13 décembre 2009
La Suisse soutient un film genevois devant les ministres du Hamas
BANDE DE GAZA | «Aisheen», le documentaire de Nicolas Wadimoff et Béatrice Guelpa tourné juste après la guerre, livre un puissant message d’espoir. Il vient de subir le test du public à Gaza City. Avec succès!
© DR | «Aisheen (Still Alive in Gaza)», le documentaire des Genevois Nicolas Wadimoff et Béatrice Guelpa. Le film a été tourné en quatorze jours, un mois après la fin de l’offensive israélienne de décembre et janvier.
ANDRÉS ALLEMAND | 11.12.2009 | 00:05
«C’est truqué! Votre film déforme la réalité de Gaza en montrant cet adolescent qui parle de devenir moudjahidin s’il n’a pas la possibilité de faire des études universitaires! Il n’aurait jamais dit une chose pareille, vous salissez notre image!» La scène se déroule à Gaza City. Debout au milieu de la salle de projection, l’homme ne décolère pas. Pourtant, quelques rangées devant lui, trois ministres du Hamas, trop heureux de côtoyer des Suisses, ont poliment applaudi Aisheen (Still Alive in Gaza), le documentaire des Genevois Nicolas Wadimoff et Béatrice Guelpa. Un film tourné en quatorze jours, un mois après la fin de l’offensive israélienne de décembre et janvier.
Les clowns, le zoo et le rap
Curieuse polémique, qui s’éteint comme un feu de paille. Car tout le monde en convient: le documentaire n’est pas militant. Bien au contraire, il dresse le portrait de Palestiniens qui résistent au désespoir et reconstruisent leur vie. Malgré la guerre et le blocus israélien. Malgré la mainmise du Hamas. «La Suisse apporte son soutien officiel à ce documentaire indépendant, que nous souhaitons voir projeté en Occident, mais aussi en Cisjordanie et en Israël, pour faire entendre la voix des gens de Gaza», lance l’ambassadeur helvétique Roland Steininger face à une salle comble.
Faire entendre la voix du forain qui retape une roue de manège. Celles des clowns à Rafah qui faisaient rire les enfants malgré les bombardements. Du gardien de zoo si dévoué aux bêtes qui ont survécu. Des enfants pêcheurs qui jouent à tromper la surveillance des vedettes israéliennes. Ou encore celle des rappeurs du groupe Dargteam.
«C’est le rêve de ma vie!» souffle Fadi Bakheet, jeune manager de Dargteam. «Pouvoir dire au monde la vérité sur Gaza. Nous en avons assez du désespoir et de la guerre. A chaque conflit armé, c’est la population palestinienne qui est victime. Alors ça suffit! Nous sommes prêts à mourir pour la cause, mais pas par la violence. Personne n’ose le dire par peur de passer pour un collabo. La police nous a arrêtés plusieurs fois, mais nous n’avons pas peur. Le rap, c’est notre djihad à nous. Le rap c’est notre liberté.»
Une liberté qui reste à conquérir. Le film genevois n’a pas pu être projeté à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza. Par prudence, la séance a été annulée. La population était jugée trop conservatrice pour supporter de voir et d’entendre des rappeurs, suspects d’accointance avec la culture américaine.
Du côté des vivants
Un peu déçu, Nicolas Wadimoff ne se laisse pas démonter: «Il y a tout de même eu plusieurs représentations à Gaza. J’étais d’abord très tendu, mais j’ai vite réalisé que les gens se retrouvaient dans le film. Parce que nous avons cherché du côté des vivants, plutôt que de reproduire une fois de plus la litanie de la violence.» Béatrice Guelpa enchaîne: «C’est ce qui pourra toucher le public en Suisse, je pense. Des situations individuelles, dans lesquelles chacun peut se reconnaître.»
Peut-être même un peu trop, glisse Majeda Al-Saqqa, de l’association pour la culture et la libre pensée, de Khan Younis. «Tout ça m’a replongé dans l’immédiat après-guerre. C’est un excellent film… à visionner à l’étranger.» Par exemple lors du prochain festival Visions du Réel en avril à Nyon. Ou peut-être même – qui sait! – au Festival de Berlin.
Un musée pour Gaza?
La Ville de Genève en première ligne
❚ Le conseiller administratif genevois Patrice Mugny était lui aussi présent à Gaza City pour la première mondiale du film de Nicolas Wadimoff et Béatrice Guelpa. C’est même lui qui avait posé pour condition que Aisheen soit d’abord projeté dans la bande de Gaza, devant les Palestiniens. Moyennant quoi, le Département de la culture de la Ville de Genève a contribué au financement de ce documentaire, à hauteur de 50 000 francs (sur un budget de 350 000).
❚ Mais ce n’est pas le seul projet que soutient Patrice Mugny à Gaza. Il n’a pas abandonné l’idée de contribuer à la réalisation d’un musée archéologique à Gaza. Un projet qui pourrait reprendre forme si l’accalmie se maintient. Il a rencontré le ministre de la Culture du Hamas et espère l’inviter l’an prochain à Genève, de même qu’un représentant du Fatah. Objectif: lancer un concours d’architectes.
❚ Enfin, le magistrat genevois a pu constater de ses propres yeux le degré d’avancement du centre pour femmes financé par l’Association Meyrin-Palestine, un projet auquel la Ville de Genève contribue également.
Source URL (Extrait le 13.12.2009 - 13:16): http://www.tdg.ch/actu/monde/suisse-soutient-film-genevois-devant-ministres-hamas-2009-12-10
08 décembre 2009
LES COLONS SE PREPARENT A UN GRAND RASSEMBLEMENT DE PROTESTATION

Haaretz (Le pays)
LES COLONS DURCISSENT LEUR PROTESTATION
ET SE PREPARENT A BLOQUER DES CARREFOURS DANS TOUT LE PAYS
The Jerusalem Post
LES COLONS SE PREPARENT A UN GRAND RASSEMBLEMENT DE PROTESTATION
DEVANT LA RESIDENCE DU PREMIER MINISTRE
« Jour de colère » contre le gel : Des routes seront bloquées dans tout le pays / Haïm Levinson et Barak Ravid – Haaretz
A droite on prépare ces jours-ci une opération visant à bloquer lundi prochain des routes et des carrefours à travers le pays, pour protester contre le gel de la construction dans les colonies. Cette opération sera baptisée « jour de colère ».
Le Premier ministre Netanyahu a rencontré hier vingt-deux élus locaux de Cisjordanie à qui il a indiqué que, malgré leurs protestations légitimes, « la loi doit être respectée et les décisions du cabinet appliquées ». M. Netanyahu s’en est aussi pris à l’Autorité palestinienne, affirmant que sa réaction à la démarche israélienne et le refus de son président, Mahmud Abbas, de reprendre les négociations prouvent qu’il « refuse la paix ».
Le Premier ministre a souligné qu’il ne reviendrait pas sur la décision de geler la construction et que celle-ci serait appliquée dans son intégralité.
Vingt-deux maires de Cisjordanie et trois des dirigeants du Conseil de Judée et Samarie étaient présents à cette rencontre. L’un après l’autre, ils ont fait part de leurs griefs contre l’ordonnance de gel de la construction et son application et contre le ministre de la Défense, Ehud Barak.
Le Premier ministre a soutenu son ministre de la Défense, soulignant que ce que fait Ehud Barak se fait avec son accord et après concertation avec lui. M. Netanyahu a demandé aux élus de rencontrer le ministre de la Défense, mais ceux-ci ont refusé.
M. Netanyahu a tenté d’expliquer aux dirigeants des colons le bien-fondé de la décision de geler la construction. « La décision qui a été prise par le cabinet est la meilleure décision pour Israël, dans la situation politique complexe qui s’est créée et face aux nombreux défis auxquels nous devons faire face. Cette démarche indique aux principaux acteurs de la communauté internationale qu’Israël souhaite sérieusement parvenir à la paix tandis que les Palestiniens refusent d’entamer des négociations de paix. Il y a un camp qui veut, l’autre qui ne veut pas. Cette démarche montre qui sont ceux qui refusent la paix ».
