FREE PALESTINE

18 juin 2019

Rawabi, Cisjordanie... bien loin de la Palestine traditionnelle

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Voici le modèle (horrible) de ce que des néolibéraux fortunés veulent promouvoir en Palestine, pensant à l'instar de l'administration américaine et son "Deal du siècle" que l'argent règle tous les problèmes (ndlr-MCP)

 

Depuis 2011, une ville d’un genre nouveau pour les Palestiniens sort de terre, à moins de 20 kilomètres de Ramallah. Start-up, magasins ultra-modernes, super-mosquée, parc de sports extrêmes, Rawabi a fasciné les dirigeants politiques locaux et envoûté les journalistes du monde entier.

Elle doit permettre la prospérité matérielle et être à l’avant-garde de la lutte contre la colonisation israélienne. Mais plusieurs voix palestiniennes s’élèvent contre la dépossession des terres, la perte d’autonomie territoriale et l’inconséquence d’un tel modèle de croissance économique.

C’est par une large route que nous arrivons dans la ville encore en construction. Les rues sont désertes, les grues rouges jalonnent des bâtiments qui se confondent par leur uniformité esthétique à l’aspect carton-pâte. Les voitures sont rangées dans des parkings souterrains. L’hygiénisme semble poussé à la monomanie. Rien qui ne soit à sa place: l’ordre règne.

Connu comme le plus gros investissement privé dans les territoires palestiniens, Rawabi («colline fertile et verdoyante») exerce une fascination sur la plupart des décideurs politiques de l’Autorité palestinienne et des journalistes locaux ou internationaux.

Le projet de construction de Rawabi fut lancé en 2008 pour un investissement de 1,4 milliard de dollars (1,2 milliard d’euros). Le tiers de la somme est apporté par le milliardaire américano-palestinien Bachar Al-Masri, bâtisseur d’un empire dans l’immobilier, devenu l’une des plus grandes fortunes du pays.

Tandis que les deux derniers tiers sont financés par une société immobilière, la Qatar Diar Real Estate Company dont Vinci était un important actionnaire jusqu’en 2015, propriété de l’émirat qatari.

Située au nord de Ramallah, la ville s’étend sur 63 hectares. Présentée comme un «plan Marshall pour l’économie palestinienne» et une «Silicon Rawabi» qui sera un «catalyseur pour la croissance économique», la première ville planifiée de Palestine ne serait rien de moins que le nouveau rêve palestinien et un «modèle pour les futures villes du pays» selon Bachar Al-Masri.

Car Rawabi se veut résolument moderne: incubatrice de start-up pour booster la croissance nationale; promotrice de technologies environnementales pour répondre aux enjeux écologiques; créatrice d’emplois (10.000 par an selon les promoteurs, chiffre sans doute largement surestimé) pour résister au chômage structurel; sécurisée par ses larges rues et ses caméras de surveillance; commerciale par ses 25 magasins franchisés; ouverte d’esprit grâce à son théâtre romain; trépidante par l’installation d’un parc dédié aux sports extrêmes.

Une fois les travaux terminés (entre 2025 et 2028 selon les prévisions), la ville compte loger 40.000 personnes dans 8.000 appartements répartis dans 22 quartiers.

L’édification de cette Metropolis palestinienne n’a soulevé que des critiques timorées, affirmant notamment que la ville privilégierait une stratégie de normalisation de la colonisation en travaillant avec les entreprises et les autorités israéliennes, mais aussi qu’elle imiterait l’esthétique architecturale des colonies juives.

Ou encore que les canaux d’approvisionnement en eau, traversant des territoires contrôlés par Israël, la rendraient dépendante du pouvoir occupant. Pourtant, ce n’est pas seulement la manière dont cette ville s’édifie qui doit être critiquée, mais son édification même.

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FAUSSES PROMESSES

Wael Bawatnah, maire du village voisin d’Ajjul et propriétaire d’une échoppe qui donne vue en contrebas sur la ville nouvelle fulmine: «Le projet Rawabi a volé nos terres sans nous fournir le développement promis, le tout pour des intérêts privés».

En effet plusieurs propriétaires terriens des communes d’Abwein, Atara et Ajjul se seraient vus forcés de vendre leur terre à un prix sous-estimé. C’est notamment le cas d’Hussam Abou Hmeid, qui déplore: «Si je refusais de vendre, ils me menaçaient de confisquer mes terres».

Dès 2006, lorsque le projet fut présenté aux villageois des environs, «l’objectif était de construire et de développer la zone», selon Wael Bawatnah. Sept ans après les premiers travaux en 2011, il est toujours à la recherche de signes de développement. 

«Les services publics promis ne sont pas là: l’hôpital, nous l’attendons toujours, l’université qui devait être publique sera finalement privée et nous cherchons encore les consommateurs de Rawabi qui étaient supposés entrer dans nos magasins. C’est la même situation pour Atara et Abwein, de fausses promesses nous ont été faites».

Au cinquième étage d’une tour de verre située au cœur de Rawabi, Jack Nassar, proche de Bachar Al-Masri et directeur de la fondation Rawabi — dont le but est de promouvoir l’entrepreneuriat au sein de la ville et en Palestine — botte en touche: «La ville a déjà contribué à introduire dans la région un meilleur réseau électrique et davantage de transports en commun».

DES LOGEMENTS ABORDABLES?

Selon les promoteurs du projet dont Jack Nassar est l’une des figures, «Rawabi pallie un manque de logements en Cisjordanie, c’est notamment pour cela que la ville a dû être construite. Elle répond à une demande et ce projet est le moyen le plus efficace d’y parvenir».

Une réalité qui peut laisser sceptique car une promenade, ne serait-ce que dans Ramallah et sa banlieue d’Al Bireh, laisse voir une folle expansion urbaine et un grand nombre de logements neufs en attente d’occupation.

Impression que vient confirmer le rapport 2017 du Bureau central de la statistique de Palestine qui recense près de 46.000 logements vacants en Cisjordanie sans tenir compte des maisons désertes (12.170) et fermées pour raisons diverses (55.500).

Des statistiques rapidement balayées par Jack Nassar: «De toute façon, si nous ne construisons pas ici, un jour Israël le fera à notre place».

Un argument difficilement recevable pour Saad Dagher, considéré comme le père de l’agroécologie en Palestine, car «il reviendrait à devoir bétonner toute la Cisjordanie pour être tranquilles, et encore, les Israéliens pourraient nous chasser de nos propres villes». Selon lui, le problème essentiel n’est pas tant de produire davantage de logements que de rendre abordables ceux déjà existants et de travailler à la mise en place d’un système économique autonome moins dépendant des importations israéliennes.

Un point de vue qu’argumente le Bureau du Quatuor (constitué des Nations-unies, de l’Union européenne, des États-Unis et la Russie) basé à Jérusalem qui note un fort décalage entre offre et demande et un besoin croissant de logements abordables, c’est-à-dire dont le prix d’achat se situe entre 40.000 et 60.000 dollars (entre 35.000 et 53.000 euros). Alors que les promoteurs s’obstinent à construire des logements dont la valeur est supérieure à 100.000 dollars (88.000 euros), inabordables donc pour une large majorité de Palestiniens.

Dans le cas de Rawabi, les logements proposés vont de 90.000 à 180.000 dollars (79.000 à 159.000 euros). «L’expansion urbaine est une menace pour l’autonomie de notre pays, mais par la construction de logements il y a l’espoir d’une rentrée d’impôts pour le gouvernement», soupire-t-il.

Aujourd’hui, selon Jack Nasar 3.500 personnes auraient déjà fait le choix de venir s’installer à Rawabi (sur 10.000 places disponibles). Un chiffre revu largement à la baisse par deux jeunes ingénieurs installés depuis huit mois dans l’incubateur de start-up de la ville et souhaitant rester anonymes: «Nous sommes plusieurs à dire qu’il n’y a pas plus de 600 ou 800 personnes qui habitent ici», estime l’un; «Oui c’est très très calme, dès 21 h il n’y a plus rien qui bouge», renchérit l’autre.

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SORTIR DU MODÈLE

Rawabi a tout fait pour revêtir les apparats d’une ville durable qui répond aux problèmes environnementaux comme aucune autre ville en Palestine ne peut s’en vanter. Études de réduction d’impact environnemental des bâtiments, panneaux solaires sur les toits des immeubles, appartements équipés de systèmes de chauffage géothermique et de lampes à LED, projet d’implantation de 10.000 arbres dans et à l’entour de la ville, création d’un site de compostage, système de recyclage des eaux usées, etc. Rawabi se veut ville durable et écologique.

Pourtant, «sur le plan environnemental, Rawabi est très mauvaise»,considère Ayman Shawahna, directeur général de la commission à la sensibilisation de questions environnementales, une entité de l’Autorité palestinienne. «Le pays a besoin de petits villages dotés d’une production agricole sur le modèle israélien de moshav ou de kibboutz, mais pas d’un grand projet comme Rawabi», confie-t-il avec aplomb.

Et il n’est pas le seul à aller dans ce sens. Saad Dagher décrit Rawabi comme énergivore, hors-sol et déconnectée des réels besoins de la population palestinienne: «Cette ville dépend d’un vaste réseau de transport routier et électrique. Elle est très demandeuse de matières premières et elle poursuit la logique de destruction des terres agricoles dont nous avons plus que jamais besoin». 

Face à ce constat, «il faut inciter les gens à revenir à la ferme pour produire leur nourriture, cela contribuerait à une véritable croissance! Nous avons besoin de créer de l’autonomie, de l’indépendance».

Loin de l’idée que Rawabi est «une arme contre l’occupation israélienne» selon les mots de Bachar Al-Masri, Dagher et Shawahna affirment que le développement de l’économie palestinienne est le meilleur moyen de domestiquer la résistance des Palestiniens en sapant l’autonomie (alimentaire, énergétique). «Les importations sont en grande partie fournies et contrôlées par Israël. C’est-à-dire qu’une production intensive — comme Rawabi l’y invite — renforce notre soumission au pouvoir économique et politique israélien».

Cette affirmation est corroborée par plusieurs éléments du rapport de septembre 2016 des Nations-unies intitulé  Developments in the economy of the Occupied Palestinian Territory qui mentionne notamment qu’«Israël a représenté plus de 70% des importations palestiniennes» et que «le déficit commercial de l’économie palestinienne à l’égard de l’économie israélienne représente 54% du déficit commercial total palestinien». Des statistiques qui viennent confirmer leur forte dépendance économique à l’égard des Israéliens.

Pour Saad Dagher, agronome de profession, il faut que son pays sorte de la vision économiciste occidentale: «La construction de Rawabi n’est motivée que par un point de vue économique. Sans aucune vision stratégique, cette ville n’existe que parce qu’elle stimule le PIB». 

Il déplore toutefois que le calcul du PIB ne tienne pas compte des dommages causés à la nature (pollution des terres, de l’air, des eaux, émissions de gaz, etc.) par la ville nouvelle, ni de la destruction de l’autonomie et des savoir-faire vernaculaires qu’elle entraîne dans son sillon.

Critiquant toute sortie par le haut, c’est-à-dire par la technologie et la croissance économique, Saad Dagher est convaincu qu’«aujourd’hui, il y a une liaison à établir entre la nature et la colonisation: par la défense de la première, nous pouvons construire un système rural autonome et lutter efficacement contre la deuxième».

Selon lui, il serait catastrophique de prendre Rawabi pour modèle, Israël contrôlant la grande majorité des ressources naturelles et énergétiques dont cette ville va être de plus en plus demandeuse. «Seules la ruralité, la frugalité et l’agroécologie peuvent nous défaire de cette emprise».

Yazan Khalili, artiste et directeur du centre culturel Khalil Sakakini à Ramallah analyse: «Depuis 1967 et l’occupation de la Cisjordanie et même depuis 1948, Israël a cherché à briser le lien entre les Palestiniens et leurs terres. Nous sommes devenus de plus en plus urbains, avons perdu en indépendance et avons petit à petit dû nous soumettre au marché largement contrôlé par nos oppresseurs». 

C’est notamment de la rupture des Palestiniens avec la nature que résulte leur soumission: «Cette ville cherche à créer le consommateur docile parfait, qui achète tout et considère le monde comme une marchandise. Nous devons sortir du modèle Rawabi qui renforce notre soumission». La puissance ou l’autonomie, il faut choisir.

Gary Libot -

12.06.19

Source: Orient XXI

17 juin 2019

Succès et autodétermination: résister c'est exister!

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Qu'est-ce qui distingue un être humain (ou un animal) réussi et en bonne santé, des créatures pathétiques apathiques qui trouvent des excuses pour leurs échecs dans la vie?

