FREE PALESTINE

21 mars 2019

«Rendez-nous les clés d’al-Quds!» (+video)

Source: Externe

Nous publions la transcription d’un sermon prononcé par le prêtre palestinien Manuel Moussallam, en colère contre les dirigeants des pays arabes qui ont normalisé avec Israël. Le religieux appelle les peuples arabes à organiser une «désobéissance civile pacifique» et à «récupérer les clés d’al-Quds» des mains de l’entité sioniste maculées du sang des martyrs palestiniens

 

«Vous, dirigeants arabes qui vous vous bousculez pour normaliser vos relations avec Israël, écoutez: nous autres chrétiens palestiniens avons remis à vos honorables aïeux musulmans les clés de la Palestine et d’al-Quds. Qu’avez-vous fait de ces clés et à qui les avez-vous remises?

Nous, nous les avons remises en mains propres au commandeur des croyants et voilà que vous les remettez aujourd’hui aux sionistes aux mains maculées du sang des musulmans et des chrétiens.

Vous ne méritez pas la Palestine, vous ne méritez pas al-Quds, terre du Voyage nocturne et de l’Ascension [du Prophète Mohamed-ndlr]. Par cette normalisation avec Israël, vous avez profané le verset du Saint Coran car il ne fait plus partie de votre croyance musulmane.

Mais c’est aussi une trahison sur les plans de la foi, du nationalisme et de l’humanisme.

Cherchez-vous à protéger Israël? Grand bien vous fasse, protégez-le, offrez-lui les chèques de votre rédemption et renforcez sa présence à travers la normalisation et la paix!

Mais nous vous promettons, nous autres Palestiniens, qu’Israël sera expulsé de nos terres grâce aux honorables résistants.

Nous autres Palestiniens n’avons été épargnés ni par vos mains qui paraphent les accords de normalisation et touchent celles de Netanyahu et Lieberman, ni de vos yeux qui pleurent la mort de Perez et Rabin, ni vos langues qui qualifient les résistants de milices et de terroristes, ni de votre morale car vous êtes sans vergogne.

Source: Externe

Vous dansez avec les rabbins et trinquez à al-Quds capitale de l’entité sioniste comme si vous la reconnaissiez comme la capitale d’Israël avant même que Trump y ait transféré son ambassade et avez signé avant lui "l’accord du siècle" qui raye de l’histoire notre cause palestinienne et ignorez le droit au retour et les douleurs des exilés et des assiégés.

Vous voulez chanter l’hymne israélien? Soit! Le temps est lent pour celui qui attend et long pour ceux qui pleurent mais il est très court pour ceux qui se réjouissent. Nous avons attendu. Et avec la normalisation, aujourd’hui, vous reportez notre retour et notre libération.

Nous avons pleuré et vous avez allongé le temps de notre chagrin et de nos larmes. Quant à la joie de notre ennemi  sioniste et de ceux qui coopèrent avec lui, elle sera de très courte durée avec la volonté de Dieu.

Dirigeants arabes, retournez à votre Palestine! C’est la vôtre, et elle vous attend toujours. Retournez à Gaza et levez son siège! Retourne à ton Quds, ô toi conquérant d’al-Quds et lecteur du Coran!

Il pleure ses enfants martyrs, il appelle au secours et demande la protection de ses habitants expatriés et dont les maisons ont été détruites. Et sachez que ce qui se passe à al-Quds se passera aussi à La Mecque et à Médine. Toute la Palestine est à nous.

La normalisation ne s’arrêtera pas là, pas plus que Trump, Netanyahu et Oslo. Seule la désobéissance civile pacifique d’abord contre eux tous, les freinera. Nous appelons à cette désobéissance.

Nous vous appelons, honorables, à y adhérer pour constituer une ligue qui représente les musulmans et les chrétiens et les pacifistes sous le nom symbolique de ‘La figue et l’olive’ pour soutenir ‘al-Quds et Gaza’».

Ci-dessous, la vidéo de l'intervention

https://www.facebook.com/Rezak.Mouloud.DZ/videos/2305646019759263/

Manuel Moussallam -

26.02.19

Source: ISM

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20 mars 2019

Le fondement raciste du sionisme solidement implanté au gouvernement US

Source: Externe

Peut-être que Mogadiscio sera une source d’espoir. Cette ville déchirée par la guerre a été le lieu de naissance de la femme la plus prometteuse du Congrès américain

 

Ilhan Omar n’est pas seulement l’une des deux premières femmes musulmanes à la Chambre des représentants, elle peut aussi annoncer un changement radical dans cette institution.

«Le Hamas est entré dans la maison», a rapidement crié Roseanne Barr; «Un jour noir pour Israël», a tweeté Donald Trump. Il n’est ni question du Hamas ni d’un jour noir, mais d’une lueur d’espoir sur Capitol Hill.

Peut-être que, pour la première fois de l’histoire, quelqu’un osera dire la vérité au peuple américain, en encaissant des accusations cinglantes d’antisémitisme mais sans baisser la tête. Les chances que cela se produise ne sont pas grandes; le moteur incontrôlable du lobby juif et des «amis» d’Israël fait déjà tout ce qui est en son pouvoir pour la piétiner.

Le président a évoqué son retrait de la Commission des affaires étrangères du Sénat et le Congrès devait adopter une résolution, la deuxième en un mois, contre les «expressions antisémites», visant spécifiquement les déclarations de Omar.

Quand les Américains et les Européens cesseront-ils de tourner en panique chaque fois que quelqu’un crie à «l’antisémitisme»?

Jusqu’à quand Israël et l’establishment juif réussiront-ils à exploiter l’antisémitisme (existant) comme un bouclier contre la critique? Quand le monde osera-t-il distinguer entre la critique légitime d’une réalité illégitime et l’antisémitisme?

L’écart entre les deux est grand.

Il y a l’antisémitisme contre lequel il faut lutter, et la critique d’Israël et de l’establishment juif qu’il est impératif de soutenir. Les manipulations exercées par la machine de propagande israélienne et l’establishment juif ont réussi à rendre les deux questions identiques.

C’est le plus grand succès de la hasbara du gouvernement israélien: dites un seul mot critique à l’égard d’Israël et vous êtes qualifié d’antisémite. Et étiqueté 'antisémite' votre destin est limpide…

Omar doit briser ce cercle infernal. La jeune représentante du Minnesota est-elle prête à cela? Peut-elle faire face aux centres de pouvoir déjà mobilisés contre elle?

C’est peut-être important qu’elle sache qu’il y a des Israéliens qui croisent les doigts pour elle.

Son succès et celui de ses collègues au Congrès, Rashida Tlaib du Michigan et Alexandria Ocasio-Cortez de New York, pourraient être les premières hirondelles qui annoncent l’arrivée du printemps. C’est le printemps de l’expression libre aux États-Unis d’opinions sur Israël. Cortez a déjà demandé cette semaine pourquoi le fanatisme n’est pas condamné quand il s’attaque à d’autres groupes, tout comme le sont les déclarations contre Israël.

Après tout, qu’a dit Omar? Que les activistes pro-israéliens exigent «une allégeance à un pays étranger»; que les politiciens américains soutiennent Israël à cause de l’argent qu’ils reçoivent du groupe de pression pro-israélien – l’AIPAC – et qu’Israël a «hypnotisé le monde».

Source: Externe

Qu’est-ce qui est faux dans ces déclarations? Pourquoi décrire la réalité est-il considéré comme antisémite?

Les juifs ont un pouvoir immense aux États-Unis, bien au-delà de la taille relative de leur communauté, et le soutien aveugle apporté par leur establishment à Israël soulève des questions légitimes sur la double loyauté.

Leur pouvoir découle de leur succès économique, de leurs compétences organisationnelles et de la pression politique qu’ils exercent. Omar a osé en parler.

Imaginez ce que les Israéliens et les juifs ressentiraient si les Américains musulmans avaient le même pouvoir politique, économique et culturel que les juifs.

Un tel pouvoir, surtout l’ivresse de pouvoir qui s’est emparé de l’establishment juif, a un prix. Omar et ses collègues essaient de capitaliser sur fait.

En raison du lobby israélien, les États-Unis ne savent pas la vérité sur ce qui se passe ici [en Israël-ndlr]. Les membres du Congrès, les sénateurs et les personnalités influentes de l’opinion publique qui prennent l’avion pour venir ici ad nauseam ne voient que les victimes israéliennes et le terrorisme palestinien, qui sont apparemment sortis de nulle part.

Islamistes, roquettes Qassam et ballons incendiaires… Pas un mot sur l’occupation, l’expropriation, les réfugiés et la tyrannie militaire.

Des questions telles que «où va l’argent» et s’il sert les intérêts américains sont considérées comme une hérésie. Quand on parle d’Israël, il ne faut pas poser de questions ni exprimer de doutes.

Ce cercle infernal doit également être rompu. Ce n’est pas juste et ce n’est pas bon pour les juifs.

Omar tente maintenant de présenter un nouveau discours au Congrès et à l’opinion publique. Grâce à elle et à ses collègues, il y a une chance pour un changement aux États-Unis. D’Israël, nous lui envoyons nos vœux de succès:«Tiens bon, Ilhan Omar!»

Quand le monde osera-t-il enfin distinguer la critique légitime d’une réalité israélienne illégitime, de l’antisémitisme?

Gidéon Lévy -

10.03.19

Source: Chronique de Palestine

19 mars 2019

Israël a l’intention de fermer un lieu saint de Jérusalem

Source: Externe

Les fidèles palestiniens se réunissent après les prières du vendredi à la porte de Bab-al-Rahma sur le complexe de la Mosquée al-Aqsa dans la Vieille Ville de Jérusalem

 

Israël intensifie ses mesures de répression sur les Palestiniens de Jérusalem.

Le Waqf Islamique – organisme responsable des lieux saints musulmans de Jérusalem – a rouvert le mois dernier Bab-al-Rahma, une des portes de l’enceinte de la mosquée al-Aqsa à Jérusalem qui a été complètement fermée par Israël depuis 2003.

Les 16 ans de l’ordre de fermeture expirent en août. Mais Israël a l’intention de fermer la porte une fois de plus.

La police israélienne a demandé à un tribunal de Jérusalem de fermer la porte de façon permanente pour «tenir les manifestants à l’écart… dans le cadre de sa guerre contre le terrorisme», d’après le quotidien de Tel-Aviv Haaretz.

En réalité, comme le montre cette vidéo, ce lieu saint musulman sert aux Palestiniens pour prier:

 

Lundi, un tribunal israélien a dit qu’il fermerait le bâtiment si le Waqf ne se pliait pas à l’exigence d’Israël de fermer la porte d’ici la fin de la semaine.

Le Waqf a rejeté mardi l’ordre du tribunal.

«Nous n’obéirons à aucune menace de la part de la police et des autorités d’occupation. Les tribunaux d’occupation n’ont pas la juridiction sur la mosquée al-Aqsa, et le Waqf ne reconnaît ni ne soumet aucune partie d’al-Aqsa aux lois de l’occupation. C’est le cas depuis l’occupation de Jérusalem en 1967».

Sheikh Abdul Azim Salhab, à la tête du Waqf, a appelé à une prière massive vendredi dans l’enceinte de la mosquée al-Aqsa, spécialement à l’intérieur de Bab al-Rahma, pour réagir aux tentatives israéliennes pour la fermer.

Le Waqf a également annulé une rencontre prévue pour mercredi avec la police israélienne pour protester contre l’ordre du tribunal.

Arrestation et interdit

Pendant ce temps, les forces d’occupation israéliennes ont par ailleurs intensifié la semaine dernière leurs campagnes d’arrestations multiples et d’interdit contre les gardes palestiniens et l’équipe du complexe de la mosquée al-Aqsa.

Les forces israéliennes ont fait venir plusieurs membres du Waqf au poste de police de Qishleh dans la Vieille Ville de Jérusalem et leur ont ordonné de se tenir loin du complexe de la mosquée al-Aqsa, ainsi que des routes qui y mènent.

Sheikh Najeh Bkeirat, directeur adjoint du Waqf, a reçu l’ordre de se tenir à l’écart pendant quatre mois.

