FREE PALESTINE
9 avril 2012

Deir Yassine le 9 avril 1948

 
Deir Yassine le 9 avril 1948

Par Deir Yassin Remembered

A l’aube du 9 avril 1948, les commandos de l'Irgun (dirigé par Menachem Begin) et le Gang Stern ont attaqué Deir Yassine, un village d’environ 750 habitants palestiniens.
Le village était situé à l’extérieur de la zone assignée par les Nations Unies à l'Etat Juif;
En tout, 100 hommes, femmes, et enfants ont été systématiquement assassinés.

Le village était situé à l’extérieur de la zone assignée par les Nations Unies à l'Etat Juif;

Il avait la réputation d’être paisible.

Mais il était situé sur une hauteur dans le couloir entre Tel Aviv et Jérusalem.


Il avait été prévu l’occupation de Deir Yassine dans le cadre du Plan Dalet et la principale Force de Défense Juive, la Haganah, a autorisé les forces terroristes irrégulières de l'Irgun et du Gang Stern d’en prendre le contrôle.

En tout, 100 hommes, femmes, et enfants ont été systématiquement assassinés.

53 orphelins ont été littéralement déposés le long du mur de la Vieille Ville, où ils ont été trouvés par Mlle Hind Husseini qui les a ramené à sa maison située derrière l'hôtel American Colony, qui devait devenir l'orphelinat Dar El-Tifl El-Arabi.

Une partie de la lutte pour l'autodétermination des Palestiniens a été de dire la vérité au sujet des Palestiniens en tant que victimes du Sionisme.

Pendant trop long leur histoire a été niée, et ce démenti a seulement servi à augmenter l’oppression et à déshumaniser de façon délibérée les Palestiniens en Israël, à l'intérieur des Territoires Occupés, et à l'extérieur dans leur diaspora.


Des progrès ont été faits.

Les Occidentaux se rendent compte maintenant que les Palestiniens, en tant que peuple, existent.

Et ils commencent à savoir que pendant la création de l'état d'Israël, des milliers de Palestiniens ont été tués et plus de 700.000 ont été expulsés ou poussés par la peur à quitter leurs maisons et leurs terres sur lesquelles ils avaient vécu depuis des siècles.

Deir Yassin Remembered cherche à effectuer le même progrès au sujet des victimes du Massacre de Deir Yassine.



Déroulement des évènements


Début de l’attaque du commando

A l’aube du 9 avril 1948, les commandos de l'Irgun, dirigé par Menachem Begin, et le Gang Stern ont attaqué Deir Yassine, un village d’environ 750 habitants palestiniens.

C’était quelques semaines avant la fin du Mandat Britannique.

Le village était situé à l’extérieur de la zone que les Nations Unies avaient recommandé pour faire partie du futur Etat Juif.

Deir Yassine avait la réputation d’être un village paisible.

Un journal Juif avait préconisé d’en expulser plusieurs militants Arabes

Mais il était situé sur une hauteur dans le couloir entre Tel Aviv et Jérusalem.

Un projet, le Plan Dalet, gardé secret jusque bien des années plus tard, demandait sa destruction et l’évacuation de ses habitants pour construire un petit terrain d'aviation qui desservirait les habitants juifs cernés de Jérusalem.



Plus de 100 morts

A midi, plus de 100 personnes, dont la moitié étaient des femmes et des enfants, avaient été systématiquement assassinés.

Quatre membres des commandos avaient été tués par la résistance Palestinienne équipée de vieux Mausers et de vieux mousquetons.

Vingt-cinq villageois masculins ont été chargés dans des camions, exhibés dans le quartier Zakhron Yosef à Jérusalem, et puis emmenés dans une carrière de pierres située le long de la route entre Givat Shaul et Deir Yassine et abattus.

Les habitants restants ont été conduits à dans Jérusalem-Est Arabe.



Manipulation de la presse

Ce soir-là, les Irgunistes et les Sternistes ont escorté une partie des correspondants étrangers jusqu’à une maison à Givat Shaul, une colonie juive voisine fondée en 1906.

En buvant le thé et des biscuits, ils ont amplifié les détails de l'opération et les ont justifiés, en disant que Deir Yassine était devenu un point de concentration pour les Arabes, les Syriens et les Irakiens, qui prévoyaient d’attaquer les banlieues ouest de Jérusalem.

Ils ont dit que 25 membres de la milice de la Haganah avaient renforcé l'attaque et qu'un Juif parlant Arabe avait averti les villageois depuis le haut-parleur d'un véhicule blindé.

Ceci a été dûment rapporté dans le New York Times le 10 avril.

Un décompte final de 254 corps a été rapporté par le New York Times le 13 avril, un jour après qu'ils aient été finalement enterrés.

Après cela, les dirigeants de la Haganah ont pris des distances vis à vis de leur participation à l'attaque et ont publié une déclaration dénonçant les dissidents de l'Irgun et du Gang Stern, tout comme ils l’avaient fait après l'attaque sur l’Hotel King David en juillet 1946.

Une étude de 1987 effectuée par le Centre de Recherche et de Documentation de la Société Palestinienne de l’Université de Birzeit a trouvé que "le nombre de tués ne dépassait pas 120".


Les dirigeants de la Haganah ont admis que le massacre "déshonorait la cause des combattants juifs et déshonorait les armes et le drapeau juifs."