 

Dans notre Institut palestinien pour la biodiversité et le développement durable, nous prenons soin de nombreux animaux (réhabilitation d’animaux sauvages et de quelques animaux domestiques). Les week-ends et les jours fériés, je passe beaucoup de temps à les observer et à observer les activités humaines dans les rues de Bethléem et du monde entier.

Je ne peux pas m'empêcher de comparer, d’opposer et de noter les variantes. Par exemple: nous avons deux lézards de la même espèce, l'un est plutôt timide et panique devant l'homme, l'autre est calme et serein. Nos hamsters façonnent leur propre environnement et déposent leurs déchets dans un coin, leur nourriture dans un autre, leurs bébés et leurs dortoirs dans un autre encore.

Cela m'a amené à penser au succès humain: ceux qui réussissent sont précisément ceux qui ont la confiance en soi nécessaire pour décider de travailler dur pour changer leur situation et ne pas prendre les choses pour acquises.

Je pense que c’est l’essence même de l’autodétermination: il s’agit d’avoir confiance en soi et de ne pas accepter votre environnement comme donné, mais de le façonner au maximum (ce qui, dans le cas des humains dans le monde interconnecté du XXIè siècle, est sans limites).

Nous devons d'abord nous débarrasser de la colonisation mentale. «Libérez votre esprit et votre cul suivra» [dicton afro-américain] «La meilleure arme entre les mains des occupants est l'esprit des occupés» - Steve Biko.

En y réfléchissant, qu'est-ce qui fait un "héros"?

Selon les stéréotypes, les héros l'emportent dans des situations difficiles, mais l'élément-clé est la décision d’affronter ces difficultés sans être sûr de gagner.

En effet, celui qui essaie et «perd» devient-il moins un héros que celui qui gagne? Combien d’entre eux sont en effet des héros martyrs?

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Ici en Palestine, nous avons le plus grand respect pour ceux qui résistent (qui combattent l'injustice) parce que c'est naturel. Nous dédaignons les collaborateurs et ceux qui veillent à leurs propres intérêts égoïstes.

Les vrais perdants ne sont pas ceux qui s’efforcent de changer les circonstances (même s'ils sont emprisonnés ou tués), mais uniquement ceux qui restent dans leur zone de confort. Ces derniers sont ceux qui cherchent toutes sortes d'excuses (les États-Unis sont puissants, «l'Arabie saoudite» a trop d’influence pour la contester, «Israël» contrôle les États-Unis,...).

Ce qu’ils ne réalisent pas, c’est que la plus grande crainte des pouvoirs répressifs comme ceux-ci est que les gens développent la confiance en eux-mêmes et qu’ils changent leur propre situation. L'apathie renforce la tyrannie, la résistance la mine. 

Je dis aux étudiants, au personnel et aux bénévoles: ce que vous changez dans votre esprit peut ensuite changer votre monde. Aucun Dieu ou autres ne vous sauvera. Soyez le changement que vous voulez voir maintenant.

Le pouvoir est disponible pour ceux qui le cherchent. Votre choix est d’être ce poisson qui nage même à contre-courant ou le poisson mort au fil du courant. C'est pourquoi les politiciens sont corrompus et cupides.

Nous avons le plus grand respect pour ceux qui sont actifs et qui travaillent dur pour le bien des autres (société, environnement,...). Ils sont vraiment vivants parce qu'ils résistent.

Pour les autres: dans votre propre intérêt, libérez votre esprit et libérez votre corps de la servitude. Vous pouvez faire tout ce que vous décidez de faire. 

J'ai terminé mes messages précédents par «restez humain», mais peut-être devrions-nous souhaiter «devenir un animal sauvage» - reconquérir notre liberté d’esprit… résister.

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Résister, c'est vraiment exister! L’essence même du bonheur est de déterminer son propre avenir et de ne pas laisser les autres le faire à notre place.

Notre devise au musée et à l'institut est RESPECT: pour nous-mêmes, pour les autres, pour la nature. Ça marche.

Maintenant, ceux d'entre nous qui ne prennent jamais de vacances reviennent à la lecture, au respect, au recyclage, à la réduction du gaspillage, au contact avec des êtres vivants et à la résistance.

Si vous vous trouvez dans la région de Bethléem, où un gars du nom de Jésus a également résisté il y a 2000 ans, et si vous voulez partager des réussites, passez prendre un café ou un thé. Nous sommes situés ici: palestinenature.org/visit.

En toute confiance et avec le plus grand respect
Et dans un esprit animal!

Mazin Qumsiyeh -

06.06.19

Source: ISM

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16 juin 2019

Médias militaires: le Hamas contre Israël

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L'article suivant traite des efforts de propagande militaire du Hamas, de ce sur quoi il s'appuie, de l'outil et des moyens qu'il utilise, ainsi que des gains qu'il en retire, des Palestiniens ou des Israéliens

 

Lors de la dernière vague d’attaque israélienne contre Gaza début mai, les factions de la résistance palestinienne, en particulier le Hamas, se sont davantage appuyées sur leur système médiatique et de propagande. Ils ont filmé leurs opérations armées et ont produit des courts métrages, utilisant un langage incendiaire destiné aux Palestiniens pour les rendre plus solidaires du groupe, et dirigé contre les Israéliens en hébreu à des fins d'intimidation et de dissuasion

Le Hamas a alloué un budget et des ressources humaines à ses médias militaires. Il existe même un département spécial pour celui-ci qui n'est pas moins important ou dangereux que le reste des départements de la sécurité et des opérations de sa branche armée.

Israël mène généralement des guerres psychologiques contre le peuple palestinien dans le cadre de ses campagnes coordonnées, alors que les Palestiniens ne font que réagir à ces guerres. Toutefois, la récente attaque contre Gaza a été marquée par un changement sur la scène médiatique militaire, le Hamas ayant surpris l'armée israélienne par des messages médiatiques intenses et fréquents visant à induire en erreur les niveaux politique et militaire israéliens et à atteindre le front intérieur.

La résistance palestinienne a fait preuve d'une grande supériorité dans ses capacités médiatiques en matière de discours, ainsi que dans ses déclarations et dans la gestion de la guerre psychologique et du nouveau mouvement médiatique. Dans le même temps, le nombre d'utilisateurs de Twitter qui tweetent depuis Gaza a augmenté. Au début de l'attaque israélienne contre Gaza, la résistance a continué à diffuser des messages médiatiques influents, aux formes, contenus et objectifs divers. Cela a amené de nombreux commentateurs et experts en stratégie à confirmer que Tel-Aviv avait rapidement perdu la guerre psychologique contre le Hamas.

La force des messages de guerre psychologique du Hamas n'est pas venue de nulle part, car ils ont été préparés et formulés par des experts en guerre psychologique. Cela montre le niveau décisif de développement atteint par le Hamas dans divers domaines. La guerre psychologique du Hamas a eu un effet majeur sur la gestion de la bataille par Israël, affaiblie par beaucoup de confusion et de panique. La société israélienne et son front intérieur ont souffert de leur faiblesse dans la bataille.

La branche armée du Hamas, les brigades Izz el-Deen al-Qassam, a régulièrement publié des messages vidéo filmés en même temps que les attaques israéliennes. Son but était de prouver ses capacités de dissuasion et de menaces, malgré la force de l'armée israélienne. Cela a permis à Al-Qassam de briser le statut et le prestige d'Israël et de provoquer un choc psychologique profond chez les Israéliens. Ils ont réussi à jouer sur les nerfs des dirigeants et à marquer un point pour les Palestiniens dans la guerre psychologique en utilisant cette nouvelle tactique pour prouver leur capacité à déplacer la bataille de G
aza vers Israël.

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Dans ses médias militaires, le Hamas a utilisé une partie de la guerre psychologique adoptée et pratiquée par les Israéliens contre les Palestiniens pendant de nombreuses années. Les deux parties ont cherché à créer l'image de la victoire et, jour après jour, l'influence psychologique de cette guerre, dans laquelle les médias et les réseaux sociaux ont joué un rôle important, s'est accrue.

Les Israéliens n’ont pas hésité à admettre que le Hamas avait mené une guerre psychologique et avait réussi parce que le public israélien attendait les instructions de quitter les abris ou d’y rester.

Plus tard, des experts techniques ont diffusé les messages d'Al-Qassam et transmis la véritable image de la bataille à toutes les masses israéliennes. Cette démarche a été mise en œuvre en utilisant les méthodes suivantes:
- Interrompre la diffusion de plusieurs chaînes de télévision israéliennes et diffuser des messages destinés aux Israéliens, leur rappelant les erreurs de leurs dirigeants;
- Cibler les courriels de millions d’Israéliens et contrôler le système de messagerie des dirigeants des conseils des colonies et leur envoyer des messages menaçants;
- Pirater les téléphones de nombreux soldats à la frontière de Gaza et leur envoyer des messages textes et vocaux jurant de continuer à se battre et à contrecarrer leurs attaques, ainsi que de continuer à tirer des roquettes sur les colonies de peuplement, pour tenter de leur saper le moral.

Le Shabak israélien a lancé un avertissement aux Israéliens contre les pirates palestiniens qui avaient hacké certains sites Web officiels et médiatiques et envoyé des SMS. Cela a intensifié l'inquiétude des milieux du renseignement en raison du potentiel accru d'attaque de réseaux par des hackers pro-palestiniens.

Les campagnes palestiniennes de piratage contre les Israéliens ont commencé à s'intensifier lors des attaques israéliennes contre Gaza, car elles ciblaient les comptes de personnalités politiques et militaires israéliennes. Des photos prouvant le hackage et le piratage ont été prises et envoyées via les comptes piratés, montrant des photographies de combattants d'Al-Qassam et de certains de leurs dirigeants, ainsi que son logo «Hackers». Ils exigeaient que les Israéliens de quitter la  Palestine.

Al-Qassam a lancé son premier site Web en hébreu et a commencé à s’adresser au public israélien en même temps que les attaques contre Gaza avaient lieu. Le site comprend des sections contenant des images et des vidéos des Brigades et de leur actualité.

Au même moment, la chaîne de télévision du Hamas, Al-Aqsa, a continué de diffuser des messages en hébreu aux soldats de l'occupation, les menaçant s'ils entraient dans Gaza et les informant que leurs dirigeants les avaient impliqués dans une guerre dans laquelle ils n'avaient aucun espoir et qu’ils devaient attendre les roquettes.

Certains jours de l'attaque, notamment lorsque les chaînes de télévision israéliennes diffusaient leurs programmes, Al-Aqsa s'adressait aux Israéliens et non aux Palestiniens, d'autant plus que les chaînes israéliennes traduisaient immédiatement ce qui était diffusé sur Al-Aqsa.

La chaîne du Hamas et les autres chaînes de télévision associées au groupe diffusaient des images de tireurs d’élite, de roquettes et d’autres lanceurs de missiles opérant, défiant directement l’armée israélienne.

Les brigades Al-Qassam ont également produit des chansons en hébreu, jouées des centaines de fois. Les clips vidéo de ces chansons montraient l’entrainement au lancement de roquettes des combattants d'Al-Qassam. Les chansons ont été largement diffusées sur YouTube et dans différentes versions avec différentes vidéos, qui ont été visionnées des centaines de milliers de fois.

La guerre psychologique menée par le Hamas contre les Israéliens ne s’est pas limitée aux médias et aux porte-parole officiels, elle a ciblé des individus et des blogueurs et a posté sur des réseaux sociaux.

Les Palestiniens ont également publié plusieurs films menaçant les Israéliens et montrant comment des enfants étaient emmenés de maisons qui, selon l'armée, étaient des cibles militaires. Ils ont également publié des photos du Premier ministre israélien et du commandant de l'armée couverts de sang.

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Le Hamas a également autorisé les journalistes à documenter les témoignages de combattants d'Al-Qassam concernant l'exécution d'opérations militaires contre les forces armées aux frontières de Gaza. Les journalistes ont également visité les tunnels offensifs et les lanceurs de mortiers et de roquettes.

Pour assurer le succès de ses performances médiatiques, Al-Qassam a publié des articles intéressants sur des combattants qui ont mené de combats féroces contre l'armée en différents endroits de la frontière de Gaza et à chaque point de la bataille du nord au sud de Gaza.

Ils ont lancé des attaques furtives contre les forces d'invasion et contrecarré par tous les moyens les attaques des soldats de l'occupation. Certains de ces soldats appartenaient à l’unité Tunnels; ils sont chargés de préparer et d’équiper les tunnels pour l’utilisation par les forces de l’élite, qui avaient pris leurs positions avant le début des attaques au sol.