Le Premier ministre a ajouté que, plutôt que de créer une atmosphère de crise, il est préférable de se focaliser sur ce qui se passera à la fin du moratoire. « Cette ordonnance ne se répétera pas et il reste neuf mois et trois semaines. Ensuite, nous reprendrons la construction », a-t-il déclaré.
La mise en œuvre du gel de la construction s’est poursuivi hier, mais aucun ordre d’arrêt des travaux n’a été distribué. Les inspecteurs ont visité plusieurs dizaines de colonies. A Talmon, des habitantes de la localité leur ont barré le passage. Au cours des affrontements qui ont éclaté, une femme a été arrêtée pour avoir agressé un officier de police. Les habitants se sont plaints de la violence dont ont fait preuve les forces de l’ordre. Des affiches ont été collées à travers la Cisjordanie qui appellent à participer à une grande manifestation qui se tiendra mercredi prochain à Jérusalem.
L’administration américaine a échoué dans sa tentative d’obtenir le soutien du Quartette au gel de la construction / Barak Ravid – Haaretz
L’administration américaine a échoué dans sa tentative d’élaborer une déclaration internationale en soutien de la décision israélienne de geler la construction dans les colonies pendant dix mois. Les Américains espéraient pouvoir publier un communiqué exceptionnel au nom des membres du Quartette, les Etats-Unis, la Russie, l’UE et l’ONU, mais la Russie a torpillé cette initiative en émettant des réserves.
Au cœur de l’opposition russe se trouvent deux clauses du projet de déclaration très bref rédigé par les Américains : l’affirmation de l’identité juive d’Israël et la volonté de tracer la future frontière entre Israël et l’Etat palestinien de manière à ce qu’elle prenne en compte les évolutions sur le terrain.
Les Américains ont proposé que la déclaration du Quartette se base sur celle publiée par Hillary Clinton la semaine dernière, selon laquelle il faut reprendre les négociations israélo-palestiniennes sans conditions préalables et parvenir à un accord qui permettra « d’aboutir à l’objectif palestinien de créer un Etat indépendant et viable sur la base des lignes de 1967 et d’échanges agréés de territoires, ainsi qu’à l’objectif israélien d’avoir un Etat juif dans des frontières sûres et reconnues qui reflèteront les évolutions sur le terrain et répondront aux exigences israéliennes en termes de sécurité ».
Les Russes ont répondu qu’ils n’acceptaient pas d’affirmer qu’Israël est un Etat juif ou que les frontières prendront en compte les évolutions sur le terrain, c’est à dire que les blocs d’implantions seront annexés à Israël ; selon eux, il s’agit là d’une tentative de préjuger des résultats des négociations.
Les tentatives de convaincre les Russes ayant échouées, les Américains ont décidé qu’il serait inutile de publier un communiqué.
Al-Hayat : Les propositions transmises par le médiateur dans les négociations sur Guilad Shalit ont été rejetées / Roï Nahmias – YNET (site internet du Yediot Aharonot)
Informations pessimistes dans la presse arabe. Un haut responsable du Hamas déclare dans l’édition d’aujourd’hui du journal londonien al-Hayat : « Les négociations concernant Shalit se heurtent à trois obstacles principaux : Le refus d’Israël de libérer cinquante des 450 prisonniers qui figurent sur la liste remise par le Hamas, son insistance concernant l’expulsion de 130 des 400 prisonniers dont il a accepté la libération et, enfin, son refus de libérer dans le cadre de l’échange des prisonniers arabes israéliens ».
Selon lui, le médiateur allemand continue à faire quotidiennement la navette entre la bande de Gaza et Israël et transmet des propositions de compromis pour tenter de surmonter les obstacles. Parmi les idées évoquées : l’expulsion à l’étranger d’une partie des cinquante prisonniers qu’Israël refuse de libérer, l’expulsion vers la bande Gaza de l’autre partie, une troisième partie restant en prison. Selon lui, les négociations progressent mais nul ne peut en prédire les résultats.
Le journal saoudien al-Watan publie des informations semblables et cite des sources selon lesquelles le Hamas aurait rejeté la proposition israélienne que lui a transmise le médiateur. Selon le journal, le désaccord porte sur le refus d’Israël de libérer quinze prisonniers dont Marwan Barghuti, Ahmed Saadat et dix des dirigeants de la branche armée du Hamas, dont Abdallah Barghuti et Ibrahim Hamed. « C’est une ligne rouge et il est pratiquement impossible que l’échange ait lieu sans qu’ils soient libérés », ont déclaré ces sources.
Hier, certains médias arabes affirmaient que Guilad Shalit a été transféré en Egypte. Mais le porte-parole de Comités de résistance populaire, Abu Mujahed, a déclaré qu’il s’agit là d’un « ballon d’essai » que les Israéliens lancent dans les médias pour obtenir des informations quant à la position des organisations palestiniennes. Selon lui, la balle se trouve aujourd’hui dans le camp israélien et le gouvernement israélien peut mettre un terme à l’affaire s’il accède aux demandes des organisations qui détiennent Guilad Shalit.
Le représentant du Hamas au Liban, Osama Hamdan, a lui aussi démenti les informations publiées par le journal koweïtien al-Jarida selon lesquelles Shalit aurait été transféré au Caire escorté par Mahmud a-Zahar et le chef de la branche militaire du Hamas, Ahmed Jaabri. Selon Hamdan, ces informations sont sans fondement.
DIPLOMATIE
Une embrassade française / Lior Zilberstein et Zvi Zinger – Yediot Aharonot
Le chef de l’opposition, Tzipi Livni, a rencontré hier le président français, Nicolas Sarkozy, au palais de l’Elysée. Au cours de cette rencontre d’une heure, Tzipi Livni a demandé au président Sarkozy que la France s’oppose à la résolution concernant Jérusalem proposée par la Suède. Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, était lui aussi présent à la rencontre. Concernant l’Iran, Mme Livni a déclaré : « Il est temps de prendre des sanctions plus dures et plus significatives. Le temps qui passe ne joue pas en faveur de ceux qui souhaitent empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire »./.
01 décembre 2009
Les élections palestiniennes, piège ou étape fondatrice ?
Les élections palestiniennes, piège ou étape fondatrice ?
lundi 30 novembre 2009, par
Fin octobre, le président Mahmoud Abbas avait fixé la date des prochaines élections (présidentielle et législatives) au 24 janvier 2010. Par cette décision, il voulait respecter la Constitution puisque son mandat déjà prorogé d’un an s’achève à ce moment-là comme celui du Conseil législatif élu pour quatre ans en janvier 2006.
Personne ne pouvait lui faire grief de s’inscrire ainsi dans une sorte de formalisme constitutionnel précieux en toutes circonstances et plus encore, peut-être, dans une phase de construction des institutions politiques. Et pourtant cette posture juridiquement inattaquable risquait de s’avérer politiquement désastreuse… Comment en effet prétendre organiser des élections pour dégager une majorité représentative du peuple palestinien des territoires occupés (Cisjordanie et Jérusalem-Est) ou sous blocus (Gaza) sans qu’au préalable il n’y ait eu l’aboutissement d’une discussion entre les deux principales forces politiques de la société palestinienne : le Fatah et le Hamas ?
Ces négociations, en cours depuis des semaines au Caire, ont permis de parvenir à un accord stipulant notamment la tenue de ces élections en juin 2010 ; le Fatah a signé mais pas le Hamas a demandé un nouveau délai… Des élections en janvier n’auraient pas seulement aggraver encore les relations entre les deux partis, elles auraient consacré la coupure territoriale et politique qui s’est instaurée de facto depuis le coup de force du Hamas à Gaza en juin 2007, et donc accentué la séparation entre les deux segments du peuple palestinien vivant dans les territoires.
