ST Valentin - 4 février Bierset - LIEGE
A la Saint Valentin, dites "je t'aime"
mais pas avec des fleurs provenant
des territoires palestiniens occupés !
A la Saint-Valentin, il est devenu courant de déclarer sa flamme en offrant une fleur. Or les fleurs sont aujourd'hui l'un des fleurons des exportations agricoles d'Israël.
Les sociétés agricoles israéliennes exportent chaque année vers l'Union européenne des tonnes de fleurs. Celles-ci arrivent par l'aéroport de Liège - Bierset via les vols de la compagnie israélienne Cargo Air Line (CAL). Elles sont ensuite acheminées par camion vers Amsterdam où elles sont reconditionnées et vendues à la bourse aux fleurs. Elles repartent alors « blanchies » vers les marchés européens avec l'étiquetage « Made in Holland ».
Les sociétés agricoles israéliennes s'associent à CAL pour le transport et à LACHS - Liege Air Cargo Handling Services - pour la logistique, et exportent chez nous, en plus des fleurs, des agrumes, des légumes et d'autres biens agricoles, etc.
Beaucoup de ces produits proviennent des colonies israéliennes installées dans les territoires palestiniens, et notamment dans la vallée du Jourdain, en contravention avec le droit international. La labellisation « Made in Israël » qui leur est apposée est par ailleurs un leurre qui empêche les consommateurs de faire un choix en connaissance de cause. L'aéroport de Liège-Bierset est donc devenu en une dizaine d'années une plaque tournante de ce commerce honteux et juteux avec Israël et ses colonies.
Info : www.abpliege.be ou www.mir-irg.org
Pour la troisième année consécutive, la section liégeoise de l'ASSOCIATION BELGO-PALESTINIENNE, en partenariat avec le Comité Verviers-Palestine et le MIR-IRG, organise une manifestation sur le site de Liège Airport, qui aura lieu le samedi 04 février prochain à 14h00, inti-tulé « Opération j -10 »
Nous entendons dénoncer d'une part le transit de produits agricoles des colonies israéliennes illégalement situées dans le Territoire Occupé et d'autre part le manque de transparence à propos des produits transitant réellement par l'aéroport.
La société CAL-LACHS - Cargo Air Lines & Liège Air Cargo Handling Services, ne cache pas, sur son site, qu’elle est spécialisée dans le commerce de produits dangereux et toxiques ainsi que de pièces mécaniques, de drones ou encore de fruits et fleurs en provenance d’Israël et de ses colonies.
Les questions que nous nous posons débordent largement la cause palestinienne pour rejoindre celle de la sécurité publique. C’est pourquoi, en vertu du principe de précautions nous organiserons la « Sécurisation du site », pour prévenir la population, des risques possibles dus à ce man-que de transparence. Ensuite, nous irons ensemble faire une petite ballade.
Agrexco, l’entreprise qui exportait les fleurs, les légumes, les agrumes et d’autres biens agricoles en provenance des colonies illégales situées sur le territoire de la Palestine, a été déclarée en faillite. En septembre le tribunal de Tel Aviv a ordonné la mise en liquidation de l’entreprise israélienne

Interview du porte-parole du Hamas en visite en Suisse
Interview de Musheer Al-Masri, porte-parole du Hamas, qui tient une conférence controversée mercredi à Genève
Un collectif palestinien dénonce la politique du gouvernement autour du CECLR
Un collectif palestinien dénonce la politique du gouvernement autour du CECLR
BRUXELLES 25/01 =
Un collectif palestinien critique le manque de clarté du gouvernement dans sa politique concernant le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR). Début janvier, le magazine d'actualité juif 'Joods Actueel' rapportait que le Centre n'avait plus de directeur, le mandat de Jozef De Witte n'ayant pas été renouvelé par le gouvernement fédéral fin décembre. Michael Freilich, rédacteur en chef du périodique, en avait alors profité pour se déclarer candidat à la succession de M. De Witte.
Une situation qui a vivement inquiété un collectif palestinien regroupant notamment le Collectif réflexion indigène (CRI) et le Mouvement citoyen Palestine (MCP). Ce collectif entendait proposer son propre candidat à la tête du Centre, Aziz Madrane, juriste de formation.
Un accord est toutefois intervenu mardi soir au sein du Comité ministériel restreint pour que Jozef De Witte soit redésigné à la tête du Centre pour l'égalité des chances. M. De Witte devra toutefois s'engager à remettre son mandat à disposition lorsque le nouveau Centre interfédéral, structure censée remplacer le CECLR, sera mis sur pied, conformément à l'accord institutionnel. M. De Witte sera appelé à piloter la mise en place de cette nouvelle structure.
"Il n'y a donc pas de place vacante à ce stade", précise-t-on bien au cabinet de la ministre de l'Egalité des chances, Joëlle Milquet. Les candidatures seront rouvertes lorsque le Centre interfédéral sera sur le point d'être installé et "toute personne qui correspondra aux critères requis" pourra alors se présenter.
"Tout cela laisse une forte impression d'improvisation", commentait mercredi après-midi Souhail Chichah (Collectif Réflexion Indigène). "Le dépôt de notre contre-candidature qui se voulait universaliste et humaniste mais en aucun cas communautariste, était une façon d'interpeller le gouvernement et la ministre sur le danger d'une instrumentalisation du Centre pour l'égalité des chances", ajoute-t-il.
Le collectif attend maintenant que le gouvernement fasse preuve de plus de transparence sur l'avenir du CECLR et parvienne à "susciter des candidatures qui fassent consensus au sein de la société"
. /.CLA/
25/01/2012 17:03
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Le Sionisme : un nationalisme juif à l’épreuve des postcolonial studies

Le Sionisme : un nationalisme juif à l’épreuve des postcolonial studies
Publié le janvier 12, 2012
Par Céline Lebrun, étudiante en master de Science Politique à l’université Paris VIII.
Résumé : Nous verrons ici que ce qui distingue le mouvement nationaliste sioniste des autres formes d’expressions du nationalisme juif trouve sa source dans son caractère intrinsèquement colonialiste. Colonialiste, en ce sens où le sionisme est une doctrine qui légitime une entreprise de colonisation. En effet, si le sionisme regroupe lui aussi, à l’image du nationalisme juif, différents courants, tous ont pour plus petit dénominateur commun “le projet de donner à l’ensemble des juifs du monde un centre spirituel, territorial ou étatique”.
« The choice that Herzl made and his successors endorsed was that of colonialism. Calling his and his movement’s decisions colonialist may seem trivial to an outsider. It is almost unthinkable for an Israeli Jew to describe the man or his project in such terms, unless one recognises it as the beginning of a tortuous trip outside the tribe and far away from its ideology. Long before I contemplated such a journey, brave Israelis had embarked on suh a road. Except for them, I would not have found the courage to start the journey myself. Their lives changed not so much as a result of their recognition of Zionism as a colonialist movement in its early years; it was rather their realisation that it has not ceased to be one in the present that led tem into direct confrontation with their society and quite often with their families. Once you have crossed that Rubicon, you can not engage any more in a ‘normal’ or conventional way with your society, be it family members, professional peers or the general public. »
Ilan Pappe, Out of the Frame. The Struggle for Academic Freedom in Israël.[1]
La seconde moitié du XIXe siècle, marquée par la montée des nationalismes européens, la xénophobie qui les accompagne et par l’essor “brutal” du capitalisme en Europe de l’Est, voit la dégradation de la situation des Juifs de cette région qui se retrouvent marginalisés. Comme l’explique Nathan Weinstock lorsqu’il revient sur le sens et l’origine du sionisme dans sa Genèse d’Israël , “victimes du nationalisme agressif de la bourgeoisie montante des pays d’Europe de l’Est, les classes moyennes juives adoptent tout naturellement à leur tour l’idéologie nationaliste de leur voisin”[2]. Nathan Weinstock décrit la naissance d’un nationalisme juif “réflexe” et donne pour preuve de cette origine circonscrite du nationalisme juif à l’Europe de l’Est que celui-ci ne se retrouvait pas à l’époque dans les communautés juives arabes, asiatiques ou d’Amérique, ni même d’Europe occidentale. Sur ce point, il est rejoint par Shlomo Sand lorsque celui-ci affirme que :
Une civilisation “yiddishiste” laïque et moderne s’était développée dans ces régions [d'Europe de l'est]. Phénomène culturel inconnu parmi les communautés juives des autres parties du monde. C’est cette culture spécifique, et non pas la croyance religieuse, qui constitua l’incubateur principal de la fermentation protonationale et nationale.[3]
Le nationalisme juif qui s’étend suivant la trajectoire des centaines de milliers de juifs émigrants d’Europe orientale vers l’Europe de l’ouest accentuant une montée de l’antisémitisme[4] donne naissance à divers courants nationalistes, parmi lesquels le sionisme.
Quelle est donc la spécificité de la doctrine nationaliste sioniste qui donnera naissance à un mouvement politique organisé, le sionisme politique ? Nous verrons ici que ce qui distingue le mouvement nationaliste sioniste des autres formes d’expressions du nationalisme juif trouve sa source dans son caractère intrinsèquement colonialiste. Colonialiste, en ce sens où le sionisme est une doctrine qui légitime une entreprise de colonisation. En effet, si le sionisme regroupe lui aussi, à l’image du nationalisme juif, différents courants, tous ont pour plus petit dénominateur commun “le projet de donner à l’ensemble des juifs du monde un centre spirituel, territorial ou étatique”.[5]
Nous verrons donc dans un premier temps que si beaucoup, notamment parmi les tenants de l’historiographie israélienne classique, continue de voir dans le nationalisme le meilleur cadre d’analyse du sionisme, une analyse en terme de colonialisme telle qu’adoptée par de nombreux historiens, entre autres par ceux que l’on nomme les “nouveaux historiens” israéliens, est certainement la plus adaptée. Pour saisir un peu plus la pertinence de l’approche du sionisme en terme de colonialisme, nous aborderons dans un second temps les manifestations actuelles du sionisme, bien après la création de l’Etat d’Israël, c’est-à-dire bien après que le sionisme ait atteint son but national revendiqué.
I) Le sionisme : nationalisme ou colonialisme ?
Les partisans de l’historiographie israélienne classique
Comme nous l’avons souligné en introduction, “le sionisme s’inscrivit en fait, malgré son caractère marginal, dans la dernière vague de l’éveil des nationalismes en Europe et apparut parallèlement à la montée des autres idéologies identitaires de la région.”[6] Partant de cette réalité, beaucoup, à l’image de Gideon Shimoni dont nous discuterons ici les thèses soulevées dans son article “Postcolonial Theory and the History of Zionism”,[7] décrivent le sionisme comme étant purement et simplement une doctrine nationale et critiquent la comparaison du sionisme à une forme de colonialisme. Divers arguments sont avancés, que nous retrouvons de manière non exhaustive mais condensée dans l’article de Gideon Shimoni, raison pour laquelle nous avons choisi de partir de ce texte pour ensuite le discuter à la lumière d’autres auteurs.
Dans son article, Shimoni commence par critiquer Edward Saïd lorsque celui-ci décrit le sionisme comme “un cas de colonialisme européen”, affirme que “tout ce que les sionistes ont fait en Palestine, ils l’ont fait en tant que participants d’une entreprise de colonialisme de peuplement” et que “le sionisme ne s’est jamais présenté sans ambiguïté comme un mouvement de libération juif, mais plutôt comme un mouvement juif pour une implantation coloniale en Orient”.[8] La première critique formulée par Shimoni repose sur les représentations de la Palestine, et de l’Orient en général, au sein du mouvement sioniste. Il explique que l’on ne peut pas parler de colonialisme pour le sionisme car celui-ci ne reprenait pas systématiquement le discours colonial et ses représentations d’un autre – Arabe en l’occurrence – sous les traits de l’orientalisme, mais qu’il existait plutôt des tensions entre d’une part les sionistes “intégrationnistes”, ayant une vision idéalisée de l’Orient, affirmant les racines orientales du sionisme et des Juifs et d’autre part ceux qui, se pensant comme avant-poste de l’Europe – à l’image de Vladimir Jabotinsky qui affirmait : “Nous allons sur la terre d’Israël dans le but d’avancer les frontières morales de l’Europe jusqu’à l’Euphrate”[9] – s’inscrivaient dans le discours colonial européen.
Les arguments soulevés ensuite par Shimoni s’attachent à l’incarnation pratique du sionisme politique. Si Shimoni reconnait l’existence d’une “praxis coloniale”, il développe l’idée qu’il s’agit d’une colonisation de fait, qui serait le produit d’un contexte, autrement dit, “une colonisation sans colonialisme” :
The colonizing praxis of Zionism was never an end in itself, it developed, alongside energetic political diplomacy and ramified cultural renascence, essentially as a strategy of nationalism, a tool rendered indispensable in the socioeconomic circumstances of the time and place in which Jewish nationalist aspirations were played out.[10]
Les arguments auxquels se réfèrent Shimoni s’appuient sur les formes classiques du colonialisme : Shimoni souligne ainsi que “la colonisation sioniste en Palestine ni n’émanait de, ou agissait dans les intérêts d’un Etat ou d’une métropole centre en dehors de la Palestine”, que celle-ci visait plus à investir en Palestine qu’à en extraire des profits ou des ressources et enfin que l’exploitation de la main d’oeuvre locale était évitée voire proscrite. Autant d’arguments qui font pour Shimoni que l’essence du sionisme est nationale plus que coloniale et que le cadre le plus pertinent pour l’appréhender est donc celui d’une “idéologie et d’un mouvement ethno-national.”