«Je trouve que cette décision est injuste et raciste, et c’est une tentative pour briser notre rôle à la mosquée al-Aqsa et réduire notre présence», a dit Bkeirat.

Les forces israéliennes ont également ordonné à Nasser Qous, personnage important et du Fatah et du Club des Prisonniers Palestiniens, à se tenir éloigné du complexe pour 40 jours.

Israël a arrêté puis a relaxé Sheikh Abdul Azim Salhab peu après la réouverture de la porte. On lui a lui aussi ordonné de se tenir loin du complexe pendant 40 jours.

Les forces israéliennes ont arrêté le gouverneur palestinien de Jérusalem, Adnan Ghaith, après avoir fait irruption la semaine dernière dans sa maison dans le quartier de Silwan à Jérusalem Est.

Ghaith a été emmené dans l’Enceinte Russe à Jérusalem, centre de détention israélien synonyme de torture des prisonniers palestiniens.

Source: Externe

Destruction d’al-Aqsa

Uri Ariel, ministre israélien de l’Agriculture, a fait une incursion la semaine dernière dans l’enceinte de la mosquée al-Aqsa, accompagné de colons israéliens.

Ariel est un très important promoteur de la destruction d’al-Aqsa.

Les colons débarquent régulièrement dans l’enceinte d’al-Aqsa, accompagnés de soldats lourdement armés, pour intimider les Palestiniens et affirmer le contrôle d’Israël sur le site.

Les Palestiniens considèrent les incursions de plus en plus agressives comme des étapes dans la prise de contrôle progressive par les colons qui sont soutenus par le dit mouvement du Temple.

Yehuda Glick, député du parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu le Likoud, et un des dirigeants du mouvement du Temple, a brisé un interdit le mois dernier sur la prière publique dans l’enceinte dans un effort pour intimider :

Soutenu par des politiciens et des rabbins chevronnés en Israël et financé par les autorités israéliennes, ce mouvement a pour but ultime -ouvertement déclaré par nombre de ses adhérents – la destruction de la mosquée al-Aqsa et du Dôme du Rocher et leur remplacement par un temple juif.

Tamara Nassar –

06.03.19

Source: Agence Médias Palestine

18 mars 2019

Témoignages de Palestiniens 70 ans après la Nakba!

Source: Externe

Témoignages de Palestiniens 70 ans après la Nakba!

 

Annie Fiore, journaliste de terrain indépendante, spécialisée dans le Moyen-Orient et l’Afrique, a couvert la période de la 1è Intifada (1987–1993), puis les années post-Oslo (1993-2000) pour de nombreux journaux et magazines: L’Humanité dimanche, Révolution, Le Monde Diplomatique, Jeune Afrique Economie, avec des contributions ponctuelles à Témoignage Chrétien, l’Humanité, La Terre, U Ribumbu.

Elle a publié en 1994 « Rêves d’Indépendance, Chronique du peuple de l’Intifada aux Editions l’Harmattan.

En 2016, elle repart en compagnie de la réalisatrice Muriel Jacoub rencontrer des réfugiés, des déplacés internes d’abord dans les camps de réfugiés en Jordanie ou en Cisjordanie, visiter les villages détruits ou vidés de leur population, recueillir les témoignages des anciens et des nouvelles générations dont certaines vivent aujourd’hui en France.

Dans son ouvrage Annie Fiore met en perspective les récits des réfugiés rencontrés, l’histoire de la destruction de leur village en 1947/48 et le projet sioniste tel que lancé par Théodore Herzl et développé  par Ben Gourion et ses compagnons.

«Au cours de mes précédents voyages, mon attention s’est portée sur les nombreuses fresques, dessins, graffitis qui occupent une large place sur les murs des territoires palestiniens occupés et au-delà des frontières. Ces œuvres nous racontent toutes une histoire passée et présente.

Celle qui a retenu mon attention est la fameuse histoire de la clé du droit au retour. Les anciens ont-ils encore la clé? Qu’en est-il aujourd’hui de la transmission? Qu’en est-il des 500 villages et plus qui ont été détruits? Les Palestiniens ont-ils renoncé à revenir un jour à la maison?

Face à cette interrogation j’ai repris la route en octobre 2016.

Entre 1947 et 1952 plus de 500 villages palestiniens ont été vidés de leur population palestinienne chrétienne ou musulmane. En 1948, lors de la Naqba (Catastrophe) le nettoyage ethnique de la Palestine s’est mis en place particulièrement violent jusqu’en 1952 mais qui se poursuit sous une forme plus pernicieuse 70 ans plus tard.

Le nombre de 750.000 palestiniens expulsés entre 1948 et 1952 est communément retenu par les spécialistes.

Partir sur les routes sans aucun repaire ni certitude de retrouver la trace des villages détruits, retrouver les habitants des villages identifiés, voilà notre périple du nord au sud et d’est en ouest.

Ces incroyables rencontres dont les voix résonnent de cette Palestine fragmentée des femmes, des hommes, des enfants, tous ont en commun le même désir retourner à la maison.

La plupart des villages ont été détruits, totalement rasés ou plantés d’une végétation non adaptée au climat, pour effacer toute trace de la présence palestinienne.

Les noms ont été modifiés, certains disent que des milliers de livres de géographie auraient été détruits.

Si quelques villages ont été conservés, ils sont aujourd’hui habités uniquement par des Israéliens juifs. Les populations autochtones n’obtenant jamais la possibilité de retourner vivre sur leurs terres».

Projection du film: La Clé du Sol en présence de la réalisatrice Muriel Jacoub et d'Annie Fiore pour la présentation de son livre le jeudi 21 mars au Belgium Kitchen à 19h30 à la rue Ulens, 10 à 1080 Molenbeek-St-Jean

Bande-annonce ci-dessous:

La rédaction du MCP -

17.03.19

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17 mars 2019

Gaza: une catastrophe sanitaire délibérément entretenue

 

Source: Externe

De passage à Paris dans le cadre d’une tournée d’information qui le mènera aussi à Tunis et à Londres, Tarek Loubani, médecin urgentiste canado-palestinien et professeur à Western University en Ontario, réagit au rapport des Nations-unies sur les crimes commis durant «la Marche du Grand retour». Il décrit la situation humanitaire désastreuse à Gaza. Il est l’un des meilleurs connaisseurs de la situation intérieure de la bande de Gaza où il s’est rendu à plus de 25 reprises

 

Ahmed Abbes – Vous vous rendez depuis plus de huit ans à Gaza; pourriez-vous nous décrire la situation sanitaire dans cette enclave et son évolution sous l’effet du blocus?

Tarek Loubani — La situation sanitaire à Gaza est désastreuse et elle s’aggrave encore. Depuis la Marche du Grand retour (voir encadré), ce qui était un désastre à développement lent est devenu une catastrophe manifeste et actuelle. Le blocus a éliminé la capacité du système de santé à gérer les besoins quotidiens en soins, longtemps avant le début de la Marche.

Les patients souffrant de maladies chroniques comme les affections rénales et le diabète pâtissaient déjà du manque d’équipement approprié — des machines à dialyse par exemple — et des médicaments nécessaires pour gérer leur pathologie. Les patients atteints d’un cancer étaient et restent complètement soumis au caprice de l’appareil de sécurité israélien qui est accusé d’échanger l’accès des patients cancéreux à un traitement vital contre des renseignements et des interrogatoires de ces patients. Que ce soit intentionnel ou non, le blocus empêche des médicaments essentiels et des équipements médicaux d’entrer dans Gaza. Il empêche le personnel de santé palestinien de voyager librement pour se former ailleurs et le personnel de santé international, comme moi, de voyager librement pour fournir des soins et des formations dans Gaza. Il dégrade aussi, et élimine, l’infrastructure essentielle dont tout système de santé a besoin pour survivre, comme l’électricité ou l’eau potable.

Il y a eu une brève lueur d’espoir quand l’Égypte a élu son premier gouvernement démocratique en 2012. Les conditions de soins se sont améliorées de manière significative jusqu’à ce qu’une dictature militaire renverse le gouvernement et relance la collaboration de l’Égypte, en position subalterne, au blocus israélien. Cette période nous montre à quel point Gaza est capable de défendre son propre système de santé et de prendre soin de sa population si on ne l’empêche pas activement de le faire.

A. A. – De nombreuses ONG de défense des droits humains, comme Amnesty International, Human Rights Watch (HRW) et le Palestinian Center for Human Rights (PCHR) ont fortement condamné le tribut particulièrement lourd payé par les civils à Gaza lors des manifestations de la Marche du Grand retour. La documentation du Centre de défense des droits de l’homme Al-Mezan montre que depuis le début du mouvement le 30 mars 2018, 251 Palestiniens ont été tués. Mais le bilan de ces manifestations fait aussi ressortir un nombre important de blessures. Selon des médecins de Gaza, la plupart des blessures graves constatées sont situées aux membres inférieurs, notamment au genou, et sont typiques de blessures de guerre qu’ils n’avaient pas observées depuis le conflit de 2014 à Gaza. Qu’avez-vous vu en tant que médecin urgentiste dans les hôpitaux et sur les lignes de front à Gaza?

Source: Externe

T. L. — J’ai été témoin de tirs très rapprochés par des snipers israéliens contre des civils et ensuite j’ai dû soigner leurs blessures avec le personnel médical des services d’urgence. Tous les patients que j’ai traités avaient été blessés par des balles réelles, même si évidemment un grand nombre l’était aussi par l’utilisation massive de gaz lacrymogènes. Près de 60% des blessures concernaient les membres inférieurs, ce qui est inhabituel. La plupart des blessures par balles des centres de traumatologie comme celui où je travaille au Canada concernent la poitrine, qui est la plus grande zone de cible et qui est supposée être la cible prioritaire quand les forces de l’ordre essaient de désamorcer une menace imminente.

Une autre observation inquiétante est qu’il semble y avoir un nouveau modèle de balles utilisées contre des civils, créant un type de blessure et unique. Ce modèle provoque quasiment une amputation du membre inférieur qu’il frappe et crée des blessures de sortie anormalement grandes. Ce type de blessures a été décrit par Médecins sans frontières (MSF) et d’autres au cours de l’an dernier. Bien qu’ayant travaillé dans trois zones de combat et traité des centaines de traumatismes liés à la guerre, je n’avais jamais vu ce type de blessure par balles.

A. A. – Pensez-vous que l’armée israélienne ait ainsi eu comme objectif délibéré de faire un grand nombre de handicapés à vie?

T. L. — Je ne suis pas en position de spéculer sur l’intention des soldats israéliens ni sur les ordres qu’ils reçoivent. Mais le nombre disproportionné de personnes atteintes dans une jambe ou dans les deux par des tireurs d’élite à très courte distance est très inquiétant et justifie une enquête indépendante sur ce sujet pour s’assurer que l’armée israélienne n’utilise pas les tirs à balles réelles pour handicaper des civils, mais seulement dans des cas où il y a une menace pour la vie d’un soldat ou d’autres civils.

Les manifestations de la «Marche du Grand retour» ont été organisées par les Palestiniens de la bande de Gaza depuis le 30 mars 2018 pour exiger le droit au retour de millions de réfugiés palestiniens dans leurs villages ou leurs villes qui font désormais partie d’Israël, et pour demander la fin du blocus terrestre, aérien et maritime dans la bande de Gaza imposé par Israël depuis bientôt douze ans. Les Nations-unies et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), entre autres, ont qualifié cette politique de bouclage de «sanction collective» et ont appelé Israël à lever ce blocus illégal qui restreint fortement les déplacements de personnes et les transferts de denrées, interdisant la majorité des exportations et des importations, y compris de matières premières. La traversée au poste-frontière d’Eretz, point de passage entre Gaza et Israël, la Cisjordanie et le monde extérieur, est réservée à ce que l’armée israélienne appelle les «cas humanitaires exceptionnels», c’est-à-dire principalement les personnes souffrant de graves problèmes de santé et leurs accompagnants, ainsi qu’aux hommes d’affaires importants. Parallèlement, depuis 2013, l’Égypte impose quant à elle des restrictions sévères au point de passage de Rafah, qui est fermé la plupart du temps.