Cela risquait à terme de rendre infiniment problématique toute nouvelle tentative de reconstruction de l’unité nationale sans laquelle rien n’est possible. A ce risque d’impasse politique, il faut ajouter un élément essentiel : le vote des Palestiniens de Jérusalem-Est que l’actuel gouvernement israélien fera tout pour empêcher s’il n’y a pas de très fortes pressions internationales. Conscient de ces dangers, le président Abbas est finalement revenu sur sa décision en reportant sine die ce scrutin tout en annonçant, quelques jours plus tard, qu’il ne serait pas candidat à sa propre succession. Le piège a donc été évité mais pour combien de temps si le Hamas et le Fatah ne sont pas en mesure de fixer ensemble les règles du jeu ?
Les Palestiniens, même sans Mahmoud Abbas, auraient pourtant tout à gagner de ces élections en les concevant ensemble autrement. En conservant la date évoquée dans le projet d’accord interpalestinien, ils se donneraient le temps de parvenir à un minimum d’unité nationale et de se présenter sur la scène internationale avec des atouts majeurs. Ils pourraient alors à bon droit exiger de la communauté internationale qu’elle soit conséquente avec elle-même.
Ce qui implique :
1) qu’elle impose à Israël, puissance occupante au sens du droit international, le respect des conditions indispensables à l’organisation d’élections démocratiques sur l’ensemble du territoire palestinien où toutes les forces politiques pourraient se présenter ;
2) qu’elle s’engage évidemment à respecter le verdict des urnes quel qu’il soit et ne refasse pas l’erreur stratégique majeure commise en 2006 par les Etats-Unis et l’Union européenne qui ont voulu des élections mais pas leurs résultats ;
3) qu’elle fournisse des garanties concrètes avec notamment l’envoi d’observateurs sur le terrain pour vérifier le bon déroulement des élections.
Le respect de ces principes constituerait les premiers éléments concrets d’une modification en profondeur de la situation d’occupation et de colonisation et permettrait de reprendre une véritable négociation politique débouchant sur un Etat palestinien territorialement viable.
Cela impliquerait l’engagement d’Israël :
1) à ne rien faire pour perturber ces scrutins et ne pas emprisonner les élus comme cela a été fait pour nombre d’entre eux après les élections de janvier 2006 ;
2) à lever des barrages pour permettre une véritable liberté de circulation de la population ;
3) à libérer un certain nombre de prisonniers politiques palestiniens, à commencer par ceux qui seraient candidats ;
4) à permettre des contacts entre la Cisjordanie et Gaza, ce qui suppose la levée du blocus de Gaza ;
5) à laisser voter les Palestiniens de Jérusalem-Est ;
Ces bases pourraient créer les conditions préalables à un règlement politique durable en partant du principe que ces élections seraient la première phase d’une construction institutionnelle, dont la suivante devrait être le débat sur les frontières à partir des résolutions des Nations unies et du droit international. En décidant des frontières définitives, on tracerait ainsi l’essentiel, c’est-à-dire les contours de l’Etat. Dans une telle perspective, ces élections constitueraient alors une étape fondatrice sur le chemin de l’indépendance politique de la Palestine à côté de l’Etat d’Israël.
A partir de là, seule une conférence internationale, sous l’égide des Nations unies, convoquée aussitôt après ces élections et imposée comme le fut celle de Madrid en 1991, pourrait aboutir à un règlement de ce conflit garantissant le droit et les droits des deux peuples.
Nous sommes parfaitement conscients des obstacles considérables qui se dresseraient pour avancer dans cette direction mais c’est pourtant une des seules qui permettraient de progresser vers une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens.
Jean-Paul Chagnollaud est professeur des universités et directeur de la revue Confluences Méditerranée,
Bernard Ravenel est historien et président de la plateforme des ONG françaises pour la Palestine.
24 novembre 2009
"Le bilan de Mahmoud Abbas est totalement catastrophique"

"Le bilan de Mahmoud Abbas est totalement catastrophique"
LEMONDE.FR | 05.11.09 | 21h05 • Mis à jour le 05.11.09 | 21h12
e président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a annoncé, jeudi 5 novembre, à son entourage politique qu'il ne serait pas candidat à sa propre succession lors des élections générales du 24 janvier. Cependant, Jean-François Legrain, chercheur au CNRS et auteur de Les Palestines du quotidien. Les élections de l'autonomie, janvier 1996 (Beyrouth, Cermoc, 1999), doute fort de la tenue d'élections générales en janvier 2010.
Ce n'est pas la première fois que Mahmoud Abbas menace de jeter l'éponge. Quel est le sens aujourd'hui de cette déclaration ?
Soit Mahmoud Abbas a bel et bien décidé de se retirer, soit il s'agit d'un coup de poker politique. Faute d'un accord préalable avec le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, les élections ont très peu de chances de se tenir en janvier 2010. Son annonce peut avoir valeur d'avertissement à l'attention des Etats-Unis après la défaite enregistrée par l'Autorité palestinienne sur la question du gel de la colonisation. Mais si Mahmoud Abbas espère reprendre la main, il aura fort à faire pour retrouver un semblant de légitimité. Accusé d’avoir retardé un vote onusien sur le rapport Goldstone à propos de la guerre de Gaza, son image a considérablement souffert de l'enlisement des négociations avec Israël, de la corruption endémique de son mouvement [le Fatah] et des dissensions persistantes entre les factions palestiennes.
Qui pourrait lui succéder à la tête de l'Autorité palestinienne ?
Comme je vous le disais, la tenue d'un scrutin en janvier prochain reste très hypothétique. Si ces élections n'ont pas lieu, je pense qu'un comité de salut public de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) sera mis en place pour prendre en charge les affaires de la Cisjordanie. Le mieux placé pour diriger un tel organe serait Mohammed Dahlan. Proche de Mahmoud Abbas, il a le soutien des Américains. Mais Jibril Rajoub a également ses chances. Moins haï que Dahlan [ancien homme fort du Fatah à Gaza], il a conservé des liens avec la bande de Gaza à l'époque où il était le président de l'Association palestinienne de football, et son frère est député du Hamas. Enfin, bien sûr, on peut compter sur Marwan Barghouti, qui purge une peine de prison en Israël. Même si je pense que sa popularité est surévaluée et que cette image de sauveur de la nation est très artificielle, c'est un concurrent sérieux.
Quel bilan dressez-vous de ces cinq années de présidence ?
Un bilan totalement catastrophique. Je ne vois aucun point positif à souligner. Gaza et la Cisjordanie sont séparés politiquement et humanitairement. Les négociations avec Israël sont au point mort. L'Autorité palestinienne a régressé au point de se retrouver dans l'état de l'OLP d'avant la guerre de 1967. Affaiblie, elle est redevenue une caisse de résonance des intérêts divergents des Etats arabes et des puissances occidentales. Tout le travail mené dans les années 1960 et 1970 pour que l'OLP soit le représentant unique et légitime du peuple palestinien a sombré. Aujourd'hui, c'est une coquille vide qui s'aligne sur la politique du Fatah.
Propos recueillis par Elise Barthet
22 novembre 2009
n’est-il pas temps de tirer les conclusions ?
Puisque ni Arafat, ni Abbas, ni Haniyeh ne conviennent…
n’est-il pas temps de tirer les conclusions ?
Pour tout observateur attentif, rien de bien neuf dans les déclarations récentes de l’ensemble de la diplomatie occidentale à propos de la décision du président de l’autorité palestinienne Mahmoud Abbas de ne pas se représenter aux élections prochaines, prévues début 2010. Chacun y est allé de sa petite intervention – jusqu’à Shimon Pérès ! – pour inviter l’intéressé à revoir sa position.
Là où les représentants de nos divers gouvernements ont ignoré depuis des décennies, la détérioration toujours plus grave de la situation dans les Territoires occupés par Israël et tout particulièrement à Gaza, l’empressement à soutenir de manière presque unanime et encourager Mahmoud Abbas à se représenter à ces futures élections, devrait au minimum, nous interpeller.
