Les Palestiniens de '48: bataille de la détermination, de l’identité & du rôle national

Le village de Al-Araqeeb résume peut-être l’histoire de l’obstination israélienne à déraciner le peuple palestinien, et celle de l’obstination palestinienne à rester enraciné dans son pays et sa détermination à résister à l’occupation. 140 fois les Israéliens ont détruit le village situé dans la région du Nakab (Néguev), et 140 fois les Palestiniens l’ont reconstruit
Il y a 70 ans, pendant la guerre de 1948, les sionistes ont occupé 77% de la Palestine, détruit au moins 413 villes et villages palestiniens (estimés à 530 par Salman Abu Sitta), déplacé environ 800.000 Palestiniens, de sorte qu'il ne restait plus que 156.000 personnes dans le territoire occupé en 1948 (officiellement appelé Israël).
Ils se sont retrouvés minorité vulnérable dans leur propre pays. Pendant 18 ans, ils ont été soumis à un régime militaire et à des lois d'exception. Leurs terres ont été confisquées, et seules 4% sont restées entre les mains des Palestiniens de '48.
Jusqu'à présent, ils ont conservé leur niveau démographique de 17%, soit environ 1,5 million (hors Palestiniens de Jérusalem-Est), ceci en dépit du fait que le projet sioniste a fait venir environ 3,26 millions de Juifs au cours des 70 dernières années (1948-2018), mais la croissance naturelle des Palestiniens de 1948 a permis de maintenir ce pourcentage.
Les Palestiniens de 1948 ont remporté leur bataille de la fermeté sur leur territoire, sans se laisser décourager par les mesures israéliennes qui les traitaient comme des «étrangers» sur leur propre terre et en tant que nationaux, tout en accordant aux juifs un traitement préférentiel et de nombreux avantages.
Les mesures de répression israéliennes touchent le logement, l’habitat, la construction des Palestiniens ainsi que leur utilisation des services, les moyens d'exprimer leur identité culturelle et leur affiliation palestinienne, arabe et islamique.
Quant aux villes et villages arabes, ils ont été confinés dans des zones restreintes et aucun nouveau village ou camp ne fut autorisé, alors que plus de 700 villes, cités et colonies israéliennes ont été construites dans les territoires de 1948.
En contrepartie, il y a toujours 46 villages arabes dans le Nakab, peuplés de 137.000 Palestiniens, que l'occupation israélienne juge «non reconnus», ce qui signifie qu'ils sont privés des services de base et que toute construction y est interdite ou menacée d’évacuation. Par exemple, et en plus de démolir al-Araqeeb, les Israéliens ont détruit les villages de Jaraba, Abdeh, Abou Al-Salb, Abou Talul et Qarnub.
Les Palestiniens de '48 ont donc été contraints de construire sans permis, et selon les estimations, 50 à 80.000 maisons sont dans ce cas et risquent d’être démolies; cela représente un foyer palestinien sur sept (le Nakab inclus).
Au cours des dernières années, les stratégies israéliennes systématiques de pérennisation de la fausse identité de la terre et du peuple sont devenues de plus en plus racistes et de droite. C’est apparu de manière flagrante lorsque la Knesset a adopté la loi sur l'État-nation juif à l'été 2018, qui affirme: Israël est l'État-nation du «peuple juif» et le peuple juif exerce le droit à l'autodétermination dans l'État d'Israël, le développement de la colonisation juive est une «valeur nationale» et le gouvernement agira pour encourager et promouvoir sa création et la renforcer.
En revanche, il a dégradé l’arabe du statut de langue officielle à langue au statut spécial et flou, augmentant les risques et les défis auxquels sont confrontés les Palestiniens de 1948.

La bataille de l’identité
En pleine occupation, le gouvernement israélien cherche à perpétuer une identité juive en costume «laïc» et un racisme sioniste en costume «démocratique». Il essaie de fragmenter la société palestinienne en identités confessionnelles ou sociales, en séparant les Druzes des autres, en préférant les musulmans aux chrétiens, et il en va de même pour les bédouins.
Il a réussi parmi les druzes (environ 140.000), de sorte que la grande majorité de leurs électeurs votent pour les partis israéliens et que la majorité de leurs jeunes s'enrôlent dans l'armée israélienne.
Cependant, une majorité arabe croissante ressent fortement son identité palestinienne et ses affiliations arabe et islamique et a réussi à contrecarrer les tentatives israéliennes de fragmentation. Ils croient au récit palestinien plutôt qu’au récit israélien et sioniste. C’est ce qui s’est produit avec force dans les années 50 avec la création de Harakat Abnaa Al-Balad (Mouvement des fils du pays), et qui se poursuit avec les mouvements islamiques, nationalistes et nationaux.
Cependant, l'expression de cette identité s’est heurtée à certaines difficultés, notamment dans la manière de combiner la notion d'appartenance à des institutions nationales palestiniennes avec la détention d’un passeport ou de la «nationalité» israéliens et de vivre sa vie sous l’épée de Damoclès de la «loi» israélienne.
Comment gérer la dichotomie entre le besoin de satisfaire les besoins de la vie tels que le logement, le travail, les études, la santé et d'autres activités de la vie quotidienne… et le désengagement du projet sioniste et de ses outils de domination? Comment combiner la nécessité d’exprimer les positions et les revendications politiques des Palestiniens de '48 sans tomber dans la «légitimation» du système politique israélien, sous le couvert de celui-ci, et en le décorant d’un décor «démocratique» qui promouvrait son projet agressif de colonisation et de déplacement?
Le rôle national
Sur la base de ce qui précède, les Palestiniens de 1948 ont exprimé leur rôle national sous de nombreuses formes. La plupart des mouvements ont confirmé leur appartenance au peuple palestinien, soutiennent le Projet national palestinien, estiment que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) est la tutelle unissant tous les Palestiniens et soutiennent la résistance palestinienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza et la fondation d’un État palestinien.
Ils ont également participé au soutien d'activités culturelles et patrimoniales préservant l'identité palestinienne et ont collaboré avec les municipalités pour servir le peuple palestinien.
Ils ont cependant divergé dans leur participation à la vie politique israélienne; certains des grands mouvements y ont participé pour protéger et servir la «minorité» arabe en utilisant ce que le système politique propose, et parfois en essayant davantage.
Ces mouvements prônaient des slogans d'égalité complète et d'«un État pour tous ses citoyens»… et autres, alors qu'un courant important, dirigé par le Mouvement islamique (au nord de la Palestine), a préféré boycotter les élections à la Knesset, tout en restant actif dans d'autres domaines. Ainsi, il a joué un rôle remarquable dans les services municipaux, en préservant l'identité nationale et la da'wah islamique.
L'une de ses réalisations les plus remarquables a été la préservation de Jérusalem et des lieux saints, où ses membres et leurs frères du Mouvement islamique (au sud) ont joué un rôle majeur dans l’attention et la maintenance de la mosquée Al-Aqsa, étroitement unis pour la protéger (murabatah) et organisant des convois pour y emmener les fidèles.
Ils ont également lutté pour préserver les autres lieux saints en Palestine et ont cherché à récupérer les dotations islamiques et à entretenir les mosquées, les cimetières et autres.
Les Palestiniens de '48 ont également participé aux actions liées à l'Intifada. Ils ont organisé la Journée de la terre le 30 mars 1976 et ont joué un rôle majeur au début de l'Intifada Al-Aqsa, fin septembre 2000, ainsi que lors de l'Intifada de Jérusalem de 2015-2017.
Cependant, le mouvement, en général, a préféré ne pas participer à des affrontements armés avec les Israéliens, en raison de la situation particulière des Palestiniens de 1948. Ils ont joué un rôle majeur - «comme un poumon» - pour leurs frères de la bande de Gaza et de Cisjordanie, offrant soutien, soins, services sociaux et humanitaires, ainsi qu'un soutien politique et médiatique.
Cela n’a pas empêché de nombreux jeunes Palestiniens de 1948 de prendre des initiatives dans le cadre du travail de résistance et du soutien logistique à la résistance armée. L'un des exemples récents est celui des Trois «Jabarin», une opération de résistance exécutée à la mosquée Al-Aqsa, à l'été 2017.
Elections
Les élections israéliennes auront lieu en avril, dans une atmosphère où le projet sioniste est de plus en plus raciste et extrémiste. Au cours des dernières années, la Knesset a adopté de nombreuses lois et mesures racistes, jusqu’à la dernière, la loi relative à l'État-nation juif. En conséquence, les espoirs de nombreux Palestiniens de 1948 ont été anéantis, car ils espéraient que leur participation politique donnerait des résultats à la hauteur du prix payé.
Lors des dernières élections, la liste commune arabe-palestinienne a remporté 13 sièges, ce qui fut considéré comme un grand succès pour l'unification du travail politique des Palestiniens de 1948. De nombreuses personnalités politiquement compétentes ont émergé, mais elles n’ont pu échapper aux poursuites et au harcèlement des Israéliens, au milieu de tentatives d’isolement et de falsification.
Aux prochaines élections, deux listes arabes rejoignent la compétition et devraient remporter collectivement 12 sièges, car beaucoup de Palestiniens de '48 vont boycotter les élections. S’ils participaient, le nombre de sièges devrait passer à environ 20, augmentation qui n’affectera pas le système politique israélien, où la Knesset compte 120 sièges, argument qui fait toujours l’objet d’un débat parmi les Palestiniens.
En général, et à la lumière de l'expérience historique, du prix politique et de la montée de l'extrémisme religieux et raciste dans la société israélienne, la grande majorité voit d’un mauvais œil le fait de se servir de la Knesset comme d’un levier politique.
Mohsen M. Saleh -
21.03.19
Source: ISM
«Marche du retour» à Gaza: portraits d’une jeunesse éprise de liberté
Mohammed Zaanoun a photographié la jeunesse gazaouie, lors des «marches» du vendredi, débutées le 30 mars 2018
Qu’est-ce qui motive les Gazaouis à poursuivre la «marche du grand retour»? Voilà la question que s’est posée le photographe palestinien Mohammed Zaanoun, en janvier dernier, 9 mois après qu’ont débuté les premières manifestations à la frontière avec Israël.
Des protestations «non armées, lancées par la société civile et des militants, et non par des partis politiques», insiste-t-il, dont le but n’a pas changé. Les manifestants «demandent le droit au retour des réfugiés palestiniens, qui constituent la majorité de la population de la bande de Gaza, et la fin du siège imposé par Israël et l’Egypte autour de Gaza depuis plus d’une décennie», précise-t-il.
Des revendications banales mais pulsionnelles, instinctives, nées de la trop grande indifférence, ou du puissant mépris, dont sont victimes les Gazaouis.
Armé d’un simple appareil et de son désir de «documenter la marche du retour », Mohammed Zaanoun a saisi dès le premier jour les manifestants sur leur lieu de révolte. Avant de les retrouver, quelque temps après, pour leur demander de partager leur histoire et leurs espoirs.
Il en résulte des portraits puissants, pris sur le vif, qui laissent deviner les stigmates d’affrontements récents – la fumée noire et épaisse, tout comme les drapeaux palestiniens, aide les visages, qu’ils soient en proie au doute ou à la détermination, à se détacher au premier plan.
Le photographe a voulu renseigner l’humanité et la soif de liberté de ces jeunes hommes et de ces jeunes femmes, confrontés à la profonde irrationalité de la haine de l’humain envers l’humain, parfaitement matérialisée aujourd’hui par le conflit israélo-palestinien.

Husam, 25 ans, Khan Younès
«Vendredi dernier, le drapeau palestinien peint sur mon visage, j’ai été blessé par une cartouche de gaz tirée directement dans mon dos, avant d’être transféré à l’hôpital.
Je suis maintenant sous traitement à domicile. Mais j’aimerais bien être rétabli pour participer à la marche de vendredi prochain. Malgré les meurtres et les blessures, j’ai tout de même envie d’y aller. Je pense que je continuerai, même si cela doit durer 9 ans et non 9 mois.
L’une des choses les plus difficiles que j’ai vues, l’un des vendredis où environ 60 personnes sont mortes, c’est quand les soldats israéliens ont tué des jeunes au hasard. Ils visaient leur tête et leurs jambes. C’était une journée horrible. J’avais l’impression d’être dans un cauchemar.
Je n’ai pas réussi à sauver l’un de mes camarades, qui saignait au sol après avoir été blessé par un tireur d’élite israélien, et qui en est mort. Je ne comprends pas comment l’on peut tuer des gens désarmés.
Après 9 mois, le monde ne bouge toujours pas. Pourtant, nous avons besoin qu’il nous soutienne sincèrement et mette un terme au massacre des jeunes désarmés par les forces d’occupation».

