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Des universitaires juifs ripostent aux tentatives de l’administration Trump de faire taire la critique d’Israël sur les campus

 

Plus de 100 universitaires juifs ont signé une lettre ouverte adressée au Département Américain de l’Éducation en réponse à sa demande que le Consortium d’études du Moyen-Orient de l’Université Duke de Caroline du Nord modifie son programme, sous peine de voir ses financements supprimés.

La lettre ouverte à la Secrétaire de l’Éducation Betsy DeVos, parmi les signataires de laquelle on compte des intellectuels connus tels que Judith Butler, Noam Chomsky, et l’artiste Molly Crabapple, condamne l’enquête récente du Département de l’Éducation menée dans le consortium et l’ultimatum auquel elle a donné lieu, comme «une campagne sans fondement et anti démocratique d’intimidation». 

La lettre accuse le Département de l’Éducation «d’exploiter la peur de l’antisémitisme» et «d’utiliser les juifs et notre inquiétude quant à l’antisémitisme, pour essayer de justifier une politique répressive».

La lettre dénonce aussi «l’islamophobie choquante présente» de la lettre du Département de l’Éducation dans sa présentation de ce que l’enquête a révélé.

Mme. DeVos a ordonné une enquête dans le consortium de l’Université Duke suite à une plainte selon laquelle une conférence accueillie en mars dernier sur la politique dans la bande de Gaza – où sont intervenus plusieurs experts américains, israéliens et palestiniens très respectés – a fait montre «de graves biais anti-israéliens et d’une rhétorique antisémite».

Le Département de l’Éducation a, sous D.Trump, adopté une posture agressive vis-à-vis de la critique d’Israël, plus particulièrement vis-à-vis du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) – un changement peut-être le mieux incarné par la nomination du chef du département des droits civiques, Ken Marcus.

Opérateur professionnel pro-Israël de longue date, K.Marcus a poussé le gouvernement à définir le mouvement BDS comme antisémite et à désigner le militantisme anti-occupation et de solidarité avec la Palestine comme des violations des droits civiques des étudiants juifs.

Mais alors que la plainte initiale concernant un biais anti-Israël et de l’antisémitisme fut ostensiblement le catalyseur de l’enquête du Département de l’Éducation, le texte faisant part de ses observations n’a fait mention ni d’antisémitisme ni d’Israël.

En revanche, le Département de l’Education a prétendu que le consortium de Duke ne répondait pas aux critères requis pour obtenir des financements fédéraux, en se centrant trop sur des cours en études culturelles et sur des thèmes comme «l’amour et le désir dans l’Iran moderne» et pas assez sur «le développement de la sécurité et de la stabilité des États-Unis».

Ainsi, ce qui a commencé avec le prétexte d’enquêter sur la base d’une accusation déjà fallacieuse d’antisémitisme finit par une intervention fédérale rare dans le programme des cours d’une institution universitaire.

«Voilà que le Département de l’Éducation s’attaque à une conférence traitant de Gaza pour avoir un effet dissuasif sur la liberté de parole sur les campus» a dit Lara Friedman, présidente de la Fondation pour la Paix au Moyen-Orient et qui était une des intervenantes de la conférence sur Gaza en mars dernier.

L’action du Département de l’Éducation, a-t-elle dit dans une interview, a effectivement été une attaque en règle au niveau national contre les programmes d’études sur le Moyen Orient qui acceptent des fonds fédéraux.

«L’attaque conte la conférence sur Gaza était bidon dès le départ» a ajouté Lara Friedman. «Quiconque s’est réellement penché sur ce qu’il s’est passé lors de la conférence dirait "ce n’est pas de l’antisémitisme". Et il semble que le Département de l’Éducation ait été incapable – à supposer qu’il fût motivé pour essayer de trouver de l’antisémitisme – d’en trouver».

Charlotte Rosen, une doctorante de l’Université Northwestern qui a participé à la rédaction de la lettre ouverte des universitaires juifs, a qualifié l’enquête du Département de l’Éducation «d’usage cynique» du traumatisme juif historique et une tentative de contrôler ce qui se disait sur la politique israélienne, et de faire taire des voix déjà marginalisées.

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La lettre des universitaires juifs, dit-elle, était destinée à signaler à l’administration Trump «un rejet venant de la communauté même pour laquelle il prétend agir et parler en son nom».

Ch.Rosen a jouté que l’objectif suivant serait de continuer à se faire entendre, et que la critique d’Israël et de la politique israélienne n’est pas antisémite.

L’enquête du Département de l’Éducation sur le consortium de Duke fait partie de l’offensive anti-BDS en cours de la part des pro-Israël.

Avec l’aide de l’administration Trump, cette offensive intègre les efforts du Secrétaire adjoint Marcus pour changer la définition de l’antisémitisme du gouvernement, les tentatives d’étouffer sur les campus la critique d’Israël et le militantisme solidaire des Palestiniens, et des projets de lois anti boycott – que l’ACLU considère anticonstitutionnels –adoptés dans au moins 27 États.

Des organisations de la bourgeoisie juive américaine, depuis la Ligue anti-diffamation jusqu’au Comité juif américain, ont fortement appuyé ces mesures.

«Nous sommes préparés, apparemment, en tant que groupe, à l’étouffement de la liberté de parole sur les campus, dans l’espace public, si c’est ce qui est exigé pour qu’exception soit faite sur Israël», a dit Friedman à propos de la position des organisations communautaires juives à l’égard de l’enquête du Département de l’Éducation et de l’éruption de projets de lois anti-boycott.

«Le fait que cela se produise dans un moment de croissance de l’intolérance anti-progressiste, de montée d’un antisémitisme mortel et que notre communauté participe activement et contribue à la fermeture de l’espace pour une parole libre, pour la contestation politique, est inadmissible».

Joshua Leifer -

13.10.19

Source: Agence Medias Palestine