En effet, comment comprendre que pendant des années, nos élus et leurs médias serviles n’ont cessé de mettre en exergue la corruption endémique et généralisée de l’appareil étatique palestinien jusqu’à son sommet ; n’ont cessé d’abandonner les leaders palestiniens à leur funeste sort ; n’ont cessé d’ignorer les multiples compromis acceptés par une population étranglée ; n’ont cessé d’encourager et soutenir les initiatives israéliennes de tous genres, y compris dans le laisser-faire du Mur d’apartheid, dans l’alliance du gouvernement avec l’extrême-droite, dans le blocus assassin de la Bande de Gaza, dans l’emprisonnement de parlementaires et de mineurs, dans la non-application des résolutions des Nations-unies et le non-respect du Droit international et humanitaire, etc… et d’assister au revirement soudain de ces mêmes élus trouvant aujourd’hui toutes les qualités à Mahmoud Abbas, pour qu’il reste à la tête d’un hypothétique Etat ? Comment comprendre une telle attitude, sinon que l’homme de l’ombre, le pâle représentant des Palestiniens, celui-là même qui parfois s’accrochait au cou d’Ehud Olmert pour l’embrasser est tellement consensuel, tellement faible qu’il convient parfaitement aux interlocuteurs israéliens en premier lieu et par ricochet à tous ceux qui soutiennent activement Israël dans la poursuite de sa politique profondément injuste, hors-la-loi et criminelle ?
A l’heure où Mahmoud Abbas se dirige peut-être vers la décision politique la plus courageuse de sa carrière, c’est la panique dans les chancelleries. Perdre un tel interlocuteur s’avère sans doute perdre un allié bien utile et fort peu encombrant. La décision est même interprétée par certains comme une manœuvre tactique visant à le rendre incontournable, indispensable, quelques mois avant les élections, lui assurant ainsi la certitude d’une réélection aisée et massivement soutenue de l’extérieur. Et puis, qui donc pourrait remplacer cet évanescent papy, si peu vindicatif, si peu déterminé, si policé et si soumis aux dictats qui lui sont imposés !? A 74 ans, la retraite volontaire de celui-là même qui fut l’un des artisans des moribonds Accords d’Oslo ne semble pas recevoir l’aval de ses interlocuteurs étrangers qui n’osent imaginer devoir faire face à un nouveau candidat dont on ne connaît pas encore le nom, ni la tête, et moins encore les intentions. Diable, que nous préparent encore ces imprévisibles insoumis !?...
Or, pour la population palestinienne qui a tout enduré depuis plus de soixante ans sans percevoir la moindre lueur dans l’avènement de son Etat, ces prochaines élections ne sont-elles pas une opportunité de faire table rase de tout ce qui a manifestement échoué ? Et d’en tirer les conclusions ? Puisque rien ni personne ne semble jamais convenir aux différents gouvernements israéliens : ni Yasser Arafat qui était trop ceci, ni Mahmoud Abbas qui est trop cela, ni Ismaïl Haniyeh qui n’est ni ceci ni cela tout en même temps ; qu’ils volent, pillent, emprisonnent et massacrent toujours plus leurs voisins au fil des ans ; qu’ils refusent obstinément l’arrêt de la colonisation et par leur comportement affichent une arrogance peu commune, peut-être est-ce le moment de remettre en cause le partage-même de ce qui fut décidé sans l’avis des premiers concernés, en 1947… et de dénoncer la solution choisie par les États dits démocratiques qui leur fut imposée, la déclarant caduque et impossible à réaliser de par l’intransigeance coloniale israélienne…
Et peut-être dans la foulée conviendrait-il de rappeler que finalement, le problème des pogroms puis du génocide des juifs pendant la dernière guerre mondiale était bien un problème européen qui ne concernait pas le Proche-Orient où ils vivaient tranquilles. Problème qui dès lors, ne devrait pas trouver sa solution sur le dos des Palestiniens qui aujourd’hui continuent à payer notre ardoise ! Et de suggérer aux Européens et leurs alliés de trouver sur leurs terres, un endroit pour l’établissement de l’Etat « juif » d’Israël. Ce sera l’occasion de voir si leur détermination au soutien d’un tel État déguisé en démocratie sera toujours aussi appuyée et inconditionnelle…
Ainsi, voilà bientôt deux ans, je proposais dans La Démocratie Mensonge, une solution à la question israélo-palestinienne, sous forme de « pensées interdites » :
« (…) Si l’on regarde l’Histoire humaine, rien n’y est jamais définitif. Tout est, là également, en constante évolution. Et tout particulièrement, les frontières délimitant les limites de tel ou tel pays. Il n’est qu’à jeter un œil sur les cartes géographiques d’antan. Celles d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec celles d’hier ou d’avant hier. Et ne sont probablement pas à l’image de celles de demain. Transformées elles aussi, par la conjonction des forces qui les (re)dessinent. Et dans ce cas-là, les forces en question sont la volonté et les décisions des hommes et des femmes qui peuplent le monde et ses régions, et en modèlent, en modifient ses étendues et ses limites. Il ne faut pas remonter bien loin dans le passé pour en avoir des exemples : que ce soit en ex-URSS, en ex-Yougoslavie, en ex-Tchécoslovaquie pour ne parler que d’une Europe qui n’a de cesse de se redessiner, les récentes nouvelles frontières sont nombreuses. Et ne sont certainement pas définitives. Dans quelque temps, qu’adviendra-t-il du Kosovo, du Monténégro, de l’îlot russe de Kaliningrad enclavé en pays baltes eux-mêmes rattachés à l’Union européenne, du Kurdistan inscrit sur plusieurs pays, du Sahara occidental, ou du Tibet, … ? Bien malin qui pourrait en dessiner aujourd’hui les futures frontières.
Mais l’observation des faits scientifiques nous a appris aussi autre chose, d’essentiel : dans son évolution, l’univers a horreur du gaspillage d’énergie, étant entendu que rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Pour une fois, essayons donc d’en tirer les leçons et de nous les appliquer.
Il n’y a pas si longtemps, au moment où quelques responsables juifs réclamaient une terre pour accueillir leur projet de foyer national, étaient envisagées trois éventualités : la Palestine, l’Argentine et l’Ouganda. Le choix s’est porté sur la Palestine, pour diverses raisons dont celle d’un retour à la Terre Promise… cette fadaise ! Aujourd’hui, plutôt que de continuer dans cette option qui paraît sans issue, dans cette obsession sanglante et meurtrière d’imposer les frontières du jeune État d’Israël au cœur de la Palestine historique dont les habitants n’ont jamais eu leur mot à dire sur cette décision, et d’en payer le prix le plus fort depuis 60 ans, pourquoi ne pas envisager une quatrième voie, plus économe à tout point de vue ? En outre, dans l’esprit de la « globalisation » où tout est bon à n’importe quelle entreprise pour améliorer ses marges bénéficiaires par l’entremise de la délocalisation, l’idée s’inscrit tout à fait dans l’air du temps…
De toutes les manières, plus les années passent, plus la domination d’Israël sur la région semble comptée. Depuis 1967, à l’inverse de ce qui apparaît au premier coup d’œil, l’Etat israélien a perdu une partie du terrain volé à ses voisins. Il a rétrocédé le Sinaï à l’Egypte, a quitté la majeure partie du Sud Liban, s’est retiré de Gaza, et devra tôt ou tard négocier le Golan syrien… avant d’entamer des pourparlers au sujet des nombreuses colonies implantées en Cisjordanie dont on sait que toutes sont illégales.
