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Le dernier rapport du Centre d’études israéliennes et palestiniennes al-Quds sur les opérations de résistance en Cisjordanie a suscité beaucoup d’attention et a été largement repris par les médias

 

Couvrant les dix premiers mois de 2018, il a documenté 40 incidents de tirs, 33 attaques et tentatives à l’arme blanche, 15 attaques et tentatives à la voiture-bélier, 53 engins explosifs lancés ou posés et 262 attaques au cocktail Molotov, ayant entraîné la mort de 11 Israéliens et fait 159 blessés. Il a également recensé 3400 opérations de résistance populaire sous diverses formes.

D'autres informations ont rapporté que l'Université hébraïque de Jérusalem a mené une étude indiquant que l'occupation de la Cisjordanie coûte au trésor israélien environ 28 milliards de shekels (environ 7,6 milliards de dollars).

En fait, c’est la fermeté et la résistance des Palestiniens en Cisjordanie qui doivent bénéficier de la couverture médiatique et de l'attention qu'elles méritent, en particulier dans un environnement arabe qui peut négliger la question de la  Palestine dans la tourmente des événements.

Habituellement, les centres d’études publient des rapports annuels (et non pas au bout de 10 mois) pour faciliter la comparaison d’une année sur l’autre, de manière à pouvoir les analyser, en tirer les conclusions et fournir des projections. Par conséquent, il faut dire que ce rapport n'était accompagné d'aucune lecture comparative, mais malgré cela, tout effort de documentation est louable.

Si nous voulons placer ces chiffres dans un contexte analytique comparatif, il faut d’abord noter que ces chiffres auraient été multipliés de façon exponentielle si l’Autorité palestinienne à Ramallah avait mis fin à la coordination sécuritaire avec Israël, par laquelle les forces de la résistance sont pourchassées et des centaines d’opérations sont contrecarrées.

La colère de la population de Cisjordanie est réprimée, l'Autorité palestinienne considérant la coordination sécuritaire comme «sacrée», mais le feu couve toujours sous les cendres.

Fin décembre 2017, le chef du Shabak, Nadav Argaman, a révélé que 400 attaques avaient été déjouées à Cisjordanie et des rapports disent que la coopération entre l'armée israélienne, la police israélienne et l'Autorité palestinienne a permis une prévention efficace.

Deuxièmement, si nous tenons compte des actions de résistance des dernières années, la résistance de cette année n’est que la continuation, quoique dans une moindre mesure, de la résistance en Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est), qui s'est intensifiée en octobre 2015, lorsque l'Intifada de Jérusalem a éclaté.

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Les deux premières années de cette Intifada ont été marquées par 3719 attaques au cours desquelles 57 Israéliens ont été tués et 416 autres blessés. Le Shabak a reconnu 1360 attaques en 2016 et 1464 en 2017, et que 29 Israéliens ont été tués en 2015, 17 en 2016 et 18 en 2017. Ainsi, les statistiques du Centre al-Quds confirment le maintien de l'esprit d'Intifada en Cisjordanie; toutefois, la conclusion selon laquelle la résistance a augmenté cette année n'est pas exacte, ni en termes de nombre d'opérations, ni en termes de victimes israéliennes.

Il est noté que les attaques de «loup solitaire» constituent une part importante des activités de résistance qui suscitent de l'inquiétude chez les autorités israéliennes car il est difficile de prendre des mesures préventives contre elles; ainsi que le constat que les factions palestiniennes ont déployé des efforts considérables pour développer des actions de résistance dans un environnement difficile et dur.

Avi Issacharoff, analyste des affaires palestiniennes pour le site d’information israélien Walla!, a rapporté que les forces de sécurité israéliennes ont découvert environ 100 cellules armées à Cisjordanie en 2016, la plupart d'entre elles appartenant au Hamas.

En conséquence, les factions palestiniennes sont confrontées à d’énormes défis pour développer secrètement des actions de résistance.

Troisièmement, l’affaiblissement de la force israélienne est une priorité absolue pour la résistance en Cisjordanie. En effet, la résistance crée de la pression et de la confusion chez les Israéliens, et elle les oblige au versement de budgets spéciaux pour y faire face.

