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Israël justifie sa répression des Palestiniens en brouillant la différence entre combattants et civils. Ce qui lui permet de dénoncer toute résistance à son égard comme du «terrorisme»

 

Début du mois, le mitraillage d’un bus de soldats dans la vallée du Jourdain, en Cisjordanie occupée, a provoqué comme d’habitude l’irruption des journalistes militaires israéliens et des spécialistes des questions sécuritaires vers les studios d’information. Bien entendu, tout le monde a utilisé le même vocabulaire pour décrire ce qui s’est passé: les tireurs palestiniens ont été définis dans tous les rapports comme des «terroristes», tandis que l’événement lui-même était qualifié d’«attaque terroriste».

Et pourtant, aucun des reportages que j’ai vus sur les différentes chaînes ne mentionnait un fait fondamental: ces tirs se sont déroulés en territoire occupé. Les médias israéliens évitent de faire la distinction pourtant fondamentale entre une action dirigée contre des soldats et une action dirigée contre des civils; tout comme le régime qu’il sert, aux yeux de la grande majorité des médias israéliens, il n’y a pas de lutte palestinienne qui ne soit intrinsèquement définie comme du terrorisme, qu’elle soit armée ou non.

Par conséquent, tout manifestant palestinien est un «émeutier» ou un «terroriste», et toute résistance armée aux invasions israéliennes dans les villes de Cisjordanie, une quasi-routine nocturne, est du «terrorisme».

Pendant tout ce temps, Israël élargit régulièrement et de manière alarmante l’applicabilité du concept de terrorisme à la population palestinienne. Au cours de la dernière décennie, nous avons entendu des responsables israéliens accuser les Palestiniens d’absurdités telles que le «terrorisme immobilier» et le «terrorisme diplomatique», alors que l’année dernière, le ministre de la Défense Benny Gantz n’a pas hésité à déclarer que plusieurs des plus importantes organisations de la société civile palestinienne étaient des «organisations terroristes».

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Ce comportement des médias n’est pas seulement non professionnel; c’est une manipulation dangereuse de l’opinion publique, qui n’arrive plus alors à faire la distinction entre terrorisme et opposition légitime. Et pourtant, paradoxalement, c’est précisément ce public - c’est-à-dire la population civile - qui a le plus grand intérêt à préserver cette distinction, reconnue et ancrée dans le droit international de la guerre.

Dès qu’une personne revêt un uniforme militaire, elle reçoit les protections et les droits stipulés par les lois de la guerre, comme celui d’utiliser la violence – bien sûr, dans les limites de ces lois. Mais elle renonce également à certaines protections, comme devenir une «cible légitime» dans un conflit armé. Ce faisant, le droit international cherche à marquer clairement les limites de la violence: les combattants combattent des combattants, les civils ne doivent pas être mêlés au conflit.

Mais une partie du problème est qu’Israël ne reconnaît aucun Palestinien comme combattant. Cette catégorie n’existe tout simplement pas dans l’état d’esprit juridique et politique israélien – même lorsqu’ils sont clairement identifiés comme tels, que ce soit en tant que membre d’un groupe armé, en portant des armes ou, dans certains cas, en portant des treillis militaires.

En ce qui concerne la lutte palestinienne, Israël choisit d’«avoir le beurre et l’argent du beurre»: tuer des Palestiniens en tant que combattants tout en les emprisonnant en tant que civils et non en tant que prisonniers de guerre, comme l’exige le droit international. Piétiner le droit international peut servir les objectifs violents et belliqueux du régime israélien, mais au-delà de son illégalité et de son immoralité, cela va à l’encontre des intérêts du public israélien lui-même.

De plus, même si cela n’est pas du goût des commentateurs militaires, le droit international reconnaît le droit d’un peuple à lutter pour sa liberté, et pour «se libérer du contrôle colonial, de l’apartheid et de l’occupation étrangère par tous les moyens à sa disposition, y compris la lutte armée», comme l’ont affirmé, par exemple, la Commission des droits de l’homme des Nations-Unies en 1982 et l’Assemblée générale des Nations-Unies en 1990.

La façon dont la violence et la force sont utilisées doit être conforme aux lois de la guerre, dont le but principal est de protéger les civils non impliqués des deux côtés. Selon ces normes juridiques, le mitraillage dans la vallée du Jourdain était un acte de résistance armée contre une puissance occupante, sur un territoire occupé.

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Malgré les tactiques d’écran de fumée d’Israël, aidées par des médias dociles qui se contenteront de régurgiter tout ce que le régime dit sur les Palestiniens, les faits doivent être énoncés clairement: tant que l’occupation, qui fait partie intégrante du régime d’apartheid d’Israël entre le fleuve et le mer continue, la lutte palestinienne contre elle se poursuivra également, y compris par le recours aux armes. Et le droit de mener cette lutte est ancré dans le droit international.

Le public israélien a tout intérêt à ce que cette lutte soit limitée aux combattants, plutôt que d’entraîner des civils non impliqués – Israéliens et Palestiniens – dans une confrontation armée. Le droit international, qu’Israël ignore de manière flagrante, a été créé dans ce but précis.

Et si Israël ne fait pas de distinction entre une action contre les soldats de l’occupation en terre occupée et une action dirigée contre des civils non-impliqués au cœur de Tel-Aviv, pourquoi les Palestiniens devraient-ils le faire?

Orly Noy -

20.09.22

Source: bdsfmontpellier.org