FREE PALESTINE

24 juillet 2017

Shlomo Sand sur antisémitisme et antisionisme

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L’historien israélien Shlomo Sand interpelle Emmanuel Macron sur son discours, tenu en présence de Benjamin Netanyahou, pour la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv : « L’ancien étudiant en philosophie, l’assistant de Paul Ricœur a-t-il si peu lu de livres d’histoire, au point d’ignorer que nombre de juifs, ou de descendants de filiation juive se sont toujours opposés au sionisme sans, pour autant, être antisémites ? »

En commençant à lire votre discours sur la commémoration de la rafle du Vel’d’hiv, j’ai éprouvé de la reconnaissance envers vous. En effet, au regard d’une longue tradition de dirigeants politiques, de droite, comme de gauche, qui, au passé et au présent, se sont défaussés quant à la participation et à la responsabilité de la France dans la déportation des personnes d’origine juive vers les camps de la mort, vous avez pris une position claire et dénuée d’ambiguïté : oui la France est responsable de la déportation, oui il y a bien eu un antisémitisme, en France, avant et après la seconde guerre mondiale. Oui, il faut continuer à combattre toutes les formes de racisme. J’ai vu ces positions comme étant en continuité avec votre courageuse déclaration faite en Algérie, selon laquelle le colonialisme constitue un crime contre l’humanité.

Pour être tout à fait franc, j’ai été plutôt agacé par le fait que vous ayez invité Benjamin Netanyahou, qui est incontestablement à ranger dans la catégorie des oppresseurs, et ne saurait donc s’afficher en représentant des victimes d’hier. Certes, je connais depuis longtemps l’impossibilité de séparer la mémoire de la politique. Peut-être déployez-vous une stratégie sophistiquée, encore non révélée, visant à contribuer à la réalisation d’un compromis équitable, au Proche-Orient ?

J’ai cessé de vous comprendre lorsqu’au cours de votre discours, vous avez déclaré que :

« L’antisionisme… est la forme réinventée de l’antisémitisme ». Cette déclaration avait-elle pour but de complaire à votre invité, ou bien est-ce purement et simplement une marque d’inculture politique ? L’ancien étudiant en philosophie, l’assistant de Paul Ricœur a-t-il si peu lu de livres d’histoire, au point d’ignorer que nombre de juifs, ou de descendants de filiation juive se sont toujours opposés au sionisme sans, pour autant, être antisémites ? Je fais ici référence à presque tous les anciens grands rabbins, mais aussi, aux prises de position d’une partie du judaïsme orthodoxe contemporain. J’ai également en mémoire des personnalités telles Marek Edelman, l’un des dirigeants rescapé de l’insurrection du ghetto de Varsovie, ou encore les communistes d’origine juive, résistants du groupe Manouchian, qui ont péri. Je pense aussi à mon ami et professeur : Pierre Vidal-Naquet, et à d’autres grands historiens ou sociologues comme Eric Hobsbawm et Maxime Rodinson dont les écrits et le souvenir me sont chers, ou encore à Edgar Morin. Enfin, je me demande si, sincèrement, vous attendez des Palestiniens qu’ils ne soient pas antisionistes !

Je suppose, toutefois, que vous n’appréciez pas particulièrement les gens de gauche, ni, peut-être, les Palestiniens ; aussi, sachant que vous avez travaillé à la banque Rothschild, je livre ici une citation de Nathan Rothschild, président de l’union des synagogues en Grande-Bretagne, et premier juif à avoir été nommé Lord au Royaume Uni, dont il devint également la gouverneur de la banque. Dans une lettre adressée, en 1903, à Théodore Herzl, le talentueux banquier écrit : « Je vous le dis en toute franchise : je tremble à l’idée de la fondation d’une colonie juive au plein sens du terme. Une telle colonie deviendrait un ghetto, avec tous les préjugés d’un ghetto. Un petit, tout petit, Etat juif, dévot et non libéral, qui rejettera le Chrétien et l’étranger. » Rothschild s’est, peut-être, trompé dans sa prophétie, mais une chose est sûre, cependant : il n’était pas antisémite !

Il y a eu, et il y a, bien sûr, des antisionistes qui sont aussi des antisémites, mais je suis également certain que l’on trouve des antisémites parmi les thuriféraires du sionisme. Je puis aussi vous assurer que nombre de sionistes sont des racistes dont la structure mentale ne diffère pas de celle de parfaits judéophobes : ils recherchent sans relâche un ADN juif (ce, jusqu’à l’université où j’enseigne).

Pour clarifier ce qu’est un point de vue antisioniste, il importe, cependant, de commencer par convenir de la définition, ou, à tout le moins, d’une série de caractéristiques du concept : « sionisme » ; ce à quoi, je vais m’employer le plus brièvement possible.

Tout d’abord, le sionisme n’est pas le judaïsme, contre lequel il constitue même une révolte radicale. Tout au long des siècles, les juifs pieux ont nourri une profonde ferveur envers leur terre sainte, plus particulièrement pour Jérusalem, mais ils s’en sont tenus au précepte talmudique qui leur intimait de ne pas y émigrer collectivement, avant la venue du Messie. En effet, la terre n’appartient pas aux juifs mais à Dieu. Dieu a donné et Dieu a repris, et lorsqu’il le voudra, il enverra le Messie pour restituer. Quand le sionisme est apparu, il a enlevé de son siège le « Tout Puissant », pour lui substituer le sujet humain actif.

Chacun de nous peut se prononcer sur le point de savoir si le projet de créer un Etat juif exclusif sur un morceau de territoire ultra-majoritairement peuplé d’Arabes, est une idée morale. En 1917, la Palestine comptait 700.000 musulmans et chrétiens arabes et environ 60.000 juifs dont la moitié étaient opposés au sionisme. Jusqu’alors, les masses du peuple yiddish, voulant fuir les pogroms de l’empire Russe, avaient préféré émigrer vers le continent américain, que deux millions atteignirent effectivement, échappant ainsi aux persécutions nazies (et à celles du régime de Vichy).

En 1948, il y avait en Palestine : 650 000 juifs et 1,3 million de musulmans et chrétiens arabes dont 700.000 devinrent des réfugiés : c’est sur ces bases démographiques qu’est né l’Etat d’Israël. Malgré cela, et dans le contexte de l’extermination des juifs d’Europe, nombre d’antisionistes sont parvenus à la conclusion que si l’on ne veut pas créer de nouvelles tragédies, il convient de considérer l’Etat d’Israël comme un fait accompli irréversible. Un enfant né d’un viol a bien le droit de vivre, mais que se passe-t-il si cet enfant marche sur les traces de son père ?

Et vint l’année 1967 : depuis lors Israël règne sur 5,5 millions de Palestiniens, privés de droits civiques, politiques et sociaux. Ils sont assujettis par Israël à un contrôle militaire : pour une partie d’entre eux, dans une sorte de « réserve d’Indiens » en Cisjordanie, tandis que d’autres sont enfermés dans un « réserve de barbelés » à Gaza (70% de ceux-ci sont des réfugiés ou des descendants de réfugiés). Israël, qui ne cesse de proclamer son désir de paix, considère les territoires conquis en 1967 comme faisant intégralement partie de « la terre d’Israël », et s’y comporte selon son bon vouloir : jusqu’à présent, 600 000 colons israéliens juifs y ont été installés….et cela n’est pas terminé !

Est-cela le sionisme d’aujourd’hui ? Non ! Répondront mes amis de la gauche sioniste qui ne cesse de se rétrécir, et ils diront qu’il faut mettre fin à la dynamique de la colonisation sioniste, qu’un petit Etat palestinien étroit doit être constitué à côté de l’Etat d’Israël, que l’objectif du sionisme était de fonder un Etat où les juifs exerceront la souveraineté sur eux-mêmes, et non pas de conquérir dans sa totalité « l’antique patrie ». Et le plus dangereux dans tout cela, à leurs yeux : l’annexion des territoires occupé constitue une menace pour Israël en tant qu’Etat juif.

Voici précisément le moment de vous expliquer pourquoi je vous écris, et pourquoi, je me définis comme non-sioniste, ou antisioniste, sans pour autant devenir antijuif. Votre parti politique inscrit, dans son intitulé : « La République », c’est pourquoi je présume que vous êtes un fervent républicain. Et dussé-je vous étonner : c’est aussi mon cas. Donc, étant démocrate et républicain, je ne puis, comme le font sans exception tous les sionistes, de droite comme de gauche, soutenir un Etat juif. Le Ministère de l’Intérieur israélien recense 75% de ses citoyens comme juifs, 21% comme musulmans et chrétiens arabes et 4% comme « autres » (sic). Or, selon l’esprit de ses lois, Israël n’appartient pas à l’ensemble des Israéliens, mais aux juifs du monde entier qui n’ont pas l’intention de venir y vivre. Ainsi, par exemple, Israël appartient beaucoup plus à Bernard Henry-Lévy et à Alain Finkielkraut qu’à mes étudiants palestino-israéliens qui s’expriment en hébreu, parfois mieux que moi-même ! Israël espère aussi qu’un jour viendra où tous les gens du CRIF, et leurs « supporters » y émigreront ! Je connais même des français antisémites que cette perspective enchante ! En revanche, on a pu entendre deux ministres israéliens, proches de Benjamin Nétanyahou, émettre l’idée selon laquelle il faut encourager le « transfert » des Israéliens arabes, sans que personne n’ait émis la demande qu’ils démissionnent de leurs fonctions.

Voilà pourquoi, Monsieur le Président, je ne peux pas être sioniste. Je suis un citoyen désireux que l’Etat dans lequel il vit soit une République israélienne, et non pas un Etat communautaire juif. Descendant de juifs qui ont tant souffert de discriminations, je ne veux pas vivre dans un Etat, qui, par son autodéfinition, fait de moi un citoyen doté de privilèges. A votre avis, Monsieur le Président : cela fait-il de moi un antisémite ?

Shlomo Sand, historien israélien
(Traduit de l’hébreu par Michel Bilis)

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12 ans de BDS

Global BDS Movement
9 Juillet 2017

Comité BDS national palestinien ( Palestinian BDS National Committee )

Le 9 Juillet 2017 marque la douzième année du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS). Cela fait 12 ans qu’une coalition aussi large que diversifiée à travers la société palestinienne a surmonté d’incroyables obstacles pour s’unir autour de trois droits fondamentaux palestiniens et sur un chemin de lutte non-violente, inclusive et antiraciste pour les atteindre. Malgré la fragmentation, l’occupation militaire, la ségrégation et la dépossession, nous nous sommes réunis pour affirmer le droit de notre peuple à la liberté, la justice, l’égalité et à la dignité.

