Gideon Levy et « Bienvenue en Palestine » :

« Israël apporte la preuve qu’il a « des cadavres dans le placard »

Les medias israéliens dans leur grande majorité, télévisions comprises, ont largement donné la parole, pour cette nouvelle édition de « Bienvenue en Palestine », aux organisateurs internationaux et palestiniens de la mission, en faisant remarquer que nous n’avions pas vraiment l’air de représenter « une menace pour la sécurité d’Israël ». A son tour, Gideon Levy, prend la plume dans le quotidien Haaretz pour tourner son gouvernement en dérision et nous conforter dans notre démarche. De son côté, Gush Shalom dans un encart publié par Haaretz, recommande au ministre israélien de l’intérieur de nous accueillir avec des fleurs afin que ce show israélien « revienne moins chers aux contribuables ».

« Israël ne reste pas les bras ballants alors que des milliers d’activistes se préparent à débarquer dimanche ; et il ne loupera pas l’occasion de se rendre une fois de plus ridicule à la face du monde.

Et avec quoi allons-nous effrayer le public israélien, en prévision du septième et dernier jour de la fête des Azymes (septième jour après Pâques) ? Comment allons-nous nous y prendre pour distiller la dose de peur à laquelle il est accro depuis longtemps ? Après une semaine de vacances sans remous et sans danger, il nous faut quand même trouver quelque chose, non ? Les négociations à propos de la menace iranienne sont entrées dans une longue impasse, le terrorisme reste silencieux et même les missiles Grad ont diminué en nombre ; il n’y a pas d’épidémie de peste en vue et même les circonstances de l’agression contre les Juifs, à Kiev, n’ont pas été suffisamment tirées au clair.

Mais Israël n’a pas été laissé de côté pour autant et, finalement, l’esprit israélien a quand même tiqué sur quelque chose : la provocation des vols propalestiniens, comme on l’a déjà appelée. Le ministère de la Sécurité publique convoque des consultations délirantes, les compagnies aériennes ont reçu la « liste noire » préparée à l’avance par les omniscients réseaux de sécurité, le journaliste spécialisé dans le crime – car il s’agit bien d’un crime, qu’alliez-vous penser ? – a déjà été dépêché à l’aéroport international Ben Gourion pour accueillir le danger qui se précise.

Israël est prêt pour le jour J de dimanche prochain. On a dit que 2.500 activistes allaient débarquer en Israël et y semer la peur. Bien que le journaliste chargé des affaires criminelles ait expliqué à la nation que les activistes n’avaient pas l’intention de porter des armes ni de recourir à la violence, il serait dommage de se priver de parler de danger, de terreur, de semer l’épouvante. Toutes les forces ont déjà été mises sur pied de guerre pour le grand jour. La dernière fois, voici près d’un an, l’affaire se termina par l’expulsion immédiate de 127 personnes préalablement incarcérées, et le fameux danger fut étouffé dans l’œuf.

Les intentions des organisateurs – une visite de solidarité avec le peuple palestinien, un voyage d’une traite de Ben Gourion à Bethléem dans la moindre intention violente – ont été immédiatement escamotées et remplacées par l’accusation habituellement utilisée par Israël : terrorisme et délégitimation. Tels sont les termes par lesquels nous accusons tous les amoureux de la paix et autres militants des droits de l’homme.

Si Israël n’avait pas gonflé l’histoire dans de telles proportions, peu de gens auraient accordé la moindre attention à ces protestations innocentes. Si Israël avait accueilli ces activistes avec chaleur et les avait envoyés tout simplement à Bethléem, cela les aurait embarrassés et auraient même sapé quelque peu leur objectif. Mais l’État d’Israël n’entend pas rester là à ne rien faire. Quoi qu’il en soit, il ne loupera pas une occasion de se rendre ridicule et plus méprisable encore à la face du monde. Il va décréter immédiatement tous ces activistes personae non gratae, comme ce fut le cas avec Günter Grass, et en faire des menaces venues par avion.

Israël ne tolère sur son territoire que l’entrée de ses amis avérés. Mais pas la présence d’un clown espagnol [en mai 2010, Ivan Prado, célèbre clown espagnol, voulait se rendre à Ramallah pour y organiser un festival du rire ; ayant refusé de répondre aux questions du Shin Bet à propos d’éventuels liens avec des organisations terroristes, il avait été refoulé séance tenante, ni celle d’un écrivain allemand, et encore moins celle de militants des droits de l’homme. Un Américain de droite, ignorant, extrémiste, chrétien sera le bienvenu ; un intellectuel européen de gauche et conscient y sera placé en cellule d’expulsion. Nous sommes en Israël et en 2012.

Dans le cas des flottilles aussi bien que des vols, il s’agit d’activistes dont la plupart sont bien intentionnés. L’écrivain suédois Henning Mankell s’est adressé à nous avant le départ de la dernière flottille pour Gaza.

« Pour une fois, dites la vérité ! Ne voyez-vous pas qu’il n’y a nulle déclaration de guerre, ici, mais simplement une déclaration de paix ? » ET, évidemment, ses propos sont tombés dans l’oreille d’un sourd. Mankell a participé à deux flottilles pour Gaza, il a été expulsé deux fois d’Israël, en disgrâce complète, et il a publié ses impressions les plus virulentes dans les journaux les plus lus de la planète.

Si Israël n’avait pas confisqué son ordinateur et ses affaires personnelles, s’il ne l’avait pas traité comme un terroriste, ses impressions auraient été tout autres. Si Israël l’avait invité à présenter son point de vue, peut-être ses critiques auraient-elles été moins virulentes. Mankell et ses amis n’en resteront pas là. Aujourd’hui, une nouvelle flottille se prépare en Suède, cette fois avec un voilier transportant des fleurs et nous la traiterons probablement aussi comme s’il s’agissait d’un porte-avions se préparant à attaquer Israël.

Les racines de cette paranoïa sont profondes et donnent à réfléchir. Si Israël était convaincu de la justice de sa voie, il ne se conduirait pas de la sorte. Si Israël pensait vraiment que son occupation est bien fondée et licite, il ne s’effraierait pas de tous les activistes conscients qui s’y opposent. S’il n’avait rien à cacher, il les inviterait avec respect à venir voir ce qui se passe.

Mais lorsque le sol brûle sous nos pieds et que le feu du doute et de l’insécurité ronge tout ce qu’il touche, la seule réponse consiste à attaquer avec violence et sans la moindre retenue. Dimanche, lorsque la farce des arrestations et des expulsions grotesques se produira une fois de plus, les activistes engrangeront une nouvelle victoire : Une fois encore, ils prouveront qu’Israël a quelque chose à cacher, qu’en dépit de toute sa propagande, Israël est bien conscient qu’il y a des cadavres dans le placard et que tous ceux qui ont le culot de s’en approcher subiront le même sort – l’expulsion.

Haaretz – 13 avril 2012. Traduction : JM Flémal sur http://goo.gl/aZEqd

Et l’association Gush Shalom interpelle le gouvernement dans le même journal, sous le titre " Monsieur le ministre accueillez-les plutôt avec des fleurs !", et en faisant remarquer que le déploiement policier ridicule prévu à l’aéroport de Tel Aviv se fera sur le dos des contribuables israéliens.

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