Colons juifs en Cisjordanie (juin 2012) © reuters.

Et si on jouait à la guerre ?

Caroline Grimberghs

 

Mis en ligne le 13/07/2012

 

http://www.lalibre.be/actu/international/article/749655/et-si-on-jouait-a-la-guerre.html

 

 

"Je ne sais pas si vous avez déjà fait usage d’une arme à feu, mais cela procure vraiment des sensations."

 

Dans la colonie juive de Gush Etzion, au sud de Jérusalem, certains n’ont pas peur de titiller le cynisme. Caliber3, camp d'entraînement pour professionnels, offre une "expérience touristique unique et excitante" : apprendre à tirer "comme de vrais soldats, connaître les techniques terroristes et apprendre à y faire face."

 

Quand on lui parle de cynisme, Sharon Gat, responsable du projet, tombe presque des nues : "Les touristes viennent en Belgique pour manger du chocolat, n’est-ce pas ? Ici, c’est pareil : ils viennent en Israël pour vivre le genre d’expérience que nous proposons", lâche-t-il à LaLibre.be.

 

 

Décrivez-nous l’initiative en quelques mots.

 

Caliber3 est une académie de contre-terrorisme et de sécurité dont l’essentiel du travail consiste en l’entrainement et en la formation de forces spéciales mais nous organisons aussi des sessions touristiques. Ce projet a vu le jour il y a 4 ans et attire chaque année près de 5000 participants d’un peu partout dans le monde, essentiellement des Etats-Unis. On leur enseigne des choses très basiques : le mouvement du corps, le maniement d’armes de petits calibres, les positions de tirs, etc. Ils assistent à des démonstrations impressionnantes de nos formateurs et peuvent ensuite s’entraîner à tirer avec des armes et de véritables munitions.

 

 

Quelles sont les motivations des touristes qui viennent dans votre camp d’entraînement ?

 

La première raison qu’ils invoquent, c’est qu’ils veulent s’amuser. Je ne sais pas si vous avez déjà fait usage d’une arme à feu, mais cela procure vraiment des sensations. La deuxième raison, c’est la volonté de côtoyer de près des soldats qui dédient leur vie à leur pays et au contre-terrorisme. Vous pouvez aller dans un stand de tirs n’importe où mais ici, vous rencontrez des vrais soldats de combat. Les touristes nous disent souvent avoir été véritablement bouleversés par l’expérience et qu’il s’agissait du ‘point culminant’ de leur voyage en Israël. On accueille des juifs bien sûr, mais aussi des chrétiens, et même des musulmans.

 

 

Quel témoignage vous a le plus marqué ?

 

Un homme de 83 ans est venu expérimenter le programme avec son petit-fils. A la fin, je l’ai vu pleurer. Je lui ai demandé pourquoi et il m’a répondu : "J’étais à Auschwitz pendant la guerre. Je n’ai pas pu célébrer ma ‘bar mitzva’ à l’époque parce que nous n’étions pas en sécurité, personne ne nous laissait vivre notre vie. Et de voir mon petit-fils en sécurité, cela me rend tellement fier de mon pays". Après tant d’humiliation, si vous trouvez cela cynique, vous avez sans doute besoin d’aller voir un psy...

 

 

Comprenez-vous que certaines personnes puissent trouver cynique de ‘jouer à la guerre’ dans un pays en conflit depuis tant d’années ?

 

Je peux tout comprendre mais il y a encore 70 ans, les juifs étaient en danger de morts uniquement parce qu’ils avaient du sang juif. Alors, parler de cynisme, je refuse ! Venez voir et vous verrez à quel point les valeurs israéliennes sont représentées ici. Venez et vous verrez qu’Israël est devenu un pays fort, puissant, capable de protéger sa population. C’est ça l’objectif de l’initiative : montrer au monde la force de ce pays. Je ne suis pas politicien, je ne m’encombre pas de savoir si cela abîme l’image de Gush Etzion. Je le fais parce que je crois que c’est bien et je ne vois pas ce qu’il y a de cynique à montrer notre capacité à, désormais, protéger notre peuple.

 

 

Savez-vous comment ce genre d’initiative est perçu par la population palestinienne ?

