Olmert

Le Premier ministre israélien a laissé entendre que l'Etat hébreu possédait l'arme nucléaire, hier, au cours d'un voyage en Allemagne • L'opposition en profite pour l'accuser d'incompétence.

Par Didier FRANÇOIS

LIBERATION.FR : mardi 12 décembre 2006

Jérusalem, de notre correspondant
La langue d’Ehud Olmert a-t-elle fourché? La question s’étalait en gros titres, dans tous les journaux d’Israël, lundi, après que le Premier ministre eut admis au cours d’un voyage en Allemagne que l’Etat hébreu doit bien être compté au nombre des puissances nucléaires militaires. S’exprimant en anglais lors d’une interview sur chaîne de télévision allemande, le chef du gouvernement a lâché une véritable petite bombe. «Nous n’avons jamais menacé d’annihilation aucune nation», a-t-il expliqué. «L’Iran menace ouvertement et publiquement de rayer Israël de la carte. Vous ne pouvez donc pas dire que leur aspiration à obtenir l’arme nucléaire se place au même niveau que l’Amérique, la France, Israël ou la Russie.»

La formule reste alambiquée. Elle n’est pas moins ce qui ressemble le plus à un aveu circonstancié, prononcé par la plus haute autorité de l’Etat. Les spécialistes de ces questions n’avaient certes aucun doute sur les capacités atomiques d’Israël dont l’arsenal est estimé à environ 200 têtes nucléaires. Et les pays arabes ont de longue date adapté leur stratégie à cette donnée. En son temps, Anouar al-Sadate, président de l’Egypte, justifiait sa politique de paix par cet élément fondamental du rapport de force militaire dans la région.
De très nombreux ouvrages, fort bien documentés, ont été écrits sur le sujet qui citent des rapports américains des années 70 déclassifiés depuis lors. Pas plus tard que la semaine passée, intervenant devant le Sénat des Etats-Unis qui devait confirmer sa nomination au poste de secrétaire à la Défense, Robert Gates, ancien directeur de la CIA, a affirmé qu’Israël faisait partie du club des puissances atomiques. Mais la dissuasion israélienne est fondée depuis plus de quarante ans sur la notion «d’ambiguïté nucléaire».

Cette stratégie interdit à l’Etat hébreu d’admettre officiellement l’existence de son arsenal comme elle le contraint à ne le tester que par simulation informatique. Les spécialistes de la prolifération s’interrogent donc pour savoir si la déclaration d’Ehud Olmert relève du lapsus ou d’une inflexion du corpus dissuasif israélien confronté à une accélération du programme nucléaire iranien. Les conséquences d’une telle évolution pourraient avoir de sérieuses répercussions sur les politiques des pays arabes alliés à l’Occident, qui s’accommodent fort bien du flou israélien. Elle pourrait également entraîner une réévaluation de l’aide américaine à Israël, d’un montant annuel supérieur à deux milliards de dollars, qui reste conditionnée à une clause interdisant le financement des Etats participant à la dissémination des armes de destruction massive.
Les diplomates israéliens se sont donc employés à allumer les contre-feux usuels. «Le Premier ministre a cité Israël parmi une liste de nations responsables, pas sur une liste des nations possédant l’arme nucléaire», assure un communiqué publié par le cabinet d’Ehud Olmert. «Le Premier ministre a dit qu’Israël ne serait pas la première nation de la région à se doter de l’arme nucléaire.» Pas de changements, donc, de la stratégie officielle, implicitement admise par la communauté internationale.

L’opposition intérieure, dès lors, n’avait plus à ménager ses critiques au chef du gouvernement accusé d’incompétence sur un dossier particulièrement sensible. La droite tempête. «Il a causé un grave préjudice à Israël», considère l’ancien ministre des Affaires étrangères Silvan Shalom, dirigeant du Likoud. La gauche renâcle. «L’incroyable déclaration du Premier ministre concernant les capacités nucléaires du pays indique un manque de prudence qui confine à l’irresponsabilité», estime Yossi Beilin, responsable du parti Meretz.

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