L’appel au BDS de 2005 incarne un soutien massif palestinien pour exiger la fin de l’occupation militaire israélienne et le démantèlement de son mur illégal, la fin de son système institutionnalisé et légalisé de discrimination raciale, qui correspond à la définition d’apartheid selon l’ONU, et le droit des réfugiés à retourner sur leur terre, comme stipulé dans le droit international.

Inspirés par le mouvement anti apartheid sud africain et le mouvement des droits civiques américain, des groupes représentant tous les Palestiniens en appellent aux personnes de conscience à travers le monde à adopter ces moyens de pressions en soutien à la lutte pour nos droits. Le BDS demande le boycott et des initiatives de désinvestissement dans les milieux académique, culturel, économique et sportif et à faire pression sur les états afin qu’ils prennent des sanctions significatives contre Israël jusqu’à ce qu’il remplisse pleinement ses obligations devant le droit international.

Vous ne nous avez pas laissé tomber.

BDS fête ses 12 ans cette semaine et voici 12 nouvelles qui montrent l’impact grandissant de notre mouvement en 2017 :

1. Un rapport de l’ONU a établit qu’Israël impose un système d’apartheid sur la totalité du peuple palestinien et appelle à des mesures de BDS pour mettre fin à ce régime d’apartheid.

2. L’église Mennonite aux USA vient de voter à 98% pour un désinvestissement des entreprises qui tirent profit de l’occupation israélienne. Cela fait suite à l’adoption de pratiques similaires ces dernières années par plusieurs églises protestantes, dont l’Église Presbytérienne, l’Église Unie du Christ et l’Église Méthodiste Unie. La résolution des Mennonites encourage aussi les membres de l’église à boycotter les produits venant des colonies israéliennes illégales construites sur des terres volées aux Palestiniens.

3. Une victoire du droit au boycott : le parlement espagnol a affirmé que le droit de soutenir les droits des Palestiniens par le BDS est protégé par la liberté d’expression et d’association. Le gouvernement du Royaume Uni a perdu son procès contre Palestine Solidarity Campaign et ses alliés dans une décision affirmant l’interdiction pour le gouvernement de restreindre le droit des autorités locales à se désengager de sociétés complices des violations par Israël des droits humains des Palestiniens. Le parlement suisse a stoppé les tentatives du lobby israélien de criminaliser le soutien au BDS.

4. La plus grande fédération syndicale de Norvège, représentant près d’un million de travailleurs, a adopté un boycott complet d’Israël afin d’obtenir les droits des Palestiniens selon le droit international.

5. Le syndicat des médecins libanais ne travaille plus avec G4S, la plus grande entreprise de sécurité au monde, à la suite d’une campagne menée par des militants de boycott au Liban, préoccupés par la complicité  de la société dans les violations israéliennes des droits humains palestiniens.

G4S a également essuyé ses premières pertes en Équateur, où un institut de recherche ne renouvela pas son contrat avec l’entreprise à la suite d’une campagne BDS. La direction d’une  compagnie californienne de transports  ne renouvela pas son contrat avec G4S après qu’une coalition pour les droits humains et du travail, dont des militants BDS, mirent en lumière le rôle de la société dans des violations des droits humains en Palestine et aux États-Unis.

Ces avancées font suite à de nombreuses victoires du BDS dans les années passées contre G4S en Jordanie, Colombie, Finlande, Royaume Uni, Afrique du Sud, au Parlement Européen, parmi d’autres pays et institutions, qui ont forcé la société à vendre la plupart de ses marchés israéliens illégaux.

6. Le plus important opérateur de transports publics d’Israël a perdu un contrat de 190 millions d’euros pour la gestion des transports publics en Hollande.

7. Le conseil municipal de la ville de Barcelone a adopté un guide des pratiques éthiques qui exclue les entreprises impliquées dans l’occupation militaire israélienne. Dans les années passées, des dizaines de conseils municipaux en Espagne se sont déclarés  “zones libres de l’apartheid israélien.”

8. Une coalition palestinienne d’organisations chrétiennes  appelé le Conseil Mondial des Eglises à soutenir le mouvement BDS pour les droits humains palestiniens.

9. Une vague de boycotts a touché le festival international du film LGBT de Tel Aviv : des artistes du monde entier ont respecté la ligne du boycott culturel palestinien. Un réalisateur primé Sud-africain, dont le film avait été programmé pour faire l’ouverture du festival, figurait parmi les artistes qui annulèrent leur participation au festival.

10. Deux universités chiliennes annulèrent des évènements sponsorisés par l’ambassade israélienne, et des conseils d’étudiants dans plusieurs universités des États-Unis et d’ailleurs ont voté diverses mesures BDS.

11. Le gouvernement israélien a subi un revers embarrassant après que six joueurs de la Ligue National de Football (NFL) des États-Unis sur onze refusèrent un voyage de propagande tous frais payés, organisé pour améliorer l’image terni d’Israël.

12. Les campagnes de BDS prennent de l’ampleur parmi les citoyens palestiniens d’Israël. En coordination avec les partenaires BDS en Corée du Sud, le Comité BDS des Citoyens Palestiniens d’Israël (BDS48) a lancé une campagne pour boycotter et se désengager de Hyundai Heavy Industries (HHI) jusqu’à ce que la société mette fin à sa complicité dans les violations israéliennes des droits humains palestiniens, particulièrement à Jérusalem et dans le Naqab (Néguev).

Traduction: LG pour BDS France

Source: Comité National Palestien

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18 juin 2017

Déclaration de Georges Ibrahim Abdallah – 17 juin 2017

Déclaration à l'occasion de la manifestation à Paris du 17 juin 2017

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Cher«e»s Camarades, Cher«e»s ami«e»s,

En cette « journée internationale des prisonniers révolutionnaires » ils sont nombreux, très nombreux de par le monde, ceux et celles qui résistent derrière les abominables murs. Souvent dans des conditions particulièrement difficiles, ils arrivent à tenir debout, en dépit de tant d’années de captivité. Certainement la situation aurait été terriblement différente s’ils ne pouvaient pas compter sur la mobilisation solidaire qui permet d’inscrire leur résistance dans la dynamique globale de la lutte en cours.

Cher«e»s Camarades, Cher«e»s ami«e»s, au lendemain de vos diverses initiatives solidaires qui ont accompagné la grève de la faim de nos camarades embastillés dans les geôles sionistes, votre rassemblement aujourd’hui m’apporte beaucoup de force et d’enthousiasme. 

Force est de constater Camarades, qu’à peine les forces d’occupation sioniste ont accepté de satisfaire quelques revendications basiques, les impérialistes de tous bords et leurs affidés réactionnaires arabes ont commencé à mettre tout en œuvre afin de casser l’unité réalisée durant la grève. Les fuites orchestrées ces derniers jours laissent supposer que l’on va essayer de traiter différemment les familles des prisonniers. Ce ne sont que des fuites orchestrées pour le moment.  En attendant la suite, il est de notre devoir, Camarades, de rester vigilants et de dénoncer toute politique de différenciation entre les prisonniers palestiniens ainsi que le traitement de leurs familles. Et peu importe quelle prétendue autorité nationale se chargera de cette sale besogne.

Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur de ces Fleurs et lionceaux embastillés afin que leurs geôliers sionistes comprennent qu’ils ne seront jamais seuls ! 

Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur de la Palestine et sa prometteuse Intifada ! 

La solidarité, toute la solidarité avec les résistants dans les geôles sionistes, et dans les cellules d’isolement au Maroc, en Turquie, aux Philippines et ailleurs de par le monde ! 

La solidarité, toute la solidarité avec les camarades révolutionnaires résistants dans les geôles en Grèce ! 

La solidarité, toute la solidarité avec les jeunes prolétaires des quartiers populaires !  

Le capitalisme n’est plus que barbarie, honneur à tous ceux et celles qui s’y opposent dans la diversité de leurs expressions ! 

Ensemble Camarades, et ce n’est qu’ensemble que nous vaincrons ! 

À vous tous Camarades et ami«e»s mes plus chaleureuses salutations révolutionnaires. 

Votre camarade Georges Abdallah

 

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17 juin 2017

Solidarité avec Georges Ibrahim Abdallah à Bruxelles.

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Le samedi 17 juin, devant le Consulat générale de France à Bruxelles, nous sommes réunis pour porter ici à Bruxelles, les revendications de la manifestation nationale à Paris, organisée par la "Campagne unitaire pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah".

Il est nécessaire de rappeler que Georges Ibrahim Abdallah est arrêté dans le contexte de l’agression contre le Liban et les massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila, en 1982.

Aujourd'hui, 33ans après, Georges Ibrahim Abdallah est toujours en prison. Il est devenu le plus vieux prisonnier politique d'Europe.

Toutes ses demandes de libération conditionnelle, neuf au total, ont été rejetées alors qu'il est libérable depuis 1999 selon le code pénal français qui rend cette libération possible après quinze ans de détention. Les gouvernements états-uniens et celui qui occupe la Palestine s'opposent farouchement à sa libération.

Car il ne s'agit  évidement pas d'une question judiciaire mais éminemment une question politique !

Georges Ibrahim Abdallah est un prisonnier politique.

Le destin de Georges Ibrahim Abdallah est intimement lié à la Palestine et aux souffrances de son peuple.

Depuis 1967, plus de 800 000 Palestiniens ont subi l'emprisonnement à un moment de leur vie. Ceci est un des exemples les plus criants de détention massive, ayant pour objectif de briser la volonté d'un peuple tout entier. Certains de ces prisonniers ont passé plus de 30 ans dans les prisons israéliennes, établissant des records des plus longues détentions politiques à travers le monde. D'autres ont perdu leur vie en raison des mauvais traitements, ou le manque de soins médicaux.

A travers Georges Ibrahim Abdallah c'est en réalité la résistance à l’occupation sioniste de la Palestine que l'on condamne.

Le 17 avril, 1500 prisonniers palestiniens ont lancé une grève de la faim pour une série de revendications. Nous les saluons et les félicitons  pour leur victoire après 40 jours de sacrifice, de fermeté et de lutte sans fin.

Nous saluons les Prisonniers Palestiniens pour avoir obtenu leur victoire non seulement pour eux-mêmes mais aussi pour leurs familles, pour l'ensemble du peuple palestinien et pour le mouvement mondial pour la justice et la liberté.

