde est externe à la société israélienne. Le soutien international à Israël décline à mesure que sa nature fasciste se dévoile. Cela se manifeste par le nombre croissant de médias, d’ONG, de partis politiques, de mouvements politiques et d’organismes internationaux qui se rallient à sa condamnation en tant qu’État d’apartheid; ainsi que par l’évolution récente de l’opinion publique à l’égard d’Israël, qualifiée de «menace stratégique» par l’Institut israélien d’études de sécurité nationale.

Ces évolutions constituent des jalons potentiels dans la prise de distance des communautés juives vis à vis du sionisme. Elles ouvrent également la voie à la condamnation internationale et à l’isolement du régime d’apartheid israélien, ce qui pourrait s’avérer crucial pour son démantèlement, comme ce fut le cas pour le démantèlement du régime d’apartheid sud-africain.

Un instrument pour un «État démocratique unique»: The ODS Initiative

Les occasions qui se présentent à nous ne doivent pas être considérées comme acquises. Pour les exploiter, il faut que les militants antisionistes s’organisent autour d’une solution politique de rechange.

The One Democratic State Initiative » (Initiative pour Un seul État démocratique), lancée récemment, a pour objectif de constituer un tel réseau. Comme le mentionne son site web, www.odsi.co: «Les discours actuels tendent à être trompeurs ou racistes, ou à détourner l’attention des principaux enjeux. L’Initiative vise à atteindre le stade où la question principale qui se pose, ‘Un État démocratique ou un État juif?’, soit au premier plan du discours politique concernant l’occupation et la libération de la Palestine.»

L’initiative précise en outre que son objectif est de «mobiliser les individus, les entités et les partis politiques, en Palestine et à l’étranger, en faveur d’une telle entreprise» et qu’elle «s’adresse à la fois en ligne et sur le terrain aux individus et aux groupes qui soutiennent la solution d’un seul État démocratique, aux individus et aux groupes qui voient le sionisme pour le danger qu’il représente mais qui ne soutiennent pas la solution d’un seul État démocratique, ainsi qu’à tous ceux qui sont prêts à écouter».

Cet appel à une action politique organisée, ralliée autour d’une vision politique qui constitue l’antithèse du récit sectaire du sionisme, est la réponse appropriée à la dérive toujours plus à droite d’Israël: une occasion historique pour la lutte en faveur d’un seul État démocratique en Palestine.

Naji El Khatib (Paris) -

28.05.23

Source: Chronique de Palestine

05 juin 2023

Une incessante Nakba dont nos gouvernements sont... complices!

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Rhétorique dénuée de sens de l’AP et de la communauté internationale sur Ein Samiya

 

Alors que la violence coloniale israélienne a entraîné le déplacement forcé des 200 habitants d’Ein Samiya dans la zone C de la Cisjordanie occupée, la gamme de réactions, du silence aux commentaires pathétiques, n’a fait qu’accroître l’impunité de l’entreprise coloniale.

Un jour après qu’Al Jazeera ait rapporté le récent déplacement palestinien, les diplomates de l’UE ont émis un énième reproche futile demandant à 'Israël' d’arrêter l’expansion des colonies, avertissant que «l’expansion des colonies a entraîné une augmentation de la violence des colons». Les Palestiniens ont-ils vraiment besoin que les diplomates de l’UE leur rappellent ce qu’ils vivent quotidiennement depuis des décennies?

Les résidents déplacés d’Ein Samiya ont maintenant déménagé à Al-Mughayyir et Al-Nuwaimah, toujours à la portée de la violence des colons, une illustration de la façon dont l’Etat israélien a perfectionné la Nakba en cours pour qu’elle soit normalisée par la 'Communauté internationale'.

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Comme prévu, l’Autorité palestinienne n’a excellé que dans la complaisance. Les commentaires à Al Jazeera du porte-parole de la présidence de l’Autorité palestinienne, Ibrahim Melhem, ont non seulement mis en lumière le silence complice de Ramallah, mais aussi l’impunité soigneusement conçue dont il bénéficie en raison de sa collaboration avec 'Israël'.

