Notre Etat d’apartheid
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Notre Etat d’apartheid
mardi 31 juillet 2007 - Yossi Paritzki - Ynet
L’une des règles les plus claires qui distingue un Etat démocratique d’un Etat non démocratique est le principe d’égalité de droits et de devoirs. Dans un pays démocratique, tous les citoyens, indépendamment de leur race, de leur religion, de leur sexe ou de leur origine sont égaux quand il s’agit du bien national, des services et des ressources, et tous les citoyens, indépendamment de leur race, de leur religion, de leur sexe ou de leur origine sont également tenus aux devoirs nationaux.
Par exemple, dans un pays démocratique, chacun doit payer des impôts (bien qu’à des taux différents évidemment) et chacun doit obéir à la loi. D’autre part, chaque citoyen dans un Etat démocratique a droit aux libertés individuelles. Chacun-e a le droit de faire l’acquisition de biens dans le pays, d’épouser la personne de son choix, de travailler là où il - ou elle - veut, d’étudier ce qui lui plaît, et de s’exprimer comme il - ou elle - le souhaite...
En bref, l’égalité est le principe de base d’une démocratie occidentale libérale et sans elle, un pays n’est pas démocratique dans la pratique, même s’il l’est probablement par la loi.
La semaine dernière, dans une série de trois décisions séparées, mais reliées entre elles par l’odeur du racisme et de la discrimination, Israël est entrée au sinistre panthéon des Etats non démocratiques. Ce mercredi passé, Israël a décidé d’être comme l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid, certains diront même pire, comme des pays qui n’existent plus.
Commençons par les devoirs. Dans un pays démocratique où le service militaire est obligatoire, tous les citoyens doivent servir sans exception (sauf inaptitude pour raison de santé ou similaire). Une personne ne devrait pas être exemptée du service en raison de sa religion ou de sa race. Et ici, d’un simple geste de la main, la Knesset a décidé « d’étendre » la législation qu’on appelle la Loi Tal* : initialement, elle était censée être transitoire et pour 5 ans seulement, afin d’examiner la possibilité d’intégrer les ultra orthodoxes dans les Forces de défense israéliennes (FDI).
Ce fut un arrangement ouvertement antidémocratique et même ses auteurs ont souligné qu’il ne s’agissait que d’un accord temporaire de 5 ans seulement - encore qu’ici le provisoire devient permanent, particulièrement en matière de discrimination et de racisme.
Secte impure
La seconde décision d’apartheid pourrait apparaître comme une « bonne nouvelle » à ceux qui ne peuvent se marier du fait de restrictions religieuses et qui, maintenant, pourraient le faire. Mais quelle expression écoeurante ! Dans un pays démocratique, un couple a le droit de se marier, si bien sûr il le souhaite, et l’Etat n’a pas celui d’interférer dans ce choix. Il doit permettre à tout homme d’épouser la femme qu’il a choisi (dans certains pays, les mariages entre deux personnes du même sexe sont aussi permis), car l’Etat n’a aucun intérêt, et ne doit en avoir aucun, dans le bonheur d’un particulier et dans le choix de la personne avec laquelle on va passer sa vie.
Mais chez nous, c’est différent. La division se fonde sur les religions et les sectes, et le croyant d’une religion n’est pas autorisé à épouser un croyant d’une autre religion. Cela a conduit à créer cette situation où un Israélien dont la mère n’est pas juive, et qui donc l’a fait non juif d’après la loi juive, ne peut absolument pas se marier en Israël. Pourtant, au lieu de permettre à telle ou telle personne de se marier comme elle se souhaite, le gouvernement a décidé de créer une nouvelle secte. Maintenant, une secte corrompue s’est créée, constituée de gens qui peuvent seulement se marier entre eux. Et ainsi, un officier des FDI dont le dernier nom est Rabinovich ou même Cohen, qui est né d’un père juif mais d’une mère non juive, ne peut pas épouser une femme qui sert dans l’armée avec lui, parce que, voilà, elle, elle est une juive casher alors que lui, il est « impur ». Le summum de ce toupet est atteint avec le ministre de la Justice actuel qui prétend appeler cet accommodement raciste une « avancée ».
Les forces antisionistes unies
La troisième décision raciste est celle qui interdit aux citoyens arabes d’Israël d’acheter la terre nationale. Entendons-nous, pas toute la terre, mais seulement une partie (la terre du Fonds national juif).
Imaginez que le gouvernement français interdise aux Juifs de faire l’acquisition de terrain à Paris ou dans ses environs. Imaginez que les Etats-Unis interdisent aux Juifs d’acheter de la terre en Nouvelle Angleterre, au prétexte que c’est le berceau de la culture américaine. Que dirions-nous alors ? Et pourtant, quand cela arrive à des Arabes, nous ne disons rien, parce que nous sommes accoutumés à penser qu’en Israël il y a des citoyens de différents niveaux, et que tout le monde n’a pas les mêmes droits.
Le point culminant de cette situation absurde est le discours raciste qui a été tenu à la Knesset israélienne ; pourtant, personne ne voit son propre racisme. Les membres arabes de la Knesset qui, de façon justifiée, protestent contre l’épouvantable discrimination qu’ils subissent, ont voté la loi Tal qui permet la discrimination entre les Juifs. Au lieu d’accepter l’enrôlement des Israéliens arabes dans l’armée (d’occupation de la Cisjordanie et de Gaza - ndt) et d’agir de façon juste quand il s’agit de devoirs et de droits, les membres arabes de la Knesset ont préservé le racisme. Ainsi, toutes les forces antisionistes se sont rejointes - Arabes, ultra orthodoxes et colons - pour mettre Israël dans le chaos et l’obscurité, dans un racisme flagrant et une discrimination criante. Tous ont unis leurs forces pour nous amener à un Etat d’apartheid.
L’histoire s’est amusée de nous en faisant que ces décisions soient prises au début du mois de Av**. Quiconque étudiera la destruction du troisième Temple - c’est-à-dire l’effondrement de l’entreprise sioniste et de l’Etat d’Israël -, insistera certainement sur le rôle des décisions désastreuses ci-dessus.
L’histoire nous a joué un autre tour en les faisant intervenir le lendemain du jour de Jabotinsky. Ze’ev Jabotinsky était un athée convaincu, laïc et sioniste, qui a écrit que les Arabes et les Juifs joueront ensemble dans ce pays. S’il ressuscitait et voyait ceux qui prétendent être ses successeurs voter ces décisions méprisables, en dessous de tout, certainement qu’il voudrait mourir.
L’auteur est un ancien ministre du cabinet shinoui (parti du « Changement » - social-démocrate - ndt).
* Cette loi instituée en 2002 régularise l’exemption du service militaire pour les jeunes orthodoxes. (ndt)
** Av est le nom d’un des mois du callendrier hébraïque. Il n’y a pas correspondance fixe entre les mois de ce callendrier (lunaire) et ceux du callendrier romain, mais c’est un mois d’été. Par ailleurs, le 9e jour du mois de Av ("Tisha beAv", littéralement ’9 dans Av’) est un jour censé commémorer diverses catastrophes, essentiellement les destructions du premier et du second Temple supposées avoir eu lieu toutes deux un "9 Av". (participation de M. Ghys.)
Ynetnews - 24 juillet 2007 - traduction : JPP