FREE PALESTINE

21 novembre 2017

«Israël agit comme une organisation criminelle qui fonctionne selon ses propres lois» affirme Haaretz dans un éditorial

Source: Externe

Dans un article publié le 19 novembre, Haaretz affirme que la prise de position de Mendelblit dont il est question dans l’éditorial évoqué ici ouvre la voie à la “légalisation” d’au moins 13 colonies non reconnues jusqu’ici par les autorités israéliennes, dont le journal publie une carte.

 

 

Mercredi, le Procureur général Avichai Mendelblit a autorisé la confiscation de terres privées palestiniennes pour les besoins de colons en Cisjordanie. Sa démarche faisait suite à une requête de la ministre de la Justice Ayelet Shaked pour le revêtement d’une route vers l’avant-poste illégal Harasha, sans laquelle il serait impossible de le « légitimer ».

Son opinion se fondait ostensiblement sur la décision du Juge à la retraite de la Cour Suprême Salim Joubran à propos d’Amona. Joubran a décrété que le commandant militaire de Cisjordanie devait également veiller aux besoins des colons, puisqu’ils sont résidents de la région. Joubran se réfère ainsi à la décision de l’ancien président de la Cour Suprême Aharon Barak stipulant que « les Israéliens de cette région ont droit à la vie, la dignité, la propriété et le reste des droits dont quiconque jouit en Israël ».

Avec tous les problèmes soulevés par ces décisions, supposer que Mendelblit met en œuvre le jugement de Joubran est sans fondement. Joubran a souligné que le besoin de protéger les colons ne peut pas entacher le statut spécial des Palestiniens de population « protégée » selon le droit international et que le commandant militaire doit veiller à ne prendre aucune mesure qui pourrait porter atteinte à leurs droits au détriment des résidents de l’État occupant.

Mendelblit et Shaked ont clairement choisi d’ignorer ces points, jetant de la poudre aux yeux du public parce que le verdict du tribunal ne traitait pas du tout de l’expropriation de la terre pour les besoins des colonies et ne condamnait pas ce genre d’actions illégales.

On peut maintenant s’attendre à ce que l’opinion de Mendelblit soit utile à l’insatiable appétit des colons pour les terres privées des Palestiniens. Cependant, dans le processus de blanchiment juridique, les fonctionnaires impliqués ont omis, comme d’habitude, la question de la légalité des colonies. Selon le droit international, toutes les colonies de Cisjordanie sont illégales. Mendelblit ne peut donc légitimer le vol des terres palestiniennes en faveur d’aucune colonie au nom de « besoins publics », parce que le public auquel il s’adresse a volé la terre sur laquelle il habite.

Israël agit comme une organisation criminelle qui fonctionne selon ses propres lois et est persuadée qu’on peut la considérer comme un organe juridique.

Mendelblit a enjolivé son avis avec une série de vagues qualifications telles que « faisabilité » et « proportionnalité ». Ces mots n’ont aucun sens pratique lorsqu’il s’agit, pour les colons et le gouvernement, d’assouvir la passion qui les anime pour le vol des terres. Ce genre d’opinion conduit à porter atteinte aux droits des Palestiniens, à ce qu’Israël fasse fi du droit international et à saper la légitimité du système judiciaire d’Israël.

 

L’article ci-dessus est un éditorial en Une d’Haaretz, tel que publié en Israël dans ses versions en hébreu et en anglais

19.11.17

Source: Haaretz Editorial

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

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20 novembre 2017

Hayya : "La cause palestinienne est en danger".

Source: Externe

Khalil al-Hayya, chef adjoint du bureau politique du Hamas à Gaza, a déclaré que la cause palestinienne est menacée de liquidation. 

La nation arabe est en train de courir pour gagner la satisfaction d'Israël au lieu de soutenir le peuple palestinien et la cause palestinienne, a-t-il ajouté, soulignant que le dialogue du Caire entre les factions palestiniennes, qui commencera dans quelques jours, discutera de questions majeures. 


Al-Hayya a été invité à une réunion organisée par le comité politique du Hamas dans le camp de réfugiés d'Al-Buraij sur les derniers développements de la réconciliation nationale qui s'est tenue jeudi à la mosquée Al-Safa et a rassemblé des centaines de citoyens. 

Il a ajouté: "La cause palestinienne est en danger, les colonies prennent plus de terres palestiniennes, et l'ennemi est catégorique sur certaines positions: Non à la suppression des colonies, non à la définition des frontières dans la Vallée du Jourdain, non au retrait de Jérusalem occupée et non au retour des réfugiés dans leurs foyers". 

Il a dit: "L'honorable résistance a exposé les régimes arabes qui prétendaient soutenir notre cause pendant des décennies. Notre peuple est maintenant assiégé parce qu'il a dit non, et aujourd'hui il devrait y avoir une issue pour protéger la résistance et améliorer la situation de notre peuple." 

Une erreur historique 

Il a qualifié l'accord d'Oslo d'erreur historique plus préjudiciable que la déclaration Balfour, car elle a donné à l'occupation le droit d'exister sur 78% de la Palestine historique et de négocier la création d'un Etat palestinien sur les 22% restants. Elle a aussi décrit la résistance de "violence" qui a provoqué une rupture interne palestinienne. 

Il a souligné que "le Hamas était en désaccord avec l'OLP et le Fatah auparavant, mais surtout après les Accords d'Oslo, et la division de 2007 a encore affaibli les Palestiniens dans la mesure où les Etats-Unis appellent à un accord de paix qui inclurait le renforcement des relations entre les pays arabes et Israël." 

Al-Hayya a souligné les justifications du Hamas derrière une réconciliation nationale, affirmant que la réconciliation est le moyen le plus court pour affronter l'occupation, bien que les visions politiques du Hamas et du Fatah soient différentes. 

Il a ajouté: "Maintenant que le danger augmente, nous avons décidé de faire un grand pas en avant, et nous sommes allés vers la réconciliation pour protéger notre peuple; l'occupation ne peut être affrontée tant que nous sommes encore divisés". 

Hamas et Fatah 

Al-Hayya a souligné que les mouvements du Hamas et du Fatah ont besoin de réconciliation, mais le président de l'Autorité palestinienne Abbas en a plus besoin, parce qu'il parle devant le monde en tant que représentant de tous les Palestiniens du monde. 

Il a ajouté: "Pour que la réconciliation réussisse, tout le monde devrait sentir que c'est important et l'adopter. Le Hamas et le Fatah devraient avoir un réel désir de réconciliation et d'aller de l'avant". 

Il a appelé à ce que l'esprit de consensus prévale pendant la phase de transition actuelle et que la patrie soit la priorité de tous les partis, et non du parti, soulignant que le Hamas accumule encore des points positifs dans cette réconciliation, à commencer par la passation du pouvoir au gouvernement. 

Le passage de Rafah 

Parlant du passage de Rafah, il a déclaré: "Nous avons convenu à Beyrouth il y a deux ans de rejeter l'accord de passage de Rafah de 2005. Ceci est écrit dans les procès-verbaux des dirigeants du Fatah Hussein Sheikh, Majid Faraj et Azzam Al-Ahmad". 

Il a poursuivi: "La période de l'accord du passage de Rafah en 2005 était de 12 mois, et elle est terminée. Aujourd'hui, nous voulons avoir une traversée au service des Palestiniens et des Egyptiens selon les normes internationales. Le Hamas est prêt à toute forme qui ne contredise pas les constantes nationales et la résistance." 

Le dialogue du Caire 

Al-Hayya a parlé du prochain dialogue du Caire, qui se tiendra dans quelques jours, et inclura toutes les factions palestiniennes. Il a souligné que les réunions porteront sur les principaux problèmes, notamment les élections de l'OLP et du Conseil national palestinien. 

Il a ajouté: "Nous n'avons pas peur des élections, et notre projet de résistance existera tant que l'occupation existera, les armes de résistance sont hors des négociations, et la question des fonctionnaires de Gaza est une question nationale qui doit être résolue." 

Il a appelé à continuer de travailler sur la question de la réconciliation communautaire, soulignant la nécessité de travailler sur la question des libertés publiques en Cisjordanie occupée. 

18.11.17

Source: https://french.palinfo.com/34644 
@Copyright Le Centre Palestinien D'Information

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18 novembre 2017

Démolir les maisons, saccager les oliviers et raser les villages pour détruire un peuple et voler sa terre

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Samedi 11 novembre, Abdel Moghnee Dweik a été obligé de démolir lui-même sa maison dans le quartier Al-Bustan de Silwan, suite à un ordre par la municipalité de l’occupation. Dweik a expliqué au Wadi Hilweh Information Center qu’il a vidé sa maison le matin puis il a commencé le processus de démolition suite à un ordre de la municipalité de l’occupation qui le menaçait d’une amende de 80 mille NIS (20.000€) s’il ne procédait pas à la démolition.

Dweik a expliqué qu’il a construit la maison il y a deux ans, et a essayé en vain d’obtenir un permis de construire. La maison consistait en deux pièces où vivaient quatre personnes.

