FREE PALESTINE

Le Mouvement Citoyen Palestine est une association de fait, constituée de citoyens d’horizons divers et qui a pour objectif la promotion et la défense des droits inaliénables du peuple palestinien à disposer de son territoire et d’un Etat.

18 juillet 2008

Culture de la peur

Culture de la peur

Seth Freedman

The Guardian – 22 juin 2008

www.guardian.co.uk/commentisfree/2008/jun/22/israelandthepalestinians.fear/print

L'histoire a tendu au peuple juif la peur de l'annihilation sur un plateau – mais, alors que la peur existe, ce qui est redouté pourrait ne pas exister.

Ce matin, j'étais invité à parler devant un groupe de coopérants souhaitant vivement approcher les  communautés juives israéliennes et de la diaspora, avec leur dernière campagne. Ils sont, et on le comprend, plein d'appréhension quant à la meilleure marche à suivre étant donné le champ de mines qui se trouve sous les pieds de celui qui tente de critiquer des éléments de la politique d'Israël.

Nous avons discuté du moyen le plus efficace de dessiller les yeux des gens sur la réalité de l'occupation, afin de leur faire sentir la vérité de ce qui est perpétré au nom de la sécurité d'Israël. Etant donné la volte-face que j'ai opérée depuis mon installation en Israël, il y a quatre ans, on m'a demandé de décrire l'expérience qui aura eu pour moi, jusqu'ici, l'influence la plus marquante comme catalyseur dans ce parcours politique dans lequel je me suis embarqué. Sans hésiter, j'ai répondu que cela avait été ma balade illicite à Bethléhem, pendant un week-end de permission de l'armée. Notre unité était de service dans la ville à ce moment-là et, jusqu'alors, j'avais été conditionné à voir les habitants comme des terroristes en puissance, qu'il fallait traiter en conséquence afin de conjurer une menace mortelle pour nous.

Sans M16 au flanc, ni grenade dans mon sac, j'ai traversé le checkpoint et fait mes premiers pas hésitants en ce qu'on appelle terrain ennemi. Habillé d'un jeans et d'un T-shirt, j'ai parcouru ces mêmes rues du camp de réfugiés d'Aida où j'avais patrouillé, la veille, armé jusqu'aux dents et avec l'appui de cinq autres soldats. Je regardais en passant ces mêmes fenêtres et ces mêmes portes que j'avais précédemment dû scruter à la manière d'un rapace, pour le cas où un homme armé d'un fusil ou d'une bombe en aurait surgi à l'assaut de notre unité. Je regardais calmement ces mêmes bandes de jeunes dont il me fallait, lorsque j'étais en uniforme, juger en un instant s'ils étaient bien intentionnés ou s'ils en voulaient à ma vie.

La peur instillée en moi par l'armée s'était évanouie dès lors que j'étais simplement un touriste déambulant dans la ville. Inversement, plus je portais d'armes et d'attirail de protection et plus l'endroit se faisait menaçant, ce qui – je l'ai alors compris – était une distillation du cœur et de l'éternel paradoxe d'Israël, et qui le poursuit depuis le moment où l'Etat a été créé. Pour qu'il y ait une justification à l'existence d'Israël, il faut d'abord qu'une menace existentielle pèse sur le peuple juif. Je vous l'accorde, l'histoire nous a tendu sur un plateau la peur de l'annihilation, mais ce n'est pas parce que la peur existe qu'il s'ensuit nécessairement que ce qui est redouté existe aussi.

Un élément de narration frappant dans la tradition juive est que, à chaque génération, une manifestation d'Amalek tentera d'exterminer le peuple juif, tout comme l'avaient fait les Amalécites maraudeurs, durant l'exode des Juifs d'Egypte. Romains, Babyloniens, Grecs, Soviétiques et Nazis ont tous été, on le comprend bien, baptisés les Amalécites du jour, et c'est maintenant l'Iran qui est promu au titre de plus récent membre de cette dynastie multimillénaire.

La hantise de l'extermination est l'as dans le jeu juif des émotions et elle a été capitalisée par le ton virulent du nationalisme encapsulé dans le sionisme d'aujourd'hui. Occuper tout un peuple et écraser, depuis 40 ans, ses espoirs et ses rêves ? Un mal nécessaire – si nous ne le faisons pas, nous sommes foutus. Transgresser le droit international, la moralité de base et même les doctrines centrales de notre propre religion apparemment pleine de compassion ? Désolé, mais vous devez comprendre qu' « ils » veulent tous notre mort ; c'est eux ou nous, pour l'éternité.

La question de savoir qui « ils » sont est presque dépourvue de signification. Un jour, ce sont les Palestiniens parce qu'ils ont l'audace d'essayer de secouer le joug de l'oppression; un autre jour, c'est la gauche européenne parce qu'elle a le toupet d'intercéder en faveur de la justice et de la décence. « Ils » peuvent être un bandit isolé, comme Norman Finkelstein ou « ils » peuvent être un milliard de personnes, comme la population musulmane toute entière dans le monde, commodément rempaqueté en un groupe homogène fondé sur un profilement racial faux.

Des murs de béton sont construits entre « eux » et « nous »; des ordres sont donnés qui interdisent aux Israéliens de franchir la ligne de partage avec le territoire de l'Autorité Palestinienne – toujours sous la bannière de la protection de la sécurité des Israéliens. En réalité, pourtant, ce ne sont qu'une insidieuse tentative de couper hermétiquement Israël du monde extérieur et de convaincre les Israéliens qu'il s'agit d'une mesure inévitable. Ceux d'entre nous qui sont venus, ont vu et ont conquis nos préjugés sur la rue palestinienne savent parfaitement bien que les canards qui sont propagés sont simplement absurdes. Bien sûr, il y a, au sein du peuple palestinien, des militants très remontés et très violents, mais il y a tout pareillement, dans la société israélienne, des éléments dangereux, tout comme dans tout groupe ethnique de part le monde.

La réaction parmi mes amis israéliens quand ils m'entendent parler de mes ballades à Jénine, Ramallah ou Bethléem, est habituellement une réaction d'horreur que j'aie même seulement posé le pied dans ces villes, sans parler des contacts avec les habitants et des visites chez eux. « Ils te tueraient s'ils savaient que tu es juif », hurlaient-ils, parfaitement convaincu qu'un loup palestinien se tapit derrière chaque porte de camp de réfugiés. La réalité est évidemment toute différente ; à peu près tous ceux que je rencontre savent que je suis à la fois juif et israélien, et – jusqu'ici – je n'ai jamais été battu, décapité ni matraqué à mort.

Il n'y a aucune difficulté à comprendre pourquoi la mythologie et les idées fausses fleurissent, sans examen, chez l'homme de la rue israélien ou dans la communauté juive de la diaspora. Dans le vide laissé par la séparation forcée entre Juifs et Palestiniens, on a droit à une débauche d'inventions exubérantes, la fiction devenant vérité dans l'esprit des masses. On comprend aussi que le gouvernement encourage et fasse la promotion de telles fables, afin d'engranger un soutien en faveur de leur incessante politique d'irrédentisme et d'assujettissement.

Mais le seul fait que ce soit compréhensible ne le rend en aucune manière acceptable. Morale et éthique sont écrasées sous les pieds du mastodonte du nationalisme, et ce qui serait parfaitement déplaisant en n'importe quelle autre circonstance devient quelque chose de non seulement toléré par la société mais d'activement encouragé par l'électorat israélien et ses adulateurs de par le monde. En continuant de provoquer et de brutaliser les Palestiniens, ils créent ce qu'ils redoutent. Encore une génération d'Amalécites marqués au fer, encore une raison pour les Israéliens de disposer les chariots en cercle, de se préparer à faire face et de se convaincre que c'est simplement leur lot d'être éternellement haïs et invectivés. Et jamais aucun niveau de pression bien intentionnée ne peut suffire pour pénétrer la couche pétrifiée de défiance entre le peuple juif et le monde extérieur.

(Traduction de l'anglais : Michel Ghys)

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Récit de l’expulsion d’une syndicaliste française par les autorités israéliennes d’occupation

Noelle Ledeur :

En Israël, le Ministre de l’Intérieur est toujours le Ministre des Expulsions.

Récit de l’expulsion d’une syndicaliste française par les autorités israéliennes d’occupation

9 juillet 2008, nouveau voyage vers les Territoires Occupés de Palestine... Je ne pense même pas aux formalités douanières lorsque j’arrive vers 14h à l’aéroport Ben Gurion. Le contrôle de mon passeport et l’apposition du visa d’entrée n’ont jamais pris plus de quelques minutes...

Etrangement, alors que je n’ai pas encore mon passeport français à la main, une agente de police m’oriente vers un guichet réservé aux passeports israéliens. A ma remarque ’’Je ne suis pas israélienne’’, elle répond ’’I know, Je sais’’ ! Ah bon, cela se voit donc à ma tête ?

La seconde policière, chargée du contrôle et du visa d’entrée, me pose les questions rituelles : le but de ma visite en Israel, la durée prévue du séjour. Je réponds tout aussi rituellement : tourisme pour plusieurs semaines. Mais ma réponse n’entraîne pas les questions habituelles suivantes : où allez-vous séjourner, connaissez-vous des personnes en Israel, avez-vous une invitation, etc ? Non, cette fois, la réaction du masque blond platine qui me fait face est d’une autre nature : ’’vous ne venez pas en vacances ici plusieurs fois par an, je ne suis pas stupide !’’ Et elle appelle quelqu’un depuis son poste téléphonique, puis me demande de la suivre vers un bureau situé à proximité.