"L’AP n’a pas la capacité d’empêcher de tels crimes", a déclaré Melhem. "Elle est victime de ces crimes, puisque la 'Communauté internationale' n’applique pas les décisions convenues dans ses relations avec Israël."

La déclaration est en partie vraie – la 'Communauté internationale' apprécie les Résolutions non contraignantes en ce qui concerne les crimes de guerre et les violations du Droit international d’'Israël'. Cependant, l’AP est à blâmer pour son approbation aveugle du paradigme à deux États, qui a donné à 'Israël' la possibilité de s’étendre sur le territoire palestinien, tout comme le plan de partage de 1947 a ouvert la voie à l’entreprise coloniale.

Quand 'Israël' crée des réfugiés, l’AP reste silencieuse, non pas parce qu’elle est une victime, mais parce qu’elle ne veut pas s’écarter du rôle que la 'Communauté internationale' et 'Israël' entendent lui faire jouer. Le mandat actuel des Palestiniens déplacés de force nuit commodément au cycle perpétuel de réfugiés qu’'Israël' a créé depuis la Nakba de 1948. Pourtant, pour l’AP, s’arrêter au déplacement forcé est une forme de violence politique dont les Palestiniens ne devraient pas souffrir de la part de leurs dirigeants illégitimes et périmés.

Même si l’Autorité Palestinienne n’a pas la capacité d’empêcher l’expansion des colonies – son autorité illégitime s’ajoute aux restrictions déjà imposées par la 'Communauté internationale' – elle pourrait faire beaucoup si la Palestine et les Palestiniens étaient vraiment sa préoccupation politique.

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L’Autorité Palestinienne fait obstacle au changement politique en refusant d’organiser des élections démocratiques, en ne donnant pas aux réfugiés l’espace politique nécessaire, en détenant et en torturant ses opposants, en exploitant le cycle de réfugiés qu’'Israël' crée, par souci d’enjolivement rhétorique provisoire et de gestes de solidarité internationale dénués de sens.

"Notre objectif principal est de faire pression pour qu’ils reviennent sur leurs terres, et non qu’ils se soumettent à un déplacement", a déclaré Melhem à propos des habitants d’Ein Samiya. La question est: comment? Comment l’AP peut-elle appeler au retour alors qu’elle persiste à ignorer les réfugiés palestiniens?

À un moment donné, les réfugiés palestiniens dans leur ensemble, qui sont maintenant devenus une multitude sans nom, furent un souci actuel. Combien de temps avant que le peuple d’Ein Samiya ne subisse le même sort, et que l’AP ne tombe dans le même silence sur les droits politiques des réfugiés palestiniens?

Ramona Wadi -

30.05.23

Source: ISM

03 juin 2023

Le monde politique américain refuse de concevoir les Palestiniens comme des égaux

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Le refus des responsables politiques américains d’envisager des alternatives à la solution des deux États trahit le fait qu’ils donneront toujours la priorité à la domination israélienne

 

Depuis des années, les Palestiniens avertissent la communauté internationale que les espoirs d’une solution à deux États s’effondrent sous l’effet des contradictions internes qui affectent le soi-disant «processus de paix» depuis sa création. Aujourd’hui, il semble que les principaux décideurs politiques aient enfin compris.

Dans un récent essai publié dans l’éminente revue Foreign Affairs, les universitaires Shibley Telhami, Michael Barnett, Marc Lynch et Nathan J. Brown affirment qu'«il n’est plus possible d’éviter d’être confronté à la réalité d’un seul État» en Israël-Palestine. Ils affirment que cette réalité, caractérisée par la domination absolue d’Israël, brise l’illusion d’un Israël démocratique en quelque sorte distinct des territoires qu’il occupe – une illusion qui a servi de fondement aux efforts internationaux de rétablissement de la paix.

En reconnaissant le régime d’apartheid qui prévaut, les auteurs exhortent les décideurs et les penseurs américains à reconnaître qu’il est «temps de renoncer à la solution des deux États». (Les auteurs ont récemment publié un ouvrage sur le même sujet). Bien que l’argument ne soit pas nouveau, l’article est important. Sa publication dans une revue grand public, connue pour être largement lue dans les cercles politiques américains, a catapulté sur le devant de la scène ce qui n’était jusqu’à présent qu’un débat périphérique.