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Le 10 novembre au soir, la famille d’Amin Abbasi, résidant à Jérusalem, a dû démolir un établissement commercial dans le quartier de Ein al-Lozeh à Silwan suite à un ordre de la municipalité de l’occupation.
La famille Abbasi a expliqué qu’ils ont été obligés de démolir eux-mêmes le magasin après que les équipes municipales y aient fait plusieurs descentes et après remise de plusieurs ordres et avis de démolition. L’établissement a subi une perquisition il y a deux semaines, accompagnée d’un ordre du tribunal exécutable si la famille ne démolissait pas le magasin dans les 30 jours.
Le magasin faisait 55 m2 et avait été construit il y a 2 ans, avec des plaques de tôle.

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Source: Externe

Jeudi 16 novembre au matin, les autorités israéliennes ont démoli le village bédouin palestinien de al-Araqib, dans le désert du Naqab, au sud d’Israël, pour la 121ème fois, laissant une nouvelle fois toutes les familles sans abri. Les habitants du village l’ont reconstruit 120 fois, après chaque démolition ; la dernière a eu lieu le 25 octobre dernier.

Un tribunal israélien a statué en aout que 6 habitants de al-Araqib devait payer 262.000 shekels (env. 63.000 euros) pour les frais des démolitions précédentes, en plus de 100.000 shekels (env. 24.000 euros) pour couvrir les frais d’avocat. Ceci ne représente que le dernier paiement dû par le village pour indemniser Israël pour ces démolitions routinières du village.

Les habitants de al-Araqib ont expliqué qu’avant la dernière décision de justice, le village avait reçu l’ordre de payer plus de 2 millions de shekels (env. 480.000 euros) pour le coût cumulé des démolitions menées par Israëlcontre le village depuis 2010.

Al-Araqib est l’un des 35 villages bédouins considérés comme « non reconnu » par l’Etat israélien. Selon l’Association pour les droits civils en Israël (ACRI), plus de la moitié des 160.000 bédouins du Naqab habitent dans des villages « non reconnus ».
(…)
Les groupes de défense des droits de l’homme disent que la démolition des villages bédouins non reconnus est une politique israélienne centrale dont l’objectif est d’expulser la population palestinienne indigène du Naqab et de la transférer dans des cantons délimités par le gouvernement, pour faire de la place à l’expansion des communautés juives israéliennes.

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Sous les yeux d’une trentaine de policiers des frontières, présents sur le site, les colons israéliens d’Yitzhar ont attaqué un groupe de fermiers. La veille, ils avaient mis le feu à des oliveraies situées autour de leurs avant-postes illégaux.

Dimanche 5 novembre, vers 10h du matin, des militants de l’ISM ont vu de la fumée montant de champs d’oliviers, des deux côtés des versants des collines, sous la colonie d’Yitzhar, construite en toute illégalité sur une colline entre les villages palestiniens d’Huwarra et de Burin, au sud de Naplouse. 

Ce n’est pas la première fois que cela arrive. Depuis l’expropriation des terres agricoles d’Huwarra, Burin et Madama, et la création illégale puis l’expansion continue de la colonie israélienne Yitzhar, des colons violents font tout ce qu’ils peuvent pour nuire aux fermiers palestiniens et à leurs famille, sans risque d’être punis pour ces crimes.

Un fermier de Burin, dont les oliviers ont été incendiées, nous a expliqué que le groupe de colons l’ont pourchassé, lui et ses deux compagnons, et qu’ils ont réussi à s’échapper.

La brigade des pompiers palestiniens de Burin a dû attendre l’autorisation des autorités israéliennes pour éteindre le feu, en vain.

Israël fait autorité en matière de sécurité en Zone C et devrait, au lieu de bloquer les pompiers palestiniens, combattre tout incendie en Zone C. Depuis 25 ans que l’accord d’Oslo lui a donné cette autorité, l’Etat d’occupation ne l’a jamais fait.

Au contraire, nous avons vu les policiers des frontières, les gardes de sécurité des colons et les colons côte à côte dans l’avant-poste, regardant les oliviers en flamme.

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Source: Externe

Le lendemain, 6 novembre, à 8h30, un groupe de 9 colons a essayé d’attaquer les fermiers et les ouvriers qui avaient l’autorisation officielle de l’autorité israélienne pour récolter les olives et pour travailler dans les oliveraies de la famille Owda, qui avaient été partiellement incendiés la veille.

Une dizaine de policiers des frontières a refusé que nous entrions dans le secteur, qui était apparemment déclaré « zone militaire fermée ». Le commandant nous a montré la déclaration, très laconique et sans détails.

Au lieu d’aider les fermiers, nous n’avons pu que rester à distance et filmer la situation. Nous avons à nouveau été les témoins d’une coopération étroite entre les colons, les gardes de sécurité et les policiers des frontières. On pouvait sentir constamment ce jour-là la menace d’une attaque.

Vers 14h30, un groupe d’une vingtaine de colons a attaqué les fermiers et les policiers des frontières n’ont pratiquement rien fait pour les empêcher et n’ont arrêté aucun colon. Au contraire, ils ont ordonné aux fermiers d’arrêter leur travail et de quitter leur terre rapidement.

 

Les colonies sont illégales puisqu’en droit international, une puissance occupante n’a pas le droit d’installer sa population dans le territoire occupé. Au regard de la loi israélienne, les avant-postes sont illégaux, mais pourraient ne pas le rester longtemps. En février 2017, la Knesset israélienne a voté une nouvelle loi qui légalise les 4.000 avant-postes existants. Mais la haute Cour a repoussé son application à août 2017. Si cette loi vient un jour à être appliquée, ces 4.000 avant-postes seront considérés comme de nouvelles colonies prêtes à s’étendre et l’expropriation de davantage de terres palestiniennes privées deviendra légale.

Source: ISM France & Agences -

17.11.17

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17 novembre 2017

Gaza : le Fatah ramène Israël dans ses valises

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L’Autorité Palestinienne (AP) veut ressusciter un vieil arrangement conclu avec Israël, mais le pacte n’est pas plus populaire auprès du Hamas aujourd’hui qu’il y a 12 ans.

Dans le cadre de la récente réconciliation palestinienne entre le Hamas à Gaza et le Fatah/AP en Cisjordanie, l’AP a pris en charge l’administration des passages frontaliers de Gaza le 1er novembre. L’AP insiste sur la relance de l’Accord de 2005 sur les déplacements et l’accès, qui impose des restrictions sur l’utilisation des accès à la bande de Gaza. Le Hamas rejette catégoriquement l’idée.

L’AMA, que la Commission européenne a soutenue, a couvert tous les passages de Gaza, y compris le passage de Rafah en Égypte, mais a été suspendu en juin 2007 immédiatement après que le Hamas ait pris le contrôle du territoire assiégé. En conséquence, la commission s’est retirée et Israël a annoncé que l’AMA n’était plus en vigueur.

L’AP dit que l’AMA est nécessaire maintenant pour garantir la sécurité des passages. Le Hamas réplique que le pacte invite inutilement Israël et la Commission européenne à s’immiscer dans les affaires palestiniennes et entravera les mouvements des personnes à travers Rafah.

Mustafa al-Sawwaf, analyste politique et ancien rédacteur en chef du journal local Felesteen, estime que la requête de l’Autorité palestinienne pour relancer l’AMA est une tentative de flirter avec Israël et de démontrer ainsi que l’AP est attachée aux accords signés. Il a déclaré à Al-Monitor que l’insistance de l’Autorité palestinienne à coopérer avec Israël était une trahison et avait été qualifiée de crime en vertu de l’accord de réconciliation de 2011 qui avait échoué.

" C’est un point de passage palestino-égyptien, et Israël n’a rien à voir avec ça. Alors, pourquoi l’AP insiste-t-elle sur l’AMA? ", a demandé Sawwaf.

Hussein al-Sheikh, chef de l’Autorité des affaires civiles de l’Autorité palestinienne, a déclaré dans un communiqué de presse le 31 octobre que l’AP remplirait à la mi-novembre toutes les conditions requises pour l’ouverture du terminal de Rafah, conformément à l’AMA.

Des sources palestiniennes bien informées dans la bande de Gaza ont déclaré à Al-Monitor, sous couvert d’anonymat, que le Hamas et d’autres factions élaboraient des suggestions sur la façon d’exploiter le passage sans avoir besoin de l’AMA. Cela sera discuté dans des discussions qui auront lieu au Caire le 21 novembre.

Les Palestiniens de Gaza ne peuvent qu’espérer que les factions puissent persuader l’AP de changer d’avis durant ces discussions. L’AMA a été exploitéepar Israël pour empêcher de nombreux membres d’organisations palestiniennes de traverser le terminal de Rafah en 2005 et 2006.

Azzam al-Ahmad, un membre du Comité central du Fatah, a déclaré à la radio Sawt Palestine le 1er novembre: « Toutes les dispositions nécessaires ont été prises du côté palestinien au terminal de Rafah et la police européenne sera présente conformément à l’AMA signée en 2005. La garde présidentielle sera déployée le long de la frontière avec l’Égypte et assurera la sécurité du passage. »

Une délégation de la Commission européenne a visité le terminal de Rafah le 25 octobre à la demande de Kenneth Deane, chef des commissions de sécurité de l’UE. M. Deane s’est rendu en Israël et dans les territoires palestiniens occupés et a rencontré des représentants des deux côtés pour discuter de l’avenir deu passage de Rafah.

