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Un chapitre du livre de Nabil Ennasri,

La mosquée Al Aqsa, 3e lieu saint de l’islam, est en danger

Cet article est tiré du chapitre 4 de l’ouvrage « Les 7 défis capitaux » qui traite de la question de la Palestine. 

Le but ici est de proposer des pistes d’actions pour prolonger la résistance des Maqdissiyine (habitants d’Al-Qods) qui luttent avec abnégation, courage et exemplarité pour sauvegarder ce patrimoine islamique dont ils ont la lourde charge d’abriter. 

Il faut d’abord faire connaître au maximum la situation tragique d’Al-Aqsa, première Qibla pour les musulmans et troisième lieu saint de l’islam. Située sur l’esplanade des mosquées dans la partie orientale de Jérusalem, cette mosquée est de plus en plus prise pour cible. De nombreuses vidéos circulent qui montrent la violence des assauts répétés des colons souvent protégés par les forces de sécurité israéliennes. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir ces extrémistes être soutenus par des protestants évangélistes américains qui n’hésitent pas à manifester à quelques encablures d’Al-Aqsa pour exiger sa démolition. Cette coalition d’illuminés a poussé le Cheikh Raed Salah, grand résistant palestinien, longtemps emprisonné en Israël et chef du mouvement islamique à l’intérieur du territoire israélien à tirer la sonnette d’alarme. D’autant que certains faits historiques montrent que le pire n’est jamais bien loin.   En 1969, un illuminé australien avait incendié une partie de la mosquée Al-Aqsa. En 1994, Baruch Goldstein, un juif religieux ultra-raciste (de nationalité israélo-américaine) débarque dans la mosquée Ibrahim Al-Khalil à Hébron en Cisjordanie et massacre 30 palestiniens. Sa tombe fait aujourd’hui office de lieu de pèlerinage pour les milliers d’extrémistes qui caressent le rêve de reproduire le même exploit. L’animosité est telle que nombre d’entre eux revendiquent officiellement « un droit à la haine ». Selon le quotidien de gauche israélien Haaretz, un nouveau massacre n’est qu’une question de temps.

En plus de ces agressions répétées, il faut savoir que les « fouilles archéologiques » entreprises par la municipalité de Jérusalem depuis des années ont pour effet d’affaiblir les fondations de l’esplanade des mosquées, menacent sa stabilité et provoquent des fissures sur des murs. Ces transgressions ne sont pas les seules ; la plupart du temps, il est interdit aux Palestiniens de moins de 50 ans d’y célébrer la grande prière du vendredi (Jumu’a) de peur de « débordements ». Il y a trois ans, c’était un cimetière musulman (dans lequel reposaient deux cents sépultures dont celles de plusieurs ‘oulémas) qui avait été rasé par les bulldozers israéliens. Comble du déshonneur, quelque temps plus tard, c’est un dépôt d’ordures qui était installé au cœur du cimetière de Bab Al-Asbat situé près de la mosquée sacrée. Jusqu’à quand tant d’arrogance ?

Le calvaire de la mosquée Al-Aqsa n’est que le prolongement de l’insupportable humiliation qui vise particulièrement la ville d’Al-Qods. Même les rapports très officiels de l’Union européenne s’émeuvent de cette colonisation à marche forcée. Le but est clair, il faut faire de la ville la capitale « éternelle et indivisible de l’État d’Israël ». Depuis 1967, toute une batterie de mesures a été prise pour vider les quartiers palestiniens de leurs habitants et y installer des colons à leur place. Il faut donc casser ce cercle infernal de l’oubli et de cette malheureuse habitude de constater sans réagir ces atteintes répétées au droit. Le minimum à faire pour les musulmans français est donc de faire connaître cette situation pour alerter, conscientiser et mobiliser.