Ahmad, 24 ans, Gaza
«Je suis une jeune personne en quête de stabilité, dont la colonisation israélienne a tué tous les rêves et toutes les ambitions. Car c’est une occupation de l’esprit.
Le plus difficile, dans ma vie, c’est de trouver un travail ou une quelconque opportunité.
Nous participons aux manifestations parce que c’est notre terre et ce sont nos droits.
Malgré les séries de meurtres continuels, nous progressons par notre résistance et notre engagement à poursuivre la lutte populaire pacifique.
Beaucoup de mes amis ont été martyrisés, mais je continuerai sur la voie qu’ils ont tracée, quand bien même tout est différent, ici, à Gaza».

Mohammed, 20 ans, Al-Shuja’iyya
«Je viens d’une famille pauvre et n’ai pas reçu d’éducation particulière, parce que mon père n’a pas eu les moyens de payer mes études.
Je me joins aux manifestations chaque semaine parce que je crois que nous avons le droit de retourner dans les maisons d’où nous avons été transférés. Certes je n’étais pas vivant lorsque mes grands-parents ont été déplacés par l’armée israélienne. Mais aujourd’hui, j’estime avoir le droit de retourner chez mes grands-parents.
Il n’y a pas d’avenir pour les jeunes à Gaza.
Le plus dur c’est de se souvenir de nos amis qui ont participé à la Marche du retour et sont morts après que des tireurs d’élite leur ont tiré dessus.
Nous nous remémorons généralement leurs dernières paroles et cela nous pousse à continuer d’avancer. J’ai été blessé deux fois et malgré tout, j’ai recouvré mes forces et suis revenu dans la Marche.
Nous ne demandons rien d’autre au monde que de regarder à quel point nous pouvons changer la réalité par nos mains. Nous avons besoin de liberté et de stabilité, voulons une patrie sans occupation.
Nous cherchons l’espoir et prouverons au monde que nous sommes capables de traverser les frontières et briser toutes les chaînes».

Asmaa’, 23 ans, Gaza
«Nous, les femmes, faisons une différence dans l’histoire de la confrontation à l’occupation. Nous nous assurons d’être toujours là parce que nous faisons partie de ce combat.
Oui, les femmes, de nos jours, ont un rôle à jouer en politique et dans la lutte: femmes et hommes sont côte à côte et il n’y a pas de différence dans la façon dont nous affrontons les soldats.
J’ai obtenu le soutien de ma famille, de mes frères et de mes amis, pour participer à la manifestation. Aucun homme ne s’est élevé contre cela. Au contraire, ils nous soutiennent.
Au cours des 9 derniers mois de la Marche du retour, nous avons été témoins de choses difficiles et avons perdu des amis.
Aujourd’hui, je n’ai pas atteint le but que je m’étais fixée, en raison des souffrances que nous vivons à Gaza. Je souhaitais un monde plus juste, non pas un monde qui nous ignore.
A la place de condamner sans arrêt les tueries de masse, il doit assumer ses responsabilités envers les Palestiniens et Gaza. J’espère avec impatience une société de liberté et de culture, où les femmes sont les égales des hommes, comme dans cette Marche du retour».

Aya, 21 ans, Gaza
«Je participe à la marche de Gaza car c’est un devoir de revendiquer nos droits, en tant que peuple palestinien, malgré tous les morts et les blessés. C’est la Marche d’une nation.
En tant que femmes, nous participons à la protestation et sommes en réalité en train de bâtir une parfaite société. Nous pouvons donner notre opinion et faisons partie intégrante de la sphère politique. Nous avons reçu le soutien moral et physique de nos famille et amis pour continuer notre marche.
Nous remplissons notre devoir tout comme les hommes – et peut-être plus encore.
Je demande à Avichay Adraee [porte-parole de l’armée israélienne qui avait conseillé aux Palestiniennes, sur Twitter, de rester à la maison, ndlr] de s’assoir à côté de sa femme au lieu de répandre un discours idiot.
J’ai été témoin de tant de scènes de meurtres d’enfants et de ciblages de femmes, de personnels médicaux et de journalistes. Ma sœur aînée a été grièvement blessée, mais grâce à Dieu, elle a survécu et est retournée dans les rangs de la manifestation.
Après tout ce temps, la Marche du retour continue; elle ne s’arrêtera pas. Je souhaite que le monde mette fin à l’oppression de l’occupation et au meurtre de personnes innocentes et non armées.
Aujourd’hui, je souhaiterais vivre dans une société, comme toute autre société arabe ou occidentale, où il n’y a pas de guerres ou de meurtres, mais seulement justice, égalité, amour et paix.
J’ai l’impression de chercher un avenir dans l’obscurité».
La Rédaction de Le Monde Arabe -
29.03.19
Source: Le Monde Arabe
Vers une nouvelle donne au Proche Orient

Après 7 ans, le conflit syrien a connu en 2018 une issue qui traduit l’établissement d’un nouveau rapport de force au Proche et Moyen Orient. Face à la montée en puissance de la Russie, les Occidentaux, en raison de leurs propres contradictions, ne paraissent plus capables d’imposer leur diktat sur la région. Malgré le soutien redoublé des Américains, l’entité sioniste se retrouve alors prise en étau entre les forces armées du Hezbollah et de l’Iran et la résistance palestinienne. Cette nouvelle donne pourrait être favorable à la lutte nationale palestinienne
Un nouveau rapport de force établi au Proche et Moyen Orient
Alors que le conflit qui oppose au Yémen les forces houtis à l’Arabie saoudite à la tête d’une coalition internationale se poursuit, la Russie intervient également sur ce terrain pour proposer, via l’ONU, un règlement entre les belligérants, ce qui équivaudrait finalement à une défaite de l’Arabie saoudite. En 2018, le camp saoudien a continué à perdre de l’influence et le soutien américain s’est fait plus critique suite au meurtre du journaliste Jamal Kashogi en Turquie en octobre 2018 et à certaines révélations concernant des armes américaines vendues à l’Arabie saoudite, retrouvées aux mains des forces houtis.
L’influence majeure de la Russie se traduit également par une volonté de contrecarrer la stratégie américaine vis-à-vis des Palestiniens. Un récent sommet organisé à Moscou a en effet rassemblé toutes les factions palestiniennes, qui, sans arriver à un accord complet, ont exprimé une position commune rejetant le «Deal du siècle». Ce projet, proposé par les Américains pour «régler le conflit en Palestine», semble aujourd’hui au point mort.
La victoire qu’on peut considérer comme définitive de l’axe Syrie-Russie-Iran-Hezbollah en Syrie, marque durablement un nouveau rapport de force dans la région. Début 2019, la quasi-totalité du territoire syrien est repassé sous contrôle des forces gouvernementales syriennes. Outre le renforcement du rôle déterminant du Hezbollah comme force de dissuasion face à l’entité sioniste, et de l’Iran comme puissance régionale, cette victoire impose la Russie comme un intervenant incontournable dans la géopolitique de cette région.
Prenant en compte ce nouveau rapport de force, la Turquie essaie de profiter de la situation et de renforcer ses alliances avec la Russie. Elle instrumentalise la politique internationale pour détourner l’attention des Turcs des problèmes économiques auxquels ils doivent faire face, et affiche un positionnement plus anti-occidental qu’auparavant, illustré, notamment, par sa prise de position vis-à-vis des ingérences impérialistes au Venezuela.
L’influence occidentale affaiblie par des contradictions
Le retrait des forces américaines de Syrie initié début 2019 laissent les forces kurdes seules face à la Turquie farouchement opposée à leur projet d’indépendance. Très actives pour combattre Daesh et l’Etat islamique, les Kurdes avaient parié sur le soutien occidental. Ils n’ont alors pas d’autre choix qu’un rapprochement avec les forces syriennes gouvernementales, ce qui éloigne la perspective d’un éclatement territorial de la Syrie, souhaité par les Occidentaux.
Alors que la victoire en Syrie et la défaite de l’Arabie saoudite au Yémen renforce le leadership régional de l’Iran, les USA redirigent leur pression vers la République islamique avec leur retrait de l’accord sur le nucléaire et la réactivation du blocus économique au cours de 2018. Un conflit ouvert avec l’Iran paraissant peu probable, l’objectif principal est d’affaiblir économiquement le pays en espérant une déstabilisation politique et des mouvements de révolte en interne pouvant conduire à un renversement du régime. Pour l’instant, l’Iran n’a pas répondu aux attaques militaires israéliennes contre ses forces positionnées en Syrie et elle met en place des dispositifs monétaires pour contourner l’embargo en nouant des alliances commerciales avec la Russie et la Chine.
Par ailleurs les contradictions entre pays capitalistes depuis l’élection de Trump sont un élément supplémentaire à prendre en compte. En effet lors d’un récent sommet à Varsovie, les USA ont tenté de constituer un front anti-iranien uni rassemblant plus de 60 pays. Or les Européens, qui veulent défendre leurs propres intérêts économiques, en recherchant des moyens pour contourner l’embargo et échapper aux sanctions, n’ont pas participé à ce sommet, affaiblissant de fait la stratégie américaine contre l’Iran.
Enfin, même si la Jordanie n’est pas une puissance régionale, les contradictions qui la traversent sont à prendre en compte. Elle doit composer entre, d’une part, une alliance historique avec Israël et les Américains et, d’autre part, une population composée à 60% de Palestiniens et son rôle de garant des lieux saints musulmans d’al-Quds. Pendant la guerre en Syrie, son territoire a servi de base occidentale, ce qui l’a conduit à interrompre ses échanges avec ce pays alors que c’était son principal partenaire économique. Depuis, elle subit une grave crise économique et a connu en juin 2018 une mobilisation sociale inédite. Afin d’éviter toute déstabilisation défavorable aux pays du Golfe et à Israël, les Pétromonarchies sont venues à sa rescousse financière. Les Américains voulaient lui faire jouer un rôle majeur dans le «Deal du siècle», en lui rattachant une grande partie de la Cisjordanie et annulant le droit au retour des réfugiés palestiniens et la souveraineté arabe sur al-Quds. Mais la Jordanie s’y est jusqu’alors clairement opposée.

L’entité sioniste fragilisée malgré le soutien américain renforcé
En dépit des décisions américaines en sa faveur, l’entité sioniste se trouve fragilisée par ce nouveau rapport de force. En 2018, les Américains ont transféré le 14 mai leur ambassade à al-Quds, reconnaissant de facto la ville comme capitale d’Israël. Poursuivant les négociations pour conclure le «Deal du siècle», ils ont aussi cessé de financer l’UNRWA (l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens), mettant en péril l’aide internationale aux réfugiés et de ce fait la matérialisation de la reconnaissance internationale du Droit au Retour.
L’entité a, quant à elle, poursuivi son activité de normalisation avec les Etats arabes (sous la houlette de l’Arabie saoudite) et avec les Etats africains auprès desquels elle cherche un soutien à l’ONU. Mais la victoire en Syrie de l’axe Syrie-Iran-Russie-Hezbollah a renforcé la résistance armée à ses frontières et le retrait des américains de Syrie a laissé l’entité sioniste seule face à ses ennemis. Les attaques répétées qu’elle mène contre les forces syriennes et iraniennes basées au sud de la Syrie ont pour l’instant uniquement conduit à un renforcement des moyens militaires de défense syrienne par les Russes. Cette activité belligérante de faible intensité apparait d’ailleurs plus à destination de son opinion interne car l’entité n’apparait pas de taille, sur le plan militaire, à affronter l’Iran.
En interne, la persistance et l’efficacité de la résistance palestinienne a conduit à une crise politique majeure suite à la démission de Lieberman en décembre 2018, et la nécessité de convoquer des élections législatives anticipées en avril 2019. La démission récente du commandant des commandos de l’armée israélienne confirme cette instabilité politique au sein de l’entité sioniste. Illustrant bien cette situation, Benny Gantz, ex chef d’Etat-major de l’armée israélienne, a récemment déclaré qu’ «Israël devrait se retirer à moyen terme de la Cisjordanie car il n’arriverait pas à gérer la prochaine guerre».
La Marche pour le retour: un degré supérieur pour la résistance populaire
Alors que les forces politiques palestiniennes peinent toujours à exprimer de manière unifiée leur rejet du deal du siècle, que l’Autorité palestinienne maintient sa collaboration sécuritaire avec l’entité sioniste, et que Abbas tente toujours de prendre le pouvoir à Gaza en coupant les vivres au Hamas, la résistance populaire palestinienne se renforce.
En Cisjordanie elle ne faiblit pas et a pris, en 2018, une nouvelle forme à Gaza. La Marche pour le retour est une nouvelle expression du génie populaire palestinien. Complètement asphyxiée par un blocus depuis plus de 10 ans, la population de Gaza n’a rien à perdre. Ainsi depuis fin mars, elle se mobilise chaque vendredi pour marcher vers la barrière qui la sépare de la Palestine occupée. Malgré la répression qui s’abat sur les manifestants (plus de 250 morts, dont 60 en un seul jour pour la commémoration de la Nakba, et près de 26000 blessés), la pression populaire sur l’entité sioniste est maintenue.
De plus, et même si elle se fait discrète, la résistance armée est toujours active et efficace (en témoigne l’opération de novembre où elle a réussi à repousser par surprise un commando terrestre ennemi), et le mouvement populaire est soutenu par les principales factions palestiniennes. Bien que le rapport de force puisse paraitre particulièrement disproportionné, la force symbolique de cette résistance, et celui de la Marche du retour en particulier, est majeure.
Le message palestinien est clair. «Le peuple palestinien n’a plus rien à perdre, il ne capitulera pas et rentrera chez lui, le Droit au retour est son droit». De fait, la politique sioniste pour faire disparaitre le peuple palestinien depuis 70 ans a échoué. La résistance est aujourd’hui multiple et menace de toutes parts l’entité coloniale.
Ainsi si la Palestine n’apparait pas actuellement comme la pièce majeure des équilibres régionaux, le contexte pourrait lui être très favorable. Sous la menace des forces de l’axe de résistance (Hezbollah, Iran et Syrie) au Nord et de la résistance populaire palestinienne en interne, l’entité sioniste apparait dans une situation plus fragile qu’elle ne l’a jamais été depuis sa création. De plus, les contradictions au sein de l’axe occidental affaiblissent sa position hégémonique et les intérêts russes dans la région bénéficient pour l’instant aux forces anti-impérialistes et anti-sionistes. L’espoir est donc permis pour les Palestiniens.
Comité Action Palestine -
15.03.19
Source: Comité Action Palestine
Le 30 mars, Journée de la Terre en Palestine occupée

