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La vidéo qui accuse l’armée d’Israël

 

BAUDOUIN LOOS

 

Mercredi 21 mai 2014

 

 

PROCHE-ORIENT Le film montre deux jeunes Palestiniens abattus de sang-froid

 

La scène se passe à Betunia, près de Ramallah, en territoire palestinien occupé. Devant la prison de l’armée israélienne appelée «Ofer». Nous sommes le 15 mai, jour de la commémoration annuelle de la «nakba» (catastrophe) depuis 1948, la journée considérée comme celle du souvenir de la dépossession par les Palestiniens, marquée par des manifestations multiples. La date choisie est celle de la création d’Israël.

 

 

 

Une manifestation se déroule en face de la prison en solidarité avec 125 prisonniers détenus sans charges qui observent une grève de la faim depuis 22jours. Deux cents personnes environ, des jeunes souvent masqués. Des pierres sont jetées, à la main ou à l’aide de frondes, vers le bâtiment fortifié. Des caméras de surveillance d’un magasin palestinien situé en face de la prison filment l’événement. Selon un montage de ces images diffusé par l’ONG Defence for Children International Palestine (DCI-Palestine), on peut voir comment Mohamed Abou Thahar, 15ans et Nadim Nuwara, 17ans, sont abattus – l’un d’une balle dans le dos – alors qu’ils marchaient à leur aise dans la rue sans menacer quiconque.

 

 

 

L’affaire, la semaine dernière, n’avait pas fait les grands titres en Israël. Elle avait en revanche choqué les Palestiniens. La diffusion de cette vidéo bouleverse la donne. Car l’armée israélienne, qui a indiqué n’avoir recouru qu’à des balles de caoutchouc («rubber bullets»), va devoir s’expliquer. Selon Salim Saliba, le médecin qui dirige les urgences à l’hôpital de Ramallah, qui a examiné les deux victimes, celles-ci ont succombé à des balles réelles.

 

 

 

Les règles internes de l’armée israélienne stipulent que le recours aux munitions de guerre est uniquement réservé aux «circonstances de danger mortel réel» (pour les soldats). DCI-Palestine fait remarquer que cette règle est fréquemment ignorée, et cite des rapports, le sien, celui datant de 2013 de Betselem, une célèbre organisation israélienne qui comptabilise les violations des droits de l’homme dans les territoires occupés, et celui d’Amnesty International de février 2014. Selon le décompte de DCI-Palestine, quelque 1.400 mineurs d’âge ont été tués par l’armée d’occupation ou des colons depuis l’an 2000.

 

 

 

La version de l’armée israélienne répercutée par le journal Haaretz dit ceci: «Jeudi dernier, des troubles violents et illégaux ont eu lieu à Betunia. La vidéo en question a été éditée de manière biaisée et ne reflète pas la violence des troubles. Une enquête initiale indique que les forces opérant dans la zone concernée n’ont pas utilisé de balles réelles. Néanmoins, le procureur militaire a ordonné une enquête interne limitée».

 

 

 

L’armée israélienne se mettra-t-elle en devoir d’enquêter en profondeur sur les deux tirs létaux du 15mai à Betunia? On peut le penser. Certes, en Israël, l’armée appelée «Tsahal» (l’acronyme hébreu d’Armée de défense nationale) jouit d’un immense prestige et beaucoup aiment à lui prêter la qualité d’«armée la plus morale du monde», cela au grand dam de ses milliers de victimes palestiniennes. Mais, cette fois, le retentissement mondial de la vidéo sur les réseaux sociaux n’a pas échappé aux médias israéliens, qui s’en sont emparés. Et l’ONU a réclamé, mardi soir l’ouverture d’une «enquête impartiale».

  http://pdf.lesoir.be/?choix-edition=4E&choix-date=20140521#/15