Là, un homme en chemise blanche avec galons, et kippa posée devant lui, se présente comme officier du Ministère de l’Intérieur. Il me repose les mêmes questions, auxquelles je fournis les mêmes réponses : ce que je viens faire en Israel (du tourisme), dans quelles villes je prévois de me rendre (Jérusalem et Bethlehem), dans quels hôtels (je donne des noms), qui je connais (personne en particulier)... Mes réponses laconiques ne le satisfont évidemment pas : il écrit 13 sur un papier et soutient que je suis venue 13 fois en 2005 ! Ce n’est pas pour du tourisme ! Je suis venue plusieurs fois par an, c’est vrai, les visas l’attestent, mais 13 fois, ce n’est tout simplement pas possible. Je travaille en France, et je ne peux voyager que pendant des vacances. Il doit y avoir une erreur dans le décompte des tampons qui figurent sur mon passeport...

Vous ne nous dites pas la vérité, on ne peut pas vous laisser entrer... et il m’envoie dans la salle d’attente, où se trouvent déjà plusieurs personnes d’origine occidentale ou arabe.

J’attends un long moment, que je mets à profit pour prévenir quelques amis de mon probable retard lorsque j’arriverai à Jérusalem. J’allège aussi mon téléphone portable de tout ce qu’il a mémorisé ces derniers temps et je vide complètement la carte-mémoire de mon appareil-photo...

Plus tard, un homme en tenue décontractée, cheveux ras et teint bronzé, vient me chercher et, sur un ton badin, me dit qu’il souhaite me voir répondre à quelques questions... Je le suis dans une alvéole minuscule, où deux jeunes femmes sont tassées derrière un bureau et suivent des écrans d’ordinateurs. Il m’ordonne de m’asseoir en face d’elles, pendant que lui reste debout à côté de moi, appuyé à la cloison. Lorsque je dis que je voudrais récupérer mes bagages, il me répond qu’ils sont plus en sécurité que lui-même dans cet aéroport... Les autres, ceux qui m’ont interrogée avant lui, c’étaient la Sécurité d’abord et l’Intérieur ensuite, lui, c’est le Ministère de la Défense et ça n’a rien à voir. On va tout recommencer depuis le  Pas possible, je gagne 2- Moi-même. - Qui vous paie vos voyages ? -début...  fois votre salaire, et je ne pourrais pas me le permettre ! Et il reprend la thèse des 13 voyages en Israel en une année.

Le ton se fait plus dur : il veut savoir ce que je visite dans le pays, les noms des lieux à Jérusalem, à Bethlehem, les hôtels où j’ai mes habitudes, le nom des gens qui m’y accueillent, je dois savoir comment ils s’appellent et ils doivent me connaître familièrement... Il me fait donner une feuille pour que j’écrive... Je réponds que je ne veux pas donner de noms de personnes... Il coupe alors net l’interrogatoire et m’ordonne de retourner en salle d’attente, il y a beaucoup de gens, on a tout le temps, ajoute-t-il...

Entre-temps, des jeunes sont arrivés, occidentaux manifestement. D’autres familles arabes, aussi. La salle s’est remplie. Par téléphone, je lance mes premiers appels à l’aide. Une amie me donne le numéro des urgences du Consulat de France (celui que j’avais était périmé !), et tout de suite, une Consul-adjointe me recontacte pour me dire que, renseignements pris auprès des services de sécurité de l’aéroport, je n’aurai pas de visa d’entrée et je serai expulsée très rapidement. C’est une décision irrévocable ! Elle me conseille de faire appel à la presse française lorsque je serai rentrée à Paris. Je fais valoir que je préférerais me battre d’abord sur place pour obtenir le droit d’entrer... Contacter la presse israélienne alors, cela peut être efficace ... En dernier ressort, elle me donne le téléphone d’un avocat. Des amis palestiniens cherchent de leur côté à obtenir aussi le concours d’un avocat...

Dans la salle d’attente, j’interroge mes voisins occidentaux : ils ont dit qu’ils venaient comme bénévoles donner des cours dans un camp de Réfugiés, par l’intermédiaire de l’UNRWA (Office de l’ONU pour les Réfugiés Palestiniens). Le ballet des interrogatoires continue...

Une policière en chemise blanche et uniforme marine vient à nouveau me chercher et me laisse entendre que, comme je n’ai pas voulu coopérer... Le 1er officier, celui de l’Intérieur, est toujours à son bureau, sa kippa posée devant lui. Il me dit que je n’ai pas dit la vérité sur mes activités, que j’ai menti, et que pour cette raison, le ministère qu’il représente ne m’autorisera pas à entrer... Je lui explique alors que je suis syndicaliste en France et que, après que mon union syndicale a invité une représentante du syndicat des Femmes Arabes de Beit Sahour à participer à son congrès en juin dernier, je viens à mon tour rendre visite à ce syndicat avec  Je n’ai pas menti,- Pourquoi nous avez-vous menti ? -lequel nous travaillons.  je viens aussi faire du tourisme, découvrir le pays, et je profite de mon voyage  Pourquoi ne l’avoir-pour effectuer cette visite à des syndicalistes amis...   Parce que je sais que si j’avais parlé de ces liens avec-pas dit plus tôt ?  une structure sociale palestinienne, cela serait devenu immédiatement un  Quelles sont les activités de ce syndicat des femmes-problème pour vous...   Des activités sociales : aide à l’enfance, atelier de travail pour-arabes ?   Est-ce que cette structure-handicapés, aide aux femmes en difficultés...   Elles font un travail social,-participe à des manifestations contre l’armée ?  pour les femmes, les enfants, les handicapés...

Mais il est trop tard, la décision est prise, ’’j’aurais dû demander un visa auprès des autorités consulaires israéliennes en France’’... Ceux-là doivent pourtant bien savoir que les Français n’ont pas à demander de visa d’entrée en Israel...

Retour en salle d’attente où une policière est venue s’asseoir aussi, un portable rivé à l’oreille et à la bouche. Au début, je crois qu’elle est venue faire une pause bavardage avec une autre pipelette. Mais quand je me lève pour téléphoner et que je franchis la porte, elle me signifie que je ne peux sortir de la pièce... Je lui demande de l’eau, ’’il n’y a que la fontaine à côté des toilettes’’, et elle doit m’y accompagner... Je comprends que désormais, ils ne vont plus me lâcher d’une semelle !

On me demande de me rendre au contrôle des bagages. Escorte : 4 pour 1 ! Je récupère ma valise qui traînait (en ’’toute sécurité’’ !) au milieu des tapis roulants depuis le début d’après-midi, et nous voilà partis pour un centre de scannage ultra-verrouillé. Ils sont au moins 15 à défiler là-dedans, chargeant des valises énormes, et passant leurs engins magnétiques sur tout ce qui pourrait contenir ... quoi ? Après le scanner, je dois ouvrir mes sacs que des jeunes gens en gants blancs vont déballer complètement. Ils ne trouvent rien qui puisse intéresser les services secrets, évidemment, mais même mon téléphone français a été passé au détecteur de mensonges. Il a pris une telle dose de gégène que pendant un temps, il écrit tout seul des messages sibyllins remplis de 7... Fouille au corps pour terminer, sous les propos gênés de la jeune femme qui doit me palper ... jusque sous les pieds (nus !). Je lui dis que ça me fait sourire parce que je n’ai rien à cacher !

Ultime retour à la salle d’attente, qui s’est presque vidée. Il est tard. Une autre jeune femme en débardeur poussin moulant sa grossesse m’annonce qu’elle va m’emmener là où je pourrai me rafraîchir, manger, boire, me reposer... Je proteste, j’attends des nouvelles du Consulat, d’un avocat, on ne m’a rien signifié officiellement, pas expliqué ce qui allait se passer maintenant, alors que j’ai obtenu plus d’une dizaine de visas d’entrée sans problème jusque-là ! Mais elle a des ordres, je dois la suivre, elle et sa collègue en tenue plus ’’bleu marine’’, qui me jette des regards noirs... Je dis à celle qui me parle avec le sourire que je la trouve charmante dans son débardeur jaune et ses tongues dorées, mais que je ne sais pas qui elle est, que je n’ai aucune raison de lui faire confiance, que je voudrais une explication face à face avec l’autorité qui décide ! Elle éclate de rire en s’excusant de sa tenue ... de femme enceinte et me montre sa carte professionnelle. Mais pour moi, c’est de l’hébreu !

Dans un fourgon banalisé, où j’ai dû monter tout à l’arrière, elles me conduisent vers une destination inconnue. Je reconnais seulement les panneaux aéroportuaires qu’on voit partout aux abords des tarmacs : Terminal 2, Terminal 3.

Un Consul de France m’appelle sur mon portable. Gros yeux de celle qui ne sait que donner des ordres : ’’Vous n’avez pas le droit de téléphoner’’ ! Je continue à parler en français à mon interlocuteur, qui me confirme qu’il n’a rien pu faire pour moi auprès des autorités israéliennes. Nouveau rappel à l’ordre : je dis C’est le Consul de France, vous ne pouvez pas m’empêcher de communiquer avec lui, vous pouvez vérifier. Bref échange, la voix rude se radoucit et me repasse mon portable. Le Consul, qui a une légère intonation de la Caraïbe, me dit que, dans mon cas, ses services n’insistent pas trop, car autrement, ils n’auraient plus de monnaie d’échange et se décrédibiliseraient complètement (sic !).