Un autre levier de mobilisation se situe au niveau des mosquées. Nous sommes dépositaires de la délégation d’autorité faite aux imams et aux autorités religieuses. Comme pour la question du marché du halal, la balle est dans le camp des citoyens musulmans qui peuvent (ou plutôt qui doivent) exiger de leur autorité religieuse une prise de position face à cette question centrale d’Al-Aqsa. Trop de responsables de mosquées sont frileux à l’idée de traiter ce sujet notamment lors des sermons du vendredi qui constituent pourtant un formidable espace d’éducation populaire. Les mosquées appartenant à ceux qui les fréquentent, chaque citoyen musulman peut agir concrètement en questionnant voire en exigeant un sermon sur la place que doit occuper Al-Aqsa dans le cœur de tout musulman et sur la nécessité d’agir intelligemment pour contribuer à sa sauvegarde. De même que des Jumu’a sur la nécessité du BDS devraient aussi se tenir. La balle est donc dans le camp des fidèles donc de celui qui lira ce texte.

Enfin, il ne faut pas négliger la question du vote, notamment lors des élections à caractère nationale.Utilisé à bon escient, l’usage de la carte électorale peut se révéler d’une efficacité redoutable. Les musulmans se doivent d’en faire bon usage en interpelant les candidats aux élections présidentielles mais également (et surtout) aux législatives sur leur attitude face au drame palestinien. Ce sujet revêt en effet une dimension fondamentale car il synthétise à lui seul les principes sur lesquels doivent se baser l’acte électoral c’est-à-dire la lutte pour la dignité, la justice et le respect du droit. Il est impensable ici de voter pour un parti qui se tairait sur cette injustice manifeste. Sur ce sujet le PS comme l’UMP, aveuglés par un incroyable soutien inconditionnel à Israël, ont du souci à se faire. C’est bien de cela qu’il s’agit, la contribution citoyenne des musulmans de France doit passer par un vote qui soit exigeant et prêt à sanctionner les programmes hypocrites de partis qui n’ont pas le courage d’assumer leurs convictions et qui, trop souvent, les trahissent impunément.

Enfin, l’un des moyens d’augmenter la conscientisation des musulmans est aussi de partir en mission de solidarité en Palestine. Comme pour les deux autres mosquées sacrées, le pèlerinage à la mosquée Al-Aqsa est formellement conseillé. Selon un hadith, le Prophète a dit : « Qu’on arrange le voyage pour la prière qu’à trois mosquées : la mosquée Al-Haram (mosquée sacrée de la Mecque), la mosquée du prophète (à Médine) et la mosquée Al-Aqsa (à Jérusalem) ». (Bukhârî et Muslim). De même, selon une autre tradition prophétique, une prière à Al-Aqsa vaut 500 prières accomplies dans un autre lieu. Ces voyages, organisés notamment par les associations françaises de défense des droits humains, sont formateurs et permettent de forger une conscience politique. En sacrifiant une fois dans sa vie ses vacances pour se rendre en territoire palestinien, ce voyage pour un jeune musulman aura un triple mérite : un pèlerinage religieux, un acte de solidarité internationale et une expérience inoubliable d’enrichissement personnel. Ce faisant, il réaffirmera la souveraineté islamique sur ce lieu historique du patrimoine de la civilisation musulmane.

Enfin, il est impératif de rappeler ce point.L’occupation d’Al-Qods doit être combattue par les musulmans pour des raisons islamiques et humanistes. Il est donc fortement souhaitable d’envisager cette lutte dans le cadre d’un partenariat avec tous les non-musulmans qui partagent ce souci de la sauvegarde des droits inaliénables du peuple palestinien. Car il s’agit de défendre la dignité humaine, cause qui ne connaît pas d’assignation communautaire. À ce propos il est bon de rappeler certaines évidences. La base du conflit est une entreprise coloniale. L’ennemi n’est pas le juif mais le sioniste dominateur et colonisateur. Rappelons d’ailleurs que c’est le Calife Omar Ibn Al-Khattâb qui permit aux juifs de retourner à Jérusalem en 638 après de longs siècles d’interdiction.

Inutile de préciser le caractère cataclysmique d’une attaque de colons qui mettrait en péril la mosquée Al-Aqsa. Pourtant à force d’agressions, de tests et de provocations, il se pourrait que ce cauchemar devienne réalité. Ce texte est donc aussi une mise en garde. D’autant plus que, de l’avis des dizaines de millions de personnes qui font les révolutions de Tunis à Damas, le souffle qui balaie aujourd’hui les dictatures du monde arabe ne trouvera son aboutissement qu’avec la libération d’Al-Aqsa.