Shimoni conclut sur l’idée que la “praxis coloniale” du sionisme serait en quelque sorte une “conséquence” malheureuse du nationalisme juif mais il la légitime en la présentant comme un moindre mal, partant du postulat que les Juifs n’avaient pas d’autres opportunités ni d’autres endroits où aller et que le déni de l’autodétermination nationale en “Eretz Israël” aurait été une “blessure mortelle”, alors que pour les Arabes/Palestiniens, cela représentait juste une blessure (puisqu’ils avaient ailleurs où aller).[11]
La conclusion de Shimoni est que le conflit israélo-palestinien n’est donc pas un conflit colonial mais un conflit entre deux mouvements nationaux, juif et palestinien. Les perspectives des théories post-coloniales dans l’étude du conflit israélo-arabe n’auraient d’utilité que pour comprendre la perception subjective qu’ont les Arabes du sionisme :
So, other than gratifying those who seek to malign if not de-legitimize Israel, what does a post-colonial theory perspective contribute to comprehension of the nature of the conflict that developed between Jews and Arabs ? It does, of course, help us to understand the subjective Arab perception of Zionism. But, other than this, it has no explanatory value for comprehending the Jewish-Arab conflict.[12]
Le Colonialisme comme cadre d’analyse pertinent
La faiblesse de l’argumentation de Shimoni réside dans la dichotomie qu’il effectue entre nationalisme et colonialisme, expliquant qu’il y aurait d’une part ceux qui soutiennent la thèse que le sionisme est un nationalisme et d’autre part ceux privilégiant le prisme du colonialisme. Or, si l’on en revient au sens strict du colonialisme comme doctrine qui légitime le processus de colonisation, cela n’exclut pas le mélange des genres ni les spécificités propres à chaque situation coloniale. Nathan Weinstock, qui formule dès 1969 une analyse critique du sionisme en terme de colonialisme, l’explique parfaitement lorsqu’il revient sur les traits singuliers du sionisme qui le distingue de la colonisation courante :
Le schéma du colonialisme est un concept opératoire qui doit être enrichi et complété par l’analyse du phénomène particulier auquel on désire l’appliquer. Il n’existe pas de colonisation “chimiquement pure”. Au départ, les sionistes convenaient d’ailleurs volontiers du caractère colonialiste de leur entreprise. Cependant en 1931, Kisch[13] note dans son journal qu’il s’efforce d’éliminer les expressions compromettantes (“colonie”, “coloniser”) du vocabulaire sioniste.[14]
Dans son article “Zionism as Colonialism: A Comparative View of Diluted Colonialism in Asia and Africa”[15], Ilan Pappe, qui décrit rapidement les débats entre les tenants de l’historiographie israélienne classique, comme Shimoni, et ceux d’une historiographie plus critique à l’image de Baruch Kimmerling et Gershon Shafir[16] remet en cause cette dichotomie lorsqu’il explique que le sionisme est “un colonialisme non conventionnel, dilué par de fortes caractéristiques nationalistes” ou encore que “les colons sionistes [...] étaient motivés par un élan national mais agirent en purs colonialistes”[17].
Dans ce même article, Ilan Pappe explique que ce qui a transformé le sionisme d’un projet national en un projet colonial a été la “territorialisation” :
At first, these impulses to move had little to do with the wish to colonize but rather indicated a strong desire to build an ideal life. The territorialization, mainly the choice of Palestine, transformed Zionism from a national project into a colonialist one.[18]
Or, comme nous l’avons vu dans les différentes définitions données jusqu’ici du sionisme, cette territorialisation était inhérente au projet sioniste même s’il fallut attendre le sionisme politique pour sa mise en oeuvre. On retrouve en effet déjà cette idée chez Hess Moses, premier théoricien du sionisme, qui rédigea en 1867 un livre au titre explicite : Projet de colonisation de la Terre Sainte.[19]
Cette idée se retrouve formulée en 1896 par Theodor Herzl, dans son livre L’Etat des Juifs[20], dans lequel il formule quatre hypothèses : il existe un peuple juif, celui-ci ne peut être assimilé dans les sociétés où il est dispersé, il a un droit sur la “Terre promise”, où il n’y a pas d’autre peuple. C’est sur cette base qu’il fonde le sionisme politique, donne au mouvement sioniste une théorie et une organisation, l’Organisation sioniste et le Fonds National Juif. Ainsi, là encore dès le début, se retrouve formulée et légitimée la nécessité de l’entreprise coloniale, dans les termes même du discours colonial : “Pour l’Europe, nous constituerions là-bas un avant poste contre l’Asie, nous serions l’avant-garde de la civilisation contre la barbarie.”[21] Theodor Herzl imagine d’ailleurs une matérialisation possible du projet national sioniste sur le modèle des compagnies à charte et orientera ses efforts diplomatiques dans le but d’en obtenir une des puissances coloniales européennes.
Parmi les grandes recommandations prises lors du premier congrès sioniste réunit à Bâle le 27 août 1897, trois illustrent la nature coloniale du projet national sioniste et permettent à nouveau de critiquer les thèses de Shimoni :
(1) L’encouragement systématique de la colonisation de la Palestine par l’établissement d’agriculteurs, d’artisans et d’ouvriers juifs. (2) L’organisation et la fédération de tout le judaïsme au moyen de sociétés locales et de fédérations générales dans la mesure permise par les lois du pays où elles sont fondées. [...] (4) Des démarches préparatoires afin d’obtenir des gouvernements le consentement nécessaire pour atteindre le but du sionisme.[22]
Ces recommandations, outre la référence explicite à une entreprise de colonisation, témoignent, tout comme les démarches diplomatiques d’Herzl, de la recherche d’une base métropolitaine, que ce soit à travers l’établissement de fédérations juives ou du soutien des gouvernements occidentaux, présenté comme “nécessaire pour atteindre le but du sionisme”. Ces recommandations et les évènements qui suivirent contredisent ainsi l’affirmation de Shimoni selon laquelle “la colonisation sioniste en Palestine ni n’émanait de, ou agissait dans les intérêts d’un Etat ou d’une métropole centre en dehors de la Palestine.”[23]
En effet, les intérêts sionistes rencontrent rapidement ceux des puissances européennes, notamment anglaise, à l’heure où la “Question d’Orient” sur le devenir des régions administrées par un Empire ottoman décadent constitue un enjeu majeur pour elles. Ainsi, bien que les sionistes n’aient pas attendu leurs accords pour entreprendre la colonisation de la Palestine, ceux-ci obtiennent en la déclaration Balfour du 2 novembre 1917, une “charte” tacite des Britanniques qui légalise la colonisation en déclarant envisager “favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et [employer à l'avenir] tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif.”[24]
Pour appuyer l’idée de l’existence d’une base métropolitaine à l’entreprise sioniste, on peut également se référer à Nathan Weinstock qui explique le rôle premier des financements extérieurs, notamment des barons Edmond de Rothchild et Maurice de Hirsch via l’Association de la Colonisation Juive (ICA), sans lesquels la première vague de colonisation de 1880 à 1900 n’aurait pu se faire. Quant à la seconde vague de colonisation qui survient après la formulation du sionisme politique en 1897, Nathan Weinstock souligne fort bien le rôle primordial des organisations de colonisation, principalement le KKL (“Fonds National Juif“, créé en 1901, faute de charte, pour acheter les terres et entreprendre la colonisation) qui permet l’achat et la redistribution de terres aux colons. Il faut noter que là encore les financements sont essentiellement le fait de la diaspora. On remarque donc l’existence d’une base métropolitaine réelle au colonialisme juif, bien que celle-ci ne se présente pas sous les traits classiques de la métropole.
De plus, on observe que les colons sionistes ne se naturalisent pas une fois installés en Palestine ottomane et ce pour se prévaloir le cas échéant de l’aide des consuls, notamment dans le cadre de la politique des puissances impérialistes européennes de “protection des minorités” au Proche-Orient ottoman. Nathan Weinstock observe qu’après la chute de ce dernier et l’octroi aux Britanniques d’un mandat sur la Palestine par la Société des Nations, “les caractéristiques propres du mouvement sioniste s’accentueront à partir de 1918 par le rôle particulier des institutions sionistes qui substituent ainsi des agences internationales et impersonnelles à la protection métropolitaine habituelle.”[25]
En ce sens, de nombreux historiens ont décrit dans la révolte du Yichouv[26] contre la présence britannique, qui commence pendant la seconde guerre mondiale et dure jusqu’en 1948, une révolte des colons contre la métropole. Nathan Weinstock, qui parle d’une succession de “coups fourrés”, explique que “le conflit judéo-anglais de l’après-guerre présente ainsi certaines affinités avec la guerre des Boers.” Il va plus loin en intégrant la guerre de 1948 à cette période : “Plus déroutante encore est la guerre de 1948. En surface, le conflit se déroule entre juifs et arabes. Mais en réalité, la principale victime – le peuple arabe de Palestine – n’a guère participé aux combats. Quant aux armées arabes en général, loin de lutter contre le colonialisme britannique, elles sont dirigées en fait par le Colonial Office et ses agents.”[27] Ilan Pappe observe ainsi que :
La guerre de libération sioniste contre l’empire, qui dura 3 ans, 1945–1948, était la même qu’avait combattu aussi les colons américains, australiens et néo-zélandais contre leur métropole (et récemment par Ian Smith en Rhodésie). Ce sont tous des exemples de colonialisme européen qui ont engendrés un nationalisme territorial local.[28]
La guerre de 1948 apparait bel et bien comme une guerre d’indépendance dirigée vers l’ancienne métropole, mais elle est également dirigée contre les indigènes et donc demeure une guerre coloniale. Cette caractéristique se retrouve dans la préparation et la mise en oeuvre méthodique de la conquête du plus grand territoire possible accompagné du nettoyage ethnique de la Palestine. Ces deux logiques à l’oeuvre dans la guerre de 1948 s’incarnent dans le Plan Dallet, rédigé le 10 mars 1948 par Israël Ber et Moshe Pasternak, sous la supervision de Yigal Yadin, chef des opérations de la Haganah[29]. Ce plan servit de base aux opérations des milices du Yichouv, et de l’armée israélienne qui les remplace après la déclaration d’indépendance le 15 mai 1948, opérations qui conduisirent à l’expulsion massive des Palestiniens. Selon les historiens et les rapports de l’ONU de cette époque, le 14 mai 1948, plus de 400 000 Palestiniens avaient déjà été chassés de leur maison. Entre 1947 et 1949, 531 villages ont été vidés de leur population et/ou rasés. On dénombre des massacres dans environ 70 villages – parmi lesquels, celui de Deir Yassin, le 9 avril 1948, 150 morts ou encore celui de Saliha, du 30 octobre au 2 novembre 1948, 80 morts. En tout, ce sont près de 800 000 Palestiniens qui se retrouvèrent expulsés et réfugiés, essentiellement en Cisjordanie, à Gaza ou dans les pays limitrophes, soit plus que l’ensemble de la population juive à l’époque (640 000).[30]
Le concept primordial pour comprendre ces évènements est celui de colonialisme de peuplement, et c’est là la seconde faiblesse des thèses de Shimoni qui ne voit pas la spécificité de ce colonialisme par rapport au colonialisme classique.
Ainsi, lorsqu’il affirme qu’on ne peut pas appliquer le concept de colonialisme au sionisme en s’appuyant sur le fait que celui-ci visait plus à investir en Palestine qu’à en extraire des profits ou des ressources et enfin que l’exploitation de la main d’oeuvre locale était évitée voire proscrite, il ne voit pas que cela constitue les caractéristiques du colonialisme de peuplement. Patrick Wolfe, dans un article consacré à ce colonialisme et à l’élimination des natifs explique comment le colonialisme de peuplement est par sa nature éliminatoire et ne cherche pas à exploiter mais à remplacer les indigènes :
Settler colonialism has both negative and positive dimensions. Negatively, it strives for the dissolution of native societies. Positively, it erects a new colonial society on the expropriated land base—as I put it, settler colonizers come to stay: invasion is a structure not an event. In its positive aspect, elimination is an organizing principal of settler-colonial society rather than a one-off (and superseded) occurrence. The positive outcomes of the logic of elimination can include officially encouraged miscegenation, the breaking-down of native title into alienable individual freeholds, native citizenship, child abduction, religious conversion, resocialization in total institutions such as missions or boarding schools, and a whole range of cognate biocultural assimilations. All these strategies, including frontier homicide, are characteristic of settler colonialism. [31]
De plus, Shimoni n’évoque pas la première phase de colonisation, entre 1880 et 1900, qui a reposé essentiellement sur l’exploitation de la main d’oeuvre arabe. Pourtant, ce n’est qu’après la naissance du sionisme politique et le début de la seconde colonisation que le sionisme opère véritablement sa transformation d’un colonialisme classique vers un colonialisme de peuplement.
