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Selon les données rassemblées par 'Mondoweiss', au moins 25 incidents ont été rapportés concernant des violences par des colons israéliens contre des Palestiniens depuis qu’est passée l’échéance non officielle du 1er juillet, prévue pour l’annexion de la Cisjordanie

Plus d'un mois a passé depuis l’échéance non officielle du 1er juillet indiquée par Israël pour l’annexion de la Cisjordanie. L’attention des médias en amont de la date a atteint un pic de fièvre le 30 juin, tandis que déferlaient les condamnations internationales et que des membres du Congrès des États-Unis commençaient à lancer l’idée de soumettre l’aide à Israël à certaines conditions.

Au moment où le 1er juillet est arrivé, après des semaines d’intense accumulation, Israël a commencé à reculer et le discours sur l’annexion a finalement semblé retomber.

Mais alors que le monde pourrait être passé à autre chose que l’annexion, les conséquences des promesses d’Israël se font sentir pour le moment sur le terrain en Cisjordanie, puisque des rapports d’attaques de Palestiniens et de leurs propriétés par des colons ont déferlé en juillet, ainsi qu’en juin dans la perspective de l’annexion.

Depuis le 1er juillet, presque chaque jour a connu des rapports d’attaques par les colons et d’incursions dans des villes et des villages palestiniens dans toute la Cisjordanie. De façon remarquable, une partie importante des incidents rapportés concerne des colons essayant de s’emparer de nouveaux morceaux de terre ou d’établir de nouveaux avant-postes en Cisjordanie.

Selon les données recueillies par 'Mondoweiss' à partir des rapports des actualités locales palestiniennes, du 1er au 31 juillet, il y a eu au moins 25 incidents où des colons israéliens ont essayé de saisir des terres palestiniennes, d’établir de nouveaux avant-postes, tout en attaquant des Palestiniens, en vandalisant des maisons, des mosquées et des véhicules, et en brûlant des récoltes et des terres agricoles palestiniennes.

Entre le 30 juin et le 13 juillet, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations-Unies (OCHA) a documenté qu’au moins cinq Palestiniens avaient été blessés lors d’attaques de colons — trois Palestiniens visés par balles réelles, un assailli physiquement et un autre mordu par un chien détaché par des colons. Du 14 au 27 juillet, l’OCHA des Nations-Unies a confirmé neuf attaques supplémentaires.

Les attaques ont eu lieu dans tout le territoire, de Hébron à Jénine, typiquement dans des villes et villages palestiniens ruraux situés à proximité étroite de colonies. Des 25 incidents, au moins 14 se sont produits dans le district de Naplouse au nord de la Cisjordanie, une zone à risque de la violence des colons toute l’année.

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En plus des attaques et des incursions de colons, les données ont indiqué que dans la même période de temps, à au moins quatre occasions, l’armée israélienne s’est impliquée dans la confiscation ou la destruction de terres palestiniennes.

Dans trois de ces quatre incidents, la terre saisie par les forces israéliennes était à proximité d’une colonie ou d’un avant-poste illégaux, ce qui conduit à spéculer que les autorités israéliennes étaient en train de confisquer des terres pour une future expansion coloniale — un phénomène bien documenté dans les territoires occupés.

Au moins trois tentatives majeures pour saisir des terres et établir de nouveaux avant-postes ont été aussi enregistrées dans les jours précédant ou suivant le 1er juillet — une dans le village de Asira al-Shamaliya, dans la région de Naplouse, une dans la ville de Halhul, dans la région de Hébron, et une dans le village de Battir, dans la région de Bethléem.

Dans les cas d’Asira al-Shamaliya et de Halhul, les colons ont essayé de s’emparer de terres qui, selon les résidents, n’avaient pas fait l’objet de tentatives de confiscation depuis plusieurs années, exacerbant les craintes que les colons se soient sentis particulièrement enhardis par les promesses d’annexion.