Les Palestiniens vont marquer un an de manifestations de la Marche du Grand Retour après que les Nations-Unies soient arrivés à la conclusion qu’Israël pourrait avoir commis des crimes de guerre
Les Palestiniens de la bande de Gaza vont marquer le premier anniversaire des manifestations de la Marche du Grand Retour, en anticipant la même violence meurtrière qui caractérise l’approche d’Israël depuis le début des manifestations.
Le mois dernier, la Commission d’enquête des Nations Unies (COI) a publié un acte d’accusation accablant contre le comportement des forces israéliennes d’occupation dans la répression des manifestations.
Selon la COI, des soldats israéliens ont délibérément tiré sur des civils, massacrant et mutilant des manifestants, y compris des enfants, ainsi que des journalistes et des médecins.
Les groupes de défense des droits de l’homme ont salué les résultats de cette enquête. L’année dernière, ils ont contesté sans succès auprès de la Cour suprême israélienne les règles d’engagement de l’armée et sa politique consistant à tirer à balles réelles sur les manifestants.
Ces règles permettent aux soldats de cibler les «incitants principaux» – des civils réputés inciter les manifestants à s’approcher de la clôture.
«Israël a simplement inventé le concept ‘d’incitateurs principaux’», a déclaré à Al-Jazeera, le professeur Kevin Jon Heller, professeur associé de droit international public à l’Université d’Amsterdam.
«Aucun statut de ce type n’existe en droit international humanitaire (DIH) ou en droit international des droits de l’homme (DIH). En DIH, vous êtes soit un combattant, soit un civil. En vertu du DIH, la force, quelle qu’elle soit, nécessite que la cible représente une menace réelle», a ajouté Heller.
«Vous ne pouvez pas simplement tirer sur quelqu’un à la jambe parce que vous pensez qu’il dirige une manifestation. Et pour qu’une force meurtrière soit utilisée il faut que la cible représente une menace imminente pour la vie».
Le centre de défense des droits de la minorité arabe en Israël, Adalah, était l’un des groupes qui ont contesté la réponse d’Israël aux manifestations devant les tribunaux.
«Israël – y compris l’armée, le gouvernement et la Cour suprême – recrée à sa guise le droit international pour l’adapter à ses pratiques», a déclaré Suhad Bishara, avocat à Adalah, qui avait lancé une pétition contre l’utilisation de tirs à balles réelles.
«En situation de combat, c’est le DIH qui s’applique et les civils doivent être protégés. L’objectif de la loi est de protéger les civils. Israël a donc créé de nouveaux concepts qui n’existent pas en droit international pour justifier le meurtre de manifestants civils», a expliqué Bishara à Al-Jazeera.
Comme l’ont écrit deux experts juridiques israéliens dans une évaluation de la décision de la Cour suprême, la position du gouvernement «confond et obscurcit les cadres juridiques internationaux en jeu, créant un ensemble de règles extrêmement souples pouvant être manipulées en fonction des exigences du moment».
La désignation de Gaza comme entité ennemie, qui remonte à la décision prise par le cabinet de sécurité en septembre 2007, est un élément essentiel de l’approche adoptée par Israël pour les manifestations.
C’est cette définition qui «donne le feu vert à de nombreuses pratiques illégales», a déclaré Bishara, dont les collègues à Adalah contestent actuellement devant les tribunaux une décision visant à empêcher tout Palestinien à Gaza de demander réparation, au motif qu’il vit dans une «entité ennemie».
«Pour le tireur d’élite, tout le monde de l’autre côté de la barrière est perçu de facto comme une menace; soit vous êtes officiellement affilié au Hamas, soit vous les protégez d’une manière ou d’une autre. La Cour suprême israélienne a classé les manifestants comme participant aux hostilités et a déterminé qu’ainsi, ils perdent toute protection. C’est ainsi que vous criminalisez tout le monde en tant que menace potentielle – selon ces définitions larges, arbitraires et mensongères, Israël prétend qu’il n’y a quasiment pas de société civile à Gaza».

Des centaines de morts et des milliers de blessés
Selon des responsables de la santé palestiniens, plus de 250 Palestiniens ont été tués depuis le début des manifestations et des milliers d’autres ont été blessés.
Dans son rapport, l’ONU a constaté que 189 Palestiniens avaient été tués entre le 30 mars et le 31 décembre de l’année dernière.
La réponse d’Israël aux manifestations de la Grande Marche du Retour n’est que le dernier d’une série d’actions à Gaza qui ont entraîné une condamnation internationale.
Au cours de l’offensive de 50 jours en 2014, par exemple, des responsables israéliens ont été dénoncés pour une politique selon laquelle les maisons de familles palestiniennes étaient ciblées à plusieurs reprises pour leurs liens supposés avec des membres d’organisations armées.
Haydee Dijkstal, avocate internationale spécialisée dans les affaires criminelles et les droits humains pour le cabinet 33 Bedford Row, a déclaré à Al Jazeera que les mesures prises par Israël à l’égard de Gaza depuis le retrait des colons en 2005 témoignent « d’une tendance à l’abandon du concept de proportionnalité et d’une abolition des protections auxquelles les civils ont droit dans le cadre du droit international humanitaire ».
«Classer toute une famille, des groupes de manifestants ou une zone résidentielle de telle sorte que des civils innocents puissent être ciblés ou désignés comme des dommages collatéraux acceptables, suggère une tentative de créer une justification pour des attaques aveugles et des punitions collectives qui n’existe pas dans le cadre de la loi internationale», a-t-elle ajouté.
Israël a répondu au COI et à d’autres critiques émanant d’organisations locales et internationales de défense des droits de l’homme avec le même message: les manifestations de la Marche du Grand retour sont organisées par des «terroristes» et la grande majorité de ceux qui ont été abattus sont des «terroristes».
Les chiffres diffusés par le «Centre d’information Meir Amit sur le terrorisme et le renseignement» ont été au cœur de la campagne de relations publiques d’Israël, un jour décrit par un journaliste israélien chargé de la sécurité comme un «pipeline» d’insinuations auxquelles la division militaire du renseignement ne veut pas être directement associée.
Les «analyses» de Meir Amit à propos des victimes de la Marche du Grand Retour reposent – de son propre aveu – sur des «preuves indirectes», une simple «affiliation» ou «lien» avec une organisation politique palestinienne étant suffisant pour qualifier un manifestant de «terroriste».
Meir Amit a qualifié de «terroristes» des enfants âgés de 13 ans à peine, ainsi que le journaliste assassiné Yaser Murtaja.

«Une vision du monde moralement répugnante»
Les «statistiques» du centre sont reprises par des diplomates israéliens ainsi que par des publications pro-israéliennes avec des titres tels que: «Une preuve irréfutable que la plupart des Palestiniens tués lors des manifestations à Gaza avaient des liens terroristes».
En revanche, le groupe israélien de défense des droits de l’homme B’Tselem a conclu que sur 190 tués identifiés parmi les manifestants, seuls 53 – soit 28% – ont été confirmés comme «participant à des hostilités», une désignation attribuée par l’ONG uniquement sur la base des individus actifs dans une organisation de la résistance armée.
Le CIO des Nations-unies a par ailleurs déclaré que «29 des personnes tuées sur les lieux des manifestations étaient membres de groupes armés palestiniens».
Pour des experts en droit international comme Dijkstal, l’approche actuelle d’Israël vis-à-vis de Gaza «risque de fournir un modèle à suivre permettant d’imposer des politiques trop catégoriques et des catégorisations trop larges pour réprimer l’opposition ou les manifestations, et de cibler illégalement des personnes exerçant leurs droits fondamentaux à la liberté d’expression et à la réunion pacifique sous le prétexte qu’elles représenteraient une menace».
«Israël repousse constamment les limites du DIH et du droit international pour justifier son recours à la force contre les Palestiniens», a déclaré Heller.
«Au lieu d’utiliser le droit international comme norme minimale conçue pour protéger les civils, Israël l’utilise comme un ‘manuel de guerre’ … cherchant des échappatoires et fondant ses actions sur une interprétation totalement abusive et juridiquement infondée, basée sur une vision du monde moralement répugnante», a confié un porte-parole de B’Tselem à Al-Jazeera.
«Ce n’est pas une question juridique ou théorique: cette apparence de légalité légitime les politiques immorales et meurtrières d’Israël aux yeux du public israélien et de la communauté internationale, ce qui permet à Israël de persister dans son comportement avec toutes ses conséquences fatales».
Ben White -
29.03.19
Source: Chronique de Palestine
Chanter dans la dernière colonie européenne du M-O