Nathan Weinstock revient sur ce processus en montrant ce qui caractérisaient et opposaient les deux conceptions sionistes de l’époque. La première, correspondant à un type de colonialisme classique, de “planteurs”[32], intègre l’indigène arabe qui va être lié au système de production et à l’économie. La deuxième conception, celle d’une colonisation ouvrière, par la voie de la conquête du travail, sur le modèle des “pionniers” prône “le travail juif” et donc une économie séparée. Weinstock illustre les tensions qui se nouent alors :
Le sionisme ne désirait pas simplement les ressources de la Palestine [...] mais le pays lui-même qui devait servir à la création d’un nouvel Etat national. Cette nouvelle nation était destinée à avoir ses propres classes sociales y compris une classe ouvrière. Par conséquent, les arabes n’étaient pas destinés à être exploités mais à être remplacés dans leur totalité. [...] De ce fait, les sionistes entrèrent en conflit non seulement avec les paysans arabes expropriés, mais aussi avec les intérêts des colons du baron[33] qui préféraient engager la main d’oeuvre arabe meilleur marché. Cette question se trouva au premier plan de la lutte interne de la communauté d’immigrants durant les trois premières décennies du siècle.[34]
Weinstock explique que, dans la recherche d’une “solution du problème conforme au colonialisme classique”, les fonds sionistes auront la principale fonction de suppléer aux différences de salaires entre les Juifs et les fellahs arabes et qu’apparaitra même l’idée de substituer des travailleurs juifs du Yémen aux arabes.[35] Sur ce point, Ilan Pappe explique comment le mouvement sioniste en vint à amener de la main d’oeuvre de l’extérieur qui était similaire à l’origine aux groupes natifs mais idéologiquement acceptable pour le monde colonial. (…) Les Juifs européens ont progressivement préféré les Juifs arabes aux Palestiniens et les ont inclus à la composition démographique du territoire.[36]
Dans son film “Jaffa, la mécanique de l’orange”, Eyal Sivan montre les conséquences de cette évolution du colonialisme juif en Palestine. Amnon Raz-Krakotzin, historien israélien y explique que :
paradoxalement le rêve colonial entretient la vision d’une certaine collaboration entre Juifs et Arabes. Il règne une égalité relative, au moins dans certains domaines. [...] Mais le sionisme, avec son “travail juif” à empêcher toute coexistence, même de type colonial. C’est le paradoxe, le colonialisme fait toujours une place aux indigènes, certes en les opprimant. [...] Mais le sionisme condamne même l’emploi des arabes.[37]
Rona Sela, chercheuse en photographie, travaillant notamment sur l’iconographie sioniste, montre comment cette période a été complètement évacuée dans la conscience et la mémoire collective israéliennes et remplacée par les représentations sionistes.
Ce sont ces représentations sionistes que nous allons maintenant analyser pour montrer qu’elles s’inscrivent pleinement dans le discours colonial. Contrairement à ce que semble affirmer Gideon Shimoni, le discours colonial ne peut être réduit à un discours orientaliste. Comme le montrent Patrick Wolfe et Eyal Sivan, beaucoup d’autres représentations de type colonial se retrouvent dans le discours sionistes et caractérisent ici le colonialisme de peuplement.
Le premier de ces mythes est celui de la “Terra Nullius“, “une terre sans peuple pour un peuple sans terre”. Patrick Wolfe fait à ce sujet la comparaison avec la colonisation de l’Australie où la présence des Aborigènes fut totalement niée. Un second élément du discours colonial, corrélatif au premier est la doctrine de la découverte. Comme l’observe Wolfe, la doctrine de la découverte permet la déclaration d’un droit d’indigènes.[38] Or, cet élément du discours est primordial et Wolfe l’explique :
On the one hand, settler society required the practical elimination of the natives in order to establish itself on their territory. On the symbolic level, however, settler society subsequently sought to recuperate indigeneity in order to express its difference—and, accordingly, its independence— from the mother country.[39]
S’appuyant là encore sur l’exemple australien et l’appropriation d’éléments de la culture aborigène par les colons, il observe que le sionisme :
still betrays a need to distance itself from its European origins that recalls the settler anxieties that characterize Australian national discourse. Yiddish, for instance, was decisively rejected in favour of Hebrew—a Hebrew inflected, what is more, with the accents of the otherwise derided Yemeni mizrachim.[40]
C’est ce processus de substitution aux indigènes et d’appropriation de leur culture qu’illustre Eyal Sivan dans “Jaffa, la mécanique de l’orange” où il met en exergue le processus d’appropriation de l’image de l’orange de Jaffa par le sionisme. Rona Sela y explique par exemple : “Nous leur avons d’abord pris l’idée, utilisé l’image, et après 1948, nous leur avons pris la terre, mais ça, c’est une autre histoire…”
Cela a été rendu possible par un autre élément essentiel dans le discours colonial : celui de la civilisation, du progrès et de la modernisation. Pour rester sur l’exemple de l’orange, bien que la production existait déjà bien avant le sionisme, le récit de la découverte, “du nouveau monde”, de la “terra nullius“, permet de développer la représentation du “progrès dans la désolation”. Les sionistes auraient ainsi fait “fleurir le désert”.
Quant à l’orientalisme que Shimoni évoque, il est bel et bien présent et s’impose dans la représentation sioniste, face aux représentations intégrationnistes pro-orientales. Ainsi pour la commercialisation des oranges, une représentation romantique de l’Orient est utilisée.[41] Comme l’observe Amnon Raz-Krakotzin : “C’est le retour des Juifs en Orient qui a fait d’eux des Occidentaux. Et les Juifs apportent à l’Orient quelque chose qui en réalité lui appartient, l’orange. Mais c’est l’Orient vu de l’Occident, c’est exactement ça.”[42]
Si l’on en revient une fois de plus à ce qu’est le colonialisme, une doctrine qui légitime le fait colonial, nous venons de faire la démonstration – rapide – que c’est exactement à cela que s’emploient les éléments fondateurs du discours sioniste. Nous irons même plus loin en disant que c’est le développement du discours colonial sioniste qui a encouragé, a priori, celui de la colonisation et qu’il ne s’est pas contenté de venir la légitimer a posteriori, remettant ainsi en cause la thèse de Shimoni d’une “colonisation sans colonialisme”[43].
Pour conclure cette première partie, quand bien même les intentions et motivations premières du sionisme auraient été nationales, il convient de se rappeler, dans une démarche scientifique, à l’inverse de ce que pense Shimoni, que :
un processus ne se juge pas d’après l’idée que l’on s’en fait, mais bien à partir de son contenu effectif. Que les sionistes de la deuxième “alya” aient été sincèrement persuadés qu’ils allaient fonder une république communautaire juive, voilà qui est indiscutable. Pourtant, leur entreprise a été objectivement une expansion coloniale, comme Herzl l’avait instinctivement senti, lorsqu’il proposait de créer des compagnies de colonisation, projet qu’incarneront les fonds sionistes.[44]
II) L’Actualité du sionisme : entre colonialisme interne et poursuite de la colonisation
“Le colonialisme de peuplement a deux caractéristiques principales. Premièrement, il est gouverné par une logique d’élimination. Les colons viennent pour rester. Leur mission première n’est pas d’exploiter les autochtones mais de les remplacer. Deuxièmement, l’invasion n’est pas événementielle, mais structurelle. Au-delà de la violence fondatrice de l’expropriation territoriale, les autochtones qui ont survécu sont soumis à une variété de stratégies au moyen desquelles la société coloniale cherche à les éliminer”.[45]
Comme nous venons de le voir, l’Etat d’Israël, créé en 1948, n’est pas seulement l’aboutissement d’un mouvement national juif mais le produit d’une idéologie coloniale. Dans cette partie, il s’agira d’observer l’actualité de cette idéologie dans ses conséquences sur la structuration de la société israélienne et les politiques – notamment extérieures – de l’Etat. Du colonialisme interne à la poursuite de la colonisation, en passant par l’occupation, nous verrons que le sionisme continue de définir la nature de l’Etat d’Israël en “Etat colonial de fondation et de fondement”[46] : Israël n’est pas seulement un “Etat juif” mais un Etat sioniste.
Israël : “l’Etat des Juifs”
L’Etat d’Israël qui se définit comme l’Etat des Juifs s’est appuyé et s’appuie encore sur la diaspora juive. Une des premières conséquences de cette définition a été la loi du retour : tout Juif, de quelque nationalité qu’il soit, peut devenir citoyen israélien. L’Etat d’Israël octroie ainsi la citoyenneté à des Juifs qui ne résident pas en Israël mais le perçoivent plutôt comme un “pays de réserve”[47], “au cas où”. Outre le fait que cette politique maintient la thèse d’une assimilation/intégration impossible des Juifs de la diaspora dans leur pays “d’accueil”, elle entraîne de fait une discrimination à l’égard des individus non juifs, notamment les indigènes dépossédés de leur droits, qui souhaiteraient acquérir la citoyenneté israélienne. Plus encore, comme le note à juste titre Weinstock : “Il n’est même pas certains qu’Israël soit l’Etat des Israéliens d’ascendance juive dans la mesure où l’Etat se réclame du mouvement sioniste mondial, les sionistes de New York ou de Johannesburg ont un droit de regard absolu sur les affaires israéliennes.”[48]
Ce premier élément témoigne du maintien dans la nouvelle société israélienne du discours sur l’essentialisme juif et donc du racisme.[49] Le premier théoricien du sionisme, Hess Moses, “imprégné de l’état d’esprit “scientifique” de son époque, en particulier de l’anthropologie physique, dont l’influence se reflète dans sa nouvelle théorie identitaire”[50] va fonder cette dernière sur la notion de “race”. La “race juive” qui était donc l’”axiome à partir duquel [les sionistes] pensai[ent], revai[ent]t, imaginai[ent] l’antique peuple juif”[51] va ainsi nourrir l’imaginaire national israélien.
Comme l’explique Shlomo Sand :
Pour renforcer une identité juive laïque fragile, il n’[a] pas suffi d’écrire l’histoire des Juifs, qui était, comme on l’a vu, trop hétérogène sur le plan culturel et plutôt discontinue sur le plan chronologique. Le sionisme dut se nourrir d’une science supplémentaire : la biologie, mobilisée pour renforcer le concept de l’”antique nation juive”.[52]
Dans son livre, Sand montre comment après le positivisme anthropologique et la biologie, c’est la génétique qui a été mobilisée pour tenter d’alimenter la thèse sioniste d’un peuple-race juif : “La génétique, comme l’archéologie dans les années 50 en Israël, était une science biaisée entièrement dépendante d’une conception historique nationale qui s’efforçait de trouver une homogénéité biologique au sein des juifs dans le monde.”[53] Les généticiens avaient ainsi intériorisé le mythe sioniste et cherchaient à y plier les résultats de leur recherche, le tout dans le cadre d’une nouvelle discipline, “la génétique des juifs”, qui existe encore jusqu’à aujourd’hui.
Cette idée d’un peuple-race juif se retrouve traduite dans les politiques identitaires de l’Etat d’Israël, la première étant la question de la nationalité. En Israël, il existe une distinction entre “nationalité” et “citoyenneté”. En effet, vous pouvez être citoyen israélien, mais votre nationalité sera juive, arabe, druze… En 1972, un Israélien demande à ce que soit redéfini sa “nationalité juive” en “nationalité israélienne”. La Cour Suprême israélienne répondra négativement en expliquant qu’”il n’existe pas de nationalité israélienne”. Il faut y voir ici le coeur de la politique identitaire : la reconnaissance d’une nationalité israélienne serait en effet contradictoire avec la définition de l’Etat d’Israël comme l’Etat-nation du peuple juif. En ce sens, elle participe, comme dans d’autres Etats issus de la colonisation, à la remise en question de l’Etat-Nation tel qu’il a été définit au cours des trois derniers siècle puisque de fait l’Etat d’Israël ne correspond pas à une nation israélienne mais à un regroupement de nations et/ou de peuples (juive, arabe, druze…)
On peut donner un autre exemple de politique identitaire avec les politiques en matière de mariage. En Israël, il n’existe en effet pas de mariages civils. En apparence, cela a été justifié par la nécessité de ne pas créer de fossé entre religieux et laïques (qui constituaient la majorité) mais il faut surtout y voir la crainte de l’assimilation et des mariages mixtes.
De tout ceci découle une série de discriminations à l’égard des minorités, à commencer par la minorité palestinienne mais également celle des juifs orientaux ou mizrahim.[54] Par exemple, les Palestiniens d’Israël, qui constituent environ 20% de la population israélienne, comptent des Musulmans mais également 15% de Chrétiens, 10% de Druzes. Ces derniers, qui doivent faire leur service militaire contrairement aux Chrétiens et aux Musulmans palestiniens, illustrent, outre l’existence de discriminations, l’utilisation des divisions religieuses par l’Etat d’Israël. En 1998, un rapport de l’ONU pointe 17 lois discriminatoires en Israël, en matière de services publics, d’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi, aux logements sociaux.[55]
Aujourd’hui, le gouvernement israélien qui s’inquiète du faible taux de natalité juive et de la cessation de l’immigration juive cherche à se peupler de Juifs, les Arabes, indésirables dans l’Etat sioniste, constituant un “corps étranger”. Sur ce point, un sondage réalisé en octobre 2005 auprès de 1264 juifs israéliens par le Jaffee Center for Strategic Studies pour le journal israélien Haaretz est explicite : 46 % se prononcent pour le “transfert” (l’expulsion) des Palestiniens hors des territoires occupés, 31% pour celui des Palestiniens d’Israël. De plus, 61% pensent que les Arabes israéliens sont une “menace à la sécurité intérieure” et 72% se prononcent contre la présence de leurs partis dans la coalition gouvernementale.[56]
Sammy Samooha, qui associe le statut de la minorité arabe en Israël à celui des minorités dans une démocratie ethnique[57], fait ainsi d’Israël une démocratie incomplète ou de qualité inférieure, qui reprendrait le modèle étatsunien du “separate but equal“. Cependant, Shlomo Sand, revenant sur le cas des Etats-Unis qui a vu la démonstration que le “separate but equal” ne voulait pas dire “equal“, va jusqu’à remettre en cause le terme de “démocratie” appliqué à Israël. Selon lui, en effet, un Etat “juif et démocratique” est un oxymore et en ce sens, le modèle le plus approprié pour désigner l’Etat d’Israël est celui d’une ethnocratie : “un Etat dont la mission principale n’est pas de servir un demos civil et égalitaire mais un ethnos biologique et religieux entièrement fictif sur le plan historique mais plein de vitalité, exclusif et discriminant dans son incarnation politique.”[58]
Si l’on suit Sand, on peut ainsi voir, avec la structuration de l’Etat d’Israël en ethnocratie, sur la base d’une hégémonie juive, l’héritage de la période coloniale décrite en première partie. Cependant, plus qu’une structure coloniale, il faut y voir ce que Pablo Gonzalez Casanova désigne sous le terme de “colonialisme interne”, c’est-à-dire “une structure de relations sociales de domination entre des groupes culturels hétérogènes distincts.”[59] Développé dans les années 1960 par Pablo Gonzalez Casanova lui-même et Rodolfo Stavenhagen, puis repris par Silvia Rivera Cusicanqui, ce concept de “colonialisme interne” est utilisé à l’origine pour désigner la domination de type colonial des nouvelles classes dominantes des nouvelles sociétés post-coloniales d’Amérique latine qui jouent ainsi un rôle similaire à celui des anciennes puissances coloniales.