Le fourgon s’arrête, on me fait descendre, passer des grilles où d’autres policiers nous attendent. Je dois laisser ma valise dans un rez-de-chaussée étroit et monter à l’étage : endroit glauque composé d’un petit hall avec quelques chaises de molesquine fatiguée, une table basse, et, derrière, un bureau vitré avec des hommes en uniforme.

On me dit de m’asseoir. Pour passer le temps et oublier un peu l’endroit, je sors un livre. Je ne sais pas où je suis. En dehors des flics, je ne vois personne. Il y a juste un couloir face à moi, avec des portes kaki percées d’une petite fenêtre vitrée. Un policier fait entrer dans ce couloir plusieurs hommes de type asiatique, tout sourire lorsqu’ils me voient, et les entraîne plus loin. Un homme noir d’un certain âge arrive alors avec un bracelet de plastique au bras droit et peut-être un pansement au creux du coude... Il s’assoit à côté de moi et se met à téléphoner dans une langue inconnue. Lorsqu’il raccroche, je le salue. Il se touche la tête en disant qu’il a mal. Il a l’air mal en point. Je lui demande s’il a des médicaments pour la douleur, oui, on lui en a donné. Il ne tient pas debout. Soudain, je repense au détenu tunisien qui est mort au CRA de Vincennes, faute de soins, alors qu’il avait demandé de l’aide. Je suggère au policier d’emmener cet homme dans une pièce tranquille où il pourrait s’allonger...

J’ai soif et la jeune femme enceinte, qui est toujours dans le bureau, me conduit à la cuisine, en me proposant aussi un sandwich qu’elle sort du frigo. Je n’ai pas vraiment envie de manger cellophane, mais j’accepte en pensant à la nuit qui m’attend... Nous discutons des droits des femmes enceintes en Israel. Pas grand-chose, comparativement aux congés maternité en France : elle travaillera jusqu’à son accouchement ! Ses mots ne sont pas tendres pour le travail qu’elle fait...

Je demande encore un thé et la possibilité de téléphoner à un ami qui connaît un avocat et ne peut plus me joindre sur mon téléphone, qui m’a été retiré. Les policiers acceptent aussi de me laisser voir ce qui est écrit dans mon passeport. A ma grande surprise, il n’y a pas le moindre tampon attestant de mon passage par l’aéroport, la police des frontières, la douane, les services ’’spéciaux’’. Aucune trace du ’’Denied’’ de refoulement tant de fois répété dans l’après-midi ! Je songe que cette absence de trace écrite du refus de visa ne va pas me faciliter la tâche en France, si je veux contester la décision... Les policiers présents ce soir-là n’en reviennent pas qu’on ait pu prendre la décision de me renvoyer après m’avoir accordé X visas pendant des années...

Je retourne m’asseoir. Un policier me fait signe de prendre mes affaires et de le suivre. Il me conduit vers le fond du couloir, dans cette partie qui était jusque-là cachée à ma vue, celle des cellules de détention. Derrière les portes kaki, en effet, il y a des hommes et des femmes enfermés. Plusieurs cellules d’hommes, une de femmes, la dernière. Le policier actionne la serrure de la porte et me fait entrer. 2 châlits superposés de chaque côté de la pièce, au milieu, une table encombrée de gobelets et de restes de repas. Une seule chaise. Sur les paillasses enveloppées de plastique kaki, 3 femmes allongées. Les yeux de la première, qui se lève, frappent mon regard : son visage est bouffi de fatigue et de larmes. Elle est si jeune, si blonde. Elle sort. La porte est reverrouillée.

La seconde, en face, allongée sur le lit supérieur, se redresse et me sourit. Elle a un beau visage noir et clair. Je ne sais plus les mots qu’on échange, mais on se parle tout de suite. La troisième ne sort pas de sa prostration. Je ne verrai même pas ses traits. Plus tard, j’apprendrai qu’elle attendait son expulsion d’un instant à l’autre...

Mais on vient me rechercher : Madame la Consul de France m’appelle à son tour (combien y a-t-il de Consuls de France dans ce pays ?) pour me faire part de son soutien dans cette épreuve : je suis maintenant au centre de rétention de l’aéroport, est-ce que les conditions ne sont pas trop précaires et inconfortables ? Ses démarches auprès des autorités sont restées sans succès. Dans la période récente, il y a eu des refus de visa tous les jours. Depuis la mort de plusieurs Israéliens à Jérusalem-Ouest suite à l’attaque d’un Palestinien qui conduisait un bulldozer, la situation s’est beaucoup durcie. Même le Directeur d’un grand musée parisien a été refoulé ! Elle ajoute que dans un cas comme le mien, elle conseille d’avertir à l’avance le Consulat de sa venue et du but de son séjour, car cela facilite la tâche du Consulat auprès des autorités israéliennes en cas de difficultés dans la délivrance du visa. Sans garantie de résultat positif, évidemment. Je suis bien d’accord avec elle sur cette dernière phrase, car cela m’étonnerait que les activités syndicales déclarées avec des Palestiniens donnent droit facilement au feu vert des autorités israéliennes !

Notre conversation s’arrête là, et pour qu’une autre soit possible, il faudra que le Ministère de l’Intérieur l’autorise...

C’est à nouveau l’heure pour moi de rejoindre mes quartiers de nuit : on me ramène en cellule. Des sourires m’accueillent, et des mots de bienvenue. On échange nos prénoms. Pourquoi es-tu là ? Et toi ? Je découvre l’intérieur du système carcéral pour étrangers indésirables. Histoires personnelles tant de fois entendues, lues, répétées, dans tous les pays d’Europe aujourd’hui. Et pourtant histoires uniques : Milana est étrangère, mais mariée à un ressortissant du pays avec qui elle a un enfant. Sortie seule pendant quelques semaines pour rendre visite à ses parents malades, elle se voit interdite de retour auprès de son conjoint et de son fils. Elle devra rester enfermée en cellule jusqu’à ce que la Cour de justice israélienne ait statué sur son sort. Cela peut prendre plusieurs mois. Mais c’est cela ou l’expulsion immédiate ! C’est une histoire à devenir folle : elle ne peut communiquer avec personne, recevoir aucune visite, jamais prendre l’air. L’avocat sollicité par son mari s’occupe de la défendre, mais uniquement depuis l’extérieur. Nous parlons de son fils, qui attend son retour. Elle n’a pas pu lui parler. Il a été accidenté à la naissance, et doit encore subir des opérations. Elle ne sait pas si elle tiendra longtemps dans ces conditions...

Fleur, elle, était venue d’un autre continent il y a des années pour travailler et permettre à son grand fils de faire des études au pays. Elle était sans-papiers. La police est venue la cueillir directement pour l’expulser, mais cela fait maintenant des semaines qu’elle attend, démunie de tout, qu’on veuille bien la mettre dans l’avion du retour. Ce sera pour dimanche prochain, lui dit-on. Mais les dimanches passent, et rien ne vient. Elle attend toujours. Je lui demande ce qui va se passer pour elle à l’arrivée. Elle ne sait pas...

A mon tour, je raconte qui je suis et ce que je fais en France dans le RESF. Les aléas de la vie ont voulu que cette nuit, je partage le sort de celles qu’habituellement, je m’efforce de sortir de la situation où elles se trouvent ! Milana et Fleur auraient pu en effet être arrêtées en France pour défaut de papiers ou non-reconnaissance des droits qu’ouvrent le mariage ou la maternité. Elles pourraient être détenues dans une de ces prisons françaises pour étrangers qui ont nom Mesnils-Amelot, Geispolsheim ou Lyon Saint-Exupéry.

Et si elles n’avaient pas été là pour m’accueillir et me donner leur confiance, j’aurais passé une sale nuit de solitude et d’angoisse. Qu’elles soient remerciées d’avoir encore trouvé en elles cette faculté de se raconter, d’écouter, de me faire une petite place dans cet espace clos qu’elles seules humanisaient !

Un visage souriant apparaît derrière la vitre, c’est celui de l’un des hommes d’une cellule voisine qui fument dans le couloir. Ca les amuse beaucoup de venir regarder à l’intérieur de la cellule des femmes... Ils sont thaïlandais, chinois, roumains, africains...

Un policier vient ouvrir la porte pour me demander si je sais ce qui va se passer le lendemain... Non, on ne m’a rien dit de précis. Je serai mise dans l’avion de 6h pour Prague, direction Paris... Est-ce qu’il va m’accompagner lui-même ? Non, il voudrait bien, mais son rôle s’arrêtera à la porte de l’avion... Rendez-vous à 5h. Nous échangeons un sourire cordial et il reverrouille la porte.

Je tambourine un peu plus tard pour avoir quelque chose à mettre sur le plastique de ma paillasse et une serviette de toilette. Un jeune policier s’exécute. Mais la serviette est sale et le ’’drap’’ une housse en nylon de type hôpital, trop petite pour couvrir le matelas...

Ca ne fait rien, comme c’est justement l’extinction des lumières allumées toute la journée au-dessus des lits, je vais quand même prendre une douche pour profiter du confort de la civilisation (Milana me prête sa savonnette) et m’arranger un couchage évitant le contact avec les couvertures malodorantes...

Dans un savant jeu de permutation des lumières, douche et toilettes resteront allumés toute la nuit, pour que nos geôliers puissent voir à tout moment ce qui se passe dans nos lits...