Les manifestations ont atteint leur paroxysme le 14 mai 2018, le jour du déménagement de l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem et la veille du 70è anniversaire de la Nakba. Ce 14 mai, les forces israéliennes ont tué 59 Palestiniens: «C’est un terrible exemple du recours excessif à la force et de l’utilisation de balles réelles contre des manifestants qui ne représentaient pas de menace imminente pour la vie d’autrui», d’après Amnesty International.

La Commission d’enquête indépendante des Nations unies sur les manifestations de 2018 à Gaza a rendu son rapport jeudi 28 février 2019. Le président de la Commission, Santiago Canton, d’Argentine, a déclaré que «la Commission a des motifs raisonnables de croire que des soldats israéliens ont commis des violations du droit international humanitaire et des droits humains lors de la Marche du Grand retour. Certaines de ces violations peuvent constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité et doivent faire immédiatement l’objet d’une enquête par Israël». Le rapport stipule que «la Commission a trouvé des motifs raisonnables de croire que des tireurs d’élite israéliens ont tiré sur des journalistes, des professionnels de la santé, des enfants et des personnes handicapées alors qu’ils étaient clairement identifiables en tant que tels».

A. A. – Le rapport de la Commission d’enquête indépendante des Nations-unies sur les manifestations de 2018 à Gaza indique que «la Commission a trouvé des motifs raisonnables de croire que des tireurs d’élite israéliens avaient délibérément tiré sur des professionnels de la santé alors qu’ils étaient clairement identifiés en tant que tels». Il mentionne votre cas: «Le 14 mai, les forces israéliennes ont tiré sur Tarek Loubani, un médecin canado-palestinien, alors qu’il se trouvait avec des ambulanciers paramédicaux portant l’uniforme de leurs hôpitaux. La balle a traversé ses deux jambes». Pourriez-vous décrire les circonstances dans lesquelles vous avez été blessé?

Source: Externe

T. L. — Le rapport des Nations-unies est important pour essayer d’empêcher de nouvelles attaques contre le personnel médical, qui devrait être protégé en permanence, par toutes les parties, y compris pendant la guerre, mais particulièrement quand il est en train de traiter des civils.

Je m’occupais de patients blessés sur les lignes de front de la Marche du Grand retour en mai 2018 avec des équipes paramédicales de professionnels et de volontaires. Comme j’étais le seul médecin sur la ligne, je m’occupais des cas graves qui pouvaient nécessiter une intervention vitale immédiate et hautement qualifiée que les autres soignants n’étaient pas formés à donner.

Nous étions tous des soignants de terrain expérimentés. J’ai prodigué des soins en Irak en 2004 et 2005, en Cisjordanie pendant de multiples incursions et attaques en 2002 et 2003, dans la bande de Gaza pendant les guerres de 2012 et 2014, pendant des manifestations place Ramsès au centre du Caire le 16 août 2013, quand plus d’une centaine de civils furent massacrés (Un millier avait déjà été tués deux jours auparavant place Rabaa), et pendant des manifestations violentes et non violentes au Canada au cours des deux dernières décennies. Mes collègues avaient prodigué des soins pendant des années, voire des décennies avant cette journée, la plupart traitant des victimes de guerre gravement blessées dans les guerres de 2008, 2012, 2014, et pendant les flambées de violence entre ces dates.

Les équipes paramédicales étaient séparées des manifestants et clairement identifiables par un vêtement à haute visibilité ou, comme dans mon cas, par un uniforme d’hôpital.

Il y a eu une accalmie dans les manifestations. Personne ne bougeait de manière imprévisible et je me tenais immobile à ce moment-là, tourné partiellement du côté opposé à la manifestation. On m’a tiré dessus à travers les deux jambes juste en dessous du genou. La balle est passée entre un faisceau nerveux et artériel et les os de ma jambe. Si elle avait touché l’un ou les autres, j’aurais eu un handicap sévère ou peut-être même subi une amputation.

Après avoir été touché, j’ai été traité dans un hôpital de terrain avant d’être transféré à un hôpital secondaire, puisque ma condition n’était pas aussi sérieuse que d’autres. Ils étaient tellement occupés que j’ai recousu ma propre jambe et j’ai été renvoyé chez moi au bout d’une heure afin de faire de la place pour d’autres victimes.

Source: Externe

Mon sauveteur, quand j’ai été blessé, était un soignant expérimenté nommé Moussa Abou Hassanin. Un tireur israélien l’a atteint dans la poitrine au cours d’un autre sauvetage. Les autres soignants n’ont pas pu l’approcher pendant à peu près une demi-heure et il est mort peu après avoir été évacué du terrain. Il laisse derrière lui quatre enfants et une grande famille.

Moussa et moi-même étions 2 des 19 membres du personnel médical blessés par des tireurs israéliens le 14 mai. Auparavant, aucun membre du personnel médical n’avait été touché par balle ni blessé. Ceci soulève la possibilité que les règles israéliennes d’engagement aient changé et incluent de tirer sur le personnel médical, ce qui serait inquiétant et — comme les Nations-unies l’ont noté dans leur rapport — constituerait un crime de guerre.

A. A. – Vous avez impulsé depuis 2014 trois projets importants pour améliorer les conditions des hôpitaux à Gaza: EmpowerGAZAGlia et Keys of Health. Pourriez-vous les décrire brièvement et nous donner votre appréciation sur les difficultés qu’ils rencontrent?

T. L. — Gaza est un endroit avec des gens compétents et plein de ressources naturelles. Le blocus a ôté aux Gazaouis la capacité d’utiliser leurs ressources pour assurer un excellent système de santé à leur peuple. EmpowerGAZA est un projet qui vise à installer de l’énergie solaire sur tous les hôpitaux publics, les cliniques et les centres de santé de Gaza. Ceci supprimerait la dépendance du système de soins par rapport aux décisions d’Israël d’autoriser ou d’interdire l’entrée du diesel. Cela garantirait aussi que, dans la période postérieure à la libération, les hôpitaux de Gaza contribuent à un avenir environnementalement durable.

Le projet Glia vise à créer des appareils médicaux qui soient d’aussi bonne qualité que les marques de premier ordre qu’ils remplacent. Mais ces appareils sont facilement fabriqués localement, créant à la fois du travail et une culture d’indépendance et d’innovation technologique. Notre projet vedette est un stéthoscope à 3 dollars (2,65 euros) qui a été testé comme étant aussi bon que le Littmann Cardiology III à 250 dollars (221 euros) — l’un des leaders du marché en stéthoscopes. Dans ce projet, nous avons aussi créé des garrots qui sont utilisés dans la Marche pour traiter des patients blessés.

Keys of Health est un projet frère qui forme au Canada les médecins palestiniens à des compétences médicales spécialisées de manière à améliorer et à construire l’infrastructure à Gaza.

A. A. – Comment peut-on vous aider dans ces projets?

T. L. — Il y a de nombreuses manières de contribuer à l’amélioration du système de santé à Gaza. Des organisations telles que Medical Aid for PalestineTerre des hommes et Médecins sans frontières sont d’excellentes organisations à soutenir, avec des campagnes de financement facilement accessibles. Si les gens veulent contribuer directement à nos projets, nous sommes à la recherche de subventions et de compétences en ingénierie pour le projet Glia afin de créer des appareils médicaux, par exemple un électrocardiogramme et une machine à dialyse. Les donations peuvent être faites via notre site web ou la plateforme de financement participatif Patreon où nous venons de lancer une campagne.

Les projets The Keys of Health et EmpowerGAZA ne font pas de campagne de financement actuellement.

Ahmed Abbes -

07.03.19

Source: Orient XXI

16 mars 2019

Au Moyen-Orient, les mauvais choix européens s’accumulent

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Depuis ces derniers mois, une nouvelle polémique enfle et commence à agiter la sphère politico-médiatique européenne: que faire des nombreux ressortissants désignés comme «jihadistes» qui rentrent ou désirent rentrer dans leur pays d’origine après s’être battus contre l’Etat syrien?

 

Question sensible qui renvoie au plan sécuritaire autant que juridique[1], sans oublier l’opinion publique, mais qu’il convient comme toujours, de contextualiser pour tenter d’en comprendre les tenants et aboutissants.

La raison de la question est simple: dans leur guerre frontale mais non-avouée contre la Syrie, les Européens se sont trompés – comme presque chaque fois qu’ils suivent les injonctions américaines – d’alliés, et ne peuvent que constater leur échec.

En lieu et place d’opter pour dénoncer les manœuvres qui tendaient à déstabiliser le gouvernement de la République arabe syrienne, laisser cette dernière régler ses questions intérieures et en respecter ainsi la souveraineté, ils se sont alignés sur ceux qui voulaient renverser le président Bachar al-Assad, au premier rang desquels les USA en appui à Israël qui poursuit son objectif de semer le chaos dans la région pour diviser les Etats en sous-Etats morcelés, affaiblis, dont la dévastation nécessitera plusieurs générations avant de les remettre à flots, si tant est qu’ils y parviennent.

Après l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, il était entendu que le tour de la Syrie – farouche et fidèle opposant au régime israélien – était arrivé. Avant celui du Yémen, et de l’Iran programmé mais pas encore activé sur le registre militaire, tant ce dernier Etat a pu anticiper les sordides plans occidentalo-sionistes et représente un défi de taille à quiconque voudrait s’y confronter.

On connaît aujourd’hui l’hypocrisie des cercles politico-médiatiques occidentaux pour travestir la réalité à travers une information contrôlée: les médias dominants entre les mains de quelques milliardaires liés au pouvoir sont passés maîtres dans la désinformation des citoyens. Mais, à l’heure d’internet, s’il s’agit de ne plus prendre le risque de cacher les choses qui ne peuvent échapper à la vigilance des internautes, il faut, plus encore qu’avant, leur donner l’apparence de la vertu. C’est de cet art sémantique que sont nées les formules «Droit d’ingérence», «Frappes chirurgicales», «Guerres humanitaires», «Révolutions de couleurs», et j’en passe…

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Ainsi, dans la foulée des «Printemps arabes» et après huit années d’une guerre illégale masquée sous l’euphémisme de la coalition en «Guerre civile» voire «Révolution syrienne» mais qu’il convient de qualifier «d’internationale» voire «mondiale» puisque près de 80 pays y participent de manière directe – par intervention militaire – ou indirecte – par soutien logistique, financier, diplomatique, ou humanitaire – le bilan est au sens premier du terme, catastrophique. Les infrastructures de la République arabe syrienne sont dévastées, les victimes – morts & blessés – se comptent en millions, et les déplacés et/ou réfugiés également.[2] Sans parler des enfants qui ont perdu leurs parents et se retrouvent démunis, abandonnés et parfois livrés à eux-mêmes. Ni de l’accès à une eau potable ainsi que de la famine qui touchent plusieurs régions et dont personne ne parle.

Les pays qui se sont aventurés dans cette énième sale guerre contre un Etat arabo-musulman, se posent dès lors la complexe question de leurs ressortissants qui ont eu la mauvaise idée de rejoindre les combattants de ce qui est communément désigné sous l’appellation Daesh ou Etat Islamique – regroupant toutes sortes d’organisations de mercenaires dont les composantes changent de nom en fonction des évènements, des lieux et des liens qu’ils nouent sur le terrain.

Sauf qu’il ne faudrait pas oublier que nos gouvernements qui se sont coalisés aux va-t’en-guerre US et ont détruit l’Etat syrien, ont financé, soutenu, formé, armé ces mercenaires hostiles à cet Etat souverain, pensant ainsi s’appuyer sur leur aide connexe.

L’incompétent L. Fabius, pro-sioniste notoire, alors ministre des Affaires étrangères du gouvernement Hollande – tout aussi pro-sioniste – et qui n’en était pas à sa première bévue, a déclaré à travers des propos dignes de ragots de comptoir que «Bachar al-Assad ne méritait pas d’être sur la Terre», allant jusqu’à relayer une déclaration émanant de responsables arabes opposés au président syrien «qu’al-Nosra faisait du bon boulot». Si une telle éloquence pour un diplomate permet d’en situer le niveau, elle indique pour qui sait lire entre les lignes, l’orientation du gouvernement français.

