FREE PALESTINE
3 janvier 2026

!!Génocide à Gaza: J 820!! “Nous, Gazaouis, redoutons ce que 2026 nous réserve…”

 

 

Nous avons subi tellement d’horreurs cette année que nous avons peur d’imaginer l’avenir

 
 
 
 
Une autre année s’est écoulée, et la vie à Gaza est toujours prise au piège entre la machine à tuer israélienne et l’indifférence croissante du monde. Une année de plus qui s’ajoute à notre calendrier unique de pertes, de destruction et de mort.

 

En mars, j’ai écrit craindre qu’'Israël' n’aille encore plus loin dans sa campagne génocidaire. Et c’est ce qui s’est produit. 'Israël' a dépassé mes pires attentes, atteignant un niveau de cruauté inimaginable. Cette cruauté a marqué toute l’année pour nous à Gaza.

 

Comme je vois beaucoup de gens publier des résumés de leurs moments préférés de 2025, je partage ma propre version. Voici à quoi a ressemblé mon année:

 

Elle a commencé par un cessez-le-feu de 45 jours. Ce bref répit n’a pas duré assez pour nous permettre de digérer mentalement les 15 mois de tueries et de destructions incessantes qui l’ont précédée.

 

En février, j’ai rencontré de nombreux prisonniers palestiniens libérés dans le cadre de la trêve, et j’ai écouté les récits horribles de leur disparition forcée par l’armée israélienne.

 

Parmi eux se trouvait mon professeur de lycée, Antar al-Agha. Quand je l’ai revu pour la première fois, je n’arrivais pas à croire que c’était lui. Il était si pâle et amaigri qu’il ne pouvait même pas tendre le bras pour me serrer la main.

 

Il m’a raconté le long séjour passé dans ce qu’ils appelaient la “salle de la gale” dans le centre de détention israélien, une pièce destinée à servir d’incubateur pour la gale. “Un matin, on m’a enfin autorisé à me laver les mains, mais dès que l’eau a touché la peau de mes mains, elle s’est mise à peler comme une pomme de terre bouillie. Le sang a jailli de mes mains. Je ressens encore la douleur”, a-t-il raconté.

 

En mars, 'Israël' a repris le génocide, tuant plus de 400 personnes d’un seul coup. Et il a bloqué tous les points de passage vers la bande de Gaza.

 

En avril, les premiers signes de famine massive sont apparus.

 

En mai, l’armée israélienne m’a expulsé de force, moi et ma famille, de notre maison, à l’est de Khan Younis.

 

Fin mai, 'Israël' a orchestré une nouvelle forme créative de meurtre et d’humiliation de masse, la qualifiant cyniquement de “Fondation humanitaire de Gaza” [GHF]. Lancée avec le soutien des États-Unis, cette entité a commencé à distribuer de la nourriture aux Palestiniens affamés sous la forme de “jeux de la faim”.

 

En juin, poussé par une faim extrême, je me suis moi aussi rendu dans un centre GHF. Là-bas, j’ai vu mon peuple ramper sur le sable brûlant pour obtenir de quoi manger. J’ai vu un jeune homme se protéger des balles en se cachant derrière une autre personne. J’ai vu des jeunes hommes s’entre-tuer à coups de couteau pour un kilo de farine.

 

En juillet, l’armée israélienne a rasé ma maison, et tout mon quartier avec.

 

En août, l’IPC (Integrated Food Security Phase Classification) a officiellement confirmé la famine à Gaza. À ce moment-là, il ne nous restait plus rien à manger, pas même de la farine. Nous fabriquions un pain très fin avec des lentilles ou de la nourriture pour oiseaux à base de riz. Un bout de ce pain, c’était mon seul repas de la journée.

 

En septembre, l’armée israélienne a ordonné un nouveau déplacement massif du nord vers le sud de Gaza, plongeant des centaines de milliers de personnes dans l’angoisse d’un nouveau déplacement.

 

En octobre, un nouvel accord de cessez-le-feu a été annoncé. Je n’avais plus l’énergie de ressentir quoi que ce soit. J’étais déjà consumé par le chagrin d’avoir perdu beaucoup de mes proches et amis, ma maison, et ma ville.