Maintenant nous le savons, les prisonniers palestiniens ont toujours joué un rôle de premier plan, non seulement en se battant pour leur libération, mais en tant que dirigeants du mouvement de libération nationale palestinienne, organisant et luttant depuis les geôles sioniste.

Les prisonniers palestiniens ont clairement mis en lumière, par la lutte pour la Dignité et la Liberté, le pouvoir de l'unité palestinienne. Les dirigeants emprisonnés de toutes les tendances palestiniennes se sont réunis pour affronter l'occupant. Cette unité était ressentie dans la lutte, dans les rues et à l'intérieur des murs des prisons - et les effets de cette unité ont été ressenties dans la réalisation de la victoire des prisonniers.

Nous saluons les dirigeants de la Résistance Palestinienne qui ont participé à la grève de la faim : Marwan Barghouthi, dirigeant du Fatah ; le secrétaire général du Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP), Ahmad Sa'adat, les dirigeants du FPLP Kamil Abu Hanish et Ahed Abu Ghoulmeh, les prisonniers palestiniens les plus anciens Karim Younes et Nael Barghouthi, les dirigeants du Hamas Abbas Sayyed et Hasan Salameh, les dirigeants du Jihad islamique Zaid Bseiso et Anas Jaradat, le leader du FDLP Wajdi Jawdat, les anciens grévistes Mohammed al-Qeeq et Samer Issawi et des centaines d'autres dirigeants emprisonnés du peuple palestinien.

Le traitement réservé à George Ibrahim Abdallah nous rappel aussi comment nos gouvernement s’inspire des pratiques de l'état sioniste.IMG_20170617_153649

Je pense particulièrement à deux cas emblématique que sont Nizar Trabelsi et Ali Aarrass.

Nizar Trabelsi, condamné en 2003 à 10 ans de prison et extrader après avoir purgé toute sa peine aux USA en 2013.

Ali Aarrass lui a été arrêté le 1er avril 2008 dans l’enclave espagnole de Melilla et extradé deux ans plus tard vers le Maroc. Et  à l’isolement depuis bientôt 10 ans dans des conditions très dures.

Ali Aarrass âgé aujourd’hui de 55 ans, est devenu l’un des visages de la campagne mondiale d’Amnesty International contre la torture, mais le gouvernement belge ne s’en soucis pas.

Que ce soit Ali ou Nizar, on voie que leur cas n’intéresse pas les autorités belges, pire que celle-ci ont collaboré et collabore encore activement avec les gouvernements états-unien ou marocain sous prétexte de leur guerre contre le terrorisme omettant de nous dire qu’ils sont eux même les terroristes numéros un au niveau mondial.

Une pensée particulière également pour Leonard Peltier,Mumia Abu Jamal, RedFawn(militante autochtone incarcérée depuis octobre dernier) et les autres "protecteurs de l’eau" sur la réserve sioux lakota de Standing Rock luttant contre la construction de l’oléoduc DAKOTA ACCESS PIPELINE (DAPL).

En ce jour de solidarité avec Georges Ibrahim Abdallah, une pensée particulière aussi a  tous ceux qui aujourd’hui sont menacé de déchéance de nationalité en Belgique et même d’expulsion pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils ont fait.

Longue vie à Georges Ibrahim Abdallah. Que son exemple serve de référence à la génération de la relève.

Que les hommes épris de paix et de justice dans le Monde nous rejoignent dans ce combat pour la libération de tous les prisonniers politiques qu’ils soient en France, aux Etats Unis, en Belgique, en Palestine, au Maroc...

Mandela a déclaré que notre liberté serait incomplète sans la liberté du peuple palestinien.

Tahya Palestine !!

Vive le droit à la Résistance du peuple palestinien!

                                                                                                                                                         Nordine Saïdi

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Libérez Georges Abdallah (Manif Paris 17 juin 2017)

 

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Le boycott d’Israël (BDS), un devoir moral (un dossier BACBI)

Global BDS Movement

Par Herman De Ley

Ce qui a motivé en premier lieu la rédaction du texte qui suit a été la publication sur Internet du rapport de la CESAO (ONU) sur la façon dont l’État d’Israël traite le peuple palestinien.
Les deux rapporteurs, les professeurs Richard Falk et Virginia Tilley, en viennent à la conclusion que, depuis la Nakba, Israël a instauré un régime d’apartheid, tel que le droit international le définit comme deuxième crime en gravité contre l’humanité. Le rapport insiste également, à ce propos, sur l’obligation légale des autres États membres, ainsi que sur la responsabilité morale de la société civile internationale de mettre un terme à ce régime d’apartheid.

D’emblée, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres était soumis à de lourdes pressions des États-Unis, qui condamnaient le rapport en tant que « propagande anti-israélienne» et, quelques jours après la publication du document, il le faisait retirer d’Internet. De ce fait, pour le mouvement de solidarité internationale avec le peuple
palestinien, il s’agit d’attirer le plus possible une attention de tous les instants sur ce rapport académique pionnier et sur ses recommandations. Partant de nombre de considérations émanant d’un précédent dossier de BACBI (2016) traitant de la collaboration de l’Université de Gand avec le Technion israélien, j’ai tenté, par le texte que voici, de donner une suite à ce « mot d’ordre ».

Tant dans le rapport que dans d’autres publications, Richard Falk insiste sur l’importance de l’actuel mouvement international BDS dans la lutte pour le respect des droits humains du peuple palestinien. On ne peut perdre de vue ici que l’appel à un boycott international émane de la société palestinienne même. Cet appel a vu le jour en 2005 après l’échec, d’abord, de la résistance armée et, ensuite, la faillite du « processus diplomatique de paix » (bloqué dès 2000 suite au refus israélien de mettre un terme à la colonisation de la Cisjordanie).

Il s’agit ici d’un important « changement de paradigme » de la part du monde associatif palestinien face au colonisateur. Au lieu d’une confrontation inégale et désespérée avec une
superpuissance militaire et politique, inconditionnellement soutenue par une puissance mondiale, on a opté pour un « soft power », un pouvoir non violent, autrement dit, pour la
mobilisation de la société civile transnationale et la mise sur pied d’un mouvement mondial de solidarité sur base des principes du droit humanitaire international. De ce fait, le combat s’est mué en une lutte entre deux « légitimités » contradictoires : entre la légitimité de la lutte d’un peuple opprimé pour l’égalité, la justice et l’autodétermination, d’une part, et la légitimité on ne peut plus contestable, d’autre part, d’un régime s’appuyant sur l’expropriation, l’épuration ethnique et des violations quotidiennes du droit international. Les Palestiniens sont occupés à gagner cette « guerre de la légitimité » dans le monde. À l’exemple de l’Afrique du Sud, la pression extérieure du mouvement de solidarité internationale croissant doit amener finalement l’État israélien à opérer un changement de cap fondamental dans sa politique. Plus le mouvement BDS gagnera en force, plus il sera probable que ce revirement aura lieu à l’avenir. Le fait qu’il semble complètement utopique actuellement ne doit en aucun cas nous décourager. En Afrique du Sud aussi, la fin de l’apartheid semblait totalement impensable. Dans le cas des Palestiniens et des Israéliens juifs, il va devoir arriver que, sous quelque forme d’Etat que ce soit, les deux peuples finissent par coexister pacifiquement et sur un pied d’égalité.

Comme on le sait, la critique légitime de la politique palestinienne d’Israël provoque l’accusation d’antisémitisme. Quand, en outre, cette critique s’associe à un plaidoyer en
faveur du boycott, cette accusation gagne exponentiellement en virulence, comme si le droit à l’existence même de l’État d’Israël s’en trouvait remis en question. Via l’agitation, l’intimidation, voire l’agression, cela peut se traduire par une atteinte à la liberté d’expression, et cela vaut également dans les milieux académiques. Dans le dossier qui suit, je tente de façon nuancée mais réaliste d’aborder un débat souvent des plus passionnés.
L’exposé que voici est donc bel et bien « engagé ». Il refuse d’aborder la confrontation entre « Israël » et la « Palestine » comme un « conflit » entre des partenaires plus ou moins égaux, dont la responsabilité est comparable. Entre un occupant et un occupé, il existe dès le départ un déséquilibre incontournable et c’est également le cas entre la violence du premier et la résistance légitime du second. C’est pourquoi le présent dossier prend fait et cause pour l’opprimé et sa lutte pour la justice.

Enfin, ce dossier n’a pas de prétentions scientifiques, mais le profane et « amateur » intéressé peut fournir une contribution au débat de société à condition qu’il se mette à l’oeuvre « en
toute âme et conscience », à partir d’une tentative de faire progresser la vérité. À l’aide d’un large éventail de notes (quelque 170), je vais déjà essayer d’y satisfaire.

Herman De Ley.
Contact : herman.deley@gmail.com
Site web :  BACBI

"Le boycott d'Israël (BDS), un devoir moral" (BACBI-Dossier Nr 3, trad. J.-M. Flémal, pdf, 45p.): click here!

Un rapport récent d'une commission des Nations unies sur la façon dont Israël traite le peuple palestinien conclut que « le matériel de preuves disponible prouve au-delà de tout doute raisonnable qu'Israël se rend coupable (...) du crime d'apartheid ».

Télécharger le document


Publié le 17 mai 2017  sur BACBI
Traduction : Jean-Marie Flémal

La version française du rapport de Richard Falk et Virginia Telley sur l’apartheid israélien

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15 juin 2017

Georges Ibrahim Abdallah, et la perpétuité réelle en France

De Bruxelles à Paris, Solidarité avec George Ibrahim Abdallah

Rassemblement
Solidarité avec George Ibrahim Abdallah

Samedi
17 Juin 2017 de 15:00 à 16:00

Consulat général de France à Bruxelles

42 Boulevard du Régent, 1000 Bruxelles

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Georges Ibrahim Abdallah, et la perpétuité réelle en France, par Sakina Arnaud

Genèse d’un durcissement

La situation de Georges Abdallah a été récemment utilisée par le gouvernement français pour prouver qu’il n’était pas besoin de modifier la loi puisqu’avant son adoption, la perpétuité réelle pouvait exister.

Ainsi, dans le cadre d’une séance tenue le 30 mars 2016 au Sénat, le Garde des Sceaux, monsieur Jean-Jacques Urvoas, répondant aux sénateurs souhaitant qu’un amendement introduise une « perpétuité réelle sans aménagement de peine » a pris pour exemple l’incarcération sans fin de Georges Ibrahim Abdallah.