Dans cette certitude occidentale de détenir la vérité en tous sens et en tous lieux, et ce privilège commode d’en appeler aux «Droits-de-l’Homme» à la moindre occasion – mais de préférence quand cela nous arrange – comment être cohérent et donc crédible, en refusant d’accueillir ces ressortissants égarés qui sont partis se battre contre le gouvernement syrien quand nos propres armées et gouvernements ont fait – et continuent d’ailleurs – pareil?! Embarrassant.

La coalition qui a perdu cette guerre – même si elle n’est pas terminée et que d’aucuns s’entêtent encore – doit en assumer les conséquences. Et là aussi, l’hypocrisie est à son comble: les gouvernements arabes qui en temps ordinaires sont toisés de haut par l’occident qui n’hésite pas à les détruire, seraient pour le coup malgré leurs pays en chantiers, à même de juger ces encombrants «jihadistes» là où ils se trouvent.

Le problème étant délicat pour les raisons que je viens de rappeler, une fraction de ce petit cercle politico-médiatique, dans un sursaut d’humanisme de façade, se déchire maintenant sur la question de savoir si, quand même, il ne conviendrait pas d’établir une différence entre les hommes, les femmes et les enfants qui se trouvent pris au piège de cette guerre perdue? Les uns arguant qu’il ne faut pas séparer les mères de leurs enfants, les autres indiquant qu’il est difficile d’établir à quel âge un enfant devient un adolescent responsable, quand d’autres encore – plus radicaux et en référence aux attentats survenus en Europe – ne veulent rien savoir et sont pour le refus catégorique de tout retour, nous offrant ainsi ce minable tableau d’adultes débattant sur les victimes d’une politique d’Etat mal pensée, suintant le racisme, et directement responsable de la situation actuelle. Dans la tête de ceux-là, les victimes deviennent ainsi les coupables et les vrais coupables que sont les responsables politico-médiatiques qui n’ont cessé d’en appeler à la guerre contre la Syrie et le renversement de son président, sont ignorés et passés sous silence.

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C’est comme toujours, une manipulation à mettre au compte des agresseurs tombant sur le dos des agressés qui n’ont personne – ou presque – pour remettre les pendules à l’heure et rappeler certains faits incontournables. Et ce mélange des plans fonctionne bien puisque d’après les enquêtes, une majorité d’Européens s’opposent au retour des ainsi nommés «jihadistes» dans leur pays d’origine.

Lors de son émission du 6 mars dernier «Interdit d’interdire» sur RT (Russia Today) l’animateur Fr. Taddéï expliquait que d’après un sondage, 67% des Français s’opposaient au retour des ressortissants au pays. Par la suite, il relayait une information du Wall Street Journal signalant que les forces spéciales françaises sur place renseignaient les forces irakiennes pour que ces dernières éliminent par des frappes ces «jihadistes» ayant fui la Syrie pour se réfugier en Irak et que l’Etat français ne voulait pas voir revenir. 

En d’autres mots, l’annonce est claire: gardez-les chez vous, on n’en veut plus! Sauf que, faits prisonniers, ceux-là encombrent leurs hôtes qui, ayant des soucis autrement plus graves, veulent les renvoyer d’où ils viennent.

Situation d’autant plus lamentable qu’après la multiplication des désastres que l’occident a semés lors de sa nouvelle croisade au Moyen-Orient à la suite du prétexte des «attentats du 11 septembre», ses échecs sont patents. Ces derniers devraient pourtant indiquer l’urgence de revoir une politique étrangère européenne absurde qui ne peut aboutir qu’à des réactions violentes de ceux qui se sentent détestés et attaqués de la sorte. Utilisant alors les moyens qui sont les leurs, en représailles à la puissance de machines de guerre redoutables d’Etats dépensant des milliards – nos impôts! – dans leurs conquêtes criminelles de pays qui ont pour malheur d’abriter des ressources convoitées pour maintenir nos niveaux de vie sans accepter d’en partager les profits de manière plus équitable.

Alors, que faire de ceux qui n’auront pas été «liquidés», témoins gênants des erreurs répétées de nos incompétents gouvernements européens?

Il va encore s’en passer des choses, en coulisses… Et une fois de plus: pas belles, nos «démocraties éclairées», tant vantées par les ‘éditocrates’ et ‘experts’ des médias dominants?!

Daniel Vanhove –

15.03.19



[2] Sur une population estimée aux environs de 25 millions d’habitants fin 2018

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15 mars 2019

Comment le règne des rabbins alimente une guerre sainte en Israël

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Des rabbins extrémistes jouissant de la bénédiction implicite de l’État sont en train de transformer un conflit territorial aux origines coloniales en une bataille contre le monde islamique au sens large

 

Dans quel pays un haut religieux payé par l’État a-t-il récemment exhorté ses partisans à devenir des «guerriers» imitant un groupe de jeunes hommes ayant assassiné une femme d’une autre religion? Ce religieux l’a fait en toute impunité. En fait, il s’est contenté de faire écho à d’autres religieux haut-placés qui avaient promu un livre – là encore en toute impunité – exhortant leurs disciples à assassiner des bébés appartenant à d’autres religions

Dans quel pays le chef du clergé peut-il qualifier les noirs de «singes» et demander l’expulsion d’autres communautés religieuses?

Dans quel pays une élite cléricale exerce-t-elle tant de pouvoir qu’elle est la seule à pouvoir décider qui peut se marier ou divorcer – et qu’elle est soutenue par une loi permettant d’emprisonner une personne qui tente de se marier sans son approbation? Ces religieux peuvent même stopper le réseau ferroviaire national sans préavis. 

Dans quel pays ces saints hommes sont-ils si craints que les images de femmes sont grattées des panneaux d’affichage, que les campus universitaires introduisent la ségrégation hommes-femmes pour les apaiser et que les femmes se retrouvent littéralement poussées à l’arrière des bus?

Est-ce en Arabie saoudite? Ou au Myanmar? Ou peut-être en Iran? Non, cela se passe en Israël, le seul État juif autoproclamé au monde. 

Quelles «valeurs partagées»? 

Il n’y a guère de politicien à Washington cherchant à se faire élire qui n’a pas professé à un moment donné un «lien indissoluble» entre les États-Unis et Israël, ni prétendu que les deux défendent des «valeurs partagées». Il semble que peu d’entre eux aient une idée des valeurs qu’Israël représente réellement.

Il existe de nombreuses raisons de critiquer Israël, notamment son oppression brutale des Palestiniens sous l’occupation et son système de ségrégation et de discrimination institutionnalisées à l’encontre du cinquième de sa population qui n’est pas juif – sa minorité palestinienne. Cependant, ses détracteurs ont largement négligé les tendances théocratiques croissantes d’Israël. 

Cela ne s’est pas révélé simplement régressif pour la population juive d’Israël – les rabbins exerçant un contrôle de plus en plus grand sur la vie des juifs religieux et laïcs, en particulier des femmes – mais cela a également des implications alarmantes pour les Palestiniens, tant sous occupation que vivant en Israël, dans la mesure où un conflit national aux origines coloniales connues se transforme progressivement en guerre sainte, alimentée par des rabbins extrémistes jouissant de la bénédiction implicite de l’État.

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Contrôle du statut personnel

En dépit du fait que les pères fondateurs d’Israël étaient laïcs de leur propre aveu, la séparation entre l’institution religieuse et l’État en Israël a toujours été, au mieux, précaire – et elle disparaît à un rythme toujours plus rapide.

Après la création d’Israël, David Ben Gurion, le premier 1er ministre d’Israël, a décidé de subordonner d’importants aspects de la vie des juifs israéliens à la juridiction d’un rabbinat orthodoxe, représentant le courant le plus strict, le plus traditionnel et le plus conservateur du judaïsme. D’autres courants plus libéraux n’ont aucun statut officiel en Israël à ce jour.

La décision de Ben Gurion reflétait en partie le désir de faire en sorte que son nouvel État englobe deux conceptions différentes de la judaïté: à la fois ceux qui s’identifiaient comme juifs dans un sens ethnique ou culturel laïc et ceux qui entretenaient les traditions religieuses du judaïsme. Il espérait fusionner les deux pour créer une nouvelle notion de «nationalité» juive.

Pour cette raison, les rabbins orthodoxes se sont vu attribuer le contrôle exclusif de sections importantes de la sphère publique: les questions de statut personnel, telles que les conversions, les naissances, les décès et les mariages. 

Justifications bibliques

Ce qui a renforcé le pouvoir des rabbins, c’était le besoin urgent des dirigeants laïcs d’Israël de dissimuler les origines coloniales de l’État. Ils se sont servis de l’éducation pour insister sur les justifications bibliques de l’usurpation par les juifs des terres de la population palestinienne autochtone. 

Comme le faisait remarquer le pacifiste Uri Avnery, la revendication sioniste était «fondée sur l’histoire biblique de l’Exode, la conquête de Canaan, les royaumes de Saul, David et Salomon… Les écoles israéliennes enseignent la Bible comme une vérité historique». 

Cet endoctrinement, combiné à un taux de natalité beaucoup plus élevé parmi les juifs religieux, a contribué à une explosion du nombre de personnes identifiées comme religieuses. Ils représentent désormais la moitié de la population. 

Aujourd’hui, environ un quart des juifs israéliens appartient au courant orthodoxe, qui a une lecture littérale de la Torah, et un sur sept appartient au courant ultra-orthodoxe, ou haredim, le plus fondamentaliste des courants religieux juifs. Selon les prévisions, dans 40 ans, ce dernier comprendra un tiers de la population juive du pays.  

«Conquérir le gouvernement»

La montée en puissance et l’extrémisme des orthodoxes en Israël ont été mis en lumière la dernière semaine de janvier, lorsque l’un de leurs plus influents rabbins, Shmuel Eliyahou, a pris publiquement la défense de cinq étudiants accusés d’avoir assassiné Aisha Rabi, une mère palestinienne de huit enfants. En octobre, ils ont jeté des pierres sur sa voiture près de Naplouse, en Cisjordanie occupée, lui faisant quitter la route.

Eliyahou est le fils d’un ancien grand rabbin d’Israël, Mordekhaï Eliyahou, et siège lui-même au Conseil du grand-rabbinat, qui contrôle de nombreux aspects de la vie des Israéliens. Il est également le rabbin municipal de Safed, une ville qui, dans le judaïsme, a le même statut que Médine dans l’islam ou Bethléem dans le christianisme. Ses propos ont donc beaucoup de poids pour les juifs orthodoxes. 

Plus tôt ce mois-ci, une vidéo a été révélée lors d’une conférence qu’il a donnée au séminaire où les cinq accusés ont étudié, dans la colonie illégale de Rehelim, au sud de Naplouse. Eliyahou a non seulement salué les cinq hommes comme des «guerriers», mais il a également déclaré aux autres étudiants qu’ils devaient renverser le système judiciaire laïc «pourri». Il leur a dit qu’il était vital de «conquérir le gouvernement» aussi, mais sans armes ni chars. «Vous devez vous emparer des postes clés de l’État», les a-t-il exhortés.

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Des juges violant la loi

En vérité, ce processus est déjà bien avancé. La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, qui aurait dû être la première à dénoncer les propos d’Eliyahou, est étroitement liée aux colons religieux. Fait révélateur, elle et d’autres ministres ont gardé un silence studieux.

En effet, les représentants politiques des communautés juives religieuses israéliennes, y compris les colons, sont désormais le pilier des gouvernements de coalition israéliens. Ils sont les faiseurs de roi et peuvent obtenir d’énormes concessions de la part des autres partis.

Depuis quelque temps, Shaked se sert de sa position pour faire entrer davantage de juges ouvertement nationalistes et religieux dans le système judiciaire, y compris au sein de la plus haute cour du pays, la Cour suprême. 

Deux des quinze juges actuels, Noam Sohlberg et David Mintz, sont des hors-la-loi qui vivent ouvertement dans des colonies de Cisjordanie en violation du droit international. Plusieurs autres juges nommés à la magistrature par Shaked sont religieux et conservateurs.  