Ils ont été discrets sur le fait que leur milice avait renforcé l'attaque des terroristes, bien qu'ils n'aient pas participé à la barbarie et au pillage pendant les opérations consécutives de "nettoyage".



Objectifs atteints

Ils ont également été discrets sur le fait que, selon les paroles de Begin, "Deir Yassine a été pris avec la connaissance de la Haganah et avec l'approbation de son commandant "comme partie de son" plan pour établir un terrain d'aviation."

Ben Gurion a même envoyé des excuses au Roi Abdullah de la Trans-Jordanie. Mais cet acte terrifiant a bien servi le futur état d'Israël.

Selon Begin :
'Les Arabes de tout le pays, induits à croire les récits s de la "boucherie de l'Irgun," ont été saisis d’une panique sans limites et ont commencé à fuir pour sauver leurs vies.
Ce départ massif s'est bientôt développé en un sauve-qui-peut de panique et incontrôlable.
La signification politique et économique de ce développement peut difficilement être surestimée
."



Conséquences

Sur les 144 maisons, 10 ont été dynamitées.

Le cimetière était plus tard rasé au bulldozer et, comme des centaines d'autres villages palestiniens suivront, Deir Yassine a été rayé de la carte.

En septembre, des immigrés juifs orthodoxes de Pologne, de Roumanie, et de Slovaquie ont y été installés en dépit des objections de Martin Buber, Cecil Roth et d'autres dirigeants juifs, qui pensaient que le site du massacre devrait être laissé inhabité.

Le centre du village a été renommé Givat Shaul Bet.

Lors de l’expansion de Jérusalem, la terre de Deir Yassine est devenue une partie de la ville et est maintenant connue tout simplement comme le secteur entre Givat Shaul et la colonie d’Har Nof sur les pentes ouest de la montagne.


Le massacre des Palestiniens de Deir Yassine est l’un des événements les plus significatifs dans l'histoire palestinienne et israélienne du 20ème siècle.

Ce n'est pas en raison de son importance ou de sa brutalité, mais parce que ce fut le début d'une véritable dépopulation calculée de plus de 400 villages et villes arabes et de l'expulsion de plus de 700.000 habitants palestiniens pour faire de la place aux survivants de l’Holocauste et des autres juifs venant du monde entier.
(liste des villages détruits)


A lire aussi, "Entretien avec Benny Morris" par Ari Shavit du 9 janvier 2004.


Voir le film sur Deir Tassin - durée 33 mn et 17 s

Source : http://www.deiryassin.org/

Traduction : MG pour ISM

Nous n’oublierons jamais Deir Yassin

mercredi 11 avril 2012 - 06h:14

Yousef Munayyer

 

Le 9 Avril 1948, un grand nombre [235] de civils palestiniens ont été massacrés dans le village de Deir Yassin dans une opération conjointe de différentes forces sionistes : l’Irgoun, le Lehi et la Haganah.
(JPG)
235 villageois, hommes, femmes et enfants, ont été massacrés par les gangs sionistes le 9 mai 1948 à Deir Yassin. Un massacre parmi de nombreux autres, qui se sont déroulés alors qu’il n’y avait pas un seul soldat de la Ligue arabe en Palestine.

Le récit sioniste sur les événements de 1948 et la Nakba - le mot arabe pour le nettoyage ethnique de la Palestine - parle de la guerre comme d’une guerre défensive où il n’y avait pas d’intention de la part des forces israéliennes de changer par la force les données démographiques. Ce récit prétend même que les réfugiés ont été créés au cours des hostilités qui ont débuté lorsque cinq armées arabes sont entrées en Israël le lendemain de la ;proclamation de son indépendance le 15 mai 1948.

Trop souvent, les gens qui parlent de « faire la paix » recommandent d’oublier l’Histoire et d’aller de l’avant sans se perdre dans des « récits controversés » sur cette période. Mais la paix ne peut se faire sans redresser les injustices passées et cela n’est possible qu’en disant ce que sont ces injustices.

Le récit sioniste, sur la défensive, prétend que les injustices ne sont pas le fait d’Israël et c’est là que la discussion devient impossible.

Mais il existe des fait simples, indéniables, sur lesquels deux personnes saines d’esprit, sionistes ou non, devraient être en mesure de s’entendre. Par exemple, je pense que nous pouvons tous convenir que le 9 avril 1948 se situait avant le 15 mai 1948. Ce n’est pas une question de point de vue, mais de chronologie.

Lorsque vous considérez l’Histoire - même des versions documentées par les historiens israéliens exploitant des archives officielles israéliennes - ce que vous apprenez, c’est qu’une partie très significative de tous les réfugiés ont été créés bien avant le 15 mai 1948. S’il n’y avait pas eu ces centaines de milliers de réfugiés se précipitant vers les États arabes limitrophes et les massacres comme celui de Deir Yassin, les armées arabes n’auraient probablement pas été obligées d’intervenir.

De toute évidence, la narration sioniste laisse des trous importants dans une chronologie aux faits indiscutables. Mais la séquence n’est pas le seul problème. L’autre point de discorde est que les sionistes prétendent est que leurs actions pendant la guerre étaient défensives et ne visaient pas à vider la Palestine de ses habitants.

L’objectif du mouvement sioniste était d’établir un État juif sur la terre de la Palestine, laquelle disposait pourtant d’une très large majorité non-juive faite d’Arabes palestiniens. Grâce aux années d’immigration, les sionistes ont réussi à passer de 11 pour cent des habitants de la Palestine en 1922 à environ 30 pour cent en 1946.

