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Après une semaine de trêve, les zones de Khan Younès et de Rafah ont été bombardées. Au moins 200 Palestiniens ont été tués depuis la reprise des combats, selon le ministère de la santé local (chiffres montés à 700 depuis la rédaction de cet article-ndlr)

 

Quelques secondes après 07h vendredi 1er décembre, les explosions ont à nouveau déchiré le ciel bleu de Gaza. La fragile trêve négociée de haute lutte entre Israël et le Hamas a pris fin au bout d’une semaine, les deux parties se rejetant la responsabilité de sa rupture.

L’armée israélienne a assuré samedi mener des bombardements «à travers l’ensemble de la bande de Gaza». Les Gazaouis, déjà largement épuisés par les quarante-huit jours de la première phase de l’offensive, survivent dans des conditions chaotiques. Deux tiers des quelque 2,3 millions d’habitants de l’enclave ont déjà été déplacés – la plupart ont vu leur maison bombardée, n’emportant que de rares affaires avec eux.

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«Je n’ai aucune idée de ce que nous allons faire, confiait sur Instagram la journaliste Youmna El Sayed vendredi en fin d’après-midi. Mais la peine que nous ressentons depuis quelques heures est immense.» Depuis l’attaque du Hamas en Israël le 7 octobre, plus de 16.000 Palestiniens ont été tués, dont au moins 700 lors (ces 2 chiffres ont été actualisés-ndlr) de ces 24 dernières heures, selon le ministère de la santé local.

Le Comité pour la protection des journalistes a recensé la mort de trois nouveaux confrères, le 1er décembre à Gaza, ce qui porte à 61 le nombre de professionnels des médias tués depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre (54 Palestiniens, 4 Israéliens et 3 Libanais).

Bombardements et combats ont fait rage dans le Nord de l’enclave, sur lequel s’était concentrée l’offensive israélienne jusqu’alors, dans le quartier de Cheikh Redouane de la ville de Gaza ou sur le camp de réfugiés de Jabaliya. L’armée israélienne a cette fois aussi pilonné le Sud, faisant plus d’une quarantaine de victimes à Rafah selon le ministère de la santé local. Elle a également tracé une ceinture de feu à l’Est de Khan Younès où des affrontements avec les combattants palestiniens ont eu lieu dans la nuit.

«Il y a des explosions partout»

Quelques heures plus tôt, les habitants avaient reçu l’ordre d’évacuer cette zone et de se diriger vers Rafah, à l’extrémité Sud de la bande côtière. Une consigne qui a plongé dans la confusion Murad Abed, jeune médecin et référent de l’ONG Médecins du Monde pour les questions de santé mentale à Gaza. Avant de lancer son offensive, en novembre, l’armée israélienne avait contraint les habitants du Nord de l’enclave à partir vers le Sud, ce qui avait déclenché un immense mouvement de population, de près d’un million de personnes. Faudrait-il que ces déplacés s’entassent tous à Rafah, le cul-de-sac de Gaza, lui-même bombardé? "Il y a des explosions partout", constate le médecin, contacté par WhatsApp, qui vit à Khan Younès et travaille à Deir Al-Balah, une localité voisine.

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Selon Murad, les appels de l’armée n’ont pas suscité, pour l’instant, de nouvel exode. "Les Centres d’accueil pour les déplacés [les écoles et les hôpitaux] sont surpeuplés. Il n’y a plus de place et les gens le savent. De plus, la route qui mène de Khan Younès à Rafah est jonchée de débris", observe le médecin. Lors de la première phase de son offensive, l’armée israélienne a mené des bombardements indiscriminés, qui ont tué plus de 6.000 mineurs palestiniens, selon les chiffres du ministère de la santé local.

Confrontée aux images de ce carnage, l’administration américaine a demandé à son allié israélien, en échange de son appui diplomatique, de procéder avec davantage de précaution. "J’ai clairement indiqué qu’après la pause, il était impératif qu’Israël mette en place des protections claires pour les civils et pérennise l’assistance humanitaire. Comme nous l’avons vu aujourd’hui même, Israël a déjà pris des mesures à cet égard, notamment en diffusant des informations", s’est félicité vendredi Antony Blinken, le secrétaire d’Etat américain, en visite dans la région pour la troisième fois depuis le 7 octobre.