Cela constitue une victoire importante pour les religieux orthodoxes et les colons. Le tribunal est la dernière ligne de défense des laïcs contre les atteintes à leurs libertés religieuses et à l’égalité des sexes. Et le tribunal offre le seul recours possible pour les Palestiniens cherchant à atténuer les pires excès des politiques violentes et discriminatoires du gouvernement, de l’armée et des colons israéliens.

Le peuple élu

Le collègue d’Ayelet Shaked, Naftali Bennett, autre idéologue du mouvement de colonisation, est ministre de l’Éducation au sein du gouvernement Netanyahu depuis quatre ans. Ce poste a longtemps été critique pour les orthodoxes, car la prochaine génération d’Israéliens en découle. 

Après des décennies de concessions accordées aux rabbins, le système scolaire israélien est déjà fortement biaisé en faveur de la religion. Une enquête réalisée en 2016 a montré que 51% des élèves juifs fréquentaient des écoles religieuses pratiquant la ségrégation hommes-femmes et mettant l’accent sur le dogme biblique – contre 33% à peine quinze ans plus tôt. 

Cela peut expliquer pourquoi un sondage récent a révélé que 51% des juifs israéliens sont persuadés que les juifs ont un droit divin sur la «terre d’Israël» et un peu plus de 56% que les juifs sont un «peuple élu».

Ces résultats vont probablement s’aggraver dans les années à venir. Sous Bennett, le ministère de l’Éducation a accordé, dans le programme scolaire, une plus grande importance à l’identité tribale juive, aux études bibliques et aux revendications religieuses vis-à-vis du Grand Israël, y compris des territoires palestiniens – que le ministre souhaite annexer.

Inversement, les sciences et les mathématiques sont de plus en plus minimisées dans le système éducatif et totalement  absentes des écoles ultra-orthodoxes. La théorie de l’évolution, par exemple, a été en grande partie effacée du programme, même dans les écoles laïques

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«Aucune pitié» pour les Palestiniens

Les services de sécurité israéliens constituent une autre sphère décisive du pouvoir étatique dont s’emparent les religieux, et en particulier les colons. Le chef de la police Roni Alsheikh a vécu pendant des années dans une colonie célèbre pour ses attaques violentes contre les Palestiniens, et l’actuel rabbin en chef de la force, Rahamim Brachyahu, est également un colon. 

Tous deux ont activement promu un programme qui recrute davantage de juifs religieux dans la police. Nahi Eyal, le fondateur du programme, a déclaré que son objectif était d’aider la communauté des colons à «se frayer un chemin dans les rangs du commandement».

Cette tendance est encore plus enracinée au sein de l’armée israélienne. Les chiffres montrent que la communauté religieuse nationaliste, à laquelle appartiennent de nombreux colons – bien que ne constituant que 10% de la population – représente la moitié de tous les nouveaux élèves-officiers. La moitié des académies militaires israéliennes sont désormais religieuses.

Cela s’est traduit par un rôle croissant des rabbins orthodoxes extrémistes pour motiver les soldats sur le champ de bataille. Lors de l’invasion terrestre de Gaza par Israël en 2008-2009, le rabbinat de l’armée a remis aux soldats des pamphlets se servant d’injonctions bibliques pour les convaincre de ne «montrer aucune pitié» envers les Palestiniens. 

Appel à tuer des bébés

Dans le même temps, le gouvernement a encouragé la population ultra-orthodoxe à la croissance rapide à s’installer dans les colonies de Cisjordanie spécialement aménagées à cet effet, telles que Modi’in Illit et Beitar Illit. Cela, à son tour, alimente progressivement l’émergence d’un nationalisme agressif chez leurs jeunes.

Autrefois, les haredim étaient ouvertement hostiles ou, au mieux, ambivalents à l’égard des institutions de l’État israélien, estimant qu’un État juif était sacrilège tant que le Messie n’était pas arrivé pour régner sur les juifs.

Aujourd’hui, pour la première fois, de jeunes haredim servent dans l’armée israélienne, ce qui renforce la pression exercée sur le commandement militaire pour tenir compte de leur idéologie fondamentaliste religieuse. Un nouveau terme pour ces soldats haredim belliqueux a été inventé: le «Hardal».

Rahamim Brachyahu et les rabbins du Hardal font partie des principaux rabbins à avoir promu un livre terrifiant, la Torah du Roi, écrit par deux rabbins colons, qui exhorte les juifs à traiter sans pitié les non-juifs, et plus particulièrement les Palestiniens. 

L’ouvrage offre la bénédiction de Dieu au terrorisme juif – non seulement contre les Palestiniens qui tentent de résister à leur déplacement par des colons, mais contre tous les Palestiniens, même les bébés, sur le principe «qu’il est clair qu’ils vont grandir pour nous faire du mal».

La ségrégation hommes-femmes s’étend

L’augmentation spectaculaire de la religiosité crée également des problèmes internes à la société israélienne, en particulier pour la population laïque déclinante et pour les femmes. 

Les affiches pour les prochaines élections – et cela vaut pour les publicités en général – sont «nettoyées» des visages de femmes dans certaines régions du pays pour éviter de choquer. 

Le mois dernier, la Cour suprême a reproché au Conseil de l’enseignement supérieur d’Israël de permettre à la ségrégation entre hommes et femmes dans les classes des universités de s’étendre au reste du campus, y compris aux bibliothèques et aux espaces communs. Les étudiantes et les enseignantes sont soumis à des codes vestimentaires «modestes». Le Conseil a même annoncé son intention d’élargir la ségrégation pour pallier la difficulté de persuader les juifs religieux de suivre des études supérieures.

Essor de la violence

Israël a toujours été une société profondément structurée pour maintenir les juifs israéliens et les Palestiniens séparés, que ce soit physiquement ou en matière de droits. C’est également vrai pour la grande minorité palestinienne d’Israël, un cinquième de sa population, qui vit presque entièrement à l’écart des juifs dans des communautés séparées. Les enfants palestiniens sont tenus à l’écart des enfants juifs dans des écoles séparées. 

Mais en mettant davantage l’accent sur une définition religieuse de la judaïté, les Palestiniens font maintenant face non seulement à la froide violence structurelle conçue par les fondateurs laïcs d’Israël, mais aussi à une hostilité coléreuse, sanctionnée par la Bible, d’extrémistes religieux.

C’est ce qui ressort le plus clairement de la montée rapide des attaques physiques contre les Palestiniens et leurs biens, ainsi que contre leurs lieux saints, en Israël et dans les territoires occupés. Parmi les Israéliens, cette violence est légitimée en tant que «prix à payer», comme si les Palestiniens s’étaient attirés un tel préjudice.

YouTube regorge aujourd’hui de vidéos de colons armés d’armes à feu ou de matraques qui s’en prennent à des Palestiniens, généralement pendant qu’ils tentent d’accéder à leurs oliveraies ou à leurs sources, tandis que les soldats israéliens se tiennent passivement à côté ou les aident. 

Les incendies criminels se sont étendus des oliveraies aux maisons palestiniennes, parfois avec des résultats effroyables, quand des familles sont brûlées vives.

Avec leurs justifications bibliques, des rabbins comme Eliyahou ont attisé cette nouvelle vague d’attaques. Le terrorisme d’État et la violence de la foule ont fusionné. 

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Détruire al-Aqsa

La plus grande poudrière potentielle se situe à Jérusalem-Est occupée, dans l’enceinte de la mosquée al-Aqsa, où le pouvoir symbolique et politique croissant de ces rabbins messianiques risque d’exploser. 

Les politiciens laïcs ont longtemps joué avec le feu sur ce lieu saint islamique, se servant de l’archéologie pour tenter de le convertir en un symbole du droit historique des juifs à la terre, y compris les territoires occupés. Cependant, leur affirmation selon laquelle la mosquée est construite sur deux temples juifs, dont le dernier aurait été détruit il y a deux mille ans, a été rapidement reprise à des fins politiques incendiaires et modernes. 

L’influence croissante des juifs religieux au Parlement, au gouvernement, dans les tribunaux et dans les services de sécurité signifie que les responsables sont de plus en plus audacieux lorsqu’ils revendiquent physiquement la  souveraineté sur al-Aqsa.

Cela implique également une plus grande indulgence envers les extrémistes religieux qui exigent davantage que le contrôle physique du site de la mosquée. Ils veulent qu’al-Aqsa soit détruite et remplacée par un troisième temple.

Une guerre sainte qui rassemble

Lentement, Israël transforme un projet colonial contre les Palestiniens en une bataille contre le monde islamique au sens large. Il transforme un conflit territorial en guerre sainte.

La croissance démographique de la population religieuse d’Israël, la culture par le système scolaire d’une idéologie de plus en plus extrême basée sur la Bible, la prise de contrôle des centres de pouvoir étatiques par les religieux et l’émergence d’une classe de rabbins influents prêchant le génocide contre les voisins d’Israël ont préparé le terrain pour une tempête dans la région. 

La question est maintenant de savoir à quel moment les alliés d’Israël, aux États-Unis et en Europe, vont enfin se réveiller face à la direction catastrophique qu’emprunte Israël – et trouver la volonté de prendre les mesures qui s’imposent pour l’arrêter.

Jonathan Cook -

07.03.19

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14 mars 2019

"Il ne faut jamais capituler face à l'occupation"

 

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Il y aura divers récits de ce qui s’est passé dans la région de Ramallah le 6 mars 2017, lorsque Bassel al-Araj a été tué dans un raid militaire israélien

 

 

Combien de temps a duré la confrontation entre Bassel et les soldats israéliens? Est-ce que la vidéo publiée par Israël prétendant rendre compte de l’incident est authentique? Bassel a-t-il réussi à blesser un des soldats? Nous ne le saurons peut-être jamais. Mais une chose est sûre, c’est que Bassel ne s’est jamais rendu.

«La plus grande insulte qu’on peut faire à un martyr serait de dire qu’il était obéissant, soumis à son assassin et poli avec lui», a déclaré Bassel.

Bassel était tout sauf docile. La résistance était son choix. Il n’a pas été conduit dans cette voie par la dépression, la peur du lendemain ou le manque de débouchés, mais plutôt par un engagement inébranlable à la lutte palestinienne pour une libération totale et inconditionnelle.

Les images diffusées sur les médias sociaux palestiniens après l’assassinat de Bassel sont très symboliques. On y voit des taches de sang, les chaussures bleues de marque de Bassel, son kuffiyeh, un fusil et une pile de livres.

Parmi les livres de Bassel, il y en avait un sur l’idéologie du marxiste italien Antonio Gramsci. Ça lui correspondait tout à fait: Bassel incarnait l’intellectuel de base que Gramsci a décrit. «Un intellectuel, doit s’engager», a déclaré Bassel dans l’une des tournées de conférences sur l’histoire qu’il organisait à Jenin, une ville du nord de la Cisjordanie occupée. «Si vous ne voulez pas vous engager – si vous ne voulez pas affronter l’oppression – vous êtes un intellectuel inutile».

Pour Bassel tout le monde doit avoir accès à la connaissance. Pour cela il faut aller vers les gens, leur parler face à face dans un langage qu’ils comprennent – sans être simpliste ni condescendant.

Il y avait aussi, au logis de Bassel, un livre de Mahdi Amel, un marxiste libanais assassiné à Beyrouth il y a 30 ans. Tout comme Mahdi Amel, Bassel a livré une bataille perdue au niveau tactique. Bassel était un acteur efflanqué qui est devenu un combattant, sans avoir aucune expérience militaire et sans appartenir à une faction politique.

Il n’avait aucune chance contre l’armée et les renseignements israéliens et leurs «sous-traitants» de l’Autorité palestinienne.

La persécution

«Bassel portait tout seul un énorme fardeau», m’a dit son ami Muhannad Abu Ghosh. J’ai rencontré Bassel pour la première fois en 2012, lors d’une manifestation de soutien aux prisonniers palestiniens en grève de la faim dans les prisons israéliennes.

Depuis, Bassel et moi n’avons pas cessé d’échanger. Certaines de nos discussions ont été chaudes mais elles ont toujours été fructueuses. Bassel m’a fait comprendre que la résistance est nécessaire, même si nous n’en récoltons pas les fruits de notre vivant.