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Il arrive également à un moment charnière de la lutte palestinienne pour la libération, puisque l’élection du gouvernement israélien le plus extrémiste et le plus à droite à ce jour, ainsi que la montée de la violence contre les Palestiniens, jettent un nouvel éclairage sur la condition d’un seul État qui existe entre le Jourdain et la mer Méditerranée.

Néanmoins, l’essai a été critiqué par de nombreux commentateurs américains. Dans un échange sur Twitter, Martin Indyk, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël et aujourd’hui membre éminent du 'Council on Foreign Relations', un important groupe de réflexion américain, a reconnu la réalité de l’État unique qui existe aujourd’hui, mais s’est opposé à ce qu’il a décrit comme la «prescription des quatre auteurs pour un État binational imposé par les États-Unis» (les auteurs soulignent que ce n’est pas réellement ce qu’ils préconisent). «Les États-Unis ne devraient jamais renoncer à la solution des deux États, même si elle est très éloignée aujourd’hui», a poursuivi M. Indyk.

La réponse d’Indyk est emblématique de l’intransigeance qui affecte une grande partie de l’establishment de la politique étrangère américaine en ce qui concerne la Palestine-Israël. En effet, elle reflète une tendance plus large de rejet des efforts visant à reconnaître l’échec du soi-disant «processus de paix», en particulier de la part de ceux qui se consacrent à la préservation du statu quo de la domination israélienne – même sous l’apparence d’une vision à deux États.

La désillusion a été longue à venir

L’article de Foreign Affairs est une contribution bienvenue aux efforts des Palestiniens et de leurs alliés qui ont passé des années à articuler la réalité d’un État unique sur le terrain. Cela dit, l’essai ne va pas assez loin dans l’exposition des défauts inhérents au processus de paix lui-même. Même le fait de parler d'«effondrement» ou de «mort» de la solution à deux États est un terme impropre; pour que quelque chose s’effondre, il faut qu’il ait existé un jour.

En réalité, le processus de paix a toujours eu pour objectif de consolider l’entreprise coloniale d’Israël et d’asseoir sa domination sur les Palestiniens. La recherche de deux États n’était qu’un moyen de parvenir à cette fin. Depuis le début des négociations entamées à Madrid en 1991 jusqu’à la signature des Accords d’Oslo en 1993, il était évident que l'«État palestinien indépendant» envisagé par Israël et ses bienfaiteurs n’aurait d’indépendant que le nom.

Dans la pratique, la formalisation de bantoustans palestiniens épars et semi-autonomes dans moins de 40% des territoires occupés, Israël contrôlant directement 60% de ces territoires tout en y exerçant une autorité prépondérante, a simplement facilité la domination d’Israël sans avoir à absorber la population palestinienne en tant que citoyens et à mettre en péril sa suprématie juive.

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Si les Israéliens ont accepté de s’asseoir à la table des négociations, c’est uniquement parce que les Palestiniens ont brièvement réussi à exercer une pression sur Israël. La 1è Intifada, qui a débuté en décembre 1987, a mis la lutte palestinienne pour la libération sur la carte mondiale, et la désobéissance civile de masse qui a caractérisé le soulèvement a semblé rendre l’occupation intenable. Même les États-Unis, sous l’administration républicaine de George H.W. Bush (père), ont menacé de suspendre des milliards de dollars de garanties de prêts à Israël s’il refusait d’entamer des négociations avec l’OLP.

Mais même pour ceux qui ont cru à l’illusion que la solution à deux États conduirait à une véritable indépendance palestinienne, la désillusion a été longue à venir. L’expansion continue des colonies israéliennes illégales, le refus d’Israël de reconnaître les Palestiniens en tant que groupe national, la fragmentation des territoires qui constitueraient hypothétiquement un nouvel État et l’insistance d’Israël à garder le contrôle de presque tout, de la liberté de mouvement à la sécurité, ne sont que quelques-unes des raisons pour lesquelles même les visions les plus follement optimistes d’un État palestinien seraient en fin de compte bien loin d’une véritable souveraineté.