Halhul: d’abord l’armée, ensuite les colons

La ville de Halhul est l’une des plus grandes de la région de Hébron et de la Cisjordanie entière, avec des collines étendues qui remontent à des milliers d’années. Le 'Mont Jumjumah', comme l’appellent les locaux, est particulièrement distinctif, dit être l’un des plus hauts points de la zone, à 1000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Le 30 juin, la veille du jour d’annexion d’Israël, des locaux de la ville ont remarqué un large groupe de colons israéliens, escorté par des jeeps militaires, au sommet de la montagne. Quand un groupe de résidents de Halhul s'est rendu sur la montagne pour voir ce qui se passait, les soldats israéliens leur ont dit de partir.

«Les soldats nous ont dit que les colons seraient seulement là pendant quelques heures pour faire des choses religieuses et qu’ensuite ils partiraient», a dit Hijazi Mereb, 63 ans, maire de Halhul, à 'Mondoweiss'.

Quelques jours plus tard, cependant, Mereb et ses voisins ont été choqués de voir les colons de retour, cette fois avec plus d’une dizaine de tentes et de drapeaux israéliens. «Nous ne voulons pas du tout qu’ils viennent sur nos terres. Pas même pour des raisons religieuses, parce que comme vous voyez, finalement ils reviennent et essaient de se les approprier», a dit Mereb.

Après un rassemblement de centaines de locaux pour contester la présence des colons, Mereb dit que les colons ont été escortés hors des terres par les soldats. «Mais nous pensons qu’ils reviendront».

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La parcelle de terrain où les colons ont commencé à installer leur camp est située à seulement quelques centaines de mètres d’un avant-poste militaire israélien, dont la construction remonte aux années 1980 pendant la Première Intifada. Quand l’avant-poste a été établi, l’armée a confisqué au moins deux dounams de terres [2000 m²] cultivables alentour et a depuis empêché les résidents de Halhul d’accéder aux terres.

«Pendant des années ils nous ont tenus à l’écart de la montagne, particulièrement de la zone proche de la base militaire, disant que c’est ‘pour des raisons de sécurité’», dit Mereb. «Mais quand les colons veulent venir ici, l’armée les escorte et les protège.»

Mereb dit que les tentatives récentes pour s’emparer de Mont Jumjumah ne sont pas les premières. «Pendant des décennies, depuis l’occupation israélienne de la Cisjordanie en 1967, les Israéliens ont jeté leur vue sur cette montagne.» Il a indiqué que très souvent, l’armée israélienne confisque de larges pans de terres palestiniennes et que finalement la terre est transmise aux colons.

«Ils ont essayé de s’emparer de cette montagne depuis toujours», a-t-il dit, ajoutant que la dernière tentative remonte à assez longtemps. «Mais maintenant avec l’annexion, cela a donné aux colons un encouragement pour essayer de voler des terres et ils ont obtenu le feu vert de leur gouvernement pour le faire».

«Les colons ne sont pas seulement intéressés par Halhul. Ils sont intéressés par toutes les terres palestiniennes, et ne s’arrêteront pas avant qu’ils ne s’en emparent», dit Mereb. «Aujourd’hui, c’était Hébron, hier c’était la vallée du Jourdain et demain ce sera Naplouse et les autres villages.»

Battir: «Voilà comment cela commence»

Pour beaucoup de Palestiniens le village de Battir, au sud de la ville de Bethléem, est une anomalie. Ses belles collines luxuriantes de vert, ses terrasses anciennes et une frontière partagée avec Jérusalem en font une situation idéale pour les colons israéliens en Cisjordanie.

Pendant des décennies, les résidents de Battir ont réussi à garder leurs terres sans colonies. Beaucoup de locaux attribuent ce succès à leurs patients efforts pour que Battir soit reconnu comme un site patrimonial mondial de l’UNESCO, ce qu’ils ont réussi à obtenir en 2014.

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«Se voir accorder ce statut a été un énorme accomplissement pour nous», a dit à 'Mondoweiss' Hassan Muamer, 35 ans (ci-contre), un militant local du village, qui a fait un intense lobbying pour la distinction de l’UNESCO. «Nous pensions d’une certaine façon qu’être un site de l’UNESCO nous protégerait de l’occupation israélienne.»

Depuis les deux dernières années, le statut de Battir comme village sans colonie a été contesté de front quand un groupe de plus de cent colons israéliens a d’abord essayé de s’emparer du sommet d’une montagne à l’est du village pendant la nuit de Noël 2018 et d’y établir un nouvel avant-poste.

