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11 mars 2023

On ne peut pas sauver la 'démocratie' dans un Etat 'juif'

Source: Externe

La démocratie israélienne est en danger, les manifestations incluent très peu de Palestiniens

 

Ce n’est pas un mouvement pour l’égalité des droits. C’est un mouvement pour préserver le système politique qui existait avant que la coalition ne prenne le pouvoir - pour sauver la démocratie libérale pour les juifs.

Depuis que le nouveau gouvernement de Benjamin Netanyahu a annoncé son intention de porter atteinte à l’indépendance de la Cour suprême d’Israël, des centaines de milliers d’Israéliens ont manifesté dans les rues. Tous les anciens procureurs généraux d’Israël, dans une déclaration commune, ont averti que la proposition de M. Netanyahu mettait en péril les efforts visant à ’préserver Israël en tant qu’État juif et démocratique’.

Les dirigeants juifs libéraux américains acclament les protestations. Au début du mois, Alan Solow, l’ancien chef de la Conférence des Présidents des principales organisations juives américaines, a déclaré que lui et d’autres notables juifs américains ’partagent les préoccupations de dizaines de milliers d’Israéliens déterminés à protéger leur démocratie’. Dans une déclaration publique, M. Solow et 168 autres Américains juifs influents ont averti que ’la direction du nouveau gouvernement reflète les tendances antidémocratiques que nous voyons apparaître ailleurs’.

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En surface, la bataille entre M. Netanyahu et ses détracteurs semble en effet familière. Ces dernières années, du Brésil à la Hongrie en passant par l’Inde et les États-Unis, des manifestants anti-gouvernementaux ont accusé des populistes à l’esprit autoritaire de menacer la démocratie libérale. Mais si l’on regarde de plus près le drame politique israélien, on remarque quelque chose de frappant: les personnes les plus menacées par l’autoritarisme de M. Netanyahu ne font pas partie du mouvement qui s’y oppose.

Très peu de Palestiniens participent à ces manifestations. En fait, les politiciens palestiniens leur ont reproché d’avoir, selon les mots de l’ancien membre de la Knesset Sami Abu Shehadeh, ’rien à voir avec le principal problème de la région - la justice et l’égalité pour toutes les personnes vivant ici.’

La raison en est que le mouvement contre M. Netanyahu n’est pas comme les mouvements d’opposition pro-démocratie en Turquie, en Inde ou au Brésil - ou le mouvement contre le Trumpisme aux États-Unis. Ce n’est pas un mouvement pour l’égalité des droits. C’est un mouvement pour préserver le système politique qui existait avant l’arrivée au pouvoir de la coalition de droite de M. Netanyahu, qui n’était pas, pour les Palestiniens, une véritable démocratie libérale au départ. Il s’agit d’un mouvement visant à sauver la démocratie libérale pour les juifs.

Le principe que les critiques sionistes libéraux de M. Netanyahu disent menacé - un État juif et démocratique - est en réalité une contradiction. La démocratie signifie le gouvernement par le peuple. Un État juif signifie un gouvernement par les juifs. Dans un pays où les juifs ne représentent que la moitié de la population entre le Jourdain et la Méditerranée, le second impératif dévore le premier.

Pour comprendre à quel point le sionisme libéral défendu par les principaux opposants de M. Netanyahu est illibéral, considérez les actions de Yair Lapid, son prédécesseur au poste de 1er ministre. Le mois dernier, M. Lapid a rédigé un essai de près de 2.000 mots dans lequel il écrivait: ’Si le gouvernement Netanyahu ne tombe pas, Israël cessera d’être une démocratie libérale.’ Le mot ’palestinien’ n’y figurait pas.