(extraits) : ”[…] Parce que la perpétuité existe déjà aujourd’hui dans les établissements carcéraux, monsieur le sénateur. Ainsi, Georges Ibrahim Abdallah a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour terrorisme au mois de février 1987. Depuis cette date, il a demandé sa libération conditionnelle à neuf reprises. Or, chaque fois – et à bon droit, de mon point de vue –, elle lui a été interdite. Depuis février 1987, il est en prison, ce qui prouve bien que la perpétuité réelle existe déjà. ” (1)

Ces échanges se tenaient alors qu’il était question de durcir les conditions de la perpétuité réelle avec une procédure d’exception pour les terroristes, avec une période de sûreté de trente ans et une limitation des possibilités d’aménagement de peine et de contournement de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme.

Les deux parlementaires, Philippe Bas et Michel Mercier, qui déposaient le projet de loi, disaient défendre un texte compatible avec les positions défendues par le Conseil Constitutionnel mais aussi par la Cour européenne des droits de l’Homme.

Toutefois, ces deux juridictions imposent une peine de sûreté maximum de 30 ans et prônent le fait que tout homme doit pouvoir espérer une sortie de détention.

Quoiqu’il en soit, le 3 juin 2016, le Journal Officiel de la République Française a introduit dans la législation une loi sans précédent, ou presque. Faisant suite aux attentats qui ont frappé la France le 13 novembre 2015 au Bataclan et au Stade de France, le projet de loi « visant à renforcer la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et à améliorer l’efficacité et les garanties de la procédure pénale » a été définitivement adopté en urgence par le Sénat le 25 mai 2016.

La perpétuité réelle existait depuis 1994 pour les auteurs de meurtre aggravé et d’assassinat commis sur mineur de moins de quinze ans ; elle fut étendue en 2011 aux assassins d’une personne dépositaire de l’autorité publique. La Cour d’Assises pouvait décider dans ces situations, la perpétuité réelle, c’est-à-dire sans libération conditionnelle, en excluant les mesures comme la suspension ou le fractionnement de la peine, le placement à l’extérieur, les permissions de sortir, la semi-liberté et la libération conditionnelle.

Conçue à l’époque comme une loi d’exception contre les auteurs de crimes sordides commis à l’encontre de jeunes enfants, elle a, à ce jour, été prononcée à seulement quatre reprises, dont une s’étant soldée par une diminution de la peine en appel. Depuis mai 2016, la loi d’exception pour « crimes odieux » a été étendue aux crimes de terrorisme (2), dans le contexte de vive émotion qu’a connu la France avec les attentats successifs commis par l’EI .

La situation de Georges Ibrahim Abdallah

La modification du code pénal par la loi du 3 juin 2016, appelle deux débats distincts :

- un sur la perpétuité réelle, son extension aux crimes de terrorisme ;

- un autre sur la situation de Georges Abdallah, utilisé par le gouvernement pour prouver qu’il n’était pas besoin de modifier la loi puisqu’avant son adoption la perpétuité réelle pouvait exister.

Rappelons que Georges Ibrahim Abdallah est condamné pour simple complicité dans des crimes bien différents puisqu’ils ont visé des personnes précises et à ce titre, ne relèvent pas du qualificatif de terroristes, suivant la définition que l’on en retient. De plus, contrairement, à ce qui a pu être dit ou écrit, à plusieurs reprises, des magistrats ont bien jugé que sa peine était purgée et qu’il était libérable.

Ce qui fait débat, ce sont bien les conditions juridiques de sa libération, sachant qu’il n’a aucun titre de séjour en France, et qu’il n’est pas prévu, semble-t-il, de mener la période de liberté conditionnelle dans un autre pays que la France, à savoir le Liban. C’est bien la condition d’un titre d’expulsion hors du territoire français qui a été cassée lors de la dernière décision de libération conditionnelle de Georges Ibrahim Abdallah.

Quelles possibilités s’offrent à Georges Ibrahim Abdallah pour sortir de sa situation ?

- Une évolution politique en France favorable à sa libération ;

- Un changement des rapports politiques dans le monde et sa libération politique comme pour Mandela ;

- Un aménagement de peine : * La libération conditionnelle expulsion (LCE) mais il faut être condamné à une ITF (interdiction du territoire français), mesure administrative qu’a refusé de mettre en œuvre le ministre de l’intérieur, Manuel Valls ; *La libération conditionnelle en France (LC) avec une interdiction du territoire français, en peine complémentaire. L’IT est suspendue le temps de la LC et automatiquement relevée à la fin de l’aménagement ; *La libération conditionnelle « retour au pays » envisageable lorsqu’il n’y a pas de mesure d’expulsion ou d’éloignement. Il faut un passeport valide et prendre en charge financièrement le transport vers le pays d’origine ; *La demande de transfèrement pour finir sa peine dans son pays d’origine. (3) La demande de Georges Ibrahim Abdallah se heurte à la procédure pénale qui ne semble pas offrir de réelle solution.

Ainsi, la Cour de cassation s’est prononcée :

« La libération conditionnelle d’un étranger condamné, qui n’est pas l’objet d’une telle mesure d’éloignement du territoire, doit répondre aux conditions de forme et de fond de droit commun, applicables à tout condamné, quelle que soit sa nationalité ».

Elle faisait droit à la demande de libération conditionnelle de Georges tout en retenant que «1 les conditions prévues par l’article 729-2 du code de procédure pénale, obligatoirement applicables à l’octroi d’une telle mesure sur ce fondement légal, n’étaient pas remplies (. . )

Dans sa suite, la chambre criminelle concluait : « La chambre criminelle fait application du même raisonnement (…), qui prévoit que, lorsque la personne a été condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité, la libération conditionnelle ne peut être accordée, lorsqu’elle n’est pas assortie d’un placement sous surveillance électronique mobile (…), l’intéressé, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité et qui n’avait pas fait l’objet d’une interdiction judiciaire du territoire français ni d’une quelconque mesure administrative d’éloignement, ne pouvait se voir accorder une libération conditionnelle sans avoir été obligatoirement préalablement soumis, à titre probatoire, à une mesure de semi-liberté ou de placement sous surveillance électronique pendant une période d’un an au moins (…), et qu’en conséquence, sa demande était irrecevable (…)1».

Pour sortir de cette impasse 

Face à ces arguties juridiques qui méconnaissent le droit à tout condamné ayant effectué sa peine de pouvoir bénéficier d’une libération, nous devons refuser que Georges Ibrahim Abdallah soit utilisé comme symbole de la « détention perpétuelle sans aménagement de peine ».

Il a déjà passé plus des trente années que la nouvelle loi prévoit pour les crimes de terrorisme de masse comme ceux que l’on a connus en 2015. Le Conseil Constitutionnel comme la Cour Européenne des Droits de l’Homme demandent que tout condamné puisse espérer une sortie de détention. Georges doit, lui aussi, pouvoir l’espérer. Les magistrats comme les politiques doivent dire comment cela est possible pour Georges, car aujourd’hui cette option est dite « irrecevable » alors que ce n’est pas la dangerosité de Georges qui est en cause.

Georges a passé plus d’années de sa vie en détention qu’en liberté. Sa 33ème année de détention est bien entamée. Quelle issue est-elle envisageable ? La détention à mort par défaut de volonté de l’oublier dans sa geôle ? Non, ce n’est pas acceptable. Georges doit pouvoir retourner auprès des siens au Liban. Beaucoup de ses proches sont décédés sans qu’il puisse les accompagner. Pour cela, il faut que les autorités judiciaires comme politiques fassent des propositions en ce sens. C’est à nous, mouvements sociaux et de défense des droits de l’Homme, de faire qu’il ne soit pas oublié et d’œuvrer pour que la décision de le libérer soit enfin prise. Ne laissons pas Georges devenir ce triste symbole de la perpétuité réelle, la perpétuité à vie en France.

Sakina Arnaud, Talence

Sources:

1 .http://www.senat.fr/seances/s201 603/s201 60330/s201 60330_mono.Html

2.La peine de réclusion criminelle à perpétuité réelle pour les auteurs de crimes de terrorisme est introduite avec l’article 421 -7 nouveau du Code pénal créé par la loi n°201 6-731 du 3 juin 2016.

3.http://www.lacimade.org/wp-content/uploads/201 5/1 2/Guidefran% C3%A7ais-vos-droits

 

Source : Libéronsgeorges.samizdat.net  

Manifestation nationale à Paris le 17 juin à 15 heures et action devant le Consulat général de France à Bruxelles au même moment . Evénément Facebook cliquez ICI

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De Bruxelles à Paris, Solidarité avec George Ibrahim Abdallah

Rassemblement
Solidarité avec George Ibrahim Abdallah

Samedi
17 Juin 2017 de 15:00 à 16:00

Consulat général de France à Bruxelles

42 Boulevard du Régent, 1000 Bruxelles

dessin de Manu Scordia

Dessin de Manu Scordia

 

Le samedi 17 juin, devant le Consulat générale de France à Bruxelles, nous rejoignons les revendications de la manifestation nationale à Paris, organisée par la "Campagne unitaire pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah". Voici le texte de leur appel :



​Voici le texte de l'appel:

Le samedi 17 juin, devant le Consulat générale de France, Boulevard du Régent 42, nous rejoignons les revendications de la manifestation nationale à Paris, organisée par la "Campagne unitaire pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah". Voici le texte de leur appel :

"Le 19 juin est la journée internationale des prisonniers révolutionnaires.

Une occasion de plus pour exprimer notre solidarité à Georges Ibrahim Abdallah, militant communiste révolutionnaire arabe, combattant pour la lutte de libération nationale de la Palestine et incarcéré dans les geôles de l’État français depuis 33 ans. Condamné à perpétuité pour complicité dans des actes de résistance revendiqués par les Fractions armées révolutionnaires libanaises, alors que son pays, le Liban, était envahi par les troupes sionistes, il est libérable depuis 1999. Malgré deux libérations prononcées par le tribunal d’application des peines, Georges Ibrahim Abdallah est maintenu en prison en France, sur injonction du gouvernement étatsunien.

Georges Ibrahim Abdallah est un prisonnier politique qui n’a ni regrets ni remords pour le combat qu’il a toujours mené et qu’il poursuit aujourd’hui pour la justice, la liberté et l’émancipation des peuples opprimés. Ce combat s’inscrit pleinement sur le terreau des luttes actuelles. C’est le combat des révoltes justes et légitimes de celles et ceux qui s’opposent à l’offensive capitaliste et à ses guerres de pillage. C’est le combat de tous ceux qui font face à la violence répressive d’Etat, qui s’abat sur eux pour tenter de les bâillonner, que ce soit dans la rue, dans les quartiers populaires ou pour les militants politiques et syndicaux. Ce combat de toute une vie est aussi le nôtre ! 