Son recours à une oppression féroce sur ce qui lui reste en est d’autant plus brutale : les Palestiniens en font les frais chaque jour… avant, sans doute, l’implosion de l’Etat israélien sous sa forme actuelle, condamné à disparaître par la définition même de ses statuts racistes et de ses pratiques d’apartheid impossibles à perpétuer éternellement dans un monde qui prône la « démocratie » comme modèle…
L’Algérie a résisté pendant plus de 130 ans à l’occupation française… Même dans un infernal quotidien, les Palestiniens savent avoir encore du temps devant eux… et il est fort improbable que les pays arabes voisins acceptent la disparition du 3ème lieu saint de l’Islam à Jérusalem, au seul profit du judaïsme…
Ainsi, puisqu’il est établi que les États-Unis soutiennent inconditionnellement et, envers et contre tout, le gouvernement et le peuple israéliens, pourquoi ne pas offrir à ces derniers, l’un des plus grands espaces qui soit – la superficie des USA est de 9.630.000 km² et celle d’Israël de 20.770 km², soit moins de 0,25 % du territoire américain – en leur permettant d’y édifier leur État ? Les espaces désertiques ne manquent pas dans le Sud-Ouest des USA et quelques grands déserts pourraient bien accueillir ceux qui semblent avoir un penchant atavique pour la chose.
Avec les techniques actuelles, nul doute qu’il soit possible de déménager les quelques vieilles pierres restantes du Mur des Lamentations… Et si vraiment cela ne pouvait être envisagé par crainte de dommages irréversibles au site historique, ou par respect pour ceux qui désireraient rester à Jérusalem, ainsi que pour le tourisme qui retrouverait-là son affluence d’antan, on pourrait assurément compter sur les techniciens d’Hollywood pour effectuer de parfaits décors de la Ville Sainte, plus vrais que nature ! Et pourquoi pas, envisager jusqu’à la reconstruction totale du Temple de Salomon qui trônerait alors, dans toute sa splendeur, au centre d’une nouvelle capitale, baptisée New-Jerusalem !?
Ce serait tout avantage pour les Israéliens : ils ne seraient pas trop dépaysés par l’environnement naturel ; seraient directement sous l’aile protectrice et satellitaire de leur bienfaiteur ; ne devraient plus utiliser leur argutie habituelle de peurs paranoïaques alimentées par la présence d’Arabes et de musulmans innombrables à leurs frontières ; n’auraient plus besoin d’un budget militaire exponentiel pour garantir la paix avec leurs voisins, ce qui leur permettrait de se pencher sur le problème réel de la pauvreté dans le pays ; n’auraient plus à vivre en état de stress permanent parce qu’ils seraient mieux abrités d’éventuelles attaques suicides ; pourraient se livrer sans limite à leur occupation favorite, à savoir, l’extension de leur territoire, etc… Le colossal budget militaire ainsi économisé pourrait servir à édifier très rapidement les infrastructures modernes dont ils bénéficient aujourd’hui, et pourrait en outre être consacré aux soins psychologiques indispensables pour soigner les nombreuses névroses d’une grande majorité de citoyens.
Enfin, comble de bonheur, ils seraient proches du Saint des Saints puisque le souffle divin traverse aussi le Président yankee [à l’époque du président Bush- ndlr], qui conduit désormais le monde de vision en vision… Comme on peut le voir, là également, point de dépaysement…
La région du Moyen-Orient serait finalement libérée de l’une de ses tensions majeures. La Communauté internationale serait définitivement débarrassée de l’un de ses plus épineux problèmes puisque le cas échéant, tout problème israélien deviendrait interne aux États-Unis. Là également, que d’économies d’argent et d’énergie ! Le calme reviendrait sans doute dans l’ensemble de la région. Ainsi peut-être que sur les cours pétroliers. Le nouveau Moyen-Orient ainsi reconstitué pourrait être sécurisé d’Est en Ouest et du Nord au Sud et nettoyé de tout danger nucléaire, y compris en Iran. Et les peuples libérés pourraient enfin se consacrer à l’essentiel. Ce qui au vu des dégâts à tous niveaux, éliminerait le chômage et assurerait du travail pour tous, pendant des décennies entières. Nous serions en Europe, soulagés des interventions indigestes des prétentieux de salons, politologues incompétents, journalistes verbeux, « spécialistes » pédants, etc… Et chacun de nous pourrait en définitive, consacrer son temps à autre chose.
Quand on voit les milliards engloutis, dans la conquête spatiale pour les armes sophistiquées des uns, dans la reconstruction et l’aide humanitaire sans fin des autres, sans compter les coûts indécents d’une diplomatie inopérante de tous, en termes strictement économiques, l’impact d’un tel plan serait i-ni-ma-gi-na-ble ! Au lieu d’entraîner les forces vives du pays dans leurs guerres ruineuses, les États-Unis pourraient booster leur économie de façon vertigineuse. Les places boursières s’envoleraient. Et leur image extérieure retrouverait une blancheur (presque) immaculée.
Plutôt que de renouveler sans cesse des promesses jamais tenues à propos d’un futur État palestinien, celui-ci pourrait éclore dans ses limites historiques, et la place libérée par une partie de la communauté juive permettrait d’y accueillir tous les réfugiés entassés dans les pays voisins qui, eux aussi, seraient débarrassés d’un douloureux problème à l’intérieur de leurs frontières… Tous les Israéliens, juifs ou non, qui le désirent pourraient rester en Palestine et cohabiter sereinement avec leurs compatriotes arabes, musulmans, chrétiens ou laïcs, comme c’était le cas par le passé, ainsi que dans nombre de pays de par le monde.
De son côté, le nouvel Israël pourrait négocier son rattachement comme 51ème Etat aux cinquante actuels qui forment les États-Unis d’Amérique. Il serait ainsi, enfin reconnu par toutes les Nations, y compris par les États arabes les plus réticents, dans son « droit d’exister »…
L’ensemble des anciennes Résolutions des Nations Unies seraient déclarées caduques et une nouvelle ère de réelle prospérité s’ouvrirait pour chacun. Bref, ce serait la paix pour tous, dans le meilleur des mondes… Cela s’avèrerait une véritable manne céleste, proche du miracle… Mais, quoi de plus naturel, pour le peuple élu dont les plus convaincus n’ont de cesse de répéter qu’ils sont en dialogue direct avec Dieu !? (…) »
Daniel Vanhove
18.11.09
Observateur civil – Membre du MCP (Mouvement Citoyen Palestine)
La Démocratie Mensonge – 2008 – Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire
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17 novembre 2009
Les Palestiniens, les Séfarades, les Mizrahim... et le Sionisme
Les Palestiniens, les Séfarades, les Mizrahim... et le Sionisme
Fethi GHARBI
Photo : Hebron, un colon israélien jette du vin sur une passante palestinienne
Tanya Reinhart soulignait que depuis l’occupation de 1967, les responsables politiques et militaires israéliens débattaient de la meilleure façon de conserver le maximum de terres avec le minimum d’arabes. Israël avait en effet réussi à coloniser le Golan, la Cisjordanie, la bande de Gaza et le Sinaï. Le Golan peu peuplé était une proie facile pour l’annexion. Sur ses 100 000 habitants, 90 % s’enfuirent ou furent chassés pendant la guerre, et les colonies établies là par Israël s’implantèrent sur une terre vidée de sa population. Le 14 décembre 1982, la Knesset vota une loi mettant le Golan sous la législation et l’administration israéliennes, ce qui équivalait à une annexion pure et simple qui ne comportait aucun risque.
La Cisjordanie et la bande de Gaza surpeuplées posaient et posent jusqu’à nos jours un tout autre problème : L’annexion pure et simple aurait transformé les Palestiniens qui y vivent en citoyens israéliens à part entière, ce qui aurait provoqué un désiquilibre démographique, tant redouté. Pour surmonter cette difficulté, deux solutions différentes furent élaborées.
Le premier plan consistait à annexer 30 à 40 % des territoires. le reste étant placé soit sous souveraineté jordanienne, soit sous une forme quelconque d’autodétermination. Dans une interview de 1983 Rabin déclarait : "J’affirme que nous sommes prêts à abandonner environ 65 % de la Cisjordanie et toute la bande de Gaza". Ce plan représentait l’avantage de grignoter une bonne partie des territoires occupés, d’ émousser la lutte armée et de garantir l’équilibre démographique. L’expulsion de masse,sur le modèle de 1948 ne leur semblait plus réalisable vu l’évolution de l’opinion publique internationale...