Le fait qu’une grande partie des structures des accords d’Oslo restent en place à ce jour, au détriment des droits des Palestiniens mais au profit du pouvoir israélien, est une preuve supplémentaire de cette conception. Pourtant, malgré les preuves qui s’accumulent, de nombreuses personnes – y compris des hommes politiques, des décideurs et des groupes de réflexion aux États-Unis – refusent toujours de reconnaître la réalité de l’État unique qui prévaut, ou même d’envisager des stratégies alternatives. Leur obstination trahit plus que de simples divergences idéologiques sur les politiques et les tactiques.

Ceux qui s’obstinent à répéter les mêmes erreurs pour obtenir des résultats différents et qui exigent des Palestiniens qu’ils continuent à faire confiance à un processus qui n’a fait qu’aggraver leurs souffrances, montrent qu’ils sont volontairement aveugles à la réalité et, surtout, qu’ils ne considèrent pas les Palestiniens comme des égaux dans une solution future.

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Plaider auprès de l’occupant

Martin Indyk est l’une de ces personnalités. Deux fois ambassadeur des États-Unis en Israël au milieu des années 1990 et au début des années 2000, puis envoyé spécial de Barack Obama au Moyen-Orient pour les pourparlers de paix entre Israël et l’Autorité palestinienne, Martin Indyk a un curriculum vitae à la fois riche et révélateur. Après avoir fait du bénévolat dans un kibboutz du sud d’Israël pendant sa jeunesse, dans les années 1970, M. Indyk a travaillé en tant que directeur de recherche au sein de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC). Il est ensuite devenu directeur exécutif fondateur de l’Institut pro-israélien de Washington pour la politique du Proche-Orient, puis directeur principal à la Brookings Institution.

L’attachement constant d’Indyk à la solution des deux États, ainsi que son opposition farouche à toute alternative – en particulier les appels à un seul État démocratique avec des droits égaux pour tous – sont motivés par deux arguments profondément erronés, partagés par de nombreux membres de son entourage.

Tout d’abord, Indyk insiste sur le fait qu’Israël doit rester une «démocratie juive», quel qu’en soit le prix. Ce coût, ce sont les vies de millions de Palestiniens qui sont censés sacrifier leur liberté et leur souveraineté totales tout en négociant patiemment les mêmes droits que ceux que leurs occupants considèrent comme acquis.

En effet, en raison de la réalité démographique actuelle, dans laquelle les Palestiniens sont désormais marginalement plus nombreux que les Israéliens juifs entre le fleuve et la mer, le choix est plus clair que jamais: Israël peut soit rester un État d’apartheid, soit devenir une véritable démocratie, mais il ne peut pas être les deux à la fois. Même Indyk reconnaît ce dilemme: "Une fois que vous avez l’égalité des droits, ce n’est plus un État juif", a-t-il déclaré au LA Times en février.

Pour la plupart des gens, la décision de préférer la démocratie à l’apartheid devrait être une évidence. Cependant, c’est la demande palestinienne d’égalité – le fondement supposé des sociétés libérales à travers le monde – qu’Indyk considère inexplicablement comme un obstacle. Pour l’ancien ambassadeur, le droit d’Israël à exister en tant qu’État juif suprématiste l’emporte sur le droit des Palestiniens à l’autodétermination dans leur propre patrie. Si le fait de refuser l’égalité aux Palestiniens permet à Israël de rester un État juif, qu’il en soit ainsi.

Deuxièmement, Indyk affirme que les solutions alternatives au modèle à deux États sont «irréalistes» parce que les dirigeants israéliens ne renonceraient jamais à leur pouvoir. "Quel 1er ministre israélien remettrait les clés aux Palestiniens?" a-t-il déclaré dans la même interview en février.