Les séries d'attaques israéliennes contre Gaza ont été marquées par la publication de rapports militaires palestiniens faisant état des attaques de la résistance et de ses contre-attaques contre l'armée israélienne. La coordination fut totale entre les combattants de la résistance sur le champ de bataille et les unités des médias, immédiatement informées par les groupes sur le terrain de leurs attaques contre l'ennemi, des roquettes antichars et des types d'armes utilisées par les combats de résistance, ainsi que le lieu et l'heure des attaques.

Le groupe Médias publie des rapports militaires sur les frappes des combattants de la résistance et décrit la nature des pertes subies par l'ennemi, que les combattants de la résistance tentent d'identifier de la manière la plus précise possible à partir de leurs observations. Avec le temps et l'expérience, ils ont été capables de les localiser avec précision.

Dans les attaques d'Israël contre Gaza, la résistance a réussi à émerger avec un nouveau système médiatique dans lequel elle a intensifié son discours médiatique. Dans le même temps, elle a réussi à pousser l’armée israélienne dans un bourbier de fausses informations auquel elle n’est pas habituée et cette confusion s’est répercuté dans ses déclarations et ses performances sur le terrain.

La résistance a utilisé les médias pour montrer des images du butin obtenu après chaque opération, en particulier les débris de véhicules militaires, des morceaux de chars endommagés et les restes de soldats tués.

Peut-être le succès évident des méthodes médiatiques militaires du Hamas nous a-t-il rappelé que la bataille avec Israël  n'est pas une bataille purement militaire, mais aussi une bataille sécuritaire et médiatique qui s’appuie principalement sur la bataille du cerveau et des esprits.

Fort de cette compréhension et de cette conscience profonde de la nature de la bataille, le Hamas a adopté une politique médiatique fondée sur le fait de fourvoyer et de dérouter l’ennemi et de ne fournir aucune information qui pourrait lui être utile. En effet, la zone géographique dans laquelle ils opéraient est relativement petite et l'occupation israélienne pourrait utiliser n'importe quel élément d'information comme moyen de pression sur la résistance ou même comme une arme contre la résistance pouvant avoir des conséquences désastreuses.

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Il peut sembler difficile de mettre fin au débat sur la guerre médiatique entre la résistance et l’armée israélienne sans parler de la personnalité médiatique majeure, Abu Ubeidah, porte-parole des brigades Qassam, qui parle au nom de toutes les factions militaires. C'est peut-être sur le moral des Israéliens qu'il a le plus d'impact en raison de sa capacité à les effrayer, ce qui a permis à la résistance de progresser sur le terrain.

L'armée israélienne considère Abu Ubeidah, qui porte un keffieh rouge et a une carrure imposante, comme le cerveau de la guerre psychologique menée par le Hamas. Il est célèbre pour la phrase par laquelle il termine ses conférences de presse: «C'est une bataille de victoire ou de martyre».

Adnan Abu Amer -

04.06.19

Source: ISM

15 juin 2019

En Palestine, pourquoi l'accès à l'eau potable n'est-il pas protégé?

Source: Externe

L’accès libre à l’eau potable est un droit humain fondamental. Il ne s’agit pas seulement d’une affirmation de bon sens, mais aussi d’un engagement juridique contraignant, inscrit dans le droit international. Alors pourquoi y aurait-il une exception en Palestine?

 

En novembre 2002, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU a adopté l’«Observation générale n°15» concernant le droit à l’eau:

«Le droit à l’eau est indispensable pour mener une vie digne. Il est une condition préalable à la réalisation des autres droits de l’homme». (Article 11)

Le débat sur l’eau en tant que droit de l’homme a culminé des années plus tard avec la résolution 64/292 de l’Assemblée générale des Nations-Unies du 28 juillet 2010. Explicitement, elle «Reconnaît que le droit à l’eau potable, propre et salubre et à l’assainissement est un droit fondamental, essentiel à la pleine jouissance de la vie et à l’exercice de tous les droits de l’homme».

C’est tout à fait logique. Il n’y a pas de vie sans eau. Cependant, comme tous les autres droits de l’homme, il semble que les Palestiniens se voient refuser ce droit également.

Il y a une crise de l’eau qui affecte le monde entier, et elle est plus prononcée au Moyen-Orient. Les sécheresses liées au changement climatique, les précipitations imprévisibles, l’absence de planification centralisée, les conflits militaires et bien d’autres facteurs ont entraîné une insécurité sans précédent en matière d’eau.

La situation est toutefois encore plus compliquée en Palestine, où la crise de l’eau est directement liée au contexte politique plus général de l’occupation israélienne: apartheid, colonies juives illégales, siège et guerre.

Si l’aspect militaire de l’occupation israélienne a fait l’objet à juste titre de beaucoup d’attention, les politiques coloniales de l’État en matière d’eau en reçoivent beaucoup moins, mais elles constituent un problème urgent et critique.

En effet, la maîtrise totale de l’eau a été l’une des premières politiques adoptées par Israël après la mise en place du régime militaire suite à l’occupation de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza en juin 1967. Les politiques discriminatoires d’Israël – l’utilisation et l’abus qu’il fait des ressources en eau palestiniennes – peuvent être qualifiées d’«apartheid de l’eau».

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La consommation excessive d’eau par Israël, l’utilisation erratique des barrages et le déni du droit des Palestiniens à leur propre eau ou le creusement de nouveaux puits ont tous eu des conséquences environnementales considérables et peut-être irréversibles. Ils ont fondamentalement modifié tout l’écosystème aquatique.

En Cisjordanie, Israël utilise l’eau pour cimenter la dépendance palestinienne actuelle vis-à-vis de l’occupation. Il utilise une forme cruelle de dépendance économique pour maintenir les Palestiniens dans un état de sujétion et de subordination.

Ce modèle est soutenu par le biais du contrôle des frontières, des postes de contrôle militaires, de la perception des taxes, des fermetures, des couvre-feux militaires et du refus d’accorder des permis de construire. La dépendance à l’égard de l’eau est un élément central de cette stratégie.

L'«Accord intérimaire sur la Cisjordanie et la Bande de Gaza», connu sous le nom d’Accord d’OsloII, signé à Taba (Égypte) en septembre 1995, a cristallisé l’injustice d’OsloI, signé en septembre 1993.

Plus de 71% de l’eau de l’aquifère palestinien ont été mis à la disposition d’Israël, et seulement 17% ont été alloués à l’usage palestinien.

Plus épouvantable encore, le nouvel accord introduisait un mécanisme qui obligeait les Palestiniens à acheter à Israël leur propre eau, ce qui consolidait encore davantage la relation client-propriétaire entre l’Autorité palestinienne et l’État occupant.

La compagnie des eaux israélienne Mekorot, entité publique propriété à 100% de l’État, abuse de ses privilèges pour récompenser et punir les Palestiniens comme bon lui semble.

Au cours de l’été 2016, par exemple, des communautés palestiniennes entières en Cisjordanie occupée se sont retrouvées sans eau parce que l’Autorité palestinienne n’avait pas payé à Israël des sommes considérables pour racheter l’eau prélevée sur les ressources naturelles palestiniennes.

Déconcertant, n’est-ce pas? Et pourtant, nombreux sont ceux qui se demandent encore pourquoi Oslo n’a pas réussi à instaurer cette «paix» tant convoitée.

Regardez les chiffres pour apprécier à sa juste valeur cet apartheid de l’eau: les Palestiniens de Cisjordanie utilisent environ 72 litres d’eau par personne et par jour, contre 240-300 litres pour les Israéliens.

La responsabilité politique d’une répartition aussi inégale des ressources en eau disponibles peut être attribuée à la fois à la cruelle occupation israélienne et à la vision à court terme des dirigeants palestiniens.

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La situation à Gaza est pire encore. Le territoire sera officiellement «inhabitable» d’ici 2020, selon un rapport de l’ONU. C’est l’année prochaine. La principale raison de cette tragique prédiction est la crise de l’eau à Gaza.

Selon une étude menée par l’organisation caritative internationale Oxfam, «moins de 4% de l’eau douce [à Gaza] est potable et la mer environnante est polluée par les eaux usées». Les chercheurs d’Oxfam ont conclu que l’augmentation spectaculaire des problèmes rénaux dans la Bande de Gaza est dangereusement liée à la pollution de l’eau.

Les crises de l’eau et de l’assainissement à Gaza s’aggravent tandis que les fermetures fréquentes de la seule centrale électrique de l’enclave qui fonctionne éliminent tout espoir de remède.

La RAND Corporation dont le siège est aux États-Unis a trouvé qu’un quart de toutes les maladies dans la Bande de Gaza assiégée sont transmises par l’eau. Les estimations de la RAND ne sont pas moins tragiques. Elle signale que, selon les normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 97% de l’eau de Gaza est impropre à la consommation humaine. En termes de souffrance humaine, cette réalité ne peut être qualifiée que d’effroyable.

Les hôpitaux de la Bande de Gaza tentent de lutter contre l’épidémie massive de maladies causées par l’eau insalubre alors qu’ils sont sous-équipés, victimes de coupures d’électricité et ne disposent pas eux-mêmes d’eau potable. «L’eau est souvent indisponible à Al-Shifa, le plus grand hôpital de Gaza», poursuit le rapport de la RAND. «Même lorsqu’elle est disponible, les médecins et les infirmiers sont incapables de se stériliser les mains pour pratiquer des interventions chirurgicales à cause de la qualité de l’eau».

Selon Circle of Blue, plateforme de médias environnementaux, sur les 2 millions d’habitants de Gaza, seuls 10% ont accès à de l’eau potable.

«Mes enfants tombent malades à cause de l’eau», a déclaré à Circle of Blue, Madlain Al-Najjar, mère de six enfants vivant dans la Bande de Gaza, «Ils souffrent de vomissements et de diarrhées. Souvent, je peux dire que l’eau n’est pas propre, mais nous n’avons pas d’autre choix».

L’hebdomadaire britannique l’Independent a rendu compte de l’histoire de Noha Sais, 27 ans, mère de cinq enfants, qui vit à Gaza: au cours de l’été 2017, tous les enfants de Noha tombèrent soudainement malades, pris de vomissements incontrôlables et furent bientôt hospitalisés. Les eaux sales de la méditerranée qui borde Gaza les avaient empoisonnés.

«Le plus jeune, Mohamed, gamin de cinq ans d’habitude en bonne santé et turbulent, a contracté de la mer un virus inconnu, qui a pris possession de son corps et de son cerveau. Trois jours après la sortie, il est tombé dans le coma. Une semaine plus tard, il était mort».

Noha a déclaré au journal que:

«Les médecins ont dit que l’infection était causée un germe provenant de l’eau de mer polluée, mais ils n’ont pas pu déterminer exactement ce que c’était. Ils m’ont juste dit que même si mon fils se remettait, il ne serait plus jamais le même – ce serait un légume».

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De nombreux cas similaires sont signalés dans tout Gaza, et il n’y a pas de fin en vue. La politique de l’eau d’Israël s’inscrit dans le cadre d’une guerre beaucoup plus vaste contre le peuple palestinien, destinée à renforcer son contrôle colonial.

A en juger par les éléments de preuve, les sionistes n’ont pas «fait fleurir le désert», comme le prétend la propagande israélienne. Depuis son implantation sur les ruines de plus de cinq cents villes et villages palestiniens détruits entre 1947 et 48, Israël a fait exactement le contraire.

«La Palestine comporte un vaste potentiel de colonisation que les Arabes n’ont pas besoin d’exploiter ni ne sont qualifiés pour le faire», écrivait en 1937 à son fils Amos, David Ben Gurion, l’un des pères fondateurs et premier 1er ministre d’Israël.

Cependant, Israël sioniste n’a pas seulement «exploité» ce «potentiel de colonisation»; il a également soumis la Palestine historique à une campagne de destruction cruelle et implacable qui n’a pas encore cessé.

Il est probable que cela continuera tant que le sionisme prévaudra en Israël et en Palestine occupée; c’est une idéologie d’exploitation, hégémonique et raciste. Si l’accès à l’eau potable est effectivement un droit humain, pourquoi le monde permet-il à Israël de faire de la Palestine et de son peuple une exception?

Ramzi Baroud -

31.05.19

Source: Chronique de Palestine

14 juin 2019

Trois messages au régime sioniste

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Trois messages de la résistance palestinienne, représentée par le mouvement du Jihad islamique en Palestine, ont été adressés à l'occupant sioniste, à peine quelques jours après que ce dernier ait cessé ses bombardements sur la bande de Gaza

 

Le premier message a été adressé par le secrétaire général du mouvement, le moujahid Ziyad Nakhalé, lors d'une interview sur la chaîne al-Mayadeen le mardi 07/05 où il a mis en garde l'armée sioniste d'attaquer les Marches du retour qui ne cesseront pas, car toute violation des ententes conclues avec la résistance, sous l'égide de l'Egypte, recevra immédiatement une riposte militaire.