Il m’a appris que pour faire partie d’un véritable mouvement de libération, il fallait aimer et respecter son peuple et voir plus loin que son propre salut. Chaque martyr palestinien nourrit notre sens des responsabilités.

Nous avons encore du mal à accepter le vide que Bassel laisse derrière lui mais nous devons cependant poursuivre la lutte pour les idéaux pour lesquels il a vécu et pour lesquels il est mort.

Ces derniers jours, j’ai parlé aux amis et à la famille de Bassel à al-Walaja, son village natal en Cisjordanie occupée. Malgré l’intense souffrance que lui cause le meurtre de Bassel, sa famille n’a rien perdu de sa dignité. «Je serai éternellement fier de lui», a dit son frère Saeed. «Il a vécu dans l’honneur et est mort en héros».

Les membres de la famille de Bassel ont ouvert leur cœur et leur maison à tous les Palestiniens qui souhaitent présenter leurs condoléances, mais a précisé que l’Autorité palestinienne et ses journalistes officiels n’étaient pas les bienvenus.

Siham al-Araj – la mère de Bassel – a dit que son fils «faisait peur aux deux Etats», faisant référence à Israël et à l’Autorité palestinienne. «Ce sont des soldats israéliens qui l’ont tué, mais c’est l’Autorité palestinienne qui leur a ouvert la voie».

«Nous ne recevrons pas les journalistes qui ont abandonné Bassel et ses camarades lors d’une grève de la faim dans les prisons de l’AP l’an dernier», a déclaré Doha al-Araj, la sœur de Bassel. «L’AP est complice du meurtre de Bassel et nous n’attendons rien d’elle».

Cela fait des années que l’AP le persécute . Bassel a participé à de nombreuses manifestations contre la coopération de l’AP avec Israël. Ces manifestations ont continué après sa mort et elles ont été violemment attaquées par les forces de l’AP.

Bassel savait ce que c’était que d’être à victime de la répression de l’AP. Pendant l’été 2012, il a été emmené à l’hôpital après avoir reçu des coups sur la tête de la part des forces de sécurité de l’AP. Il a été tabassé pendant une manifestation contre la prochaine visite de Shaul Mofaz, ancien ministre israélien de la Défense, au siège de l’AP à Ramallah.

En juillet et août 2013, Bassel a participé à une série de manifestations contre la décision de l’AP de reprendre les négociations avec Israël. Mais Bassel a souligné qu’il luttait principalement contre le sionisme, l’idéologie de l’État d’Israël, et contre le projet de colonisation qui en est le prolongement, sa lutte contre l’AP n’étant que secondaire. «Cet État colonial qui a essayé de détruire toutes les facettes de notre identité, y compris notre cuisine», voilà comment Bassel appelait Israël.

Même s’il faut s’opposer à l’AP et finir par la renverser, les Palestiniens doivent consacrer la plus grande partie de leur énergie à la lutte contre l’occupation israélienne. Il était important, selon Bassel, de comprendre que la collaboration de l’Autorité Palestinienne avec Israël était structurelle.

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La torture

Bassel n’a jamais insulté la police ni les agents de sécurité de l’AP qui l’ont tabassé. Il s’est rendu compte qu’il y avait une dimension de classe significative dans la façon dont l’AP recrutait les hommes les plus pauvres et les plus opprimés de la société palestinienne pour écraser les manifestations. Bassel pensait que les militants devaient essayer de gagner la confiance de ces hommes et ne pas les traiter comme des ennemis.

Bassel a été arrêté par les forces de sécurité de l’AP. Lui et cinq autres jeunes hommes ont passé plus de cinq mois dans les prisons de l’AP sans charges, ni procès. Il a été torturé pendant sa détention, selon Siham, sa mère. On lui a pris ses lunettes et on a refusé de le soigner.

Ce n’est qu’après le séjour de Bassel en prison que Siham a appris qu’il avait le diabète. Il lui avait caché son état pendant des années pour qu’elle ne s’inquiète pas.

Globalement, la presse palestinienne a fait l‘impasse sur l’arrestation de Bassel. L’absence de protestation des médias ou du public l’a conduit, lui et les cinq autres hommes, à entamer une grève de la faim. «Bassel m’a dit que la grève de la faim a été l’épreuve la plus difficile qu’il ait traversée dans sa vie», a déclaré Siham. Elle a ajouté que les six hommes n’avaient pas d’autre moyen d’obtenir leur libération.

Après sa libération, Bassel n’est jamais retourné dans la maison familiale. Il savait que ce n’était qu’une question de temps avant qu’Israël ne le trouve. Il avait raison.

Quatre des autres hommes ont tous été arrêtés par Israël peu de temps après leur libération des prisons de l’AP. Ils ont de nouveau été détenus – cette fois par Israël – sans charges, ni procès. Israël appelle cette pratique la «détention administrative».

«Les forces d’occupation israéliennes ont perquisitionné notre maison 11 fois à la recherche de Bassel», a déclaré Thaira al-Araj, la sœur de Bassel. «Un soldat, qui n’avait visiblement pas la moindre idée de ce qu’il faisait, pensait que Bassel était un membre du Hamas».

L’intensité des raids a provoqué les pires inquiétudes de la famille. Ils n’avaient aucun contact avec Bassel depuis qu’il était passé à la clandestinité. «Sa mort n’a pas été une surprise. Nous nous attendions à ce que les soldats le tuent s’ils le trouvaient», a déclaré Mahmoud al-Araj, le père de Bassel. «Mais s’attendre à quelque chose ne le rend pas plus facile à vivre».

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Le dernier acte de rébellion

Le dernier acte de rébellion de Bassel – ses six mois de résistance à l’arrestation – l’a transformé en une icône. Pourtant, Bassel lui-même était fortement opposé au culte de la personnalité. Les histoires des combattants de la résistance, en particulier celles qui ne sont pas répertoriées dans les archives officielles, doivent être immortalisées. Mais on ne devrait considérer personne, même pas les grands dirigeants comme des êtres surhumains ou sans faille.

«Bassel voulait créer un modèle de résistance dont les Palestiniens pouvaient s’inspirer», a déclaré Abboud Hamayel, un ami proche de Bassel. Il n’était pas assez naïf pour croire que son assassinat susciterait un soulèvement. Il a toujours soutenu que même si notre génération ne libérait pas la Palestine, son devoir était de préparer le terrain pour la prochaine génération. Et si nous ne le faisons pas, l’histoire ne nous le pardonnera jamais.

Durant son enfance à al-Walaja, Bassel passait des heures à écouter les histoires de son grand-père sur l’histoire palestinienne et les grands révolutionnaires. C’est son grand-père qui lui a appris que les Palestiniens devaient revendiquer leur passé historique.

Bassel a hérité du don de son grand-père pour la narration. Il a commencé à parler de l’histoire de la révolte des années 30 en Palestine, de la guerre d’indépendance algérienne ou du mouvement de libération au Vietnam. Bassel combinait la passion et le savoir. Il a étudié la pharmacie en Égypte et brièvement travaillé comme pharmacien à Shuafat, à Jérusalem-Est occupée. Mais son cœur était ailleurs.

Bassel lisait tout ce qui lui tombait sous la main concernant l’histoire, l’anthropologie, les mouvements sociaux, la politique et la philosophie. Il mettait ses lectures en pratique sur le terrain. Bassel était fortement impliqué dans un projet connu sous le nom d’Université populaire. À ce titre, il organisait des tournées de conférences en Cisjordanie. Leur objectif était de faire revivre les histoires de révolutionnaires et d’actes de résistance oubliés.

L’Université populaire a été créée par le Département d’études coloniales de Suleiman al-Halabi. Nommé d’après un combattant contre les forces coloniales françaises dans l’Égypte du 18è siècle, le département rassemble des bénévoles qui se consacrent à l’enseignement des sujets négligés par les écoles primaires et secondaires ordinaires. «Deux caractéristiques distinguaient Bassel: son amour pour la Palestine et son honnêteté», a écrit Khaled Odetallah, le directeur du Département Suleiman al- Halabi, dans son hommage funèbre.

Bassel a également travaillé comme chercheur à temps partiel au Musée palestinien avant son inauguration.

Son amie Yara Abbas a confirmé que tous les écrits et travaux de Bassel n’ont pas été publiés. Ses recherches portaient sur la révolte palestinienne des années 1930 – y compris le théâtre et la littérature qui lui est associée – et l’histoire de la première intifada. Il avait également entrepris des recherches sur la Main Noire, un groupe antisioniste créé en Palestine quand elle était sous contrôle britannique.

Bassel se décrivait comme un anti-autoritaire dont l’identité avait été façonnée par le nationalisme palestinien, le panarabisme, la culture islamique et l’internationalisme. Il affirmait que les diverses idées qui l’inspiraient n’entraient pas en contradiction les unes avec les autres.

Les auteurs qui ont le plus influencé sa vision de la politique et de la résistance ont été Frantz Fanon, le penseur anti-colonial né en Martinique, et Ali Shariati, un intellectuel iranien, révolutionnaire et sociologue.

Hanadi Qawasmi, un journaliste palestinien, a déclaré que Bassel avait l’espoir de retourner à l’université et d’étudier l’histoire ou la sociologie. «Il n’avait pas envie d’obtenir un diplôme particulier», a déclaré Qawasmi. «Mais il voulait se rapprocher des étudiants de premier cycle. Il croyait qu’ils avaient une énergie et un potentiel qu’il fallait mobiliser».

Bassel a beaucoup aidé les jeunes de al-Walaja. «Quand j’ai décidé d’étudier l’obstétrique à l’université, tout le monde s’est moqué de moi», a déclaré Alaa Abu Khiyara, le cousin de Bassel. «Bassel a été le seul à m’encourager et à croire en mes capacités. Son soutien a été déterminant pour moi».

Les écrits de Bassel lui survivront. Le Département de Suleiman al-Halabi s’est engagé à rassembler tous ses articles et discours pour les publier rapidement. Ce serait un hommage à Bassel al-Araj, un intellectuel et un combattant de la liberté, un homme passionné qui avait des principes.

Budour Youssef Hassan -

06.03.19

Source: CoupPourCoup31

 

13 mars 2019

Antisémitisme & antisionisme: une assimilation absurde dans le monde arabe

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Au Proche-Orient, c’est le sionisme et plus largement la politique israélienne qui ont fait le lit de l’antisémitisme

 

C’est un débat qui se joue en France mais qui est suivi avec attention de l’autre côté de la Méditerranée.

Emmanuel Macron a annoncé mercredi (20.02.19) vouloir intégrer l’antisionisme – dans le sens de la négation du droit d’Israël à exister – à la définition juridique de l’antisémitisme. Le président français considère que «l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme», alors que les actes antisémites en France étaient en hausse de 74% en 2018 par rapport à l’année précédente [selon un rapport qui omet d'indiquer qu'ils sont en très nette diminution comparés aux années 2014 et 2015 et très en-deçà d'innombrables actes islamophobes-ndlr].

Plusieurs voix critiques ont fait remarquer que cela pouvait conduire à des incohérences – la plus absurde étant d’être amené à considérer certains juifs antisionistes comme des antisémites – et à créer une confusion entre une idéologie politique et une identité religieuse.

Cela revient aussi à faire le jeu du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, pour qui les deux termes sont indissociables, et à donner l’impression qu’il n’est pas permis en France de critiquer la politique israélienne, même si ce n’est pas du tout le sens de l’initiative présidentielle.

Vue du monde arabe, l’assimilation entre ces deux termes apparaît pour le moins inadaptée. Si l’antisionisme peut parfois, comme en Europe, cacher des relents d’antisémitisme, c’est bien le sionisme qui apparaît comme la cause première de la montée de l’antisémitisme, et non l’inverse.

L’antisémitisme est un terme inventé au XIXè siècle pour évoquer la discrimination à l’égard des populations juives au sein des sociétés européennes. Outre l’argument un peu simpliste que les Arabes sont eux-mêmes un peuple sémite, la notion n’a pas vraiment de sens dans le contexte arabe.