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Indyk a raison de dire que les suprémacistes juifs en Israël ne renonceront jamais volontairement à la structure oppressive qu’ils se sont construite. Mais personne ne s’attend à ce que cela se produise. En Algérie, par exemple, il a fallu des années de résistance armée pour contraindre les Français à renoncer à leurs fantasmes coloniaux. En Afrique du Sud, une campagne internationale concertée de boycottage, de désinvestissement et de sanctions, ainsi que la lutte armée et la désobéissance civile, ont contraint le gouvernement de l’apartheid à réaliser que son projet raciste n’était pas viable. Alors pourquoi Indyk insiste-t-il pour que les Palestiniens continuent à supplier leurs occupants dans l’espoir qu’ils renoncent à leur domination par pure générosité?

Empêcher les conversations nécessaires

Indyk n’est pas le seul à reléguer l’égalité, les droits fondamentaux et la démocratie au second plan lorsqu’il s’agit des Palestiniens. En effet, ses opinions représentent les principes fondamentaux du sionisme libéral, une idéologie qui reste un prisme central à travers lequel une grande partie de la politique américaine à l’égard d’Israël continue d’être discutée. D’autres personnalités politiques familières qui partagent cette idéologie, comme l’ancien diplomate et membre du Washington Institute Dennis Ross, ont joué un rôle similaire dans l’enracinement du statu quo dans la pensée et la pratique américaines.

Il est également révélateur qu’Indyk exprime la même opposition, bien que de manière moins directe, qu’Elliott Abrams – un diplomate néoconservateur qui a récemment servi sous l’administration Trump et qui a été un partisan déclaré de l’invasion américaine de l’Irak – qui, dans un billet de blog du CFR, a dénoncé l’essai de Foreign Affairs comme un appel à «éliminer» Israël. Des sionistes extrémistes aux sionistes libéraux, tous sont attachés à la vision du maintien de bantoustans palestiniens qui isolent efficacement les centres de population non juifs et permettent à Israël de conserver une majorité juive.

Bien entendu, ce mépris pour les droits des Palestiniens n’a rien de nouveau. Mais ce qui est particulièrement inquiétant à propos du courant anti-palestinien embrassé par des personnalités comme Indyk et Ross, qui sont largement considérées comme des «modérés» dans leur domaine, c’est la facilité avec laquelle il passe inaperçu. Ces personnalités ont consacré une grande partie de leur carrière à ce qu’elles croient vraiment être un processus de paix; en effet, elles peuvent toutes se targuer d’avoir des tribunes importantes et influentes, d’avoir accès à des cercles politiques clefs et d’avoir joué un rôle direct dans l’élaboration de la relation «spéciale» entre les États-Unis et Israël.

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Pourtant, leur vision de la paix, consciemment ou inconsciemment, donne toujours la priorité aux droits et à la sécurité des Israéliens juifs par rapport aux Palestiniens. Comment pouvons-nous attendre des idées novatrices et visionnaires de la part de ceux qui ne considèrent même pas les Palestiniens comme de véritables égaux?

Cela ne veut pas dire qu’un seul État démocratique est nécessairement la solution. Cependant, dans leurs efforts pour nous dissuader d’envisager des alternatives à la solution à deux États, des personnalités comme Indyk et Ross nous empêchent de faire face collectivement à la réalité et d’avoir les conversations que nous aurions dû avoir il y a des années. Tant qu’ils n’auront pas l’humilité d’écouter ce que les Palestiniens disent depuis des années - et surtout le courage de traiter les Palestiniens sur un pied d’égalité - ces  personnalités ne devraient être considérées que comme des défenseurs éhontés du statu quo.

En outre, en exigeant des Palestiniens qu’ils adhèrent à une stratégie de résistance conforme aux intérêts d’Israël, les sionistes libéraux comme Indyk et Ross disent effectivement aux Palestiniens d’attendre perpétuellement une libération qui ne viendra jamais – de négocier leurs droits avec un oppresseur qui n’a ni conscience ni raison de desserrer son étreinte.