Pour Ziyad Nakhalé, comme pour tous les résistants, et notamment la direction du mouvement Hamas, les ententes conclues ne sont pas sur la base de «accalmie contre accalmie» comme le veulent les sionistes, mais «accalmie contre démantèlement du blocus et cessation des tirs sur les manifestants lors des marches du retour».

C'est d'ailleurs la violation de ces ententes par l'entité d'occupation qui a poussé le mouvement du Jihad islamique à tirer sur les soldats ‘israéliens’ postés sur la ligne de démarcation le vendredi 3 mai, lorsque l'armée d'occupation a tiré et tué deux manifestants.

Les dirigeants sionistes, et surtout Netanyahu, n'ont pas entendu un message précédent du mouvement du Jihad islamique, délivré avant le vendredi 03 mai, dans une vidéo diffusée par Saraya al-Quds, la branche armée du mouvement, où le secrétaire général affirmait que les Palestiniens préfèrent mourir au combat plutôt que de la faim et de la maladie, causés par le blocus criminel contre la bande de Gaza, et que le peuple palestinien ne sera pas le seul à souffrir désormais, et que Saraya al-Quds était prêt au combat.

Pendant près de 50 heures, les sionistes ont bombardé le territoire de Gaza, occasionnant la mort de 27 martyrs, blessant plus de 160 personnes et détruisant des dizaines d'immeubles. Netanyahu prétend que son armée a ciblé les résistants, mais c'est surtout les familles civiles qu'elle a ciblées, et des fœtus portés par leurs mères.

L'armée la plus puissante dans la région s'attaque aux fœtus et nouveau-nés, pour rappeler au monde que l'entité coloniale sioniste fut créée et s'est étendue rien que par les massacres de centaines de milliers de civils Palestiniens et arabes.

Netanyahu pensait qu'en massacrant des civils une nouvelle fois, la résistance arrêterait le lancement de ses fusées contre les colonies sionistes du pourtour de GazaC'est le mauvais calcul de dirigeants arrogants qui ne peuvent comprendre la logique d'un peuple qui aspire à la liberté.

La résistance, et notamment Saraya al-Quds, a lancé sa nouvelle fusée Badr 3 sur Ascalan, tuant des colons, et affirmant que tout bombardement sioniste sur des agglomérations à Gaza sera suivi de lancements des nouvelles fusées Badr 3, d'une portée plus longue et d'une plus grande puissance, en insistant qu'aucun accord de cessez-le-feu n'interviendra avant que les sionistes ne stoppent leur tuerie.

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Malgré les pressions internationales et arabes sur les dirigeants de la résistance, celle-ci a tenu bon et imposé ses conditions.

C'est pourquoi plusieurs voix sionistes ont immédiatement critiqué Netanyahu, l'accusant d'avoir cédé face à la résistance, et c'est pourquoi Netanyahu a été obligé de rassurer son public en promettant de lancer une «dernière» guerre contre la bande de Gaza pour en finir avec la résistance et en expliquant que le moment n'était pas approprié pour une guerre longue, semble-t-il, à cause de «l'Eurovision», et à cause de l'instabilité du «front nord».

Dans son message du 07 mai, soit après la guerre, le moujahid Ziyad Nakhalé a annoncé que la colonie de Tel-Aviv a échappé de peu aux fusées de la résistance, car après Ascalan, et si les sionistes n'avaient pas arrêté leurs tueries, la résistance aurait frappé Tel-Aviv. «Quelques heures seulement» a t-il précisé, avant que les fusées n'attaquent.

Le deuxième message fut celui des Saraya al-Quds, diffusé par Abu Hamzé, porte-parole de la branche armée du Mouvement du Jihad islamique, le 08/05. Il met en garde les sionistes contre toute attaque contre les Marches du retour et contre toute tentative de passer outre les ententes conclues, car la résistance surveille de près les agissements de l'ennemi et lui donne un délai d'une semaine pour appliquer ces «ententes».

Saluant la république islamique en Iran, Abu Hamzé a voulu insister sur l'aide apportée par l'Iran à la résistance, au moment où des pays arabes normalisent leurs relations avec l'entité criminelle.

Il a, de plus, insisté sur l'unité des combattants de la résistance, réunis dans le «cabinet commun des forces de la résistance à Gaza», rejetant ainsi toutes les voix qui cherchent à semer la division entre les mouvements du Hamas et du Jihad islamique.

Pour conclure, il a affirmé que pour la prochaine guerre, la résistance commencera par là où elle a terminé celle-ci, soit par les fusées Badr 3, qui vont à Ascalan et au-delà.

Le troisième message a suivi le second de quelques heures, qui avait été d'ailleurs annoncé par Abu Hamzé. Ce fut une vidéo montrant l'unité de fabrication des fusées, dans Saraya al-Quds, en plein travail pour remplacer les fusées lancées deux jours auparavant, avec pour message: «nous sommes prêts».

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Ces trois messages délivrés par le mouvement du Jihad islamique à l'entité coloniale, son armée et ses dirigeants, affirment une seule chose: nous sommes prêts pour la prochaine guerre, nous ne nous faisons aucune illusion sur le respect des «ententes» par les sionistes, mais ceux qui lancent la guerre ne savent souvent pas comment la terminer, surtout lorsqu'ils ont en face d'eux des combattants pour la liberté, soutenus par leur peuple et qui ne craignent pas l'affrontement.

Les trois messages après l'agression sioniste du 04 au 06 mai, et ceux délivrés avant par le Mouvement du Jihad islamique, annoncent une nouvelle étape: bien que moins puissant que le Hamas et ses Brigades al-Qassam, le mouvement du Jihad islamique a réussi à instaurer une nouvelle donne: tout en insistant sur l'unité de la résistance et de ses forces combattantes, le mouvement du Jihad islamique garde les mains libres pour affronter et riposter à toute attaque et agression sionistes, l'entité coloniale n'a aucune prise sur lui et ne peut faire intervenir aucun pays ou force pour le faire dévier de son chemin.

Fadwa Nassar -

16.05.19

Source: ISM

13 juin 2019

Que sait Avigdor Lieberman?

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Depuis 7 mois et probablement pour les 5 mois suivants, Avigdor Lieberman dicte sa conduite à la classe dirigeante israélienne. Considéré comme raciste par la presse internationale, c’est en réalité un nationaliste pragmatique et raisonnable, autant opposé au projet de «Grand Israël» qu’à celui d’État binational. Il pourrait être l’atout de Moscou

 

La démission d’Avigdor Lieberman, ministre de la Défense, du gouvernement de Benjamin Netanyahu, le 14 novembre 2018, a ouvert une crise politique très grave en Israël: des élections législatives anticipées ont été convoquées. Elles n’ont pas permis de dégager de nouvelle majorité à la Knesset (Parlement). Aucun gouvernement n’ayant pu être formé en cinq semaines, de nouvelles élections législatives auront lieu le 17 septembre.

La démission de Lieberman était intervenue lorsque Netanyahu avait imposé un accord avec le Qatar impliquant un cessez-le-feu avec le Hamas et la prise en charge directe des salaires des fonctionnaires gazaouis par l’émir du Qatar.

Personne n’avait réagi au plan international à ce qui s’apparente à la sécession de Gaza des Territoires palestiniens et à son annexion pure et simple par le Qatar. Pour Lieberman, cela signifiait organiser une dictature des Frères musulmans aux portes de son pays. Beaucoup avaient interprété cet événement comme un préalable au «Deal du siècle» de Jared Kushner et Donald Trump. Pourtant, il semble aujourd’hui que les États-Unis aient prévu de faire passer Gaza sous contrôle égyptien, et non qatari.

Progressivement, Avigdor Liberman a déployé un nouvel argumentaire durant la campagne électorale, à propos du refus de l’exemption de service militaire des étudiants des yeshivas; celui du refus d’un ordre halachique, de la coercition et des privilèges religieux. Ce thème n’est pas nouveau, mais n’avait jamais joué un rôle central au point d’empêcher Benjamin Netanyahu de former un nouveau gouvernement.

Lieberman s’est fait connaître comme un immigré de Transnistrie qui rassembla les juifs russophones en créant en 1999 un parti politique laïque, Israel Beytenou («Israël, notre maison»). Plus d’un million de Soviétiques ont émigré après l’amendement Jackson-Vanik (1974) qui menaçait l’URSS de l’isoler économiquement si elle refusait de laisser les juifs partir en Israël. Ces russophones sont légalement juifs (ils ont tous un grand parent juif), mais pas nécessairement religieusement juifs (c’est-à-dire dont la mère est juive). L’initiative de Lieberman avait été financée par un oligarque ouzbek, Michael Cherney, alors proche de Boris Eltsine.

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Jusque-là Liberman était connu comme employé du Likud, dont il était le directeur général, devenu chef de cabinet du Premier ministre Netanyahu, mais ne briguant pas de fonction élective. Cet ancien videur de boîte de nuit parle fort, avec un accent russe très prononcé. Il ne manque jamais une occasion de toiser et de menacer ses interlocuteurs… avant de faire affaire avec eux.

En octobre 2003, Michael Cherney finança un étrange congrès à l’hôtel King David de Jérusalem [1]. Il s’agissait d’unir les hommes politiques israéliens russophones, dont Lieberman, avec les disciples US du philosophe Leo Strauss (généralement anciens collaborateurs d’un co-auteur de l’amendement Jackson-Vanik) et avec leurs alliés «chrétiens» (au sens d’opposés à l’athéisme communiste) aux États-Unis. Pour ce faire, il disposait manifestement du soutien de l’administration Bush Jr., qui n’entendait pas laisser filer cette minorité dans l’orbite du nouveau maître du Kremlin, Vladimir Poutine. Toute la droite israélienne de l’époque, à commencer par Benjamin Netanyahu, participa à cette manifestation.

Ce congrès développa une croyance qui s’est imposée depuis dans certains milieux: la théopolitique. La paix est possible dans le monde, uniquement si elle est d’abord réalisée en Israël. Un gouvernement mondial préviendra toute nouvelle guerre. Son siège sera à Jérusalem. C’est par exemple, en France, le discours de Jacques Attali.

À cette époque, Avigdor Lieberman n’avait aucun problème avec les religieux pourvu qu’ils partagent ou soutiennent son nationalisme israélien. Il s’était par exemple allié au parti Tkuma. Il n’avait pas non plus de crainte face au mélange des idées politiques et religieuses. Ses amis straussien (les disciples de Leo Strauss [2] passés par le cabinet du sénateur Jackson) affirmaient sans complexe que l’épisode nazi avait montré la faiblesse des démocraties et que pour prévenir une nouvelle shoah, les juifs devaient édifier une dictature. Ses amis chrétiens avaient imaginé au Pentagone [3] une alliance de tous les juifs et de tous les chrétiens, les «judéo-chrétiens» [4], pour mener la bataille contre le communisme athée.

Ses idées sont connues. Il n’en a jamais changé. Selon lui, il faut savoir à qui l’on est loyal. Les Palestiniens sont divisés entre nationalistes palestiniens et nationalistes islamistes (qui se battent non pas pour l’État palestinien, mais pour l’Oumma). Ils ne parviennent pas à vivre entre eux et parviendront encore moins à vivre avec des Européens juifs (au sens où la Russie est européenne). Ils forment deux peuples différents. Au nom du réalisme, Lieberman s’oppose donc au plan onusien d’État binational et considère même impossible de conserver la nationalité israélienne à ceux des «Arabes de 1948» qui contestent l’existence d’Israël.

Il a souvent été perçu comme raciste compte tenu de sa manière agressive de s’exprimer. Ainsi, en 2001, s’interroge-t-il sur la possibilité de bombarder le barrage d’Assouan pour faire plier l’Égypte. Ou, en 2003, déclare-t-il qu’il est prêt à conduire en bus des prisonniers palestiniens pour les noyer dans la mer Morte, etc. Mais ces sorties sont le fait d’une «grande gueule» et non pas de son idéologie. Identiquement, il qualifie, en 2004, le président Mahmoud Abbas de «diplomate terroriste» mais, en 2008, c’est Benjamin Netanyahu qu’il décrit comme «un menteur, un tricheur et une crapule».