À la lumière de ces analyses, on comprend mieux les paradoxes contenus dans la Loi fondamentale d’Israël, article 7A:
“Nulle liste ne pourra être présentée aux élections si, par ses objectifs ou par ses actes, elle implique, explicitement ou implicitement, l’un des faits suivants : (1) La négation de l’existence de l’Etat d’Israël en tant qu’Etat du peuple Juif. (2) Le rejet du caractère démocratique de l’Etat. (3) L’incitation au racisme.”[60]
Adopté un an après la création d’un nouveau parti politique, la Liste progressive pour la paix, qui se prononçait pour une “désionisation” de l’Etat d’Israël, cet article visait à protéger le caractère juif de l’Etat d’Israël face à la montée des critiques telles que le post-sionisme. Sur ce dernier, Shlomo Sand explique que :
Si le programme minimal qui réunissait encore tous les sionistes reposait sur l’idée de la nécessité pour Israël de continuer de servir d’Etat exclusif pour tous les juifs du monde, le post-sionisme, en revanche était défavorable à la pleine reconnaissance de l’Etat d’Israël dans ses frontières de 1967, mais y associait la revendication catégorique de sa transformation en une collectivité de tous ses citoyens.[61]
Israël : la poursuite du colonialisme de peuplement
Dans ses analyses du colonialisme de peuplement, Patrick Wolfe explique qu’une fois les frontières fixées, les logiques d’élimination inhérentes à ce dernier ont deux développement possible : l’assimilation des indigènes restant[62] ou l’apartheid. Cependant, dans le cas israélien, il convient de s’interroger sur l’étanchéité entre ces deux développements possibles. En effet, Israël n’ayant pas encore fixé ses frontières définitives, les logiques d’élimination qui caractérisent la première phase du colonialisme de peuplement, telle l’expulsion des indigènes, restent possibles. Et ce sont ces logiques que l’on retrouve à l’oeuvre par exemple lors de la guerre de 1967 lors de laquelle 250 000 Palestiniens sont expulsés, venant ainsi s’ajouter à la première vague de réfugiés de 1948.
Les conquêtes territoriales réalisées en 1967 marquent en effet une nouvelle étape dans la colonisation sioniste en lui ouvrant les portes de Gaza, de la Cisjordanie, de Jérusalem et des autres territoires alors occupés. Sur ce sujet, Nathan Weinstock observe que l’expansion territoriale après 1967 montre qu’Israël a « sacrifié l’acceptation de l’Etat juif par ses voisins – objectif traditionnel de la politique extérieure israélienne qui paraissait enfin près d’aboutir – à l’ambition du “Grand Israël.” »[63] Le “nouvel” objectif de la politique extérieure israélienne semble donc être celui de l’expansion territoriale et de la poursuite de la colonisation – rendant caduque une fois de plus la thèse défendue par Shimoni de la colonisation comme stratégie pour les aspirations nationales puisque celles-ci sont satisfaites depuis 1948. Ce nouvel objectif se trouve confirmé par l’élaboration du Plan Allon, peu de temps après la guerre de 1967. Ce plan Allon, en écho au plan Dallet qui avaient permis l’expulsion des Palestiniens en 1948[64], consiste en une stratégie d’inclusion de terres /exclusion des Palestiniens.
Cette stratégie se retrouve encore aujourd’hui dans la politique de “facts on the ground”, politique du fait accompli, qui, dans une logique d’expansion territoriale, consiste à coloniser et à annexer le plus de territoire possible à Israël en développant pour cela toute une infrastructure autour des colonies, tels que les routes de contournement, le Mur de séparation, etc.[65] Cette infrastructure qui morcelle le territoire vise à rendre impossible la création d’un Etat palestinien viable alors qu’elle participe du mythe du “Grand Israël”, qui s’étendrait du Nil à l’Euphrate.[66]
L’Etat encourage directement la colonisation des territoires occupés par des politiques d’aide à l’installation des colons (aide économique, sociale…). On distingue alors ainsi deux types de colons dans ces territoires : les colons “économiques” attirés par les politiques de l’Etat et les colons “idéologiques”, convaincus pour leur part de leur droit sur “la Terre promise”.
Outre la colonisation, un autre élément découle directement du caractère colonial de l’Etat d’Israël, à savoir l’occupation. Cette occupation, qui dure depuis 1967, n’est rien d’autre qu’une mise sous tutelle des indigènes, une mise sous tutelle qui constitue le plus petit dénominateur commun du colonialisme. Alors qu’en Israël c’est le droit commun qui prévaut, les Palestiniens des territoires occupés sont administrés selon la loi martiale et se voient ainsi privés de leurs libertés politiques[67].
Pour conclure, si nous venons de démontrer la pertinence du cadre conceptuel du colonialisme de peuplement dans une analyse du sionisme mais également de l’Etat israélien, il faut remarquer que ce cadre est loin de s’imposer parmi les paradigmes dominants dans la recherche universitaire sur la question palestinienne, parmi lesquels on retrouve notamment l’approche en terme de “conflit de légitimité”, dans laquelle s’inscrit Shimoni, qui entend appréhender le “conflit” opposant Israël aux Palestiniens comme une lutte entre deux nationalismes représentant les aspirations de deux peuples. Or, comme nous l’avons vu dans la première partie de ce développement, cette approche ne résiste pas à une analyse plus approfondie. De même, comme le souligne Julien Salingue,
l’approche en terme de “peacebuilding”, qui s’est largement développée durant les années 90, dans la foulée de la signature des Accords d’Oslo, a montré ses limites : le “processus de paix” ne s’est avéré être, à l’épreuve des faits, que la poursuite de l’occupation et de la colonisation par d’autres moyens. Comment, dans de telles conditions, continuer à raisonner dans un cadre théorique qui se focalise sur la “résolution pacifique du conflit” sans reposer la question de la nature du conflit et de ses formes actuelles ?[68]
La nature de ce conflit, nous venons de le voir, est coloniale et en cela il s’agit de le réintégrer au coeur d’une histoire universelle de la décolonisation, en commençant par reconnaitre les enjeux que représentent le post-sionisme mais surtout l’antisionisme, entendu comme anticolonialisme.
[1] Ilan Pappe, Out of the Frame. The Struggle for Academic Freedom in Israël, Pluto Press, Londres, 2010
[2] Nathan Weinstock, Le Sionisme contre Israël, François Maspero, Paris, 1969, p. 44.
[3] Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé. De la bible au sionisme, Fayard, Paris, 2008, p. 350.
[4] Selon Shlomo Sand (op. cit.), suite aux pogroms… il y a une émigration massive des juifs d’Europe de l’Est vers l’Europe de l’ouest, environ 2,5 millions entre 1880 et 1914. Toujours selon Shlomo Sand, moins de 3% iront vers la Palestine qu’ils quittent pour la plupart après.
[5] Maxime Rodinson, “Sionisme, esquisse de théorie d’une idéologie”, Entrée “Sionisme” in Encyclopaedia Universalis, Paris, 1985.
[6] Shlomo Sand, op. cit., p. 350.
[7] Gideon Shimoni, “Postcolonial Theory and the History of Zionism”, in Carl Salzman Philip, Divine Donna R.(ed.), Postcolonial Theory and the Arab-Israel Conflict, Routledge, Oxon, 2008.
[8] Edward Saïd, “Zionism from the Standpoint of its Victims”, in Anna Mc Clintock, Aamir Mufti et Ella Shochat (eds.), Dangerous Liaisons : Gender, Nation and Postcolonial perspectives, Minneapolis, 1997, pp. 15-38, cité par Gideon Shimoni, op.cit., p. 186.
[9] Vladimir Jabotinsky [1880-1940], leader de la droite sioniste, cité par Gideon Shimoni, op. cit.
[10] Gideon Shimoni, op. cit., p. 188.
[11] Gideon Shimoni, op. cit., p. 190. Reprenant à son compte l’argument de “the decisive terrible balance of need” du leader de la droite sioniste, Vladimir Jabotinsky, et faisant primer dans son analyse les fins sur les moyens, Shimoni fait prévaloir les intentions sur les conséquences, en reprochant l’inverse à ceux qu’il critique : “Thus, the colonialist-model exercise, exemplified by Gershon Shafir’s work, rests on a fallacy : denial at worst, or blurring at best, of the primacy of nationalist motivation and intention in Zionism. This results from tendentious structural analysis devoid of causality and deteched from historical context, and from an attendant preconceived theorical privileging of consequences over intentions.” (Gideon Shimoni, op. cit., p.189)
[12] Gideon Shimoni, op. cit.
[13] Frederick Kisch, leader sioniste.
[14] Nathan Weinstock, op. cit., p. 99. Sur ce point, voir également le film Jaffa, la mécanique de l’orange, réalisé par Eyal Sivan, 2009 qui montre que dans la propagande sioniste du début du Xxe siècle, notamment les chansons, reportages, etc., le terme de “colonie” est employé, n’étant pas encore connoté péjorativement.
[15] Ilan Pappe, “Zionism as Colonialism: A Comparative View of Diluted Colonialism in Asia and Africa”, in South Atlantic Quarterly, Volume 107, Numéro 4 “Settler Colonialism”, Automne 2008, pp. 611-633.
[16] “Baruch Kimmerling and Gershon Shafir led the thinking in a new direction. Kimmerling saw Zionism as a mixture of territorial nationalism with colonialism, and Shafir depicted early Zionism as a clear variant of colonialism. Against them, the more established historians continue to argue that Zionism is a pure nationalist movement with no colonialist features.” Ilan Pappe, op. cit.
[17] Ilan Pappe, op. cit. La démarche comparative d’Ilan Pappe dans cet article s’appuie sur 2 exemples présentant des similarités : la colonisation chrétienne de la Palestine et la colonisation de l’Afrique de l’ouest par la Mission protestante de Bâle. Pappe observe trois choses : images de soi, discours, et pratique sur le terrain, analysés par rapport à la population locale et au pays mère adopté qui sert temporairement de métropole. Ses conclusions sont les suivantes : “In this essay, the similarity was found in the way land was taken over, the way the colonialist praxis was disguised with the similar discourses of modernization and religious morality, and later on even by the adoption of an anticolonialist self-image. As such these cases were quite exceptional in the colonial scene not only because the one was nationalist and the other missionary, but because the pure colonialist examples were mainly motivated by the economic considerations of loss and profit and were wholly dependent on the metropole. [...] Both [nationalism and colonialism] are relevant terms: none of them in the final analysis promises anything positive and promising for the original people of Palestine.”
[18] Ilan Pappe, op. cit.
[19] Cité par Shlomo Sand, op. cit.
[20] Theodor Herzl, L’État juif, recherche d’une réponse moderne à la question juive, 1896.
[21] Theodor Herzl, cité par Nathan Weinstock, op. cit.
[22] Israel Cohen, Le mouvement sioniste, Editions de la Terre Retrouvée, Paris, 1946, pp.70-71, cité par Nathan Weinstock, op. cit.
[23] cf. supra p.3.
[24] Sur le rôle de l’Angleterre, voir Ilan Pappe, op. cit.: “[Zionist settlements] were not proper colonies of a mother country, Britain, but satellite movements. [...] Above all, it was British military might that enabled the “return” of the Jews to Palestine [...] The Jewish national homeland was built and survived due to British imperial support. Had London wished otherwise, the Jewish state would have been a fait accompli in 1917—or it would not have come into being at all. The strategy finally adopted by Britain was to endorse the slow construction of a Jewish community in Palestine, with the hope that it could be integrated into a new Anglo-Arab Middle Eastern political system. The British allowed the Zionist movement to establish not only an economic enclave but also a separate administrative infrastructure for a future state. This is a unique feature in the conventional British colonialist praxis.”
[25] Nathan Weinstock, op. cit., p. 98-99.
[26] Le Yichouv constitue “la communauté juive organisée en société en Palestine avant la naissance d’Israël”, Alain Gresh et Dominique Vidal, Les 100 clés du Proche-Orient, Hachette, 2008 (2006).
[27] Nathan Weinstock, op. cit., p. 224.
[28] Ilan Pappe, op. cit.