Sur le nouvel ordre d’évacuation largué par l’armée israélienne depuis le ciel sous forme de prospectus vendredi matin figure un QR code. Ce dernier ouvre l’accès à une carte découpant Gaza en plusieurs centaines de petits cantons. A chacun d’eux, un numéro a été assigné et l’armée israélienne a appelé «les résidents à localiser la zone pertinente pour eux et à agir si on leur demande de l’évacuer». Sans plus de précisions et de garanties…

"On ne comprend rien à ces cartes!", s’agace Samir Zaqut, directeur de l’ONG palestinienne de défense des droits humains Al-Mezan, originaire de la ville de Gaza, mais qui s’est réfugié à Rafah depuis le début de la guerre.

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«Ils créent une catastrophe humanitaire»

Dans la bande de sable assiégée, l’électricité est coupée et la plupart des gens n’ont pas Internet pour lire le QR code. "Cela ne fait juste qu’accroître la peur des gens, poursuit Samir Zaqut. Ils ne savent plus où aller. Depuis ce matin, on vit notre pire journée à Rafah. Ils ont menacé Khan Younès, exigeant d’évacuer vers Rafah, et pourtant c’est là que les frappes sont les plus intenses et les plus violentes. L’expérience nous montre qu’il n’y a aucun lieu sûr: tout cela n’est qu’inepties."

Sa voix fatiguée marque une pause dans les messages vocaux qu’il parvient à envoyer à la faveur d’un quart d’heure de connexion Internet. "La trêve n’a pas changé grand-chose", constate-t-il. Israël, selon lui, continue de bombarder de manière aveugle, causant des dégâts gigantesques et tuant, "en grande majorité, des civils. Aujourd’hui, ils ont visé la maison à côté de celle d’un collègue: ses deux enfants se sont retrouvés sous les décombres et sa femme a été blessée, sans raison. Ils tuent pour tuer", ajoute-t-il. "Je crois que c’est une manière de contraindre les gens à faire pression sur le Hamas, à défaut de remplir de vrais objectifs militaires. Ils créent une catastrophe humanitaire de toutes pièces."

Eau et nourriture manquent. Vendredi, les Israéliens ont mis leur veto au passage du moindre convoi humanitaire par le terminal de Rafah, la seule porte d’accès à Gaza. Les Américains prévoient que l’aide soit à nouveau autorisée, mais en quantité très réduite. Les organisations internationales alertaient pourtant déjà, pendant la trêve, sur l’insuffisance de cette assistance. Les étals des supermarchés sont vides, et l’aide ne parvient pas à tous les habitants.

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«Une guerre contre les enfants»

"Même pendant le cessez-le-feu, il y avait une grave pénurie de fournitures médicales", s’inquiète Sarah Davies, responsable des relations publiques au sein du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). "Un de nos chirurgiens vient de me dire qu’ils ont dû amputer la moitié de la jambe d’une fillette de 4 ans, car sa blessure ne pouvait pas être traitée. Il y a des patients hospitalisés pendant plusieurs jours, avec des brûlures et des blessures graves qui ne peuvent être soignées faute de ressources humaines suffisantes, de matériel disponible, de médicaments."

Sur les 35 hôpitaux de la bande de Gaza, seule une quinzaine fonctionne encore, de manière partielle. En visite dans l’un d’eux, un des représentants de l’Organisation mondiale de la santé, Rob Holden, a décrit une situation "digne d’un film d’horreur. Quand vous entrez là-bas, vous trouvez des patients étendus au sol avec les blessures les plus graves que vous pouvez imaginer". Des corps sont alignés sur un parking, dehors, et le sol est juste recouvert de sang", en attendant que les proches viennent les identifier, ajoute-t-il, dans un compte rendu publié par les Nations-unies.

Son collègue de l’Unicef, James Elder, lançait ainsi quelques heures après la fin de la trêve un cri d’alarme dans une vidéo tournée dans un autre hôpital, dans le Sud: "Nous ne pouvons pas voir plus d’enfants avec des blessures de guerre, des brûlures, des éclats d’obus recouvrant leur corps, des os brisés. L’inaction de ceux qui ont de l’influence permet que des enfants soient tués. Ceci est une guerre contre les enfants".

Clothilde Mraffko & Ghazal Golshiri -

02.12.23

Source: Aurdip