Mais les leçons de l’histoire sont claires. Pendant le mouvement des droits civiques aux États-Unis, le célèbre acteur et militant de gauche Paul Robeson a dénoncé l’ironie de ceux qui insistaient sur le fait que la réalisation immédiate de l’égalité des droits pour les Noirs américains n’était pas réalisable. «Nous devons attendre, nous dit-on, jusqu’à ce que le cœur de ceux qui nous persécutent se soit adouci», écrivait Robeson en 1958. Les Palestiniens ne peuvent plus se permettre d’attendre.

Tariq Kenney-Shawa -

23.05.23

Source: Agence Medias Palestine

02 juin 2023

L"idéologie sioniste poussée à son extrême se retourne contre elle

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Israël doit réévaluer son approche

 

L’aggravation de la répression du gouvernement israélien d’extrême-droite du 1er ministre Benjamin Netanyahu fournit quantité de raisons de s’inquiéter. Le gouvernement a pris des mesures pour affaiblir encore plus le pouvoir judiciaire, menaçant de laisser les décisions du gouvernement totalement libérées d’un véritable contrôle judiciaire. Il a conduit des raids de plus en plus mortels et continue d’étendre les colonies illégales en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est.

Pourtant, la réponse occidentale à ces développements dramatiques et dangereux a été de recycler des sujets de discussion depuis longtemps dépassés. En réponse à l’annonce des dernières colonies, le gouvernement allemand, rejoint par la France, l’Italie, le Royaume-Uni et les États-Unis, a prévenu en mars que cette démarche pouvait «saper les efforts pour arriver à une solution négociée à deux États».

La conduite du gouvernement israélien procure certainement des motifs de condamnation. Mais l’invocation ritualisée de la «solution à deux États» ne peut camoufler le fait que, depuis des décennies, le gouvernement d’Israël a étendu les colonies dans le but de rendre un État palestinien impossible. Et il a largement réussi. Les colonies sont des crimes de guerre, des violations flagrantes de l’interdiction faite à un occupant, dans l’Article 49 de la Quatrième Convention de Genève, de transférer des membres de sa population dans le territoire occupé.

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Un jour ou l’autre, la Cour Pénale Internationale, qui a ouvert une enquête, peut poursuivre certains des officiels israéliens comme responsables. Mais les colonies sont néanmoins une réalité qu’on ne peut balayer. En 2019, un ancien soldat israélien de l’association 'Briser le Silence' m’a fait faire une tournée des sommets des collines de Cisjordanie pour mieux comprendre l’implantation des colonies, des avant-postes, des routes de contournement et autres obstacles israéliens installés pour empêcher les Palestiniens de circuler librement à l’intérieur de leur territoire. Ce qui leur reste, c’est un gruyère d’enclaves palestiniennes, avec très peu d’espoir de jamais devenir un État continu et viable.

Après plus de cinq décennies d’occupation et 30 ans de «processus de paix», il n’est plus supportable de considérer la répression de l’occupation israélienne comme un simple phénomène temporaire qu’il faut soigner à l’aide d’un «processus de paix» sans fin. Le «processus de paix» est moribond. Tandis que les gouvernements parlent d’une solution à deux États, ce que nous avons aujourd’hui, c’est une réalité à «un État». En fait, la majorité de ceux qui continuent d’invoquer la solution à deux États semblent être les responsables occidentaux qui essaient désespérément d’éviter d’avoir à accepter la nature incessante de la répression israélienne.

Certes, l’Autorité Palestinienne (AP) ne parle pas encore d’une réalité à un seul État. Ses responsables se cramponnent à l’illusion d’un processus de paix comme seul moyen de maintenir leur position de pouvoir. Cependant, l’AP est en réalité devenue un sous-traitant du gouvernement israélien avec pour tâche de contenir le mécontentement à l’égard de l’occupation répressive israélienne. La crédibilité du gouvernement du Président palestinien Mahmud Abbas est par ailleurs limitée par le fait qu’il n’a pas tenu d’élections présidentielle ou législatives depuis 2006. Tout comme le gouvernement israélien, il craint que le Hamas puisse à nouveau gagner les élections, comme ce fut le cas lors des dernières élections législatives.