Il est de nos luttes, nous sommes de son combat ! C’est pourquoi nous appelons tous ceux qui comme nous, sont aux côtés des peuples en lutte, au côté de la résistance Palestinienne, qui combattent le capitalisme, l’impérialisme, le sionisme, le colonialisme et les États réactionnaires arabes, à se joindre à nous samedi 17 juin pour affirmer l’exigence de sa libération".
Le rendez-vous de la manifestation à Paris est à 15h, Place du Colonel Fabien (métro Colonel Fabien) 

Campagne unitaire pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah 

 

Contact : campagne.unitaire.gabdallah@gmail.com

http://supermax.be/wp-content/uploads/2017/06/Georges-ibrahim-abdallah-1160x399.jpg

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13 juin 2017

Ce que j’ai vu en 30 ans de reportages sur l’occupation israélienne

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Ce que j’ai vu en 30 ans de reportages sur l’occupation israélienne

5 juin| Gideon Levy and Alex Levac pour Haaretz |Traduction J.Ch. pour l’AURDIP |Tribunes

L’occupation a son propre langage : Un Arabe est un ‘terroriste’, la détention sans procès est ‘administrative’, la puissance occupante est à jamais la victime et écrire au sujet de ses crimes est une trahison.

Il y a quinze jours, samedi, quelques dizaines d’Israéliens assistaient au vernissage d’une nouvelle exposition dans la galerie Ben Ami au sud de Tel Aviv. L’artiste, dont l’oeuvre était présentée pour la première fois, était assise sur une chaise. Elle est incapable de se tenir debout, ni de respirer sans assistance. En fait, elle ne peut bouger aucune partie de son corps, excepté son visage. Elle peint avec la bouche.

L’artiste est une jeune fille de 15 ans. Elle était extrêmement excitée par cette première – et son père tout autant, qui a pris soin d’elle jour et nuit pendant les 11 dernières années. Coïncidence poignante, l’exposition s’est ouverte précisément pour le 11ème anniversaire de sa tragédie. Un jour où presque toute sa famille a été anéantie ; seuls elle, son plus jeune frère et leur père ont survécu à ce missile intelligent lancé par l’aviation « morale » d’Israël. Elle en est sortie gravement handicapée, réduite à vivre en fauteuil roulant, branchée à un aérateur.

Maria Aman avait quatre ans quand le missile a frappé la voiture de sa famille, qu’ils avaient achetée le matin même. Elle était assise sur les genoux de sa grand-mère sur le siège arrière et dansait, sa mère assise à côté d’elle, juste avant que le missile percute le véhicule et détruise ses chances d’une vie normale. Le commandant de l’aviation s’est dissocié de l’incident, qui a eu lieu en 2006 dans la Bande de Gaza. Les Forces de Défense Israéliennes ne se sont jamais avisées de présenter des excuses, l’identité du pilote n’a jamais été révélée et il n’a jamais assumé ses responsabilités, et les Israéliens n’ont pas été émus devant un missile de plus qui balayait une famille innocente de plus.

Le tir du missile qui a si gravement blessé Aman n’est pas considéré comme un acte de terrorisme en Israël et le pilote qui l’a tiré n’est pas considéré comme un terroriste – après tout, ce n’était pas son intention. Ce n’est jamais leur intention. Depuis 50 ans, Israël n’a jamais eu cette intention. Israël n’a jamais cette intention ; l’occupation y était apparemment obligée, contre son gré. Cinquante ans : Ils ont tous été bien intentionnés, avec de bonnes intentions, morales et éthiques, et seule la cruelle situation – ou devrions nous dire les Palestiniens - nous a obligés à toute cette méchanceté.

L’exposition comporte une peinture d’Aman représentant trois arbres, qui évoquent les trois survivants de sa famille, à côté d’une voiture brûlée. Il y a aussi un autoportrait en fauteuil roulant et une peinture de sa mère au ciel. Sa famille a été tuée « par erreur ». Aman a été paralysée « par erreur ». Israël n’a jamais eu l’intention de blesser une fille innocente. Ni les plus de 500 enfants qu’il a tués au cours de l’été 2014 pendant l’Opération Bordure Protectrice, dans la Bande. Ni les 250 femmes qu’il a tuées ce même été, certaines d’entre elles à côté de leurs enfants, parfois ensemble avec toute la famille. La route vers l’enfer a toujours été pavée des bonnes intentions d’Israël, du moins à ses propres yeux.

Le lendemain de la tragédie, je suis allé voir la famille d’Aman dans le camp de réfugiés de Tel al-Hawa à Gaza. C’est l’une des nombreuses visites que j’y ai rendues chez les familles dévastées, durant les années où Israël autorisait encore les journalistes israéliens à entrer dans la Bande. A l’époque, Aman planait entre la vie et la mort à l’hôpital Shifa de Gaza ville ; son père, Hamdi, n’a pas voulu pas nous parler. Il clopinait dans la cour couverte de sable – lui aussi avait été blessé dans l’attaque du missile – nous lançant des regards furibonds. Son cousin est venu parler avec nous.

Pendant toutes les années où j’ai couvert l’occupation, ce fut l’un des rares cas dont je me souvienne où une victime n’a pas voulu parler avec nous. Trente ans nous ont amenés devant des centaines de victimes, généralement peu après leur frappe tragique, et elles nous ont toujours ouvert leur maison et leur coeur, à nous, hôtes israéliens non invités dont ils n’avaient jamais entendu parler. Il n’est pas difficile d’imaginer ce qui se serait passé dans le cas opposé – un journaliste palestinien rendant visite à une victime israélienne du terrorisme le lendemain de l’attaque. Mais ceci n’est qu’une des différences.

Oser comparer

J’ai commencé à écrire sur l’occupation presque par hasard, après un bon nombre d’années durant lesquelles, comme tous les Israéliens, j’avais subi un lavage de cerveau, convaincu de la justice de notre cause, certain que nous étions David et eux Goliath, sachant que les Arabes n’aiment pas leurs enfants comme nous les aimons (si tant est qu’ils les aiment ) et que, contrairement à nous, ils sont nés pour tuer.

Dedi Zucker, alors député du Ratz, a suggéré que nous allions voir quelques oliviers qui avaient été déracinés dans le verger d’un vieux Palestinien qui vivait en Cisjordanie. Nous sommes venus, nous avons vu, nous avons perdu. Ce fut le début, graduel et non planifié, d’exactement trente ans de couverture des crimes de l’occupation. La plupart des Israéliens ne voulaient pas en entendre parler et ne veulent toujours pas en entendre parler. Aux yeux de nombreux citoyens, l’action même de couvrir ce sujet dans les médias est une transgression.

Traiter les Palestiniens de victimes et les crimes perpétrés contre eux de crimes est considéré comme une trahison. Et même, dépeindre les Palestiniens comme des êtres humain est regardé comme provocant en Israël. Quelle fureur a provoqué en 1998 la réponse d’Ehud Barak à la simple question sur ce qu’il aurait fait s’il était né Palestinien (il est vraisemblable qu’il aurait rejoint l’une des organisations de résistance, a-t-il dit).

Comment peut-on même comparer ? Je me souviens des soldats qui me menaçaient avec leurs fusils chargés, à un checkpoint de la ville de Jénine en Cisjordanie, quand je leur ai demandé ce qu’ils feraient si leur père mourant était évacué dans une ambulance palestinienne, tandis que les soldats jouaient au backgammon dans une tente voisine et retenaient l’ambulance pendant des heures. Comment est-ce que j’ose comparer ? Comment est-ce que j’ose comparer leurs pères au Palestinien dans l’ambulance ?

Mais ma première visite dans les territoires occupés est une visite que j’aimerais oublier. C’était pendant l’été 1967, et un garçon de 14 ans était venu avec ses parents voir les zones libérées de sa patrie, quelques semaines seulement après la fin de la guerre avant laquelle lui, comme tout le monde, était certain que le pays était à la veille d’être détruit. Holocauste II. C’est ce qu’on nous avait dit, ce que nous avions été entraînés à penser. Et puis, dans l’espace de quelques jours, nous sommes allés voir le Tombeau des Patriarches à Hébron, le Mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem et le Tombeau de Rachel à Bethléem (je ne sais pourquoi, nous avions une copie en cuivre du Tombeau de Rachel dans une armoire à la maison).

J’étais surexcité. Je n’ai pas vu les gens à ce moment là, seulement les draps blancs sur les balcons, et les lieux dont on nous a dit qu’ils étaient saints. Je participais à une vaste orgie religio-nationaliste, qui débutait alors et n’a jamais pris fin. Ma gueule de bois a mis 20 ans à arriver.

La majorité des Israéliens ne veulent rien savoir sur l’occupation. Peu d’entre eux ont une petite idée de ce que c’est. Ils n’y sont jamais allés. Nous n’avons aucune idée de ce que cela signifie quand nous disons « occupation ». Nous n’avons aucune idée de comment nous nous comporterions si nous nous trouvions sous son régime. Peut-être que si les Israéliens étaient mieux informés, certains d’entre eux seraient choqués.

Seule une minorité d’Israéliens est heureuse de l’existence de l’occupation, mais pour la majorité d’entre eux, cela ne les perturbe pas le moins du monde. Ce sont des gens qui s’assurent que les choses ne vont pas changer. Il y a ceux qui protègent la majorité tranquille et indifférente et lui permettent de se sentir bien dans sa peau – non troublée par des doutes ou des scrupules moraux, convaincue que son armée – et son pays – sont les plus moraux du monde, croyant que le monde entier n’est là que pour anéantir Israël. Même lorsque, devant notre porte, si près de notre propre maison, l’obscurité plane, sous la couverture de laquelle toutes ces horreurs sont perpétrées jour et nuit – nous sommes toujours si magnifiques à nos propres yeux.

Pas une nuit, pas un jour sans que des crimes soient commis à une très courte distance de nos maison israéliennes. Pas une jour ne se passe sans eux, il n’existe rien de tel qu’une nuit tranquille. Et nous n’avons encore rien dit de l’occupation en tant que telle, qui est criminelle par définition. Et qui a toujours laissé les Israéliens sans émotion.