A moins de deux mois du lancement du concours de chansons de l’Eurovision à Tel Aviv, la controverse autour du pays hôte ne peut que croître. L’événement est une opportunité majeure de «blanchir» par l’art ses crimes contre la population palestinienne et les militants pro-palestiniens sont déterminés à la contester par un boycott
Des célébrités comme Roger Waters et Wolf Alice ont déjà appelé les institutions médiatiques et les artistes à réfuser de participer, tandis que le mouvement de Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) a intensifié sa campagne contre l’événement.
La décision provocatrice de faire la soirée d’ouverture de l’Eurovision le 14 mai est particulièrement exaspérant pour les Palestiniens puisque cela tombe le jour où Israël commémore sa déclaration d’indépendance de 1948. Le jour suivant, alors des chanteurs européens concourront à Tel Aviv, la Palestine marquera le 71è anniversaire de ce qu’ils appellent la Nakba, la catastrophe, commémorant les victimes de la campagne de nettoyage ethnique israélienne.
Mais au-delà de l’enjeu évident pour Israël d’utiliser encore un autre événement culturel pour blanchir sa sanglante réputation, l’événément de l’Eurovision à venir est aussi une opportunité pour réfléchir à quel point Israël est européen.
La question que peu d’Européens semblent se poser est pourquoi un pays situé au Moyen-Orient (très loin des frontières, naturelles ou imaginées, de l’Europe) participe depuis 1973 à une compétition fondée sur la vision d’une Europe en train de s’unifier culturellement. C’est un pays qui, en se définissant lui-même comme un «Etat juif» construit sur «la terre promise» et comme «la seule démocratie au Moyen-Orient», a affirmé avoir son origine et ses racines fermement établis au Moyen-Orient.
Pourquoi donc les artistes israéliens chantent-ils à l’Eurovision? Pourquoi les équipes de football israéliennes jouent-elles dans les championnats de l’UEFA et concourrent-elles avec les équipes européennes pour les qualifications de la Coupe du monde de la FIFA? Pourquoi les médecins israéliens sont-ils membres du Forum européen des associations médicales qui a actuellement à sa tête un responsable israélien?
La réponse est simple: parce qu’Israël a été fondé et continue à être une colonie d’occupation européenne.
Une colonie européenne en Palestine
Israël est une des dernières colonies européennes restantes, aux côtés d’endroits comme la Guyane française, la Nouvelle Calédonie, les Bermudes et les Îles Caïmans. Il a réussi à survivre à la vague de décolonisation du 20è siècle en fabriquant soigneusement un mythe fondationnel d’exceptionalisme, utilisant la prémisse idéologique sioniste selon laquelle les juifs doivent retourner à la «terre promise» et qu’ils ne peuvent être en sécurité que dans un état réservé aux juifs.
Bien qu’Israël utilise une lecture sioniste des Ecritures juives pour affirmer que la Palestine était «originellement» juive et la «patrie» authentique de tous les juifs et pour réclamer une continuité territoriale historique avec un état juif pré-chrétien, ses pères fondateurs (tous juifs européens et pour la plupart ashkenazes) s’étaient embarqués dans une campagne systématique pour européaniser tous les espaces qu’ils colonisaient.
Ils ont commencé par construire le nouvel Etat sur la même prémisse que les colonialistes européens ont utilisée pendant des siècles — à savoir qu’ils s’embarquaient pour une mission civilisatrice. Et alors que les empires européens s’écroulaient, Israël a fleuri, solidifiant son mythe de fondation en tant qu’ «îlot de stabilité» dans une région turbulente.
Les colonialistes sionistes ont adopté aisément les opinions que les projets coloniaux européens avaient développées vis-à-vis des populations autochtones. Peu après la déclaration Balfour de 1917, le leader sioniste Chaim Weizmann, par exemple, écrivit dans une lettre à Lord Balfour que les Arabes étant «superficiellement habiles et vifs d’esprit» et «traîtres» par nature ne seraient pas capables d’établir leur propre état en Palestine «parce que le fellah (le paysan) a au moins quatre siècles de retard et que l’effendi (membre de la classe urbaine) … est mahonnête, peu éduqué, avide et aussi peu patriote qu’il est inefficace».
Comme les Européens, les colonialistes d’occupation israéliens ont aussi mis en oeuvre une combinaison de nettoyage ethnique et de soumission pour «nettoyer» la terre qu’ils colonisaient de leur population autochtone «inférieure».
Mais les bâtisseurs de l’Etat israélien ont été confrontés à un défi idéologique majeur avec la population juive du Moyen-Orient qui était encouragée à émigrer en masse en Palestine et était utilisée comme main d’oeuvre bon marché pour construire des colonies sionistes. Ce que les colonisateurs européens trouvèrent particulièrement «perturbant» à propos des juifs misrahim, c’était leur «caractère arabe».
Première femme à être Premier ministre d’Israël, Golda Meir a déclaré: «Tout juif loyal doit parler yiddish, car celui qui ne parle pas yiddish n’est pas juif».
Autrement dit, la seule identité juive authentique était celle que l’élite ashkenaze avait apportée d’Europe; la judaïté des misrahim (ou sépharades) était «impure». A cause de cela, ils étaient jugés vulnérables à l’ «influence arabe» et leur loyauté était mise en question. Des mesures devaient être prises rapidement pour contrôler cette communauté juive «suspecte» qui devint bientôt la moitié de la population israélienne.
Pendant un débat à la Knesset en 1951 sur l’éducation, le premier Premier ministre d’Israël, David Ben-Gurion, fut assez explicite: «Un Yéménite juif est d’abord et avant tout un juif, et nous voulons faire, autant que possible et aussi vite que possible, d’un Yéménite un juif».
A une autre occasion, il déclara aussi: «Nous ne voulons pas que les Israéliens deviennent des Arabes. Il nous incombe de lutter contre l’esprit du Levant, qui corrompt les individus et les sociétés».
Donc, l’élite israélienne ashkenaze s’embarqua dans l’ambitieux projet de «civiliser» — c’est-à-dire d’«européaniser» — leurs frères orientaux par une ré-éducation, un lavage de cerveau idéologique et des kidnappings massifs d’enfants.
Le résultat de cette «campagne civilisationnelle» est une discrimination systématique et continuelle contre les juifs misrahim — qui occupent encore les derniers échelons de la société israélienne— et par extension, contre quiconque est non-juif et non-blanc.
La hiérarchie raciale d’Israël reflète en grande partie celle établie en Europe, aux Etats-Unis et au Canada: l’élite blanche et la classe moyenne au sommet et le reste au bas de l’échelle.
La culpabilité européenne et l’antisémitisme
Les mouvements de décolonisation qui ont explosé dans toute l’Asie, toute l’Afrique et au Moyen-Orient ont forcé l’Europe à démanteler progressivement ses opérations coloniales. Israël, toutefois, a été épargné de ce développement. A un moment, une partie de l’élite intellectuelle européenne a commencé à parler de «post-colonialisme» en depit du fait qu’une colonie européenne majeure demeurait dans son voisinage immédiat. En fait, à ce jour, les gouvernements européens refusent d’admettre qu’ Israël est l’un de leurs projets coloniaux, maintenant complètement dépassé.
Ironiquement, la culpabilité de l’holocauste a poussé les gouvernements européens à soutenir le projet sioniste d’envoyer des colons juifs coloniser la Palestine, en dépit du fait que l’idée que les juifs — à cause de leur judaïté —devraient quitter l’Europe pour une autre patrie est intrinsèquement antisémite.
Le soutien inconditionnel à la colonisation continuelle de la Palestine par Israël et la victimisation de sa population autochtone ont souvent été justifiés (particulièrement par des pays comme l’Allemagne ou l’Autriche) comme une expiation pour les crimes passés.
Mais l’antisémitisme n’est pas une chose du passé en Occident. Il est vivant et bien vivant, de manière effrayante, une partie de l’échec occidental à affronter les questions de racisme, de suprémacisme blanc et de colonialisme à l’intérieur de sa société et de sa culture.
En ce sens, les gouvernements européens appuyant Israël dans son usage persistant des pratiques européennes de soumission coloniale du 20e siècle contre la population autochtone palestinienne est un témoignage du fait qu’ils n’ont jamais réellement liquidé correctement leur propre passé colonial criminel et en fait qu’ils n’ont pas totalement rejeté les idées qui ont favorisé le colonialisme et l’antisémitisme.
C’est pourquoi les élites européennes ne voient pas comme un problème que des artistes européens se produisent en Israël, que des consommateurs européens jouissent de biens produits dans des colonies israéliennes illégales, que des gouvernements européens achètent la technologie de surveillance israélienne alors que des Palestiniens sont opprimés, expulsés de leurs foyers et de leurs terres, mutilés et massacrés quotidiennement.
Tout changement radical dans leur position ne peut venir que parallèlement à une reconnaissance complète et une expiation des crimes coloniaux, à une compensation pour les populations affectées, à la décolonisation et la déracialisation des structures de pouvoir et à la condamnation du suprémacisme blanc. Alors seulement les Européens (et par extension les Américains) pourront reconnaître Israël comme leur création coloniale et admettre la honte historique de sa fondation et de sa croissance.
Alors seulement l’Occident sera capable de faire vraiment rendre des comptes à Israël pour ses crimes.
Mariam Barghouti -
21.03.19
Source: Agence Medias Palestine
A Berlin, l'attaque contre Rasmea Odeh est une attaque contre la Palestine!

Après une campagne de harcèlement frénétique menée par les journalistes pro-apartheid, l'ambassadeur israélien et l'ambassadeur américain en Allemagne (tristement célèbre pour ses liens avec des groupes d'extrême-droite), des responsables de Berlin ont déclaré vendredi soir 15 mars, que le visa de cette ancienne prisonnière palestinienne et activiste de renom Rasmea Odeh serait annulé et l'interdiction de toute activité politique
Les partisans de l’AFD (Alternative für Deutschland-ndlr), le parti d’extrême droite en Allemagne, profondément engagé dans une rhétorique anti-musulmane et raciste et avec une longue tradition d’accueil des révisionnistes de l’holocauste, ont demandé l’annulation du meeting de Rasmea et la révocation de son visa. Bien entendu, l'AFD - qui aspire à imiter l'apartheid israélien - n'était pas seul, mais a été rejoint par le politicien vert Volker Beck, qui a fait sa carrière en attaquant des Palestiniens à la demande de l’État d'apartheid israélien et divers responsables de la ville de Berlin, notamment le maire SPD de Berlin, Michael Müller.
Une campagne de harcèlement continue, dirigée contre le lieu qui devait accueillir l'événement a été menée. La salle a été vandalisée et l'organisation à qui elle appartient a été soumise à de nombreuses menaces et appels téléphoniques menaçants et harcelants.
En dépit des dires de la police selon lesquelles l'événement pourrait effectivement se dérouler, Rasmea a été écartée par la police sur le chemin du meeting où elle devait prononcer son discours sur les femmes palestiniennes dans la lutte pour la libération.
Des centaines de policiers ont encerclé le site, tandis que 15 contre-manifestants sionistes pro-apartheid portaient des drapeaux israéliens. Parallèlement, environ 150 partisans de la justice en Palestine se sont rassemblés devant le site pour entendre les discours prévus de Rasmea Odeh et de Dareen Tatour.
Rasmea a été encerclée par la police qui lui a remis une pile de documents en allemand déclarant que son visa avait été annulé. Ces documents étaient remplis d'allégations qui, apparemment, avaient été entièrement tirées de reportages sournois et inexacts de la part des médias de droite, comme une justification pour l'obliger à quitter le pays.
La police a ensuite suivi Rasmea à des kilomètres de distance, exigeant qu'elle se déplace dans la rue, la menaçant d'être arrêtée si elle ne continuait pas à se déplacer vers l'est de la ville, même longtemps après avoir quitté les lieux de l'événement.
Des tactiques de pression, d'intimidation et de répression ont été utilisées pour contraindre de nombreux lieux à annuler des événements mettant en vedette des orateurs palestiniens, notamment des menaces officielles de réduire le financement d'un centre communautaire iranien si celui-ci tenait un événement avec Manal Tamimi en septembre 2018.
Cela va de pair avec l'annulation d'événements musicaux pour des groupes soutenant le BDS, la censure de DJ pour la Palestine et la pression exercée sur les lieux de spectacle et les universités pour qu'elles annulent les conférences et les événements traitant des droits et de l'existence des Palestiniens.
Les femmes palestiniennes et non palestiniennes qui ont participé à la Marche des femmes à Berlin ont été diffamées en personne et sur les médias sociaux pour avoir porté des pancartes reconnaissant que la Palestine était un problème féministe.
Rasmea Odeh a fait l'objet d'allégations répétées et non étayées d'«antisémitisme», que les médias n'ont même pas tenté de justifier, sauf par l'utilisation de l'étiquette «terroriste».
Aucun des articles utilisant cette étiquette ne pouvait indiquer une déclaration, un message ou une conviction antisémite de la part de Rasmea; son engagement en faveur de la libération de la Palestine a été jugé suffisant pour porter cette allégation.
Il s'agissait clairement d'une attaque raciste contre le droit d'une femme palestinienne à parler et le droit de son auditoire de l'entendre.