Mes compagnes se sont enfermées en elles-mêmes comme les oiseaux qui se taisent lorsqu’on couvre leur cage. Elles ne diront plus un mot. Je me hisse sur mon châlit (comment vais-je faire pour en redescendre sans aide, avec une échelle aussi minuscule ?) et je rallume mon téléphone français, gardé secrètement. Comme il m’est précieux dans la solitude nocturne ! Grâce à lui, je vais pouvoir communiquer avec les amis de partout qui attendent des nouvelles et n’ont pas cessé de me soutenir. Les plus couche-tard me répondent. Avec Françoise s’engage une véritable conversation par SMS, c’est formidable, le lien avec le monde ne tient qu’à une légère vibration entre mes doigts et c’est comme si la prison s’ouvrait, comme si je faisais la nique aux puissants qui m’ont jetée là.

J’envoie aussi des messages aux amis enfermés de l’autre côté du Mur, qui veillent impuissants au fond de leur maison et ne peuvent me répondre... Je sais ce qu’ils ressentent, pour avoir déjà vécu auprès d’eux leur propre interdiction de quitter les Territoires, ou l’interdiction d’entrer d’autres amis français. Je sais la rage et la tristesse, qu’il leur faudra encore une fois surmonter.

Lorsque la nuit s’avance, je m’assoupis. A 3h, un homme de ronde entre et me fait signe de rester calme. Les heures s’égrennent dans le silence des avions qui vont et viennent. J’attends 4h30 pour me lever et tenter une descente de mon perchoir sans dommages. Heureusement, Fleur veille, a vu et vient à mon secours ! Je lui demande un téléphone où la joindre plus tard et lui écris mes coordonnées. Avant de partir, je lui fais cadeau de mon dentifrice et d’une crème hydratante, pour qu’elle puisse prendre un peu soin de son si doux visage. Je lui dis tout le plaisir que j’ai eu à la connaître et que j’aurai à la savoir hors d’ici, près des siens. Je la questionne encore sur sa famille, un mari, une fille. Nous avons presque le même âge... Comment fait-elle pour ne pas sombrer dans cet univers dépourvu de tout repère ? Elle est forte, Fleur, je le lui dis, il faut qu’elle le reste, pour elle et pour les autres.

Je réveille Milana pour la saluer et lui souhaiter que son cauchemar s’arrête enfin. Mais elle ne parvient pas à sortir de son engourdissement. Sans doute ne veut-elle pas revenir à l’insoutenable réalité des jours sans fin qui succèdent aux jours... Je lui demande de trouver la force de continuer à se battre, de réfléchir à ce qui est le mieux pour elle (rester là ou demander à repartir), de ne pas attendre d’être trop démoralisée pour prendre une décision...

C’est pour moi l’heure de partir. 2 hommes et un enfant sont déjà dans le couloir, je reconnais le jeune aperçu la veille lorsqu’on lui faisait signer sa ’’demande’’ pour rentrer chez lui. Visage complètement fermé de la défaite. L’autre est plus volubile, il vit en Finlande et était venu voir un ami. Il lance un Sabah Al Her à la cantonade. Quel plaisir d’entendre parler arabe ! Les deux policiers de service, avec douceur, nous emmènent récupérer nos bagages et nous font sortir du centre de rétention. On monte dans le fourgon qui nous conduit vers nos avions respectifs. Pas de sirène, pas de cris. Je serai la dernière ’’débarquée’’. Pendant que le premier policier est parti porter mes bagages dans la soute, je demande à celui qui me garde d’où il vient, s’il vit en Israel depuis longtemps et s’il pense que la vie est facile ici. Il est Ethiopien, ne peut en dire plus, mais non, la vie n’est pas facile... Son collègue revient, il faut attendre avant de me faire embarquer. Lui, il est Druze...

Ils m’escortent jusqu’en haut de l’escalier d’accès à l’appareil. Mon passeport est remis au commandant de bord. Je serre la main de mes chaperons, en saluant la correction de leur attitude, et j’entre dans l’avion. Tous les passagers sont assis. Je cherche mon siège, ce sera au dernier rang. On me regarde traverser l’allée. En mon for intérieur, je me demande ce que ces gens-là peuvent bien penser d’une femme amenée par deux flics... Je ressens l’humiliation que peuvent vivre tous ceux qui sont embarqués de force dans des avions de ligne pour être expulsés, au milieu des touristes...

Pas de voisins immédiats, ma place est tout au fond, là où j’ai déjà remarqué lors de précédents voyages que les sièges sont toujours vides, et ’’réservés à la sécurité’’ comme disent les hôtesses lorsque quelqu’un veut s’y asseoir pour être tranquille.

Pendant le vol, j’écris. Je note tout ce qui me reste de l’expérience vécue. J’essaie de reconstituer fidèlement la chronologie des faits.

Je ne suis pas traitée différemment des autres passagers, mais peu avant l’atterrissage à Prague, une hôtesse vient me signifier que la police tchèque m’attendra peut-être à l’arrivée pour assurer mon transfert vers la France. Je sortirai donc la dernière et j’attendrai qu’on me dise ce que je dois faire...

Mais visiblement, mes expulseurs n’avaient que faire de cette précaution et n’ont pas cru bon de faire appel à leurs homologues pragois. Je sors libre !

Il m’en coûtera 8 euros pour boire le café du retour à ce curieux statut de citoyenne libre, mais interdite...

A Paris non plus, il n’y aura pas d’uniformes pour m’accueillir... C’est fini, je n’ai plus qu’à retrouver mes amis et à chercher comment faire pour continuer.

Parmi les ’’nuisibles’’, il y a ceux à qui, comme à moi, Israel interdit l’entrée pour des raisons non-formulées. Il y a aussi ceux à qui Israel, comme nombre d’Etats de par le monde, dont la France, impose la prison avant de les expulser parce qu’ils sont étrangers sans visa, sans titre de séjour, ou simplement jugés arbitrairement indésirables par des institutions qui bafouent les droits les plus élémentaires de la personne humaine. Fleur et Milana sont de ces ’’nuisibles’’ là !

Et enfin, il y a ces ’’nuisibles’’, les plus nombreux, qu’Israel confine dans une prison à ciel ouvert, dans des ’’camps’’ de plus en plus fermés, et qui sont traités comme des criminels : les Palestiniens, étrangers sur leur propre terre.

Ceux qui leur rendent visite ne doivent jamais oublier que la puissance occupante, qui se donne en toute impunité droit de vie et de mort sur ses ’’prisonniers’’, est seule à décider qui entre et qui n’entre pas sur ’’son’’ territoire.

Noelle Ledeur :

14 juillet
Noelle Ledeur à partir des notes prises entre Tel Aviv et Paris le 10 juillet 2008.

http://www.france-palestine.org/article9429.html

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Leïla Chahid concernant l'Union pour la Méditerranée

La déléguée générale de la Palestine auprès de l'Union européenne, Leïla Chahid, a mis en garde lundi contre le risque de "mettre la charrue avant les boeufs" en lançant l'Union pour la Méditerranée sans qu'un Etat palestinien soit créé.
"Comment voulez-vous que nous, qui sommes sous occupation depuis 41 ans, qui aspirons à un Etat depuis 60 ans, nous puissions croire qu'on peut mettre la charrue avant les boeufs, avoir des autoroutes de la mer, avoir la dépollution de la Méditerranée, construire des projets d'environnement lorsque nous ne pouvons pas sortir du périmètre dans lequel nous vivons?", a expliqué à une correspondante de l'AFP Mme Chahid.
"J'ai du mal à penser que ce qu'on n'a pas pu réussir avec Barcelone on le réussirait aujourd'hui tant que l'élément essentiel de la stabilité, de la paix, de la coexistence, de l'intégration économique n'est pas assuré, ça veut dire la création d'un Etat palestinien", a-t-elle poursuivi.
"Si ce projet contribue à faire respecter le droit, la fin de l'occupation militaire en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem même, vive l'Union pour la Méditerranée, mais si c'est pour créer un autre rêve ou une autre illusion pour les Palestiniens, ils auront beaucoup de mal à y croire", a-t-elle encore dit.
Mme Chahid se trouvait à Arles (Bouches-du-Rhône) à l'occasion d'un récital poétique de Mahmoud Darwich, pour les 30 ans d'Actes Sud, éditeur de l'auteur palestinien.
"Je n'ai pas de commentaire sur cette question parce que je n'ai pas compris le fond du projet", a pour sa part ironisé Mahmoud Darwich, "si j'ai un jour l'occasion de poser la question à M. Sarkozy je lui poserai la question et j'espère qu'il me convaincra".
L'Union pour la Méditerranée a été lancée dimanche à Paris à l'occasion d'un sommet réunissant 43 pays à l'invitation du président Nicolas Sarkozy. Le processus de Barcelone lancé en 1995 pour tenter de relancer la politique méditerranéenne de l'UE s'était notamment heurté aux tensions israélo-arabes.
Leïla Chahid
Le 14/07/2008 à 15:42

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Vous n'auriez pas envie d'établir un État juif en Allemagne ?

Vous n'auriez pas envie d'établir un État juif en Allemagne ?

Benny Ziffer

8 juillet 2008

www.haaretz.co.il/hasite/spages/1000103.html

Ce n'est pas une mauvaise idée de vouloir donner vie, au cœur de l'Europe,  à un pays dont la capitale serait le berceau de la culture allemande, la ville des Lumières et du Romantisme. Les excursions de la jeunesse israélienne vers les camps d'extermination seraient meilleur marché, le camp de Buchenwald étant vraiment tout près de Weimar.

On a trop peu évoqué ici, en Israël, le projet lancé par un Israélien nommé Ronen Eidelman,  qui vit en Allemagne et qui a fondé une association afin de promouvoir l'idée de créer un nouvel État juif en Allemagne, en Thuringe, dans l'ancienne Allemagne de l'Est, et qui s'appellerait « État de Weimar ». Cette association dispose d'un site Internet ([i]) et le très sérieux quotidien « Die Welt » a, dernièrement, traité de ce projet avec tout le sérieux qui convient ([ii]).

