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L’Autorité palestinienne s’attaque violemment à l’opposition

 

Ces derniers mois, l’Autorité palestinienne a violemment réprimé les célébrations d’accueil des prisonniers libérés et les cortèges funéraires des Palestiniens assassinés par Israël. L’Autorité palestinienne (AP) a intensifié sa répression des opposants politiques en Cisjordanie occupée par Israël, selon des analystes.

Depuis novembre, l’Autorité palestinienne, dirigée par le parti Fatah du président palestinien Mahmud Abbas, s’en prend aux fêtes organisées pour souhaiter la bienvenue à des prisonniers palestiniens libérés, affiliés à d’autres partis politiques et notamment aux groupes de résistance basés à Gaza, le Hamas et le Jihad islamique palestinien (JIP).

Pire encore, les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne s’en sont prises aux cortèges funéraires des Palestiniens tués par Israël – que les Palestiniens sacralisent sous le nom de “martyrs” – pour étouffer les manifestations publiques de soutien aux partis rivaux.

À plusieurs reprises, les forces de sécurité de l’AP ont fait preuve de violence, notamment en tirant des gaz lacrymogènes sur la foule, en procédant à des arrestations préventives de participants aux événements, en confisquant les drapeaux du Hamas, du PIJ (Jihad islamique) et des partisans du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), et en tirant en l’air à balles réelles.

Le mois dernier, le véhicule d’un jeune Palestinien de 24 ans, Amir al-Leddawi, s’est retourné et il est mort des suites de ses blessures. Selon sa famille, cela s’est produit parce qu’un véhicule des forces de sécurité de l’AP l’a pris en chasse, alors qu’il revenait d’une procession organisée pour célébrer la libération du dirigeant du Hamas Shaker Amara, 61 ans, à Jéricho.

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Des responsables de l’Autorité palestinienne ont déclaré que la mort du jeune homme faisait l’objet d’une enquête.

Yusif al-Zumur, chef du Comité d’enquête qui a été créé au camp de réfugiés d’Aqabat Jabr à Jéricho – où réside la famille d’al-Leddawi – a dit à Al Jazeera que l’enquête serait terminée d’ici le 30 janvier, et que les résultats seraient annoncés publiquement.

Fin novembre, lors des funérailles d’Amjad Abu Sultan, 14 ans, abattu par les forces israéliennes dans le village de Beit Jala, à l’ouest de Bethléem, des forces de sécurité en civil ont fait irruption dans le cortège et ont saisi et brisé les drapeaux du Hamas, du PIJ et du FPLP que portaient les personnes en deuil.

Le FPLP a réagi dans un communiqué en déclarant que l’AP et ses services de sécurité devaient “assumer leurs responsabilités et mettre fin à leurs campagnes de répression irresponsables, aux menaces et à l’incitation systématique contre les autres partis politiques, les opposants et les militants”.

De son côté, le Hamas a déclaré que “cela revient à soutenir l’occupation [israélienne] ainsi que sa persécution de la Résistance en Cisjordanie.”

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Dégringolade de la popularité de l’AP

Le nombre de raids sur les cortèges de bienvenue aux prisonniers libérés a augmenté notablement quelques jours après les funérailles de Wasfi Qabha, un dirigeant du Hamas et ancien ministre, dans la ville de Jénine, au nord de la Cisjordanie occupée, à la mi-novembre.

Des dizaines d’hommes armés avaient participé publiquement à ses funérailles, en brandissant des bannières du Hamas – et, dans une moindre mesure, du PIJ.

L’analyste politique Hani al-Masry estime que cette tendance, apparemment nouvelle, à réprimer les cortèges funéraires et les fêtes de libérations de prisonniers s’explique par le déclin de la popularité de l’AP, lui-même dû à l’échec de son projet de création d’un État pour les 4,5 millions de Palestiniens vivant dans les territoires occupés en 1967, à savoir Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la bande de Gaza.

“L’AP craint le développement d’autres factions, ainsi que le déclin de sa position et son effondrement [potentiel]”, a déclaré à Al Jazeera M. al-Masry, directeur de Masarat, le centre palestinien de recherche politique et d’études stratégiques de Ramallah.