[29] La Haganah est une organisation clandestine sioniste créée en 1920 avec pour objectif de protéger les Juifs ayant émigré en Palestine. Après 1948, elle formera avec d’autres groupes armés et milices l’armée du nouvel Etat d’Israël.
[30] A ce sujet, voir le travail des nouveaux historiens israéliens, notamment Ilan Pappe, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, Paris, 2008 et Benni Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, Cambridge University Press, 1989.
[31] Patrick Wolfe, “Settler colonialism and the elimination of the native”, in Journal of Genocide Research, Décembre 2006, pp. 387–409.
[32] Sur ce sujet, voir également Gershon Shafir, Land, Labor and the Origins of the Israeli-Palestinian conflict 1882-1914, Cambridge University Press, Cambridge, 1989 et Gershon Shafir, “Zionism and Colonialism : a comparative Approach”, in Michael Barnett (ed.), Israel in Comparative Perspective: Challenging the Conventional Wisdom, SUNY Press, New York, 1996, pp. 227-244.
[33] Il est fait référence ici au baron Edmond de Rothchild mais également au baron Maurice de Hirsch, dont nous avons vu le rôle premier dans l’entreprise coloniale. (cf. supra p. 7)
[34] The Palestine Problem. Theses submitted for discussion to the Israeli socialist Organization, par des militants socialistes israéliens, aout 1966, cité par Nathan Weinstock, op. cit., p.82.
[35] Nathan Weinstock, op. cit, p. 81.
[36] Ilan Pappe, op. cit. On notera ici que cette politique se retrouve plus tard avec le recours à des travailleurs non juifs immigrés (environ 250 000 dans les années 1980) et qui vise à remplacer la main d’oeuvre palestinienne.
[37] Eyal Sivan, op. cit.
[38] Un fait renforcé par le mélange des discours sur la découverte et la mythologie du retour sur la terre ancestrale. Sur ce sujet, voir le témoignage d’Amnon Raz-Krakotzin, historien israélien, dans le film d’Eyal Sivan, op. cit. : “L’idée que les juifs ont été chassés n’est pas un mythe juif à la base mais chrétien car en soutenant que les juifs ont été chassés, ça prouve qu’ils ont perdu le droit d’ainesse et que la chrétienté est le vrai Israël.” Ce mythe a été intégré au sionisme : “chassés mais maintenant de retour”.
[39] Patrick Wolfe, op.cit.
[40] Ibid.
[41] Voir Eyal Sivan, op. cit.
[42] Amnon Raz-Krakotzin in Eyal Sivan, op.cit.
Comme le note Ilan Pappe, cet orientalisme se retrouvera plus tard : “[In] educational products in the early years of statehood in Israel in the 1950s [t]he image and perceptions of Islam and Muslims relied, in both cases, on scholarly Western Orientalism.” (Ilan Pappe, op.cit.)
[43] Cf. supra p.3
[44] Nathan Weinstock, op. cit., p. 100.
[45] Intervention de Patrick Wolfe à la 7e conférence annuelle de la SOAS (School of Oriental and African Studies) Palestine Society, “Past is Present : Settler Colonialism in Palestine”, SOAS, Londres, 5-6 mars 2011, cité par Julien Salingue, “Le sionisme : un colonialisme de peuplement. Retour sur une conférence universitaire à Londres”, publié sur www.juliensalingue.fr, 9 mars 2011.
[46] Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché, enquête sur les post-colonialismes, Stock, Paris, 2008.
[47] Shlomo Sand, op. cit.
[48] Nathan Weinstock, op. cit., p. 312.
[49] On notera sur ce point la résolution de l’Assemblée Générale de l’ONU de 1975 qui définissait le sionisme comme une forme racisme. Cette résolution fut annulée en 1991.
[50] Shlomo Sand, op. cit., p. 356.
[51] Ibid.
[52] Ibid.
[53] Ibid, p. 378.
[54] Les Juifs orientaux constituent ce qu’on a appelé “le problème noir” d’Israël qui verra l’apparition de mouvements sociaux revendicant plus d’égalité, telles les “Panthères noires”. Pour donner un exemple des discriminations subies par cette minorité on évoquera ici un épisode survenu dans les années 1950 : des familles juives du Yémen perdent leurs enfants déclarés morts. En réalité, ces derniers sont confiés à des familles juives ashkénazes. On constate le parallèle avec la “Stolen Generation” aborigène en Australie. Aujourd’hui, la plaie des Juifs mizrahim est toujours ouverte, surtout avec l’augmentation de l’immigration russe askhénaze qui bénéficie de toutes les attentions gouvernementales, contrairement aux Mizrahim, et ce, bien que le rabbinat israélien affirme que 10 % d’entre eux ne sont pas juifs.
[55] Entrée “Arabes israéliens” in Alain Gresh et Dominique Vidal, Les 100 Clés du Proche-Orient, Hachette, 2008 (2006).
Sur ce point, on notera également la multiplication des analyses comparatives entre l’Etat d’Israël et le système d’apartheid Sud-Africain.
[56] Ibid.
[57] Sammy Samooha, “Minority Status in an Ethnic Democracy : the Status of the Arab Minority in Israël”, Ethnic and racial studies, 1990, pp. 389-413 cité par Shlomo Sand, op. cit.
[58] Shlomo Sand, op. cit., p. 425.
[59] Pablo Gonzalez Casanova, “Société plurale, colonialisme interne et développement”, in Revue Tiers-Monde, Volume 5, Numéro 18, 1964, pp. 291-295.
[60] Loi fondamentale, Article 7A, La Knesset, 1985, cité par Shlomo Sand, op. cit. p. 347.
[61] Shlomo Sand, op. cit., p. 406.
[62] Une assimilation revenant selon Wolfe, qui prend l’exemple des Indiens d’Amérique et du vieux slogan colonial civilisationnel “Kill the Indian in him and save the man”, à une sorte de génocide.
[63] Nathan Weinstock, op. cit., p. 514.
[64] Cf. supra p. 8.
[65] Sur ce sujet, voir le film Iron Wall, de Mohammed Alatar, réalisé en 2006 et qui retrace l’histoire de la colonisation israéliene depuis 1967.
[66] Mythe qui se retrouve symbolisé sur le drapeau israélien par les deux bandes bleues qui sont une référence directe aux fleuves du Nil et de l’Euphrate.
[67] Sur ce point, on notera que les Palestiniens d’Israël seront eux-aussi soumis à la loi martiale jusqu’en 1966.
[68] Julien Salingue, op. cit.
Critique d’ Israël: la liberté d’expression menacée
COMMUNIQUE DE PRESSE
COMMUNIQUE_DE_PRESSE
Critique d’ Israël: la liberté d’expression menacée
Le 31 décembre 2011, le gouvernement n’a pas prolongé le mandat de Jozef De Witte en tant que directeur du Centre pour l’égalité des chances.
Une seule candidature à la succession de Jozef De Witte est connue à ce jour . Celle de Michael Freilich, rédacteur en chef de Joods Actueel, revue communautaire qui ne fait secret ni de son soutien inconditionnel à Israël ni de sa volonté de pénaliser l’antisionisme. Par ailleurs, Michael Freilich déclare considérer les critiques d’Israel au mieux comme les victimes d’une propagande haineuse, au pire comme des antisémites.
La nomination à la direction du Centre de l’actuel rédacteur en chef de Joods Actueel signifierait en conséquence une régression et une confiscation de la parole pro-palestinienne en Belgique.
Militants antiracistes convaincus, nous rejetons formellement et inconditionnellement toutes les expressions du racisme quelles qu’elles soient. Par ailleurs, si le site du CCLJ présente la candidature de M. Freilich comme étant celle d’un Juif, nous pensons pour notre part que les convictions religieuses des candidats ne doivent pas participer du débat. De fait, c’est bien une candidature universaliste et de principes humanistes que nous opposons à celle de M. Freilich.
En effet, afin de porter à la connaissance du grand public les enjeux qui entourent la nomination de la nouvelle direction du Centre, nous avons décidé de porter une contre-candidature à celle de Michael Freilich, seul candidat en lice actuellement.
Afin de vous présenter ce candidat, nous vous invitons donc à une conférence de presse organisée ce mercredi 25/01 à 10h30.
Adresse: Cercle Victor Hugo
106, avenue de Stalingrad - 1000 Bxl
1er étage
Contact Presse: 0484 29 88 97
Souhail Chichah (Collectif Reflexion Indigène)
Nordine Saïdi (Mouvement Citoyen Palestine)
PERSBERICHT
Kritiek van Israel: de vrijheid van meningsuiting in gevaar.
De 31 december 2011, heeft de regering de mandaat van Jozef De Witte als directeur van het Centrum voor Gelijke kansen niet verlengd.
Slechts maar een voordracht aan Jozef De Witte slagen is bekend tot op heden.
Die van Michael Freilich, hoofdredacteur van Joods Actueel,een gemeenschappelijk tijdschrift die geen geheim van zijn onvoorwaardelijke steun voor Israël of bereidheid om anti- zionisme te bestraffen. Daarnaast, verklaart Friedlich te beschouwen dat critici van Israël, in het beste geval slachtoffers van haatpropaganda zijn, en in het ergste geval anti-semitische zijn.
De Benoeming aan het management van het Centrum van de huidige redacteur van Joods Actueel,zou regressie betekenen en dus een confiscatie van de pro- Palestijnse toespraak in België.
Overtuigd Antiracistische activisten, verwerpen wij formeel en onvoorwaardelijk alle uitingen van racisme, ongeacht wat ze zijn.
Bovendien, als de site van de CCLJ heeft de benoeming van de heer Freilich, als dat van een Jood, zijn wij van mening dat religieuze overtuigingen van kandidaten mogen niet aan het debat deelnemen.
In feite ,het is wel een universele kandidatuur met humanistische principes dat wij tegen de heer Freilich zich verzetten.
Inderdaad, om aan het publiek alle uitdaging die over de nominatie gaan en om een tegen kandidaat bekend te maken, nodigen wij u uit aan een persconferentie dit woensdag 25/01 om 10H30 ,
Adres: Cercle Victor Hugo
106,Stalingradlaan-1000 Brussel
Eerste verdieping
Perscontact:0484 29 88 97
Souhail Chichah (Collectif Reflexion Indigène)
Nordine Saïdi (Mouvement Citoyen Palestine)
La colonisation israélienne a repris massivement en 2011
La colonisation israélienne a repris massivement en 2011

jeudi 12 janvier 2012, par
L’année 2011 a été faste pour la colonisation israélienne. Telle est la conclusion tirée par l’organisation pacifiste israélienne Shalom Arshav pour les douze mois écoulés. De novembre 2009 à septembre 2010, un gel partiel (excluant Jérusalem-Est) avait été décidé par le gouvernement israélien. Le tableau ci-dessous permet de mesurer l’ampleur de cette reprise au niveau des appels d’offre :

Le gel de dix mois a été complètement effacé par la poussée de 2011, même si cette dernière est somme toute relative par rapport au pic de l’année 2005 qui coïncidait par ailleurs avec l’évacuation unilatérale de Gaza.
Shalom Arshav en conclut que la colonisation remet en cause le principe des deux Etats (la création d’un Etat palestinien à côté d’Israël). A l’appui de cette affirmation, l’organisation israélienne produit une carte qui met en évidence les zones les plus critiques, le nord de la Cisjordanie (Ariel), Jérusalem-Est et le sud de la ville disputée (Efrat) :

Il est évident que mécaniquement le nombre croissant d’Israéliens vivant en Cisjordanie dans les colonies isolées principalement (alors que la majorité des blocs sont "annexables") est de nature à empêcher un accord, vu l’obstacle que constituera leur évacuation (au mieux un peu plus de 100 000 selon l’étude effectuée par le James Baker Institute). Le point de non-retour est-il atteint au sud et au nord. Il est permis d’en douter, même si cette poussée israélienne complique les choses. Il en va tout autrement en revanche à Jérusalem-Est avec la tentative d’isoler les quartiers palestiniens de leur hinterland pour contrer la volonté palestinienne d’y établir une capitale.
(12 janvier 2012 - Avec les agences de presse)
Les Palestiniens sont des héros qui bravent la dictature israélienne

Les Palestiniens sont des héros qui bravent la dictature israélienne
Amira Hass, jeudi 29 décembre 2011
D’une manière étonnante et émouvante, — en dépit de rivalités internes, d’une répartition injuste du fardeau, de manifestations d’ignorance et d’opportunisme, et de leaders décevants — la dictature israélienne a rendu les Palestiniens plus solides et plus solidaires.
Les Palestiniens sont des héros et c’est la seule chose qui ressort des attaques des voyous des collines (les colons ndt) contre eux. Les mains sont les mains de voyous, et la tête ? La tête est celle du régime hostile imposé aux Palestiniens qui les persécute à chaque instant de leur vie, jour après jour, semaine après semaine depuis des décennies. Vivre dans de telles conditions et rester sain d’esprit —c ’est de l’héroïsme. "Et qui dit que nous sommes sains d’esprit ?" me répondent les Palestiniens. Eh bien voilà la preuve qu’ils le sont : ils sont capables de se moquer d’eux-mêmes.
Les voyous des collines ne sont que la cerise sur le gâteau. La plus grosse partie du travail est faite par les voyous en gants de chevreau. Contrairement à ceux qui ont lancé des pierres à l’adjoint du commandant de brigade, ceux-là sont les chouchous d’Israël. La chair de notre chair. Des officiers et des soldats, des juges militaires, des architectes et des hommes d’affaire au service de l’armée, du ministère de l’Intérieur et des employés de l’Institut de la Sécurité Nationale. Les mains sont leurs mains. La tête est celle du peuple juif israélien qui par des voies démocratiques envoie son gouvernement imposer ses dictats aux Palestiniens.