Nazmi Muhanna, le directeur général de l’Autorité palestinienne pour les postes frontaliers, a déclaré à Al-Monitor que l’Autorité palestinienne ne verrait pas d’inconvénient à ce que la Commission européenne reprenne ses fonctions au terminal.

Shadi Othman, un porte-parole du bureau du représentant de l’Union européenne dans les Territoires palestiniens, a confirmé à Al-Monitor que la Commission européenne discutait d’une éventuelle mise en œuvre de l’AMA avec l’AP, l’Égypte et Israël. Mais jusqu’à présent, aucune des parties n’a formellement demandé à la commission de retourner au point de passage de Rafah.

Israël est citée à plusieurs reprises comme étant le responsable de l’échec de l’AMA. Kayed al-Ghul, membre du bureau politique du Front Populaire de Libération de la Palestine, a déclaré à Al-Monitor: « L’AMA doit être suspendue une fois pour toutes, d’autant plus qu’elle restreint le mouvement des Palestiniens et permet une implication israélienne direct. L’AMA confère à Israël le pouvoir de décider qui entre et sort de Gaza. »

L’AMA déclare: « L’AP informera le gouvernement israélien 48 heures à l’avance du passage de toute personne, excepté dans les catégories suivantes – des diplomates, des investisseurs étrangers, des représentants étrangers d’organisations internationales reconnues et dans des cas humanitaires ».

Al-Ghul a ajouté: « La présence de la Commission européenne à la traversée visait à assurer le contrôle par Israël du mouvement des personnes. Les ordinateurs et les caméras qui se trouvent à l’intérieur du passage sont gérés par des Palestiniens et des Européens et reliés électroniquement aux ordinateurs de l’armée israélienne, ce qui lui permet de voir directement tout ce qui se passe au passage ».

Ghul a souligné que l’annulation définitive de l’AMA est nécessaire parce que le point de passage de Rafah est situé aux frontières palestinienne et égyptienne, et Israël n’a donc rien à voir avec cela.

Dans la même veine, Yahya Moussa, responsable du Hamas et membre du Conseil législatif palestinien, a déclaré à Al-Monitor que le Conseil refusait de revenir à l’AMA, puisque l’accord est conçu pour ce qu’il appelle la domination et la tutelle israéliennes sur le passage.

« Au cours des 10 dernières années, la traversée a fonctionné par intermittence sous l’administration palestinienne-égyptienne sans jamais avoir recours à l’AMA. C’est pourquoi nous constatons que l’insistance de l’Autorité palestinienne à adopter l’AMA est surprenante, car celle-ci n’a duré qu’un an et ne peut être renouvelée qu’avec le consentement des deux parties à l’accord », a déclaré M. Moussa.

La présence de la Commission européenne au passage [de Rafah] favorise Israël, lui permettant de contrôler qui traverse ou non, dit-il: « Dans le passé, Israël demandait à la commission de se retirer [du site] chaque fois que cela lui chantait, et fermait ainsi la traversée.  »

Ahmad Abu Amer -

[Ecrivain et journaliste palestinien, travaillant pour plusieurs médias, à la fois locaux et internationaux. Titulaire d’une maîtrise de l’Université islamique de Gaza. Il a co-écrit un livre sur le blocus de Gaza pour l’Agence turque Anadolu.]

13.11.17

Source: Chronique de Palestine

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16 novembre 2017

Depuis la prison du Neguev

Source: Externe

J’ai ressenti une étrange sensation, lorsque, le 23 août, aux alentours de 4h30, si je me souviens bien, j’étais tiré de mon sommeil par des bruits sourds. Quelqu’un s’acharnait sur la porte de mon appartement et appuyait nerveusement sur la sonnette à répétition. Je me suis dit que je connaissais ce type de vandalisme mais dans les toutes premières secondes, je pensais qu’il s’agissait d’un rêve.

Je vis dans un bâtiment de six étages, à Jérusalem-Est. Chaque étage est composé de deux appartements. Les soldats et leur commandant ne savaient exactement dans quel appartement je vivais, alors, ils ont frappé brutalement à chaque porte. J’ai alors eu une pensée pour mes voisins, tous réveillés en plein nuit par les soldats, terrorisant chaque famille, je pouvais entendre des enfants pleurer.

Les soldats n’ont pas cessé de frapper sur ma porte jusqu’à ce que je finisse par ouvrir, encore engourdit par le sommeil. Le premier soldat que j’ai vu portait une cagoule. Je ne pouvais voir que ses yeux remplis de haine. Il m’a alors hurlé dessus, me demandant ma carte d’identité. Après vérification, les soldats présents ont appelé du renfort, en hurlant qu’ils avaient trouvé la personne qu’ils cherchaient. A la seconde où j’ai compris que la force occupante venait bien pour moi, mon cerveau m’a envoyé un ordre clair : « Une nouvelle bataille commence là pour toi, cet ennemi ne doit pas te vaincre une seule seconde ». Ils m’ont forcé à m’asseoir sur une chaise et trois soldats m’entouraient, leurs armes pointées sur moi. Pendant ce temps-là, leurs collègues ont fouillé tout l’appartement, bouleversant les meubles, les livres, les vêtements… Je les sentais fébriles, ils s’énervaient, ils ne trouvaient rien de ce qu’ils cherchaient dans cet appartement. Le commandant a fini par donner l’ordre de repli. Ils m’ont alors ordonné de m’habiller pour partir avec eux. En marchant vers la porte d’entrée de mon appartement, avant d’en sortir pour une durée qui m’était inconnue, je fixais la photo de mon fils accrochée au mur. Dans son regard, j’ai puisé de la force pour affronter les durs moments qui m’attendaient. Je l’imaginais me dire « Papa, sois fort, on sera vite réunis tous les trois ». Je lui promettais alors de rester fort et de ne jamais donner l’occasion à cette occupation de nous confisquer notre humanité et de détruire notre vie comme elle s’acharne à le faire. Ils me bandèrent ensuite les yeux et me conduisaient dans une voiture blindée. La marche vers ce nouveau destin commençait. Une marche pénible vers un monde que je ne connais que trop bien. Un monde dans lequel nous devons rester forts, humains et garder notre sourire en toute circonstance. Une nouvelle fois, je suis conduit dans ce véhicule blindé vers l’endroit le plus sombre et le plus misérable pour un être humain : une prison de l’occupant.

En arrivant dans la prison du Neguev, après deux semaines passées dans le centre d’interrogatoire, tout me semblait tristement familier. Je suis rentré dans la section 24, j’ai vite reconnu les visages que j’avais quittés il y a quelques années. Je n’ai pas su quoi leur dire, j’étais soudainement impressionné de les retrouver ici. Parmi eux, certains sont derrière les barreaux depuis plus de quinze ans. Ils me questionnaient et je ne savais pas quoi leur répondre. « Qu’est ce qui est arrivé, pourquoi es-tu là ? ». Je n’avais pas les réponses à leurs questions. Pas plus que je n’arrivais à leur parler de l’extérieur, eux, qui sont là depuis tant d’années. Que faisons-nous pour eux, pendant qu’ils paient le prix de leur lutte ? En les retrouvant, je me demandais si j’avais assez agi pour parler d’eux à l’extérieur. On a ensuite énormément discuté. Un détenu m’a dit « Ah tu es de retour, on va parler de nous en France alors ! ». J’ai réalisé alors que malgré ma nouvelle privation de liberté, je n’avais aucun doute sur le fait que la mobilisation allait se mettre en place en France, c’est un véritable espoir pour moi et pour eux. J’ai pensé à toutes les personnes qui avaient déjà lutté pendant ma première incarcération et depuis, toutes celles et ceux que j’ai rencontrés en France et en Palestine. Aucun doute qu’ils seraient tous à nouveau au rendez-vous pour dénoncer l’injustice qui nous frappe.

Et des éléments que je reçois par fragments, je sais que vous êtes même plus nombreux que la dernière fois ! Des personnalités que j’apprécie, des élu-e-s, des citoyen-ne-s en nombre plus nombreux encore vous vous êtes mobilisés pour dénoncer l’injustice, l’arbitraire et pour exiger ma libération.

Je vous en remercie très sincèrement. Je veux vous dire aussi que je serai digne du soutien que vous m’accordez. On ne marchande pas la liberté même si on la paie parfois très chère. Ce n’est pas une question d’entêtement mais de dignité et de principe : pour la liberté je ne lâcherai rien. Le peuple palestinien, comme tous les autres, ne veut pas vivre à genoux. Et quelle force cela nous procure que de savoir que, vous aussi, vous n’avez pas l’intention de lâcher. Cela, l’occupant ne le mesure pas. Moi je le ressens au fond de moi. Et c’est pourquoi même quand il pleut je pense au soleil qui vient…

Salah Hamouri -

15.11.17

[S. Hamouri est avocat franco-palestinien qui travaille pour le groupe de défense des droits des prisonniers Addameer, a été arrêté par les forces israéliennes d’occupation à son domicile à Jérusalem-Est occupée le 23 août. Il a été ensuite condamné à six mois d’emprisonnement sous le régime de la détention administrative [un emprisonnement sans accusation ni jugement, et indéfiniment renouvelable].