En réalité, durant ses fonctions ministérielles, Lieberman a nommé quantité de hauts fonctionnaires d’origine éthiopienne ou des Bédouins et des Druzes. Il entend simplement que la citoyenneté implique la loyauté envers l’État. Une personnalité de gauche, comme l’ancien chef d’état-major de l’armée de l’Air, le général Eitan Ben Eliyahu, assure que ce n’est pas du tout un extrémiste (à la différence de Netanyahu, partisan du «Grand Israël»).

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La question qui se pose n’est donc pas de savoir si Lieberman est ou non d’extrême-droite, ni quel sera son avenir personnel, mais quelles forces l’ont conduit à briser son alliance des années 90 avec Netanyahu et son alliance de 2003 avec les religieux. Tout ceci intervenant dans le contexte du «Deal du siècle», toujours annoncé, jamais révélé, mais déjà en cours d’application.

Le projet Kushner-Trump envisage de résoudre le conflit israélo-palestinien en développant économiquement les Arabes et en prenant acte de leurs défaites militaires successives. Moscou a déclaré «inacceptable» la manière envisagée d’ignorer le Droit international. Or, depuis la Conférence de Genève de juin 2012, la Russie tente de prendre pied au Moyen-Orient et d’acquérir une suzeraineté partagée (avec les États-Unis) sur Israël. Lieberman est culturellement beaucoup plus proche du Kremlin que de ses partenaires de la Maison-Blanche et du Pentagone.

Notes:

[1] «Sommet historique pour sceller l’Alliance des guerriers de Dieu», Réseau Voltaire, 17 octobre 2003.

[2The Political Ideas of Leo Strauss, Shadia B. Drury, Palgrave macmillan (1988) ; Leo Strauss and the Politics of American Empire, Anne Norton, Yale University Press (2005) ; The Truth About Leo Strauss : Political Philosophy and American Democracy, Catherine H. Zuckert & Michael P. Zuckert, University of Chicago Press (2008) ; Straussophobia : Defending Leo Strauss and Straussians Against Shadia Drury and Other Accusers, Peter Minowitz, Lexington Books (2009) ; Leo Strauss and the Conservative Movement in America, Paul E. Gottfried, Cambridge University Press (2011) ; Leo Strauss, The Straussians, and the Study of the American Regime, Kenneth L. Deutsch, Rowman & Littlefield (2013).

[3The Family : The Secret Fundamentalism at the Heart of American Power, Jeff Sharlet, HarperCollins (2009).

[4] Historiquement, les «judéo-chrétiens» formaient l’église de Jérusalem autour de saint Jacques. Ils furent chassés de la Synagogue lors de la chute de Jérusalem. Leur courant disparu, sauf dans certains groupes au Moyen-Orient, dont celui qui au VIIè siècle éleva Mahomet. Les seuls chrétiens qui subsistèrent furent des païens convertis à Damas autour de saint Paul. Pendant dix-neuf siècles, l’expression «judéo-chrétiens» n’eut plus de sens, les deux religions étant distinctes et opposées quant au respect de la Loi de Moïse. Durant la Guerre froide, le Pentagone réutilisa cette expression et constitua un mouvement œcuménique autour des pasteurs Abraham Vereide et Billy Graham. Étrangement, on parle au XXIè siècle de «culture judéo-chrétienne», alors que cette expression ne recouvre aucune réalité.

Thierry Meyssan -

04.06.19

Source: Réseau Voltaire

12 juin 2019

Face à la pauvreté des arguties des sionistes de tous bords, ce brillant article à ne pas manquer

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Pro-sionisme & antisémitisme sont inséparables et l’ont toujours été

 

Le pro-sionisme est la seule forme respectable d’antisémitisme aujourd’hui, elle est bien accueillie par le gouvernement israélien et les blancs nationalistes pro-sionistes partout

Au cours des années récentes, dans le succès croissant du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), des voix pro-Israël ont exprimé une forte préoccupation sur les motivations «antisémites» de mouvements s’opposant au colonialisme de peuplement d’Israël, à son racisme d’État et à son occupation militaire.

Les accusateurs pro-Israël veulent corriger le panorama, affirmant que l’antisémitisme n’est plus une idéologie de droite, mais plutôt endémique à gauche.

La stratégie n’est pas nouvelle, c’est un vieux schéma israélien soutenu par l’État pour attaquer les Palestiniens et diffamer les critiques d’Israël dans les gauches étasunienne et européenne qui ont commencé à élever des critiques contre Israël  après 1967.

Éviction des Palestiniens

Pendant les deux décennies entre l’établissement de la colonie de peuplement d’Israël et son invasion, en 1967, de la Syrie, de la Jordanie et de l’Égypte, les gauches blanches étatsunienne et européenne étaient enchantées par le pays et le défendaient à la moindre occasion contre les revendications des indigènes palestiniens expulsés et évincés, dont les terres et les moyens de vie avaient été usurpés par lui.

Après les invasions de 1967, cependant, le développement des mouvements américains pour les droits civiques et de libération et les soulèvements étudiants en France et ailleurs, la situation a commencé à changer. Une minorité de la gauche blanche aux États-Unis et en Europe de l’Ouest s’est mise pour la première fois à critiquer Israël, à la surprise inquiète des dirigeants israéliens et des cercles pro-sionistes aux États-Unis et en Europe de l’Ouest.

Alors que plus récemment le gouvernement israélien a consacré d’énormes moyens financiers à contrer cette critique – dont 72 millions de dollars (64,6 millions €) pour combattre BDS – sa réponse en 1972 a été moins drastique, mais pas moins efficace. Lors d’une conférence annuelle en Israël, sponsorisée par le Congrès Juif Américain, le ministre des affaires étrangères du moment, Abba Eban, dévoila la nouvelle stratégie: «Ne nous y trompons pas: la Nouvelle Gauche est le géniteur du nouvel antisémitisme… la distinction entre antisémitisme et antisionisme n’est pas du tout une distinction. L’antisionisme est simplement le nouvel antisémitisme».

Si les critiques émanant de non-juifs ont été punies comme antisémites, Eban a présenté deux critiques juifs américains (Noam Chomsky et I. F. Stone) comme souffrant d’un complexe de «culpabilité de survivants juifs». Leurs valeurs et leur idéologie - c’est-à-dire l’anticolonialisme et l’antiracisme - «sont en conflit et en collision avec notre propre monde de valeurs juives».

L’identification de Eban entre la politique israélienne coloniale et raciste et la tradition juive faisait intégralement partie de l’implication par le sionisme de tous les juifs dans les actions et les idéaux d’Israël.

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Une alliance ancienne

La stratégie consistant à mettre à égalité l’antisionisme et l’antisémitisme est, en fait, une stratégie visant à cacher et à détourner l’attention du très vrai, vieil antisémitisme qui a toujours été un allié du mouvement sioniste – une alliance qui remonte aux années 1890 et se poursuit jusqu’à aujourd’hui.

Le fondateur du sionisme, Théodore Herzl, a expliqué dans son pamphlet de 1896, L’État juif, que le projet sioniste  partageait avec les antisémites un désir de vider l’Europe de ses juifs pour les envoyer dans un territoire colonial en-dehors de l’Europe.

Il est connu pour avoir déclaré que «les gouvernements de tous les pays frappés par l’antisémitisme seront vivement intéressés à nous aider à obtenir la souveraineté que nous voulons» et que «les pauvres juifs ne seraient pas les seuls» à contribuer «à un fond d’immigration pour les juifs européens mais des chrétiens qui voulaient se débarrasser d’eux y contribueraient aussi».

Il ajouta, dans son journal: «Les antisémites deviendront nos amis les plus sûrs, les pays antisémites, nos alliés».

Lorsqu’une poussée d’antisémitisme surgit en Grande-Bretagne au début du 20è siècle, en lien avec l’accueil de réfugiés fuyant les pogroms russes, ce fut Herzl qui se plaça en conseiller des représentants britanniques antisémites, leur disant que le soutien au colonialisme de peuplement sioniste en Palestine leur épargnerait l’accueil de réfugiés juifs en Grande-Bretagne.

L’allié britannique de Herzl à l’époque était l’ancien secrétaire aux colonies, Joseph Chamberlain, qui croyait que l’argent «juif» aiderait l’impérialisme britannique si la Grande-Bretagne soutenait le projet sioniste.

Lorsque le premier ministre Arthur Balfour présenta la loi sur les étrangers de 1905 à la Chambre des Communes pour interdire l’immigration juive d’Europe centrale, son souci était de sauver le pays des «graves fléaux» de l’immigration juive.

Comme Chamberlain, Balfour avait en tête une autre destination pour les immigrants juifs. Le fait est que Balfour n’était pas d’abord un antisémite qui devint ensuite pro-juif lorsqu’il publia la Déclaration Balfour en 1917, mais plutôt que son pro-sionisme était activé par son antisémitisme.

L’amalgame de Churchill

Winston Churchill est aussi réputé par les sionistes comme un autre héros du «peuple juif». L’antisémitisme de Churchill était aussi légendaire. Pour lui, le communisme était une conspiration juive destinée à s’emparer du monde et il soutenait le sionisme, qui offrait une solution de colonialisme de peuplement au «problème juif», qui couperait l’herbe sous le pied du communisme.

On pourrait raisonnablement avancer qu’à côté des déclarations et de l’opportunisme idéologiques propres à Herzl, peut-être que les premiers sionistes étaient faibles et désespérés, et qu’il leur fallait à regret, s’allier avec le diable pour pouvoir réaliser leur projet, ce qui les rendait très indulgents envers l’antisémitisme de leurs alliés.

Mais ce serait difficile à argumenter, non seulement parce que la direction israélienne actuelle et ses alliés pro-sionistes en Europe et aux États-Unis continuent à glorifier des personnages tels que Chamberlain, Balfour et Churchill, mais aussi, et c’est plus important, parce que les dirigeants d’Israël, comme la direction sioniste pré-étatique, ont continué en permanence à allier le pays à des antisémites et à des colons blancs, depuis sa création en 1948.

De plus, les dirigeants du pays, comme les sionistes pré-étatiques, continuent d’ignorer l’antisémitisme lorsqu’il émane de forces pro-sionistes, ou du moins de forces qui ne sont pas antisionistes.

Le silence d’Israël, par exemple, sur l’antisémitisme maccarthyste des années 1950 aux États-Unis, qui a ciblé les juifs comme communistes et les communistes comme juifs, sans grande différence avec l’amalgame fait par Churchill d’une certaine façon, n’en est qu’un exemple.

Le mouvement sioniste a choisi d’appeler son État colonial de peuplement «Israël», le nom donné dans la Torah à Jacob, par lequel les enfants d’Israël deviennent le «peuple juif». Ce choix ne fut pas arbitraire. En appelant son État de cette façon, le mouvement sioniste faisait un amalgame entre son projet de peuplement colonial et l’ensemble des juifs, même si, en majorité, le judaïsme mondial ne soutenait pas le mouvement et qu’il continue de refuser de vivre en Israël  aujourd’hui.

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Prolongement de l’héritage de Herzl

Si le sionisme devient l’autre nom du judaïsme et des juifs, et si Israël est le peuple juif – et pas seulement «son» prétendu État, tous les pro-sionistes seraient forcément non antisémites. Si l’antisémitisme est, certes, un racisme contre les juifs en diaspora, le mouvement sioniste n’a aucun souci à se faire puisque son but déclaré était, et est toujours, de mettre fin à la diaspora des juifs.

C’est pourquoi, les antisémites, s’ils sont pro-sionistes, sont considérés par Israël et ses soutiens comme pro-juifs. Quant à ceux qui s’opposent au sionisme et sont critiques vis-à-vis de l’État d’Israël et s’opposent aussi à l’antisémitisme classique visant les juifs de la diaspora, ils sont diabolisés comme véritables «antisémites».

Ce qui a manqué de façon préoccupante dans les expressions récentes du soutien officiel américain, européen et britannique à l’égalité tracée par le gouvernement israélien entre antisionisme et antisémitisme, c’est la mention de l’antisémitisme endémique des cercles pro-Israël avant et après 1967.

Comme on pouvait s’y attendre, la préoccupation de Eban quant au «nouvel antisémitisme» ne s’est jamais exprimée à l’égard des antisémites pro-Israël et pro-sionistes.

Israël a aussi soutenu le dictateur paraguayen Alfredo Stroessner, qui a lancé des campagnes antisémites contre des juifs parce qu’ils s’opposaient à lui, tout en soutenant Israël qui le fournissait en armes.

De plus, Israël s’est allié avec les auteurs du coup d’État en Argentine à la fin des années 1970 et pendant les années 1980; il leur a procuré une aide militaire alors qu’ils visaient des dissidents juifs qu’ils ont fait disparaître, qu’ils ont torturés et tués.