L’autre approche était celle de Sharon et des milieux militaires, elle consistait d’abord à briser la résistance palestinienne en détruisant toute forme d’organisation, toute base de pouvoir, comme il fut le cas au Liban en 1982. Le deuxième volet du plan visait le transfert du plus grand nombre possible de Palestiniens des territoires occupés vers la Jordanie par exemple.
Avec Oslo, c’est la première approche qui semblait l’emporter. Rabin était partisan de cette ligne. En échange de l’engagement pris par Arafat de contrôler son peuple et de garantir la sécurité d’Israël, il était prêt à accepter que l’Autorité palestinienne régisse ses enclaves sur le mode de l’autodétermination. De là, la fameuse solution des deux états : un état-seigneur et un état-vassal, un état coiffant un peuple de maîtres et un état sous-traitant des masses d’esclaves.
Depuis l’arrivée de Sharon au pouvoir et jusqu’à aujourd’hui nous assistons à une combinaison des deux approches. D’un coté l’état à la tête des bantoustans continue à vivoter avec un pouvoir éxecutif, vidé de toute substance, transformé en garde-chiourme au service de l’occupant. De l’autre coté l’assassinat d’Arafat a provoqué le vide politique tant escompté, Jérusalem-Est est presque vidée de sa population palestinienne alors que 500 000 colons ont progressivement investi la Cisjordanie, repoussant, asphyxiant les palestiniens qui tentent de survivre comme ils peuvent sur les 22% des terres qui leur restent... en attendant le pire...
L’enchevêtrement des deux approches a le mérite de camoufler la réalité des faits : Israel continue une politique d’épuration ethnique sur le modèle de 1948 tout en présentant aux yeux du monde la fausse image de deux états souverains. Il faut reconnaître que ce gros mensonge fut l’arme la mieux fourbie par Israel et les puissances occidentales pour liquider de manière définitive et subtile la cause palestinienne. L’autorité palestinienne, cependant, ne semble pas encore se rendre compte. Depuis 1993, de négociation en négociation, de concession en concession, elle offre à Israel le moyen de continuer sa besogne. Même Hamas est tombé dans le piège en participant au "pouvoir" et en s’entre-tuant avec Fatah pour un mirage, ce qui a permis, entre autre, aux sionistes de se dégager de leur responsabilité de pays colonisateur.
Il est donc clair que la politique israelienne n’a pas varié d’un iota par rapport à 1948 et qu’elle reste fidèle à ses "principes" : "Un peuple sans terre pour une terre vidée de son peuple". Les deux approches sionistes offrent en fait aux palestiniens le choix entre l’expulsion et les murs de l’apartheid. Toute la mascarade de ce processus de paix qui perdure sert en réalité à entériner le fait accompli.
Ce qui distingue cette forme de colonialisme, c’est sa frénésie à éliminer physiquement et de manière systématique le colonisé. Des massacres comme ceux de Dir Yassine, de Sabra et Chatila, de Jenine et de Gaza... ne sont que quelques exemples des crises de folie meurtrières qui ont jalonné et jalonneront encore le parcours de cette entité. A chaque fois l’horreur qu’ils suscitent à travers le monde est vite éludée grâce à l’énorme appareil de propagande et aux grands médias occidentaux. L’épuration ethnique est doublée d’une sorte d’élimination magique : Depuis la création d’Israel et pendant plus de trente ans, les mots Palestine et Palestiniens ont totalement disparu du vocabulaire politique et médiatique en Europe et aux Etats Unis. Seules quelques tribus arabes nomades presque préhistoriques parsèment les contrées arides de cette "terre sans peuple". Encore aujourd’hui, les palestiniens restés à l’intérieur de la ligne verte après la colonisation continuent à être appelés "arabes israeliens".
Si le monde se rend de plus en plus compte du traitement barbare infligé aux palestiniens, il ne nous vient jamais à l’idée que la societé israelienne, ce modèle parfait de démocratie implanté au beau milieu de la barbarie arabo-musulmane soit autre chose qu’un espace de rassemblement, de retrouvailles et de fraternité entre les différentes ethnies juives qui ont tant et tant souffert de l’injustice des autres. Non, malheureusement, les sionistes, majoritairement d’origine européenne, ne l’entendent pas de cette oreille. Ce sont bien eux qui ont semé la terreur en Palestine depuis les années trente ; c’est toujours eux qui continuent l’oeuvre de Ben Gorian et qui détiennent bien qu’ils soient minoritaires presque tous les pouvoirs. Tout le dédain, le mépris et la persécution dont ont souffert les juifs en Europe a produit chez certains d’entre eux un sentiment ambivalent fait de haine et d’admiration à l’encontre de leurs persécuteurs. Ils s’empressent d’adherer à l’idéologie coloniale, adoptant sa mythologie du progrès, ses hiérarchies ethniques et épistémologiques. Leurs mépris à l’égard des non-européens n’a d’égal que la haine qu’ils ont d’eux-même, de leur image, de leur origine. Si l’attitude haineuse et raciste à l’égard des palestiniens peut s’expliquer comme faisant partie d’une stratégie coloniale, ce qu’endurent les juifs Séfarades et les juifs Mizrahim, deux éthnies de culture orientale, peut-il avoir un sens ?
Oui, les sionistes s’apparentent plus à leur culture européenne et à l’idéologie coloniale euro-centrée et raciste qu’à leur judaïté.
Les faits sont d’une clarté aveuglante :
Le professeur Michel Abitbol, de l’Université hébraïque de Jérusalem cite dans son livre "Le Passé d’une discorde" un article du quotidien Haaretz, datant de 1949, qui parle des juifs de l’Afrique du nord, où l’on peut lire : « Race primitive et ignorante, sans aucune spiritualité, dont le niveau général n’est guère plus élevé que celui des Arabes, des nègres ou des Berbères de chez eux, sans racine juive très profonde... Leurs demeures sont immondes : ils s’y adonnent aux jeux de cartes, à la boisson et à la prostitution. Ils sont des fainéants chroniques et détestent le travail manuel ».
Un discours aux relents ô combien évocateurs !...
Rien qu’en septembre 2008, l’écrivain et chercheur Elana Maryles Sztokman publie un article(1) à propos du système éducatif en Israel. Elle dit entre autre :
"... Ce qui se passe dans l’école de Beit Ya’acov n’est rien de moins qu’une officialisation du racisme. Ici, l’école applique une politique qui ne permet pas aux filles Séfarades d’être dans une même classe que des filles Ashkénazes ou Hassidiques. Elles ont des enseignants différents , des classes différentes et même des heures de récréation différentes et une clôture entre leurs cours de récréation pour s’assurer que les deux groupes ne se mêlent pas pendant les pauses..."
David Benchetrit, juif séfarade d’origine marocaine, réalisateur du film “Rouah Kadim – Khronika marokaït” (Vent d’Est – Chronique marocaine) raconte l’histoire des Juifs séfarades, de leur émigration vers Israël dans les années cinquante et soixante à nos jours. Benchetrit lève un voile cruel sur les maabarot [camps de transit], les enfants marocains aspergés de DDT à leur arrivée en Israël, les émeutes séfarades du Wadi Salib et des manifestations des Panthères Noires israéliennes, un mouvement de contestation de juifs Mizrahim.
Commentant son film, David Benchetrit dit :
"... la plupart des sionistes sont des êtres poursuivis par le démon de la persécution, par la malédiction historique de l’Europe orientale : l’antisémitisme et le racisme. Ce démon n’existe pas chez les Orientaux. Leur persécution est directement le fruit du mouvement sioniste. Ce mouvement voulait bâtir ici un endroit normal et sain. Mais tout ce qu’il est parvenu à créer, c’est un monde aliéné où tout ce qui est différent est persécuté : Palestiniens, Orientaux, Haredim et Bédouins. Tant que l’élite ashkénaze donnera le ton, cet endroit continuera à vivre dans la haine de soi et dans la schizophrénie..."
