!!Génocide à Gaza: J 630!! Le cœur génocidaire de la société israélienne
(Note MCP: vu l'actualité, dans le flot de ce qu'il nous faut lire, voici un texte qui nous avait échappé... il est d'une telle justesse et d'une telle intemporalité, qu'il nous semble incontournable... nous le publions avec invitation à le diffuser le plus largement possible dans vos réseaux divers)
Comment 75 ans de logique coloniale de peuplement ont abouti à une conclusion inévitable, et Netanyahu n’est pas à blâmer
La fiction confortable selon laquelle Benjamin Netanyahu serait seul responsable du génocide à Gaza s’effondre, et ce qui se révèle est bien plus terrifiant que la simple malveillance d’un homme. C’est la mise à nu d’une société tout entière qui, pendant des décennies, a nourri et normalisé la déshumanisation des Palestiniens au point que le génocide n’est plus seulement toléré, mais devenu populaire.
Lorsque 82% des Israéliens soutiennent l’expulsion forcée des Palestiniens de Gaza, nous ne sommes pas face aux manigances d’un seul dirigeant extrémiste. Lorsque 47% approuvent le massacre biblique de Jéricho — où «tous les habitants» furent tués — comme modèle d’action militaire, nous regardons dans l’abîme d’un effondrement moral collectif. Lorsque 56% souhaitent l’expulsion des citoyens palestiniens d’'Israël' de leur propre patrie, nous sommes face à l’ADN génocidaire d’un projet colonial de peuplement qui a finalement abandonné tout vernis libéral.
Ces chiffres, issus d’un sondage de l’université de Penn State, ne sont pas des anomalies. Ils sont l’aboutissement logique de 75 ans de déshumanisation systématique, qui ne commence pas avec l’arrivée au pouvoir de Netanyahu, mais avec la fondation même de l’État. Ce n’est pas «la guerre de Netanyahu» — c’est le génocide made in 'Israël', et cela fait des décennies qu’il se prépare.
Considérons l’ironie perverse: tandis que les progressistes occidentaux comme Bernie Sanders et Elizabeth Warren s’efforcent de rejeter la faute sur un seul homme, la société israélienne a depuis longtemps dépassé ce type de bouc émissaire commode. Le sondage révèle que même parmi les juifs laïcs — censés incarner la conscience libérale d’'Israël' — 70% soutiennent le nettoyage ethnique de Gaza. Chez les religieux, ce chiffre atteint un stupéfiant 97%. Il ne s’agit pas d’une dérive politique; c’est un consensus idéologique.
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Ce à quoi nous assistons, c’est au dévoilement final du projet sioniste. Trop longtemps, le monde a été bercé par le mythe d’un 'Israël' démocratie progressiste détournée par des extrémistes. Mais lorsque le ministre des Finances Bezalel Smotrich déclare ouvertement son intention de «rayer la descendance d’Amalek» et parle de Palestiniens «concentrés» dans le sud avant d’être expulsés «massivement vers des pays tiers», il ne s’éloigne pas des valeurs israéliennes — il les exprime avec une franchise inédite.
La rhétorique religieuse est particulièrement révélatrice. Lorsque 65% des Israéliens juifs croient à un «Amalek» moderne — l’ennemi biblique que Dieu ordonna aux Israélites d’exterminer «jusqu’au dernier bébé» — et que 93% appliquent ce commandement aux Palestiniens aujourd’hui, il ne s’agit plus de discours politique. Nous sommes face à un génocide théologique, où le nettoyage ethnique devient un mandat divin.
C’est cette société qui a produit non seulement Netanyahu, mais tous les dirigeants israéliens ayant supervisé l’étranglement progressif de la vie palestinienne. C’est cette société qui a applaudi lorsque Golda Meir déclara en 1969 que «les Palestiniens n’existent pas». C’est cette société qui a passé des décennies à perfectionner l’art de rendre l’existence palestinienne impossible, tout en maintenant une façade de respectabilité démocratique.
La nature systématique de cette déshumanisation ne saurait être exagérée. Les enfants israéliens sont élevés dans un système éducatif qui, selon les chercheurs, a subi un «processus de radicalisation» depuis le début des années 2000. Ils grandissent en consommant des médias qui appellent régulièrement à l’expulsion et à la mise à mort des Palestiniens. Ils servent dans une armée pour qui les vies palestiniennes sont jetables. Est-il alors surprenant que seulement 9% des hommes juifs de moins de 40 ans — ceux qui exécutent la violence — rejettent les idées d’expulsion et d’extermination?
Ce qui rend cela particulièrement glaçant, c’est que ce consensus génocidaire traverse tous les secteurs de la société israélienne. La gauche laïque qui protestait autrefois contre les réformes judiciaires de Netanyahu est restée en grande partie silencieuse pendant que son armée affame deux millions de personnes. Les kibboutz que les progressistes occidentaux idéalisent comme des utopies socialistes ont été construits sur les ruines de villages palestiniens. La démocratie qu’'Israël' prétend défendre n’a jamais été étendue aux millions de Palestiniens vivant sous son contrôle.