Si Israël et la Palestine sont maintenant liés dans une réalité à un seul État, quelle est cette réalité? La principale association israélienne de défense des droits de l’homme, B’Tselem, et plus de deux dizaines d’autres associations israéliennes, la principale association palestinienne de défense des droits de l’homme, Al-Haq, et une pléiade d’autres associations palestiniennes de défense des droits, ainsi que Human Rights Watch, Amnesty International, des experts des Nations-Unies, entre autres, en sont tous arrivés à la conclusion que c’est un apartheid.

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Il ne s’agit pas d’une analogie historique avec l’Afrique du Sud, mais d’une analyse approfondie des faits d’après la définition juridique de l’apartheid contenue dans la convention des Nations-Unies sur le crime d’apartheid et du Statut de Rome du Tribunal Pénal International. Cette définition exige l’intention de maintenir un système de domination d’un groupe racial sur un autre, assortie d’une oppression systématique et d’actes inhumains spécifiques réalisés de façon généralisée ou systématique.

Tandis qu’il existe des différences dans le champ des diverses analyses, toutes sont d’accord pour dire que les autorités israéliennes commettent le crime d’apartheid contre les millions de Palestiniens. C’est devenu l’opinion dominante de toute organisation sérieuse de défense des droits de l’homme qui a étudié la question. Par exemple, les Palestiniens de Cisjordanie, dont Jérusalem-Est, vivent avec beaucoup moins de droits et beaucoup plus de restrictions que leurs voisins israéliens dans les colonies d’à côté.

Les supporters du gouvernement israélien ne peuvent éviter de reconnaître cette discrimination, mais ont eu tendance à en négliger l’importance en prétendant qu’elle était temporaire – que le «processus de paix» la résoudrait. Étant donné le «processus de paix» sans fin, sans aucun débat sérieux au cours des années, cette réponse a cessé depuis longtemps d’être crédible.

Les partisans du gouvernement israélien évoquent également la violence des Palestiniens, mais le défi de répondre à cette violence n’explique pas la construction de colonies qui démembrent la Cisjordanie – rendant les Israéliens plus vulnérables, et non pas moins – volant l’eau et la terre des Palestiniens, ou empêchant les Palestiniens qui vivent dans les parties de la Cisjordanie contrôlées par les Israéliens d’ajouter ne serait-ce qu’une chambre à leur logement.

L’apartheid n’est pas une étiquette facile à appliquer, mais c’est la seule qui soit juste pour décrire le régime oppressif, discriminatoire imposé par le gouvernement israélien – la politique du gouvernement qui consiste à privilégier les Israéliens juifs aux dépens des Palestiniens.

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Je comprends que ce soient des vérités difficiles à accepter spécialement pour le gouvernement allemand. Il ressent de manière très compréhensible une responsabilité particulière envers le peuple juif après l’'holocauste'. Comme le dit le Bureau Fédéral des Affaires étrangères, «l’Allemagne a une relation unique avec Israël. Cela vient de la responsabilité de l’Allemagne dans la 'shoah', le génocide systématique de six millions d'Européens juifs sous le National Socialisme».

Ou, pour le dire en termes plus négatifs, le ministre israélien d’extrême-droite de la Sécurité Nationale, Itamar Ben-Gvir, a dit en mars en réponse à la légère critique de la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock: "Les derniers qui devraient nous prêcher la bonne parole, sont les Allemands."

En tant que fils juif d’un père qui a grandi à Francfort et a fui a New York à l’adolescence en juillet 1938, je comprends de façon personnelle le mal imposé par le régime Nazi. La réticence des Allemands à parler de droits de l’homme à Israël est compréhensible, mais aujourd’hui, c’est un erreur.

C’est une erreur de mettre sur le même plan l’actuel gouvernement israélien et le 'peuple' juif. Les juifs ont tiré deux leçons très différentes de l’'holocauste', dont une seule est représentée par le 1er ministre d’Israël Netanyahu et sa bande de ministres extrémistes. Ils croient que les Nazis ont persécuté les juifs parce que les juifs étaient faibles. Netanyahu et ses semblables ont construit un État qui est fort, ce qui est compréhensible, mais également brutal, ce qui est mal. Le message semble être que quiconque s’en prend à Israël sera non seulement stoppé, mais également écrasé. Les Palestiniens sous occupation sont les principales victimes de cette logique de répression.

