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Entre Jérusalem et Tel-Aviv, la fable des deux Israël

 

Les Israéliens iront voter mardi pour élire les conseils municipaux des localités du pays ainsi que les conseils municipaux des colonies dans les territoires palestiniens occupés.

Des élections municipales en disent parfois plus long que des scrutins à l’échelle nationale.

Surtout dans ce tout petit pays où les deux plus grandes villes, Jérusalem et Tel-Aviv semblent aux antipodes sur le plan politique et idéologique.

Quand on parle de ces deux villes, c’est vrai qu’on est toujours tentés par les clichés selon lesquels Jérusalem serait la ville austère, religieuse et conservatrice à l’opposé de Tel-Aviv qui serait le phare de la modernité, de la douceur de vivre et de la tolérance.

Tout cela n’est pas faux, mais c’est évidemment un peu plus nuancé.

On pense à tort par exemple que Jérusalem est plus petite que Tel-Aviv alors qu’elle est deux fois plus grande avec un million d’habitants. Mais c’est aussi parce que les statistiques officielles y incluent Jérusalem-Est, revendiquée par les Palestiniens.

Ce qui se cache au-delà des remparts de la Vieille Ville, de ses chantiers, de cette ligne de tramway qui traverse la ville de bout en bout en reliant les colonies du nord et du sud de Jérusalem, c’est évidemment le bras de fer politique avec les Palestiniens qui est aussi démographique. Via la colonisation et les naissances.

Le taux de fécondité aujourd’hui au sein de la population juive de Jérusalem est nettement supérieur à celui de la population arabe et la répartition de ces familles juives entre religieux ultra-orthodoxes, pratiquants traditionnels et laïques augmente inexorablement en faveur des plus conservateurs.

Tel-Aviv de plus en plus centriste

Autrement dit, l’élection municipale à Jérusalem ne permet au parti travailliste, au centre ou aux candidats arabes que de faire de la figuration pour obtenir des strapontins et rester les témoins de la métamorphose de cette ville, reconnue désormais par les Etats-Unis comme capitale de l’Etat hébreu

A Tel-Aviv, les choses sont très différentes. Pendant très longtemps, la ville a été dirigée par le Meretz (extrême gauche) puis ensuite - et encore aujourd’hui, avec Ron Huldai - par le parti travailliste.

Mais dans les faits et sur le terrain sociologique, Tel-Aviv devient de plus en plus centriste.

Il faut dire que l’économie y est pour beaucoup puisque l’agglomération de Tel-Aviv concentre l’essentiel du développement d’Israël sur le plan technologique et financier.

Les habitants y ont un niveau de vie 20% plus élevé que dans le reste du pays.

Une liste de migrants

Comme dans toutes les grandes capitales, on a assisté à une gentrification des quartiers populaires et notamment de Jaffa, la ville arabe, ce qui est une autre forme de ségrégation.

Pour ces élections municipales, il y a également pour la première fois une liste de migrants, pour faire valoir les droits de ceux qui s’installent. Mais on n’y verra aucun Ethiopien ou Philippin, il s’agit uniquement de migrants juifs d’Europe qui font leur aliah.

Car on aura rarement autant parlé d’identité juive cette année en Israël.

Depuis que Benjamin Netanyahu a fait voter en juillet la Loi Israël qui redéfinit le pays comme un Etat juif et où il est écrit noir sur blanc que la colonisation doit être encouragée, le débat s’est cristallisé sur la signification de la citoyenneté israélienne, de l’être juif mais aussi de la démocratie et des droits des minorités.

Et de ce point de vue-là, il est clair qu’à Jérusalem et à Tel-Aviv, on ne voit vraiment pas les choses du même œil.

François Clemenceau -

27.10.28

Source: lejdd.fr