Pour ce qui est de la localisation de cet État de Weimar, elle est idéale. La Thuringe est le Land allemand le plus à la traîne, avec une population clairsemée, elle dispose d'espace et n'est pas pauvre en ressources naturelles. Ce qui lui a manqué c'est de l'initiative et on peut supposer que si des Juifs s'y établissaient pour en faire un État, elle prospérerait rapidement.

Le grand avantage de ce futur État de Weimar est qu'il n'y a pas là-bas de problème palestinien et qu'au contraire, ses voisins allemands seront charmants avec lui, même lorsqu'il les énervera, car ils n'oseront pas ouvrir la bouche contre lui, à cause du génocide.

Il y a sur le site de Weimar un clip avec le futur hymne national, chanté en yiddish, en allemand, en hébreu, en russe. Je n'ai pas exactement compris laquelle de ces langues deviendrait la langue officielle. J'ai vu aussi que le mouvement « l'Arc-en-ciel mizrahi » [Hakeshet Hademocratit Hamizrahit] appuyait le projet et en faisait la promotion sur son site.

Personnellement, je trouve que ce n'est pas une mauvaise idée de vouloir donner vie, au cœur de l'Europe, à un pays dont la capitale est le berceau de la culture allemande, Weimar étant la ville de Goethe et Schiller, la ville des Lumières et du Romantisme. Les excursions de la jeunesse israélienne vers les camps d'extermination seraient meilleur marché, le camp de Buchenwald étant vraiment tout près de Weimar.

Le seul problème que j'ai avec tout ça est qu'il n'y a aucune garantie que si le sionisme a échoué une fois à rassembler en un seul lieu tous les Juifs et à constituer pour eux un environnement de vie normal, l'Etat de Weimar n'échoue pas dans cette tâche une deuxième fois. Et peut-être l'écrivain français à moitié juif et homosexuel, Marcel Proust, avait-il tout de même raison quand il écrivait que fonder un État juif était une chose pas moins irréaliste que de créer un État pour les homosexuels. Ou un État pour les bossus ou pour les migraineux.

Un des exemples montrant que les Juifs tirent le meilleur d'eux-mêmes hors du cadre israélien, c'est la libération de l'otage colombienne Bétancourt après de longues années de captivité aux mains de l'organisation clandestine des « Farc ». D'après ce qu'on dit, des conseillers et des instructeurs israéliens ont participé à cette libération. Voyez comment, ici, on ne parvient pas à libérer Gilad Shalit, alors que là-bas, dans un endroit totalement étranger, dans la jungle colombienne, on réussit à aider à la libération d’otages. C'est tout de même bizarre, non ?

Mais pourquoi aller si loin ? Hier matin, je suis entré dans un supermarché « Kadouri », rue Schocken, face au journal, pour y acheter quelques yaourts. La demoiselle à la caisse était d'origine russe. Elle tenait, ouvert sur ses genoux, le livre « Anna Karénine », en hébreu, qu'elle lisait entre deux clients. Nous nous sommes mis à parler traduction. Elle m'a dit que c'était tellement agréable de lire Tolstoï en russe, et une véritable torture en hébreu, mais elle continuait néanmoins afin de perfectionner son hébreu.

Je me suis dit que nous devons vivre dans un cycle incessant d'exil et de rédemption, parce que la première génération de rédemption est toujours la seule à valoir quelque chose et que sitôt que son séjour s'institutionnalise en un lieu, elle s'atrophie, comme ce qui se passe ici pour nous, à une grande échelle. Montrez-moi une caissière israélienne parmi les vétérans qui lise Anna Karénine pendant le travail !

Nous ne pouvons pas, vraiment nous ne pouvons pas, perdre notre touche cosmopolite en devenant uniculturels et unilingues. Et à ma grande désolation, c'est en train de se passer à pas de géant. Nous nous transformons en un peuple pseudo-proche-oriental qui se montre assurément hostile à l'égard des Arabes, les habitants naturels du Proche-Orient, et qui a pris à l'Orient tout ce qui s'y trouvait de mauvais. La corruption du pouvoir, la violence, les intrigues.

Lorsque j'apprends que l'ancien Président de l'État, Moshe Katsav, réclame effrontément une somptueuse Audi et un bureau dans un luxueux immeuble, je me prends immédiatement à rêver du futur Etat de Weimar où les Katsav seront tenus de près, par le fait même que les normes européennes de gouvernance auraient pour effet que quelqu'un comme Katsav ne serait d'emblée par élu à la présidence d'un État. Tout au plus y serait-il choisi comme concierge pour le bureau du Président. Et encore, peut-être pas.

Tout est là. Nous vivons avec un pied dans les normes déréglées des États du Proche-Orient, et l'autre pied en Occident. D'ici quelques années, l'ancrage occidental sera laissé de côté et le katsavisme ne sera alors plus quelque chose d'exceptionnel mais la norme. Personne ne lira Anna Karénine dans les supermarchés mais tout le monde marmonnera les Psaumes dans les autobus, tout comme dans les pays de l'Islam, on marmonne en tous lieux des versets du Coran.

Face à tous ceux-là, il ne vous est pas venu l'envie de commencer une nouvelle page, dans un pays propret dont la capitale est Weimar ? Ça vaudrait la peine et pas seulement pour balayer toute la saleté accumulée ici et qui colle si bien qu'aucun produit n'y pourrait porter remède. C'est vrai qu'il faut s'attendre à ce que là aussi, après une ou deux générations, les choses tourneront de nouveau mal. Mais c'est apparemment ce que nous faisons le mieux, nous détruire et recommencer à construire à zéro. Alors ne méprisez pas l'idée d'un État de Weimar. Il se pourrait encore que vous imploriez d'en obtenir la citoyenneté et que cela survienne plus vite que vous ne vous l'imaginez.

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)


[i]    http://medinatweimar.org/ 

[ii]   www.welt.de/politik/article2127667/In_Thueringen_soll_ein_neues_Israel_entstehen.html

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17 juillet 2008

Ami Ayalon : Les Israéliens auront la sécurité lorsque les Palestiniens auront l’espoir.

Ami Ayalon : Les Israéliens auront la sécurité lorsque les Palestiniens auront l’espoir.

Le 25 juin 2003, l’Israélien Ami Ayalon et le Palestinien Sari Nusseibeh lançaient ensemble la campagne civile pour la paix intitulée la Voix des Peuples. Cette initiative s’articule autour d’une déclaration de principe en six points dont le fondement est la formule 2 peuples, 2 Etats. Depuis lors, elle a recueilli presque 500.000 signatures et Ami Ayalon a fait son entrée sur la scène politique. En 2006, il devient député travailliste à la Knesset et depuis septembre 2007, il siège au gouvernement comme ministre sans portefeuille. Cet ancien commandant en chef des forces navales israéliennes et ancien directeur des services de renseignement intérieur, le Shin Beth (1996-2000) participait au Parlement européen à une conférence sur le développement régional au Proche-Orient.

A cette occasion, il a accordé un entretien à l’équipe de Kol Shalom. NdT 

Interview exclusif de Ami Ayalon pour Kol Shalom - 3 juillet 2008

Pourquoi considérez-vous que l’armée a tendance à privilégier l’usage de la force et a du mal à comprendre que les Israéliens n’auront la sécurité que lorsque les Palestiniens auront l’espoir ?

Quand j’étais militaire, j’avais le même problème. Les militaires ont tendance à voir le monde à travers la lunette de leur fusil. Quelle que soit l’arme dans laquelle ils servent, les militaires croient que la force est la réponse au problème. Cela peut paraître simpliste mais c’est ce qu’on attend de l’armée : qu’elle fasse usage de la force. En démocratie, c’est aux dirigeants politiques d’ordonner aux militaires de recourir ou non à la force armée. En ce qui me concerne, j’ai pris conscience des limites de la force lorsque je suis devenu directeur du Shin Beth. L’approche et l’organisation sont différentes de l’armée. Cela ne signifie pas pour autant que nous devons abandonner définitivement l’usage de la force. Que cela plaise ou non, nous serons encore amener à le faire. En revanche, il faut savoir que cela ne résout pas le conflit. Pour ce faire, il faut tenir compte des attentes, des frustrations et des espoirs des Palestiniens.

Des barrages en Cisjordanie suscitent la haine et frustration des Palestiniens en raison des difficultés que cela engendre dans leur vie quotidienne. Tant que ces dispositifs seront en place, nous serons incapables de créer une vie meilleure pour les Palestiniens. C’est pourquoi, il est nécessaire de rechercher l’équilibre entre les exigences de sécurité et les préjudices causés aux Palestiniens. Sur cette question cruciale, le débat existe en Israël, même au sein de l’armée. De nombreux officiers pensent qu’on peut réduire le nombre de barrages car cela diminuera les frustrations des Palestiniens qui pourront alors vivre normalement. D’autres, en revanche, demeurent convaincus que chaque fois que nous prenons une mesure de ce type, nous ne récoltons que plus de violence et de terreur.

Pensez-vous encore que les traumatismes juifs du passé soient à l’origine de cette survalorisation de la force ?