Au cours de sa vie, elle a été soumise à une violence d'État intense: agression sexuelle, torture, emprisonnement, expulsion. La suppression de son visa n’est que le dernier exemple de la violence d’État dirigée contre Rasmea Odeh afin d’empêcher que son message ne soit entendu, message qui a suscité le soutien d’Angela Davis, de Jewish Voice for Peace (États-Unis) et d’innombrables partisans de la justice dans le monde entier.
Il convient de noter qu’après la manifestation, enthousiaste et bien dirigée par des femmes et des jeunes, les participants - en particulier les jeunes Palestiniens - ont été suivis par la police et interrogés au sujet de chants lors de la manifestation (en particulier ceux défiant la politique étrangère allemande) ou sur leur relation avec Rasmea, même quelques heures après la fin de l'événement.
Il s’agit d’une tentative d’intimider les jeunes impliqués dans le mouvement pour la justice en Palestine.
Nous exhortons les peuples de conscience du monde entier à soutenir la justice pour Rasmea Odeh et la justice pour la Palestine. Nous lancerons des appels pour des actions supplémentaires dans les prochains jours.
Vos déclarations et messages de solidarité sont importants pour faire comprendre que le monde rejette les actions de l’État allemand.
La solidarité internationale est essentielle! Veuillez envoyer vos déclarations de soutien à Rasmea Odeh à samidoun@samidoun.net
Rédaction de Samidoun -
16.03.19
Source: CoupPourCoup31
Démolir des maisons, démanteler la Palestine
Une stratégie israélienne inopérante. La pratique illégale des punitions collectives par les forces d’occupation israéliennes vise à décourager la résistance des Palestiniens. La démolition punitive de leurs maisons fait partie de cet arsenal, aussi inhumain qu’inefficace
«Je me moque de cette destruction, mais je rêve quand même de pouvoir vivre en sécurité», affirme dans un mélange d’indifférence et d’espoir Ayed Abou Hmeid, 17 ans, victime de la destruction de la maison dans laquelle il a vécu toute sa vie.
Le 15 décembre 2018, près de 150 soldats de l’armée israélienne envahissent en pleine nuit le camp de réfugiés Amari, à l’est de Ramallah en Cisjordanie occupée. Aux alentours de 9 h du matin, les soldats démolissent la maison de la famille Abou Hmeid. En violation du droit international, cette démolition constitue un cas significatif de punition collective. Elle interroge sur l’efficacité d’une telle méthode.
Latifa Abou Hmeid, septuagénaire et propriétaire de la maison détruite, compte quatre de ses fils emprisonnés en Israël, tous condamnés à vie (ils cumulent 18 condamnations à perpétuité) pour le meurtre d’officiels ou de civils israéliens commis entre les années 1990 et le début des années 2000.
Le 24 mai 2018, Islam, cinquième fils de la famille, est accusé d’avoir jeté un bloc de ciment sur un soldat israélien depuis le toit d’un bâtiment dans le camp de réfugiés où sa famille et lui habitent. Le soldat succombera à ses blessures à l’hôpital. C’est l’acte à l’origine de la démolition de la maison familiale près de sept mois plus tard.
Cette troisième destruction — la première est survenue en 1991 et la deuxième en 2003 — a contraint au déplacement 4 familles (23 personnes dont 6 enfants) de leur maison environnante en raison de la force de l’explosion; une double peine.
Ce type d’agissement commis par les autorités israéliennes est sanctionné par la quatrième Convention de Genève (1949), qui stipule à l’article 33:
"Aucune personne protégée ne peut être punie pour une infraction qu’elle n’a pas commise personnellement. Les peines collectives et de même toutes les mesures d’intimidation ou de terrorisme sont interdites".
Dans ces terres chargées d’histoire, il n’est pas inutile de rappeler que le Deutéronome, considéré comme le dernier livre de la Bible hébraïque, avertissait:
"On ne fera point mourir les pères pour les enfants, et l’on ne fera point mourir les enfants pour les pères; on fera mourir chacun pour son péché". (24:16)
SEMER LA DIVISION
Les médias palestiniens ont largement traité de cette démolition brutale et hautement symbolique, venant punir toute une famille pour le supposé meurtre commis par un seul individu. Au fil des années, Latifa Abou Hmeid, la mère des martyrs, est devenue l’archétype médiatique de la résistance passive(1) aussi bien que de la résistance active à travers ses fils.
Dans le cas particulier de la famille Abou Hmeid, on peut s’interroger sur l’efficacité des démolitions punitives infligées par Israël aux Palestiniens de Cisjordanie. L’État justifie parfois les démolitions de structures résidentielles au prétexte qu’elles sèment la division au sein des familles et dissuaderaient ses membres de commettre à leur tour des violences. Une stratégie de la peur en quelque sorte.
Ayed Abou Hmeid, petit-fils de Latifa, semble pourtant démentir ses arguments: «Je ne m’inquiète pas de ce qui s’est passé. Maintenant, ma famille et moi nous nous sentons forts!» affirme-t-il, debout sur un grand tas de gravats et regardant son ancienne chambre couverte de décombres. «Nous sommes plus unis que jamais et sommes derrière Islam. Pour nous, son geste n’est qu’une réponse à la violence que nous subissons», ajoute-t-il, non sans une certaine expression de fierté.
Pour Shawan Jabarin, directeur général de l’organisation de défense des droits humains al-Haq(2) dans la culture palestinienne, «la maison occupe une place centrale qui représente pour chaque famille ses racines, l’assurance d’avoir un espace à soi; c’est ce que vise Israël. Ils agissent pour nous faire partir, mais ça nous ancre encore plus sur nos terres».
En 2018, selon le dernier rapport de la Commission de résistance à la colonisation et au mur de séparation (CRCS), organe de l’Autorité palestinienne (AP), neuf démolitions d’habitations — dont le gouvernement israélien assume qu’elles sont des punitions collectives — sont intervenues. Ces neuf habitations étaient toutes situées en zone A, sous contrôle de l’AP, laissant temporairement sans toit près de 80 personnes dont 22 enfants. «C’est la petite partie visible, ajoute Shawan Jabarin, et hautement symbolique, d’une politique tacite bien plus vaste».
Au total en 2018, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs, OCHA) des Nations unies, 459 constructions palestiniennes (habitations, magasins, etc.) ont été détruites, dont près de la moitié se trouve à l’est de Jérusalem, faute de permis de construire si difficiles à obtenir(3).
Le directeur de la publication et de la documentation de la CRCS, Qassem Awad, déplore une recrudescence des démolitions ces dernières années. «C’est une autre forme de punition collective inavouée, car elle se cache derrière la loi en prétextant l’absence de permis», explique-t-il. Ces démolitions sont en augmentation de 10% par rapport à 2017, selon l’OCHA.
PLUS DE VIOLENCE, PLUS DE COLÈRE, PLUS DE FRUSTRATION
Hisham Kadoumi, conseiller auprès de la CRCS, tient à souligner qu’il existe de nombreuses autres façons de punir collectivement la population palestinienne. Il cite notamment le blocus de Gaza qui touche près de deux millions de personnes depuis 2007, les 700 km du mur de séparation (appelé «clôture de sécurité»par l’État israélien), les 300 points de contrôle en Cisjordanie ou la révocation de permis de séjour ou de travail en Israël pour l’entièreté de la famille d’un criminel.
Globalement, ces punitions collectives «apportent plus de violence, plus de colère, plus de frustration, s’indigne Hisham Kadoumi, quand on va sur le terrain, les personnes qui viennent de perdre leur maison sont pleines de rancœur». «Pourquoi l’armée israélienne ne démolit-elle pas les maisons de colons qui ont perpétré la violence contre les Palestiniens?», pointe-t-il en critiquant la justice à géométrie variable israélienne. Les attaques israéliennes contre des Palestiniens ont pourtant triplé en 2018, rapporte le journal israélien Haaretz.
Selon Bader Araj, docteur en sociologie politique et professeur assistant à l’université de Birzeit, «67% des attaques suicidaires palestiniennes depuis la deuxième Intifada sont motivées par une sévère répression israélienne [«Palestinian Suicide Bombing Revisited: A Critique of the Outbidding Thesis», Political Science Quarterly, Vol. 123, No. 3, 2008»].
Il confirme que «les punitions collectives et notamment les démolitions punitives font bien sûr partie de cette répression et impliquent de plus en plus de Palestiniens dans la lutte». L’exemple de Latifa Abou Hmeid et de la «radicalisation» de ses cinq fils peut servir d’éloquent témoignage de la spirale vicieuse de la violence et de la répression qui débouche sur une violence accrue.
Pour Shawan Jabarin, «Israël est le seul État au monde à faire [des démolitions de maisons] une politique à part entière».
LES ORIGINES «LÉGALES» D’UNE POLITIQUE
En 1945, le gouvernement britannique adopte le règlement de défense d’urgence (Defense Emergency Regulation), rédigé en 1937, un an après le début de la Grande Révolte arabe. Celui-ci prévoit la création de tribunaux militaires et encadre en particulier la confiscation et la démolition de biens dans son article 119. En mai 1948, l’État israélien décide, une semaine après sa création, d’adopter ce règlement par ordonnance.
En 1951, en assemblée plénière, le Parlement israélien déclare que le règlement de défense d’urgence adopté trois ans plus tôt met en péril les principes fondamentaux de la démocratie, et demande son abrogation. La Commission parlementaire des lois, de la justice et de la Constitution refuse.
Après la guerre israélo-arabe de 1967, le gouvernement militaire des territoires occupés de Cisjordanie émet un ordre militaire venant geler la situation juridique. Après quoi, la réglementation de la défense sera utilisée extensivement pendant près de quatre décennies, en particulier avec l’aide de la Cour suprême d’Israël qui élargira le champ d’interprétation de l’article 119 afin de permettre une plus large application (voir la frise chronologique réalisée par l’ONG Hamoked retraçant l’évolution de cette réglementation). Des milliers d’habitations palestiniennes seront alors réduites en gravats avec l’assentiment de l’appareil judiciaire.
En novembre 1979, la Cour Suprême israélienne autorise l’application de punitions collectives, telle que la destruction de structure palestinienne en Cisjordanie, à des fins de dissuasion.
Un comité militaire israélien dirigé par le général d’armée Ehud Shani recommande en 2005 de mettre fin à la démolition de maisons comme moyen de dissuasion et affirme que «les forces de défense israéliennes […] ne peuvent pas franchir la ligne de la légalité, encore moins la ligne de la légitimité».
Shaul Mofaz, ministre israélien de la défense, décide de prendre en compte cette recommandation. De fait, les démolitions punitives de maisons sont gelées entre mars 2005 et juillet 2008 et entre mai 2009 et mai 2014. Elles reprennent à l’occasion de l’agression contre Gaza en 2014.
«ILS NE VOIENT QUE LE COURT TERME»
Ce renouveau est le signe qu’«Israël n’apprend pas de l’histoire et n’a pas de pensée stratégique ni de dirigeants stratèges, ils ne voient que sur le court terme» vitupère Shawan Jabarin. Il fustige l’hubris (la démesure) à l’origine de cette politique des démolitions punitives et la dialectique à l’œuvre; soulagement éphémère d’un côté, haine durable de l’autre. «Israël prétend agir pour la sécurité, mais ça ne peut que créer que l’inverse», conclut-il.
Après plus de quatre décennies de démolitions punitives, la mécanique institutionnelle israélienne s’est huilée. «L’exécutif décide des démolitions, l’armée exécute, la justice légifère» déplore Hisham Kadoumi en insistant sur la systématisation de ce qui doit dès lors être appelé une politique.
Pour autant, l’expérience montre, notamment avec les trois démolitions de la maison des Abou Hmeid étalées sur trente ans, que cette vision brutale ne fait que renforcer la détermination des Palestiniens à se battre. «Quand mes oncles ont vécu la première destruction de notre maison en 1991, ça les a déterminés à agir», soutient Ayed Abou Hmeid. Une détermination «souvent rehaussée d’un niveau de violence, pour compenser l’injustice dont ils sont victimes» assure Bader Araj.
Contrairement à la dissuasion proclamée et recherchée par Israël, cette politique semble motiver certains Palestiniens à retourner la violence et l’injustice dont ils souffrent. Ceux qui y perdent la vie ou qui finiront en prison deviennent alors des martyrs aux yeux de tout un pan de la population palestinienne, dont une partie importante de la jeunesse qui voit en eux un modèle de résistance.
Les dirigeants israéliens semblent enfermés dans une situation de pure contradiction par un manque cruel de réflexion sur les effets de leur politique de démolition punitive.
Dans un avenir proche, l’espoir d’observer une accalmie dans les démolitions punitives est faible. Shawan Jabarin, craignant même une intensification de cette politique, argue que «sur le plan politique, B. Netanyahu gagne presque tout et ne veut pas céder à sa droite».
La volonté de créer un Grand Jérusalem — plan qui prévoit l’annexion d’une trentaine de colonies à l’est de la ville — pourrait aussi être une source de motivation.
«Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes», écrivait Bossuet. Tout donne à penser que l’État israélien se trouve ici dans cette situation logique et paradoxale.
Gary Libot -
18.03.19
Source: Orient XXI
«Un voyage sans fin vers l’enfer»: chaque année Israël emprisonne des centaines de jeunes palestiniens
Ils sont capturés en pleine nuit, yeux bandés, menottés, ils sont maltraités et manipulés pour avouer des crimes qu’ils n’ont pas commis. Chaque année, Israël arrête près de 1000 jeunes palestiniens, dont certains ont moins de 13 ans
C’était un après-midi maussade et glacial, typique de la mi-février, dans le village cisjordanien de Beit Ummar, entre Bethléem et Hébron. Le temps n’empêchait pas les enfants de la famille Abu-Ayyash de jouer et de s’ébattre dehors. L’un d’eux, en costume de Spiderman, jouait le rôle en bondissant agilement de place en place. Soudain, ils remarquèrent un groupe de soldats israéliens avançant sur le sentier en face. Instantanément, leurs expressions changèrent, de la joie à l’effroi et ils se précipitèrent à l’intérieur de la maison. Ce n’était pas la première fois qu’ils réagissaient ainsi, dit leur père. En fait, c’est devenu la norme depuis qu’Omar, dix ans, a été arrêté par les troupes en décembre dernier.
Cet enfant de dix ans est l’un des centaines d’enfants palestiniens qu’Israël arrête chaque année: les estimations varient entre 800 et 1000. Certains ont moins de 15 ans; certains même moins de 10. Une cartographie des endroits où ces détentions ont lieu révèle un certain schéma: plus le village palestinien est proche d’une colonie, plus il est probable que les mineurs qui y résident se retrouveront dans une prison israélienne. Par exemple, dans la ville de Azzun, à l’ouest de la colonie de Karnei Shomron, presque tous les foyers ont eu l’expérience d’une telle arrestation. Les résidents disent que dans les cinq dernières années, plus de 150 élèves du seul lycée de la ville ont été arrêtés.
A n’importe quel instant, il y a environ 270 enfants palestiniens dans des prisons israéliennes. La raison la plus répandue pour leur arrestation — jet de pierres — ne dit pas toute l’histoire. Des conversations avec beaucoup de ces jeunes, ainsi qu’avec des avocats et des militants des droits humains, dont ceux de l’organisation des droits humains B’Tselem, révèlent un certain modèle, même si elles laissent ouvertes beaucoup de questions: par exemple, pourquoi l’occupation requiert-elle que les arrestations soient violentes et pourquoi est-il nécessaire de menacer de jeunes enfants?
Nombre d’Israéliens, dont la sensibilité est offensée par les arrestations d’enfants palestiniens, ont décidé de se mobiliser et de combattre le phénomène. Dans le cadre d’une organisation appelée Parents Against Child Detention (Parents contre la détention des enfants), ses membres, une centaine, sont actifs sur les réseaux sociaux et organisent des événements publics «pour augmenter la prise de conscience sur l’ampleur du phénomène et la violation des droits des mineurs palestiniens et pour créer un groupe de pression qui travaille à y mettre fin», expliquent-ils. Leurs cibles sont d’autres parents qui, ils l’espèrent, réagiront avec empathie aux histoires de ces enfants.
En général, le phénomène ne manque pas de critiques. En plus de B’Tselem, qui a une veille régulière sur la question, il y a eu aussi des protestations de l’étranger. En 2013, l’UNICEF, l’Agence des Nations Unies pour les enfants, a attaqué «le mauvais traitement des enfants qui arrivent en contact avec le système de détention militaire, qui semble répandu, systématique et institutionalisé». Un rapport un an auparavant d’experts juridiques britanniques concluait que les conditions auxquelles étaient soumis les enfants palestiniens revenaient à de la torture, et il y a cinq mois seulement, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe déplorait la politique israélienne d’arrêter des enfants mineurs, déclarant: «Il faut mettre un terme à toutes les formes de maltraitance physique et psychologique des enfants pendant l’arrestation, les périodes de transfert et d’attente, et pendant les interrogatoires».

