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Israël est une tache aveugle dans notre conscience morale

Mercredi 30 juillet 2014

carte blanche

 

http://pdf.lesoir.be/?choix-edition=4E&choix-date=20140730#/25

 

 

Depuis le 8 juillet, la troisième grande campagne de bombardement de la bande de Gaza par Israël en six ans a tué au moins mille Palestiniens et blessé plus de 4.000 personnes. Une victime sur trois est âgée de moins de 18 ans. Pour ce collectif de deux cents médecins signataires, un conflit qui compte plus de 95% de victimes d’un côté n’est pas une situation de guerre mais un massacre.

 

Plus de 1,8 million de personnes vivent dans la bande de Gaza, dont la moitié est des enfants. Depuis 2007, Israël a hermétiquement fermé les frontières territoriales, aériennes et navales de Gaza, ce qui transforme cette petite bande de terre en la plus grande prison à ciel ouvert dans le monde. Plusieurs roquettes sont régulièrement tirées à partir de cette prison à ciel ouvert par des groupes qui s’opposent à cette occupation. Ces roquettes ne causent que peu de dégâts matériels ou humains, en partie à cause de leur faible puissance, en partie grâce à l’efficacité du système de défense aérien d’Israël.

 

Depuis le 8 juillet de cette année, Israël bombarde la bande de Gaza. C’est la troisième grande campagne de bombardement en six ans. Au moins mille Palestiniens ont été tués et plus de 4.000 personnes blessées. Une victime sur trois est âgée de moins de 18 ans. Mille maisons, mosquées, écoles et ports ont été détruits, ainsi qu’un hôpital de revalidation et une centrale d’ambulances. Que les hôpitaux soient aussi la cible de bombardement n’a pas d’équivalent et est clairement un crime de guerre. Gaza n’offre aucun endroit sûr où se réfugier.

 

Les hôpitaux sont surpeuplés et saturés. Le transport des victimes reste difficile, car l’essence pour les ambulances se fait rare. Les médecins et les infirmières travaillent jour et nuit mais ne bénéficient que de très peu d’électricité, pas assez de médicaments et très peu de matériel médical.

 

Que le travail du personnel médical soit rendu aussi difficile est une véritable honte sur le plan humanitaire.

 

Dans des situations de guerre, les médecins essayent de rester neutres car ils sont convaincus que chaque vie a la même valeur. Mais un conflit qui compte plus de 95 pour cent de victimes d’un côté n’est pas une situation de guerre. C’est un massacre. Un conflit où des enfants innocents n’ont nulle part où aller, où ils sont systématiquement tués avec des bombes «sur terre, en mer et dans l’air» n’est pas une situation de guerre. Il s’agit d’une expédition punitive. Et on n’achète pas d’oranges, on ne part pas en vacances, on ne vend pas d’armes et on ne joue pas au football dans des compétitions UEFA avec des pays qui se sont rendus coupables de massacres et d’expéditions punitives.

 

Comme le déclarait Mads Gilbert, un médecin urgentiste norvégien qui travaille maintenant à l’hôpital Al-Shifa dans la ville de Gaza: «En tant que médecins, pour une fois, nous ne demandons aucun bandage ni seringue. Ne nous envoyez pas d’équipes médicales. La plus importante intervention médicale que vous puissiez faire, c’est mettre Israël sous pression afin d’arrêter les bombardements ainsi que le blocus.»

 

En tant que médecins, nous appelons nos politiciens à condamner clairement Israël pour les crimes contre l’humanité qu’elle commet actuellement à Gaza et de faire suivre cette condamnation d’un embargo militaire et économique.

 

Silence des politiques belges

 

 

Nous rejoignons l’appel de nos collèges internationaux qui a été publié cette semaine dans la revue médicale internationale The Lancet, afin de clairement condamner la violence à Gaza. (http://www.thelancet.com/gaza-letter-2014).

 

Les négociations gouvernementales ont sans aucun doute leur importance dans cette période estivale, mais elles ne peuvent pas être utilisées comme excuse pour ne pas réagir contre l’injustice dans le reste du monde. Nous sommes déçus et indignés par le silence assourdissant de nos politiques sur la crise humanitaire à Gaza.

 

Ne pas sanctionner le massacre qui est en cours à Gaza est moralement répréhensible. Israël ne peut pas continuer à constituer une tache aveugle dans notre conscience morale.

 

(1)Dans ce collectif de 220 signataires, dix professeurs d’université francophones dont Michel Roland (MDM), Marc Vanmeerbeek (département médecine générale ULg), Bruno Dujardin (ESP-ULB), Laurent Ravez (Ethique médicale, UNamur), Corine Bouüaert (département médecine générale ULg), Dominique Roynet (département médecine générale ULB), professeur honoraire Pierre Viart (cardiologie pédiatrique ULB), professeur honoraire Jean-Jacques Amy (VUB) et Mark Vanderveken (direction médicale Fedasil). La liste complète des signataires du collectif est connue de la rédaction.

 

 

(2)Le titre a été ajouté par la rédaction