Oui. Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons changer en un seul coup. Il faudra encore attendre une autre génération. Ce n’est pas un ennemi militaire qui effraye les Israéliens. Nous possédons des capacités militaires importantes pour nous défendre contre lui. C’est beaucoup plus profond : nous ne faisons confiance en personne. La cause de cette méfiance énorme se retrouve dans notre histoire et surtout dans la manière dont l’interprétons encore aujourd’hui. Quand le peuple juif avait besoin d’aide et d’assistance, personne ne s’est manifesté et les Juifs étaient seuls face à un ennemi qui l’exterminait. Nous projetons ce traumatisme sur la situation actuelle. Cette lecture de l’histoire est à l’origine de nombreuses mesures politiques et militaires que nous prenons. Pour ne pas arranger les choses, nous ne sommes pas non plus les seuls au Proche-Orient à croire que le langage de la force est le meilleur. C’est un échec terrible pour la région. Le processus d’Oslo fut justement une tentative d’abandon du langage de la force pour utiliser enfin celui de la négociation et de la diplomatie. Cela n’a pas fonctionné et rétrospectivement, on s’aperçoit que les perceptions réciproques des deux sociétés n’ont pas changé.

Le Président français, Nicolas Sarkozy, a rendu une visite officielle en Israël. A cette occasion il a prononcé un discours à la tribune de la Knesset qui a été vivement salué en Israël et dans les capitales arabes et européennes. Est-ce la première fois qu’un dirigeant européen trouve les mots pour faire passer des messages clairs aux Israéliens ?

Non. Une nouvelle génération de dirigeants européens, à laquelle Nicolas Sarkozy appartient, tient ce discours depuis quelques années. C’est le cas d’Angela Merkel et de Tony Blair. En ce qui concerne la France, il est vrai que c’est la première fois qu’un Président de la République s’adresse à nous de cette manière. Il a dit très clairement des choses importantes et encore inacceptables pour certains Israéliens. Mais le ton qu’il a adopté pour le dire rendait ses paroles audibles. Pendant longtemps nous étions convaincus que les Français ne se préoccupaient pas du tout de l’existence d’Israël et de sa sécurité. Il est intéressant d’observer que les Israéliens ont aussi changé. Nous avons acquis une plus grande capacité d’écoute. Depuis la deuxième guerre du Liban, les Israéliens ont compris qu’ils ne sont pas seuls dans le monde et qu’ils appartiennent à une coalition de nations du Moyen-Orient confrontées à des défis communs.

Depuis que vous entrez dans l’arène politique, quelle place accordez-vous à l’initiative la Voix des Peuples dont vous êtes à l’origine avec Sari Nusseibeh ?

Je reste évidemment attaché à cette initiative de paix. Toutefois, je suis conscient que je ne peux exiger des signataires israéliens et de tous ceux qui m’ont soutenu de mes suivre politiquement et de voter pour moi. La Voix des Peuples est avant tout portée par la société civile et demeure ainsi. Je peux en revanche essayer de faire en politique ce que j’ai pu faire avec la Voix des Peuples. A l’instar de cette initiative, l’accord définitif entre Israéliens et Palestiniens doit s’appuyer sur les mêmes principes clairs pour les deux parties. Aucune ambiguïté ne doit être maintenue. Tout ce qui figure dans la Voix des Peuples constitue la base de la solution du conflit israélo-palestinien.

L’homme politique que vous êtes tient-il compte des vents comme l’amiral que vous étiez par le passé ?

En politique comme en mer, il n’est pas nécessaire de savoir d’où vient le vent ni dans quelle direction il souffle. Il est en revanche indispensable pour un marin de savoir où il veut emmener son navire. Quand on sait vers où on doit naviguer, on peut alors utiliser les vents correctement. Un marin qui ne sait pas où il va, aucun vent au monde ne pourra l’y emmener à sa place. C’est pareil en politique.

Propos recueillis par l’équipe de Kol Shalom

Publié le 11 juillet 2008
http://www.shalomarchav.be/...

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Le sionisme est un racisme

Le sionisme est un racisme (Aimé Césaire)

« Des récits en sont faits, et de loin vous imaginez une situation catastrophique. Quoique vous vous soyez représenté, cela n ‘égale pas l’horreur de ce que vous observerez par vous-même en Palestine occupée. Le niveau du racisme et de la brutalité excède largement ce que nous avons vécu à la pire des périodes de l’apartheid en Afrique du Sud. »

« Dans le régime de l’apartheid, le Noir est considéré comme un inférieur. Je ne pense pas que les Israéliens voient les Palestiniens comme des êtres humains. Comment un cerveau humain peut-il concevoir une séparation si totale, des routes séparées, de tels check points ? Ce que nous avons trouvé est terrible, terrible, terrible et rien ne peut lui être comparé.
Nous savions qu’il y aurait un terme à notre situation un jour, ici il n’y a pas de fin à l’horizon. La fin du tunnel est plus noire que noire. »
« Sous l’apartheid, Blancs et Noirs partageaient certains espaces.
Palestiniens et Israéliens ne se rencontrent jamais.
La séparation est totale. Il m’a semblé que les Israéliens souhaitent la DISPARITION des Palestiniens.
J’ai vu faire des colons à Silwan (au Nord-Est de Jérusalem), ce sont des gens qui veulent en chasser d’autres de leur chez eux. »
Voici donc des extraits d’une narration faite par le journaliste Mondi Makhanya dans le Sunday Times of South Africa au décours d’une visite d’une délégation de 21 membres de l‘ANC de Nelson Mandela en Palestine cette semaine passée. Parmi eux des écrivains, avocats, des journalistes, deux juges de la Cour Suprême d’Afrique du Sud, des députés, des Noirs des
Blancs dont des juifs sud-africains et ils ont passé le plus clair de leur séjour en Cisjordanie.
Joindre Naplouse depuis AL Qods par l’autoroute 60 réservée au peuple élu, observer les colonies juives en Cisjordanie qui juchent chaque colline puis tomber sur le check point de Hawara avant de déambuler dans les ruelles du camp surpeuplé de Balata remplit tout humain qui en fait l’expérience d’une colère douloureuse qu’il saura contenir ou non.
Ainsi, l’Apartheid est un euphémisme inconvenant pour  désigner le traitement infligé par les sionistes aux Palestiniens.
« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer ….qu’au bout de tous ces traités violés, ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et ‘interrogés’, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, .. il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe.. »(1)
D’après une enquête menée par le ‘Center Against Racism in Israel’ et
publiée sur le site Ynet, les résultats du sondage sont en parfaite adéquation avec les propos d’Aimé Césaire.

Plus de 50% des personnes interrogées répondent que  le mariage d’une femme juive avec un Arabe est un acte de trahison de la nation.

Plus de 75% refusent d’habiter le même immeuble que les Arabes.
Plus de 60% refuseraient de faire visiter leur maison par un Arabe.
Plus de 40% dénient le droit de vote aux Arabes.
Plus de 50% souhaitent que l’État doive encourager les Arabes à émigrer, à quitter leur patrie.
Plus de 50% ne voudraient pas travailler sous les ordres d’un Arabe.
Plus de 55% sont favorables à ce que les lieux de divertissement pour Arabes et Juifs soient séparés.
31% ressentent de la haine à entendre parler un Arabe.
50% disent ressentir de la peur quand un Arabe s’exprime.
37% estiment la culture des Arabes inférieure (à la leur ? sans doute l’européenne)
Plus de 56% croient que les Arabes constituent une menace sécuritaire et démographique
.
Pas de colonialisme sans racisme donc, et la qualification à Durban du sionisme comme un racisme est plus que méritée.

(1)    Discours sur  le colonialisme,
Présence Africaine, mai 2008, page 12 d’Aimé Césaire
Convergence des Causes
14 juillet 2008

http://www.convergencedescauses.com/content/view/1321/60/

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Israël répond par des « actes d’agression » aux pas vers la paix, accuse le roi saoudien

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jeudi 17 juillet 2008 L’Orient-Le Jour Le quotidien libanais
d'expression française
Israël répond par des « actes d’agression » aux pas vers la paix, accuse le roi saoudien

http://www.lorient-lejour.com.lb/page.aspx?page=article&id=376946

Dans une interview publiée hier par le quotidien italien La Repubblica, Le roi Abdallah d’Arabie saoudite accuse Israël de répondre par des « actes d’agression et de violence » contre les Palestiniens aux « pas vers la paix des Arabes et du monde ». « Israël continue à s’emparer de terres palestiniennes, à construire de nouvelles implantations et à agrandir celles qui existent (...) Plus les Arabes et le monde effectuent des pas vers la paix, plus Israël se lance dans des actes d’agression et de violence envers les Palestiniens », estime le roi. Il se montre très réservé sur les déclarations optimistes ce week-end à Paris du Premier ministre israélien Ehud Olmert qui a déclaré qu’Israéliens et Palestiniens n’avaient « jamais été aussi proches d’un accord » de paix. « C’est ce que les Israéliens disent toujours, mais ce qui compte, ce sont les faits sur le terrain. Et leurs paroles ne sont jamais suivies d’actions concrètes », estime-t-il. « C’est pourquoi il est urgent que la communauté internationale, aujourd’hui encore plus que par le passé, s’engage, si nous voulons que la plus longue crise de l’histoire moderne puisse trouver une solution », conclut le roi, interrogé lors d’un séjour au Maroc.

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Les pierres peuvent tuer. Mais la question est : tuer qui ?

Les pierres peuvent tuer. Mais la question est : tuer qui ?

mis en ligne le mardi 15 juillet 2008
par Hagit Ofran

trois histoires, parmi de nombreuses autres, qui témoignent de ce qui se passe dans la jungle de Cisjordanie, terre des colons et de l’occupation

Hagit Ofran dirige l’Observatoire de la colonisation de Shalom Arshav. Elle était l’une de nos invités à notre meeting du 10 juin dernier à Paris, puis s’est rendue dans plusieurs villes de régions pour y présenter la situation dans les territoires occupés.