La sociologue juive mizrahim d’origine irakienne, Ella Habiba Shohat, se dit être une arabe juive. Dans son livre "Le sionisme du point de vue de ses victimes juives elle souligne la haine qu’éprouvent les sionistes pour l’orient et son impact sur les juifs orientaux :
"... En niant l’Orient arabe, musulman et palestinien, le sionisme a nié les juifs orientaux qui tout comme les palestiniens ont eux aussi été spoliés du droit à la représentation..."
Au train où vont les choses, les sionistes finiront peut-être par se débarrasser des palestiniens, mais il y a une chose dont ils ne pourront jamais se débarrasser : c’est la haine qui les habite, la haine de soi qu’ils plaquent sur l’altérité !
A qui donc le tour après les palestiniens ?!
Si les opprimés pouvaient se reconnaitre au lieu de se renier, ils verraient que les vrais clivages sont ailleurs. Ils s’apercevraient alors qu’ils représentent une force extraordinaire : une force morale, la seule capable d’éradiquer ce mal qui gangrène l’Orient.
Fethi GHARBI
1) http://www.ism-france.org/news/arti...
URL de cet article
http://www.legrandsoir.info/Les-Palestiniens-les-Sefarades-les-Mizrahim-et-le-Sionisme.html
16 novembre 2009
Sondage de Haaretz: la droite se renforce
Sondage de Haaretz: la droite se renforce
[Vendredi 13/11/2009 11:33]
Le quotidien Haaretz est bien obligé de l’admettre, en s’appuyant sur des sondages: la droite s’est renforcée en Israël ces derniers mois et si des élections avaient lieu aujourd’hui, précise-t-il, elle obtiendrait 72 sièges contre 48 seulement pour la gauche. A l’heure actuelle, le rapport des forces est le suivant: 65 sièges pour la droite et 55 pour les partis centristes et de gauche.
Toutefois, et ce détail est assez surprenant, une majorité se dégagerait en faveur de pourparlers avec le Hamas, avec une condition préalable essentielle, bien entendu, à savoir « que l’organisation renonce au terrorisme et reconnaisse l’existence d’Israël ». Quant au Parti travailliste, il serait en pleine déconfiture avec un nombre de plus en plus restreint d’électeurs potentiels.
Voici, en bref, quelques-uns des résultats d’une enquête réalisée en fin de semaine pour le quotidien israélien par l’Institut Dialogue, dirigé par le professeur Camille Fuchs, du département de Statistiques de l’Université de Tel Aviv.
Les derniers résultats indiquent donc qu’au cours des neuf derniers mois, sept sièges sont passés du centre-gauche à la droite. Kadima, de son côté, ne s’est pas renforcé mais il se maintient alors que les travaillistes n’ont plus que 6 mandats, au lieu des 13 dont il jouit encore dans la présente Knesset. Selon les estimations, il serait en voie de disparition de la carte politique d’Israël.
De façon générale, constate Haaretz, ce sondage ne peut que satisfaire l’actuel Premier ministre Binyamin Netanyahou, notamment parce que la majorité du public considère que c’est Abbas qui est responsable du « gel » dans les négociations actuelles entre Israël et les Palestiniens. En outre, la majorité des Israéliens trouvent qu’il assume bien son rôle et ses responsabilités: 43 % se sont exprimés en sa faveur contre 27 % seulement pour Livni, chef de Kadima. Et d’après cette étude, l’écart ne cesse de grandir entre eux depuis l’avènement au pouvoir de Netanyahou.
Certaines prises de position sont assez inattendues dans ce sondage, comme par exemple l’attitude des Israéliens face au Hamas qui détient en otage le jeune soldat Guilad Shalit depuis plus de trois ans. Sur ce sujet, la majorité de la population soutient l’avis du député Shaoul Mofaz, de Kadima, qui vient de faire connaître sa plateforme politique et d’appeler notamment à dialoguer dans certaines conditions avec le Hamas. 72 % des électeurs de Kadima l’approuveraient ainsi que 53 % des votants du Likoud.
07 novembre 2009
Lutter contre l’islamophobie et pour la Palestine : un même combat politique
Lutter contre l’islamophobie et pour la Palestine : un même combat politique
mardi 27 octobre 2009, publié par Nadika
LUTTER CONTRE L’ISLAMOPHOBIE ET POUR LA PALESTINE :
UNE MEME RESISTANCE ET UN MEME COMBAT POLITIQUE !
Lutter contre l’islamophobie ne consiste pas seulement en une dénonciation des actes racistes qui frappent de plus en plus et de plus en plus violemment les musulmans, aussi ferme, tranchée, intransigeante et subversive soit-elle. Certes, on doit dénoncer les institutions et les autorités publiques qui, tout en feignant de dénoncer ponctuellement ces actes agressifs alors même qu’elles en sont les principaux vecteurs, engendrent ce racisme et cette islamophobie structurels. Cette démarche suppose un engagement réel dans l’espace public et une implication politique totale et assumée, qui s’émancipe des fonctions qu’on veut nous voir tenir : expert fanfaron qui vient cautionner des mesures racistes à notre encontre, musulman de service chargé de contrôler la communauté ou autre oncle Tom musulman à la solde de l’ordre établi. Si nous voulons voir l’islamophobie reculer, nous n’avons d’autre alternative que celle qui conduit sur le terrain politique. Mais, au-delà d’un seul discours centré sur des revendications spécifiques liées à une problématique islamique, l’implication en politique doit être globale.
Il est certes nécessaire de porter le combat contre l’islamophobie mais se contenter de cette seule dimension est insuffisant. Lutter contre l’islamophobie, c’est imposer la présence des musulmans, une présence non pas seulement sociale, médiatique et économique, mais une présence politique, sans que cette dernière ne soit sujette à une quelconque compromission car, comme l’écrit Abdelmalek Sayad, « exister, c’est exister politiquement ». Les musulmans, comme n’importe quel autre citoyen ou résident soucieux de s’occuper des affaires publiques, doivent se saisir de toutes les questions sans se cantonner aux problèmes qu’on nous attribue d’office et en prenant en charge même celles qui sont dites sensibles et qu’on voudrait précisément nous voir abandonner. Et à ce titre, la question palestinienne est déterminante.
Alors que Gaza en janvier 2009 subissait l’atrocité des attaques et résistait dans la plus grande dignité, des foules immenses, constituées pour l’essentiel d’arabes et de musulmans, ont déferlé dans les rues des grandes villes. Ce soutien au peuple palestinien et à sa résistance n’est en aucun cas le reflet d’une solidarité confessionnelle : c’est une solidarité éminemment politique sur des critères historiques. La connaissance de notre histoire nous impose cette solidarité. On sait que les musulmans, issus de l’immigration post-coloniale, sont l’objet de regards et pratiques déterminés notamment mais de façon marquante par l’histoire coloniale de la France et c’est cette même expérience de résistance face au colonialisme et au post colonialisme que partagent musulmans en France et palestiniens. Evidemment, les effets ne se réalisent pas de la même manière ni dans les mêmes degrés, toutefois, la conscience de notre historicité et la compréhension de cette histoire commune de libération face à l’oppression coloniale explique cette solidarité avec la lutte palestinienne, consubstantielle à nos luttes intrinsèques. Cette histoire coloniale qui continue de s’écrire sous les noms d’assimilation, de discrimination, de stigmatisation : qu’il s’agisse de résister à la dépossession identitaire, et à son lot d’acculturation et de dépersonnalisation tragiques, ou à la dépossession territoriale, c’est un même combat.