Malgré un statut particulier les empêchant, à l’instar des chrétiens, d’accéder aux hautes fonctions politiques et administratives, les juifs étaient bien intégrés au sein des sociétés arabes et n’ont pas subi de persécutions comparables à ce qu’ont pu être les pogroms en Europe.

«La communauté juive a connu un moment de gloire et de puissance à l’époque ottomane, notamment lors de l’arrivée massive des juifs chassés d’Espagne», note Henry Laurens, professeur au Collège de France et titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe, interrogé par L’Orient-Le Jour.

«Avant la déclaration Balfour et tout ce qu’elle entraînera par la suite, les juifs sont une communauté parmi d’autres dans le monde arabe, qui, depuis l’ère ottomane en particulier, a été organisée sur une base communautaire», confirme à L’OLJ Gilbert Achcar, professeur à la School of Oriental and African Studies (SOAS, University of London), auteur d’un ouvrage sur 'Les Arabes et la Shoah: la guerre israélo-arabe des récits' (2013).

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Dégradation continue

La diffusion des thèses sionistes développées par l’intellectuel autrichien Theodor Herzl va peu à peu changer la donne jusqu’au tournant de la création d’Israël en 1948, véritable choc pour les populations arabes.

Au début du XXè siècle, les populations locales ne font pas nécessairement la distinction entre juifs et sionistes, le second terme n’étant pas encore véritablement assimilé.

«Les habitants de la Palestine historique avaient l’habitude de désigner les juifs comme juifs. Certains étaient sionistes, mais beaucoup ne l’étaient pas. Ils étaient pour la plupart des juifs religieux et a-sionistes ou anti-sionistes», décrit à L’OLJ Tarek Mitri, ancien ministre et directeur de l’institut d’études politiques Issam Farès de l’AUB.

«Les Arabes ont d’abord connu le sionisme de façon indirecte, en lisant la presse européenne. En Palestine, les premières réactions ne sont pas nécessairement négatives, mais les choses changent à partir de la déclaration Balfour, et le sionisme est progressivement considéré comme un danger pour les Palestiniens d’une part, et pour les Arabes du Proche-Orient d’autre part. Cela conduit à une dégradation continue de la situation des communautés juives du Proche-Orient à partir des années 1930», dit Henry Laurens.

Les relations se compliquent à mesure que l’immigration juive s’accélère en raison de la répression dont ils sont victimes en Europe.

«Dans les discours, il y avait une distinction entre les juifs et les mouvements sionistes. Dans la pratique, ce qui inquiétait particulièrement les Arabes, c’est le fait de voir une communauté parmi d’autres se doter d’un territoire, de passer de la communauté à la nation», note Henry Laurens.

Dans les années 1930 et 1940, c’est l’histoire européenne qui rencontre frontalement celle du Proche-Orient, de façon encore plus brutale après l’holocauste et jusqu’à la création de l’État hébreu. Durant cette période, le grand mufti de Jérusalem Hajj Amine al-Husseini – qui n’était toutefois pas représentatif des Palestiniens – va collaborer avec l’Allemagne hitlérienne, au départ pour contrecarrer les projets anglais d’établissement d’un foyer juif, jusqu’à approuver sa politique génocidaire contre les juifs.

Cet épisode va être largement instrumentalisé par la propagande israélienne pour démontrer un soi-disant antisémitisme arabe, au point que Benjamin Netanyahu va même aller jusqu’à présenter le mufti comme l’inspirateur de la solution finale.

Complotisme et négationnisme

La création de l’État hébreu va profondément changer les rapports entre les juifs et les autres communautés dans le monde arabe. Si, pour les sionistes, l’aboutissement du projet étatique est avant tout le fruit d’une volonté collective de plusieurs décennies, il apparaît aux yeux des Arabes comme une injustice liée à un génocide dont ils ne sont en aucun cas responsables.

Les juifs du monde arabe n’accueillent pas forcément avec enthousiasme la naissance d’Israël. «Les communautés juives du monde arabe, surtout d’Égypte et d’Irak, n’étaient pas vraiment tentées au début par la migration vers la Palestine. Mais il y a eu deux facteurs qui ont encouragé ce mouvement. D’une part, la politique israélienne qui a tout fait pour les attirer, au point que le Mossad a organisé des attentats contre des synagogues pour leur faire peur. D’autre part, il y a une méfiance arabe qui s’est installée et qui faisait que les juifs pouvaient être perçus comme une sorte de 5è colonne», explique Tarek Mitri.

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Après la proclamation de l’indépendance d’Israël par David Ben Gurion, l’antisionisme va devenir dominant dans le monde arabe. Le sionisme apparaît comme un projet colonial avalisé par les puissances occidentales visant à déposséder les Arabes de leurs terres.

La distinction devient très nette dans les discours entre juifs et sionistes. «Dans leurs discours, Nasser ou Arafat ne font pas d’amalgame entre sioniste et juif, bien au contraire. Au début de son combat, le projet politique d'Arafat était d’instaurer un débat laïc et démocratique en Palestine où juifs, chrétiens et musulmans coexisteraient», explique Tarek Mitri.

Le double sentiment d’injustice et d’humiliation que les Arabes ont vis-à-vis de l’État hébreu va toutefois être le moteur d’un antisémitisme qui va avoir un certain écho au sein des classes populaires arabes – où le terme juif est parfois utilisé comme une insulte – et va être largement relayé par les mouvements islamistes.

Cela va être particulièrement visible à travers la propagation de deux phénomènes intimement liés: le complotisme et le négationnisme. «Les théories du complot qui sont dans le discours antisémite occidental ont pu facilement trouver un public dans le monde arabe, parce que, de fait, c’est une région qui a connu de vrais complots, à commencer par les fameux accords secrets Sykes-Picot», constate Gilbert Achcar.

L’idée complotiste des protocoles des sages de Sion, qui attribuent aux juifs des plans de domination du monde, est largement répandue au sein du monde arabe. «Chez les islamistes, il y a eu un moment où on a ressuscité une vieille littérature parareligieuse qui ridiculise et avilie les juifs. Ils puisent dans les textes sacrés ce qui est de nature à susciter la méfiance ou même la haine à l’égard des juifs», note Tarek Mitri.

Le négationnisme concernant l’holocauste trouve aussi ses adeptes, même s’ils restent minoritaires. Dans un article publié en 1998 dans le Monde diplomatique, le grand intellectuel palestino-américain Edward Saïd s’indignait que «la thèse selon laquelle l’holocauste ne serait qu’une fabrication des sionistes circule ici et là. Pourquoi attendons-nous du monde entier qu’il prenne conscience de nos souffrances en tant qu’Arabes si nous ne sommes pas en mesure de prendre conscience de celles des autres, quand bien même il s’agit de nos oppresseurs?» ajoutait-il non sans une certaine verve.

«La plupart des gens qui ont un peu de culture savent que la shoah n’est pas une invention, mais un certain négationniste a pu trouver un écho favorable chez les gens étroits d’esprit, qu’ils soient ultranationalistes ou intégristes», dit Gilbert Achcar.

Ce dernier insiste toutefois sur le fait qu’il n’y a pas d’antisémitisme propre au monde arabe, mais que la diffusion des thèses antisémites dans cette région n’est pas comparable à ce qui se passe en Occident. «Toute l’équation entre le monde occidental et le monde arabe est complètement faussée par le fait que les juifs étaient opprimés pendant des siècles en Europe, tandis que dans le monde arabe, ce qu’on peut qualifier de haine envers les juifs est surtout le produit d’une histoire moderne marquée par la présence d’un État oppresseur, qui insiste lui-même à se faire appeler État juif», résume Gilbert Achcar.

Et Tarek Mitri de conclure, pour insister sur la nécessité de distinguer les deux termes dans le monde arabe: «Il y avait une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU en 1975 qui disait que le sionisme était une forme de racisme et de discrimination. Elle a été révoquée en 1991, mais elle avait suscité un grand enthousiasme dans le monde arabe».

Caroline Hayek & Anthony Samrani -

23.02.19

Source: OLJ

12 mars 2019

Gaza: des enquêteurs de l’ONU appellent à des arrestations pour "crimes de guerre"

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Les forces israéliennes ont peut-être commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en utilisant des forces militaires léthales contre des manifestants non armés à Gaza, ainsi que l’a découvert une commission d’enquête indépendante de l’ONU

 

«Les forces de sécurité ont commis de graves violations des droits humains et du droit humanitaire international» a établi mardi, Santiago Canton, le chef de la Commission. «Ces violations justifient clairement une enquête criminelle et des poursuites» a-t-il ajouté.

«Les forces israéliennes ont intentionnellement tiré sur des enfants, elles ont intentionnellement tiré sur des infirmes, elles ont intentionnellement tiré sur des journalistes, sachant que c’étaient des enfants, des handicapés et des journalistes», a dit Sara Hossein, une des trois autres enquêteurs désignés par le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies.

La commission, formée après que 60 personnes aient été tuées en une seule journée de manifestation en mai dernier, a été chargée d’identifier les responsables des violations des droits en rapport avec les manifestations de la Marche du Grand Retour le long de la frontière est de Gaza.

Israël a refusé de coopérer avec les enquêteurs de l’ONU et leur a refusé l’entrée dans le pays. Les enquêteurs ont été empêchés par l’Égypte d’accéder à Gaza par son territoire pour des raisons de sécurité, mais l’Égypte a, par ailleurs, coopéré, selon le rapport de la commission.

Les États-Unis, un des deux pays à voter contre la formation de la commission, se sont retirés de cette institution de l’ONU en signe de protestation.

Le rapport de la commission appelle Israël à lever immédiatement le blocus qu’il exerce sur Gaza – une des revendications clef de la Marche du Grand Retour – et d’enquêter sur «tout assassinat et blessure liés à une manifestation, rapidement, impartialement et en toute indépendance». 

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Faire reconnaître les responsabilités

Un fichier confidentiel contenant des dossiers sur des gens suspectés d’avoir perpétré des crimes à l’échelle internationale en lien avec la Marche du Grand Retour sera remis à la Haute-Commissaire aux droits de l’homme pour transmission à la Cour pénale internationale.

La situation en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza est sous observation préliminaire par la Cour pénale internationale depuis 2015. Son procureur en chef a publié un avertissement sans précédent à l’égard des dirigeants israéliens l’an dernier, comme quoi ils pouvaient être poursuivis pour l’assassinat de manifestants non armés à Gaza.

Reconnaissant que les Palestiniens de Gaza n’ont pas la possibilité de s’adresser aux tribunaux en Israël, le rapport d’enquête recommande que les États membres de l’ONU «considèrent l’imposition de sanctions telles que l’interdiction de voyager ou le gel d’avoirs pour ceux identifiés comme responsables par la commission».

Le rapport appelle aussi les États tiers à arrêter «des personnes supposées avoir commis ou ordonné la commission de crimes internationaux» ou de chercher à les extrader.

Tandis que les leaders israéliens ont réagi violemment au rapport de la commission, les appels des enquêteurs de l’ONU à la reconnaissance de responsabilité ont été bien accueillis par les groupes de défense des droits humains et par ceux qui font campagne: commentaires de la campagne BDS, du Centre Al Mezan, de Hal-Aq, de Gisha, d’Amnesty International et de B’tselem.

Voici le commentaire de B’Tselem:

"Nous apprécions aujourd’hui les recommandations de la Commission d’enquête @UN_HRC sur la Marche du Grand Retour, pour des sanctions envers les responsables israéliens. 

Nous réitérons l’appel aux États pour mettre en œuvre un embargo militaire sur Israël et pour l’intensification de campagnes #BDS à la base.

Une commission d’enquête sur la Marche du Grand Retour pour le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a annoncé aujourd’hui que les forces israéliennes avaient commis «des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité» en tuant délibérément et en blessant des journalistes palestiniens, des travailleurs de la santé, des enfants, des handicapés et d’autres civils non armés.

Le Comité National BDS (BNC) apprécie la recommandation de la Commission selon laquelle "les États devraient sanctionner les représentants d’Israël responsables de ces crimes contre les Palestiniens de Gaza" qui protestent contre des décennies de politique israélienne de nettoyage ethnique, de siège et de déni des droits.