 

Non (silence)... Je ne sais pas mais ce que je sais c’est que mes amis palestiniens ne trouvent rien à y redire. Pour le reste, je ne sais pas.

 

 

La Libre.Belgique  -

 

Cisjordanie: des touristes apprennent à tirer selon "les valeurs du sionisme"

AFP

Mis en ligne le 11/07/2012

 

http://www.lalibre.be/actu/international/article/749230/cisjordanie-des-touristes-apprennent-a-tirer-selon-les-valeurs-du-sionisme.html

 

 

"C'est une entreprise privée mais c'est aussi une des attractions touristiques de la région".

"On est venus montrer aux enfants comment les Israéliens se protégent et en même temps passer un bon moment", explique Norman Salomon, 65 ans, un juif américain, lunettes de protection sur les yeux, entre deux tirs lors d'un entraînement dans un champ de tir de Cisjordanie.

 

Agent immobilier de Los Angeles, M. Salomon profite de ses vacances pour passer deux heures à Caliber 3. Ce camp d'entraînement pour professionnels, situé près de la colonie d'Efrat, dans le bloc de colonies de Gush Etzion, au sud de Jérusalem, accueille toute l'année soldats, policiers et gardes de sécurité.

 

Mais depuis trois ans, plusieurs centaines de touristes, en particulier Juifs américains, y suivent chaque été une rapide initiation théorique au maniement des armes à feu, suivie d'une séance de tirs encadrée par des instructeurs.

 

"Notre programme allie les valeurs du sionisme avec l'excitation et le plaisir de tirer (...) le contact avec de vrais soldats qui ont expérimenté la lutte antiterroriste donne une authenticité à tout ce qui est montré et enseigné", peut-on lire dans le descriptif du programme sur l'internet.

 

Le calme relatif qui prévaut en Cisjordanie ces dernières années a permis à ces stages de devenir une des principales attractions touristiques de la région. Des familles entières, femmes et enfants compris, y participent d'ailleurs.

 

"C'est une expérience amusante pour toute la famille", explique Rachel Frogel, une jeune mère de famille, tenant un bébé dans les bras.

 

Ses trois autres enfants âgés de moins de dix ans ont suivi les explications des instructeurs mais ne sont autorisés à tirer qu'avec des fusils paintball. Le Conseil régional du Gush Etzion, un bloc de colonies qui s'étend au sud de Jérusalem jusqu'aux faubourgs nord de Hébron, soutient Caliber 3 en diffusant ses coordonnées dans ses brochures pour les touristes.

 

"C'est une entreprise privée mais c'est aussi une des attractions touristiques de la région", explique David Perel, le président du Conseil régional.

 

Pour le directeur de Caliber 3, Sharon Gat, son centre est un "lieu de "tourisme extrême comme il y en a d'autres dans le monde" mais aussi "une attraction sioniste".

 

"Ce qui est essentiel ici n'est pas de tirer sur des cibles mais d'entendre comment nous luttons au quotidien pour protéger l'Etat juif", explique cet ancien soldat, pistolet à la ceinture.

 

Une vision des choses loin d'être partagée par tous les responsables du Gush Etzion qui ont multiplié leurs efforts ces dernières pour améliorer l'image des colons. Les habitants du Gush Etzion, mélange de laïques et de religieux, sont considérés comme faisant partie de la frange la plus modérée des colons.

 

Le bloc de colonies faisait d'ailleurs partie, avec Maale Adoumim, des échanges territoriaux évoqués dans les plans de paix des négociateurs palestiniens et israéliens, jusqu'à l'impassse actuelle dans les négociations.

 

"Nous cherchons depuis des années à changer la perception qu'ont les Israéliens des habitants de Judée-Samarie et plus spécifiquement du Gush Etzion. L'image donnée par Caliber 3 est contraire à ce but", estime Yoram Bitane, ancien responsable du développement touristique de la région.

 

M. Bitane a mis sur pieds un festival annuel de la cerise qui attire chaque année en juin des milliers de visiteurs, en majorité des Israéliens habitant du côté israélien de la Ligne verte.

 

Pour lui, cette kermesse festive et populaire centrée sur la cueillette des cerises est un moyen d'"attirer le maximum de personnes dans la région en leur montrant que nous ne sommes pas différents des habitants du reste du pays".