Email: libertepoursalah@gmail.com
Facebook: @freesalahhamouri
Twitter : LiberezSalah

Source: Chronique de Palestine

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15 novembre 2017

Les forces israéliennes visent des écoles et des enseignants palestiniens à Jérusalem Est et à Hébron

Source: Externe

Les forces de police israéliennes sont entrées dans l’école Zahwat al-Quds de Jérusalem Est occupée et ont arrêté le directeur de l’école ainsi que trois professeurs devant les élèves, avant de fermer l’école et de donner l’ordre aux parents de trouver une autre école pour leurs enfants, selon l’agence de presse palestinienne officielle, Wafa.

Ces faits se sont produits à Jérusalem Est le lendemain de l’arrestation de plusieurs enseignants qui étaient en chemin vers l’école, par les forces israéliennes dans les collines au sud d’Hebron, en présence de leurs élèves.

Mondoweiss s’est adressé à la fois à l’armée israélienne à propos des incidents de Hebron et au porte parole de la police israélienne, Micky Rosenfeld, à propos de l‘incident de Jérusalem, mais aucun n’a voulu faire de commentaire immédiatement.

Les raisons de la fermeture de l’école de Jérusalem Est ne sont pas claires, mais mardi, les parents, les enseignants et les élèves ont organisé une manifestation devant l’école et ont exigé qu’elle soit rouverte.

Tandis que l’école de Jérusalem Est a été initialement enregistrée et autorisée par les autorités israéliennes, le permis a été révoqué l’an dernier, vu que l’administration de l’école refusait d’appliquer le cursus israélien, lequel par exemple interdit d’enseigner la Nakba de 1948 aux élèves. La dépêche de Wafa disait que la municipalité israélienne de Jérusalem Ouest « avait depuis longtemps recours à des incitations financière et à la coercition » pour « imposer le cursus israélien aux écoles palestiniennes de Jérusalem Est » ; les administrations ont rejeté cette obligation, ce qui a conduit Israël à refuser la reconnaissance officielle à ces écoles.

L’école a en revanche été administrée avec un permis d’exercer émis par le Département du Waqf islamique, une autorité jordanienne qui contrôle principalement les sites religieux musulmans de Jérusalem Est mais administre aussi les écoles d’environ un quart des élèves de Jérusalem Est.

Cette école est l’une des nombreuses institutions scolaires palestiniennes qui se trouvent dans cette situation ; pourquoi l’école Zahwat al-Quds a-t-elle été spécialement visée ? On ne le sait toujours pas.

Les effets Physiologiques de la violence

Un travailleur social local de Cisjordanie, qui travaille avec des enfants traumatisés par les forces israéliennes, a parlé à Mondoweiss de ce ciblage récent d’enseignants, mais il a demandé à garder l’anonymat pour sa propre sécurité et celle de ses élèves.

Le travailleur social a dit qu’il était alerté par les nouvelles de fermetures d’écoles mais qu’il était surtout préoccupé de la façon dont ces événements affecteraient les élèves et leur santé psychique.

Il a expliqué que les enfants palestiniens en particulier éprouvent un fort besoin « d’espaces sûrs ». Étant donné que les maisons et les quartiers des Palestiniens sont l’objet de fréquentes attaques, les écoles sont généralement un des seuls endroits où les enfants se sentent en sécurité, dit-il.

Arrêter des enseignants devant leurs élèves est aussi préoccupant, a-t-il expliqué, parce que les enseignants sont vus comme « de bons modèles ». Si l’on tient compte que 40% de la population masculine de Cisjordanie a passé du temps dans les prisons israéliennes, les enfants palestiniens sont tout à fait au courant que leurs parents et d’autres membres de la famille, les hommes en particulier, sont facilement en danger d’arrestation, mais les enseignants sont souvent vus par les enfants comme un élément de stabilité dans leur vie.

« Quand nous parlons aux enfants d’espaces sécurisés, les enfants citent toujours l’école et la classe comme espace sécurisé pour eux, alors imaginez que ces enfants, tellement ennuyés dans leur vie quotidienne et confrontés à ces grandes frayeurs, voient que le seul endroit qu’ils pensaient sûr est attaqué » dit-il. « Alors on en arrive à une situation où ils ont peur tout le temps, ils n’ont pas de sentiment de sécurité, au contraire ils ressentent qu’ils sont tout le temps en danger ».

À cause du tabou sur la santé mentale dans tout le Moyen Orient et de la normalisation de la violence après des décennies d’occupation, les enfants palestiniens peuvent ne pas avoir de façon saine d’exprimer leur crainte chez eux. Les écoles sont d’habitude vigilantes sur des symptômes plus graves de traumatisme, mais faute de sentir que l’environnement est sécurisant, ils sont moins enclins à l’ouverture, a-t-il expliqué.

« Les enfants devraient pouvoir ressentir que leurs familles peuvent les protéger – en particulier les parents devraient être une source d’énergie et de sécurité, mais ce n’est pas le cas, parce que les enfants voient, entendent et comprennent que leurs parents sont sans pouvoir face à la possibilité d’être arrêtés et que maintenant les professeurs et l’école ne peuvent pas les sauver non plus – voilà ce qu’ils vont ressentir » dit-il. « Je ne pense pas me tromper en disant que les enfants qui ont fait l’expérience de voir leurs professeurs emmenés par les soldats ou la police, par dessus tout le reste, pourraient vraiment commencer à développer des symptômes de troubles de stress post traumatique ».

« Les enfants ont une imagination merveilleuse, et ces images de violence ne s’en vont pas, elles ressortent en cauchemars, dans des réactions extrêmes à des faits mineurs, dans des problèmes généraux de comportement et d’attitude, d’agressivité, de peur permanente, des choses comme ça » dit-il.

Même dans le cas peu probable où l’un des élèves n’aurait pas déjà été confronté à la violence de l’occupation, ils restent vulnérables, a expliqué le travailleur social.

« Disons que ces incidents à l’école étaient, disons, les premières pressions psychologiques auxquelles ils ont eu affaire, mais que cela ne veut pas dire qu’ils puissent les gérer. Cela peut toujours affecter leur équilibre, mais pour être honnête, il est plus que probable que ce n’ait pas été leur première expérience de la violence. Les enfants palestiniens voient constamment ce genre de choses dans leur société, avec les invasions, les attaques de nuit etc., mais pas vraiment à l’école. Il suffit d’une fois où ils voient leur professeur arrêté et la police fermer l’école pour qu’ils subissent un grand choc qui aura des effets durables.

Sheren Khalel -

13.11.17

Source: AURDIP

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13 novembre 2017

La honte et son contraire

Source: Externe

Le documentaire « Derrière les fronts – résistances et résiliences en Palestine » porte sur les aspects psychologiques de l’occupation en Palestine. Il incite entre autres à s’interroger sur le rôle de la honte et de l’humiliation dans les situations d’oppression politique, ainsi que sur les divisions, les hiérarchies et les dispositifs de conditionnement mis en place par le système d’occupation.

Derrière les fronts - Le nouveau film documentaire d’Alexandra Dols aborde la question palestinienne à partir de perspectives, de thèmes et d’enjeux rarement mis en avant. Il montre l’occupation israélienne sous ses aspects souterrains, psychologiques et spatiaux, qui sont les moins spectaculaires mais peut-être aussi les plus dévastateurs, qui constituent le lieu où elle cherche à s’imposer à même le sensible, comme situation « normale », quotidienne, ordinaire... Il en dévoile ainsi les effets insidieux, lents, déterminants bien que non-mesurables ou presque, à travers des analyses et des témoignages qui rendent compte de l’impact psychologique de l’occupation sur les Palestiniens, des manœuvres qu’elle multiplie pour les séparer et les diviser, de cette véritable ingénierie de l’offense qu’elle a mis en place pour les briser et des stratégies qu’ils parviennent à développer pour y faire face.

Intitulé Derrière les fronts, résistance et résilience en Palestine, ce documentaire expose les ressorts d’une catastrophe qui se prolonge bien au-delà des arrestations massives, des expulsions, des meurtres et des bombardements, qui continue de hanter les vies palestiniennes après les « cessez-le-feu » et les soi-disant retours au calme, qui s’éternise comme un hiver sans fin. Le film rompt heureusement avec les trop nombreux discours qui, même chez les « pro-palestiniens », se focalisent uniquement sur l’horreur des morts et les destructions soudaines et visibles des moments de crise. Car si compréhensibles que puissent être l’émotion et l’indignation qui accompagnent ces moments, cette focalisation finit par installer le spectateur pris dans le fil de l’actualité, même sympathisant de la cause palestinienne, dans un sentiment de monotonie, dans l’idée que quelque chose recommence encore, et par susciter chez lui des questions du type: « Tiens, qu’est ce qui leur arrive encore ? Qu’est-ce qui se passe encore là-bas ? Qu’est-ce qui leur tombe encore dessus ? ». Et en un sens, dès qu’elles traversent l’esprit, ces questions contribuent à imposer une approche solidaire du discours sioniste, pour laquelle il y aurait des « accalmies », des « négociations », des phases pacifiques à opposer aux « escalades de violence », selon laquelle il existerait pour la Palestine occupée, dans les périodes pacifiées, une normalité acceptable, préférable en tout cas à la violence et à la lutte.