En sus des sanctions individuelles, le BNC réitère son appel aux États pour la mise en œuvre d’un embargo militaire sur Israël à double sens, qui mette fin à tous les achats et ventes d’armes vers et depuis Israël, à la recherche militaire et aux partenariats militaires ou policiers.

Nous réitérons aussi l’appel à la société civile dans le monde pour qu’elle continue à se mobiliser afin que cesse l’impunité d’Israël, en intensifiant les campagnes de Boycott, Désinvestissement et Sanctions."

Près de 200 manifestants non armés ont été tués et 6100 autres blessés par des snipers de l’armée, entre le lancement des manifestations de la Marche du Grand Retour du 30 mars et le 31 décembre 2018, qui a été la période d’observation des enquêteurs de l’ONU.

3098 Palestiniens de plus ont été blessés par des balles à fragmentation, des balles enrobées de caoutchouc et touchés par des grenades lacrymogènes, selon le rapport de la commission. Quatre soldats israéliens ont été blessés au cours des manifestations. Aucun civil israélien n’a été tué ni blessé en raison des manifestations, bien que des ballons incendiaires et des cerfs-volants lancés de Gaza aient "causé de sérieux dégâts sur des biens" dans le sud d’Israël; les experts de l’ONU critiquent les autorités du Hamas de Gaza pour ne pas avoir fait cesser l’utilisation sans discernement de ces engins.

La commission a enquêté sur tous les décès des manifestations et ont minutieusement examiné les circonstances de 300 blessures par balles réelles.

Les enquêteurs ont noté un seul incident le 14 mai «qui peut être assimilé à une participation directe aux hostilités» et un autre incident le 12 octobre «qui peut avoir constitué une menace imminente pour la vie ou de blessure grave pour les forces de sécurité israéliennes».

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Usage illégal de la force

Dans tous les autres cas, la commission a trouvé que «l’utilisation de balles réelles par les forces de sécurité israéliennes contre les manifestants ne respectait pas le droit ».

Les forces israéliennes «ont tué et blessé des civils qui soit ne participaient pas directement aux hostilités, soit ne constituaient pas de menace imminente. Ces graves violations des droits humains et du droit humanitaire peuvent constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité».

Des quantités considérables d’enregistrements audio et vidéo des manifestations ont été examinées par la commission. La brève vidéo publiée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU documente le fait que des manifestants non armés, dont des enfants, ont reçu des coups de feu et ont été tués ou ont subi des blessures invalidantes.

Un rapport de 22 pages publié par la commission d’enquête – une version longue sera disponible la semaine prochaine – décrit des manifestants ciblés par des snipers alors qu’ils brandissent des drapeaux palestiniens, des ambulanciers visés alors qu’ils viennent au secours des blessés et des enfants tués en position assise ou en train de danser ou simplement dans la foule.

35 enfants ont été tués pendant les manifestations de la Marche du Grand Retour en 2018 (et 5 de plus cette année). Des enfants ont été tués alors qu’ils ne représentaient pas «de menace imminente de mort ou de blessure grave pour les soldats, et 4 d’entre eux ont été abattus alors qu’ils marchaient ou fuyaient les abords de la barrière» d’après le rapport de la commission d’enquête.

«Les forces israéliennes ont causé des invalidités permanentes à nombre des 940 enfants sur lesquels elles ont tiré pendant les manifestations», établit le rapport. 

Ahmad Ghanem, un élève de 15 ans, a été dans le coma pendant une semaine après avoir reçu des coups de feu pendant une des manifestations. Lui et son père ont pu décrire leur calvaire au Conseil des droits de l’homme de l’ONU:

Le fils: «Je m’appelle Ahmad Mohammed Hassan Ghanem, j’habite dans le camp de réfugiés de Burejj. J’ai été blessé le 1er juin 2018. J’ai 15 ans. J’ai été blessé au bras et au torse. J’ai vu des gens, certains lançaient des pierres, je me suis joint à eux et j’ai été touché. Je suis resté dans le coma pendant une semaine. Mes blessures ont porté sur le bras, le torse, les poumons et le foie. Je ne pense pas que je retrouverais un état normal».

Le père: «À 3h du matin j’ai remarqué qu’il n’était pas là, je suis sorti pour aller le chercher. La barrière est à peu près à 1500m de notre maison; le camp de la Marche du Grand Retour est à peu près à 1000m de chez nous. Je l’ai trouvé dans la zone de la manifestation, à 50m à l’est de la rue Jakar. J’allais le ramener à la maison. J’étais à 4m de lui quand j’ai entendu des coups de feu. Ahmad, il est tombé. Quelques gars l’ont amené sur un brancard qui était à côté de moi. On l’a mis sur le brancard puis dans l’ambulance et à l’hôpital. La situation était calme ce jour-là. Il était à 300-350m de la barrière. Même si quelqu’un lançait des pierres, elles ne seraient pas allées loin. Chaque fois qu’il est allé près des barbelés, je l’ai ramené. Voyez, la plupart des parents sont contre la présence de leurs enfants à la barrière. Mais la Marche du Grand Retour est un cri de notre souffrance. C’est comme un cri de douleur de l’intérieur du blocus».

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Personnel médical et journalistes tués

De même que les snipers israéliens ont visé des enfants en sachant que c’était des enfants, le personnel médical et les journalistes qui étaient identifiés comme tels ont été visés et tués intentionnellement, selon la commission d’enquête.

Son rapport déclare que le territoire palestinien occupé, soit Gaza et la Cisjordanie, «est l’un des lieux les plus dangereux du monde pour les professionnels de la santé». Trois professionnels de la santé ont été tués en service pendant les manifestations de la Marche du Grand Retour.

Les soldats ont tiré sur quatre journalistes dans l’abdomen, «juste en dessous de leurs gilets marqués ‘Presse’», deux en sont morts.

Des personnes avec des handicaps visibles ont également été intentionnellement visées, dont Fadi Abu Salmi, qui avait été amputé des deux jambes à la suite d’une frappe israélienne pendant la décennie passée. Deux manifestants sourds ont également été visés à la tête et tués.

Des femmes et des hommes ont été visés au bas-ventre et à l’entre-jambe. Des victimes ont déclaré à la Commission «qu’ils avaient maintenant peu de chances de pouvoir avoir des enfants».

Les manifestants ont subi des blessures horribles. Un médecin international a décrit aux enquêteurs de l’ONU «de grandes plaies ouvertes sur les jambes, avec la peau et les muscles ‘explosés’, des os réduits en morceaux, et des atteintes aux vaisseaux sanguins provoquant des dommages vasculaires menaçant le membre tout entier».

Le nombre stupéfiant de victimes prive des familles entières de moyens de subsistance et le fardeau retombe sur les femmes, ajoutant encore à la pression que subissent les Palestiniens à Gaza, où le chômage est le plus élevé au monde.

Les milliers de blessés ont aussi un «impact sur le système de santé pour tous les Gazaouïs», selon le rapport, les hôpitaux devant leur affecter des ressources destinées aux soins médicaux ordinaires. «Environ 8000 opérations programmées ont été annulées ou reportées, créant un retard qu’il va falloir des années pour rattraper», déclare le rapport.

En même temps, Israël a refusé des permis de sortie à des Palestiniens blessés qui nécessitaient des traitements qui ne sont pas disponibles à Gaza.

COGAT, le bras bureaucratique de l’occupation militaire israélienne, a refusé un permis de voyage à la famille de Zakaria Bishbish, 14 ans, blessé par balle pendant la manifestation du 30 mai, sans donner de raison. Le garçon est mort de ses blessures le 18 juin.

Khalil al-Faki, 19 ans, décrit la peine qu’il a eu à recevoir les soins médicaux nécessaires – il a été obligé de voyager seul à l’étranger avec une blessure grave – et il devra porter une prothèse à la jambe pour le restant de ses jours, après avoir reçu une balle d’un sniper israélien: «Je suis le blessé Khalil Yasser Khalil Al-Faki. Je viens du camp de réfugiés de Nuseirat. Je suis né en 1999. J’ai été blessé à l’est de Bureij. J’étais là-bas avec deux autres garçons. Nous avons apporté des tonneaux bleus aux manifestants pour qu’ils s’en servent comme boucliers. Nous avons mis le feu à deux pneus. Je remplissais les tonneaux de sable pour qu’ils résistent aux balles. Je m’étais agenouillé pour remplir les tonneaux, et tout à coup j’ai eu un choc en réalisant que j’étais blessé à la jambe, je n’avais pas entendu de coup de feu. Ma jambe était ouverte depuis le milieu et elle saignait. Le gars qui était avec moi m’a aidé. Il m’a tiré sur le sol. On est allés vers les médecins. La blessure était grave. Ils n’arrivaient pas à la traiter et ma jambe est devenue noire.

La troisième fois que j’ai demandé à passer par l’Égypte, ils m’ont accepté – mais ils ont refusé qu’on m’accompagne. Je voyageais avec une poche de sang fixée sur la poitrine et une glacière contenant des poches de mon sang. J’ai dû continuer mon voyage tout seul. Je suis allé en Turquie. J’étais l’un des plus gravement blessés parmi ceux qui sont allés se faire soigner en Turquie.

Je dois subir encore une opération pour les nerfs. Le chirurgien en a discuté avec un professeur. Le médecin a dit que l’opération pourrait causer une paralysie partielle. Je n’ai plus de nerf entre là et là, il a été sectionné. Le médecin ne voulait pas prendre le risque d’endommager plus gravement les nerfs. Alors, je vais devoir vivre avec cette prothèse à la jambe pour le restant de mes jours. Quoi qu’il en soit, Grâce à Dieu».

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Analyse juridique israélienne réfutée

La Commission d’enquête a réfuté les tentatives de justification de son utilisation d’armes léthales contre les manifestants.

Israël continue à arguer que les manifestations de Gaza et sa répression «font partie du conflit armé entre l’organisation terroriste Hamas et Israël».

Mais les enquêteurs de l’ONU font écho à ce que les groupes de défense des droits humains palestiniens avaient déclaré précédemment: que les manifestations le long de la frontière de Gaza avec Israël relèvent du droit civil régi par le droit international des droits de l’homme.

La commission d’enquête affirme la nature civile des manifestations et «leurs buts politiques clairement déclarés».

La Marche du Grand Retour est née de l’appel du poète et journaliste Ahmed Abu Artema en janvier 2018 à une marche non-violente sur la frontière entre Gaza et Israël pour attirer l’attention internationale sur le droit des réfugiés palestiniens à retourner sur les terres dont leurs familles ont été expulsées en 1948.

Les 3/4 de la population de Gaza, qui compte deux millions d’habitants, sont des réfugiés enregistrés. Les résolutions 194 et 3236 de l’Assemblée générale de l’ONU affirment le droit des réfugiés palestiniens au retour mais Israël continue de les en empêcher au prétexte que «cela menacerait l’existence d’Israël en tant qu’État juif».

Abu Artema a dit que son appel à une mobilisation de masse dans le Gaza assiégé et appauvri «était comme planter une graine prête à germer dans un sol fertile». Sous occupation militaire depuis 1967 et sous blocus aérien, terrestre et maritime depuis 2007, les jeunes de Gaza «n’ont aucun espoir en l’avenir», selon Abu Artema. «Quelque chose devait être fait, nous ne pouvions plus attendre». Il décrit le 14 mai – jour pendant lequel des dizaines de manifestants ont été tués, raison pour laquelle les appels à une enquête de l’ONU ont été lancés – comme «un jour sanglant».

Un journaliste international qui a couvert les manifestations ce jour-là a décrit aux enquêteurs de l’ONU «les tirs lents, méthodiques. Toutes les quelques minutes, vous entendiez un coup de feu et vous voyiez quelqu’un tomber. Puis un autre coup et une autre personne tombait. Cela a duré pendant des heures».

Le journaliste a ajouté: «Je ne pourrais pas dire combien de personnes j’ai vu se faire tirer dessus parce qu’il y en avait trop. J’ai couvert les guerres de Syrie, du Yémen, de la Lybie. Je n’ai jamais rien vu de tel. Les tirs lents et méthodiques. C’était juste choquant».

Maureen Clare Murphy -

28.02.19

Source: Agence Medias Palestine