 

J’ai perdu mes deux contrats de rédaction de contenu en freelance, car je ne pouvais pas suivre le rythme de travail en raison des conditions inhumaines du déplacement.

 

Au fond, je savais qu’'Israël' ne respecterait pas sa part de l’accord de trêve et que ce ne serait pas la dernière tragédie.

 

En novembre, mes soupçons se sont confirmés. 'Israël' a continué à nous bombarder. Le génocide s’est simplement transformé, passant d’une campagne de meurtres intense, bruyante et spectaculaire à une version plus discrète.

 

L’accaparement des terres par 'Israël' s’est poursuivi, la ligne jaune bougeant sans cesse et engloutissant de plus en plus de terres, y compris ce qui restait de mon quartier.

 

Ce mois-là, l’indifférence du monde est devenue encore plus flagrante, les gouvernements refusant de condamner les violations du cessez-le-feu par 'Israël' et lui accordant au contraire des récompenses, comme un contrat gazier de 35 milliards de dollars.

 

En décembre, un hiver particulièrement froid s’est abattu sur la région, inondant les tentes et détruisant les bâtiments. Des bébés ont commencé à mourir d’hypothermie.

 

Si je pouvais gommer de ma mémoire un événement de cette année de misère, ce serait mon incursion sur le site du GHF. Les scènes que j’y ai vues représentent, à mon sens, le summum du mal. Je ne parviens toujours pas à me débarrasser du sentiment de peur qui m’envahit lorsque je passe devant les endroits que j’ai traversés pour me rendre sur le site du GHF et en revenir.

 

Aujourd’hui, alors que j’erre dans les ruelles étroites et inondées de mon campement, je me demande ce qui pousse tous ces gens à s’accrocher à la vie après avoir perdu leur maison, leur travail et leurs proches…

 

Ce n’est pas l’espoir, plutôt un mélange d’impuissance et d’acceptation du destin. “C’est peut-être parce qu’à Gaza, le temps s’est figé. Ici, le passé, le présent et l’avenir se déroulent simultanément. Le temps ici ne file pas. C’est un cercle qui fusionne le début et la fin, et entre eux d’infinis épisodes d’agonie terrifiante”.

 

À l’instar des lois fondamentales de la physique, qui ne font aucune distinction entre le passé et le présent, la tragédie à Gaza est infinie.

 

Récemment, j’ai commencé à m’intéresser à l’idée de rétro-causalité à Gaza, où l’avenir affecte le passé, où l’effet se produit avant la cause. En regardant les bâtiments s’effondrer d’eux-mêmes, j’imagine les avions israéliens les bombarder dans le futur, mais nous les voyons se désintégrer maintenant.

 

Bien sûr, les bâtiments continuent de s’effondrer à Gaza parce qu’ils ont déjà été endommagés par les bombardements israéliens. Mais 'Israël' continue de bombarder ce que les Palestiniens reconstruisent. Le même bâtiment sera bombardé et restauré, encore et encore, et les décombres palestiniens actuels seront de nouveau détruits par une bombe israélienne.

 

Alors que le monde se tourne vers une nouvelle année et un avenir meilleur, nous, à Gaza, redoutons ce qui va arriver. Nous sommes pris entre un passé que nous n’osons nous rappeler, et un avenir que nous n’osons imaginer.

 

Nous ne pouvons même pas prendre de bonnes résolutions pour la nouvelle année, car nous n’avons aucun contrôle sur nos vies.

 

“Je veux manger moins de sucre, mais 'Israël' pourrait le faire à ma place en bloquant à nouveau l’entrée de toute nourriture à Gaza.
Je veux apprendre à nager, mais 'Israël' pourrait me tirer dessus si je mets un pied dans l’eau.
Je veux replanter mon jardin, mais je ne peux même pas m’en approcher.
Je veux emmener ma mère à La Mecque pour voir la mosquée al-Haram, mais 'Israël' ne nous autorise pas à voyager”.

 

La seule “bonne” résolution pour cette nouvelle année est probablement de m’habituer aux douches froides, et l’absence de gaz et de bois de chauffage pourrait bien me faciliter la tâche.

 

À Gaza, il n’y a rien à planifier, mais tout à souhaiter.

 

 

Qasem Waleed -

01.01.26

Source: substack.com

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