La création des réfugiés

L’objectif sioniste, qui était irréalisable pendant des décennies, a porté ses fruits après 18 mois d’hostilités, lorsque les Juifs se transformèrent tout d’un coup en 85 pour cent de la population de l’Etat d’Israël. Ainsi, le récit sioniste veut vous faire croire que le rêve sioniste d’établir un État avec une majorité juive - irréalisable sans la guerre - ce serait réalisé complètement par hasard.

Accepter une telle version des faits serait faire preuve d’un incroyablement naïveté.

D’aussi radicaux changements en matière de démographie dans un territoire donné ne se produisent pas par accident. Dans l’ère moderne, ils sont invariablement le résultat d’initiatives volontaires.

Avant le 15 mai 1948, l’armée israélienne, ou la Haganah, a été engagée dans la conquête et la destruction d’un grand nombre de villages peuplés de civils - qui n’étaient en rien des installations militaires. Il n’y a pas vraiment d’explication « défensive » pour la démolition de dizaines de villages dans leur intégralité. Le seul objectif possible à l’origine de ces actions était d’empêcher les Arabes palestiniens d’avoir des maisons où continuer à vivre, et donc les forcer à partir ailleurs.

En mars 1948, les États-Unis - qui apparaissait comme la nouvelle superpuissance après la Seconde Guerre mondiale - ont décidé de retirer leur appui au plan de partage de 1947 des Nations Unies, car le vide du pouvoir créé par la fin imminente du mandat britannique provoquerait « le chaos , de violents combats et beaucoup de pertes de vies humaines en Palestine ».

Voyant cela, les sionistes savaient que leur chance de parvenir à un État juif par des moyens diplomatiques serait retardée, ou risquait même de devoir être totalement abandonnée. Ils ont décidé d’y parvenir par la force. C’est pourquoi le dépeuplement de la Palestine par la force s’en est trouvé accéléré.

En l’espace de 45 jours, avant le 15 mai 1948, près de 170 villes et villages ont été dépeuplés, ce qui représente environ 380 000 réfugiés. Cette période, avant l’entrée en Palestine des armées arabes, a vu le taux le plus élevé de création de réfugiés entre 1947 et 1949. L’usage de la force pour changer la démographie du pays était en plein essor.

Nous n’arriverons à aucune paix israélo-palestinienne si l’on ignore ce passé.

Alors que nous avons été nombreux à célébrer la Pâques ce week-end, nous devrions tourner notre attention aujourd’hui sur l’anniversaire d’un massacre et d’un exode au cours duquel ce massacre a eu lieu.

Israéliens et les Palestiniens n’iront nul part ensemble s’il n’est pas tenu compte des crimes qui ont permis l’édification de l’état d’Israël.

* Yousef Munayyer est directeur exécutif du Centre palestinien à Washington, DC.

Soixante ans après Deir Yassin*

Ronnie Kasrils, jeudi 10 avril 2008

Ronnie Kasrils est Ministre des Services Secrets d’Afrique du Sud

Comme gamin de 10 ans élevé à Johan­nesburg, j’ai célébré la nais­sance d’Israël, il y a 60 ans. J’ai accepté sans conteste les récits dra­ma­tiques des actions de soi-disant auto­dé­fense contre la vio­lence arabe pour pro­téger l’Etat juif.

Lorsque je me suis engagé dans notre lutte de libé­ration, je me suis rendu compte des simi­li­tudes avec la cause pales­ti­nienne dans la dépos­session de la terre et du droit de nais­sance par l’occupation colo­niale expan­sion­niste. J’en suis venu à réa­liser que le caractère racial et colonial des deux conflits com­portait des com­pa­raisons plus impor­tantes qu’avec toute autre lutte.

Lorsque Nelson Mandela déclarait que nous savons, en tant que Sud-Africains, "que notre liberté est incom­plète sans la liberté des Pales­ti­niens" (1), il ne parlait pas seulement à notre com­mu­nauté musulmane, dont on pouvait attendre qu’elle soit en empathie directe, mais à tous les Sud-Africains, pré­ci­sément à cause de notre expé­rience d’assujettissement racial et colonial, et parce que nous com­prenons bien la valeur de la soli­darité internationale.

Lorsque j’ai eu connais­sance de l’histoire des Pales­ti­niens, j’ai été secoué jusqu’au plus profond de l’âme, et plus par­ti­cu­liè­rement lorsque j’ai lu les témoi­gnages des témoins d’un mas­sacre de vil­la­geois pales­ti­niens qui a eu lieu un mois avant la décla­ration uni­la­térale d’indépendance d’Israël. C’était à Deir Yassin, un village tran­quille juste à l’extérieur de Jéru­salem, qui a eu la mal­chance de se trouver sur la route de Tel Aviv. Le 9 avril 1948, 254 hommes, femmes et enfants ont été mas­sacrés par les forces sio­nistes pour "pro­téger" la route.

Parce que ce fut un des rares épisodes qui ait reçu l’attention des médias en Occident, la direction sio­niste ne l’a pas nié, mais a cherché à le faire passer pour une folie des extré­mistes. En fait, l’atrocité faisait partie d’un plan plus large conçu par le Com­man­dement en Chef sio­niste, dirigé par Ben Gourion lui-même, qui pro­jetait le net­toyage eth­nique des Pales­ti­niens du ter­ri­toire man­da­taire bri­tan­nique et la saisie du plus de terre pos­sible pour l’Etat juif prévu.