En France, les discours des media de masse, lorsqu’ils ne se contentent pas de dénoncer le « terrorisme » des Palestiniens et la menace qu’ils font peser sur la « sécurité » d’Israël (comme si la menace, réelle ou fantasmée, n’était pas pour Israël un oxygène), font mine de plaindre leur malheur extrême sans jamais dire clairement quelle en est la cause. Tout semble fait pour rendre la « tragédie du Proche-Orient » infiniment obscure et inextricable. On complique artificiellement la situation, on disserte à n’en plus finir sur la « complexité » du conflit, sur son caractère « délicat », « épineux », on déplore « l’impasse politique » et « les escalades de violence »... Si à chaque guillemet correspondait un check-point, je pourrais faire de ces discours une autre Cisjordanie.

Or, la cause de ce malheur est très simple à identifier: c’est l’occupation.

Ce mot désigne une réalité que les Palestiniens subissent tous les jours très concrètement, et pas seulement à travers le risque d’être arrêtés, brutalisés, tués par des soldats, ou de voir leurs champs et leurs maisons détruits, confisqués par « représailles » ou pour assurer la « sécurité » de trois préfabriqués fraîchement posés sur la colline d’en face et qu’Israël projette de transformer en colonie. Ils y font face aussi, plus quotidiennement, lorsqu’ils doivent passer un check-point ou obtenir de l’administration israélienne une autorisation rien que pour pouvoir bouger dans un rayon de quelques kilomètres. Pour certains, aller travailler le matin, voir ses parents ou se faire soigner implique déjà de se heurter au pouvoir occupant.

Comme l’explique le docteur Samah Jabr, psychiatre palestinienne et figure centrale du film, la Nakba, la catastrophe qui s’abat sur les Palestiniens depuis soixante-dix ans, doit être comprise comme un processus plutôt qu’un événement, un processus en cours, maintenu et prolongé par les négociations dilatoires, occulté par les discours fallacieux des media dominants et de l’auto-proclamée « communauté internationale ». Il ne s’agit pas d’un cataclysme passé, de quelque chose comme un désastre climatique dont il ne resterait plus que les dégâts et qu’il s’agirait désormais de réparer et d’oublier. Pour les Palestiniens, la Nakba a lieu sans cesse depuis 1948, l’occupation est son éternel recommencement. C’est comme une « destruction continuée », au sens où on parle en théologie de « création continuée ».

Dans l’une des rares séquences du film où elle s’exprime en français, le docteur Jabr explique: « La différence entre un tremblement de terre et l’occupation, c’est que le tremblement de terre ne peut pas vous humilier ».

Ce point mérite qu’on s’y arrête. Derrière les fronts évoque plusieurs fois l’humiliation et la honte que l’occupant (compris en un sens global, comme système, comme fonctionnement, tel qu’il se manifeste par exemple à travers les check-points et le contrôle de l’espace) travaille à faire éprouver aux Palestiniens.

En Palestine comme ailleurs, mais en Palestine plus nettement et plus cruellement qu’ailleurs, la honte prend une dimension politique tout à fait déterminante. Loin d’être un simple sentiment subjectif, une affaire individuelle et « simplement psychologique », elle est ce qui écrase et paralyse, elle est le liant des rapports de pouvoir. Elle les installe et les renforce, elle fait qu’on s’y résigne, qu’on les oublie, qu’on s’y habitue, qu’on finit même parfois, désespoir ou faiblesse, par les soutenir et les justifier.

Concernant les séquelles psychologiques des victimes de torture dans les prisons israéliennes, le docteur Jabr précise: « Ce qui amène des sentiments de crainte ou d’angoisse, plus on en parle, plus cela allège la crainte, mais ce qui amène un sentiment de honte, il arrive qu’en en parlant la honte augmente ». Comme l’oubli, la honte a cette structure de sable mouvant. Ce qui fait le plus honte c’est souvent la honte d’avoir honte, tout comme l’oubli véritable est oubli de l’oubli.

À plusieurs reprises, le film parvient à mettre l’accent sur ce type de phénomènes que le vocabulaire de notre époque peine à saisir, à cause de son obstination à séparer ce qu’il identifie comme aspects psychologiques (sous-entendus seconds, subjectifs, apolitiques, individuels et abstraits) et les questions proprement politiques, économiques et matérielles (donc supposées effectives, objectives et plus concrètes).

Dans la longue offensive menée par l’occupant contre les Palestiniens, dans son acharnement à les faire plier, l’humiliation est tout sauf un dégât collatéral. Il y a toute une technologie de l’offense, une offense planifiée et organisée politiquement dont l’objectif est double.

Il s’agit d’une part d’affaiblir moralement les Palestiniens, de leur inoculer la résignation, la honte et le mépris d’eux-mêmes, la lassitude et l’abandon de la lutte; de leur rendre la Palestine invivable, de faire en sorte qu’ils en viennent à préférer la mort ou l’exil, ou qu’ils cessent d’être ce qu’ils sont en se résignant à un statut subalterne, un inoffensif indigénat, quelque chose comme la vie en réserves des Américains natifs. L’occupant, dans sa grande mansuétude de seule-démocratie-du-Proche-Orient et d’armée-la-plus-morale-du-monde, ne renonce pas complètement à la perspective de transformer les Palestiniens en consommateurs précaires et passifs, leur soumission économique et leur dépendance assurant alors une adhésion forcée au système qui a la bonté de leur revendre le pain et l’eau qu’il leur confisque.

Mais d’autre part, l’acharnement à rabaisser et humilier les Palestiniens s’adresse également aux Israéliens, et même peut-être davantage. Il s’agit pour le pouvoir occupant de dresser sa jeunesse à un certain rapport aux Arabes sans lequel l’État sioniste ne pourrait exister, de lui enseigner l’étrangeté de cette population et l’évidence de son infériorité. Il faut lui inculquer un certain mépris, une certaine hostilité, une certaine disposition qui ne se résument pas à un banal racisme, à une « haine de l’autre » ou de l’étranger, qui est certes en partie une affaire de privilèges mais qui comporte aussi le maintien d’une étrange et perverse proximité.

Il faut que les Arabes soient toujours pour eux cette masse informe, indistincte, en file, à laquelle il ne vient pas à l’esprit de s’identifier, que l’on doit commander, arrêter, contrôler, qu’il faut mépriser tout en s’en méfiant, comme un bétail perfide d’où se détache parfois le bouc terroriste qui refuse la soumission et qu’il faut alors abattre sans réfléchir. Dans ce cirque sinistre, c’est peut-être d’abord le soldat qui est dressé, c’est-à-dire le jeune Israélien générique, absolument quelconque, puisque le service militaire est obligatoire pour tous et dure trois ans.

Ainsi, l’offense apparaît comme la forme même de la domination israélienne. On dirait parfois que pour Israël le but suprême n’est pas d’effacer les Palestiniens mais de les maintenir dans l’infériorité et l’humiliation. On dirait qu’ils ne doivent pas simplement incarner l’ennemi, l’obstacle fâcheux qu’il serait préférable de pouvoir écarter sans bruit, mais ce qui doit exister pour être nié, ce qui doit être amoindri, rendu faible, pauvre et nu, pour qu’Israël soit fort et prospère, ce qui doit être désigné comme arriéré, sous-humain, barbare, sauvage et terroriste pour qu’Israël puisse se reconnaître comme avancé, civilisé, démocratique et moderne – en un mot, européen.

Derrière les fronts présente entre autres le témoignage d’un boulanger palestinien, Khodr Adnan, qui fut emprisonné dans le cadre de la détention administrative – une mesure qui permet à Israël d’incarcérer n’importe quel Palestinien pour une durée de six mois indéfiniment renouvelable, sans même qu’il soit besoin pour cela d’inculpation ou de jugement. Il a fini par être libéré après une grève de la faim de plus de soixante jours, et parmi les raisons qui l’ont poussé à cette résolution, il cite l’humiliation et les offenses des interrogateurs. Au moment où j’écris ce paragraphe, d’autres prisonniers palestiniens, hommes et femmes, se sont mis en grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention. Des Israéliens ont alors organisé un barbecue près de la prison pour les narguer...

L’anecdote pourrait paraître insignifiante si elle ne témoignait pas de l’admirable inventivité israélienne en terme d’offense et d’insulte. Ce barbecue n’est pas une simple réplique sur le terrain de la guerre psychologique ou médiatique. Si le but était de contrer la mauvaise image d’Israël que donnent ces grèves de la faim, le mieux, du point de vue israélien, eut été de ne pas en parler... Mais ce que visent ces petites atteintes et tant d’autres phénomènes apparemment minimes, c’est d’abord la dignité des Palestiniens, comme si cette dignité se confondait avec la terre, comme s’il était tout aussi essentiel pour Israël de la leur ravir.