Islamophobie, choc des civilisations et sionisme, dans un cas comme dans un autre, il s’agit d’un colonialisme polymorphe. L’hostilité générale qui a accueilli ces manifestations témoigne à la fois d’un consensus en faveur de l’entité sioniste mais aussi d’une islamophobie arrogante à l’égard de ces musulmans qui se font visibles et politiques pour soutenir des résistances et contester des injustices. Les commentaires douteux et méprisants stigmatisant cette foule en la qualifiant de communautaire et d’islamiste révèlent que c’est encore une fois ce processus de diabolisation de l’Islam et des musulmans qui est à l’œuvre pour disqualifier des luttes politiques. Ce même procédé qui est utilisé lorsqu’il s’agit d’écraser la résistance palestinienne : « … vous dites que, si les Palestiniens arabes s’opposent à l’installation et à l’occupation de leurs terres par les Israéliens, ce n’est rien d’autre que le « retour de l’islam » » (E. W. Said , L’Orientalisme). Tout se passe comme s’il suffisait d’attribuer la caractéristique d’ « islamique » ou pire d’ « islamiste » à un militant , un mouvement ou un événement politique pour qu’aussitôt il soit touché de suspicion, de défiance et de discrédit ; et l’exemple des bagagistes de Roissy est révélateur en ce sens. Ainsi, à la lumière de ce processus, les raisons pour lesquelles le Hamas et le Hezbollah sont la cible de toutes les attaques de la part des régimes occidentaux paraissent évidentes : ils résistent et luttent contre l’injustice, on les affuble alors de stigmates islamiques disqualifiant pour essayer de les neutraliser. On perçoit d’autant mieux l’utilisation de ce prisme déformant, et qui est d’une efficacité redoutable dans les médias et l’opinion publique, quand on compare le traitement réservé aux différents régimes du Moyen-Orient selon la règle de la géométrie variable : quand des musulmans choisissent de résister, ils sont diabolisés ; quand des musulmans font allégeance, ils deviennent alors fréquentables et courtisés, comme c’est le cas des régimes corrompus, soumis et serviles. La diabolisation, véritable carburant de l’islamophobie, frappe délibérément la catégorie de l’Islam et des musulmans qui résiste à l’oppression. Et les répercussions sur les musulmans en France sont immédiates.
L’instrumentalisation et la diabolisation de l’Islam visent à nous faire taire. On ne peut pas, sous prétexte d’être mieux entendu ou mieux accepté, faire l’économie de la dénonciation de la diabolisation de l’Islam à des fins coloniales, qu’elle soit à l’échelle nationale ou internationale, comme en Afghanistan ou en Palestine, qu’elle s’appelle islamophobie ou choc des civilisations. Le risque étant de devenir, ad vitam aeternam, des sous-citoyens ou des individus de seconde zone toujours en proie aux discriminations quotidiennes et autres humiliations. Il est impératif de s’affranchir de ce cadre discursif fondé sur une espèce de chantage tacite à la respectabilité et qui nous impose, comme condition de notre recevabilité, de nous détacher d’une part de notre identité, de nous désolidariser des mouvements de résistance et d’abandonner la Palestine. Et sans redouter d’être rabroué, disqualifié et renvoyé au statut illégitime qu’on voudrait nous voir porter en permanence.
La Palestine a toujours été un catalyseur de conscience politique et d’engagement militant dans l’immigration post-coloniale, et ce qu’elle nous dit aujourd’hui, c’est qu’oublier la Palestine, c’est se nier soi-même. Etre capable de revendiquer haut et fort, sans complexe et sans concession, la libération totale de la Palestine c’est, aussi, lutter contre l’islamophobie.
Septembre 2009, Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie.
30 septembre 2009
Goldstone persiste et signe

Goldstone persiste et signe
Sep. 29, 2009
ELANA KIRSH , THE JERUSALEM POST
L'enquêteur de l'ONU, Richard Goldstone, a appelé mardi la communauté internationale à mettre fin à la "culture d'impunité du viol des droits internationaux en Israël", selon un communiqué des Nations Unies.
Richard Goldstone s'est adressé au Conseil des droits de l'homme pour défendre le rapport d'enquête des Nations unies sur l'opération Plomb durci à Gaza : l'étude constatait qu'Israël, autant que les groupes palestiniens armés, avaient commis des crimes de guerre, voire, contre l'humanité.
Le juge a exhorté le comité à renvoyer le rapport au Conseil de sécurité des Nations unies, car selon lui, ni Israël, ni le Hamas, n'ont mené d' enquêtes internes sur leur rôle dans l'affrontement de l'hiver dernier.
Si les parties ne peuvent pas répondre aux questions du Conseil de sécurité, dit-il, la question devra être transmise à la Cour pénale internationale.
Pour Goldstone, "il est maintenant temps d'agir. Une culture de l'impunité dans la région perdure depuis trop longtemps. Le manque de responsabilité pour les crimes de guerre et les crimes présumés contre l'humanité a atteint un point critique; le manquement permanent de la justice érode le moindre espoir d'issue positive au processus de paix et renforce l'environnement violent de la région. "
Parmi les conclusions du rapport, l'équipe d'enquête a constaté que les tirs terroristes depuis Gaza, constituaient des crimes de guerre. Il a également déclaré que le blocus imposé par Israël a entraîné la violente prise de pouvoir du Hamas à Gaza, il y a de cela quatre ans.
Alors que Goldstone a concédé à Israël le devoir de protéger ses citoyens, il pense que cela "ne justifie en rien une politique de punition massive d'un peuple sous occupation, en détruisant leurs moyens de mener une vie digne. "
This article can also be read at http://www.jpost.com /servlet/Satellite?cid=1254163540975&pagename=JPArticle%2FShowFull
Un général israélien prédit des offensives futures à Gaza

Un général israélien prédit des offensives futures à Gaza
(AFP) –
JERUSALEM —
Le chef d'état major adjoint israélien a prédit samedi qu'Israël lancera des offensives futures contre le mouvement Hamas qui contrôle de la bande de Gaza, dans une interview télévisée.
L'offensive "plomb durci", lancée par Israël en décembre-janvier derniers "ne constitue qu'un round parmi d'autres" dans la campagne contre le Hamas, a déclaré le général Dan Harel à la seconde chaîne de télévision israélienne.
"Ces opérations pourront prendre des formes diverses, avec ou sans une occupation du terrain", a-t-il poursuivi.
"Il n'y a pas d'autre choix tant que l'autre camp refuse d'accepter notre existence"? a-t-il ajouté, en allusion au fait que les groupe islamistes prônent à plus ou moins long terme la destruction de l'Etat juif.
Du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009, l'armée israélienne a lancé une offensive dévastatrice dans la bande de Gaza, censée faire cesser les tirs de roquettes par des groupes palestiniens contre le territoire israélien.
Plus de 1.400 Palestiniens y ont péri, en majorité des civils d'après les services d'urgence palestiniens.
L'étendue des dommages à valu à Israël d'être accusé de crimes de guerre par la commission Goldstone de l'ONU qui a également mis en cause les groupes armés palestiniens à cause de leurs tirs de roquettes contre Israël.
Depuis vendredi, la bande de Gaza connaît une nouvelle flambée de violence après la mort de trois membres du mouvement radical Jihad islamique, tués dans un raid de l'aviation israélienne.
Dix-sept Palestiniens ont été blessés samedi par l'armée israélienne lors d'une manifestation à l'ocacsion des funérailles des trois hommes, selon des sources médicales et des témoins.
Les manifestants ont lancé des pierres contre des soldats de l'autre côté de la clôture séparant la bande de Gaza d'Israël, brandi des armes et tiré des coups de feu aux cris de "Vengeance, vengeance, brigades al-Qods" et "Réponse, réponse à Tel Aviv", en référence au bras armé du Jihad islamique.
L'armée israélienne a diffusé pour sa part un film de l'attaque pris par un drone montrant que le véhicule ciblé dans le raid transportait des roquettes dont l'une a même été tirée après l'attaque.