Arrestation
Environ la moitié des arrestations d’adolescents palestiniens ont lieu dans leur foyer. Selon les témoignages, typiquement , les soldats des Forces de défense israéliennes font irruption dans la maison au milieu de la nuit, saisissent le jeune recherché et l’embarquent (très peu de filles sont détenues), laissant à la famille un document indiquant où il est emmené et pour quelles charges. Le document imprimé est en arabe et en hébreu, mais le commandant des forces armées ne remplit en général les informations détaillées qu’en hébreu, et remet ensuite le document aux parents qui ne sont pas toujours capables de le lire et ne savent pas pourquoi leur fils a été emmené.
L’avocate Farah Bayadsi s’interroge sur le besoin d’arrêter les enfants de cette manière, au lieu de les convoquer pour les interroger d’une manière régulière. (Les données montrent que seulement 12% des jeunes reçoivent une convocation pour interrogatoire).
«Je sais par expérience qu’à chaque fois qu’on demande à quelqu’un de venir pour un interrogatoire, il vient», remarque Bayadsi. Elle est active dans la branche israélienne de Defense for Children International (Association internationale de Défense des enfants), une ONG internationale qui s’occupe de la détention des mineurs et de la défense de leurs droits.
«La réponse que nous obtenons en général», dit-elle, «est que ‘C’est fait ainsi pour des raisons de sécurité’. Cela signifie que c’est une méthode délibérée, qui ne vise pas à entrer en contact de manière équilibrée avec le jeune mineur, mais à lui causer un traumatisme à vie».
De fait, comme l’a déclaré à Haaretz, en réponse, le bureau du porte-parole des Forces de défense israéliennes, «la majorité des arrestations, à la fois des adultes et des mineurs, sont menées de nuit pour des raisons opérationnelles et à cause du désir de préserver le déroulement régulier de la vie et d’exécuter des actions ponctuelles spécifiques autant que possible».
Environ 40% des mineurs sont arrêtés dans l’espace public — habituellement dans les zones d’incidents impliquant le jet de pierres contre des soldats. Cela a été le cas d’Adham Ahsoun, d’Azzun. A l’époque, il avait 15 ans et revenait d’une épicerie locale vers son domicile. Pas très loin, un groupe d’enfants avait commencé à lancer des pierres à des soldats, avant de s’enfuir. Ahsoun, qui ne s’était pas enfui, fut arrêté et emmené dans un véhicule militaire; une fois à l’intérieur, il fut frappé par un soldat. Quelques enfants qui avaient vu ce qui était arrivé ont couru chez lui pour le dire à sa mère. Attrapant le certificat de naissance de son fils, elle s’est précipitée vers l’entrée de la ville pour prouver aux soldats qu’il n’était qu’un enfant. Mais c’était trop tard; le véhicule était déjà parti, vers une base de l’armée à proximité, où il devrait attendre pour être interrogé.
De par la loi, les soldats sont supposés menotter les enfants les mains devant, mais dans de nombreux cas, ils le font avec les mains derrière eux. De plus, les mains des mineurs sont parfois trop petites pour les menottes, comme l’a dit un soldat de la brigade d’infanterie de Nahal à l’ONG Breaking the Silence (Briser le silence). A une occasion, a-t-il raconté, son unité a arrêté un graçon «d’environ 11 ans», mais les menottes étaient trop grandes pour retenir ses petites mains.
L’étape suivante est le voyage: les jeunes sont emmenés à une base de l’armée ou à un poste de police dans une colonie voisine, leurs yeux couverts par un bandeau. «Quand vos yeux sont couverts, votre imagination vous emmène dans les endroits les plus effrayants», dit un avocat qui représente des jeunes palestiniens. Beaucoup de ceux arrêtés ne comprennent pas l’hébreu, donc une fois poussés dans le véhicule de l’armée, ils sont totalement coupés de ce qui se passe autour d’eux.
Dans la plupart des cas, le jeune, menotté et les yeux bandés, sera déplacé d’un endroit à un autre avant d’être réellement interrogé. Parfois il est laissé dehors un moment, en plein air. En plus de l’inconfort et de la confusion, être trimbalé ainsi présente un autre problème: pendant ce temps, de nombreux actes de violence ont lieu, au cours desquels les soldats frappent les détenus, et ils ne sont pas répertoriés.
Une fois à la base de l’armée ou au poste de police, le mineur, toujours menotté et les yeux bandés, est placé sur une chaise ou sur le plancher pendant quelques heures, généralement sans qu’on lui donne quoi que ce soit à manger. «Le voyage sans fin vers l’enfer», voici comment Bayadsi décrit la procédure. La mémoire de l’incident, ajoute-t-elle, «reste des années même après la relaxe du garçon. Elle lui implante un sentiment permanent d’absencede sécurité qui restera avec lui sa vie entière».
Un témoignage d’un sergent des Forces de défense donné à Breaking the Silence à propos d’un incident en Cisjordanie illustre la situation du point de vue de l’autre côté: «C’était la première nuit de Hanoucca en 2017. Deux enfants jetaient des pierres sur l’Autoroute 60, sur la route. Alors nous nous sommes emparés d’eux et nous les avons emmenés à la base. Leurs yeux étaient couverts d’un bandeau et ils étaient menottés avec des menottes en plastique. Ils avaient l’air jeune, entre 12 et 16 ans».
Quand les soldats se réunirent pour allumer la première bougie du congé de Hanoucca, les détenus restèrent à l’extérieur. «Nous criions et faisions du bruit et utilisions des tambours, qui est une sorte de truc de la compagnie», se rappelait le soldat, indiquant qu’il supposait que les enfants ne connaissaient pas l’hébreu, même si, peut-être, ils comprenaient en fait les jurons qu’ils entendaient. «Disons que sharmuta [salope] et d’autres mots, ils pouvaient les connaître de l’arabe. Comment pouvaient-ils savoir que nous ne parlions pas d’eux? Ils pensaient probablement que d’une minute à l’autre, nous allions les faire cuire».
Interrogation
Le cauchemar peut durer plus ou moins longtemps, relatent les anciens détenus. Entre trois et huit heures après l’arrestation, alors que le jeune est fatigué et affamé — et parfois souffre à cause des coups reçus, est effrayé par les menaces et ne sait même pas pourquoi il est là — il est emmené pour un interrogatoire. Ce peut être le premier instant où le bandeau est enlevé et ses mains libérées. La procédure commence d’habitude par une question générale, comme «Pourquoi jettes-tu des pierres sur les soldats?». La suite est plus intense — une rafale de questions et de menaces, visant à obtenir que le jeune signe des aveux. Dans certains cas, on lui promet que, s’il signe, on lui donnera quelque chose à manger.
Selon les témoignages, les menaces des interrogateurs sont dirigées directement contre le garçon («Tu vas passer toute ta vie en prison»), ou contre sa famille («Je vais faire venir ta mère ici et la tuer devant tes yeux»), ou contre les moyens d’existence de la famille («si tu n’avoues pas, nous enlèverons à ton père son permis de travail en Israël — à cause de toi, il sera sans travail et toute ta famille aura faim»).
«Le système montre que l’intention ici est plus de montrer son contrôle que de s’engager dans l’application de la loi», suggère Bayadsi. «Si le garçon avoue, il y a un dossier; s’il n’avoue pas, il entre dans le cercle criminel de toute façon et il est sérieusement intimidé».
Emprisonnement
Que le jeune détenu ait signé des aveux ou non, l’étape suivante est la prison. Soit Megiddo, en Basse Galilée, soit Ofer, au nord de Jérusalem. Khaled Mahmoud Selvi avait 15 ans quand il fut amené à la prison en octobre 2017 et qu’on lui dit de se déhabiller pour une fouille au corps (comme dans 55% des cas). Pendant 10min, il dut rester debout, nu, avec un autre garçon, et en hiver.
Les mois de détention, en attente du procès et ultérieurement s’ils sont condamnés, se passent dans l’aile des mineurs de l’établissement pour les prisonniers de sécurité. «Ils ne parlent pas à leurs familles pendant des mois et n’ont droit qu’à une visite par mois, à travers une vitre», explique Bayadsi.
On arrête beaucoup moins de filles palestiniennes que de garçons. Mais il n’y a pas de bâtiment spécial pour elles, donc elles sont détenues dans la prison Sharon pour femmes, avec les adultes.
Le procès
Le tribunal est d’habitude l’endroit où les parents voient leur enfant pour la première fois, parfois plusieurs semaines après l’arrestation. Les larmes sont la réaction la plus courante à la vue du jeune détenu, qui porte un uniforme de prison et des menottes, avec un nuage d’incertitude pesant sur tout. Les gardes du Service des prisons d’Israël n’autorisent pas les parents à approcher du jeune et les orientent vers le banc des visiteurs. Le conseiller de la défense est payé soit par la famille, soit par l’Autorité palestinienne.
A une récente audience de renvoi pour plusieurs détenus, un garçon n’arrêtait pas de sourire à la vue de sa mère, tandis qu’un autre baissait les yeux, peut-être pour cacher ses larmes. Un autre détenu a chuchoté à sa grand-mère qui était venue lui rendre visite:«Ne t’inquiète pas, dis à tout le monde que je vais bien». Le garçon à côté est resté silencieux, regardant sa mère qui lui disait d’un mouvement des lèvres:«Omari, je t’aime».
Alors que les enfants et leurs familles essaient d’échanger quelques mots et des regards, la procédure continue. Comme dans un univers parallèle.
Le marché
La grande majorité des procès pour les jeunes se termine par une négociation — safka en arabe, un mot que les enfants palestiniens connaissent bien. Même s’il n’y a pas de preuve sérieuse pour impliquer le garçon dans des jets de pierre, une négociation de peine est souvent l’option choisie. Si le détenu ne l’accepte pas, le procès peut durer longtemps et il sera maintenu en détention jusqu’à la fin de la procédure.
La condamnation dépend presque entièrement des preuves fournies dans les aveux, dit l’avocat Gerard Holton, de la Military Court Watch (Veille sur les tribunaux militaires), une association palestino-britannique dont l’agenda, selon le site web, est de «surveiller le traitement des enfants sous détention militaire israélienne». Selon Horton, qui est basé à Jérusalem, les mineurs sont plus enclins à avouer s’ils ne connaissent pas leurs droits, sont effrayés et ne reçoivent ni soutien ni répit jusqu’à ce qu’ils avouent. Parfois on dira à un détenu qui n’avoue pas qu’il peut s’attendre à être confronté à une série de comparutions devant le tribunal. A un certain moment, le jeune même le plus dur désespérera, explique l’avocat.
Le bureau du porte-parole des Forces de défense a déclaré en réponse:«Les mineurs ont le droit d’être représentés par un avocat, comme tout autre accusé, et ils ont le droit de conduire leur défense de la manière qu’ils choisissent. Parfois ils choisissent d’avouer leur culpabilité dans le cadre d’une négociation de peine mais s’ils ne plaident pas coupable, une procédure incluant l’audition des preuves est menée, comme dans les procédures [des cours civiles] en Israël, à la conclusion de laquelle une décision juridique est prise sur la base des preuves présentées à la cour. Les délibérations ont lieu dans un bref délai et se déroulent avec efficacité et dans le respect des droits de l’accusé».
Gérer la communauté
Selon les données collectées par l’ONG palestino-britannique, 97% des jeunes arrêtés par les Forces de défense vivent dans des localités relativement petites qui ne sont pas à plus de deux kilomètres d’une colonie. Il y a un certain nombre de raisons pour cela. L’une d’elles est la friction constante — physique et géographique — entre Palestiniens, d’un côté, et soldats et colons de l’autre. Cependant, selon Horton, il y a une autre manière, non moins intéressante, d’interpréter ce chiffre: à savoir du point de vue d’un commandant des Forces de défense, dont la mission est de protéger les colons.
Dans les cas d’incidents de jets de pierre, dit-il, l’hypothèse du commandant est que les Palestiniens impliqués sont jeunes, entre 12 et 30 ans, et qu’ils viennent du village le plus proche. Souvent l’officier se tournera vers un collaborateur résidant dans le village qui lui fournit les noms de quelques garçons.
L’étape suivante est «d’entrer dans le village de nuit et de les arrêter», poursuit Horton. «Et que les jeunes soient ceux qui ont lancé les pierres ou non, vous avez déjà effrayé tout le village» — ce qui est, dit-il, un «outil efficace» pour gérer une communauté.
«Quand tant de mineurs sont arrêtés comme cela, il est clair que certains d’entre eux seront innocents», observe-t-il. «Le point est que cela doit arriver tout le temps, parce que les garçons grandissent et de nouveaux enfants apparaissent sur la scène. Chaque génération doit sentir le bras puissant des Forces de défense».
Selon le bureau du porte-parole des Forces de défense:«Dans les dernières années, beaucoup de mineurs, certains très jeunes, ont été impliqués dans des incidents violents, des provocations et même du terrorisme. Dans de tels cas, il n’y a pas d’alternative, il faut instituer des mesures, y compris des interrogatoires, de la détention et des procès, dans les limites de la loi et selon ce qui y est stipulé. Dans le cadre de ces procédures, les Forces de défense opèrent en respectant et préservant les droits des mineurs. Quand on applique la loi contre eux, leur âge est pris en compte».
«Donc, depuis 2014, parmi d’autres mesures, dans certaines circonstances, les mineurs sont convoqués au poste de police et ne sont pas arrêtés chez eux. De plus, les procédures relatives aux mineurs ont lieu dans le tribunal militaire pour mineurs, qui examine l’importance du délit attribué au mineur et le danger qu’il pose, tout en prenant en considération son jeune âge et sa situation particulière. Toute allégation de violence de la part des soldats des Forces de défense est examinée et les cas dans lesquels les actions des soldats sont jugées incorrectes sont traités avec sévérité».
Le service de sécurité du Shin Bet a déclaré en réponse:«Le Shin Bet, en collaboration avec les Forces de défense et la police d’Israël, agit contre tout élément qui menace de nuire à la sécurité d’Israël et aux citoyens de ce pays. Les organisations terroristes utilisent massivement des mineurs et les recrutent pour mener des activités terroristes et il y a une tendance générale à impliquer des mineurs dans des activités terroristes dans le cadre d’initiatives locales. Les interrogatoires de personnes soupçonnées de terrorisme sont menés par le Shin Bet selon la loi et sont soumis à une supervision et à un examen interne et externe, à tous les niveaux de l’appareil judiciaire. Les interrogatoires de mineurs sont menés avec une sensibilité particulière et en tenant compte de leur jeune âge».
Khaled Mahmoud Selvi, arrêté à 14 ans (octobre 2017)
«J’ai été arrêté quand j’avais 14 ans, tous les garçons de la famille ont été arrêtés cette nuit. Un an après, j’ai été encore arrêté, avec mon cousin. ils ont dit que j’avais brûlé des pneus. C’est arrivé pendant que je dormais. Ma mère m’a réveillé. Je pensais qu’il était temps d’aller à l’école, mais quand j’ai ouvert les yeux, j’ai vu les soldats au-dessus de moi. Ils m’ont dit de m’habiller, ils m’ont menotté et m’ont emmené dehors. Je portais une chemise à manches courtes et il faisait froid cette nuit-là. Ma mère les a suppliés de me laisser mettre une veste, mais ils ont refusé. Finalement, elle a jeté la veste sur moi, mais ils ne m’ont pas laissé enfiler les bras dans les manches.
Ils m’ont emmené à la colonie de Karmei Tzur avec les yeux bandés et j’avais le sentiment qu’ils ne faisaient que conduire en rond. Quand j’ai marché, il y avait un fossé sur la route et ils m’ont poussé dedans et je suis tombé. De là, ils m’ont emmené à Etzion [au poste de police]. Là ils m’ont mis dans une pièce et les soldats n’arrêtaient pas d’entrer tout le temps et de me donner des coups de pied. Quelqu’un est passé et a dit que si je n’avouais pas, ils me laisseraient en prison pour le reste de ma vie.
A 7h du matin, ils m’ont dit que l’interrogatoire commençait. J’ai demandé à aller aux toilettes avant. Mes yeux étaient bandés et un soldat a mis une chaise devant moi. J’ai trébuché. L’interrogatoire a continué pendant une heure. Ils m’ont dit qu’ils m’avaient vu brûler des pneus et que cela interférait avec le trafic aérien. Je leur ai dit que ce n’était pas moi. Je n’ai pas vu un avocat avant l’après-midi et il a demandé aux soldats de nous apporter de la nourriture. C’était la première fois que je mangeais depuis mon arrestation la nuit d’avant.
A 19h, j’ai été envoyé à la prison d’Ofer et j’y suis resté six mois. Pendant cette période, j’ai été au tribunal plus de dix fois. Et il y a eu aussi un autre interrogatoire, parce qu’on a dit à un ami à moi pendant qu’il était interrogé que s’il n’avouait pas et ne donnait pas des informations sur moi, ils feraient venir sa mère et l’abattraient devant ses yeux. Alors il a avoué et il les a informés. Je ne suis pas en colère contre lui. C’était sa première arrestation, il avait peur».
Khaled Shtaiwi, arrêté à 13 ans (novembre 2018)
L’histoire de Khaled est racontée par son père, Murad Shatawi:«La nuit où il a été arrêté, un coup de téléphone de mon neveu m’a réveillé. Il a dit que la maison était entourée de soldats. Je me suis levé et habillé parce que je m’attendais à ce qu’ils m’arrêtent, à cause des manifestations non-violentes que j’organise le vendredi. Je n’ai jamais imaginé qu’ils prendraient Khlaed. Ils m’ont demandé le nom de mes fils. Je leur ai dit Mumen et Khaled. Quand j’ai dit Khaled, ils ont dit, `Oui, lui. Nous sommes ici pour l’emmener´. J’étais en état de choc, tant de soldats pour arrêter un garçon de 13 ans.
Ils l’ont menotté et lui ont mis un bandeau sur les yeux et l’ont conduit vers l’est à pied, vers la colonie de Kedumim, jurant tout le temps et le frappant un peu. Je voyais tout cela de la fenêtre. ils m’ont donné un document montrant que c’était une arrestation légale et que je pouvais venir au poste de police. Quand j’y suis arrivé, je l’ai vu à travers un petit trou dans la porte. Il était menotté et avait un bandeau sur les yeux.
Il est resté comme cela depuis le moment où ils l’ont arrêté jusqu’à 15h le jour suivant. C’est une image qui ne me quitte pas; je ne sais pas comment je vais continuer à vivre avec cette image dans ma tête. Il était accusé d’avoir jeté des pierres, mais après quatre jours ils l’ont relâché, parce qu’il n’a pas avoué et qu’il n’y avait aucune autre preuve contre lui. Pendant le procès, quand le juge voulait parler à Khaled, il devait se pencher en avant pour le voir parce que Khaled était si petit.
Qu’est-ce que cela faisait de le voir comme cela? Je suis son père. Cela dit tout. Il n’en a pas parlé depuis qu’il est sorti, il y a trois mois. C’est un problème. J’organise maintenant un ‘jour de psychologie’ dans le village pour aider tous les enfants ici qui ont été arrêtés. Des 4500 personnes dans le village, 11 enfants de moins de 18 ans ont été arrêtés; cinq avaient moins de 15 ans».
Omar Rabua Abu Ayyash, arrêté à l’âge de 10 ans (décembre 2018)
Omar a l’air petit pour son âge. Il est timide et tranquille et c’est difficile de lui parler de l’arrestation, donc des membres de sa famille racontent les événements à sa place.
La mère d’Omar:«C’est arrivé à 10h du matin un vendredi, quand il n’y a pas d’école. Omar jouait devant la maison, il jetait des pierres à des oiseaux qui pépiaient dans les arbres. Les soldats qui étaient ici dans la tour de garde de l’autre côté, ont remarqué ce qu’il faisait et ont couru vers lui. Il a couru mais ils l’ont rattrapé et l’ont jeté par terre. Il a commencé à pleurer et il a mouillé son pantalon. Ils lui ont donné des coups de pied plusieurs fois.
Sa grand-mère, qui vit ici plus bas, est sortie immédiatement et a essayé de l’arracher aux soldats, ce qui a causé une lutte et des cris. A la fin, ils l’ont laissé seul et il est retourné à la maison et s’est changé. Un quart d’heure plus tard, les soldats sont revenus, cette fois avec leur commandant qui a dit qu’il devait arrêter le gamin pour jet de pierres. Quand les autres enfants de la famille ont vu les soldats dans la maison, ils ont aussi mouillé leur pantalon».
Le père d’Omar continue l’histoire:«J’ai dit au commandant qu’il avait moins de 12 ans et que je devais l’accompagner, donc j’ai roulé avec lui dans la jeep à la colonie de Karmei Tzur. Là les soldats lui ont dit de ne plus jeter de pierres et que s’il voyait d’autres enfants le faire, il devait leur dire. A partir de là ils l’ont emmené dans les bureaux de l’Autorité palestinienne à Hébron. Toute l’histoire a pris 12 heures. Ils lui ont donné quelques bananes à manger pendant ces heures. Maintenant chaque fois que les enfants voient une jeep militaire ou des soldats, ils rentrent à l’intérieur. Ils ont cessé de jouer à l’extérieur depuis. Avant l’incident, les soldats avaient l’habitude de venir ici jouer au football avec les enfants. Maintenant ils ont aussi cessé de venir».
Tareq Shtaiwi, arrêté à 14 ans (janvier 2019)
«Il était environ 14h. J’avais de la fièvre ce jour là, donc Papa m’a envoyé chez mon cousin dans la maison à côté, parce que c’est presque le seul endroit dans le village avec du chauffage. Brusquement des soldats sont apparus. Ils m’ont vu les regarder par la fenêtre, donc ils ont tiré sur la porte du bâtiment, l’ont défoncée et ont commencé à monter à l’étage. J’étais effrayé, donc j’ai couru du second au troisième étage, mais ils m’ont arrêté en route et m’ont emmené dehors. Les soldats n’ont pas voulu me laisser prendre mon manteau, même s’il faisait froid et que j’étais malade. Ils m’ont emmené à pied à Kedumim, menotté et les yeux bandés. Ils m’ont assis sur une chaise. J’ai entendu les fenêtres et les portes qu’on fermait brutalement, je pense qu’ils essayaient de me faire peur.
Peu de temps après, ils m’ont emmené de Kedumim à Ariel, j’y étais pendant cinq/six heures. Ils m’ont accusé d’avoir lancé des pierres quelques jours plus tôt avec mon ami. Je leur ai dit que je n’avais jamais lancé de pierres. Le soir ils m’ont déplacé vers le bâtiment de détention de Hawara; un des soldats m’a dit que je n’en partirai jamais. Le matin j’ai été déplacé à la prison de Meggido. Ils n’avaient pas d’unformes de prisonniers à ma taille, donc ils m’ont donné des vêtements d’enfants palestiniens qui avaient été là avant et les avaient laissé pour les prochains. J’étais le plus jeune de la prison.
J’ai eu trois auditions au tribunal et après 12 jours, à la dernière audition, ils m’ont dit que cela suffisait, que mon père paierait une amende de 2000 shekels [488 euros] et que j’avais une condamnation de trois ans avec sursis. Le juge m’a demandé ce que j’avais l’intention de faire en sortant, je lui ai dit que je retournerai à l’école et que je n’irai plus au troisième étage. Depuis mon arrestation, mon plus jeune frère qui a 7 ans a peur de dormir dans la chambre des enfants et va dormir avec mes parents».
Adham Ahsoun, arrêté en octobre 2018, le jour de son 15è anniversaire
«Le jour de mon 15è anniversaire, je suis allé à la boutique du village pour acheter quelques trucs. Vers 19h30, des soldats sont entrés dans le village et des enfants ont commencé à leur jeter des pierres. Sur le chemin du retour avec mon sac, ils m’ont attrapé. Ils m’ont amené à l’entrée du village et m’ont mis dans une jeep. Un des soldats a commencé à me frapper. Ensuite ils m’ont mis des menottes en plastique et ont bandé mes yeux et m’ont pris comme cela vers la base militaire de Karnei Shomron. J’étais là pour à peu près une heure. Je ne pouvais rien voir, mais j’avais le sentiment qu’un chien me reniflait. J’avais peur. De là ils m’ont emmené à une autre base militaire et m’ont laissé là pour la nuit. Ils ne m’ont rien donné à manger ou à boire.
Le matin, ils m’ont déplacé vers le centre d’interrogatoire d’Ariel. L’interrogateur m’a dit que les soldats m’avaient pris en train de jeter des pierres. Je lui ai dit que je n’avais pas jeté de pierres, que j’étais sur le chemin du retour, de la boutique à ma maison. Alors il a appelé les soldats dans la salle d’interrogatoire. Ils ont dit:«Il ment, nous l’avons vu, il jetait des pierres». Je lui ai dit que, vraiment, je n’avais pas lancé de pierres, mais il a menacé d’arrêter ma mère et mon père. J’ai paniqué. Je lui ai demandé:«Qu’est-ce que vous voulez de moi?». Il a dit qu’il voulait que je signe que je jetais des pierres aux soldats, donc j’ai signé. Tout ce temps, je n’ai pas vu ou parlé à un avocat.
Ma négociation était que j’avouerais et servirais une peine de prison de cinq mois. Par la suite, ils m’ont fait une remise d’un tiers pour bonne conduite. Je suis sorti au bout de trois mois et avec une amende de 2000 shekels [488 euros]. En prison j’ai essayé de rattraper ce que je manquais à l’école. Les enseignants m’ont dit qu’ils prendraient seulement en compte les notes du second semestre, donc cela ne diminuerait pas mes chances d’être accepté pour des études d’ingénieur à l’université».
Muhmen Teet, arrêté à 13 ans (novembre 2017)
«A 3h du matin, j’ai entendu frapper à la porte. Papa est venu dans la pièce et a dit qu’il y avait des soldats dans le salon et qu’ils voulaient qu’on leur montre nos cartes d’identité. L’officier commandant a dit à mon père qu’ils m’emmenaient à Etzion pour interrogatoire. Dehors, ils m’ont menotté, m’ont mis un bandeau sur les yeux et m’ont mis dans un véhicule militaire. Nous sommes allés dans la maison de mon cousin; ils l’ont aussi arrêté, De là nous sommes allés à Karmei Tzur et avons attendu, menottés, les yeux bandés, jusqu’au matin.
Le matin, ils ont seulement pris mon cousin pour l’interrogatoire, pas moi. Après son interrogatoire, ils nous ont emmené à la prison d’Ofer. Après une journée là, ils nous ont ramenés à Etzion et ont dit qu’ils allaient m’interroger. Avant l’interrogatoire, ils m’ont emmené dans une pièce, où il y avait un soldat qui m’a giflé. Après m’avoir frappé dans une pièce, il m’a emmené dans la salle d’interrogatoire. L’interrogateur a dit que j’étais responsable d’avoir brûlé des pneus et qu’à cause de cela le verger à côté de la maison avait pris feu. J’ai dit que ce n’était pas moi, et j’ai signé un document que l’interrogateur m’a donné. Le document était aussi imprimé en arabe, mais l’interrogateur l’a rempli en hébreu. Ils m’ont ramené à la prison d’Ofer.
J’ai eu sept auditions au tribunal parce qu’à la première audition, j’ai dit que je n’avais pas eu l’intention d’avouer, que je ne comprenais simplement pas ce que j’avais signé et que ce n’était pas vrai. Alors ils m’ont renvoyé pour un autre interrogatoire. Encore une fois, je n’ai pas avoué. Alors ils m’ont envoyé en interrogatoire encore une fois et encore une fois je n’ai pas avoué. Voilà comment c’était pendant trois interrogatoires. A la fin, mon avocat a négocié avec le procureur que si j’avouais au tribunal — ce que j’ai fait — et si ma famille payait 4000 shekels [976 euros], ils me relâcheraient.
Je suis un bon élève, j’aime le football, autant jouer que regarder. Depuis l’arrestation, je me promène à peine dehors».
Khalil Zaakiq, arrêté à 13 ans (janvier 2019)
«Vers 2 h du matin, quelqu’un a frappé à la porte. Je me suis réveillé et j’ai vu plein de soldats dans la maison. Ils ont dit que nous devions tous nous asseoir sur le divan du salon et ne pas bouger. Le commandait a appelé Uday, mon grand frère, lui a dit de sh’abiller et l’a informé qu’il était arrêté. C’était la troisième fois qu’ils l’arrêtaient. Mon père a aussi été arrêté une fois. Tout à coup, ils m’ont dit de mettre mes chaussures aussi et d’aller avec lui.
Ils nous ont emmenés hors de la maison et nous ont lié les mains et couvert les yeux pendant trois heures. Nous sommes allés comme cela à pied à la base de Karmei Tzur. Là ils m’ont assis sur le sol avec les mains liés et les yeux bandés pendant environ trois heures. Vers 5 h du matin, ils nous ont emmenés à Etzion. Sur la route dans la jeep, ils nous ont frappés, ils m’ont giflé. A Etzion on m’a envoyé pour être examiné par un médecin. Il m’a demandé si j’avais été battu et j’ai dit oui. Il n’a rien fait, seulement vérifié ma tension et il a dit que je pouvais supporter un interrogatoire.
Mon interrogatoire a commencé à 8 h du matin. Ils m’ont demandé de leur dire quels enfants jetaient des pierres. J’ai dit que je ne savais pas, alors l’interrogateur m’a donné une gifle. L’interrogatoire a duré quatre heures. Après ils m’ont mis dans une pièce obscure pour 10 min, et ensuite ils m’ont ramené à la salle d’interrogatoire, mais là ils ont seulement pris mes empreintes et m’ont placé dans une cellule de détention pour une heure. Après une heure, Uday et moi avons été emmenés à la prison d’Ofer. Je n’ai pas signé d’aveu, ni sur moi-même, ni sur d’autres.
Je suis sorti après neuf jours, parce que je n’étais coupable de rien. Mes parents ont eu à payer 1000 shekels [244 euros] de caution. Mon petit frère, qui a dix ans, a vraiment peur depuis. Chaque fois que quelqu’un frappe à la porte, il mouille son pantalon».
Netta Ahituv -
24.03.19
Source: Aurdip/Haaretz
!! Ce 25.03 une nouvelle arrestation en pleine école d'un enfant de 8 ans!!
Source: Almanar
Un expert de l’ONU: Israël prive les Palestiniens d’eau potable