Une «offensive verbale»

Cela a aussi été la position du gouvernement israélien à l’égard des évangélistes américains. Jerry Falwell, fondateur de la Majorité Morale, une organisation fondamentaliste chrétienne de droite, qui allait être le soutien le plus puissant d’Israël du côté de la droite chrétienne, a identifié l’antéchrist comme juif. À sa mort en 2007, les dirigeants israéliens et des gens à la tête d’organisations juives américaines du courant dominant pro-Israël, ont cependant loué le soutien de Falwell à Israël, en dépit de quelques «différences» avec lui.

Si Eban était préoccupé, en 1972, par toutes les critiques venant de non-juifs et de deux ou trois intellectuels juifs critiques d’Israël, en 2007, l’angoisse pro-sioniste s’étendrait jusqu’à inclure un nombre bien plus élevé de critiques juifs d’Israël.

Davis Harris, le directeur exécutif du Comité Juif Américain, a publié un essai dans lequel il a déclaré: «Peut-être le côté le plus surprenant – et le plus affligeant – de cette nouvelle tendance est la participation très publique de certains juifs dans l’offensive verbale contre le sionisme et l’État juif». Il a ajouté qu’il faut affronter ceux qui s’opposent au droit à l’existence d’Israël, qu’ils soient juifs ou non-juifs.

Dans un passé plus récent, non seulement les dirigeants d’Israël se sont abstenus de critiquer les mouvements européens et américains de droite, suprémacistes blancs, avec lesquels Israël est allié, mais ils ont aussi continué à ignorer leur antisémitisme, lequel, comme prévu, est pardonné au nom de leur soutien à Israël et au sionisme.

L’histoire s’est répétée dernièrement dans le soutien d’Israël à des antisémites ukrainiens, hongrois et polonais et même à des antisémites allemands et autrichiens. Cela a eu son importance dans les récents efforts israéliens pour criminaliser la critique anti-Israël dans l’UE et aux USA.

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Armement de milices néonazies

Cela a commencé avec l’adoption par l’Alliance Internationale pour le Souvenir de l’holocauste d’une définition de travail de l’antisémitisme en 2016 incluant «des manifestations visant l’État d’Israël représenté comme une collectivité juive». Quand l’UE a adopté en décembre dernier une mesure définissant l’antisémitisme comme incluant des positions antisionistes et des positions critiques d’Israël, c’est le gouvernement de droite autrichien, qui comprend des membres d’un parti néo-nazi, qui a poussé à l’adoption.

En Hongrie, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est allé jusqu’à réprimander l’ambassadeur à Budapest pour une déclaration exprimant un léger malaise vis-à-vis du racisme anti-juif d’Orban. Sur ordre de Netanyahu, le ministre israélien des Affaires étrangères a retiré la déclaration.

En Ukraine, Israël arme des milices néo-nazies, en particulier le bataillon Azov. Le leader d’Azov, Andriy Biletsky, a déclaré en 2014 que «la mission historique de notre nation (…) est de conduire les races blanches du monde à une croisade finale pour leur survie. Une croisade contre les sous-hommes dirigés par les Sémites».

En Allemagne, le parti Alternative pour l’Allemagne (AFD) est une organisation d’extrême-droite qui a gagné près de 100 sièges aux élections générales d’Allemagne en septembre dernier et dont les critiques disent qu’il fait la promotion d’idées néo-nazies; cela a alarmé la communauté juive du pays. Alternative pour l’Allemagne soutient aussi Israël; sa cheffe adjointe, Beatrix Von Storch, petite-fille du dernier ministre des Finances d’Hitler, a dit au Jerusalem Post que «Israël  pourrait être un modèle pour l’Allemagne» en tant que pays qui «fait des efforts pour préserver sa culture et ses traditions uniques».

Cela fait écho à l’orientation du démagogue néo-nazi américain, Richard Spencer, qui a qualifié sa mission de «sorte de  sionisme blanc». Israël, a-t-il ajouté, est «l’État ethnique le plus important et peut-être le plus révolutionnaire, et vers lequel je me tourne pour être guidé». Israël et ses dirigeants n’ont pas répondu à ses déclarations.

Attaques de synagogues

Quand le président américain Donald Trump a dit à des juifs des États-Unis à une réception de Hannouca à la Maison Blanche en décembre 2018 que son vice-président avait une grande affection pour «votre pays», Israël n’a pas fait d’objection - pas plus que lorsque Trump, voici quelques semaines, a dit à un groupe de juifs américains que Netanyahu était «votre Premier ministre».

Le soutien à Israël parmi les groupes suprémacistes aux USA va de pair avec leur propagande antisémite, que ce soit à Charlottesville ou, en octobre dernier, à Pittsburg quand un suprématiste blanc a massacré 11 fidèles juifs dans une synagogue, ou le mois dernier à San Diego, avec encore une autre attaque sur une synagogue, qui a tué une personne et blessé plusieurs.

L’antisémitisme pro-sioniste de droite continue à menacer des vies juives aux États-Unis et en Europe. Tandis que des juifs progressistes américains et européens, des chrétiens, des musulmans et des gens de toutes obédiences religieuses ont rejoint des mouvements antisionistes et des mouvements qui s’opposent à la politique israélienne raciste et de colonialisme de peuplement et qu’ils sont engagés dans le combat contre l’antisémitisme, des juifs et des non-juifs pro-Israël font partie de mouvements pro-sionistes dont l’antisémitisme menace l’existence physique de juifs américains et européens.

Il est grand temps que les organisations juives américaines et européennes pro-sionistes produisent des rapports sur l’antisémitisme pro-sioniste, comme elles continuent à le faire vis-à-vis d’antisionistes. L’antisémitisme et l’antisionisme ne sont pas une seule et même chose, comme voudraient nous le faire croire Eban et ses soutiens; en fait, l’antisémitisme, le pro-sionisme, le racisme et le pro-colonialisme sont des compagnons inséparables.

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Célébration de crimes de guerre

Le pro-sionisme est, certes, la seule forme respectable d’antisémitisme aujourd’hui – favorablement accueillie par le gouvernement israélien et par les pro-sionistes partout, comme une aubaine pour l’État d’Israël.

Quand des pro-sionistes célèbrent les invasions et les crimes de guerre comme une réalisation juive, Israël et ses soutiens les félicitent – mais quand les antisionistes attaquent les crimes et invasions comme crimes du gouvernement israélien et assurément pas comme crimes du peuple juif, c’est Israël et ses soutiens pro-sionistes qui les appellent antisémites.

Israël se définit comme «l’État juif» et insiste sur le fait que le vol de la patrie du peuple palestinien, la colonisation de ses terres, les expulsions et les bombardements sont tous menés au nom du «peuple juif». Il prétend que ce qu’il fait est commandé par son éthique «juive» et après tout cela, pousse la revendication jusqu’à dire que ceux qui blâment Israël blâment les juifs.

Ironiquement, c’est la majorité des critiques d’Israël, en contraste avec la majorité de ses soutiens, qui rejette les prétentions israéliennes à représenter tous les juifs, et qui insiste sur le fait que les lois racistes et la politique coloniale représentent le gouvernement israélien et non le peuple juif.

Lorsque les Palestiniens résistent au colonialisme et au racisme, ils ne résistent pas au caractère «juif» d’Israël mais à sa nature, ses institutions, ses lois et ses pratiques racistes et coloniales.

L’amalgame pro-sioniste entre antisionisme et antisémitisme n’est pas seulement une fausse équivalence servant à combattre les critiques d’Israël, c’est avant tout la justification de l’antisémitisme pro-sioniste et pro-israélien. Ceux qui se soucient de la vie et de la sécurité des juifs de la diaspora et du peuple palestinien devraient répondre à cette campagne de propagande en déclarant avec certitude que le pro-sionisme est de l’antisémitisme et qu’aucune distinction ne devrait être faite entre les deux.

Joseph Massad -

02.06.19

Source: ISM

11 juin 2019

Le "deal du siècle" de plus en plus improbable

Source: Externe

Même Mike Pompeo n'y croit plus: les échecs consécutifs d'Israël sur le front interne et extérieur, les déculottées des alliés arabes de Tel-Aviv et surtout cette brave résistance dont font montre les Gazaouis et les Cisjordaniens semblent avoir ramené sur terre les dirigeants américains lesquels croyaient pouvoir liquider en à peine quelques mois une cause palestinienne qui a coûté tant de sacrifices à travers l'histoire

 

Alors que l'architecte du 'Deal du siècle' Jared Kushner s'affiche en mission au Moyen-Orient, que Bahreïn s'apprête à organiser un collecte de fond pour financer ce 'Deal', des fuites font état de sérieux doutes qui s'installent aux Etats-Unis.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo aurait affirmé, lors d’une réunion à huis clos avec les lobbies pro-israéliens que le 'Deal du siècle' lui paraît de plus en plus «inexécutable»:  «Cela peut être rejeté. Peut-être à la fin, les gens diront "ce n’est pas particulièrement original, cela ne fonctionne pas" ou bien "il y a deux bonnes choses et neuf mauvaises choses. La grande question est de savoir si nous pouvons disposer de suffisamment d’espace pour pouvoir engager une vraie discussion sur la manière de construire cela», dit Pompeo dans un enregistrement audio fuité après une réunion privée en présence des présidents des principales organisations juives américaines basées à New-York, reprise par le Washington Post.

Le secrétaire d’État américain, n’étant d’aucune manière "convaincu que le processus aboutirait", avoue que l’accord est unilatéral et plutôt penché du côté du gouvernement israélien: «Je comprends d'ailleurs pourquoi les gens pensent que cela sera un accord que seuls les Israéliens pourraient aimer».

Ces propos ont été tenus à la veille de l'échec du Premier ministre israélien à former sa coalition et l'annonce de la dissolution de la Knesset et la tenue des législatives au mois de septembre.

Le président américain a regretté cette décision qui repousse au mois de novembre 2019 la publication en détail du 'Deal du siècle', soit au pire moment pour Donal Trump, alors impliqué dans sa propre campagne de réélection.

Mike Pompeo n'est pas le seul dirigeant pro-israélien à émettre désormais des réserves quant aux chances de succès du 'Deal du siècle'. Le plan divise aussi en Israël.

L’ancien chef du Mossad Tamir Pardo dénonce l'une des principales clauses du plan à savoir l'annexion de la Cisjordanie, comme étant une source de danger pour "les colons vivant les régions de l'est" : «La plupart des habitants juifs d’Israël estiment que l’annexion de la Cisjordanie constitue un danger pour leur sécurité», a-t-il averti.

Source: Externe

Pour les analystes politiques, l’occupation de la Cisjordanie ne pourra avoir lieu à moins qu’Israël prenne le risque de déclencher une vague sans précédent d’attaques anti-israéliennes au cœur même des colonies.

Et ce ne sera plus une intifada des pierres qui attend les Israéliens.

Le 25 mars, et après plusieurs raids israéliens contre Gaza, quelques dizaines de colonies du nord de Tel-Aviv ont été prises pour cible des missiles palestiniens tirés depuis Gaza.

Il s’agissait de missiles de haute précision qui ont visé précisément les maisons des colons.

Ajoutez à cela des attaques anti-israéliennes des Palestiniens qui surgiraient de partout. Le 'Deal du siècle' ressemble de plus en plus à une plaisanterie qui se retourne contre ses initiateurs.

03.06.19

Source: Presstv

 

Source: Externe

Depuis la frappe au missile de la Résistance, Israël n’est plus viable

Depuis le 4 mai dernier où des centaines de missiles de la Résistance se sont abattus sur les colonies du sud d'Israël pour se diriger étape par étape vers Tel-Aviv, les colons ont compris que la "terre promise" n'est que du vent: ils quittent désormais par centaines les territoires occupés de la Palestine.

Cette vague d'immigration inverse, déclenchée en dépit d'efforts inlassables des agences pour l'immigration juive, commencent à faire réellement peur aux milieux israéliens.

C'est une fuite en masse dont la faute revient à Netanyahu, affirment ces mêmes milieux israéliens. Mais est-ce le cas? S'il est vrai que les politiques de Tel-Aviv ont conforté l'implantation des colonies sionistes, il est aussi vrai que la donne commence à changer depuis que l'axe de la Résistance s'est nettement renforcé, quitte à presque encercler Israël.

Les colons sont les premiers à pressentir ce danger et à vouloir l'éviter à tout prix. 

«Les manifestations des Israéliens contre Netanyahu pour les difficultés économiques n’ont mené nulle part. Après ces manifestations, le cabinet de Netanyahu a formé un comité qui a fait des promesses restées jusqu'ici lettre morte.