Soulignant la montée en flèche de la popularité du Hamas et du PIJ en Cisjordanie occupée depuis mai, al-Masri a déclaré que les deux mouvements armés “prêchent la résistance alors que l’AP prêche les négociations et la résistance pacifique, comme nous l’avons vu dans les promesses du président Abbas au ministre israélien de la défense Benny Gantz”.

“Par conséquent, l’influence du Hamas, du PIJ et du FPLP met en danger la survie de l’AP”, a-t-il poursuivi.

Le soutien populaire au Hamas a considérablement augmenté pendant les 11 jours de bombardements  israéliens sur la bande de Gaza assiégée, après les tentatives d’Israël de déplacer de force les Palestiniens dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est occupée, et les affrontements généralisés avec les forces israéliennes qui ont suivi dans toute la Palestine historique.

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Lors des manifestations populaires, l’un des chants les plus répandus saluait Mohammad al-Deif – le commandant de l’aile militaire du Hamas, les Brigades al-Qassam.

Un sondage, réalisé le 14 décembre par le Centre palestinien pour la politique et la recherche Enquête, a montré que si le président Abbas devait affronter le chef de l’aile politique du chef du bureau politique du Hamas, Ismail Haniyeh, ce dernier l’emporterait par 58%, contre 35% pour le premier.

Le sondage indique également que 71% des Palestiniens désapprouvaient l’action politique d’Abbas. Selon le sondage, si le Hamas devait concourir aux élections législatives, il obtiendrait 38% des voix, contre 35% pour le Fatah.

Les tensions en Cisjordanie se sont également traduites par l’arrestation de militants palestiniens. Lawyers for Justice, un cabinet juridique qui représente les détenus politiques, a recensé 112 arrestations en novembre et décembre, sur un total de 340 en 2021. Le directeur du groupe, Muhannad Karajah, a déclaré: “Ces deux derniers mois, le rythme des arrestations s’est accéléré. Nous avons documenté des cas de détention, de convocation et d’interrogatoire pour la simple raison d’avoir participé aux funérailles de Wasfi Qabha ou à des célébrations de prisonniers libérés”, a-t-il déclaré à Al Jazeera.

“Dans un cas à Qalqiliya, les services de sécurité ont convoqué 20 personnes pour les mettre en garde contre la participation aux célébrations de la libération des prisonniers. Des étudiants des universités de Birzeit et d’An-Najah ont été arrêtés pour avoir organisé des célébrations en l’honneur du lancement du mouvement Hamas”, a-t-il poursuivi.

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Des questions sensibles

Khader Adnan, le leader du PIJ, a participé à plusieurs fêtes de libération de prisonniers au cours desquelles l’AP a tenté d’empêcher le déploiement de bannières du Hamas et du PIJ.

“J’étais dans la ville de Tammun à Tubas lorsque les forces de sécurité ont attaqué le cortège motorisé du prisonnier libéré Azmi Bani Uda. Elles ont coupé la route au cortège et poursuivi ceux qui portaient des bannières du Jihad islamique”, a déclaré Adnan à Al Jazeera.

Dans un autre incident dont il a été témoin à Tulkarem, les forces de sécurité ont stoppé le cortège motorisé de Muhammad al-Arif, un membre du Hamas libéré de prison. Et des forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes sur la foule lorsqu’elle est entrée dans le hall d’accueil et a déployé quelques bannières du Hamas.

Adnan a déclaré qu’aucun groupe armé n’était présent lors des deux événements, et qu’il n’y a eu aucune escarmouche ou altercation verbale avec les forces de sécurité. Il pense que la répression ne se limite pas au Hamas, principal rival de l’AP en Cisjordanie occupée.

Le Hamas, mouvement politique armé, dirige de facto la bande de Gaza assiégée depuis 2007, après avoir battu le Fatah aux élections législatives. Le Fatah a été chassé de la bande de Gaza après avoir tenté un coup d’État qui a donné lieu à plusieurs semaines de violents combats.

Depuis, les deux partis dirigent respectivement la bande de Gaza et la Cisjordanie occupées, et leur division gangrène la politique palestinienne. “Lors des funérailles du martyr Amjad Abu Sultan à Bethléem, les bannières du FPLP, du Hamas et du Jihad islamique ont été confisquées, ce qui suggère que l’AP ne veut pas des factions de la résistance en Cisjordanie”, a déclaré Adnan.