Prologue : la jungle de Cisjordanie

Il semble que les informations faisant état de heurts entre des colons violents, la police et l’armée israéliennes et des Palestiniens soient désormais quasi quotidiennes. Les jets de pierres et les tirs à balles réelles sont devenus la règle.
Souvent, lors de ces heurts, la police et l’armée, au lieu d’éloigner les colons des lieux, décident de se défendre en tirant à balles réelles sur de jeunes Palestiniens.
Voici trois histoires, parmi de nombreuses autres, qui témoignent de ce qui se passe dans la jungle de Cisjordanie, terre des colons et de l’occupation.

Chapitre premier : Quelqu’un a tiré et quelqu’un a été blessé

Lieu : village d’Immatin, Cisjordanie.
Jour et heure : 31 mai 2008, 18h 30
.

"Hagit ?" Zakaria, un militant des Rabbins pour les droits de l’homme, m’appelle au téléphone. "Je suis en route pour Immatin. Aujourd’hui, des colons ont attaqué le village, il y a des blessés.“ Ce jour-là, je me trouvais dans la région. J’étais en réunion avec des habitants de Deir Istiya, où des colons avaient commencé à construire sur des terres du village, proches de la colonie de Rehava. Je quitte la réunion et me rends à Immatin.

Tous les villageois sont dans les rues, en petits groupes, et parlent de ce qui est arrivé. Une ambulance me passe devant pour rejoindre rapidement l’hôpital de Qalqiliya. Un adolescent me conduit vers les champs, situés en bordure du village. Je trouve un groupe d’adolescents et de quelques adultes qui déambulent et discutent. L’un des jeunes me dit : “Nous étions trois. Vers midi, un groupe de jeunes colons est arrivé, accompagné de soldats. Ils se sont mis à nous railler, puis à nous injurier et à nous jeter des pierres. Les soldats nous ont ordonné d’aller voir ailleurs. Vers 18h, ils sont revenus, plus nombreux. De nouveau, injures et jets de pierres. Nous avons répondu. Soudain, deux balles ont été tirées dans notre direction. L’un d’elle a atteint mon ami à la hanche, heureusement, rien de grave. La deuxième a touché le bras de Riziq. Il a été emmené à l’hôpital."

L’un des jeunes a tout filmé avec son téléphone portable. La qualité du clip n’est pas très bonne et il est difficile de distinguer les détails. On peut toutefois voir clairement un groupe de jeunes habillés en chemises blanches de Shabbat et, avec eux, deux soldats. Les sons sont plus clairs. On entend la respiration lourde de quelqu’un, quelques cris et injures en arabe (peut-être aussi en hébreu) et, soudain, deux tirs, l’un après l’autre, semble-t-il par les soldats.

Un journaliste de Ynet (site web du quotidien Yediot Aharonot) écrit une brève : "Des sources palestiniennes ont indiqué que deux habitants ... ont été blessés après avoir été attaqués par des colons ... Les colons et l’armée démentent." Moins d’une heure plus tard, Ynet publie une autre version. Cette fois, l’armée ne dément plus l’information, mais explique que les soldats "ont séparé les deux parties et tiré en l’air. Tsahal affirme ne pas être informé d’une quelconque blessure lors de cet incident, et que l’information de source palestinienne selon laquelle il y aurait eu des blessés par des tirs de colons est fausse."

Chapitre deuxième : les policiers se défendent de jets de pierres

Lieu : colonie de Yitzhar. Jour et heure : 19 juin 2008, 9h 30.

Des forces de police et de l’Administration civile arrivent à l’avant-poste illégal de Yitzhar pour démolir un bâtiment. D’après les informations publiées dans les médias, les colons s’attaquent à la police. Quatre policiers sont blessés. Une policière est blessée à la tête par une pierre. D’après les colons, la violence policière a fait 11 blessés. Ils se plaignent d’usage excessif de la force, dont des matraques. Réaction de la police : "Aucune matraque n’a été utilisée. Dès que les pierres ont commencé à voler, nous avons ordonné aux policiers de se défendre. Nous avons utilisé des boucliers et non des matraques."
A la suite de cet incident, huit colons sont arrêtés, soupçonnés d’avoir jeté des pierres. Pour autant que nous le sachions, le juge leur a interdit de se rendre à Yitzhar et ils ont dû payer une caution de 1 000 shekels.

Chapitre troisième : « Considérés comme dangereux »

Lieu : tribunal militaire, base d’Ofer.
Jour : 5 mars 2007

A la base militaire d’Ofer, il y a une longue queue de Palestiniens. Hommes et femmes, enfants et vieillards, assis sous une bâche ou debout sur le côté, attendant qu’on appelle leur nom pour assister à l’audience du tribunal militaire ou pour rendre visite à un proche en prison. J’étais là pour la première fois. Interdiction de porter quoi que ce soit, ni sac à main, ni téléphone. Une inspection soigneuse, une fouille au corps, et je suis à l’intérieur. Je passe les barrières et j’arrive à la caravane qui fait office de tribunal, où a lieu un débat sur la prolongation de l’arrestation d’un Palestinien de 50 ans et de son fils de 19 ans, qui souffre d’un retard mental. Accusation : jet de pierres depuis leur domicile de Hebron.
Une semaine plus tôt, un colon de Giv’at ha’Avot, à Hebron, avait tiré en direction de Palestiniens qui gardaient leurs moutons près de chez eux. Le père des bergers avait entendu le tir et était sorti de chez lui. Les policiers du commissariat de Hebron, situé à une cinquantaine de mètres de là, avaient eux aussi entendu le tir et s’étaient rendus sur les lieux. Le colon a déclaré : "Les Palestiniens m’ont jeté des pierres. Des soldats (arrivés quelques minutes après le tir) ont témoigné qu’il y avait eu des pierres et que le tir était une réaction." Les policiers demandent au père de les accompagner au commissariat pour déposer une plainte contre le colon qui avait tiré en direction de son domicile. Arrivés au commissariat, ils informent le père et le fils qu’ils sont en état d’arrestation pour avoir jeté des pierres.
Des militants de l’association « Les Enfants d’Abraham », qui se trouvaient là par hasard, avaient vu ce qui s’était passé. Tous les efforts pour convaincre les policiers qu’il s’agissait d’une erreur et que l’attaquant était en réalité le colon n’ont servi à rien. Le père et le fils ont été arrêtés. « Les Enfants d’Abraham » ont décidé d’essayer d’aider, et c’est ainsi que je me suis retrouvée à cette audience du tribunal, pour aider à traduire (je me suis sentie à la fois impuissante et dégoûtée par ce que je voyais à ce « tribunal militaire », mais sur cela, j’écrirai une autre fois).
Le père et le fils se tenaient assis, voûtés, sans rien dire. Après une semaine en état d’arrestation, ils paraissaient fatigués, désemparés et en assez mauvaise santé. Le juge tentait de s’en tenir à l’ordre du jour : l’audience concernait la prolongation d’une arrestation et non la culpabilité des accusés. Le procureur militaire demanda que ceux-ci soient attachés jusqu’à la fin de l’audience. L’avocat, Gabi Lasky, requit leur libération immédiate. Finalement, le juge décida la libération du père, compte tenu de l’absence de preuves de son implication, sous caution de 4 000 shekels (réduite à 2 000 à la demande de l’avocat, vu la situation économique difficile de la famille). Mais le fils demeura en état d’arrestation, attaché jusqu’à la fin de l’audience, le délit de jet de pierre étant « considéré comme dangereux ».
Une pierre peut tuer et, en conséquence, le soupçon du délit doit être traité avec le maximum de sérieux.
Finalement, le père ne fut libéré que quatre jours plus tard, le procureur ayant demandé une prolongation de 72 heures pour décider de faire ou non appel. Quelques jours plus tard, le fils fut lui aussi libéré. Aujourd’hui, plus d’un an plus tard, leur procès n’est toujours pas terminé.

Lieu : le village palestinien de Bidu, nord-ouest de Jérusalem.
Jour : le 8 juillet 2008.

La semaine dernière, Muhammad Abou fêtait son 14e anniversaire. Une semaine plus tôt, il avait été libéré des prisons israéliennes. Selon le procureur militaire, il avait été pris en flagrant délit de jet de pierres en direction du Mur. Le tribunal militaire l’a condamné à 4 mois et demi de prison, 1 000 shekels d’amende et cinq ans avec sursis. "Il y avait beaucoup d’enfants avec moi en prison. J’ai été dans trois prisons différentes : Ofer, Tel Mond et Damun." “Tout ça pour avoir jeté des pierres sur des soldats ? », ai-je demandé. "Pas sur des gens, j’ai été condamné pour avoir jeté des pierres sur le Mur."