Le désenchantement est total depuis la dernière guerre contre Gaza début mai. Les Israéliens commencent à rentrer chez eux, c'est à dire en pays européens notamment l’Allemagne», a écrit Raï al-Yaoum.

«Cette fuite s'explique aussi par la hausse du prix des produits de première nécessité et le non-attachement à un territoire où un régime factice a été créé en commettant les crimes les plus horribles de l’histoire pour anéantir le peuple palestinien.

De moins en moins de jeunes issus de l'immigration européenne s'apprêtent à s'engager dans l'armée israélienne, à se battre et c'est cela le cœur du problème pour Israël», a précisé ce quotidien.

Source: Externe

Le journal Yediot Aharonot reconnait ce phénomène d'immigration inverse et souligne: "Ce sont les Israéliens les plus éduqués qui quittent Israël". 

Citant Dan Ben David, économiste israélien, Haaretz, journal de gauche, tente d'expliquer le sauve qui-peut général en Israël par les "politiques erronées " de Netanyahu et pourtant il s'agit de problèmes plus organiques liés à un Israël dont la présence en Asie de l'ouest est la principale source d'insécurité.

02.06.19

Source: Presstv

10 juin 2019

C'est le 'sionisme' qui nous intéresse, pas l'antisémitisme

Source: Externe

Depuis un siècle, le sionisme et les classes dirigeantes occidentales, la plupart des intellectuels et des universités occidentaux ont prétendu que toute prise de position contre le sionisme revenait à de l’antisémitisme. En réalité, il s’agit d’une défense pour éviter toute critique du caractère raciste, brutal et colonisateur de l’idéologie sioniste

 

Le sionisme a renforcé ce prétexte ces dernières années, en particulier lorsque de nombreux progressistes et humanitaires du monde entier ont ratifié le mouvement BDS (1). Nettoyer le sionisme des ses crimes est devenu un sujet d'actualité dans la plupart des médias mondiaux dominés par le sionisme et la bourgeoisie occidentale. Laver les mains du sionisme  est toujours lié et fondé sur ce que l'on appelle le «droit à l'autodétermination des nations juives».

Le lien délibéré sournois et malfaisant entre sionisme et antisémitisme sous couvert du «droit du peuple juif à l'autodétermination» est particulièrement dangereux, raciste et hostile aux Palestiniens et aux Arabes.

Il est également trompeur pour le public mondial. Le but est d’extirper le récent réveil des peuples du monde qui défie les mensonges sionistes à propos de la Palestine, car cet argument sioniste est basé sur des mensonges dévoilés provenant de trois ressources principales:

1/ Il n'y a ni terre ni patrie pour les juifs en Palestine. Ils sont venus de près d'une centaine de terres et de près de cent pays qui étaient les patries de chaque minorité juive ici et là, c'est-à-dire dans leurs pays d’origine, de l'Espagne à Norvège et autres lieux.

Ils y vivaient et certains d'entre eux y demeurent toujours. Un de ces petits segments juifs sont les juifs palestiniens que nous appelons al-yahud al-Wataniah, «les Juifs autochtones» de Palestine, occupée et colonisée par les Juifs sionistes du monde entier, soutenus, financés et protégés jusqu'à présent par les ennemis capitalistes occidentaux qui ont conçu la création du régime sioniste ashkénaze (Zionist Ashkenazi Regime, ZAR) comme leur serviteur pour aussi longtemps que le ZAR veut rester en Palestine, et il est toujours vivant.

Jusqu'en 1948, tout ce que le ZAR possédait en Palestine ne représentait que 5,7% de la terre de Palestine qu'ils avaient achetée ou qui appartenaient à des juifs indigènes. Il convient de noter ici qu'énormément de terres ont été achetées par la tromperie, l’escroquerie ou la naïveté de certains Palestiniens.

2/ Avec la croissance de la prise de conscience de l’opinion publique mondiale au sujet des mensonges et des mythes de la «nation juive», de la «Terre promise», le ZAR s’est retrouvé dans une position critique car tout argument en faveur de l’autodétermination ne s’applique qu’aux personnes et aux ethnies qui partagent une terre et une patrie, et la question s'appliquait aux juifs.

Tous les arguments fournis par les sionistes, la politique occidentale, le monde universitaire, etc. sur ce qu'on appelle le «droit juif à l'autodétermination» sont fabriqués de manière à montrer que la Palestine est le pays des juifs et à tenter de montrer que la résistance palestinienne est une agression contre les juifs.

De fait, la résistance continuelle des Palestiniens a déraciné un autre mensonge sioniste selon lequel la Palestine serait le lieu le plus sûr au monde pour les juifs.

3/ L'autodétermination est le droit des nations, des ethnies et des minorités dans leur pays d'origine, un droit qui ne s'applique absolument pas aux juifs du ZAR, car les juifs ne sont pas une nation, ils ne possédaient pas la terre de Palestine, et la plupart d'entre eux ne sont pas de la région.

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Mais l’appui au ZAR le plus dangereux au ZAR est venu des Palestiniens et des Arabes qui ont appelé à la normalisation et à la reconnaissance du ZAR en Palestine occupée depuis 1948. Ces deux prises de position fournissent un soutien dangereux à ceux qui ont créé le ZAR. Elles justifient le déni du droit arabe palestinien en Palestine, une trahison qui fait croire à ceux qui sont mal informés que notre peuple palestinien combat le ZAR comme s'il s'agissait d'une entité autonome sur sa propre terre!

Je me souviens que dans mon discours de mars 2003 devant les étudiants du Dr. Atef Kubruci de l'Université de McMaster au Canada, un étudiant m'a demandé: Pourquoi les jeunes Palestiniens ne jouent-ils pas au football au lieu de lancer des pierres contre des Israéliens? Lorsque l'expulsion d'un peuple de son pays natal en est réduite à ce niveau-là, il faut se rappeler de l'échec des médias arabes et palestiniens, d'une part, et de l'hégémonie des sionistes/impérialistes, de l'autre.

Cela signifie que notre combat contre ceux qui normalisent avec le ZAR et le reconnaissent doit se concentrer sur la conscience humaine populaire: notre projet et notre lutte ont pour objectif de faire en sorte que cette lutte garde le cap après avoir longtemps marché sur la tête. En d'autres termes, notre objectif est de libérer toute la Palestine, c'est-à-dire de ne pas rechercher un petit État dans certaines parties de la Palestine, telles que la Cisjordanie et Gaza occupées, en tenant compte du fait que l'écart est énorme entre se libérer et mendier un petit État.

Mais, il est important d’avouer que c’est un travail difficile, en particulier à cause du rôle de ceux qui intériorisent la défaite parmi les régimes, les partis politiques ou les intellectuels de la «sixième brigade intellectuelle» qui, depuis la défaite de la guerre de 1967, sont tombés dans la reconnaissance du ZAR malgré le fait qu’il s’agit d’un État artificiel et non normal.

L’intériorisation du camp de la défaite s’est en fait alliée à la contre-révolution pour confirmer que toute discussion sur la question palestinienne doit commencer après 1967, et non à partir de l’expulsion du peuple palestinien en 1948.

Sur la base des points susmentionnés, tous les arguments qui insistent sur la nécessité de relier l'antisémitisme au  sionisme ne sont que de faux prétextes visant à camoufler la vérité.

Pour nous, Arabes et Palestiniens, l'antisémitisme ne nous intéresse pas, car nous n'avons aucun rôle à jouer, que ce soit dans la pratique ou dans le discours, dans ce crime occidental.

Nous n'étions pas partenaires de cet enfer. Nous ne devrions supporter aucune partie des charges contre les juifs relatives aux questions bancaires et récemment à des fonds spéculatifs.

Nous n’avons jamais participé à l’infiltration juive, surtout après la montée du mouvement sioniste, dans de nombreux régimes au pouvoir et sous leur domination, qui provoquent et irritent les masses de ces pays.

Nous n’avons jamais pris part à la répression ou aux massacres contre les juifs, comme ce fut le cas de la plupart des pays européens, en particulier le régime nazi en Allemagne.

L'antisémitisme est un crime européen d'une part, et d’un certain nombre de riches courtiers juifs de l'autre. Nous, les Sémites, les vrais, dans notre patrie arabe du Yémen à la Mauritanie, ne prenons pas en considération la propagande de l'antisémitisme lors de notre lutte contre le sionisme, car ceux qui poussent à mélanger ces deux objectifs (sionisme et antisémitisme) veulent égarer le conflit trop loin de sa réalité. Notre combat est contre le ZAR, pour le retour dans notre patrie.

Il n’y a aucune crédibilité à une argumentation qui nie le racisme du sionisme en tant que mouvement, et plus tard en tant que régime, qui a volé la terre des autres, les a expulsés et a tout fait pour avoir un État exclusif d’une ethnie, une nation appelée juifs sur les terres qui appartiennent à d'autres. Dans ce contexte, le lien entre l'antisémitisme et le sionisme n'a pas de sens, d'espace ou de justification, du moins en ce qui concerne notre question palestinienne.

Pourquoi devrions-nous supporter l'hypocrisie de l'Europe qui a opprimé les juifs et puis qui a tenté de s’en laver les mains en commettant un autre crime en créant le sionisme et en lui permettant d'occuper notre patrie et d'expulser notre peuple. Une Europe qui prétend être le principal porteur de la mission de défendre les droits de l'homme et du «droit» à l'autodétermination des juifs dans notre patrie! Le créateur de deux crimes ne sera jamais le libérateur de l'humanité.

Source: Externe

Tout Arabe ou Palestinien qui évite de contester le crime occidental commis contre notre peuple et prétendant qu'il existe une justification à une relation entre l'antisémitisme et le sionisme, se trouve en fait dans le camp de l'ennemi. La déconnexion du lien artificiel entre l'antisémitisme et le sionisme est une mission impérative pour déconstruire la domination euro-centriste/anglo-saxonne sur les médias, le monde universitaire, la culture et la politique.

Il n’y a aucune chance de faire avancer notre droit en tant que peuple si nous n’expliquons et ne rejetons la légitimité du ZAR sur la moindre partie de la Palestine. Je veux dire que toute discussion sur le conflit arabo-sioniste doit commencer depuis le début, à partir de 1948, la Nakba. C'est un fait que nous n'avons pas réussi à expliquer et à prouver à l'opinion publique mondiale.

Cela nous amène à contester les sionistes qui trompent l’humanité, comme David Harris, directeur du Comité américano-juif, qui a déclaré l’année dernière que: « (...) Nier au peuple juif, de tous les peuples de la planète, le droit à l'autodétermination est certainement discriminatoire». (2) 

Peter Beinart a noté à ce propos: « (…) Tous les peuples de la terre? Les Kurdes n'ont pas leur propre État. Ni les Basques, les Catalans, les Écossais, les Cachemiris, les Tibétains, les Abkhazes, les Ossètes, les Lombards, les Igbo, les Oromo, les Ouïghours, les Tamouls et les Québécois, ni des dizaines d'autres peuples qui ont créé des mouvements nationalistes pour obtenir l'autodétermination mais n'ont pas réussi à y parvenir». (3) 

Cependant, toutes les minorités, ethnies et peuples mentionnés sont différents des juifs. Ils font partie des peuples de certains pays et ils vivent sur leurs propres terres, alors que les juifs n’ont jamais appartenu à un seul pays. Ils appartiennent à près de cent pays et nations en tant que minorités religieuses. Ils ne sont pas Palestiniens, à l'exception de quelques milliers de juifs palestiniens autochtones. En conséquence, les juifs du ZAR sont des colons en Palestine.

Mon argumentation ici est de montrer que tous ceux qui plaident pour l'autodétermination juive en Palestine ne sont que des menteurs, car ils savent mieux que d'autres que les colons juifs ont effectivement occupé la Palestine. La plupart de ces imposteurs sont issus de régimes/pays qui ont participé à la colonisation juive et à l'occupation de la Palestine.

Mais l'argument le plus laid et le plus faible est celui d'un Palestinien ou d'un Arabe qui soutient que: d’abord, les juifs ont le même droit à l'autodétermination que nous, en tant que Palestiniens; ensuite, le peuple palestinien doit reconnaître la fausse autodétermination des juifs en Palestine; enfin, tout Palestinien, arabe ou quiconque contribue à l’argumentation fausse qui lie l’antisémitisme au sionisme et attaque notre rejet de la thèse qui met sur le même plan la critique de l'antisionisme avec l’antisémitisme est de fait en contradiction avec la réalité. 

