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La police israélienne a transformé Sheikh Jarrah en une zone hyper-militarisée dans le but d’étouffer la résistance palestinienne et d’encourager les colons juifs

 

Ces dernières semaines, Othman Ibn Affan, la rue principale du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, a commencé à ressembler à la tristement célèbre et réservée rue Shuhada de Hébron. Les forces de police israéliennes ont installé des check-points militaires, patrouillent dans la zone tous les jours 24h sur 24, interdisant l’entrée aux Palestiniens qui ne vivent pas dans le quartier et autorisant toute liberté de mouvement aux colons et aux militants de droite.

Cette politique a été initialement mise en place pour empêcher les Palestiniens de rejoindre et d’exprimer leur solidarité aux familles sous la menace imminente d’une expulsion forcée. Mais, comme dans la rue Shuhada – où les Palestiniens non-résidents sont interdits et où les Palestiniens locaux vivent sous la menace constante de la violence des colons ainsi que des soldats – le but de la police à Sheikh Jarrah est d’étrangler la présence palestinienne dans le quartier et d’étouffer toute forme de résistance, des manifestations au street art.

La limitation de la circulation à l’entrée et à la sortie d’Othman Ibn Affan a commencé le mois dernier après que la police israélienne ait installé un check-point improvisé aux entrées de la rue, suite à un accord conclu entre la police et le député kahaniste Itamar Ben Gvir. Celui-ci, qu’on poussait à retirer un «bureau» improvisé qu’il avait installé dans la rue pour montrer son soutien aux colons qui y sont, a accepté de le faire à condition que la police patrouille dans le quartier à toute heure du jour et de la nuit.

Le chef de la police israélienne, Ya’akov Shabtai, a dit que les provocations de Ben Gvir, ainsi qu’une marche organisée fin avril à Jérusalem par les jeunes d’extrême-droite, ont été une raison centrale de l’éruption de violence dans la ville – puis dans tout l’Israël-Palestine – plus tard en mai.

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Ce qui a commencé comme un simple check-point à Sheikh Jarrah s’est cependant transformé en une présence policière permanente le 16 mai après qu’un Palestinien ait précipité son véhicule sur des policiers qui se tenaient au check-point, en blessant sept; la police a abattu l’assaillant. Et elle a alors installé des blocs de béton à l’endroit même.

Les limitations de circulation ont eu un effet sévère ces dernières semaines sur la vie des résidents de Sheikh Jarrah. On demande constamment aux Palestiniens qui vivent dans la rue de présenter leur carte d’identité, tandis que leurs parents qui vivent hors du quartier n’ont pas le droit d’y entrer, même pour les fêtes musulmanes.

L’entrée est complètement interdite aux militants – qu’ils soient palestiniens ou juifs israéliens de gauche – et ceux qui arrivent à s’infiltrer sont renvoyés par la police.

«La rue est devenue une Shuhada numéro deux», a dit Salah Diab, résident palestinien sous la menace d’expulsion de sa maison et l’un des leaders du combat à Sheikh Jarrah. Le mois dernier, la police a brisé la jambe de Diab au cours d’un raid chez lui; quelques jours plus tard, il a été arrêté après que des colons aient attaqué des Palestiniens qui prenaient leur repas d’iftar – fête nocturne de rupture du jeûne du Ramadan – sur le trottoir qui longe sa maison.

«Les policiers sont stupides, ils essaient de tout régler par la force», dit Diab. «Ils travaillent pour les colons qui leur donnent des ordres. Pour nous, ce n’est pas une surprise, mais nous ne les laisserons pas faire. Jour après jour, nous continuerons à lutter pour la justice.»

‘Tout ce qu’ils veulent, c’est nous effrayer’

L’«Hébronisation» de Sheikh Jarrah est encore plus apparente dans l’activité policière intensive de ces dernières semaines. Les policiers ont dispersé des dizaines de Palestiniens – pour la plupart des  jeunes gens venus chanter, manger et traîner dans le quartier – avec des grenades assourdissantes, des canons à eau et des arrestations massives.

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Ils ont aussi régulièrement fait irruption chez les gens du quartier, cherchant ceux qui n'y vivent pas mais auraient cependant réussi à y entrer.

La police a fréquemment intensifié ses actes de violence. Le 15 mai, pendant la grève générale d’un jour de toute la nation palestinienne, un policier a été filmé en train de tirer sur une jeune fille de 16 ans, Jana Kiswani qui se tenait à l’entrée de sa maison, avec une balle à bout en éponge. Elle a subi une blessure à la colonne vertébrale et devra passer des mois au lit. Le policier qui a tiré sur Kiswani a finalement été suspendu.

«Fermer la rue fait partie de la tentative de pression sur les résidents», a dit Zakaria Odeh, coordinateur de la Coalition Civique pour les Droits des Palestiniens à Jérusalem. «Avec le canon à eau puante, les raids dans les maisons et les arrestations de jeunes – cela fait partie de la politique de ciblage d’un quartier qui est au cœur de Jérusalem, afin de contrôler la totalité de la zone.»