Beaucoup de récits cor­robore l’orgie de mort à Deir Yassin, qui a été bien au-delà du mas­sacre de Sharp­ville en 1960 qui m’a poussé à rejoindre le Congrès National Africain (ANC) (2). Ma réaction fut : si Sharp­ville m’a hor­rifié, puis-je rester indif­férent aux souf­frances de Deir Yassin ?

Fahimi Zidan, un enfant pales­tinien qui a survécu en se cachant sous les corps de ses parents, se sou­vient : "Les Juifs nous ont ordonné… de nous aligner contre le mur… ils ont com­mencé à tirer… tous… ont été tués : mon père… ma mère… mon grand-père et ma grand-mère… mes oncles et mes tantes et cer­tains de leurs enfants… Halim Eid a vu un homme tirer une balle dans le cou de ma sœur… qui était… enceinte. Ensuite, il lui a ouvert le ventre avec un couteau de boucher… Dans une autre maison, Naaneh Khalil… a vu un homme prendre un… sabre et frapper mon voisin…" (3)

Une des atta­quants, un soldat juif choqué appelé Meir Pa’el, a rap­porté à son com­mandant de la Haganah :

"La bataille s’est ter­minée à midi… Tout était calme, mais le village ne s’était pas rendu. Les irré­gu­liers du Etzel (Irgun) et du Lehi (Stern)… ont com­mencé… les opé­ra­tions de net­toyage… Ils ont tiré avec toutes les armes qu’ils avaient, et ont jeté des explosifs dans les maisons. Ils ont tiré aussi dès qu’ils voyaient quelqu’un… les com­man­dants n’ont rien fait pour arrêter… le mas­sacre. Avec plu­sieurs habi­tants, j’ai supplié les com­man­dants qu’ils donnent des ordres… pour arrêter les tirs, mais sans succès… on a sorti quelques 25 hommes des maisons : on les a chargés sur un… camion et on a fait une "parade de la vic­toire" à travers… Jéru­salem (puis)… emmenés dans une car­rière… et tués… Les com­bat­tants… ont mis les femmes et les enfants qui étaient tou­jours en vie sur un camion et les ont emmenés à la Porte Man­delbaum" (4).

Un officier britannique, Richard Catling, a rapporté :

"Il ne fait pas de doutes que les atta­quants Juifs ont commis de nom­breuses atro­cités sexuelles. Beaucoup d’écolières ont été violées et ensuite assas­sinées… Beaucoup de nour­rissons ont aussi été mas­sacrés. J’ai aussi vu une vieille femme… qui avait été frappée à la tête à coup de crosse de fusil…" (5)

Jacques de Reynier, du Comité Inter­na­tional de la Croix Rouge, a ren­contré l’équipe de "net­toyage" à son arrivée dans le village :

"La bande… était très jeune… des hommes et des femmes, armés jusqu’aux dents… et ils avaient aussi des cou­teaux dans les mains, la plupart tou­jours tâchées de sang. Une belle jeune fille, au regard cri­minel, m’a montré les siennes dégou­li­nantes de sang. Elle les arborait comme un trophée. C’était l’équipe de "net­toyage", et il est évident qu’elle rem­plissait sa tâche très consciencieusement."

Il a décrit ce qu’il a vu en entrant dans les maisons :

"… au milieu des meubles éventrés… j’ai trouvé quelques corps… le "net­toyage" avait été fait à la mitraillette… à la grenade à main… terminé au couteau… j’ai retourné les corps… j’ai trouvé… une petite fille… mutilée par une grenade à main… partout c’était la même vision hor­rible… ce gang était admi­ra­blement dis­ci­pliné et n’a agi que sur ordre." (6)

L’atrocité de Deir Yassin est le reflet de ce qui s’est passé ailleurs. L’historien israélien Ilan Pappe a méti­cu­leu­sement décompté 31 mas­sacres, de décembre 1947 à Janvier 1949. Ils attestent d’un règne sys­té­ma­tique de la terreur, conduit pour pousser les Pales­ti­niens à la fuite de leur terre de nais­sance. En consé­quence, presque toutes les villes pales­ti­niennes se sont rapi­dement dépeu­plées et 418 vil­lages ont été sys­té­ma­ti­quement détruits.

Comme l’a déclaré le premier Ministre de l’Agriculture d’Israël, Aharon Cizling, lors d’une réunion du gou­ver­nement le 17 novembre 1948 : "Je suis souvent en désaccord lorsque le terme de Nazi est appliqué aux Bri­tan­niques… même si les Bri­tan­niques ont commis des crimes nazis. Mais main­tenant, les Juifs aussi se sont conduits comme des Nazis et mon être tout entier en est secoué" (7).

En dépit de ces sen­ti­ments, Cizling a accepté que les crimes soient cachés, créant un pré­cédent durable. Qu’une telle bar­barie soit l’œuvre du peuple juif à peine trois années après l’Holocauste aurait été trop atroce à envi­sager, parce que cela aurait constitué un pro­blème majeur pour l’Etat d’Israël, élevé au rang de "lumière des nations" ; de là les ten­ta­tives d’enfouir la vérité der­rière un voile de secret et de dés­in­for­mation. Quelle meilleure manière de museler toute enquête que l’alibi global du droit d’Israël à l’autodéfense, fermant les yeux sur l’usage dis­pro­por­tionné de la force et les puni­tions col­lec­tives contre tout acte de résistance.