Notes:

(1) Ces derniers jours, le parlement allemand a voté contre les activités du BDS contre le sionisme. Il semble que le sang nazi coule toujours dans le corps des bourgeois allemands et de la plupart des partis politiques.
(2)(3) «Détruire le mythe selon lequel l'antisionisme est antisémite» de Peter Beinart. Cet article a été publié dans The Forward.

Adel Samara -

02.06.19

Source: ISM

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08 juin 2019

Palestine: «Vol au-dessus d’un nid de checkpoints» (+vidéo)

Source: Externe

A travers nos articles et reportages sur la situation en Palestine, nous n'avons de cesse d'informer et de démontrer la courageuse résistance & l'ingéniosité exceptionnelle des Palestiniens, sous toutes ses formes. Nous vous invitons à en découvrir une nouvelle facette pour ce week-end (ndlr-MCP)

 

Le Parkour, une pratique de résistance. La colonisation israélienne a profondément déstructuré le territoire palestinien, désormais discontinu et fragmenté, symbole de dépossession pour les Palestiniens et de toute-puissance pour les Israéliens. Les checkpoints, les contrôles volants, les colonies, le mur, les routes coloniales... régissent l’espace et la temporalité des vies palestiniennes. Mais le Parkour, une pratique sportive qui consiste à franchir des obstacles urbains ou naturels vient bouleverser l’ordre de l’occupant.

À Kufr Akab, en périphérie sud de Ramallah, dans le bus en route pour la gare centrale de la capitale palestinienne, Hazim prend son mal en patience. Assis, las, la tête avachie contre la vitre, il attend que le bus bondé se fraie un chemin dans le bouchon gigantesque qui se forme quotidiennement autour du checkpoint de Qalandiya. Le jeune homme explique que «c’est tous les jours pareil, à force de passer des heures coincés dans les bouchons, on connaît par cœur la devanture de chaque boutique qui borde la route».

Le checkpoint de Qalandiya est le plus grand et le plus fréquenté par les travailleurs de la région de Ramallah qui se rendent à Jérusalem. Pour Hazim, les checkpoints «sont les symboles mêmes de notre impuissance sur notre propre terre. On est obligés de se soumettre aux contrôles israéliens et de perdre chaque jour énormément de temps à cause de l’occupation». Ce jour-là, le bus mettra près d’une heure et demie à rejoindre son terminus situé seulement deux kilomètres plus loin.

En juin 1967, la guerre marqua un tournant. Ce furent les premiers germes d’un processus qui s’est par la suite accéléré puis pérennisé avec les accords d’Oslo. Cinquante ans plus tard, le régime militaire astreint chaque moment de la vie quotidienne de millions de Palestiniens. Chaque aspect de la vie des habitants des territoires occupés est déterminé par ce que le fondateur du Comité israélien contre les démolitions de maisons (The Israeli Committee against House demolitions, ICAHD) Jeff Halper a appelé la «matrice de contrôle» israélienne.

Pour se déplacer, les Palestiniens doivent affronter des centaines d’obstacles à leur circulation, des checkpoints, des barrages routiers ou encore des routes réservées aux seuls colons, outre les permis de circulation qu’ils doivent obtenir. Pour Scott A. Bollens, Israël emploie des techniques de domination spatiale qui morcellent, disloquent les quartiers occupés en détruisant des maisons, en s’emparant des voies de communication, ce qui réduit la mobilité de la population. Ils exproprient les Palestiniens de leurs terres sur la base d’un programme d’urbanisme usurpatoire. Ils leur imposent des restrictions de construction et démolissent de fait les bâtiments sans permis.

L’administration militaire israélienne a mis en place pas moins de 101 types de permis pour brider la circulation des Palestiniens, développant ainsi une véritable bureaucratie militaire de l’occupation. Hazim conclut: «Nous sommes enfermés et notre vie est contrôlée et soumise à la volonté d’Israël sur notre propre terre. Chaque jour, Israël affirme dans nos têtes et dans nos cœurs que notre territoire ne nous appartient plus».

L’ONG B’tselem publie régulièrement sous la forme de vidéos des témoignages poignants des situations dans les checkpoints où les Palestiniens font la queue, enfermés dans des cages métalliques dans des conditions inhumaines. Pour se rendre à l’école, aller au mariage d’un proche, partir travailler ou même accéder à leurs terres agricoles, ils sont entravés dans chacun de leurs mouvements.

Le mur de séparation fait partie également de ces éléments architecturaux qui ont permis de modifier l’espace palestinien et d’achever un processus de dépossession territoriale. Tout est fait pour transformer l’espace de vie des Palestiniens en prison.

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SAMOURAÏS DES TEMPS MODERNES

Une pratique vient casser les règles de circulation dans ce territoire palestinien morcelé et carcéral où les gardiens portent l’uniforme israélien. Cette pratique, c’est le Parkour. Le Parkour a émergé dans les années 1990. Il s’est fait davantage connaître au cours des années 2000. Il a été démocratisé notamment par le film Yamakasi. Les samouraïs des temps modernes, film français d’Ariel Zeitoun et Julien Seri sorti en 2001.

Il consiste à utiliser son corps, à le mobiliser pour se déplacer dans un espace urbain selon les spécificités géographiques du territoire, en alliant vitesse, agilité et maîtrise de l’espace. Les adeptes du Parkour redéfinissent les limites qui marquent leur espace. En les franchissant, ils génèrent un nouveau territoire, et surtout une manière de s’approprier les lieux.

Comme la vidéo utilisée pour dénoncer l’occupation, le Parkour témoigne d’une capacité imaginative, énergique et enthousiaste à vouloir s’extirper de la violence créée par les structures coloniales. À Jérusalem, de nombreux jeunes le pratiquent désormais. Quand les touristes se pressent dans les rues de la vieille ville, ils peuvent apercevoir de jeunes Palestiniens réaliser des acrobaties sur les toits, avec le dôme du Rocher en arrière-plan.

Depuis juin 1967, Israël a annexé illégalement Jérusalem-Est pour l’intégrer au territoire israélien. Puis, en mai 2018, l’ambassade américaine en Israël a été déplacée à Jérusalem. Donald Trump affirmait ainsi reconnaître la Ville trois fois sainte comme capitale d’Israël. C’est le résultat de plusieurs décennies d’occupation durant lesquelles l’État israélien n’a cessé de renforcer son étreinte et d’étrangler un peu plus chaque jour la vie des Palestiniens de Jérusalem.

Depuis 1967, quinze colonies ont été illégalement construites à Jérusalem-Est et près de seize checkpoints contrôlent l’entrée de la ville. Dans l’illégalité la plus complète, Israël conduit sa politique architecturale et urbanistique afin d’assurer sa souveraineté, et annexer totalement Jérusalem-Est.

En 2014, un expert indépendant du Conseil des droits de l’homme des Nations-unies pour les territoires palestiniens occupés dénonçait dans un rapport une discrimination systématique basée sur l’identité ethnique, dont l’objectif est de changer la démographie de Jérusalem. Il la désignait comme une forme de nettoyage ethnique et précisait que depuis 1996, plus de 11.000 Palestiniens avaient perdu leur droit de vivre à Jérusalem. Entre 2000 et 2014, 1.342 maisons ont été détruites par les autorités israéliennes à Jérusalem.

Mais en pratiquant le Parkour, les jeunes Palestiniens veulent redevenir maîtres de leurs déplacements et se réapproprier leur quartier, leur ville, le temps de leur session sportive. Sur l’esplanade des Mosquées, Mustapha s’assoit à nos côtés pour nous expliquer que «vivre à Jérusalem c’est être un oiseau en cage». Le Parkour lui permet de retrouver sa liberté.

Pour lui, les Palestiniens ont fait du Parkour un sport contestataire qui permet de combattre l’espace de domination mis en place par le gouvernement israélien et d’affirmer que les rues de Jérusalem-Est leur appartiennent malgré les restrictions de mouvement et la segmentation de la ville.

Sur l’esplanade des Mosquées, lieu sous haute tension où les incursions israéliennes sont régulières – le choix n’a rien d’anodin — les jeunes s’entraînent et filment leurs entraînements, inscrivant leur présence et leur liberté de mouvement dans cet espace source de litige, affirmant par là que l’esplanade est leur lieu de vie.

Pour un temps, les corps cessent de subir la pesanteur des dispositifs de contrôle. Le défi s’affiche comme acte de résistance. C’est cette volonté qu’exprime Mustapha: «Nous devons contester l’occupation avec nos armes, nos mouvements, nos sauts, c’est notre moyen à nous d’affirmer que nous ne les laisserons pas nous enfermer et nous voler nos terres».

Et la pratique ne se conjugue pas qu’à travers les entrainements. Certains ont également décidé de la mettre en images dans des vidéos sur YouTube ou Facebook. En combinant l’utilisation de la caméra et du Parkour, ces jeunes Palestiniens adressent au monde le message de leur refus de rester enfermés dans la cage qu’on leur destine.

Plusieurs espaces géographiques clés de Jérusalem deviennent le théâtre de ce ballet sportif aux contours politiques. Au fur et à mesure des plans, les jeunes hommes s’élancent sur les remparts de la vieille ville de Jérusalem, devant l’ombre du dôme du Rocher. Mais on les voit aussi courir sur les rails du tramway de Jérusalem, désigné régulièrement comme le «tramway colonial» car il relie Jérusalem-Ouest aux colonies illégales. Le choix de ces espaces pour réaliser les différents plans de la vidéo témoigne d’une volonté politique de s’en emparer corporellement pour mieux se les réapproprier.

Source: Externe

GAZA, PARKOUR DE GUERRE

Moins de 80 kilomètres séparent Jérusalem de Gaza. Pourtant, ceux qui pratiquent le Parkour dans la ville «trois fois sainte» n’ont pas l’espoir de pouvoir rencontrer leurs homologues gazaouis.

Gaza est hautement symbolique: lieu d’exclusion, ghetto où ses habitants sont piégés entre les murs et la mer. La bande de Gaza est aujourd’hui dans une situation catastrophique: famine, pénurie d’eau, épidémies menacent. L’enclave est au bord de la rupture.

Depuis 2007, la situation s’est aggravée avec la mise en place d’un blocus à la fois terrestre, aérien et maritime. Il enferme les Palestiniens de toutes parts. Les opérations militaires israéliennes qui se sont enchaînées de 2008 à aujourd’hui ont amplifié l’imminence d’un désastre humain. Dès 2012, l’ONU avait alerté sur le risque que Gaza devienne inhabitable d’ici 2020.

Dans ce territoire profondément meurtri, la pratique du Parkour s’est également développée. Au milieu des bâtiments détruits par les bombardements, un groupe de jeunes a fondé une équipe de Parkour: PK Gaza.

Le fondateur a commencé à pratiquer le Parkour en 2008, après avoir regardé des vidéos sur Internet. Quelques années après, il décide de l’enseigner à d’autres Gazaouis. PK Gaza est présent sur l’ensemble des réseaux sociaux et les utilise à son avantage, publiant des photos esthétisées sur Instagram et des vidéos de ses exploits sur Facebook et YouTube.

N’ayant pas la possibilité de se rendre à l’étranger à cause du blocus, il communique avec des adeptes du monde entier par Internet, seul lien possible. Leurs vidéos et leurs photos sont de plus en plus vues. Le groupe gagne en popularité et peut tisser des liens avec certains pratiquants étrangers. Sa spécificité a attiré les regards en 2014: c’est ainsi qu’Arte a diffusé le documentaire:  Gaza. Parkour: les Palestiniens volants.

 

Sur le terrain, le groupe a transformé des ruines et des bâtiments endommagés de Gaza en terrain de Parkour. Les entrainements se déroulent dans un paysage dévasté par la guerre. Les bâtiments détruits par les bombardements retrouvent une seconde vie.

Dans la bande de Gaza, symbole de douleur, de stress et de détresse psychologique, le Parkour permet de lutter contre la dépression, d’affirmer la résistance à l’enfermement et la volonté de continuer à vivre.

C’est ce que déclare Mohamed: pour lui s’entrainer au Parkour, «c’est notre manière pour nous d’oublier nos conditions de vie et de goûter à la liberté».

Les membres de PK Gaza expliquent que face à cette violence routinière, le Parkour leur permet «de nous désintoxiquer, d’essayer de reprendre le contrôle sur nos corps et sur nos vies». Le groupe PK Gaza a même déjà été confronté à un bombardement pendant une session de Parkour, et a filmé cette scène et continué son entrainement.

En attendant de retrouver un jour une vraie liberté, le Parkour offre à ces jeunes Palestiniens, le temps de l’envol du corps, quelques instants de répit, défiant ainsi avec la loi de la gravité celle de l’occupation.

Mehdi Belmecheri-Rozental -

29.05.19

Source: OrientXXI