Muamer et ses amis villageois se sont arrangés à l’époque pour faire pression sur les colons afin qu’ils quittent les terres de Battir. Mais six mois plus tard, juste à deux kilomètres dans la vallée d’al-Makhrour, le même groupe de colons a installé un nouvel avant-poste illégal appelé Neve Ori sur les terres de Beit Jala.

Début juillet, les colons de Neve Ori ont été repérés dans la même partie de Battir dont ils avaient essayé de s’emparer il y a presque deux ans.

«Nous avons d’abord remarqué qu’ils venaient presque chaque jour, circulant alentour avec leurs VTT et amenant leurs moutons paître dans nos oliveraies», a dit Muamer, ajoutant que les colons avaient harcelé les fermiers locaux à plusieurs occasions. Mais le 6 juillet, la présence des colons est devenue encore plus menaçante, quand les résidents de Battir ont remarqué que les colons avaient apporté une grande tente et des bidons d’eau avec eux.

«Ils ont dit qu’ils voulaient installer une tente agricole dans la région pour pouvoir venir de leur avant-poste à Makhrour et amener leur bétail pour paître ici», a expliqué Muamer, remarquant que les terres entre Beit Jala et Battir forment une vallée contiguë avec des chemins pavés, ce qui facilite le trajet des colons entre les deux.

Muamer et ses amis villageois ont immédiatement appelé la police israélienne, leur indiquant qu’il y avait des «voleurs» sur leurs terres. Quand la police et l’armée sont arrivées, ils ont dit aux résidents de Battir que les colons feraient paître leur bétail là jusqu’à 17h seulement et partiraient à ce moment. Les colons, et finalement les soldats, sont en effet partis. Mais le jour suivant, ils étaient de retour au même endroit et on a dit la même chose aux résidents.

«Presque chaque jour depuis, les colons sont venus sous la protection des soldats pour faire paître leurs moutons ici et provoquer les fermiers de la zone», a dit Muamer. Vers la fin juillet, dit Muamer, les colons ont commencé à arriver de nuit. «Ils ont commencé à faire du feu, trainant dans la zone et allant nager dans un des réservoirs des fermiers». «Ils agissent comme si c’est normal, comme si c’est leur terre et qu’ils ont le droit d’être là», a dit Muamer.

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Selon le témoignage de Muamer et les rapports dans les médias israéliens, les colons justifent leur prise de contrôle sur les terres de Battir par une ordonnance de 1982 qui déclarait qu’une portion substantielle des terres de la zone était «terre d’Etat».

«Nous, les résidents de Battir, n’avons jamais été informés de cette décision de 1982. Nous n’avons pris connaissance de cette confiscation que quand les colons ont commencé à nous la jeter au visage, nous disant qu’ils avaient le droit d’être ici», a dit Muamer.

+972 Magazine a interviewé Lior Tal, le chef des colons qui ont établi Neve Ori, et celui qui mène les tentatives pour s’emparer des terres de Battir. Questionné sur les raisons d’une telle tentative de prise de contrôle, il a dit: «Les Palestiniens m’ont volé la terre».

«Je veux que tout Battir aille en enfer… L’État d’Israël appartient au peuple juif», a dit Tal à '+972', ajoutant «je n’ai pas de problème avec le fait que les Palestiniens restent s’ils acceptent les Sept Lois de Noah [un ensemble d’interdits que les juifs orthodoxes considèrent obligatoires pour tous] ou s’ils veulent se convertir.»

Muamer et les villageois disent qu’ils savent ce contre quoi ils résistent. «Ces colons ne sont pas seulement des religieux fanatiques et des nationalistes, ils sont le premier exemple de l’entreprise coloniale d’Israël», a-t-il déclaré. «Ces colons sont armés, ils ont des organisations sionistes comme le Fond national juif (JNF) pour subventionner leurs efforts, et ils ont l’état les appuyant et les protégeant tout au long de l’entreprise», a t-il dit.