Cette politique répressive à Sheikh Jarrah a atteint de nouveaux sommets quand la police a arrêté les frère et sœur Muna et Mohammed El-Kurd, les deux militants les plus éminents du quartier, déclarant qu’ils avaient «pris part aux troubles».

Les policiers ont fait irruption dans la maison de la famille pour arrêter Muna et ont émis un mandat d’arrêt pour Mohammed, qui était hors du quartier à ce moment là et a été emmené au poste de police à son retour. Zoheir Rajabi, meneur de la lutte dans le quartier Batan al-Hawa de Silwan, a lui aussi été arrêté.

Dans une conférence de presse tenue devant le poste de police de la rue Salah a-Din à Jérusalem-Est, Nabil el-Kurd, le père de Muna et Mohammed, a dit: «C’est une guerre numérique. Nous avons des caméras sur nos téléphones et nos mots pour promouvoir la cause palestinienne.»

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Quelques heures seulement après l’arrestation de Muna, la police a essayé d’emmener Muna jusqu’à un véhicule stationné à la porte latérale du poste, tout en jetant des dizaines de grenades assourdissantes sur les militants et les journalistes groupés devant le poste. Muna a lors été emmenée jusqu’au Complexe Russe, centre d’interrogatoire et poste de police tristement célèbre de Jérusalem-Ouest, d’où elle a été relâchée sans conditions – décision rare lorsqu’il s’agit d’une arrestation politique.

«Tout ce qu’ils veulent, c’est nous effrayer», a dit Muna aux journalistes à son retour chez elle lundi après-midi. «J’ai été interrogée deux fois, pieds et poings liés… Ce sont les actes de l’occupation, pour nous effrayer et nous impressionner. C’est pourquoi ils ont fermé notre rue alors que nous nous exprimions et montrions au monde ce qui se passe ici. Nous sommes la quatrième génération à Sheikh Jarrah et ils veulent nous chasser – mais ils n’y arriveront pas.»

Mohammed a lui aussi été libéré plus tard cette nuit-là sans conditions. «Il s’agit clairement d’une manœuvre d’intimidation pour nous faire cesser de nous exprimer contre les injustices commises par les colons», a-t-il dit après sa libération. «Ils ont dit que nous incitions à la violence, alors que, clairement, la seule incitation à la violence, c’est la présence d’un blocus illégal à Sheikh Jarrah et la présence d’avant-postes de colons qui menacent de brûler nos maisons et de nous en chasser.»

Criminaliser les ballons, les cerf-volants et le street art

En plus des résidents et des militants locaux, l’Hébronisation de Sheikh Jarrah s’étend aussi aux journalistes.

A la veille de l’arrestation de Muna et de Mohammed, des forces israéliennes ont agressé et arrêté une journaliste d’Al Jazeera, Givara Budeiri, bien qu’elle ait porté un gilet de presse et tenu un microphone.

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G.Budeiri a dit que les policiers avaient continué de la frapper dans le véhicule de police. Elle a été relâchée plus tard dans la nuit avec une interdiction de 15 jours d’entrer à Sheikh Jarrah. Pendant son arrestation, des policiers ont agressé un cameraman d’Al Jazeera et l’ont poussé au sol, endommageant sa caméra.

Le jour de l’arrestation de G.Budeiri, on a vu des policiers contrôler les cartes de presse des journalistes qui entraient dans le quartier, alors que s’installait une petite veille des résidents et militants. On a relevé qu’un membre de la police des frontières disait que seuls les journalistes munis d’une carte de presse israélienne émise par le Bureau de Presse du Gouvernement (BPG) pouvaient entrer dans le quartier et que les journalistes sans cette carte seraient renvoyés.

La police a déclaré la guerre aux événements culturels et aux symboles palestiniens dans le quartier. Depuis des années, la police arrête les militants palestiniens qui portent des drapeaux palestiniens qu’ils confisquent – même si faire cela est totalement illégal. Le mois dernier, la police a utilisé une échelle pour décrocher des ballons aux couleurs du drapeau palestinien.

Dans un autre incident quinze jours plus tôt, la police est arrivée avec des ouvriers municipaux et a effacé les graffitis, montrant les noms des Palestiniens sous menace d’expulsion, peints par des militants sur le mur extérieur de la maison de la famille El-Kurd.

La veille, un membre d’extrême droite du conseil municipal de la ville de Jérusalem, Yonatan Yossef, a essayé d’effacer lui-même un autre graffiti, mais il a été sorti de la zone par la police.

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«Pourquoi effacent-ils ces dessins avec les noms des familles?» s’est étonné Nabil El-Kurd. «Quel est le problème à ce sujet? Il n’existe pas de loi qui l’autorise.»