En quoi consiste la dictature israélienne sur les Palestiniens ? Ce n’est pas seulement le contrôle de leur espace et la création d’enclaves isolées les unes des autres ; pas seulement l’envoi de jeunes israéliens de 19 ans —masqués et armés jusqu’aux dents— dans des raids militaires (560 le mois dernier selon le groupe qui supervise ce secteur dans le département des négociations de l’OLP) ; pas seulement les arrestations quotidiennes (257 arrestations en novembre dont 15 Gazaouis) et les 758blocs de pierres mis en travers des routes de Cisjordanie pour les condamner temporairement le mois dernier.
La dictature n’est pas seulement l’interdiction faite aux Palestiniens de construire dans plus de 60% de la Cisjordanie, l’invention quotidienne de nouvelles lois pour les priver de leurs droits civiques et les expulser, ni la démolition en 2011 de 500 maisons palestiniennes, de puits, de citernes, d’abris pour les animaux, des toilettes et autres structures essentielles. La dictature est tout cela et beaucoup plus encore.
La dictature israélienne est l’art des deux poids deux mesures (les Palestiniens n’ont pas le droit de construire sur leur terre cultivable car elle est classée en zone rurale mais l’état peut légaliser une colonie juive construite sur de la terre cultivable palestinienne). Israël est le champion de l’arrogance et de la prétention ("la seule démocratie") et il détient la palme de l’hypocrisie ("prêt à retourner à la table des négociations à tout moment"). Ce qui empêche les Palestiniens de devenir fous de colère, c’est qu’ils savent que tout cela se retournera contre les Israéliens eux-mêmes.
Tous ceux que la dictature israélienne a blessés se sentent seuls, démunis, furieux et désespérés. Mais chaque famille à sa manière cultive son humanité. D’une manière étonnante et émouvante, — en dépit de rivalités internes, d’une répartition injuste du fardeau, de manifestations d’ignorance et d’opportunisme, et de leaders décevants — la dictature israélienne a rendu les Palestiniens plus solides et plus solidaires.
C’est le sumud [1] dont l’avocat Raja Shehadeh a parlé il y a longtemps, quand nous vivions encore dans l’illusion que le peuple juif israélien pouvait guérir de la maladie du pouvoir. Ce que recouvre ce mot est aussi vrai de chaque individu que de chaque famille : c’est la capacité de résilience, la capacité de se contrôler avec beaucoup de sagesse et de finesse, qui est à la base du courage qui est devenu la norme en Palestine et qui se transformera en résistance collective de masse quand le moment sera venu.
Les Palestiniens sont des héros et ce n’est pas seulement une belle tournure journalistique. C’est un fait dont les voyous n’ont que faire mais qui pourrait peut-être toucher les gens qui ferment les yeux —et il y en a beaucoup. Les gens ferment les yeux parce qu’ils veulent que tout soit normal. Ce qu’ils ne voient pas n’existe pas et ne les gêne pas. La normalité israélienne a besoin que les Palestiniens disparaissent ou au moins qu’ils se taisent et se rendent. Mais la bravoure des Palestiniens n’a pas fini de contrarier les espoirs israéliens de normalité.
[1] sumud : Résistance, détermination, patience
"L'eau, révélatrice d'un nouvel apartheid au Moyen Orient"
Une fois n'est pas coutume, je ne suis pas l'auteur du texte qui suit. Il s'agit d'un extrait d'un récent rapport de la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée Nationale (présidée par l'UMP Lionnel Luca), portant sur la "géopolitique de l'eau". Ce long rapport (téléchargeable en intégralité ici), déposé par le député PS Jean Glavany, propose d'intéressants développements, entre autres, sur la question de l'eau au Moyen-Orient [1]. On peut y lire, dans "l'encadré numéro 3" (page 130, reproduit en intégralité ci-après), que "le Moyen-Orient est le théâtre d'un nouvel apartheid".
L'intérêt de ce document est, selon moi, qu'il émane de parlementaires peu suspects d'hostilité aveugle à l'Etat d'Israël, et qu'il confirme néanmoins ce que nombre de journalistes, de chercheurs et de militants affirment depuis de longues années au sujet de la politique israélienne. Extraits :
"Mise en place en 1948 par le premier ministre F. Malan, l'apartheid a vu le développement différencié des groupes ethniques en Afrique du Sud pendant un demi siècle. Cette politique consistait à la fois en une ségrégation raciale et spatiale (cloisonnement des populations noires et "coloured" dans des espaces confinés appelés bantoustans) mais aussi en une ségrégation citoyenne, les libertés d'une partie de la population (restriction du droit d'aller et venir, du droit de se rassembler dans les lieux publics, violences policières) étant bafouées. L’odieux régime de l’apartheid a pris fin en Afrique du Sud au début des années 90, avec la libération de Nelson Mandela et des prisonniers politiques, le compromis courageux entre M. de Klerk et Mandela et les premières élections libres de 1994 confiant massivement le pouvoir à l’ANC African National Congress, le parti de Mandela.
Bien sûr, comparaison n'est pas forcément raison : la Palestine n'est pas l'Afrique du Sud, et les années 2010 ne sont pas celles d'avant 1990. Pourtant, il est des mots et des symboles qui par leur force peuvent avoir une vertu pédagogique.
Or, tout démontre, même si bien peu nombreux sont ceux qui osent employer le mot, que le Moyen-Orient est le théâtre d’un nouvel apartheid.
La ségrégation y est raciale mais comme on n’ose pas le dire, on dira pudiquement « religieuse ». Pourtant, la revendication d’un état « Juif » ne serait-elle que religieuse ?
La ségrégation est spatiale également : le mur élevé pour séparer les deux communautés en est le meilleur symbole. La division de la Cisjordanie en trois zones, A, B et C en est une autre illustration :
L’armée israélienne a transféré à l’Autorité palestinienne la responsabilité des affaires civiles, c’est-à-dire la fourniture de services à la population, dans les zones A et B. Ces deux zones, qui contiennent près de 95 % de la population palestinienne de Cisjordanie, ne représentent que 40 % du territoire. La zone C reste entièrement placée sous l’autorité de l’armée israélienne. Cette zone représente 60 % du territoire de la Cisjordanie, avec toutes les réserves foncières et l’accès aux ressources aquifères, ainsi que toutes les routes principales.
La ségrégation est aussi hautaine et méprisante (« ces gens-là ne sont pas responsables »…répètent à l'envie certains responsables israéliens), vexatrice et humiliante (les passages aux check point sont restreints ou relâchés sans prévenir) voire violentes (la répression des manifestations fait régulièrement des morts…).
C’est donc bien d’un « nouvel apartheid » qu’il s’agit.
Et dans cette situation, l'eau est ainsi un élément particulier du conflit entre Palestiniens et Israéliens, au point qu’elle constitue le « 5ème volet » des accords d'Oslo. La Déclaration d’Oslo du 13 septembre 1993 reconnaît les droits des Palestiniens sur l’eau en Cisjordanie. L’accord intérimaire de Taba du 28 septembre 1995 prévoit un partage des eaux jusqu’à la signature d’un accord permanent. Mais ce partage est incomplet : il ne porte que sur les aquifères ; le Jourdain en est exclu, les Palestiniens n’y ayant plus accès. Ensuite il gèle les utilisations antérieures et ne répartit que la quantité d’eau encore disponible, c’est dire 78 mètres cubes de l’aquifère oriental. Il est donc très défavorable aux Palestiniens qui n’exploitent que 18 % des aquifères ; soit 10 % de l’eau disponible sur le territoire.
C’est pourquoi sans règlement politique global, on voit mal comment ce qui est devenu un véritable "conflit de l'eau" pourrait trouver une solution.
Quelles sont donc les caractéristiques de ce « conflit de l'eau » ? Du point de vue « hydrique », il concerne avant tout le fleuve Jourdain, où sont réunis tous les éléments prompts à déclencher une « crise de l'eau » : depuis le début du conflit, guerre après guerre, les « extensions territoriales » d'Israël, qu'on le veuille ou non, s’apparentent à des « conquêtes de l'eau », que ce soit des fleuves ou bien des aquifères.
Or, l'eau est devenue au Moyen-Orient bien plus qu'une ressource : c'est une arme.
Pour comprendre la nature de cette « arme » au service de ce « nouvel apartheid », il faut savoir, par exemple, que les 450 000 colons israéliens en Cisjordanie utilisent plus d’eau que 2,3 millions de Palestiniens.
Sachons aussi entre autres multiples exemples que :
- la priorité est donnée aux colons en cas de sécheresse en infraction au droit international ;
- le mur construit permet le contrôle de l’accès aux eaux souterraines et empêche les prélèvements palestiniens dans la « zone tampon » pour faciliter l’écoulement vers l’ouest ;
- les « puits » forés spontanément par les Palestiniens en Cisjordanie sont systématiquement détruits par l’armée israélienne ;
- à Gaza les réserves d’eau ont été prises pour cible en 2008-2009 par les bombardements.
- et comme les zones A et B ne sont pas d’un seul tenant, mais fragmentées en enclaves entourées par des colonies israéliennes et par des routes réservées aux colons, ainsi que par la zone C, cette configuration entrave le développement d’infrastructures performantes pour l'approvisionnement en eau et l'évacuation des eaux usées. La plupart des Palestiniens résident dans les zones A et B, mais les infrastructures dont ils dépendent se trouvent dans la zone C ou la traversent. Les déplacements des Palestiniens dans la zone C sont limités ou interdits ; l’armée israélienne autorise rarement les travaux de construction ou d’aménagement. On peut citer plusieurs exemples de stations d’épuration programmées par le ministère palestinien de l’Eau et qui sont « bloquées » par l’administration israélienne.
Les Israéliens reprochent aux Palestiniens l’existence de puits non contrôlés responsables de pompages excessifs et d’une salinisation des aquifères. Ils citent l’exemple de Gaza où l’aquifère est en passe d’être perdu. Ils reprochent également l’absence de traitement des eaux. Seuls 31 % des Palestiniens sont raccordés. Mais le Comité n’a approuvé que 50 % des projets palestiniens, avec d’énormes retards, alors que son autorisation doit encore être suivie d’une autorisation administrative pour la zone C. L’appropriation des ressources par les colonies et par le tracé du mur est également troublant. La surexploitation des aquifères est avérée.
Les Israéliens se fondent sur la théorie de la première appropriation pour défendre leurs droits et refusent toute gestion partagée dans une vision sécuritaire de l’eau. Israël propose des solutions, parfois intéressantes, mais où il garderait la maîtrise de l’eau. Il a semblé à la mission que le pays préférerait abandonner les aquifères, en finissant de développer le dessalement, plutôt que de mettre en place une gestion partagée. Il n’y aura pas de partage de l’eau sans solution politique sur le partage des terres.
Pourtant, un comité conjoint sur l’eau (Water joint committee) a été créé par les accords d’Oslo II. Il a compétence pour toutes les questions d’eau relative aux seuls Palestiniens sur le territoire de la Cisjordanie. Ce n’est donc pas un organisme de gestion partagée et encore moins de bassin. Il fonctionne en outre sur le mode du consensus ce qui donne de facto un pouvoir de veto à Israël."
[1] Sur la question de la gestion de l'eau dans les territoires palestiniens, on pourra également se reporter au rapport d'Amnesty international publié en octobre 2009.

L’eau, révélatrice d’un nouvel apartheid au Moyen Orient
http://www.aloufok.net/spip.php?article6449
Extrait du rapport d’information déposé en application de l’article 145 du Règlement par la Commission des Affaires étrangères en conclusion des travaux d’une mission d’information constituée le 5 octobre 2010 sur « La géopolitique de l’eau »
Président M. lionnel LUCA
Rapporteur M. Jean GLAVANY
Députés
mercredi 18 janvier 2012, par La Rédaction
Mise en place en 1948 par le premier ministre F. Malan, l’apartheid a vu le développement différencié des groupes ethniques en Afrique du Sud pendant un demi siècle. Cette politique consistait à la fois en une ségrégation raciale et spatiale (cloisonnement des populations noires et "coloured" dans des espaces confinés appelés bantoustans) mais aussi en une ségrégation citoyenne, les libertés d’une partie de la population (restriction du droit d’aller et venir, du droit de se rassembler dans les lieux publics, violences policières) étant bafouées. L’odieux régime de l’apartheid a pris fin en Afrique du Sud au début des années 90, avec la libération de Nelson Mandela et des prisonniers politiques, le compromis courageux entre M. de Klerk et Mandela et les premières élections libres de 1994 confiant massivement le pouvoir à l’ANC African National Congress, le parti de Mandela.
Bien sûr, comparaison n’est pas forcément raison : la Palestine n’est pas l’Afrique du Sud, et les années 2010 ne sont pas celles d’avant 1990. Pourtant, il est des mots et des symboles qui par leur force peuvent avoir une vertu pédagogique.
Or, tout démontre, même si bien peu nombreux sont ceux qui osent employer le mot, que le Moyen-Orient est le théâtre d’un nouvel apartheid.
La ségrégation y est raciale mais comme on n’ose pas le dire, on dira pudiquement « religieuse ». Pourtant, la revendication d’un état « Juif » ne serait-elle que religieuse ?