Israël prive des millions de Palestiniens d’accès régulier à de l’eau potable tout en prélevant des pierres de leurs terres "en ce qui apparaît comme un acte de pillage", a dit lundi un investigateur de l’ONU sur les droits humains
Michael Lynk, rapporteur spécial de l’ONU sur les droits humains dans les territoires palestiniens, a dit qu’Israël «continue à étendre ses colonies à plein régime en Cisjordanie, ce que les Nations Unies et de nombreux pays considèrent illégal. Il y a quelque 20 à 25 000 nouveaux colons par an», a-t-il dit.
Il s’adressait au Conseil des droits humains dont le débat a été boycotté par la délégation israélienne pour ce qu’elle considère être un profond parti pris contre elle. «Dans son dernier rapport grotesque, Mr Lynk s’abaisse encore plus bas et (accuse) l’État juif de vol» a dit la mission israélienne à Genève dans une déclaration à Reuters.
Elle accuse Lynk d’être un défenseur connu des Palestiniens.
Les États Unis, principal allié d’Israël, a quitté l’an dernier le forum qui compte 47 membres, l’accusant lui aussi d’une inclinaison anti israélienne.
«À Gaza, la disparition de la nappe phréatique côtière, seule source d’eau potable de la bande de Gaza, et désormais presque inappropriée à la consommation humaine, contribue à une grave crise sanitaire qui touche les deux millions de Palestiniens qui vivent là » a dit Lynk.
«Malgré le retrait des colons et de l’armée israéliens de Gaza en 2005, Israël a maintenu un blocus hermétique par air, mer et terre autour de l’enclave côtière», a-t-il dit.
Un programme de 567 millions de dollars (~500 millions €) internationalement soutenu a été monté pour faire face à la grave pénurie d’eau potable à Gaza, par la construction d’usines de désalinisation d’eau de mer, mais des analystes disent que leur réalisation va prendre des années.
«Pour près de cinq millions de Palestiniens vivant sous occupation, la dégradation de leur fourniture d’eau, l’exploitation de leurs ressources naturelles, et l’altération de leur environnement, sont symptomatiques du manque de tout contrôle significatif de leur part sur leur vie quotidienne» a dit Lynk.
En Cisjordanie, des sociétés minières israéliennes extraient quelque 17 millions de tonnes de pierres chaque année, «en dépit de la stricte interdiction faite par le droit international à une puissance militaire de faire une exploitation économique d’un territoire occupé», a dit Lynk.
«La mer morte avec ses abondantes ressources naturelles, dont une partie est en territoire palestinien occupé, est hors de portée de tout développement palestinien, alors que des sociétés israéliennes ont le droit d’extraire ses minéraux par une action qui apparaît comme du pillage», a-t-il ajouté.
Les autorités israéliennes ont dit dans le passé que des sociétés minières israéliennes avaient eu l’ordre de fermer parce qu’elles faisaient courir des risques de sécurité et environnementaux.
L’ambassadeur palestinien Ibrahim Khraishi a appelé Israël à mettre un terme à ce qu’il a appelé un vol de la propriété palestinienne.
«Israël doit cesser son pillage, ce que fait Israël dans les territoires occupés est très éloigné de ses obligations selon le droit et les traités internationaux», a-t-il dit. «C’est encore plus que de l’apartheid».
Stephanie Nebehay -
18.03.19
Source: Agence Medias Palestine
Le court-métrage «Gaza» remporte un «Goya 2019»