«Les personnes en dehors de la Palestine pourraient voir ces événements comme mineurs et sans importance», a dit Muamer. «Mais nous savons que c’est la manière dont cela commence. Les colons font connaître leur présence sur les terres, ensuite ils établissent un avant-poste, et inévitablement, ils déplacent davantage de Palestiniens.»

Asira al-Shamaliya: les attaques des colons insufflent une nouvelle vie à la résistance du village

Le village d’Asira al-Shamaliya est un endroit tranquille au nord de Naplouse dans le nord de la Cisjordanie occupée, connu dans toute la Palestine pour sa délicieuse huile d’olive, une des principales exportations du village.

Dans un district où les attaques violentes des colons israéliens extrémistes sont fréquentes, Asira al-Shamaliya a réussi à rester à l’abri de la violence des colons pendant des décennies. La dernière tentative des colons d’attaquer le village ou de prendre le contrôle de terres dans la région a été repoussée pendant la Première Intifada.

Le 26 juin, juste quatre jours avant l’échéance pour l’annexion, les locaux ont noté qu’un groupe de colons israéliens armés avait installé une caravane et un abri pour animaux aux abords du village. Il y avait un groupe de soldats israéliens protégeant les colons, stationnés à un avant-poste militaire permanent juste quelques centaines de mètres plus loin.

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Les habitants d’Asira al-Shamaliya ont été brusquement confrontés à un problème qu’ils n’avaient jamais eu à affronter auparavant.

«Nous savions que nous devions chasser les colons des terres», a dit à 'Mondoweiss' Hazem Yassin, 45 ans, le maire d’Asira al-Shamaliya. «Ils ont immédiatement établi un cordon autour d’au moins deux dounams [2000m²] de terres près du nouvel avant-poste, donc c’était seulement une question de temps avant qu’ils n’en prennent davantage.»

Yassin savait qu’il ne pouvait risquer la confiscation des terres du village, particulièrement sur la montagne où les colons avaient établi leur camp. «La zone est remplie d’oliveraies et de propriétés privées», a-t-il dit, ajoutant que sa famille possédait des terres dans cette zone.

Le sommet de la montagne où les colons sont situés est le Mont Ebal de la Bible, ou 'Jabal Aybal' en arabe. C’est la plus haute montagne de la Cisjordanie du nord, qui domine la ville de Naplouse et c’est un emplacement extrêmement stratégique. «Ce n’est pas une surprise qu’ils aient choisi cet emplacement et qu’ils soient arrivés juste au moment du moment de l’annexion», a dit Yassin. «Si nous devions perdre ces terres, cela dévasterait notre population et notre production d’olives», a-t-il dit.

Donc, Yassin et ses amis militants ont décidé d’organiser une manifestation contre la confiscation de la terre. Leur première manifestation a été accueillie par la force violente de dizaines de soldats israéliens, qui ont lancé des gaz lacrymogènes et tiré des balles d’acier enrobées de caoutchouc sur les manifestants, blessant au moins trois personnes. Le gaz lacrymogène a enflammé une large partie du sommet de la montagne, brûlant des récoltes et des oliviers vieux de plusieurs décennies.

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Le 7 juillet, des bulldozers israéliens sont arrivés et ont bâti un large amas de débris sur le chemin principal connectant Asira al-Shamaliya au site de l’avant-poste, empêchant les fermiers locaux d’accéder au sommet de la montagne.

Malgré leur échec, les villageois ont organisé une autre manifestation, qui a été encore accueilli par la violence. Les manifestants, qui comprenaient des centaines de locaux et des militants de toute la Cisjordanie agitant des drapeaux palestiniens, ont continué chaque vendredi depuis le 26 juin.

Yassin a même été blessé pendant une des manifestations quand une bombe de gaz lacrymogène l’a frappé au visage, le forçant à se faire hospitaliser. Mais il s’est juré que les manifestations continueraient jusqu’à ce que les colons soient partis. «Peu importe qui a donné la permission aux colons, que ce soit Netanyahu ou Trump», a-t-il dit. «C’est notre terre, nous sommes ceux qui ont à décider. Et nous ne voulons pas de colons ici - ni maintenant, ni jamais».

Yumna Patel -

10.08.20

Source: Agence Medias Palestine