Les Israéliens semblent parfois moins attentifs à leur situation propre qu’à ce qui les distingue des Palestiniens – j’entends évidemment les Israéliens pris comme ensemble et non individuellement. Être Israélien paraît même conditionné par la possibilité d’offenser le Palestinien, comme pour conjurer une ressemblance primordiale inavouable, comme si c’était d’abord en tant que double, plutôt qu’en tant qu’ennemi, qu’il incarnait pour le sionisme le plus grand danger [1].

L’idée qu’Israël ne survit que grâce à l’hostilité, cultivée et entretenue, des Palestiniens spoliés et des Arabes voisins, qu’il s’est dès le départ défini par la négative en se créant des ennemis et en les entretenant pour consister, est un lieu commun que même un premier ministre israélien a pu formuler.

Seulement il faudrait ajouter que le rabaissement et l’humiliation systématiques, loin d’être de simples corollaires, des dégâts collatéraux, les conséquences de la haine ou de la peur, sont tout aussi vitaux au projet sioniste, qu’ils en sont même une pièce maîtresse. Car il s’agit pour l’Israélien de s’assurer de son européanité, de son appartenance à une nation moderne, par opposition à la populace arabe arriérée, misérable, à la fois pitoyable et menaçante, piégée par lui dans cette inexistence étatique, dans cette inconsistance officielle et ce dénuement.

Il est d’ailleurs notable que dans leur propagande, les Israéliens semblent parfois plus soucieux de répéter qu’ils sont puissants, qu’ils ont réussi, qu’ils ont une belle nation moderne avec ses buildings, sa Gay Pride et ses généticiens, qu’à se défendre de l’accusation de voler et d’avoir volé leur terre aux Palestiniens, de les enfermer, de les exiler, de les anéantir. Ces accusations, ou plutôt ces évidences, leur déplaisent bien sûr, mais elles semblent souvent les agacer et les ennuyer plutôt que les scandaliser. Bien sûr que c’est vrai et bien sûr qu’ils le savent... Zeev Jabotinski, le père fondateur de la droite sioniste, le reconnaissait sans problème.

Il faut donc faire attention en traversant le Jourdain : un « c’est pas nous c’est eux » peut en cacher un autre. Lorsque les sionistes répètent « c’est pas nous, c’est eux... », sous-entendu qui déportent, nient, jettent à la mer et exterminent, l’oreille attentive entend à peu près le contraire : « c’est pas nous, c’est eux... » les faibles, les sans-terre, les miséreux, les nomades, les envieux, les arriérés, les victimes. Et s’ils peuvent mentir si effrontément et de façon si grossière en présentant les Palestiniens comme oppresseurs et les Israéliens comme victimes, c’est parce qu’en vérité, leur cri c’est : nous ne sommes pas des victimes – la preuve, nous avons nos victimes.

Le maintien de cette supériorité statutaire au-delà des dispositifs matériels, de la confiscation des terres et de l’eau, des destructions et des arrestations, de tout ce à quoi le sionisme correspond pour les Palestiniens depuis des décennies, est la version psychologique et symbolique (et cependant pas moins politique et concrète) du « mur d’acier » que Jabotinski préconisait dès 1923 – dans un texte édifiant, étonnant de clarté et d’honnêteté quant à la vérité du projet sioniste [2]. On pense bien sûr immédiatement au Mur de séparation érigé par le gouvernement Sharon. Mais cet autre mur diffus et sournois que constituent ce réseau de barrières, ces dispositifs, ce conditionnement, ces autorisations et ces offenses s’est avéré par ses effets encore plus destructeur, et fut tout à fait crucial pour l’établissement et la consistance du projet sioniste. Et comme le Mur matériel, il sert autant à séparer les Palestiniens des Israéliens, que les Palestiniens entre eux.

Près du grand check-point de Qalandiya, on peut trouver parmi les graffitis, les messages de soutien et les grands portraits d’Arafat et Barghouthi qui couvrent le Mur de séparation, le mot somoud inscrit en rouge, en arabe. Une partie du film est consacrée à ce mot. À un moment, l’archevêque de l’église orthodoxe de Jérusalem, après avoir évoqué les provocations, les interdictions, les tentatives de division menées par les Israéliens, leur acharnement à détruire l’identité des Palestiniens et à tout faire pour qu’ils quittent cette terre, déclare en guise de conclusion: « Notre réponse face à tout cela, c’est le somoud ». Ce concept, qui a une importance capitale dans la conscience politique palestinienne, désigne la constance, la résistance au sens de persistance, de volonté indéfectible. Comme l’explique le docteur Jabr, s’il se rapproche de la notion de résilience, il se distingue du sens où celle-ci est parfois employée par son aspect résolument actif, par sa dimension spirituelle et son lien à la communauté – non à une communauté religieuse ou nationale particulière, mais à l’idée de résistance commune et de « faire face ensemble ». Le somoud diffère donc radicalement de toute acception individualiste, dépolitisée et étroitement psychologisante de la « résilience » – notamment de celles qu’affectionne le self-management.

Ce que montre le film, c’est que face aux aspects désintégrateurs de l’humiliation, face à toutes les bombes à fragmentation psychologiques que les Israéliens expérimentent sur les Palestiniens, le somoud apparaît comme le principal remède.

Si l’humiliation et l’offense sont comprises à travers leur pouvoir structurant bien que diffus, avec toute cette force de contrainte, cette capacité à pétrifier, à faire fléchir, à faire renoncer, si la honte qui s’en suit est essentiellement aliénation, abandon de soi et perte de son ancrage, alors le somoud est l’exact contraire de la honte.

À la fin de son article, qui s’intitule Le mur d’acier (Nous et les Arabes), Jabotinski conclut: « Aussi longtemps qu’ils auront le mince espoir qu’ils peuvent se débarrasser de nous, ils ne vendront pas cet espoir, contre aucune sorte de mots doux ou de mets succulents, parce qu’ils ne sont pas des canailles mais une nation, peut-être un peu en loques, mais encore en vie. Un peuple en vie ne fait d’énormes concessions sur des questions aussi décisives que lorsqu’il n’a plus d’espoir. »

Aujourd’hui, la situation des Palestiniens est désastreuse. Une partie des « énormes concessions » a malheureusement eu lieu avec les accords d’Oslo et plus encore avec la politique actuelle d’une « autorité » réduite au rôle de simple sous-traitant d’Israël pour les questions de « sécurité » et de gestion du « problème palestinien » – sans parler de la dépolitisation méthodique et de la mise sous tutelle opérées par les O.N.G. et les « aides » de l’Europe...

Toutefois, près d’un siècle après le texte prospectif de Jabotinski, on peut toujours dire de ce peuple qu’il est « peut-être un peu en loques, mais encore en vie ». Et tant qu’il n’a pas perdu tout espoir, le sionisme n’est pas tranquille. C’est pourquoi, en plus des arrestations et des assassinats en Cisjordanie, en plus des carnages de Gaza, Israël s’emploie quotidiennement et à tous les niveaux à briser la volonté des Palestiniens. Et ceux-ci, loin de se contenter d’une résistance armée, répondent aussi à ces attaques de manière invisible et silencieuse (ou du moins non spectaculaire, qui échappe aux yeux et aux oreilles médiatiques) par des gestes et des plans qui prennent en compte la nécessité de libérer l’esprit et donc le temps, de trouver des interstices d’où les alternatives et l’espoir peuvent émerger.

Le film d’Alexandra Dols montre une part de cette lutte acharnée qui se déroule « derrière les fronts », ce qui ne signifie pas seulement en dehors du combat armé ou des périodes de crises, mais aussi à travers une temporalité qui est le plus souvent occultée parce qu’elle se déploie hors du défilé monotone, blasant, uniforme des informations, hors de la succession désespérante des attaques israéliennes toujours impunies et des répliques palestiniennes suicidaires, de ce que la rhétorique journalistique, dans son acharnement à maintenir le mensonge d’une symétrie, appelait lors de la deuxième intifada « le cycle attentat-représailles ».

Dans cette lutte, la Palestine est certes menacée d’un péril toujours plus grand.

Mais là où croît le péril croît aussi le somoud.

Ali Saber -

11.11.17

- « Derrière les fronts – résistances et résiliences en Palestine » est un film documentaire sur les conséquences invisibles de la colonisation : l’occupation intime, celle de l’espace mental. Espace où l’équilibre, l’estime de soi, le moral et l’âme deviennent des lieux de lutte, de résilience et de résistance.

[1Voir à ce sujet le texte de Giorgio Agamben « Qu’est-ce qu’un peuple ? », dans le recueil « Moyens sans fins ». Un approfondissement de cette idée, que le cadre de cet article ne permet malheureusement pas, pourrait partir de ce texte même s’il n’y est pas (ou peu) question du sionisme explicitement.

[2La Muraille d’acier, Zeev Jabotinsky ;
ZE’EV JABOTINSKY, Writings : on the road to statehood, Jérusalem, Avi Jabotinsky, 1959, pp. 251-260 (en hébreu)

Source: AURDIP (Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine)

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11 novembre 2017

Les tunnels de la liberté

Source: Externe

Le 30 octobre dernier, l'armée sioniste a attaqué un tunnel creusé aux abords de la bande de Gaza par les Brigades d'al-Quds, la branche armée du Mouvement du Jihad islamique en Palestine, et y a injecté du gaz mortel, dans le but de tuer. Ce tunnel, comme tant d'autres conçus par la résistance, était réservé à s'infiltrer à l'intérieur des territoires occupés en 1948, pour kidnapper des sionistes et les échanger contre les prisonniers palestiniens.