A chaque agression israélienne sur la bande de Gaza, une fois que le bombardement a pris fin, la réalité du conflit disparaît des médias
Le documentaire est un voyage à Gaza où, par le biais de divers personnages, nous prenons connaissance de la violation des droits humains dont ils souffrent quotidiennement et de la situation de blocus et d’après-guerre malgré laquelle la population palestinienne de la bande de Gaza tente de survivre.
Un voyage à travers ses villes, ses habitants et aussi, d’une certaine manière, son histoire sous l’occupation israélienne.
Pour les réalisateurs, Carles Bover et Julio Pérez, opter pour le Goya du meilleur court métrage documentaire «est une occasion unique de mettre en lumière la réalité de la population palestinienne dans la bande de Gaza et de rompre ainsi le silence des médias à travers la culture».
Les responsables du court-métrage « Gaza » affirment avoir subi «d’innombrables tentatives de censure».
Le court-métrage, comme d’autres films candidats de la même catégorie, est visible à partir d’aujourd’hui sur le site Web d’EL PAÍS.
«Gaza raconte, à travers divers personnages, la violation quotidienne des droits de l’homme subie par la population palestinienne dans la bande de Gaza et le blocus et la situation d’après-guerre où elle tente de survivre, le tout face au silence complice de la communauté internationale et face à l’impunité d’Israël», se plaignent les cinéastes.
Et ils ajoutent: «Ainsi, le documentaire devient un outil de transformation sociale et, dans le cas des prix Goya, convertit la culture et le cinéma en une arme unique contre la barbarie».
MISE EN GARDE: nous vous proposons ce documentaire d'une vingtaine de minutes, exceptionnel (en arabe, anglais et sous-titré en espagnol), mais vous avertissons que certaines images sont très difficiles à supporter. Cependant, il s'agit bien d'une réalité, quotidienne pour des hommes, femmes et enfants, abandonnés à leur sort par ladite "Communauté internationale" qui en est dès lors non seulement complice mais coupable! Une plaie béante et une honte à la face du monde! (ndlr du MCP)
06.03.19
Source: Chronique de Palestine