Le point de vue alternatif, que je partage, c’est que la puissance ne suffit jamais pour protéger, surtout dans un monde où une seule arme nucléaire dans les mains d’un État hostile pourrait faire des dégâts terribles. Nous avons plutôt besoin de construire un monde dans lequel les règles de conduite soient assez fortes pour que les gouvernements n’aient jamais recours à une persécution de masse, sans parler de meurtres de masse, de gens qu’ils n’aiment pas. Nous avons besoin d’un monde dans lequel une pression mondiale contre toute tentation d’une persécution ou d’un massacre de ce genre soit systématiquement et intensément appliquée.

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C’est pourquoi tant de juifs ont tiré comme leçon de l’'holocauste' l’importance de soutenir les droits de l’homme, spécialement pour les minorités défavorisées. C’est pourquoi une majorité d'Américains juifs désapprouvent la politique répressive du gouvernement Netanyahu.

Ces leçons alternatives tirées de l’'holocauste' ne sont pas totalement contradictoires. Chacune a une part de vérité. Oui, le gouvernement israélien a besoin d’une armée forte pour se protéger. Mais il a aussi besoin de normes solides en matière de droits de l’homme. L’approche unidimensionnelle du gouvernement Netanyahu pour la sécurité israélienne – la force sans tenir compte des droits de l’homme – sape ces normes.

Le gouvernement allemand devrait réévaluer les leçons qu’il tire de son histoire nazie. Ressentir une dette envers les juifs du monde ne devrait pas signifier signer un chèque en blanc au gouvernement israélien alors qu’il déchire les leçons importantes sur les droits qu’il devrait tirer de l’'holocauste'.

Persécuter les Palestiniens non seulement viole les principes fondamentaux des droits de l’homme que le gouvernement allemand et ses partenaires occidentaux invoquent régulièrement en Ukraine, en Syrie et ailleurs, mais ce n’est pas bon non plus pour les juifs dans le monde, dont la plupart vivent hors d’Israël et dépendent de ces normes. Et ce n’est pas bon pour Israël, dont la sécurité ne peut être renforcée par la constante répression des Palestiniens avec lesquels il partage un petit bout de terre.

L’apartheid n’est pas une solution à long terme. Les gouvernements occidentaux devraient le dire. Les leçons de l’'holocauste', loin d’entraver une telle franchise, l’y obligent.

Note MCPalestine:

l'article de K.Roth est intéressant dans la mesure où ancien fonctionnaire responsable d'une ONG de renom, il rejoint ce que nous disons depuis des années: la seule solution à la guerre coloniale israélienne est un seul Etat permettant à tous ses citoyens de vivre dans la liberté et l'égalité, dans le respect des droits de chacun. Mais comme nous le soulignons régulièrement, certains termes qui y sont mentionnés ne nous paraissent pas adéquats et nous les avons mis entre guillemets. En effet, il faut répéter à ceux qui les utilisent qu'ils sont dans l'erreur: le terme 'holocauste' a une signification de 'sacrifice' et le terme 'shoah' a une signification de 'catastrophe naturelle'. Où donc le génocide des juifs sous la politique nazie pourrait-il être assimilé à un 'sacrifice' ou à une 'catastrophe naturelle'?! Ce génocide procède tout au contraire d'une volonté politique et c'est bien sous cet angle qu'il faut le situer afin d'en déterminer les responsabilités et les responsables qu'il faut juger. Il ne faut en aucun cas les nommer par des termes inadéquats qui exhonèrent les responsables de leurs crimes, sans compter sur l'essentialisation que cela y porte par l'utilisation d'une majuscule que nous rejetons. Il n'y a eu ni 'holocauste' ni 'shoah', il y a eu 'génocide', ce qui est bien assez grave.

Kenneth Roth -

25.05.23

Source: Aurdip