Cependant, la résistance et l’affaiblissement des forces israéliennes ont encore beaucoup à faire pour avoir un impact sur la décision stratégique d’Israël, pour le forcer à se retirer. Par conséquent, les forces de résistance ne doivent pas sombrer dans le sentiment trompeur de triomphe, car les Israéliens considèrent toujours leur maintien en Cisjordanie comme ayant une utilité stratégique, sécuritaire et économique.

Il convient également de noter que, si le nombre d'opérations de résistance suscite de la fierté et une haute considération, le terme «opération» doit être utilisé avec prudence et circonspection. Car le rapport du Centre al-Qods indique que plus de 400 opérations en dix mois ont entraîné la mort de 11 Israéliens, avec un taux d'un mort sur 37 «opérations», ce qui signifie qu'un grand nombre de ces opérations ont échoué ou ont été contrecarrées.

Peut-être que la partie israélienne (selon les rapports de Shabak aussi) a tendance à utiliser cette terminologie en signalant un nombre élevé d'attaques afin de prouver sa capacité à les contrecarrer et que la plupart des actions des Palestiniens échouent.

Peut-être que c’est également censé justifier la fermeté de ses actions et de ses mesures de sécurité et sa demande d'une augmentation de budget pour réprimer la résistance palestinienne.

En outre, Israël vit son meilleur moment économique, où des taux de croissance élevés sont enregistrés. Il considère toujours que l'occupation de la Cisjordanie - en plus d'être pour beaucoup une mission nationale et religieuse – est un investissement économique, politique et de sécurité utile.

Les dépenses de 7 ou 8 milliards de dollars consacrées à la sécurité en Cisjordanie ne sont pas considérées comme un lourd fardeau quand, en 2017, le budget israélien s'élevait à 143 milliards de dollars et son produit intérieur brut (PIB) à 348 milliards de dollars (soit 24 fois plus que celui des Palestiniens) et son PIB par habitant s'est élevé à environ 40.000 dollars par an (soit 14 fois celui des Palestiniens), à l'instar des pays d'Europe occidentales.

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Ces dépenses israéliennes en Cisjordanie sont toujours considérées comme un investissement abordable, voire rentable (même si nous mettons de côté le plan israélien de judaïsation de la Cisjordanie et les efforts qu’il mérite), où l’Autorité palestinienne minimise les coûts de l’occupation et fait son «sale boulot».

Ces sommes et bien d’autres sont compensées par le fait que 800.000 colons résident en Cisjordanie où ils utilisent des dizaines de milliers de dunams et exploitent des centaines d’usines, tandis que l’Autorité palestinienne assure leur sécurité.

L'occupation israélienne est directement responsable de l'administration et de la sécurité de 60% de la Cisjordanie, contrôle plus de 85% des ressources d'eau et, dans le même temps, plus de 60% des importations d'AP proviennent d'Israël et plus de 84% de ses exportations vont en Israël, selon les chiffres de 2017.

L’Intifada d’Al-Aqsa, en particulier en 2001 et 2002, a réussi à infliger des dommages à l’économie israélienne, qui a enregistré une croissance négative. Des dizaines de milliers de magasins ont été fermés, une forte proportion d'Israéliens a voulu émigrer et quitter le pays, alors que la société israélienne souffrait d'insécurité.

Cette situation a amené le Premier ministre Sharon à réfléchir au désengagement unilatéral de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza et aux États-Unis à proposer le plan «Feuille de route pour la paix».

Pour aujourd’hui, si les forces de la résistance veulent accélérer l’usure des forces israéliennes, il reste encore beaucoup à faire pour soutenir la ténacité des Palestiniens.

L'Autorité palestinienne doit mettre fin à la coopération en matière de sécurité. Cependant, ce niveau de résistance ne doit pas amener les gens à se tromper eux-mêmes. Les faits doivent rester clairs pour ne pas perdre la capacité d'évaluer correctement les défis, les opportunités, les potentiels et les perspectives, de manière à ne pas susciter trop d'espoir et ainsi créer des frustrations inutiles.

Mohsen Mohammad Saleh -

20.11.18

Source: ISM