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Ahed Tamimi, une militante palestinienne bien connue et âgée de 16 ans, a été kidnappée lors d’un raid avant l’aube à son domicile par l’armée et la police d’occupation en Cisjordanie.

La mère d’Ahed, Nariman, a également été emprisonnée mardi après-midi lors d’une visite à Ahed dans un poste de police israélien.

Selon Bassem, le père d’Ahed, la famille Tamimi, bien connue pour sa militance dans le village de Nabi Saleh, a été brutalement réveillée vers 3 heures du matin par le bruit fait par des soldats qui tambourinaient à la porte et hurlaient.

Bassem a dit à Al Jazeera qu’il a ouvert la porte aux soldats, qui l’ont poussé de côté et sont entrés dans la maison.

Ils ont forcé la famille à se regrouper dans l’une des pièces et ont commencé à fouiller toute la maison, balançant les vêtements et les objets sur le sol et laissant derrière eux beaucoup de dégâts.

Les soldats ont alors informé la famille qu’Ahed était arrêtée, sans donner de raisons.

« Nariman criait et tentait de serrer Ahed dans ses bras, mais elle a été jetée à terre par les soldats », a-t-il dit, parlant de la maman d’Ahed.

Bien qu’Ahed soit à chaque fois présente dans les manifestations de Nabi Saleh, c’est la première fois qu’elle est enlevée par les forces israéliennes d’occupation.

Violences

Ahed a été menottée et conduite par les soldats à l’extérieur, puis forcée de monter dans une jeep de l’armée israélienne. La famille a été empêchée de la suivre à l’extérieur.

Selon Bassem, au moins 30 soldats ont été impliqués dans le raid et l’enlèvement d’Ahed.

Les soldats ont confisqué les téléphones, les ordinateurs et les notebooks de la famille. Bassem a déclaré à Al Jazeera que son fils de 14 ans avait refusé de donner son téléphone aux soldats. « Six soldats se sont alors violemment saisi de lui et ont pris [son portable] », a-t-il dit.

La famille est restée en état de choc après le raid.

Plus tard dans l’après-midi, Nariman est allé rendre visite à Ahed, qui était détenue dans un poste de police près du village de Jabaa dans le district de Jérusalem en Cisjordanie, afin qu’elle puisse être présente pendant l’interrogatoire de sa fille mineure.

Selon l’Association pour les droits civils en Israël, une organisation non gouvernementale (ONG) israélienne, un parent a le droit d’accompagner son enfant lors d’un interrogatoire dans le territoire palestinien occupé.

Rapidement, Bassem a reçu un appel téléphonique de son avocat disant que Nariman avait également été arrêtée à son arrivée au poste de police.

Manal Tamimi, la cousine d’Ahed, a déclaré à Al Jazeera que des affrontements ont éclaté dans le village lors du raid de mardi, les forces israéliennes tirant des grenades lacrymogènes dans les maisons du village.

« Je ne peux pas imaginer comment quelqu’un peut faire cela », a déclaré Bassem.

« Lorsque vous êtes un père, c’est très dur de voir des soldats attaquer votre maison au milieu de la nuit pour emmener votre fille. »

« Impuissant à faire quoi que ce soit »

 La famille Tamimi est régulièrement confrontée à l’occupant militaire israélien.

Bassem a été kidnappé à de nombreuses reprises par les forces israéliennes et il a été qualifié de « prisonnier d’opinion » par Amnesty International, le groupe international de défense des droits, au cours de l’une de ses nombreuses incarcérations dans les prisons israéliennes en 2012.

« Je suis tellement en colère, mais je suis impuissant à faire quoi que ce soit, c’est cela l’occupation », a déclaré Bassem, sous le coup d’une double souffrance ce mardi. « Ils veulent que les Palestiniens souffrent ».

L’enlèvement d’Ahed intervient un jour après que soit devenue virale une vidéo de l’adolescente se confrontant aux soldats israéliens – lors des manifestations de vendredi à Nabi Saleh au sujet de la reconnaissance par le président américain Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Cette séquence a été filmée immédiatement après que les forces israéliennes aient tiré des bombes lacrymogènes directement dans la maison des Tamimi, brisant plusieurs fenêtres.

Coma médicalement provoqué

Quelques instants plus tôt, le cousin d’Ahed, Mohammad âgé de 14 ans, avait été touché à bout portant par une balle d’acier enrobée de caoutchouc, tirée par les soldats israéliens.

