FREE PALESTINE
15 juillet 2023

Une fois encore, ne pas se laisser tromper et démêler le faux du vrai

Source: Externe

Tel-Aviv: manifestations pour une démocratie… coloniale

 

C’est la 27e semaine de protestation en Israël, dans les moyennes et grandes villes, et à de nombreux carrefours routiers desservant les kibboutz et moshav, contre la réforme judiciaire annoncée par la coalition d’extrême-droite au pouvoir depuis janvier 2023 composée pour rappel, de 7 partis de droite dirigés par le Likud (31 députés) qui fait figure de droite modérée à côté des 6 autres formant un bloc de droite religieuse de 34 députés, répartis entre l’extrême-droite (14 sièges) et la droite ultraorthodoxe (20).

Cette réforme vise à restreindre les attributions de la Cour suprême au bénéfice du Parlement. Notamment par la clause dite «dérogatoire» qui donne au parlement le pouvoir de contourner ou annuler des décisions judiciaires défavorables aux projets de loi et décisions gouvernementales.

Certes, il y a aussi des annonces de nombreuses réformes visant la communauté LGBT, les femmes… qui achèvent d’exaspérer la gauche libérale israélienne. Mais pas un mot dans ces manifestations contre l’extension des colonies en cours, et des projets de loi qui dessinent la prochaine annexion de la Cisjordanie.

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Une loi a été rapidement  votée  pour le rétablissement des 4 colonies abandonnées en 2005. Et Israël vient de donner feu vert pour la construction de 5.000 logements en Cisjordanie où vivent aujourd’hui ~ 700.000 colons. Tout ceci dans un contexte de répression coloniale brutale.

Pas un mot non plus contre les lois visant les Palestiniens citoyens d’Israël, dans un contexte de montée de la criminalité interne à la société palestinienne en Israël, qui a tué depuis le début de l’année près de 100 Palestiniens. La minorité palestinienne victime de discriminations en matière notamment d’accès à l’emploi et au logement, se plaint régulièrement de l’inaction des autorités face à la vague de violence qui la mine. Rien de tout ceci n’est abordé dans les manifestations.

Silence donc, mais aussi, et c’est difficile à croire pourtant je l’ai expérimenté: ignorance! Un exemple: l’attaque du village de Burqa début juin par des colons, je l’ai apprise depuis Tel-Aviv via le site français de l’UJFP. J’ai aussitôt questionné tous mes amis (Israéliens juifs) et aucun n’en avait entendu parler. Les Palestiniens par contre étaient tous au courant.

La presse israélienne présente tous les crimes commis en Cisjordanie comme la lutte quotidienne contre le 'terrorisme'. Et elle ignore quasi systématiquement les attaques de colons. Une véritable omerta organisée qui préserve le consensus et la séparation. Une amie de Ramallah rencontrée à Jérusalem Est, m’explique qu’il est de plus en plus difficile de sortir et surtout de rentrer à Ramallah. Ce sont les colons qui prennent de plus en plus souvent le contrôle du check-point, et décident de l’ouvrir ou pas. Et c’est le cas dans d’autres endroits. Le désespoir est sensible. 

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Ce qui caractérise ces manifestations, on l’a beaucoup montré, c’est l’omniprésence des drapeaux israéliens, signifiant l’attachement des manifestants au symbole de l’Etat juif, et au sionisme: il s’agit de démontrer qu’on n’est pas moins sioniste et attaché à l’Etat que le gouvernement en place, et que l’on s’exprime depuis le cœur du consensus.

Cependant on peut considérer que, de fait le sens du drapeau a glissé, de symbole unique de l’Etat (souvent arboré par la droite depuis l’accession du Likud au pouvoir en 1977) vers celui de démocratie, sioniste certes, mais démocratie. Le maintien revendiqué des prérogatives de la Cour suprême est présenté comme un nécessaire «retour» à la démocratie.

Mais, la question demeure: démocratie pour qui? L’Etat précédent de cette démocratie, responsable de la Nakba, de l’occupation et de la colonisation des territoires de '67, qui accepte le siège inhumain de Gaza, et se satisfait de l’apartheid, peut-il être appelé autrement qu’une démocratie 'coloniale'? Et ceci expliquant cela, on note l’absence quasi-totale de Palestiniens citoyens d’Israël, sauf à Haïfa ce qui rend la police plus violente dans cette ville.

Pourtant dès le début, un noyau actif s’est employé à y faire exister le «Bloc contre l’occupation» et à faire le lien entre démocratie et occupation: c’est le sens des banderoles qui proclament «pas de démocratie sous occupation» ou «Occupation ou démocratie, il faut choisir». Ou encore des portraits de Shireen Abu Akleh réclamant justice pour la journaliste assassinée. Et aussi: «On s’est tu sur l’occupation, on a reçu la dictature.» Juifs contre la suprématie juive... combattants pour la paix… Quelques jeunes y ont même brûlé leur convocation pour l’armée.

Ce noyau réprimé dans un premier temps - arrachage des drapeaux palestiniens, projet de loi interdisant ces derniers - a grandi de semaine en semaine et s’est fait une place… en queue de cortège. Les drapeaux palestiniens y sont, les slogans appellent à une révolution. Ce cortège est accepté, regardé, interrogé par le reste des manifestants, souvent en silence, parfois  même avec une certaine sympathie. La partie la plus intéressante par ses potentialités de convergence se trouve  sans doute à la lisière des deux cortèges où se côtoient et  mélangent dans la confusion mais sans agressivité les drapeaux israéliens et les drapeaux rouges et palestiniens. Le rapport  global reste écrasant, et dans la gauche anticolonialiste, nombreux sont ceux qui refusent de participer  à ce qu’ils considèrent comme un leurre.

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Ces manifestations n’établissent aucun lien avec la dégradation démocratique induite par la barbarie coloniale. Ce sont les mêmes qui se sont tus lors de la promulgation de la loi Etat-nation qui a entériné une citoyenneté de seconde catégorie pour les Palestiniens d’Israël.  Finalement cet affaiblissement de la Cour suprême qui servait de pouvoir constitutionnel en Israël, n’est-il pas le prix à payer pour la société coloniale israélienne, avec la perte progressive de ses privilèges démocratiques?

Malheureusement on ne peut que regarder avec effarement une  société qui perpétue la parabole des trois singes: ne pas voir, ne pas entendre ce qui se passe en son nom dans les territoires occupés palestiniens et pour la minorité palestinienne d’Israël, et ne rien avoir à en dire. Et l’on pense simplement à tous ces manifestants portant le drapeau bleu et blanc qui partageaient leur désarroi devant l’avenir incertain avec cette expression bien connue: Nou! ma ihieh? (Alors! Que va-t-il arriver?)

Michèle Sibony -

06.07.23

Source: Agence Medias Palestine

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