C’est jus­tement parce qu’on a permis à Israël de se dédouaner de tels crimes qu’il continue sur sa voie san­glante. Selon Ilan Pappe, "A quinze minutes en voiture de l’Université de Tel Aviv se trouve le village de Kfar Qassim où, le 29 octobre 1956, les troupes israé­liennes ont mas­sacré 49 vil­la­geois qui ren­traient chez eux après le travail dans leurs champs. Ensuite il y a eu Qibya dans les années 1950, Samoa dans les années 1960, les vil­lages de Galilée en 1976, Sabra et Shatila en 1982, Kfar Qana en 1999, Wadi Ara en 2000 et le Camp de Réfugiés de Jenine en 2002. Et en plus, il y a les nom­breux mas­sacres dont B’Tselem, l’organisation israé­lienne de défense des droits de l’homme, garde la trace. Les mas­sacres des Pales­ti­niens par Israël n’ont jamais pris fin." (8)

Le mas­sacre de 1.500 civils libanais dans un bom­bar­dement israélien aveugle dans ce pays en 2006 ; les morts quo­ti­diennes dans les ter­ri­toires pales­ti­niens, les 120 à Gaza en une semaine – dont 63 le même jour – en mars 2008, dont un tiers étaient des enfants, font partie du même fil san­glant qui relie le passé honteux d’Israël avec celui d’aujourd’hui.

Israël va bientôt fêter le 60ème anni­ver­saire de sa création. Ce faisant, les Israé­liens et leurs sou­tiens sio­nistes feraient bien de se demander pourquoi, pour les Pales­ti­niens et les par­tisans de la liberté de par le monde, il n’y a pas de raison de se réjouir. Bien sûr, ce sera une période de deuil et de pro­tes­tation, le moment de se sou­venir des vic­times sans nombre qui gisent dans le sillage d’Israël, comme incarnées par les souf­frances infligées aux habi­tants de Deir Yassin, dont le site ori­ginel se trouve, ironie de l’histoire, à un jet de pierre de Yad Vashem, le mémorial de l’Holocauste.

Mais tant qu’Israël n’affrontera pas son passé, comme de si nom­breuses per­sonnes ont essayé de le faire en Afrique du Sud, il conti­nuera d’être vu avec répulsion et sus­picion. Les Israé­liens conti­nueront à consi­dérer que la vie arabe n’a aucune valeur et ils conti­nueront à vivre par l’épée et le mépris, fei­gnant la sur­prise lorsque les Pales­ti­niens répondent par la violence.

Tant qu’ils ne pren­dront pas en compte les innom­brables souf­frances qu’ils ont créées, il ne peut y avoir ni apai­sement ni solution. C’est créer la base pour chérir toute vie et pour les Pales­ti­niens et les Israé­liens de vivre en paix, avec justice.

Connaissant les racines du conflit, et pro­mettant notre soli­darité, nous, Afri­cains du Sud, pouvons aider à trouver une solution juste et la liberté à laquelle Nelson Mandela se référait. Je crois que c’est exac­tement ce que font des Sud-Africains comme Zapiro.

Notes de lecture :

[1] Nelson Mandela, Inter­na­tional Day of Soli­darity with the Pales­tinian People, Pre­toria, 4 December 1997.

[2] Simha Flapan, The Birth of Israel, Pan­theon, 1988 ; David Hirst, The Gun and the Olive Branch, Faber and Faber, 2003 ; Benny Morris, Birth of the Pales­tinian Refugee Problem Revi­sited, Cam­bridge Uni­versity Press, 2004) ; Ilan Pappe, The Ethnic Cleansing of Palestine, One­world Publi­ca­tions, 2006.

[3] David Hirst, The Gun and the Olive Branch, Faber and Farber, 2003, p. 249-50.

[4] Yediot Aha­ronot, April 1972. This letter only came to light with Pa’el’s consent in 1972. David Hirst ibid p. 251.

[5] David Hirst, ibid and Report of the Cri­minal Inves­ti­gation Division, Palestine Government, No. 179/110/17/GS, 13, 15, 16 April 1948. Cited in David Hirst, p. 250.

[6] David Hirst ibid and Jacques de Reynier, A Jèru­salem, un Drapeau flottait sur la Ligne de Feu, Edi­tions de la Bacon­nière, Neu­châtel, 150, p. 71-6 and Hirst ibid p. 252.

[7] Tom Segev, The First Israelis, Owl Books, 1998, p. 26.

[8] Ilan Pappe, The Ethnic Cleansing of Palestine, One­world Publi­ca­tions, 2006, p. 258.