Mohammad a dû être soumis à un coma médicalement provoqué, d’où il s’est réveillé mardi, 72 heures plus tard.

« Ahed disait aux soldats de s’éloigner de notre maison », a déclaré Bassem. « Elle essayait de les forcer à partir pour empêcher les soldats de blesser quelqu’un d’autre. »

Selon le témoignage de Bassem, les soldats n’ont pas réagi aux tentatives d’Ahed de les forcer à quitter la zone parce qu’ils étaient surpris par la gravité des blessures qu’ils avaient infligées à Mohammad après lui avoir tiré au visage.

Bassem et Manal affirment que sur ses terres,le village a le « droit de résister » aux soldats israéliens.

« Nous ne pouvons pas vivre normalement sous occupation », a déclaré Bassem. « Nous n’avons pas d’autre choix que de résister ». « Mais parce que nous résistons, nous en payons le prix. »

Un exemple pour tous les militants

Naftali Bennet, le ministre israélien de l’Éducation [ultra extrême-droite religieuse], connu pour ses opinions racistes, violentes et bellicistes, a déclaré mardi à la radio de l’armée que Ahed et les autres femmes dans la vidéo devraient « finir leur vie en prison ».

L’armée israélienne a posté sur son compte Twitter une vidéo montrant Ahed en train d’être kidnappée.

Manal a expliqué que l’armée israélienne obtempérait à une campagne de médias sociaux parmi les Israéliens, qui exigeait que Ahed soit arrêtée après que la vidéo soit devenue virale.

Ahed a été saluée par les militants et la communauté internationale pour son courage lors des manifestations à Nabi Saleh, qui ont lieu tous les vendredis dans le village depuis des années.

Elle a commencé à participer aux manifestations alors qu’elle n’avait que neuf ans.

À l’âge de 13 ans, Ahed a remporté le prix Handala du Courage en Turquie et a acquis une notoriété internationale après qu’une vidéo et une série de photos de la jeune militante, de sa mère et de sa tante, aient paru où elles tentaient désespérément de sauver son frère blessé et âgé de 11 ans, d’empêcher son enlèvement par les forces israéliennes en 2015.

Selon Manal, les forces israéliennes ont systématiquement ciblé les enfants et les adolescents de la communauté.

« Tout le monde est pris pour cible »

Lundi, les forces israéliennes ont arrêté Ahmad Tamimi, âgé 15 ans, dans son école dans un village voisin et l’ont relâché plus tard dans la nuit, a indiqué Manal.

« Cela nous a envoyé le message que tout le monde est maintenant ciblé – hommes, femmes et enfants », a-t-elle déclaré.

« Les trois derniers jours ont vu l’arrestation de deux enfants et de graves blessures infligées à un troisième. Cela fait peur aux enfants qui craignent d’être les prochains à être blessés, tués ou arrêtés. »

Manal a ajouté que son fils âgée de 10 ans avait commencé à dormir avec son jean, plaçant ses bottes à côté de son lit, et mettant un pyjama à côté de lui, au cas où des soldats israéliens viendraient l’arrêter chez lui. « Les enfants ont tous l’impression que quelque chose de mauvais leur arrivera à tout moment », a-t-elle dit.

L’ONG palestinienne Badil a déclaré à Al Jazeera qu’elle était courant que les Palestiniens dorment avec leurs vêtements pour « éviter toute nouvelle atteinte à la vie privée et de l’embarras » pendant les raids.

Le groupe a condamné les raids nocturnes d’Israël sur les communautés palestiniennes, qualifiant la politique de « particulièrement horrible », avec pour but de « subjuguer et réprimer la population [palestinienne] ».

Les enfants sont particulièrement touchés par ces raids, a ajouté Badil, disant aussi que les enfants palestiniens souffrent souvent d’insomnie, d’énurésie et de cauchemars.

Cela fait « partie intégrante des politiques israéliennes plus larges appliquées [par Israël] pour maintenir sa domination et sa colonisation de la Palestine », dit encore Badil.

Les forces israéliennes ont effectué au moins 100 raids sur les communautés palestiniennes entre le 24 novembre et le 4 décembre, selon les documents des Nations-Unies.

Manal a apporté aussi que Nabi Saleh a été perquisitionné presque tous les soirs depuis trois mois.

Jaclynn Ashli –

21.12.17

Source: Chronique de Palestine