Pour la résistance, et notamment pour les Brigades al-Quds, libérer les prisonniers relève du devoir, non seulement à cause des maltraitances et divers actes barbares commis à leur encontre par l'occupant sioniste, mais surtout parce qu'il s'agit de combattants et militants pour la liberté de leur peuple, et hormis la résistance, aucun organisme n'a réussi ou ne réussira, à les libérer.

L'attaque criminelle sioniste a tué 12 combattants, dix du mouvement du Jihad islamique en Palestine et deux du mouvement Hamas. 5 combattants se trouvaient dans le tunnel lorsqu'il fut attaqué et furent asphyxiés par le gaz mortel. Les 7 autres combattants (des deux formations de la résistance), des dirigeants et des combattants, furent asphyxiés par le gaz lorsqu'ils se sont précipités pour sauver leurs frères ensevelis. Les médecins de Gaza ont immédiatement annoncé qu'il s'agit d'un nouveau type de gaz comportant des matières interdites par la « communauté internationale ». Mais personne de cette communauté aveugle ne réagira, car les victimes (ne) sont (que) des combattants palestiniens.

Le lendemain de l'attaque, des centaines de milliers de Palestiniens de Gaza ont participé aux cortèges funèbres des 7 combattants tombés martyrs (les 5 autres étant encore ensevelis) pour saluer la résistance, appuyer ses choix et réclamer une riposte des Brigades d'al-Quds. Par leur participation massive à Gaza et leurs déclarations et manifestations ailleurs, les Palestiniens ont implicitement reconnu le droit de la résistance à riposter, et plus encore, le droit de la résistance à garder ses armes et ses structures, que l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas cherche à la lui ôter. Le référendum pour le maintien des armes de la résistance à Gaza et ailleurs, séparées des structures de l'AP, fut clair. Ce fut une réponse directe à tous les responsables sécuritaires de l'AP qui continuent jusqu'à présent à pérorer que la réconciliation palestinienne dans la bande de Gaza inclut « une seule force sécuritaire », celle de l'AP, celle qui poursuit la « coordination sécuritaire » avec l'occupant.

La réponse de la résistance à l'attaque criminelle, et de la population palestinienne qu'elle représente, s'est également manifestée dans l'affirmation de l'unité de combat entre les frères, entre le Mouvement du Jihad islamique et le Mouvement Hamas, mais aussi entre les autres formations de la résistance, qui continuent jusqu'à présent à refuser le chantage exercé par l'AP, la prise en main des voies de passage vers Gaza contre la remise des armes de la résistance, alors que ce point n'avait pas été envisagé par l'accord entre le Fateh et Hamas au Caire, le mois dernier. L'AP louvoie et refuse de desserrer l'étau contre la population à Gaza, mettant en avant la question sécuritaire qui comprend, d'après sa conception, la fin de la résistance, alors que l'attaque sioniste du tunnel et l'envoi du gaz mortel représentent un acte de guerre évident.

Au moment où les Palestiniens de Gaza enterraient les martyrs, les recherches menées par les organisations locales et la résistance pour retrouver les 5 corps ensevelis des combattants se poursuivaient. N'ayant pu les retrouver, il fut adressé une demande à la Croix Rouge Internationale de le faire, en accord avec les sionistes. Mais l'entité criminelle a refusé, et a essayé d'exercer un chantage contre la résistance, les Brigades d'al-Quds : les corps des combattants contre les prisonniers « israéliens » détenus par le Hamas à Gaza. Mais c'est vraiment mal connaître le mouvement du Jihad Islamique en Palestine, qui a immédiatement annoncé le martyre des 5 combattants, et organisé des cortèges funèbres symboliques, pour mettre fin à toute discussion avec les dirigeants sionistes.

Mais ce sont surtout les familles de ces 5 martyrs qui ont empêché toute discussion. Leur abnégation et leur courage, leur fidélité à la résistance et leur affirmation qu'ils sont prêts à s'enrôler eux-mêmes dans la résistance, et à donner leurs autres enfants, ont coupé court à tout marchandage. Elles ont immédiatement compris la bassesse des sionistes, ce qui signifie que les prisonniers « israéliens » entre les mains de la résistance ne feront pas partie de ce « dossier », qui est celui du Mouvement du Jihad islamique, avant tout, qui s'apprête non à riposter à l'attaque criminelle, mais aussi à reprendre les corps de ses martyrs, que les « Israéliens » se sont dépêchés de retirer, et de confisquer, comme des centaines d'autres. Les dirigeants sionistes se leurrent s'ils pensent que le Mouvement du Jihad islamique entreprendra des négociations pour récupérer ses martyrs, ou qu'il marchandera. Daoud Shihab, porte-parole du mouvement, a affirmé clairement que les Brigades al-Quds sauront reprendre les corps des martyrs, à leur manière, tout en décrivant l'acte sioniste de criminel et inhumain.

 

Dans un message d'adieu aux 12 martyrs tombés à la fin d'octobre, « aux familles aux frères et au peuple des martyrs et à la nation des martyrs », l'adjoint du secrétaire général du Mouvement du Jihad islamique, M. Ziyad Nakhalé a prononcé ces paroles émouvantes, comprises par le « peuple des martyrs » : « Ces nobles martyrs qui ont sacrifié leur temps et leur vie à Dieu et dans le chemin de Dieu, sous la bannière portée par des générations, qui ne tombera pas avec un départ et qui passe d'une main à l'autre et d'une génération à l'autre, ces hommes qui ont porté notre bannière, leur présence n'est pas achevée et leur source n'est pas tarie. Ils sont morts pour que notre avenir soit meilleur et notre aube plus éclatante. Ôtons la tristesse de nos cœurs, car nous attendent d'autres tâches et d'autres devoirs, que nous devons exécuter et que nous exécuterons, par la permission de Dieu. Nous ne parlons pas de riposte, seulement, mais de la poursuite sur la voie des martyrs, la poursuite du message des martyrs. Nos cœurs ne connaissent pas la faiblesse, nous portons la bannière et nous avançons, nous protégeons le dépôt de la patrie et nous n'hésiterons pas, notre épée ne sera pas abaissée, et la vie présente ne nous empêchera pas de réclamer la vie future. La force des ennemis, leur cruauté et leur injustice ne nous fait pas peur, et notre ennemi ne pourra pas nous dicter d'accepter les miettes. Il est l'ennemi qui veut notre défaite, ne lui facilitez pas le chemin en votre direction. »

Les dirigeants de l'armée sioniste et de l'entité plus généralement, attendent depuis ce jour, la riposte annoncée. Ils sont sur le qui-vive, les sirènes ont plusieurs fois alerté les colons, même à Tel Aviv, semble-t-il par erreur, mais le fait est là : ils savent que le Mouvement du Jihad islamique prépare une attaque, et elle interviendra le jour et au lieu où ils s'y attendront le moins. Pour le mouvement, ce n'est pas uniquement une question de riposte, mais de devoir à accomplir dans la voie de la libération de la Palestine.

Fadwa Nassar -

11.11.17

(Source ISM - France)

 

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09 novembre 2017

Légaliser l’annexion de Jérusalem

Source: Externe

Fin octobre, le Comité ministériel israélien de législation devait voter le projet de loi « Grand Jérusalem ». S’il avait été adopté, il aurait été présenté devant la Knesset pour plusieurs lectures, avant un vote sur l’opportunité de légiférer ou non. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou avait précédemment déclaré qu’il l’appuierait, lui donnant une force politique et un soutien importants. Le vote vient d’être reporté suite à des demandes d’éclaircissements sur divers aspects par l’administration états-unienne.

Le projet de loi, tel que le suggère son titre, étendrait les limites municipales de Jérusalem pour inclure quatre grandes colonies illégales et beaucoup d’autres plus petites sous la juridiction municipale de Jérusalem. Les colonies, Ma’ale Adumim, Givat Ze’ev, Betar Illit et Efrat, font partie du bloc de colonies Gush Etzion, qui s’étend de Jérusalem à Hébron. Bien que les législateurs prétendent que cette zone ne sera pas sous pleine souveraineté israélienne, la démarche équivaudrait certainement à une annexion de facto.

Cela fait partie intégrante d’une stratégie de « faits accomplis » qu’Israël poursuit depuis 1967, lorsqu’il a occupé  la CisjordanieGaza et les hauteurs du Golan, annexant Jérusalem-Est et déclarant Jérusalem toute entière comme la capitale d’Israël.

La construction de colonies israéliennes dans les territoires occupés en 1967 est illégale en vertu du droit international, qui interdit le transfert de la population de l’occupant dans les territoires acquis en temps de guerre ou de conflit. Cependant, à ce jour, aucun gouvernement israélien n’a cessé son expansion en Cisjordanie et la population de colons illégaux dépasse aujourd’hui le demi-million.