La ségrégation est spatiale également : le mur élevé pour séparer les deux communautés en est le meilleur symbole. La division de la Cisjordanie en trois zones, A, B et C en est une autre illustration :
L’armée israélienne a transféré à l’Autorité palestinienne la responsabilité des affaires civiles, c’est-à-dire la fourniture de services à la population, dans les zones A et B. Ces deux zones, qui contiennent près de 95 % de la population palestinienne de Cisjordanie, ne représentent que 40 % du territoire. La zone C reste entièrement placée sous l’autorité de l’armée israélienne. Cette zone représente 60 % du territoire de la Cisjordanie, avec toutes les réserves foncières et l’accès aux ressources aquifères, ainsi que toutes les routes principales.
La ségrégation est aussi hautaine et méprisante (« ces gens-là ne sont pas responsables »…répètent à l’envie certains responsables israéliens), vexatrice et humiliante (les passages aux check point sont restreints ou relâchés sans prévenir) voire violentes (la répression des manifestations fait régulièrement des morts…).
C’est donc bien d’un « nouvel apartheid » qu’il s’agit.
Et dans cette situation, l’eau est ainsi un élément particulier du conflit entre Palestiniens et Israéliens, au point qu’elle constitue le « 5ème volet » des accords d’Oslo. La Déclaration d’Oslo du 13 septembre 1993 reconnaît les droits des Palestiniens sur l’eau en Cisjordanie. L’accord intérimaire de Taba du 28 septembre 1995 prévoit un partage des eaux jusqu’à la signature d’un accord permanent. Mais ce partage est incomplet : il ne porte que sur les aquifères ; le Jourdain en est exclu, les Palestiniens n’y ayant plus accès. Ensuite il gèle les utilisations antérieures et ne répartit que la quantité d’eau encore disponible, c’est dire 78 mètres cubes de l’aquifère oriental. Il est donc très défavorable aux Palestiniens qui n’exploitent que 18 % des aquifères ; soit 10 % de l’eau disponible sur le territoire.
C’est pourquoi sans règlement politique global, on voit mal comment ce qui est devenu un véritable "conflit de l’eau" pourrait trouver une solution.
Quelles sont donc les caractéristiques de ce « conflit de l’eau » ? Du point de vue « hydrique », il concerne avant tout le fleuve Jourdain, où sont réunis tous les éléments prompts à déclencher une « crise de l’eau » : depuis le début du conflit, guerre après guerre, les « extensions territoriales » d’Israël, qu’on le veuille ou non, s’apparentent à des « conquêtes de l’eau », que ce soit des fleuves ou bien des aquifères.
Or, l’eau est devenue au Moyen-Orient bien plus qu’une ressource : c’est une arme.
Pour comprendre la nature de cette « arme » au service de ce « nouvel apartheid », il faut savoir, par exemple, que les 450 000 colons israéliens en Cisjordanie utilisent plus d’eau que 2,3 millions de Palestiniens.
Sachons aussi entre autres multiples exemples que :
la priorité est donnée aux colons en cas de sécheresse en infraction au droit international ;
le mur construit permet le contrôle de l’accès aux eaux souterraines et empêche les prélèvements palestiniens dans la « zone tampon » pour faciliter l’écoulement vers l’ouest ;
les « puits » forés spontanément par les Palestiniens en Cisjordanie sont systématiquement détruits par l’armée israélienne ;
à Gaza les réserves d’eau ont été prises pour cible en 2008-2009 par les bombardements.
et comme les zones A et B ne sont pas d’un seul tenant, mais fragmentées en enclaves entourées par des colonies israéliennes et par des routes réservées aux colons, ainsi que par la zone C, cette configuration entrave le développement d’infrastructures performantes pour l’approvisionnement en eau et l’évacuation des eaux usées. La plupart des Palestiniens résident dans les zones A et B, mais les infrastructures dont ils dépendent se trouvent dans la zone C ou la traversent. Les déplacements des Palestiniens dans la zone C sont limités ou interdits ; l’armée israélienne autorise rarement les travaux de construction ou d’aménagement. On peut citer plusieurs exemples de stations d’épuration programmées par le ministère palestinien de l’Eau et qui sont « bloquées » par l’administration israélienne.
Les Israéliens reprochent aux Palestiniens l’existence de puits non contrôlés responsables de pompages excessifs et d’une salinisation des aquifères. Ils citent l’exemple de Gaza où l’aquifère est en passe d’être perdu. Ils reprochent également l’absence de traitement des eaux. Seuls 31 % des Palestiniens sont raccordés. Mais le Comité n’a approuvé que 50 % des projets palestiniens, avec d’énormes retards, alors que son autorisation doit encore être suivie d’une autorisation administrative pour la zone C. L’appropriation des ressources par les colonies et par le tracé du mur est également troublant. La surexploitation des aquifères est avérée.
Les Israéliens se fondent sur la théorie de la première appropriation pour défendre leurs droits et refusent toute gestion partagée dans une vision sécuritaire de l’eau. Israël propose des solutions, parfois intéressantes, mais où il garderait la maîtrise de l’eau. Il a semblé à la mission que le pays préférerait abandonner les aquifères, en finissant de développer le dessalement, plutôt que de mettre en place une gestion partagée. Il n’y aura pas de partage de l’eau sans solution politique sur le partage des terres.
Pourtant, un comité conjoint sur l’eau (Water joint committee) a été créé par les accords d’Oslo II. Il a compétence pour toutes les questions d’eau relative aux seuls Palestiniens sur le territoire de la Cisjordanie. Ce n’est donc pas un organisme de gestion partagée et encore moins de bassin. Il fonctionne en outre sur le mode du consensus ce qui donne de facto un pouvoir de veto à Israël.
Des députés français dénoncent "un nouvel apartheid" dans la gestion de l’eau en Israël

mardi 17 janvier 2012, par
Le ministère des affaires étrangères israélien s’est dit "indigné" mardi 17 janvier après la publication dans la presse israélienne d’extraits d’un rapport de députés français accusant Israël de pratiquer "un nouvel apartheid" dans sa politique de l’eau.
Le quotidien Haaretz a publié mardi des passages d’un rapport d’information pour la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, remis en décembre par le député socialiste Jean Glavany, qui décrit la question de l’eau comme "révélatrice d’un nouvel apartheid au Moyen-Orient".
Dans son rapport, M. Glavany, ancien ministre de l’agriculture, souligne que "la priorité est donnée aux colons en cas de sécheresse, en infraction au droit international", que "les ’puits’ forés spontanément par les Palestiniens en Cisjordanie sont systématiquement détruits par l’armée israélienne" et qu’"à Gaza, les réserves d’eau ont été prises pour cible en 2008-2009 par les bombardements".
"Nous sommes étonnés et indignés par ce rapport de M. Glavany qui a introduit une terminologie extrême dans le document, au dernier moment, sans en informer ses collègues, a affirmé Yigal Palmor, le porte-parole du ministère des affaires étrangères. Israël ne prend pas de l’eau aux Palestiniens. C’est plutôt le contraire qui est le cas. Israël transfère aux Palestiniens des quantités d’eau bien supérieures à ce qui est prévu dans les accords d’Oslo [de 1993 sur l’autonomie palestinienne]."
"Le rapport est chargé d’une terminologie venimeuse très éloignée de toute critique professionnelle avec laquelle il serait possible de dialoguer […]. Au lieu de contribuer à l’entente et à la coopération, il attise les tensions en accumulant des données fausses et des affirmations biaisées", a ajouté M. Palmor.
Le député du parti présidentiel UMP, Claude Goasguen, président du groupe d’amitié France-Israël à l’Assemblée nationale, avait dénoncé le 5 janvier l’expression "apartheid au Moyen-Orient" contenue dans le document, la jugeant "totalement inacceptable" et "d’une extrême gravité" à l’égard d’Israël. Interrogé mardi, un porte-parole du ministère des affaires étrangères français n’a pas souhaité commenter ce rapport.
Le gouvernement palestinien a salué la publication du rapport sur "le contrôle israélien des ressources palestiniennes en eau et leur utilisation dans l’intérêt des colons et des Israéliens". L’ONG Les Amis de la Terre Proche-Orient a réclamé "un accord qui assure les droits en eau des Palestiniens, qui leur assure une part équitable dans les ressources transfrontalières en eau, à la surface et en sous-sol, et qui permet de gérer conjointement ces ressources communes en eau des deux côtés de la Ligne verte".
L’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem a dénoncé en mai l’exploitation "systématique" des ressources en eau de la vallée du Jourdain en Cisjordanie occupée au profit des colons israéliens et au détriment des Palestiniens. L’eau est un enjeu stratégique et politique de premier plan dans les négociations de paix, au point mort, entre Israël et les Palestiniens.
(17 janvier 2012 - Avec les agences de presse)

Plus de 40 députés et ministres palestiniens enlevés depuis 2006, 23 toujours en prison
samedi 14 janvier 2012 - Ufree Network
« Si le prix de la liberté de mon peuple est la perte de la mienne, alors je suis prêt à payer ce prix »
UFree Network : l’occupation israélienne maintient dans ses prisons aujourd’hui 23 députés
Selon UFree Network, dans un article exclusif publié le lundi 2 janvier 2012, l’occupation israélienne a emprisonné plus de 40 députés du CLP depuis mi-2006, et maintient sa décision d’arrestation pour 23 d’entre eux, encore aujourd’hui.
Le rapport ajoute qu’ « il est particulièrement clair que les pratiques illégales israéliennes contre les députés du CLP constituent une violation flagrante des conventions et lois internationales, lesquelles criminalisent l’enlèvement de membres de gouvernement et d’institutions élus, et leur enfermement arbitraire. Le rapport considère qu’il s’agit d’ "un acte de vengeance" et que c’est inacceptable. »
Le rapport pointe aussi que l’article 34 de la Quatrième Convention de Genève stipule que : « La prise d’otages est interdite », spécialement si cet acte met en péril la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’autre entité, tel que stipulé par l’article premier de l’Assemblée générale des Nations unies du 14 décembre 1974 relatif à la définition de l’agression : « L’agression est l’emploi de la force armée par un État contre la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État, ou de toute autre manière incompatible avec la Charte des Nations-Unies... ».
1 - Député Ahmad Saadat, secrétaire général du Front populaire pour la libération de la Palestine
(Confiné pendant des années en cellule d’isolement et interdit de visites)
Saadat a été enlevé par les autorités israéliennes il y a cinq ans. Elles l’ont kidnappé dans sa prison de Jéricho, en Palestine, le 14 mars 2006, après avoir attaqué le siège de la prison et l’avoir cerné pendant douze heures.
Le lendemain de son enlèvement, les autorités israéliennes ont annoncé leur intention de traduire Saadat en procès. Il est la plus haute personnalité politique saisie par Israël dans ses prisons. Après deux ans et demi d’enquête et de détention administrative, un verdict a été rendu contre le député palestinien Ahmad Saadat par le tribunal de la prison d’Ofer qui l’a condamné à 30 ans le 25 décembre 2008.
Le député Saadat a enduré plusieurs méthodes et formes de maltraitance et de vengeance, tels que son transfert en des prisons variées, et les mauvais traitements de la part des interrogateurs israéliens et des gardiens de prison, et son maintien en cellules d’isolement depuis le 9 mars 2009.
Les autorités israéliennes ont œuvré à son isolement en cachot disciplinaire pendant six mois sans lui permettre de voir d’autres prisonniers. Après cette période, elles l’ont isolé avec un autre prisonnier pendant 23 heures dans une salle close avec une petite fenêtre fermée. Il a été autorisé une heure par jour à sortir de la cellule pour aller dans un autre endroit, tout aussi clos, sans soleil, et avec des chaînes autour des chevilles.
En novembre 2011, le tribunal militaire israélien a prolongé la période d’isolement cellulaire pour une nouvelle année entière. Il a été également interdit de visites de sa famille pendant quatre ans, et les autorités tergiversent pour donner du temps aux avocats et aux représentants de la Croix-Rouge qui veulent le visiter.
L’agression a touché jusqu’à l’épouse du député Saadat, Madame Abla Saadat, que les forces d’occupation ont arrêtée injustement pendant trois mois, avant de la mettre une résidence surveillée. Madame Saadat a dit que l’officier des renseignements israéliens qui dirigeait son interrogatoire, lui avait déclaré : « Nous vous garderons pendant trois mois et ensuite, nous vous laisserons aller ; cependant, dites à votre mari, Saadat, que cette fois nous avons ciblé son frère et arrêté son épouse, mais que la prochaine fois, nous ciblerons ses enfants. »
L’arrestation du député Saadat est politique au plus fort sens du terme. Il est la plus haute personnalité politique palestinienne en détention, et a été élu député. Les autorités israéliennes ont tenté de le coincer pour l’assassinat du ministre israélien du Tourisme, Rehavam Zeevi, mais comme les procureurs israéliens ont été incapables de trouver la moindre preuve pour soutenir leurs accusations contre Saadat, elles l’ont transféré à la prison militaire d’Ofer, pendant que les autres accusés ont été déférés devant le tribunal central de Jérusalem, où leur procès s’est tenu sur cette même accusation d’assassinat du ministre.
Alors que la liste des accusations au tribunal militaire d’Ofer ne faisait aucune référence à l’assassinat de Zeevi, le tribunal s’est mis à fabriquer des accusations contre les activités menées par Saadat en 1998 et 1999, alors qu’il vivait une vie normale à Ramallah, juste sous le nez des Israéliens.