Le moment actuel ne représente pas une aberration, mais une accélération. Le plan de Trump visant à «nettoyer» Gaza et à en faire une «Riviera» peuplée de «personnes internationales» s’aligne parfaitement avec le fantasme israélien d’une Palestine sans Palestiniens. Lorsque Netanyahu annonce que les forces israéliennes ne feront plus que «rentrer et sortir», mais maintiendront désormais un contrôle permanent sur les territoires conquis, il ne fait que rendre explicite ce qui a toujours été implicite dans le projet sioniste.
La réponse de la communauté internationale — ou son absence — ne fait qu’encourager cette trajectoire génocidaire. Lorsque les États-Unis continuent de fournir des armes pendant que des responsables israéliens discutent ouvertement de plans de nettoyage ethnique, lorsque les dirigeants européens expriment leur «inquiétude» tout en maintenant des contrats d’armement lucratifs, lorsque des politiciens progressistes rejettent toute la faute sur Netanyahu en dédouanant la société qui l’a produit et le soutient, ils deviennent complices de la machine d’extermination.
Les sondages révèlent quelque chose d’encore plus inquiétant que les chiffres eux-mêmes: l’absence totale d’humanité palestinienne dans la conscience israélienne. Lorsque l’on interroge les Israéliens sur le fait de tuer «tous les habitants» des villes ennemies, il ne s’agit pas d’une question de stratégie militaire — mais bien d’extermination d’êtres humains. Lorsqu’on leur parle «d’expulsion forcée», il est question de la destruction de familles, de communautés et de modes de vie entiers. Le fait que des majorités soutiennent régulièrement de telles mesures suggère que les Palestiniens ne sont tout simplement pas perçus comme pleinement humains dans l’imaginaire israélien.
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Cette déshumanisation n’est pas accidentelle — elle est fondatrice
Un projet colonial de peuplement qui nécessite l’effacement d’une population autochtone ne peut se permettre de reconnaître l’humanité de cette population. La dissonance cognitive serait insupportable. À la place, les Palestiniens doivent être transformés en menaces existentielles, en ennemis bibliques, en problèmes démographiques à résoudre. Nous devons devenir tout, sauf ce que nous sommes: un peuple ayant le même droit à la vie, à la dignité et à l’autodétermination que n’importe quel autre.
Et pourtant, la condamnation la plus accablante de cette déshumanisation systématique ne réside peut-être pas dans ce qu’elle révèle sur la société israélienne, mais dans ce qu’elle expose du monde occidental au sens large, celui-là même qui la rend possible. Alors même que le nombre de morts à Gaza dépasse les 62.000 Palestiniens — avec des estimations suggérant que le chiffre réel pourrait dépasser les 80.000 en tenant compte des sous-déclarations —, alors même que 57 enfants sont morts de malnutrition depuis mars seulement, alors que 71.000 enfants de moins de cinq ans devraient souffrir de malnutrition aiguë au cours de l’année à venir, la réaction occidentale demeure une indifférence calculée déguisée en compassion.
Quand les trois quarts de la population de Gaza sont confrontés à une insécurité alimentaire d’urgence ou catastrophique, quand 15,6% des enfants de moins de deux ans dans le nord de Gaza souffrent de malnutrition aiguë, quand des bébés meurent de faim pendant que leurs mères s’effondrent d’épuisement, la principale préoccupation de l’Occident reste le «droit d’Israël à se défendre». Il ne s’agit pas d’un simple calcul politique — c’est l’arithmétique du racisme, la logique froide de qui est considéré comme humain, et qui ne l’est pas.
La tragédie ne réside pas seulement dans ce que cela révèle de la société israélienne, mais dans ce que cela annonce pour notre avenir. Lorsqu’une société atteint un tel niveau de consensus génocidaire, lorsque le nettoyage ethnique devient une politique populaire plutôt qu’un fantasme extrémiste, lorsque le langage religieux est mobilisé pour justifier des meurtres de masse, nous ne sommes pas face à un problème que l’on peut résoudre en changeant de dirigeants ou en réformant des institutions. Nous avons affaire à une société qui a fondamentalement perdu toute boussole morale.
La communauté internationale ne peut plus se réfugier derrière la fiction selon laquelle tout cela ne relèverait que d’un mauvais dirigeant ou d’un extrémisme temporaire.
Les sondages sont sans équivoque: il s’agit de la logique d’un projet colonial de peuplement ayant atteint sa conclusion inévitable — l’élimination complète de la présence palestinienne sur cette terre. La seule question qui reste est de savoir si le monde continuera à permettre cette solution finale, ou s’il la reconnaîtra enfin pour ce qu’elle est — et agira pour l’arrêter.
Car si l’histoire nous a appris une chose, c’est que les sociétés capables d’un tel consensus génocidaire ne retrouvent pas spontanément leur humanité.
Elles doivent être arrêtées.
Ahmad Ibsais –
04.06.25
Source: substack.com