Chapitre quatrième : Les pierres de la Terre d’Israël sont d’un genre particulier

Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé à Immatin. Je n’ai que ce que j’ai vu et entendu. Mais je n’ai aucun doute : les colons se sont approchés très près du village, à environ 500 mètres de leur avant-poste. Ils avaient des soldats avec eux. Quelqu’un a tiré et quelqu’un a été blessé.
Quelques mois auparavant, des colons avaient occupé une maison palestinienne vide près de la colonie de Kedoumim et l’avaient déclarée « l’avant-poste Shvout Ami ». La police et l’armée ont évacué la maison des dizaines de fois. Cependant, même s’il s’agit d’un avant-poste illégal, l’armée se sent responsable de la sécurité des colons. Si ceux-ci décident « d’aller faire un tour » dans un village palestinien des environs, des soldats les accompagnent et les protègent.
Il peut y avoir eu des « circonstances atténuantes » pour le coup de feu. Des pierres ont pu être jetées par des Palestiniens pendant les provocations et, peut-être, les soldats se sont-ils sentis menacés. Après tout, les pierres peuvent tuer et sont donc « considérées comme dangereuses ». Et, au lieu de se défendre comme l’ont fait les policiers dans la colonie de Yitzhar, ou d’éloigner les colons des lieux, ils ont décidé de se défendre en tirant à balles réelles en direction des jeunes Palestiniens.

Conclusions provisoires :
  1. Les pierres jetées par les colons sur la police à Yitzhar ont provoqué les blessures de cinq policiers. Elles ont conduit les policiers à se défendre des pierres à l’aide de boucliers et à l’arrestation de 8 suspects, en détention pendant moins de 24 heures et libérés sous caution (1 000 shekels).
  2. Les pierres qui, semble-t-il, n’ont pas été jetées à Hebron ont conduit à une arrestation qui a duré 11 jours, à la libération d’une personne sous caution (2 000 shekels) et à une procédure toujours en cours. Nous ne sommes pas informés d’une quelconque procédure à l’encontre du colon qui a ouvert le feu.
  3. La pierre qui a pu être jetée par des Palestiniens à Immatin a provoqué des coups de feu tirés par des soldats et la blessure d’un jeune Palestinien. Aucune enquête n’a été effectuée concernant ces coups de feu car, selon l’armée, ils ont été tirés en l’air et il n’y aurait pas eu de blessé.

Il semble que les pierres de la Terre d’Israël sont d’un genre particulier. Les pierres peuvent tuer. Mais la question est : tuer qui ?

Epilogue : Le bus de Shalom Arshav caillassé

Lieu : Route n° 60, près de la colonie de Shilo.
Jour et heure : 4 juillet 2008, 15h.

Par chance, la pierre a frappé le cadre entre les deux fenêtres. Le visage du passager assis à la fenêtre n’a pas été touché.
Nous terminions une visite de Shalom Arshav en Cisjordanie. Nous en avions coordonné le parcours avec la police, qui l’avait approuvé. Mais des policiers sur le terrain nous ont empêchés d’entrer dans les colonies et nous avons dû nous contenter de les regarder de loin. Des colons ont commencé à s’approcher de notre groupe et de nous insulter. Après chaque arrêt, la file des voitures des colons qui nous suivaient s’allongeait. La police nous escortait. Soudain, près de la colonie de Shilo, nous avons été caillassés. Une pierre a frappé une vitre. Par chance, personne n’a été blessé. Certains de nos militants ont pu voir les jeteurs de pierres, des hommes jeunes, portant une kippa, probablement des colons des environs. Nous avons fourni à la police leur description détaillée et les policiers ont dit : "Ah oui, nous les connaissons."
Maintenant, nous attendons de voir si la police les rattrape et les punit. Ou bien la police va-t-elle plutôt nous interdire de futures visites en Cisjordanie, comme cela a été fait pour Hebron : les colons nous avaient attaqués et la police a décidé de ne plus nous autoriser à pénétrer dans Hebron.

Shalom Arshav, 6 juillet 2008

http://www.peacenow.org.il/site/en/...

Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

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16 juillet 2008

Militaires israéliennes: la fierté et la honte de faire comme les hommes

Yael_Linda_

Militaires israéliennes: la fierté et la honte de faire comme les hommes

Certaines sont fières de défendre Israël comme les hommes, d'autres désemparées face à la réalité de l'Occupation. Pour aucune, le service militaire n'est une affaire anodine. Rencontres avec quelques jeunes femmes qui nous ont raconté leurs expériences - bonnes et mauvaises - au sein de Tsahal.

En Israël, le service militaire est obligatoire : trois ans pour les hommes, deux pour les femmes. La plupart des appelés font l'armée entre le lycée et l'université, c'est-à-dire entre 18 et 20 ans.

Tsahal se targue d'ouvrir 88% des postes aux femmes, y compris dans certaines unités de combat (police des frontières, forces anti-aériennes, artillerie, bataillon d'infanterie Caracal). En revanche, les femmes n'ont pas accès au combat direct, aux unités spéciales, aux sous-marins et à la mécanique des blindés.
Et ceci "essentiellement" parce que dans ces unités, leur intimité ne peut pas être protégée, nous explique un porte-parole de l'armée.

"Lors de l'intervention américaine en Irak, on n'a vu aucune fille aller vraiment au combat, y aller avec une arme et tirer. Dans l'armée israélienne, ça existe", souligne Sarit, une sniper au corps fin et aux ongles manucurés.

Un peu plus garçonne malgré ses longs cheveux blonds noués en queue de cheval, Yaël est venue exprès des Etats-Unis pour faire son service militaire. Issue d'une famille juive américaine "très sioniste", elle a immigré en Israël à 18 ans. La jeune femme, qui a "toujours été sportive", voulait absolument intégrer une unité de combat. Elle y a été admise au terme d'épreuves physiques difficiles, où seulement une dizaine de filles ont été retenues sur quelque 150 candidates. Actuellement, elle achève son service au sein d'une unité cynophile, Oketz, qui compte un tiers de femmes.

"Le travail que nous faisons sauve des vies", se réjouit-elle. "Nous sommes les seules filles d'une unité de combat à nous rendre en Cisjordanie". Aux points de contrôle, les soldats d'Oketz et leurs chiens inspectent voitures et sacs à la recherche d'explosifs. Depuis l'année dernière, les filles participent également à des fouilles de maisons. Dans ce cas, c'est un peloton extérieur qui fait appel à l'unité cynophile.

Au début, les soldats des autres unités étaient sceptiques lorsqu'ils voyaient arriver une fille pour l'opération. Mais "nous sommes si bien entraînées, nous travaillons avec tant de professionnalisme que maintenant, ils nous respectent", raconte Yaël. Maya, la responsable d'une compagnie féminine d'Oketz, affirme même qu'à présent, "beaucoup d'unités" demandent que ce soit une fille qui vienne pour trouver la cache d'armes. "Les filles travaillent aussi bien que les garçons alors s'ils peuvent avoir une fille, ils préfèrent (...) Ca rend les choses plus intéressantes", sourit-elle.

Le charme n'est pas l'unique atout féminin. Comme le chien est un animal impur pour l'islam, il est très délicat de l'utiliser aux checkpoints. A en croire Yaël, tous les militaires tentent d'être "aussi respectueux que possible", en demandant par exemple aux automobilistes de sortir le Coran de la voiture avant que le chien ne monte dans l'habitacle, mais les filles font davantage attention à ce genre de choses.

Il y a un territoire que les soldates ne foulent pas : la Bande de Gaza. "Nous avons vraiment peur des enlèvements de femmes", confie Maya, en ajoutant que la capture d'un homme est "moins problématique". Elle explique que l'armée préfère cantonner ses soldates à la Cisjordanie, territoire qu'elle contrôle mieux que la Bande de Gaza, aujourd'hui aux mains du Hamas : "Si vous pouvez éviter de mettre les filles en danger et leur faire faire le même travail que les garçons..."

La commandante s'empresse cependant d'assurer que les femmes ne bénéficient pas d'un "traitement spécial" - que d'ailleurs elles ne réclament pas. Selon elle, "si nous avons besoin qu'une fille aille dans la Bande de Gaza, c'est ce que nous ferons".

En fait, trois secouristes féminines servent actuellement dans la Bande de Gaza, à la condition expresse de ne jamais descendre des véhicules blindés qui les transportent. Zohar, Mor et Bat El ont raconté récemment au quotidien "Yedioth Ahronoth" comment elles soignent les blessés israéliens et palestiniens - sans jamais quitter leurs chars.

Sarit aussi a servi dans la Bande de Gaza, comme tireuse d'élite, mais c'était avant le "désengagement" (le démantèlement des colonies juives et le retrait des soldats israéliens, en 2005). La sniper, qui a prolongé son contrat avec l'armée après son service, évite en général de parler de la nature de son emploi lorsqu'elle rencontre des gens, par exemple dans une fête. Même à sa famille, elle en dit le moins possible. Lorsqu'une journaliste lui demande ce qu'elle a l'esprit au moment d'appuyer sur la gâchette, elle répond : "On essaie de ne pas penser à ..." Et elle n'achève pas sa phrase.

"Elle finira sa phrase dans des années", prédit Tamar Yarom, qui a fait son service entre 1987 et 1989, durant la Première Intifada. "Vous ne pouvez pas réfléchir au moment où vous le faites. Sinon, vous ne le feriez pas", souligne la réalisatrice du documentaire "To See If I'm Smiling" (
voir encadré).

Pour l'instant, la tireuse d'élite est "fière parce qu'elle est a obtenu ce job et qu'elle peut faire ce que font les hommes" mais cela changera sans doute lorsqu'elle aura un peu de recul, estime Tamar.

Faire l'armée, "cela vous dit des choses sur vous-même que vous préféreriez ne pas savoir", poursuit la documentariste qui a interviewé une demi-douzaine de jeunes femmes ayant servi dans les Territoires palestiniens. "Les dilemmes apparaissent sans prévenir et vous ne les reconnaissez pas comme tels. Parfois, vous ne comprenez qu'après, lorsqu'il est déjà trop tard".

Tamar se souvient de l'armée comme d'une période de "solitude" et d'&qu