Par la suite, la police a passé une heure à essayer de confisquer un cerf-volant portant un dessin du drapeau palestinien. Ils ont dû y renoncer car ils n’avaient pas de mandat pour entrer dans le jardin de la maison d’où le cerf-volant s’envolait.

Oren Ziv -

21.06.21

Source: Agence Medias Palestine

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! INFOS DU JOUR ! :

- Palinfo signale que des jeunes jérusalémites ont mis le feu, mercredi soir, à la voiture d’un colon israélien à Ras al-Amud dans la ville d’al-Quds occupée. Des sources d’information israéliennes ont indiqué que la voiture appartient à une famille israélienne qui habite dans un avant-poste à Ras al-Amud et que les jeunes qui l’ont brulée avaient pris la fuite avant l’arrivée des pompiers. Notons que plus de 100 avant-postes sont implantés dans les quartiers palestiniens de la ville d’al-Quds qui vit sous les menaces d’une épuration ethnique sans précédent visant les citoyens palestiniens;

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- décidément Mahmoud Abbas a bien appris ses leçons auprès des autorités occupantes, aussi Palinfo rapporte que le mouvement de la résistance islamique Hamas a condamné fermement l’assassinat du militant des droits humains Nizar Banat par les services sécuritaires de l’Autorité Palestinienne (AP) en Cisjordanie occupée. Le Hamas a considéré que ce «crime planifié et organisé» reflète les intentions de l’AP de liquider les activistes et les opposants politiques. Le mouvement islamique qui a présenté ses condoléances au peuple palestinien et à la famille du défunt, a attribué la responsabilité de ce «crime odieux» et de ses retombées au président de l'Autorité d’Oslo, M.Abbas, et à son gouvernement. Rappelons que Nizar Banat, défenseur des droits de l’homme et candidat aux élections législatives prochaines, est décédé ce jeudi matin quelques heures après son arrestation par l'AP en Cisjordanie occupée. La famille de N.Banat a révélé que les forces sécuritaires de l’AP avaient pris d’assaut la maison à l’aube et avaient roué de coups l’opposant et activiste palestinien avant de l’arrêter; de son côté, l'Union européenne a appelé à une enquête immédiate, complète, indépendante et transparente sur la mort du militant Nizar Banat. "Nous sommes choqués et attristés par la mort du militant et ancien candidat aux législatives, Nizar Banat, suite à son arrestation par les forces de sécurité palestiniennes hier soir", a déclaré le représentant de l'UE en Palestine dans un tweet, en présentant ses condoléances à sa famille et à ses proches;

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- Quds News Network atteste de centaines de Palestiniens venus manifester sous les fenêtres de M. Abbas à Ramallah pour exprimer leur colère suite au décès du militant N. Banat peu de temps après avoir été battu et emmené par les forces de l'AP. Pour rappel, N.Banat avait écrit aux autorités européennes pour leur demander le gel du financement de l'AP après que M.Abbas ait décidé du report des élections; 

Source: Externe- selon Almanar, en Cisjordanie occupée, le gouvernement Bennett-Lapid ne perd pas de temps: il vient d'approuver 31 projets d'extension de certaines colonies dont la construction d’un centre commercial, de synagogues, de séminaires juifs et une école spécialisée, dans les colonies de Mishor Adumim, Elkana, Karnei Shomron et Kfar Adumim. Suite à cette décision, le groupe de coordination des colonies de Yesha a demandé que le Haut sous-comité de planification se réunisse à nouveau pour approuver la construction de maisons en Cisjordanie: «Le comité de construction doit se réunir immédiatement pour approuver la construction de logements dans toute la région. Nous avons attendu assez longtemps»;

Capture du 2021-06-24 17-16-38

- le même site annonce que le responsable de l’unité des relations médiatiques du Hezbollah, Mohammad Afif, a fermement condamné, ce jeudi 24 juin, «le crime commis par l’administration américaine contre un grand nombre de sites médiatiques libres. Une démarche qui confirme la politique de répression des libertés menée par Washington sous de faux slogans. L’administration américaine a voulu par le blocage de ces sites dissimuler la diffusion de la vérité sur les crimes et les atrocités commis par les États-Unis et ses alliés à l’encontre des peuples opprimés dans notre région, notamment en Palestine et au Yémen, où ils sont soumis aux pires formes d’abus et de blocus. Au moment où nous exprimons notre solidarité et soutenons ces sites honorables, qu’aucun pouvoir aussi arrogant soit-il, ne pourra étouffer la vérité, nous appelons à une plus large campagne de solidarité avec ces médias pour qu’ils puissent continuer d’accomplir leur mission humanitaire honnête». Il convient de noter que les Etats Unis ont bloqué mardi 22 juin, l’accès aux sites Internet de 33 médias iraniens ou arabes proches de l’axe de la résistance.

Rédaction du MCP -

24.06.21