Source : Electronic Intifada Traduction : MR pour ISM

Les massacres de Deir Yassin

Le samedi 10 avril 1948, dans l'après-inidi, je reçois un' coup de téléphone des Arabes me suppliant immédiatement d'aller à Deir Yassin, où la population civile de tout un village vient d'être massa crée. J'apprends que ce sont les extrémistes de lIrgoun qui tiennent ce secteur, situé tout près de Jérusalem.
L'Agence juive et le Grand Quartier général de la Haganah me disent ne rien savoir de cette affaire et quen outre il est impossible à quiconque de pénétrer dans une zone Irgoun. Ils me déconseillent de me mêler de cette affaire, ma mission risquant d'être définitivement interrompue si j'y vais. Non seulement ils ne peuvent pas m'aider, mais ils déclinent toute responsabilité sur ce qui ne manquera pas de m'arriver. Je leur réponds que mon intention -est d'y aller. Cependant, en fait, je ne sais pas du tout comment faire. Sans appui juif, il m'est impossible d'arriver à ce village. Et, soudain, à force de réfléchir, je me rappelle qu'une infirmière juive d'un hôpital d'ici m'avait fait prendre son numéro de téléphone, me disant, avec un air bizarre, que si jamais j'étais dans une situation inextricable, je pouvais faire appel à elle. A tout hasard, je l'appelle et lui expose la situation. Elle me dit de me trouver le lendemain à 7 heures à un endroit désigné et d'embarquer dans ma voiture la personne qui y sera.
Le lendemain, à l'heure et au lieu dits, un individu en-civil mais avec les poches gonflées de pistolets saute dans ma voiture. Nous sortons de Jérusalem, quittons la grande route et le dernier. poste de l'armée régulière, et nous nous engageons dans un chemin de traverse. Très rapidement, nous sommes arrêtés par deux espèces de soldats, à l'air tout ce qu'il y a de moins rassurant, mitraillettes en avant et large coutelas à la ceinture. Je reconnais la tenue de ceux que je cherchais.
Parvenus à une crête à 500 mètres du village, il nous faut attendre longuement l'autorisation d'avancer. Le tir arabe se déclenche chaque'fois que quelqu'un tente de passer sur la route et le commandant du détachement de lIrgoun ne semble pas disposé à me recevoir. Enfin, il arrive, jeune, distingué, parfaitement correct, mais ses yeux sont d'un éclat particulier, cruel et froid.
Il me raconte l'histoire de ce village, peuplé exclusivement d'Arabes, au nombre d'environ 400, désarmés depuis toujours et vivant en bonne intelligence avec les Juifs qui les entourent. Selon lui, lIrgoun est arrivé il y a vingt-quatre heures et a donné l'ordre, par haut-parleur, à toute la population d'évacuer toutes les maisons et de se rendre. Délai d'exécution .- un quart d'heure. Ouelques-uns de ces malheureux se sont avancés et auraient été faits prisonniers, puis relâchés peu après vers les lignes arabes.
Le reste, n'ayant pas exécuté lordre, a subi le sort qu'il méritait. Mais il ne faut rien exagérer. // n'y a que quelques morts qui seront enterrés dès que le « nettoyage » du village sera terminé. Si je trouve des corps, je puis les emporter, mais il n'y a certainement aucun blessé. Ce récit me fait froid dans le dos.
J'arrive avec mon convoi au village. Le feu arabe cesse. La troupe est en tenue de campagne, avec casques. Tous des jeunes gens et des adolescents, hommes et femmes, armés jusqu'aux dents : pistolets, mitraillettes, grenades, mais aussi de grands coutelas qu'ils tiennent à la main, la plupart encore ensanglantés. Une jeune fille, belle, mais aux yeux de criminelle, me montre le sien, encore dégoulinant, qu'elle promène comme. un trophée. C'est léquipe de nettoyage, qui accomplit certainement très consciencieusement son travail.
Je tente d'entrer dans une maison. Une dizaine de soldats m'entourent, les mitraillettes se braquent sur moi, et lofficier m'interdît de bouger de place. Jentre alors dans une des belles colères de mon existence, puis je bouscule ceux qui m'entourent et entre dans la maison.

La première chambre est sombre, mais il n'y a personne, Dans la seconde, je trouve parmi les meubles éventrés, les couvertures, les débris de toutes sortes, quelques cadavres, froids. On a fait ici le nettoyage à la mitraillette, puis à la grenade. On l'a terminé au couteau, n'importe qui s'en rendrait compte. Même chose dans la chambre suivante mais, au moment de sortir, j'entends comme un soupir. Je cherche partout, déplace chaque cadavre et finis par trou ver un petit pied encore chaud, C»*est une fillette de dix ans, bien abîmée par une grenade mais encore vivante. Comme je veux l'emporter, l'officier me lînterdit et se met en travers de la porte. Je le bouscule et passe avec mon précieux fardeau.
Puisque cette troupe n'a pas osé encore s'attaquer à moi, j'ai la possibilité de continuer Je donne ordre qu'on charge les cadavres de cette maison sur un camion, et j'entre dans la maison voisine et ainsi de suite. Partout, c"est le même affreux spectacle. Je ne retrouve que deux personnes vivantes encore, deux femmes, dont une vieille grand me,'re,. cachée derrière des fagots où elle se tenait immobile depuis au moins 24 heures.
// y avait 400 personnes dans ce village. Une cinquantaine se sont enfuies, trois sont encore vivantes. Tout le reste
a été massacré sciemment, volontairement car, je l'aiconstaté, cette troupe est admirablement en mains et n'agit
que sur ordre.
Je rentre à Jérusalem, vais à l'Agence juive où je trouve les chefs consternés, mais s"excusant en prétendant, ce qui
est vrai, qu'ils ont toujours dit n'avoir aucun pouvoir ni sur l'Irgoun ni sur Stern. N'empêche quils n'ont rien fait pour empêcher une centaine d'hommes de commettre ce crime inqualifiable.
Jacques de REYNIER, (chef de la délégation du Comîté international
de la Croix-Rouge à Jérusalem), 1948 à Jérusalem,
Éditions Baconnière, Neuchâtel, 1969