Pour couvrir ses crimes, l’occupation a toujours eu besoin de médias guidés par la propagande et qui trahissent l’honnêteté de leur mission, d’un système éducatif recruté pour ses besoins, de la mise en place d’une fausse sécurité, de politiciens sans conscience et d’une société civile sans indices. On a dû développer un nouveau système de valeurs ajusté à l’occupation, dans lequel le culte de la sécurité permet, justifie et blanchit tout, dans lequel la population laïque apprécie le messianisme, et aussi, un sens des fonctions de victimisation pour camoufler, et où le sentiment de « (Dieu)Tu nous as choisis » ne fait pas de mal non plus.

Il a fallu aussi en arriver à un une novlangue, la langue de l’occupant. Selon cette novlangue, par exemple, une arrestation sans procès est appelée « détention administrative » et le gouvernement militaire est connu sous le nom d’ »Administration Civile ». Dans la langue de l’occupant, tout enfant avec une paire de ciseaux est un « terroriste », tout individu détenu par les forces de sécurité est un « meurtrier », et toute personne qui essaie désespérément de pourvoir aux besoins de sa famille à n’importe quel prix est « illégalement présente » en Israël. D’où la création d’une langue et d’un mode de vie où tout Palestinien est un objet de suspicion.

Sans toute cette assistance, que l’appareil sécuritaire nous a fournie grâce à l’aide de médias dociles, la réalité aurait pu s’avérer dérangeante. Malheureusement, Israël possède des aides en abondance. Les 50 premières années ont vu des améliorations rapides dans le lavage de cerveau, le déni, la répression et l’auto-tromperie. Grâce aux médias, au système éducatif, aux politiciens, aux généraux et à l’immense armée de propagandistes encouragée par l’apathie, l’ignorance et l’aveuglement – Israël est une société dans le déni, délibérément dissociée de la réalité, probablement un cas sans pareil au monde de refus prémédité de voir les choses comme elles sont.

Intérêt perdu

Le rideau est tombé. Au cours de ces 20 dernières années, l’occupation a disparu le l’agenda public israélien. Les campagnes électorales vont et viennent sans qu’aucun débat n’ait lieu sur la question la plus fatidique pour l’avenir d’Israël. Le public a perdu son intérêt. Le nombre d’aides maternelles dans les jardins d’enfants est une question pressante ; l’occupation ne l’est pas . Au début, c’était un sujet de conversation à presque tous les repas de veille du Shabbath : Dans les années 1970, d’âpres discussions faisaient rage à propos de ce qu’il fallait faire dans « les territoires ».

Aujourd’hui, un nombre croissant d’Israéliens nient l’existence même d’une occupation. « Il n’y a pas d’occupation » est le dernier buzz, le descendant de la déclaration du Premier ministre Golda Meir disant « Il n’y a pas de Palestiniens », et presque aussi grotesque. Quand vous déclarez qu’il n’y a pas d’occupation, ou qu’il n’y a pas de Palestiniens, vous perdez effectivement contact avec la réalité d’une façon qui ne peut s’expliquer qu’en ayant recours à la terminologie issue du domaine de la pathologie et de la maladie mentale. Et voilà où nous en sommes.

Une situation basique en noir et blanc d’occupant-occupé est présentée comme faisant étroitement partie de la seule démocratie du Moyen Orient, la conséquence d’une guerre de survie inévitable. Et le refus d’Israël de mettre fin à l’occupation se transforme, aux mains du mécanisme de la propagande, en une situation « sans partenaire ». C’est un cas historique rare : L’occupant est la victime. La justice est du côté de l’occupant seul, et la guerre incessante est menée pour sa sécurité et son existence. Y a-t-il jamais eu quoi que ce soit qui y ressemble ?

Au-dessus de tout cela plane le mensonge du temporaire. Israël a réussi à tromper lui même et le monde en faisant penser que l’occupation est un phénomène transitoire : dans une minute, elle ne sera plus là. Depuis son premier jour jusqu’à son jubilé, l’occupation a porté un masque de l’éphémère. Que les Palestiniens se comportent simplement gentiment et l’occupation disparaîtra. Sa fin attend apparemment au coin de la rue. Pendant 50 ans, elle a attendu là. Il n’y a pas de plus gros mensonge. Israël n’a jamais pensé à mettre fin à l’occupation, pas une minute. La preuve : il n’a jamais arrêté de construire des colonies. Ceux qui construisent un baraque de l’autre côté de la Ligne Verte n’ont pas l’intention de l’évacuer. L’occupation est là pour rester.

Qu’est-ce qui a changé pendant ces 50 ans ? Tout – et rien. Israël a changé, et les Palestiniens aussi. L’occupation reste la même occupation, mais elle est devenue plus brutale, comme cela arrive avec toute occupation. Dans les années 1996, les Israéliens avaient été légèrement choqués en entendant l’histoire de la première Palestinienne qui avait perdu son nouveau-né quand, à trois différents checkpoints, les soldats avaient refusé de la laisser arriver à l’hôpital, jusqu’à ce que le bébé meure de froid – les cas suivants n’ont pour ainsi dire ému personne.

« La Quatrième Dimension » a rapporté des histoires d’autres femmes dans les douleurs de l’enfantement qui ont perdu leur bébé aux checkpoints, et Israël en a baillé de désintérêt. Quelque 30 ans séparent la première rubrique de la dernière, et il n’y a pas de différence entre elles. « Vous ne cessez de vous répéter », nous dit-on, comme si ce n’était pas l’occupation qui se répétait. Elle traverse des périodes orageuses, mortelles et d’autres périodes plus calmes. Il y a des mois où le sang coule, et d’autres où nous avons affaire à des vergers où les arbres ont été coupés, des maisons qui ont été démolies, des habitants qui ont été déportés et des gens détenus sans jugement.

Pendant ce temps, la terre s’est couverte de colonies, avec des centaines de milliers de colons qui ont continué à se multiplier au fur et à mesure que le « processus de paix » se poursuivait. C’est le seul résultat du « processus ». Toute apparence d’avancée a toujours été accompagnée de plus en plus de colons, dans la meilleure tradition de l’extorsion et de la reddition. Les Accords d’Oslo ont doublé et triplé le nombre de colons. Ehud Barak, qui a presque, qui a été sur le point de faire la paix, a été le plus grand des bâtisseurs dans les territoires. En Israël, même aujourd’hui, vous pouvez être en faveur de deux Etats et continuer à construire dans les territoires.

Israël a tué plus de 10.000 Palestiniens pendant ces 50 ans et en a emprisonné environ 800.000. Ces chiffres incompréhensibles ont été acceptés comme quelque chose de routinier, de parfaitement évident, d’inévitable et, bien sûr, entièrement juste.Le blâme retombe évidemment sur ceux qui ont été tués et emprisonnés. Israël croit de toutes ses forces à ses FDI, à son service de sécurité du Shin Bet et à son système juridique militaire, qui tous ont toujours trouvé une excuse à tout et n’ont jamais reconnu quoique ce soit , même après que tous leurs mensonges tordus aient été découverts. Même jeter le doute sur eux est insupportable. Dans la plupart des langues, cela s’appelle de l’aveuglement.

La Ligne Verte effacée

Au centre du carrefour giratoire de la jonction du bloc de colonies d’Etzion, un des endroits les plus chargés de Cisjordanie, encombré de véhicules israéliens et palestiniens, flotte un drapeau israélien. On peut voir bien plus de ces drapeaux nationaux en Cisjordanie qu’en Israël. Et bien plus de ces drapeaux flottent en Cisjordanie que le drapeau du peuple qui constitue la majorité absolue de cette zone occupée. Il n’y a presque aucune signalisation pour les villes et villages palestiniens, seulement pour les colonies ; les panneaux de signalisation qui existent sont bientôt oblitérés avec de la peinture noire. Pourtant, l’insécurité est si largement ressentie que les colons croient qu’en effaçant les noms des communautés palestiniennes, ils les feront disparaître.

Ce qui a été effacé, c’est la Ligne Verte. La seule séparation qui existe en Israël est ethnique, pas géographique. Israël est un seul Etat, qui s’étend de la mer au Jourdain, sans frontières et avec deux régimes différents pour deux peuples. Cela a été ainsi pendant les 50 dernières années, et il n’y a aucun projet de changement. Les colons sont Israël et donc, également l’est l’occupation : les deux ne peuvent plus être séparés. L’agence bancaire de la luxueuse place Kikar Hamedina de Tel Aviv a sa jumelle dans la colonie urbaine de Cisjordanie Ma’aleh Adumim. La clinique du quartier chic de Rehavia à Jérusalem a son reflet identique dans la colonie de Karmel Shomron. Tous les Israéliens y sont associés. La notion comme quoi il y a Israël et il y a des territoires occupés – en tant qu’entités séparées – est une autre de ces tromperies portées par un vent de sable. Il permet aux gens d’aimer Israël et de détester l’occupation. Mais la séparation est aussi truquée qu’artificielle.

Les pères fondateurs étaient issus du mouvement travailliste – personne n’est davantage à blâmer pour l’occupation. Moshe Dayan est plus à blâmer pour l’occupation qu’Avigdor Lieberman, Yigal Allon est responsable de plus de colonies que Gilad Erdan. Golda Meir, Israel Galili, Shimon Peres et Yitzhak Rabin ont créé plus de colonies que Benjamin Netanyahu, Naftali Bennett et Ayelet Shaked réunis. Le mouvement Gush Emunim a allumé la flamme et le Parti Travailliste a dévotement fourni l’essence, en utilisant à la fois la tromperie et un parapluie protecteur. Le prétexte offert par Shimon Peres pour construire la colonie d’Ofra a été le besoin d’une antenne sur le site, et tout le monde a prétendu croire à ce mensonge.

Il n’y a jamais eu un seul premier ministre israélien qui ait vu les Palestiniens comme des êtres humains ou comme une nation avec des droits égaux, ni jamais aucun d’entre eux qui ait sérieusement voulu mettre fin à l’occupation. Pas un seul. Le discours sur deux Etats a permis de jouer avec le temps, le processus de paix a procuré au monde un camouflage pour garder le silence et pour souscrire à l’occupation. Tous les plans de paix, qui se couvrent de poussière dans des tiroirs, se ressemblent tous étonnamment, et ils ont tous partagé un destin similaire : leur rejet par Israël. En cela aussi, Israël a ainsi continué intentionnellement à se mentir à lui même en disant qu’il veut la paix. La liste des mensonges de l’occupation continue de s’agrandir.