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“Cela fait des années que l’on nous empêche de participer aux activités nationales dans les universités”, a-t-il poursuivi, et il a souligné que “les membres du Jihad islamique et du Hamas ne sont pas autorisés à travailler dans les institutions gouvernementales, une mesure punitive justifiée par la sécurité.”

Khaled al-Hajj, un dirigeant du Hamas à Jénine qui a été témoin de plusieurs opérations de répression similaires par les forces de sécurité, est d’accord. Il note que la question des prisonniers est “un sujet sensible pour le peuple palestinien, qui a l’habitude d’honorer et de célébrer” leur libération.

“Le public a été surpris par ce coup de force contre les traditions palestiniennes; leurs cortèges ont été attaqués et aspergés de gaz lacrymogène. Ces interventions dangereuses doivent cesser, sinon il y aura des réactions intempestives“, a-t-il déclaré à Al Jazeera.

“Les services de sécurité sont inquiets, d’autant plus qu’un chant s’est récemment répandu en Cisjordanie saluant Mohammad al-Deif comme un héros”, a ajouté al-Hajj. 

Violation de la liberté d’expression

Le 13 décembre, les forces de sécurité ont fait une descente dans le cortège funéraire d’un Palestinien, Jamil Kayyal, qui avait été abattu lors d’une confrontation armée avec les forces israéliennes à Naplus. Bien que Kayyal soit affilié au Fatah, les agents de l’AP ont lancé des gaz lacrymogènes sur les personnes en deuil après que des hommes armés ont tiré des coups de feu en l’air lors des funérailles.

Pour justifier l’intervention, Talal Dwaikat, porte-parole des services de sécurité palestiniens, a déclaré à l’agence de presse officielle palestinienne: “Il est inacceptable que des hommes armés tirent des coups de feu mettant en danger la vie des personnes présentes dans le cortège, y compris des membres des forces de sécurité”.

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Selon l’analyste politique Nihad Abu Ghosh, la violence de l’AP n’atteint pas seulement les factions de l’opposition palestinienne, comme en témoigne la réponse de l’AP aux manifestations de masse contre le meurtre du militant palestinien Nizar Banat lors de son arrestation par les forces de sécurité en juin 2021.

Pour lui, c’est “un signe de faiblesse” qui montre que l’AP craint pour sa survie. L’AP fait cela “pour empêcher ces protestations ou ces mouvements de se développer car ils pourraient se transformer en phénomènes de protestation plus larges et réussir à renverser l’AP”, a déclaré Abu Ghosh.

“Les réactions de l’AP relèvent de la panique, et cela montre qu’elle traverse une véritable crise”, a-t-il poursuivi, soulignant les profondes difficultés financières de l’AP et son incapacité à protéger les Palestiniens.

L’Autorité palestinienne a été créée en 1994 en tant qu’organe directeur provisoire, pour une durée de cinq ans, dans le cadre des accords d’Oslo signés entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat, qui devaient déboucher sur un État palestinien. Abbas, président du Fatah et de l’OLP, a succédé à Arafat en 2005 et est resté en fonction depuis lors, bien que son mandat ait pris fin en 2009.

Aujourd’hui, l’Autorité palestinienne exerce un contrôle relatif sur les centres villes palestiniens de la Cisjordanie occupée et est fortement critiquée pour avoir maintenu sa politique de “coordination de la sécurité” avec Israël, qui inclut notamment le partage d’informations sur les activistes et la reconnaissance officielle que l’AP aide Israël à déjouer les attaques.

Elle est également incapable de payer intégralement les salaires de ses fonctionnaires.

Shawan Jabarin, directeur du groupe de défense des droits Al-Haq, basé à Ramallah, estime que le fait de s’attaquer à des personnes célébrant la libération de prisonniers des prisons israéliennes constitue une violation de la liberté d’expression. Il note que la répression de ces événements “implique un certain degré de discrimination”.

“Si l’AP croit devoir, pour une raison ou une autre, empêcher ces célébrations, elle devrait au moins traiter tout le monde à la même enseigne. Il n’est pas concevable de permettre à certains d’organiser des célébrations, tout en interdisant à d’autres de le faire, en fonction de leur identité politique”, a-t-il déclaré à Al Jazeera. “D’une manière comme de l’autre, cela ne sert pas la cause nationale palestinienne.”

Jehad Barakat -

29.01.22

Source: Chronique de Palestine