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Ceci devient moins surprenant quand on sait qu’en tant que ministre des Affaires étrangères, en 2021, M. Lapid a imploré la Knesset de renouveler une loi qui refuse aux Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza mariés à des citoyens palestiniens le droit de vivre avec leur conjoint à l’intérieur d’Israël proprement dit. Cette loi est manifestement discriminatoire; les juifs peuvent immigrer en Israël et obtenir la citoyenneté immédiate, qu’ils aient ou non des parents dans le pays. Et loin de nier la nature discriminatoire de la législation, M. Lapid l’a célébrée. La loi, a-t-il expliqué dans un tweet en juillet 2021, ’est l’un des outils destinés à assurer la majorité juive dans l’État d’Israël.’

Lorsque Tucker Carlson et Viktor Orban emploient ce genre de logique - lorsqu’ils promeuvent des politiques visant à garantir que le pourcentage de chrétiens blancs dans leurs pays ne descende pas trop bas - les Américains juifs libéraux reconnaissent qu’il s’agit d’un anathème au principe de citoyenneté égale sur lequel repose la démocratie libérale. Pourtant, beaucoup considèrent aujourd’hui M. Lapid comme le champion de la démocratie libérale parce qu’il s’oppose aux changements judiciaires de M. Netanyahu.

Une autre figure majeure du mouvement anti-Netanyahu est l’ancien ministre de la défense Benny Gantz, qui a exhorté le mois dernier les Israéliens à ’protester pour sauvegarder la démocratie israélienne.’ Mais en tant que ministre de la défense en 2021, M. Gantz a désigné six grands groupes palestiniens de défense des droits humains comme organisations terroristes, dans ce que le groupe israélien de défense des droits humains B’Tselem a appelé ’un acte caractéristique des régimes totalitaires’. Les troupes israéliennes ont ensuite pénétré de force dans les bureaux de ces organisations, ont saisi des documents, puis ont soudé les portes. Est-ce que cela ressemble aux actions de quelqu’un qui souhaite ’sauvegarder’ la démocratie?

Le problème est plus profond que ces seuls politiciens. Lorsque des dirigeants juifs américains comme M. Solow expriment leur solidarité avec les ’Israéliens déterminés à protéger leur démocratie’, ils ne se font pas seulement des illusions sur les principaux opposants de M. Netanyahu. Ils se font des illusions sur le statut d’État juif lui-même.

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Pour la plupart des Palestiniens sous contrôle israélien - ceux de Cisjordanie et de la bande de Gaza - Israël n’est pas une démocratie. Ce n’est pas une démocratie parce que les Palestiniens des Territoires occupés ne peuvent pas voter pour le gouvernement qui domine leur vie. Lorsque M. Gantz envoie des troupes israéliennes pour fermer leurs groupes de défense des droits humains, les Palestiniens de Cisjordanie ne peuvent pas le punir par les urnes. Ils peuvent se plaindre à l’Autorité palestinienne. Mais l’AP est un sous-traitant, pas un État. Comme les autres Palestiniens, ses fonctionnaires ont besoin d’une autorisation israélienne même pour quitter la Cisjordanie.

À Gaza également, Israël détermine, avec l’aide de l’Égypte, quelles personnes et quels produits entrent et sortent. Et les habitants de Gaza, qui vivent dans ce que Human Rights Watch appelle ’une prison à ciel ouvert’, ne peuvent pas chasser les fonctionnaires israéliens qui détiennent la clé.

Cette absence de droits démocratiques contribue à expliquer pourquoi les Palestiniens sont moins motivés que les Israéliens juifs pour défendre la Cour suprême d’Israël. Comme le notent les professeurs de droit israéliens David Kretzmer et Yael Ronen dans leur livre “The Occupation of Justice, ’dans presque tous ses jugements relatifs aux Territoires occupés, en particulier ceux qui traitent de questions de principe, la Cour a tranché en faveur des autorités’. Renforcer la Cour saperait les protections juridiques que les Israéliens juifs considèrent comme acquises, mais dont la plupart des Palestiniens ne bénéficiaient pas à l’origine.

Pour être juste, environ 20% des Palestiniens sous contrôle israélien bénéficient de la citoyenneté israélienne et du droit de vote aux élections israéliennes. Pourtant, ce sont souvent ces Palestiniens qui protestent avec le plus de véhémence contre les références démocratiques d’Israël. En 2009, le membre palestinien de la Knesset Ahmad Tibi a plaisanté en disant qu’Israël était effectivement ’juif et démocratique: démocratique envers les juifs et juif envers les Arabes’.