Le massacre de Deir Yassin d’après le télégramme du consul général de France à Jérusalem,

13 avril 1948

Doc:. , 1014.5 ko, 2455x3165 . - (JPEG, 1014.5 ko)
Doc:. , 1.3 Mo, 2473x3642 . - (JPEG, 1.3 Mo)
© Archives diplomatiques

Le massacre de Deir Yassin : télégramme de René Neuville, consul général de France à Jérusalem, au Département, 13 avril 1948.
« Stern et l’Irgoun ont assez brutalement occupé un village des environs ouest de Jérusalem, faisant sauter les maisons, tuant ainsi quelque 200 Arabes , femmes et enfants en majorité ». Le nom du village ne figure dans le texte du télégramme dans lequel le consul général de France traite des opérations militaires et relate in fine, en termes sobres et dépourvus d’ambiguïté, cet événement dramatique.
Archives du ministère des Affaires étrangères, collection des télégrammes
Doc:Le Monde, 13/04/1948 , 319.2 ko, 1024x969 Le Monde, 13/04/1948 - (JPEG, 319.2 ko)

« Le Monde », mardi 13 avril 1948, page 2.
Le massacre de Deir Yassin, perpétré par l’Irgoun (et condamné alors par la Haganah), aujourd’hui considéré comme un événement majeur de la guerre de 1948, n’a pas reçu un écho important à l’époque, comme en témoigne la taille de l’information que lui consacre alors Le Monde. L’assassinat à Bogotá de Jorge Gaitán, ce même 9 avril 1948, et les suites du "coup de Prague", occupent alors les esprits (et les premières pages du Monde).
Archives du Ministère des Affaires étrangères, Bibliothèque


A l’aube du 9 avril 1948, les commandos de l’Irgun (dirigé par Menachem Begin) et le Gang Stern ont attaqué Deir Yassine, un village d’environ 750 habitants palestiniens, pour les expulser ou les assassiner

Le village était situé à l’extérieur de la zone assignée par les Nations Unies à l’Etat d’Israël

Le massacre de Deir Yassin s’est déroulé au petit matin du 9 avril 1948. C’est le bruit des balles qui a réveillé les habitants de ce village palestinien, et aussi l’horrible odeur du sang humain. A midi, les milices Stern et Irgoun (deux cellules sionistes terroristes) avaient tué cent Palestiniens, hommes, femmes et enfants, mettant en place le Plan Dalet, conçu et dirigé par Menahem Begin, le dirigeant du gang de l’Irgoun et futur premier ministre d’Israël.

Aujourd’hui le village de Deir Yassin n’existe plus tel qu’il était mais il vit dans la mémoire de chaque Palestinien. Le monastère pluri- centenaire se dresse au cœur de Deir Yassin comme un témoignage, adressé à Israël et au monde entier, que, il n’y a pas si longtemps, ce lieu était un village palestinien. Comme nous l’avons dit, tuer des gens innocents est mal. Aujourd’hui, ironie de l’histoire, se trouve à Deir Yassin un mémorial juif qui commémore d’autres victimes d’un autre mal fait par les hommes, l’holocauste commis par l’Allemagne nazie, en ce lieu où des terroristes juifs ont commis un autre grave crime contre l’humanité.

Visionner la vidéo de « Deir Yassine remembered »


1re parie :

2e partie


3e partie

                      

4e partie

décembre 1997 Le Monde diplomatique   Pages 24 et 25
 
DIX ANS DE RECHERCHES SUR LA GUERRE DE 1947-1949
L’expulsion des Palestiniens revisitée par des historiens israéliens

IL y a cinquante ans, le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations unies décidait de partager la Palestine en un Etat juif et un Etat arabe. Mais la guerre de 1947-1949 bouleverse la donne : si Israël a augmenté son territoire d’un tiers, le reste de l’Etat arabe mort-né est occupé par la Transjordanie et l’Egypte. Et, surtout, plusieurs centaines de milliers de Palestiniens ont dû fuir leurs foyers - ces réfugiés seront au coeur d’un interminable conflit. Depuis dix ans, les « nouveaux historiens » israéliens sont remontés aux origines de la tragédie. Leurs conclusions battent en brèche bien des mythes.
 
Par Dominique Vidal

« Seuls quelques-uns ont admis le fait que l’histoire du retour, de la rédemption et de la libération de leurs pères fut une histoire de conquête, de déplacement, d’oppression et de mort. »
Yaron Ezrachi, Rubber Bullets.

Entre le plan de partage de la Palestine adopté par l’Assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947 et les armistices de 1949 consécutifs à la première guerre israélo-arabe déclenchée par l’invasion du 15 mai 1948, plusieurs centaines de milliers de Palestiniens qui vivaient sur les territoires finalement occupés par Israël ont quitté leurs foyers (1).

Pour les historiens palestiniens et arabes, il s’agit bel et bien - ils l’ont toujours affirmé - d’une expulsion. L’immense majorité des réfugiés (évalués entre 700 000 et 900 000) ont été, expliquaient-ils, contraints au départ au cours des affrontements israélo-palestiniens, puis de la guerre israélo-arabe, dans le cadre d’un plan politico-militaire d’expulsion jalonné de nombreux massacres. C’est notamment la thèse défendue, dès 1961, par Walid Khalidi, dans son essai intitulé « Plan Dalet : Master Plan for the Conquest of Palestine » (2), et plus récemment par Elias Sanbar, dans Palestine 1948. L’expulsion (3).