2 - Député Ahmed Al-Haj
Il a été élu député pour la province de Naplouse, à l’âge de 71 ans. Il est le plus âgé des députés emprisonnés. Les forces israéliennes l’ont arrêté en 2008 pour ses activités politiques et pour sa fonction de député au Conseil législatif palestinien.
Il a passé quinze mois dans les prisons d’Israël, puis il a été à nouveau arrêté le 7 juin 2011. Les autorités ont attaqué son domicile aux dernières heures de la nuit. Elles ont commencé à fouiller et à manipuler tous les biens d’Al-Haj, puis il a été mis en détention pendant six mois, période renouvelée pour six mois supplémentaires le 6 décembre 2011. Le député Al-Haj est devenu alors le détenu en vie le plus âgé. Sans parler de la totale négligence des Israéliens à l’égard de l’immunité parlementaire d’Al-Haj.
Al-Haj souffre de problèmes de santé du fait de sa vieillesse, du manque de soin dans les prisons israéliennes, et d’être resté dans des conditions difficiles. Un rapport médical consulté par UFree Network indique qu’Al-Haj a perdu 70 % de sa capacité auditive, outre une perte significative de sa sensibilité gustative, qu’il souffre de sinusite, ce qui lui a provoqué un froid constant tout au long de l’année. Entre autres problèmes notamment aux voies urinaires et à la prostate.
En plus de la situation compliquée du prisonnier Al-Haj, maintenu à la prison de Megiddo en Israël, les autorités israéliennes ont refusé le droit de sa famille à la visiter en prison, alors que ses fils et de nombreux membres de sa famille ont demandé à le voir et qui ont été confrontés aux refus et dénis des Israéliens.
Le fils d’Al-Haj a fait savoir que les permis de visite sont interdits depuis juin 2011, et que, depuis cette date, il n’a plus reçu de nouvelles de son père.
3 - Député Jamal Tirawi, porte-parole du groupe parlementaire du Fatath
Jamal Tirawi est membre du Conseil législatif palestinien pour le Fatah, mouvement de libération nationale palestinien. Il est né en 1966 et vivait dans le camp de réfugiés de Balata, près de Naplouse. Ses racines remontent à la ville occupée de Tira.
Tirawi a été arrêté quatre fois pour un total de 14 années de prison, dans les geôles d’Israël, pour ses activités politiques au Fatah.
Il a été enlevé à son domicile par les autorités israéliennes pendant l’opération militaire du 29 mai 2007, période où il était porte-parole du groupe parlementaire du Fatah au CLP à l’attention des médias.
L’enquête sur Tirawi a duré plus de quatre années, durant lesquels il a connu des conditions difficiles et rudes d’arrestation, pour être finalement jugé par le tribunal militaire israélien Salem. Il a été condamné à 30 ans de prison le 30 octobre 2011, après une bataille juridique qui a duré plus de 70 séances de tribunal.
Ahmed Betawi, l’avocat de la Fondation de la solidarité internationale pour les droits de l’homme, a déclaré que le ministère public d’Israël accusait le député Tirawi de ses relations avec un groupe des Brigades des Martyrs d’Al Aqsa, la branche armée du Fatah qui a lancé des attaques contre certaines cibles israéliennes, une accusation complètement contestée par Tirawi qui souligne que son arrestation et son jugement sont purement politiques et liés à sa position au Parlement et à son activité politique en tant que porte-parole du Fatah au Parlement.
Le département Communication du cabinet du Président palestinien, Mahmoud Abbas, a affirmé avoir un document spécial qui prouve l’existence d’un accord officiel israélo-palestinien selon lequel le député Tirawi ne serait pas poursuivi ni arrêté, et Israël s’est engagé à le tenir à l’écart des « Recherchés » (« Wanted ») comme il les appelle.
Le cabinet présidentiel palestinien a condamné l’arrestation de Tirawi, en tant que violation de cet accord et infraction flagrante au regard des symboles de la légitimité d’un Palestinien démocratiquement élu, ceci en contradiction avec les règles les plus fondamentales des conventions internationales et celles des Nations-Unies qui criminalisent les agressions sur les membres d’une autorité législative et de toute entité politique.
4 - Député Abdel Rahman Zeidan
De Tulkarem. Il est un réfugié du village de Khirbet. Agé de 45 ans, il est titulaire du baccalauréat en génie civil de l’université d’Alabama aux États-Unis, et d’une maîtrise en génie routier et transports.
5 - Député Maher Badr
D’Hébron, en Cisjordanie. Il a 55 ans, possède un doctorat en droit islamique, et était conférencier en universités ouvertes à Hébron et Jérusalem avant d’être arrêté par les autorités d’occupation israéliennes.
6 - Député Mahmoud Ramahi
Élu secrétaire du Conseil législatif palestinien, il vivait à al-Bireh, à Ramallah, et est âgé de 48 ans. Il a étudié la médecine à l’université de Rome, Italie, et est titulaire du certificat palestinien dans les spécialités d’anesthésie et de soins intensifs.
Il servait en tant que membre fondateur de l’Association médicale scientifique et était président du Centre médical de Ramallah, quand il a été arrêté. Le député Ramahi est une personnalité populaire respectée parmi les Palestiniens et les différents partis et personnalités politiques.
7 - Député Khalil Musa Robee
De Naplouse, en Cisjordanie. Il a 52 ans. Il est spécialisé en comptabilité et administration des affaires. Il a dirigé un certain nombre d’associations, d’organisations de services, de fondations caritatives, et de comités populaires de réformes. Il était directeur de la société d’Électricité pour le Sud Cisjordanie.
8 - Député Ayman Daraghmeh
Il a été arrêté trois fois par les autorités israéliennes depuis qu’il détient des responsabilités législatives après avoir été élu au Conseil législatif palestinien. La première fois, mi-2006, avec ses autres collègues et ministres du dixième gouvernement palestinien (gouvernement formé en mars 2006 à la suite des élections législatives de janvier - ndt).
Les autorités israéliennes l’ont arrêté à nouveau en 2009 et il fut transféré en détention administrative. Puis le tribunal militaire israélien d’Ofer a prolongé sa période à quatre reprises, ce qui l’a maintenu en prison jusqu’à fin 2010. Enfin, les autorités israéliennes l’ont arrêté le 14 décembre 2011, après avoir fait irruption à son domicile, à Ramallah, Cisjordanie.
9 - Député Mohamed Ismail Al-Tal
Il est soumis à la détention administrative illégale, dans les prisons d’Israël. Il a été arrêté une première fois alors qu’il venait d’être élu aux élections de janvier 2006, puis relâché après 44 mois de détention. Il a été arrêté après quelques mois et transféré en détention administrative. Il y est toujours.
10 - Député Nayef Al Rajoub
Député et ancien ministre, Nayef Rajoub a fait l’objet de différentes arrestations depuis 1989. Il a passé au total huit ans dans les prisons d’Israël. Il a été transféré d’une prison à l’autre et soumis à diverses formes de pratiques illégales, comme la détention administrative et la cellule d’isolement, et maintenant, il est gardé en détention dans le désert du Néguev.
Rajoub a joué de nombreux rôles dans la vie palestinienne. Il a dirigé une association caritative et de services. Il a été élu député en obtenant le nombre de voix le plus élevé pour le CLP, en Cisjordanie. Il a été ministre de l’Awqaf et des Affaires religieuses dans le dixième gouvernement palestinien, et il est l’auteur de nombreux romans et travaux littéraires.
11 - Député Fadel Hamdan
De Ramallah. Il a 58 ans. Il est l’une des personnalités de la réforme sociale dans sa ville où des citoyens se tournent vers lui pour obtenir des conseils pour résoudre les problèmes de la famille et du clan.
12 - Député Omar Abdul-Razek
Le député Abdul-Razek était professeur d’économie à l’université nationale An-Naja depuis 20 ans. Il a reçu son enseignement à l’université de l’Iowa, aux États-Unis.
Le député Abdul-Razek a fait l’objet de différentes procédures illégales et est gardé en détention administrative. Il est actuellement à la prison de Meggido, en Israël, où les autorités d’occupation prolongent la détention, en toute violation du droit international, au prétexte qu’il détiendrait un dossier confidentiel.
Le député Abdul-Razek a été ministre des Finances dans le dixième gouvernement palestinien.
13 - Député Mohammed Abu Tir
Du village de Sur Baher, à Jérusalem. Il a été arrêté par les forces israéliennes en 2006, avec ses autres collèges et ministres élus, et condamné à 52 mois de prison. Une fois libéré, les Renseignements israéliens ont publié un ordre afin de l’exiler, avec les autres députés et anciens ministres de Jérusalem.
Les forces israéliennes ont réussi à l’arrêter à nouveau fin 2010.
14 - Député Mohammed Natsheh
D’Hébron, en Cisjordanie, où il est né en 1958. Il est titulaire d’un baccalauréat en droit islamique, et travaillait comme enseignant à l’Association des Palestiniens en université. Il a été soumis à des arrestations périodiquement, et est à nouveau arrêté en 2006, avec ses collègues députés et ministres du dixième gouvernement israélien.
15 - Député Hassan Yousef
De Ramallah. Il a 56 ans et est une figure importante populaire en politique, dans la direction du Hamas. Il a le respect des partis palestiniens et est en bon terme avec eux. Il a été arrêté en 2006 avec les autres députés et ministres élus. Libéré pendant quelques mois, il a été arrêté une fois encore.
16 - Député Mohammed Mutlaq Abu Gehisha
D’Hébron, Cisjordanie. Il a été périodiquement arrêté par les forces israéliennes, de même que ses fils. Son épouse dit que l’armée israélienne a délibérément forcé son domicile et brisé tout son contenu à chaque arrestation, surtout après que son fils ait obtenu à son tour un siège au Conseil législatif palestinien.
17 - Député Nizar Ramadan
D’Hébron, il est titulaire d’une maîtrise en études islamiques contemporaines. Il est écrivain et journaliste et a publié plusieurs livres. Il a occupé plusieurs fonctions : il a dirigé un syndicat de journalistes de Palestine et été trésorier de l’Association de la fondation caritative.
Il a été arrêté à plusieurs reprises et enfermé dans les prisons d’Israël. La dernière arrestation date de la mi-2011, et il est depuis en détention administrative illégale.
18 - Député Hatem Kafisha
Ancien militant réformateur et social, il a occupé plusieurs fonctions dans des services et est actuellement détenu dans la prison du Néguev, en Israël. Il est une figure marquante chez les prisonniers de la prison.
19 - Député Samir Al-Qady
De Surif, en Cisjordanie. Il a 55 ans et a étudié la médecine dans une université d’Ukraine. Il a été directeur de l’hôpital d’Al-Ahly, en plus de son travail de médecin privé.
Arrêté en 2006 avec ses autres collèges députés et ministres, il a été libéré après trois ans, mais une nouvelle fois arrêté le 16 juin 2011. Il est toujours en détention administrative illégale.
20 - Député Azzam Salhab
D’Hébron, en Cisjordanie. Il possède une maîtrise en droit islamique. Il a été arrêté avec ses autres collègues députés et ministres et a passé 18 mois dans les prisons d’Israël. Il a été à nouveau arrêté en 2011.
Les autorités israéliennes ont renouvelé sa détention pour un jour, puis il a été arrêté pour la troisième fois pendant la session parlementaire palestinienne, le 3 septembre 2011. Il a été condamné à une nouvelle détention administrative illégale.
21 - Député Marwan Barghouti
Né dans le village de Cooper, au nord-ouest de Ramallah, il a 53 ans. Il a étudié l’histoire et les sciences politiques à l’université de Birzeit où il a conduit le syndicat des Étudiants. Il est titulaire d’une maîtrise en affaires internationales.
Le député Barghouti a été la cible de plusieurs tentatives d’assassinat par les Israéliens. Quand il a été arrêté par les autorités d’occupation, le Premier ministre israélien d’alors, Ariel Sharon, a dit qu’il regrettait l’arrestation de Barghouthi, vivant, et qu’ « il aurait préféré le voir réduit en cendres ».
Shaul Mofas, ministre israélien de la Défense, a fait un commentaire sur l’enlèvement de Barghouti : « Arrêter Barghouti est un miracle, et il restera en prison jusqu’à sa mort ».
Il a été condamné en 2004 à [cinq peines de prison à] perpétuité et à 40 ans de prison [pour tentative de meurtre], peine maximale demandée par l’accusation.
Barghouti a déclaré devant le tribunal, s’adressant aux juges, « Vous commettez un crime de guerre en rendant cette sentence illégale, tout comme les pilotes de l’armée de l’air israélienne qui lâchent leurs bombes sur des civils palestiniens ».
Barghouti : « Si le prix de la liberté de mon peuple est la perte de la mienne, alors je suis prêt à payer ce prix ».
22 - Député Anwar Mohammed Al-Zaboun
De Jérusalem. Il détient une maîtrise de physique de l’université de Kiel, au Royaume-Uni.
Le député Al-Zaboun est un militant étudiant et membre du syndicat des Étudiants de l’université d’Abu Dis, à Jérusalem. Il a été arrêté en 2006 avec ses autres collègues députés et ministres élus.
23 - Député Nasser Abdul Jawad
De Salfit, en Cisjordanie. Il est titulaire d’un doctorat. Il a été arrêté à son domicile, à Deir Ballout, en raison de sa position au Conseil législatif palestinien.
Le tribunal militaire israélien a renouvelé sa détention illégale le 25 octobre 2011 pour quatre mois supplémentaires.
Plantu sur la ségrégation à Jérusalem