L'annexion de Jérusalem-Est est également reconnue sans équivoque comme illégale. Dans le cadre de deux États, Jérusalem-Est constituerait la capitale d'un État palestinien et sa colonisation est continuellement condamnée par une grande partie de la communauté internationale. Pourtant, cela a eu peu d'effet et aujourd'hui plus de 200.000 colons israéliens vivent à Jérusalem-Est, les démolitions de maisons palestiniennes et l'appropriation de la terre palestinienne étant des événements quotidiens.

Les partisans du projet de loi sont motivés par l'obsession israélienne de la démographie. Leur idée est de s'assurer que les Israéliens juifs maintiennent une majorité dominante dans chaque partie de la Palestine historique.

À Jérusalem, cette approche est spécifiquement utilisée pour contrer le discours international selon lequel la ville appartient à la fois aux Palestiniens et aux Israéliens et pour affirmer que Jérusalem est la « capitale indivisible du peuple juif ». Le ministre israélien des Transports et du Renseignement, Israël Katz, qui s’est fortement impliqué dans la promotion du projet de loi, a déclaré qu'il s'agissait d'une initiative visant à « assurer une majorité juive » dans la ville.

En effet, le projet de loi exclurait également les quartiers palestiniens de Kufr Aqab, les camps de réfugiés de Shuafat et d’Anata qui existent actuellement au-delà du mur de séparation. Les placer sous une sous-municipalité les retirerait du recensement et réduirait statistiquement de 100.000 la population palestinienne du « Grand Jérusalem ».

 

Au-delà de la manipulation, ce projet de loi ferait indiquerait clairement, encore une fois, que le droit international ne s’applique pas à Israël.

Pour les Palestiniens, il s'agit simplement d'une continuation de leur réalité vécue d'un projet colonial de peuplement accéléré. Les Palestiniens de Jérusalem-Est sont déjà soumis à un régime oppressif dans lequel ils sont considérés comme des résidents permanents mais non comme des citoyens.

Leur statut de résidents dépend de leur capacité à prouver que leur centre de vie est à Jérusalem. Cela signifie qu'ils courent le risque constant de voir leur permis de résidence révoqué, sans parler du refus de citoyenneté et donc de tous les droits. Les répercussions potentielles pour les habitants des quartiers palestiniens qui seront déclassés en sous-municipalités ne sont pas claires, mais si le projet de loi venait à être adopté, la situation s'aggraverait indubitablement. 

Il n'est pas surprenant qu'Israël tente d'annexer davantage de terres en Cisjordanie. Ce qui est peut-être surprenant, cependant, c'est la demande constante de la communauté internationale que les Palestiniens fassent confiance au droit international, à ses institutions et à ses processus. Israël bafoue continuellement le droit international sans répercussions ni sanctions. En effet, le mot « sanctions » est-il à peine murmuré dans les cercles diplomatiques et politiques que des accusations de partialité envers Israël sont portées (1).

La question pour les Palestiniens demeure donc : c’est où, trop loin ? La Cisjordanie est sous occupation brutale depuis plus de 50 ans, Jérusalem-Est et les hauteurs du Golan sont annexés depuis aussi longtemps, Gaza a placée sous un siège paralysant depuis plus de 10 ans, alors que les réfugiés sont en exil depuis près de sept décennies et les citoyens palestiniens d'Israël continuent d'être soumis à une oppression systématique. Pour les Palestiniens, c’est « trop loin » depuis longtemps ; il est temps que la communauté internationale rattrape la distance. 


(1) quand ce ne sont pas des accusations d’antisémitisme forcené (ndt)

[Yara Hawari est chargé de de la politique palestinienne à Al-Shabaka, le Réseau politique palestinien.]

Source : Al Jazeera

Traduction : MR pour ISM

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08 novembre 2017

L’indomptable ténacité du peuple palestinien

Source: Externe

 

Comment la société palestinienne réagit elle à l’arbitraire et aux manœuvres brutales et insidieuses d’un envahisseur raciste qui bénéficie du soutien inconditionnel des Occidentaux ? L’oppression coloniale au quotidien est la condition endurée par le peuple palestinien sous la botte de l’armée d’occupation israélienne. Cette insupportable réalité, vieille de plusieurs dizaines d’années, est systématiquement ignorée par les médias dominants. Le quotidien des palestiniens est fait de brimades, d’humiliations et de violences dans un silence complice que peu de voix parviennent à briser. Mais ceux qui escomptent la reddition et la fin de la résistance du peuple palestinien font fausse route. Face à l’injustice s’exprime la volonté indomptable d’affirmer son existence et son droit à la dignité d’un peuple prisonnier dans son propre territoire.

Ce sont ces dimensions sociales et politiques, d’impacts psychologiques de l’oppression et de luttes qu’a choisi de montrer Alexandra Dols dans un film remarquable de maitrise et de sensibilité. Le titre « Derrière les fronts » joue sur l’ambiguïté entre les deux sens, anatomique et guerrier, d’un mot éclairé par un sous-titre explicite « Résistances et résiliences en Palestine ».

Par ses qualités cinématographiques, le film d’Alexandra Dols est de ces points de vue une œuvre d’art didactique. La réalisatrice parvient à montrer très concrètement que la colonisation de peuplement ne consiste pas seulement dans l’éviction, le nettoyage ethnique, des populations autochtones ni dans le vol de leur terre et de leurs propriétés. L’expansion spoliatrice est une entreprise de guerre psychologique permanente contre ceux dont la légitimité de la présence est incontestable et que le mouvement sioniste voudrait voir disparaitre de la surface de la terre.

Prison mentale

L’omniprésence d’une armée d’occupation brutale et arrogante, de colons ultra-violents et d’une situation de coercition perverse affecte bien entendu le psychisme de nombreux palestiniens que personne ne protège vraiment. D’autant que l’occupant mène une politique de nettoyage mémoriel et d’effacement de l’identité nationale palestinienne entre mépris pour le plus grand nombre et récupération conditionnelle pour les rares supplétifs que le sionisme considère comme acceptables pour une cohabitation racialement hiérarchisée.

Evitant tout pathos et la tentation d’une démarche fondée sur une psychopathologie de la vie quotidienne, Alexandra Dols a choisi une approche toute en délicatesse construite autour de la personnalité d’une psychiatre palestinienne, la docteure Samah Jabr, qui est la chroniqueuse d’un road-movie de Ramallah à Jérusalem en passant par les ruines du village martyr de Deir-Yassine. Ce voyage est l’occasion de rencontres passionnantes avec des personnalités palestiniennes, de tous horizons et de toutes confessions. Très différents les uns des autres, ils racontent tous une histoire commune ou l’envahisseur israélien est avant tout préoccupé de diviser et d’émietter la société en tentant de briser les volontés pour aboutir à l’effacement de la conscience nationale palestinienne. Ces témoignages vivants jalonnent le film et éclairent sous des angles différents le drame mais aussi la capacité de résistance d’un peuple confronté à la dernière colonisation de peuplement de l’histoire de l’Occident.

Le voyage en Palestine occupée est une aventure éprouvante, rythmée par les barrages filtrants (les fameux « check-points ») de l’armée coloniale. Le barrage, point de contact, lourd de significations, entre occupants et occupés, est l’inacceptable expression d’une domination brutale et méprisante. Les palestiniens sont soumis aux lubies d’une soldatesque aussi indigne qu’omnipotente et sont ainsi entravés dans leurs mouvements de la manière la plus humiliante qui soit.

« Les portes de la liberté sont ouvertes par des mains blessées » - Docteur Samah Jabr

La caméra capte très efficacement et sans artifice la nature de l’espace muré, clos : les territoires occupés par l’armée coloniale sont objectivement une prison à ciel ouvert, un bantoustan carcéral. Mais ce que parvient à introduire Alexandra Dols est que cette geôle est selon les termes même du docteur Jabr tout autant une « prison mentale ». Rejoignant en cela les observations de Frantz Fanon, la psychiatre palestinienne analyse l’impact déstabilisant de la torture institutionnelle qui est le déni permanent du droit et un discours visant en permanence à dégrader, en interrogeant son humanité, l’image du peuple palestinien.

Soumises à une pression permanente qui ambitionne de détruire la personnalité nationale dans ses fondements moraux et culturels, les populations bien que très affectées sont loin de se rendre et d’abdiquer leurs droits à l’indépendance et à la dignité. Même si l’occupation coloniale appuyée financièrement par les occidentaux a réussi à embrigader une partie des élites palestiniennes enrichies par la collaboration, la résistance populaire, politique et mentale, derrière les fronts, demeure intacte. Le regard croisé de la cinéaste et de la psychiatre conjugués aux témoignages d’acteurs d’une lutte palestinienne multiforme, confèrent à ce film une profondeur positive originale et particulièrement intéressante. Sans effets ni discours, Alexandra Dols montre avec talent le courage d’un peuple et la puissance positive qu’il exprime.

 

"DERRIÈRE LES FRONTS"
RÉSISTANCES ET RÉSILIENCES EN PALESTINE

UN FILM D’ALEXANDRA DOLS AVEC LE DOCTEUR SAMAH JABR

* Sortie en France le 8 novembre 2017

Omar Benderra, Algeria-Watch, 20 octobre 2017

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