Des morts ambulants

Les parents affligés ont vieilli, les jeunes qui avaient participé à la première intifada sont devenus la population d’âge mur de 2017 et ceux de la seconde intifada sont des morts ambulants. Certains des héros décrits dans cette rubrique ont été oubliés, d’autres non. Des images envahissent la mémoire maintenant, pendant les fêtes du jubilé.

Il y a là une rangée de jeunes amputés en fauteuil roulant, fumant une cigarette à la fenêtre du couloir de l’Hôpital Shifa de Gaza ville, victimes de l’effroyable bombardement des champs de fraises à Beit Lahia, qui a exterminé une famille. Et les enfants qui ont survécu à l’attaque dans laquelle le dirigeant du Hamas Salah Shehadeh a été assassiné – les FDI avaient initialement déclaré qu’il avait été liquidé dans un « appentis inhabité ». Il y a la jeune femme de Gaza lors de sa première et dernière visite quelques années plus tôt au Ramat Gan Safari, au Hayarkon Park de Tel Aviv et à la plage de cette ville, la veille de sa mort – elle est morte d’un cancer après être arrivée fatalement trop tard pour un traitement médical en Israël. Et le garçon de Bethléem qui a été condamné à six mois de prison – un mois pour chaque pierre lancée, alors qu’elles n’ont atteint personne ni causé aucun dommage.

Il y a eu la visite à un détenu administratif dans une prison militaire, qui faisait passer en fraude ses lettres dans un anglais shakespearien opaque. Le futur marié tué le jour de son anniversaire ; le père du camp de réfugiés de Qalandiah qui a perdu deux fils en l’espace de 40 jours, alors qu’un autre de ses fils a été tué quelques années plus tard quand un commandant de la Brigade Binyamin des FDI lui a tiré dans le dos alors qu’il s’enfuyait ; la mère célibataire paralysée dont la fille unique a été tuée par un missile qui a frappé leur logement à Gaza alors qu’elle la portait dans ses bras. Et les enfants du jardin d’enfants Indira Gandhi qui ont vu leur professeur tué sous leurs yeux et dont nous avons parlé après notre dernier voyage à Gaza, il y a plus de 10 ans ; le chef du département d’architecture de l’université de Bir Zeit, qui a été torturé par le Shin Bet ; le médecin de Tulkarem qui a été assassiné.

Il y a eu le père, qui avait perdu une main et les deux jambes, dans la chambre 602 de l’hôpital Shifa de Gaza ville en juin 1994, qui essayait de nourri son fils mourant ; Lulu, la fille du camp de Shabura, près de Rafah dans la Bande de Gaza, qui est morte 10 ans après avoir reçu une balle dans la tête ; les trois hommes du camp de réfugiés de Deisheh près de Bethléem qui ont perdu les yeux ; le garçon amputé du camp de réfugiés d’al-Fawwar au sud d’Hébron, qui a été arrêté et battu ; les garçons au couteau et les filles aux ciseaux qui ont été inutilement abattus aux checkpoints ces derniers mois ; et le manifestant qui lançait des pierres, décrit dans ces pages la semaine dernière, qui a souffert toute une nuit de mauvais traitements aux mains des soldats, au cours de laquelle il a été battu, humilié et des touffes de ses cheveux arrachées. Ce qui est arrivé à Bara Kana’an, le jeune charpentier de Beit Rima, près de Ramallah, est arrivé deux, trois et quatre décennies plus tôt à beaucoup de Palestiniens.

Les FDI, la Police des Frontières et l’Administration Civile ont toujours justifié, trouvé des excuses, blanchi et souvent simplement menti lorsqu’ils fournissaient des réponses automatiques. Elles ne se sont non plus jamais excusées, ni n’ont admis leurs fautes. Elles ont rarement exprimé un regret et certainement jamais offert une compensation. En ce qui les concerne – ainsi que la plupart des Israéliens -, tout a été mené correctement.

Oeuvre d’art

A l’ouverture de l’exposition de Maria Aman il y a deux semaines, vous pouviez constater par vous même combien tout avait été mené correctement ces 50 dernières années. Voilà Aman, paralysée et sous aérateur – qui a perdu sa mère, sa grand-mère, son tout petit frère et sa tante pendant une innocente ballade en voiture dans une rue encombrée de Gaza ville, en plein dans la saison des assassinats. Pour une rare occasion, Israël est sorti de ses habitudes et, après un combat obstiné de la famille d’Aman et d’autres, a accepté de lui permettre d’être soignée en Israël. Ce qu’elle montre, c’est la vie et la mort en peinture. Aman a une exposition à Tel Aviv. Des milliers d’autres victimes, qui ont subi des destins similaires au sien, n’ont jamais eu cette chance. Maria est devenue un symbole ; ses semblables handicapés restent anonymes, leur sort est inconnu en Israël.

Les quelques dizaines de personnes qui ont assisté au vernissage, dont certains ont accompagné cette fille et son formidable père depuis des années, font partie des rares personnes qui, en Israël, savent que tout ne s’est pas passé correctement de 1967 à 2017. Les 50 premières années de l’occupation ont été une longue suite d’atrocités.

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12 juin 2017

« Israël a tissé une toile carcérale sur les territoires palestiniens »

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Stéphanie Latte : « Israël a tissé une toile carcérale sur les territoires palestiniens »

26 mai| Stéphanie Latte ; entretien réalisé par Rosa Moussaoui pour L’Humanité |Tribunes

Stéphanie Latte est politiste et historienne, chercheuse au CNRS, au Centre de recherches internationales de Sciences-Po. Elle voit dans le système carcéral israélien un dispositif central de renseignement et de gestion de l’occupation.

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L’actuelle mobilisation des prisonniers palestiniens en grève de la faim est-elle inédite par son ampleur et sa durée ?

Stéphanie Latte. Ces dernières années, ce sont surtout de longues grèves individuelles ou de petits groupes (80 personnes en 2016) contestant la détention administrative qui ont été conduites. Celle-ci fait donc partie des grandes grèves de la faim qui ont eu lieu depuis 1967, comme celle de 1992 qui engagea quasiment tous les détenus et l’ensemble des partis et aboutit à l’allongement de la durée de visites familiales de 30 à 45 minutes et à la possibilité d’étudier en prison. Un droit retiré en juin 2011 suite à la décision du Premier ministre israélien de durcir les conditions de détention afin de les rendre plus proches de celles du soldat Gilad Shalit enlevé et détenu par le Hamas à Gaza entre 2006 et octobre 2011, tout comme la possibilité de passer le bac en détention, et de recevoir suffisamment de livres, journaux et vêtements des familles. Ce qui fait partie des revendications de la grève actuelle. Une grève réellement unitaire n’avait pas eu lieu depuis celle de 2004 qui se solda par un échec et eut des conséquences lourdes sur les mobilisations collectives en prison pendant la décennie qui a suivi. Le Mouvement des prisonniers politiques, créé dans les années 1980, a en effet été très affaibli au début des années 2000, malgré la signature du Document des prisonniers en 2006 par l’ensemble des représentants partisans qui appelaient à l’unité face à la scission entre le Hamas et le Fatah. D’une part, en raison de l’absence de transmission générationnelle alors que la plupart des détenus (à l’exception de 350) sont sortis avec le processus de paix. D’autre part et surtout car avec la reprise des incarcérations massives au moment de la seconde Intifada (2000-2004) un nouveau management carcéral qui a fortement individualisé la vie en détention a été mis en place par l’administration pénitentiaire. Il a séparé et isolé les détenus en quartiers en fonction de leurs appartenances partisanes mais aussi de leurs lieux de résidence et de leurs liens familiaux : les résidents des villes ont été séparés de ceux de camps et des villages ; ceux originaires de Ramallah ont été distingués de ceux venus de Naplouse ou de Jénine. Un système de promotion matérielle et individuelle a été installé, et la représentation politique collective des prisonniers politiques a également été mise à mal par une politique de transferts. Le Mouvement des prisonniers a refait surface lors de la grève de la faim d’avril-mai 2012 lancée par le Hamas dont certaines revendications étaient similaires à celles encore portées à présent : arrêt des mises à l’isolement prolongé, fin de la politique de la détention administrative. Si 20% seulement des membres du Fatah l’avaient alors suivie et aucun de ses leaders, elle attestait déjà d’un regain de cohésion nationale par-delà les murs. Le mouvement actuel, réellement unitaire, est porté par des leaders charismatiques de tous les partis : Marwan Barghouti, Ahmed Saadat, secrétaire général du Front Populaire de Libération de la Palestine, Abbas Sayyed, membre du bureau politique du Hamas, Zaid Bseiso du Djihad islamique, Wajdi Jawdat du Front Démocratique de Libération de la Palestine et Bassam Kandakji du Parti du peuple. Il signe le retour sur la scène politique du Mouvement des prisonniers.

Comment les formes d’expression politique des militants palestiniens incarcérés s’articulent-elles aux mobilisations à l’extérieur ? Comment s’inscrivent-ils dans le champ politique palestinien ?

Stéphanie Latte. Ce mouvement est massivement soutenu et fortement relayé dehors par tous les partis et par l’ensemble des forces de la société civile : BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions), les comités de résistance populaire, le Conseil des organisations palestiniennes des droits humains, la Commission contre le mur et les colonies, le Haut comité de suivi pour les citoyens arabes d’Israël, etc. Il renforce et catalyse ainsi un front d’opposition large à la politique de l’Autorité palestinienne, qui divise de plus en plus le Fatah. Il intervient dans un contexte politique qui a vu s’accroître l’opposition de la société palestinienne et d’une part grandissante des cadres du Fatah et de la jeunesse du Parti à sa politique de répression des opposants, des mobilisations pacifiques et de la résistance, et à sa coopération sécuritaire avec Israël, maintenue pendant la grève, ce qui accroît les tensions avec la population, le leadership de la grève et ses soutiens dehors. Les communiqués du Mouvement des prisonniers associent de façon systématique la cause des détenus au boycott des produits israéliens, alors que l’Autorité palestinienne se borne à endosser le boycott des produits des colonies. Fervents défenseurs d’une ligne arafatiste, ils sont de plus en plus nombreux au sein du Fatah à afficher frontalement leur désaccord. Si nombre de cadres des partis traditionnels ont longtemps minoré l’impact des mobilisations de la société civile et de la jeunesse, ils ont maintenant pris acte de la nécessité de fédérer les fronts militants.

Quel est le rôle de Marwan Barghouti dans ce mouvement de protestation ?

