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Le raid mené par le Shin Bet et l’armée sioniste sur les locaux de « Falastin El-Yom », chaîne palestinienne d’information et sur les studios de « Transmedia » à Ramallah, à l’aube du 11 mars, témoigne de l’importance des médias palestiniens dans la dénonciation des crimes de l’occupation. Lors de la réunion du cabinet restreint des dirigeants sionistes, la veille, pour mettre fin à l’Intifada al-Quds, fut prise la décision de supprimer la voix palestinienne, accusée d’incitation : incitation à la haine de l’occupant, à la poursuite de l’Intifada al-Quds, bref, incitation à refuser l’occupation et la colonisation de la terre palestinienne. 

Car les sionistes, dirigeants et colons, médias et divers appareils, considèrent que tout refus de leur arrogance coloniale et toute information sur les crimes qu’ils commettent, relèvent de l’incitation. Eux qui sont les maîtres de la propagande mensongère, qui diffusent à longueur de journée, et sur toutes les chaînes nationales et privées dans le monde, leurs visions et leurs versions étriquées et leur venin colonial, ne peuvent supporter que quelques chaînes d’information, quelques sites internet et quelques radios, racontent ce qui se passe sur le terrain, en Palestine occupée. Ils ne peuvent plus supporter les chants de la résistance ni les photos de leurs victimes, martyrs tués de sang-froid et abandonnés sans secours jusqu’à ce qu’ils meurent. Ils ne peuvent plus supporter que les médias palestiniens montrent les raids et incursions sur les familles palestiniennes et le kidnapping de leurs enfants, sous prétexte que ces derniers ont jeté des pierres sur les troupeaux de colons, ces brutes sanguinaires qui n’hésitent pas à brûler vifs des enfants palestiniens, à arracher les arbres parfois centenaires, à rouer de coups des vieillards dans leurs champs et à écraser des enfants et des femmes avec leurs voitures, sur les routes coloniales.

Ces crimes, l’entité coloniale sioniste veut les exécuter dans le silence. Rien que depuis le déclenchement de l’Intifada al-Quds, des dizaines de journalistes ont été arrêtés, frappés et blessés. Le journaliste Mohammad al-Qiq fut également accusé d’incitation, parce qu’il a soutenu la révolte de la jeunesse palestinienne contre l’occupation. Il a été arrêté et placé en détention administrative. Mohammad al-Qiq a refusé sa détention et mené la grève de la faim pendant trois mois. Les journalistes palestiniens et les organes de presse pour lesquels ils travaillent sont la cible de l’armée d’occupation, non seulement depuis l’Intifada al-Quds, mais depuis qu’ils sont devenus la voix de la liberté, la voix de leur peuple en lutte, comme en témoignent les raids aériens ayant visé les locaux de la presse à Gaza, lors des guerres d’extermination menée par les sionistes (de 2008 à 2014).

Lors de la fondation de l’entité coloniale sur la terre palestinienne en 1948, les colons avaient bénéficié de la propagande mondiale pour masquer leurs crimes et massacres. Colons européens ayant bénéficié de la technologie avancée de l’Occident impérialiste, ils ont, pendant des décennies, diffusé leurs mensonges et masqué leurs pratiques criminelles. Les Palestiniens ne pouvaient compter à l’époque que sur leurs propres efforts et les voix arabes et amies dans le monde pour modifier l’image des colons « pacifiques venus  planter le désert » ou de l’îlot de la « démocratie dans la mer moyen-âgeuse des Arabes », disaient-ils et disent-ils encore.

Mais, depuis des dizaines d’années, les choses ont changé, à cause de la volonté de résistance du peuple palestinien et des peuples arabes. A côté des armes à feu, la résistance est parvenue à transformer ses médias, pourtant boycottés par les puissances mondiales, en vrais outils d’information sur la lutte de leurs peuples contre l’invasion coloniale et leurs complices dans le monde.
« Les Palestiniens qui ne possèdent rien peuvent tout faire » a déclaré un journaliste sioniste. En effet, les hackers palestiniens, furieux des raids sionistes menés la veille contre les médias palestiniens, ont décidé de sévir, en infiltrant les chaînes sionistes pour diffuser des images de l’Intifada al-Quds. Les médias palestiniens ne plient pas et ne se croisent pas les bras. Ils poursuivent leur combat contre l’entité coloniale sioniste et leurs complices dans le monde. Non seulement ils dénoncent les crimes de l’occupant, mais ils montrent le visage humain des résistants en armes, des prisonniers et de leurs familles, des fermiers en lutte contre les colons, des bédouins du Naqab en lutte contre la machine de destruction sioniste, des citadins palestiniens de Yafa et Akka en lutte contre la judaïsation de leurs villes, et des « mourabitat » pacifiques face aux soldats armés jusqu’aux dents, devant les portes de la mosquée al-Aqsa dans al-Quds et des réfugiés dans les camps du Liban en lutte contre les récentes mesures de l’UNRWA . Les médias palestiniens, même d’importance inégale, ont acquis une réputation sinon internationale, du moins arabe. Et les sionistes en suffoquent !

Car ils avaient compté sur la complicité internationale (notamment la France qui vient de supprimer la chaîne al-Aqsa du satellite Eutelsat) et la complicité des régimes arabes inféodés à l’Occident impérialiste, pour faire taire la voix des résistants. Une grande partie des médias arabes s’est d’ailleurs détournée de la Palestine, et sur les milliers de chaînes offertes aux citoyens des pays arabes, à peine une dizaine d’entre elles informe sur la réalité palestinienne . Cependant, la voix de la résistance palestinienne parvient aux principaux intéressés. Elle constitue, en l’absence des organes politiques unis du peuple palestinien, dispersé par la colonisation sioniste, un des principaux moyens d’unification de la parole et de la vision palestinienne, autour de la résistance et autour de la lutte pour les droits palestiniens. Même d’importance inégale, les médias palestiniens sont parvenus à représenter la voix de leur peuple, grâce également aux multiples débats organisés, portant sur des multitudes de sujets. C’est aussi pourquoi les sionistes et leurs complices dans le monde n’en veulent pas !

La guerre n’est pas terminée. Les sionistes et leurs alliés dans le monde trouveront encore des moyens pour briser notre révolte, et nous redoublerons d’efforts pour élargir la portée de la voix de la résistance. Ni CPI, ni ONU, ni Union européenne, ni organismes des droits de l’homme ne feront pression sur l’entité coloniale, à moins d’exiger des contreparties de notre part. Or, nous sommes dans le droit, notre pays est occupé, nous avons non seulement le droit de le libérer, mais le devoir de le faire, par tous les moyens à notre disposition. Les médias représentent un de ces moyens. Et nous comptons sur nos amis dans le monde, les amis sincères qui ne peuvent être achetés par l’argent sale, et sur les peuples conscients des dangers du sionisme sur leur avenir, pour nous aider à développer et diffuser la voix des résistants et de la résistance.

Fadwa Nassar
12 mars 2016