Pour de nombreux sionistes libéraux, cette remarque peut sembler grossière. Après tout, cela fait maintenant près de 25 ans que M. Tibi siège au Parlement israélien. Mais il comprend que l’État juif contient une structure profonde qui refuse systématiquement l’égalité juridique aux Palestiniens, qu’ils soient citoyens ou non.

Considérez la façon dont Israël attribue les terres. La plupart des terres situées à l’intérieur d’Israël proprement dit ont été confisquées aux Palestiniens pendant la guerre d’indépendance d’Israël à la fin des années 1940, lorsque plus de la moitié de la population palestinienne a été expulsée ou a fui par peur.

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Au début des années 1950, le gouvernement israélien contrôlait plus de 90% des terres d’Israël. C’est toujours le cas. Le gouvernement distribue ces terres pour le développement et les loue aux citoyens par le biais de l’Autorité foncière israélienne. Près de la moitié des sièges de son conseil d’administration sont réservés au Fonds national juif, dont la mission est de ’renforcer le lien entre le peuple juif et sa patrie’.

Cela contribue à expliquer pourquoi les Palestiniens représentent plus de 20% des citoyens d’Israël, mais que les municipalités palestiniennes, selon un rapport publié en 2017 par divers groupes palestiniens et israéliens de défense des droits humains, englobent moins de 3% des terres d’Israël. En 2003, une commission du gouvernement israélien a constaté que ’de nombreuses villes et villages arabes étaient entourés de terres désignées à des fins telles que des zones de sécurité, des conseils régionaux juifs, des parcs nationaux et des réserves naturelles ou des autoroutes, ce qui empêche ou entrave la possibilité de leur expansion.’

Dans l’impossibilité d’obtenir une autorisation, de nombreux citoyens palestiniens construisent des maisons illégalement - qui sont donc soumises à la démolition par le gouvernement. Selon le rapport de 2017, 97% des ordres de démolition en Israël proprement dit, entre 2012 et 2014, ont concerné des Palestiniens. Ce n’est pas un accident. C’est l’aboutissement logique de l’autodéfinition d’Israël. Israël n’est pas un ’État pour tous ses citoyens’, un concept auquel M. Lapid a déclaré en 2019 qu’il s’est opposé ’toute sa vie’.

En 2018, lorsque plusieurs législateurs palestiniens ont présenté un projet de loi ’visant à ancrer dans le droit constitutionnel le principe de l’égalité des citoyens’, le président de la Knesset a jugé qu’il ne pouvait même pas être discuté car il ’rongerait les fondements de l’État.’ La même année, la Knesset a adopté une loi réaffirmant l’identité d’Israël en tant qu’’État-nation du peuple juif’, ce qui signifie que le pays appartient aux juifs comme moi, qui n’y vivent pas, mais pas aux Palestiniens qui vivent sous son contrôle, même aux quelques chanceux qui détiennent la citoyenneté israélienne. Tout cela s’est produit avant l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement de M. Netanyahu. Voilà la 'démocratie' libérale dynamique que les sionistes libéraux veulent sauver.

Certains juifs peuvent craindre qu’en prônant une véritable démocratie libérale - et en s’exposant ainsi à des accusations d’antisionisme - les détracteurs de M. Netanyahu ne se marginalisent eux-mêmes. Mais s’ils élargissent leur vision, ils verront que c’est le contraire qui est vrai. En incluant les Palestiniens comme partenaires à part entière, le mouvement démocratique israélien découvrira un vaste réservoir de nouveaux alliés et développera une voix morale beaucoup plus claire. En fin de compte, un mouvement fondé sur l’ethnocratie ne peut pas défendre avec succès l’État de droit. Seul un mouvement pour l’égalité le peut.

Peter Beinart (New-York) -

27.02.23

Source: Aurdip

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