Stéphanie Latte. Marwan Barghouti est une figure politique consensuelle et populaire au sein de la société palestinienne, donné vainqueur d’une prochaine élection présidentielle. Il est un symbole qui permet de fédérer le mouvement en prison et dehors. Représentant de la branche résistante du Fatah et ardent partisan de l’unité palestinienne, il est apprécié par l’ensemble des partis y compris le Hamas qui s’est engagé à le faire libérer lors d’un futur échange de prisonniers. Par ailleurs, il défend l’idée d’un vaste mouvement de résistance populaire pacifique et de désobéissance civile. Il est pour une solution à deux Etats dans le respect du droit international et contre les attaques visant des civils israéliens, et appelle au boycott économique et diplomatique d’Israël. Les prisonniers représentent à présent la seule ressource militante partagée à même de rallier le plus grand nombre, et c’est maintenant le leadership de l’intérieur des prisons qui, parce qu’il dépasse les conflits partisans dehors, est plébiscité par les partis, et de nombreux militants du Fatah, ainsi que par la société civile et les initiatives de jeunesse, inversant ainsi le rapport de force entre l’intérieur et l’extérieur des prisons.

Quelle place l’expérience carcérale tient-elle dans les biographies des militants palestiniens ?

Stéphanie Latte. Elle est centrale alors que les taux d’incarcération sont très élevés. En 1989, le taux d’incarcération était de 750 prisonniers pour 100 000 personnes [1], soit le plus haut au monde, et on estime qu’une proportion de 40 % des hommes palestiniens sont passés par les prisons israéliennes depuis 1967. Entre 2006 et 2008, au moment de la répression de la seconde Intifada, environ 8 000 Palestiniens étaient détenus. Les arrestations massives ont repris depuis les épisodes violents de l’automne 2013, puis de « l’Intifada des couteaux », nommé par les Palestiniens le « petit soulèvement (habbeh) », déclenchée en octobre 2015 : selon la police israélienne, 17 396 Palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem-Est ont été arrêtés en 2014. Depuis l’occupation de 1967, ce système carcéral, arrimé à la justice militaire et à un système de la preuve ancré sur les aveux, n’a ainsi pas été seulement élaboré comme un mode de sanction pour des délits avérés et prouvés de type sécuritaire. Il est aussi un dispositif central de renseignement et de gestion de l’occupation qui a criminalisé toute activité politique la contestant et tissé ce que je qualifie de véritable toile carcérale sur les territoires palestiniens : réalité et virtualité, cette toile carcérale consiste en un ensemble de dispositions juridiques permettant d’arrêter et d’incriminer un très grand nombre de personnes, hommes et femmes à partir de l’âge de 12 ans [2]. Depuis quelques années, outre les membres du Hamas et du FPLP, les militants pacifiques engagés dans la résistance populaire dans les villages s’opposant au tracé du Mur et aux prédations territoriales des colons (Nai’lin, Bei’lin, Nabi Saleh, etc.) sont très fréquemment inculpés. En 2013 et 2014, selon l’ONG israélienne Court Watch, les comparutions les plus nombreuses devant les cours militaires ont été celles de très jeunes hommes – dont de nombreux mineurs – pour jets de pierres et celles d’hommes entrant en Israël sans permis. D’autres formes d’engagement et d’expression ont été récemment visés avec la multiplication des incriminations pour activités ou incitations sur les réseaux sociaux, l’arrestation de journalistes, de militants et de figures locales du mouvement BDS dont Omar al-Barghouti, l’un de ses fondateurs, au mois de mars 2017.

Comment l’information, les mots d’ordre circulent-ils en prison ? Comment s’élaborent les stratégies de mobilisation ?

Stéphanie Latte. Toute une série de moyens de communication existent entre les prisons, et vers l’extérieur. L’information a beaucoup circulé par le biais de tout petits contenants, les « cabsuleh », qui étaient ingérées. C’est moins le cas à présent alors que des téléphones portables ont commencé à entrer en fraude au début des années 2000, bien qu’ils soient peu nombreux à présent car régulièrement saisis par l’administration. C’est aussi par le biais des visites familiales, celles des avocats, au moment des transferts et lors des audiences au tribunal, et des multiples entrées et sorties que circulent les nouvelles et mots d’ordre. Quand une grève est décidée, un comité spécifique réunissant les leaders de la grève est désigné pour être l’interlocuteur de l’administration pénitentiaire (Shabas) pour les négociations.

Chez les plus jeunes emprisonnés pour des faits mineurs, la prison constitue-t-elle une expérience de politisation ?

Stéphanie Latte. Oui, elle le reste même si l’expérience carcérale a été ces dernières années moins structurante que dans les années pré-Oslo, et si des activités individuelles (sport, TV, lectures de pure détente) ont pour partie remplacé la vie collective. La prison joue ainsi un rôle d’« université palestinienne », un lieu clé d’apprentissage militant et de formation où des cours et débats sont dispensés par les différents partis ou par des figures intellectuelles ou politiques. Les prisonniers sont en effet réunis en fonction de leur appartenance partisane, et s’ils en sont dépourvus, comme c’est le cas pour nombre de jeunes entrés en prison depuis 2013 alors que les mobilisations et actions violentes ont été le fait de jeunes non affiliés, ils vont en général dans la section Fatah, considérée comme « l’organisation mère ». Par ailleurs, les élections internes qui désignent la représentation politique et administrative des détenus, chargée des interactions avec le Shabas, et de l’organisation de la vie en détention, participent de cette socialisation politique.

Comment les femmes prisonnières s’inscrivent-elles dans ces mobilisations ?

Stéphanie Latte. Les femmes, peu nombreuses (61 détenues au 1er avril), ont toujours été plus isolées des canaux de communication. Dans le passé, elles ont conduit de longues grèves de la faim et se sont opposées à l’administration pénitentiaire pour obtenir un certain nombre de droits mais elles l’ont souvent fait de manière autonome [3]. Leur mobilisation dépend aussi de la présence de figures militantes en détention à même de fédérer un mouvement. Lina Jarbouni qui représentait les détenues depuis de longues années et a été incarcérée pendant 15 ans a été libérée le 16 avril. Khaleda Jarrar, députée du FPLP, est sortie en juin 2016 après 15 mois de détention. Les femmes détenues ont fait des déclarations de soutien et annoncé une grève symbolique mais elles ne me semblent pas pleinement associées au mouvement.

De quelle façon les autorités israéliennes, qui contreviennent au droit humanitaire international, réagissent-elles à ces mobilisations collectives ?

Stéphanie Latte. Pour l’instant elles refusent toujours de négocier sérieusement avec le leadership de la grève. Elles ont tenté de casser le mouvement en isolant ses leaders et en transférant fréquemment les grévistes, en brisant les canaux de communication (interdiction des visites familiales et quasi-absence de visites des avocats), en adoptant une politique répressive (confiscation du sel, fouilles perpétuelles, harcèlement, etc.), en tentant de discréditer la grève par la diffusion de fausses informations (comme le montage vidéo montrant Marwan Barghouti en train de manger) ou des rumeurs d’accords. Des négociations parallèles avec certaines figures, en excluant d’autres, notamment Barghouti, ont été tentées ; des rencontres avec des acteurs politiques censés pouvoir faire pression sur une partie du leadership ou des grévistes, tels que des responsables de services de sécurité de l’Autorité palestinienne ont également fait partie des stratégies.

[1Human Rights Watch, Annual Report, 1991.

[2Voir Stéphanie Latte Abdallah, « Déni de frontières. Toile carcérale et management des prisonniers politiques palestiniens après Oslo (1993-2010) », in Stéphanie Latte Abdallah, Cédric Parizot (dir.), À l’ombre du Mur. Israéliens et Palestiniens entre occupation et séparation, Arles, Actes Sud, 2011, p. 73-101.

[3Voir Stéphanie Latte Abdallah, « Des féminités mobilisées et incarcérées en Palestine », Critique Internationale, 2013/3 n° 60, p. 53-69.

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11 juin 2017

Palestine. Plus d’un siècle de dépossession.

Palestine. Plus d’un siècle de dépossession. Histoire abrégée de la colonisation, du nettoyage ethnique et de l’apartheid

Auteur : Jean-Pierre Bouché

Éditeurs : Scribest - Récit Présent

72+4 pages en quadrichromie, 85 citations, 19 cartes, 51 références.

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Cette brochure est née d’un constat : La situation en Israël-Palestine fait souvent la Une des médias. Pourtant l’histoire plus que centenaire de la colonisation de la Palestine est mal connue du grand public, même du public conscient des malheurs du peuple palestinien. Elle est surtout mal connue des jeunes qui ne reçoivent rien de solide à l’école. L’information ne manque pas, surtout en arabe et en anglais, mais ceci ne remplace pas l’utilité d’informer de cette histoire de manière très accessible, même sous une forme nécessairement abrégée. Aussi, après une petite brochure artisanale diffusée de 2005 à 2013, voici un récit augmenté. De nombreuses références permettent d’en enrichir la lecture. Les citations en français ont été reprises telles quelles, celles en anglais ont été traduites par mes soins.

La rédaction de cette brochure a été guidée par le souci de choisir les événements essentiels et d’en présenter les motifs. Elle ne fait par conséquent aucun empreint au discours sioniste, connu sous le nom de hasbara, qui n’a qu’un but apologétique et cherche avant tout à justifier ce que le colonialisme israélien a d’injustifiable.

Je remercie les personnes qui ont porté collectivement ce projet, en premier lieu Armand Caspar, fondateur des éditions Scribest, qui a pris à cœur d’en être l’éditeur. Annie McStrawick, Omar Slaouti et Pierre Stambul ont proposé de nombreuses et précieuses remarques et corrections. Enfin le travail d’Edwige Benoît est allé bien au-delà d’un simple maquettage. Cependant les choix effectués finalement sont les miens.

Jean-Pierre Bouché, avril 2016

L’auteur, Jean-­Pierre Bouché, est engagé pour la Palestine depuis la réinva­sion des villes palestiniennes en 2002. Il a coordonné la traduction française du livre de Ben White, Être palestinien en Israël (La Guillotine, 2015).

POUR COMMANDER :

1. Commandes individuelles ou destinées aux librairies :

SCRIBEST éditions

BP 10077 - Hoenheim
67802 BISCHHEIM Cedex

03 88 33 77 03

2. Commandes par les comités et associations :

Minimum de commande : 5 exemplaires. Coût : 4,5 euros par exemplaire, port gratuit.

Le règlement donnera lieu à l’envoi d’un reçu.

Uniquement par mail à recitpresent[at]gmx.fr

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