Selon l’historiographie israélienne traditionnelle, au contraire, les réfugiés (500 000 tout au plus) se sont pour la plupart enfuis volontairement, répondant aux appels de dirigeants qui leur promettaient un retour rapide après la victoire. Non seulement les responsables de l’Agence juive, puis ceux du gouvernement israélien, n’avaient pas planifié d’éviction, mais les rares massacres à déplorer - en premier lieu celui de Deir Yassin, le 9 avril 1948 - furent le fait des troupes extrémistes affiliées à l’Irgoun de Menahem Begin et au Lehi d’Itzhak Shamir.

Dès les années 50, toutefois, quelques personnalités israéliennes liées au mouvement communiste, voire à certains cercles de la gauche sioniste (notamment le Mapam), contestaient cette version. Depuis la seconde moitié des années 80, elles ont été rejointes dans leur critique par un certain nombre de chercheurs, qui se définissent eux-mêmes comme « nouveaux historiens » : Simha Flapan, Tom Segev, Avi Schlaïm, Ilan Pappé et Benny Morris - c’est ce dernier, avec The Birth of the Palestinian Refugee Problem, qui a donné le signal du scandale (4). Car, par-delà leurs différences d’objet, de méthode et d’opinion, ce qui unit ces chercheurs, c’est qu’ils s’en prennent aux mythes de l’histoire d’Israël (5) et révisent en particulier celle de la première guerre israélo-arabe, contribuant à rétablir la vérité sur l’exode des Palestiniens - au moins partiellement, on le verra. Assez, en tout cas, pour s’attirer l’ire d’historiens orthodoxes (6).

Deux phénomènes se sont conjugués pour stimuler ces recherches. D’abord, l’ouverture des archives israéliennes, publiques et privées. En revanche, les chercheurs semblent ignorer presque entièrement les archives des Etats arabes - il est vrai peu accessibles -, de même que la mémoire orale des Palestiniens, que d’autres cependant s’attachent à recueillir. Or, comme le note à juste titre l’historien palestinien Nur Masalha, « l’histoire et l’historiographie ne devraient pas nécessairement être écrites, exclusivement ou essentiellement, par les vainqueurs  (7) ».

Mais la plongée dans les archives israéliennes n’aurait sans doute pas été si fructueuse si les dix années suivant leur mise à disposition n’avaient pas été marquées par l’invasion du Liban en 1982 et par le déclenchement de l’Intifada en 1987, qui accentuent, en Israël même, le clivage entre camp nationaliste et camp de la paix. Bref, les « nouveaux historiens » mettent au jour l’origine du problème palestinien alors même que celui-ci revient au premier plan.

Dans un récent article de la Revue d’études palestiniennes (8), un des pionniers de cette « nouvelle histoire », Ilan Pappé, met l’accent sur le rôle du dialogue israélo-palestinien engagé à l’époque, « essentiellement mené, précise-t-il, sous la conduite des universitaires. Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est à la faveur de ce dialogue que la plupart des chercheurs israéliens travaillant sur l’histoire de leur pays et qui n’étaient pas liés aux groupes politiques radicaux ont pris connaissance de la version historique de leurs homologues palestiniens. [Ils] ont pris conscience de la contradiction fondamentale entre les ambitions nationales sionistes et leur mise en oeuvre aux dépens de la population locale de Palestine ».

Ajoutons que la manipulation de l’histoire à des fins politiques n’est évidemment pas une exclusivité israélienne : elle va le plus souvent de pair avec le nationalisme.

Quelles leçons les « nouveaux historiens » ont-ils tirées de leur fréquentation assidue des archives ? S’agissant en général des rapports de forces prévalant en 1947 comme en 1948 entre Juifs et Arabes, ils contredisent l’imagerie présentant une faible communauté juive de Palestine, sous-armée, menacée d’extermination par un monde arabe uni et surarmé - David face à Goliath. Au contraire, les « nouveaux historiens » s’accordent en particulier à valoriser les nombreux atouts de l’Etat juif en gestation face à ses ennemis : la décomposition de la société palestinienne, les divisions du monde arabe et l’infériorité de ses forces armées - en nombre, en entraînement et en armement -, l’avantage stratégique représenté pour Israël par l’accord passé avec l’émir Abdallah de Transjordanie (qui s’est engagé, en échange de la Cisjordanie, à ne pas attaquer le territoire alloué par l’ONU à Israël), l’appui de la Grande-Bretagne à ce compromis ainsi que le soutien conjugué des Etats-Unis et de l’Union soviétique, la sympathie de l’opinion publique mondiale, etc.

D’où, entre autres, le caractère souvent foudroyant des offensives juives du printemps 1948. Voilà qui éclaire d’un nouveau jour le contexte dans lequel se pose la question du départ en masse des Palestiniens. Celui-ci se répartit en fait en deux grandes vagues d’ampleur sensiblement égale : avant et après ce tournant décisif que représentent la déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël, le 14 mai 1948, et l’intervention des armées des Etats arabes voisins, le lendemain. Si, dans les premières semaines qui suivent l’adoption du plan de partage de la Palestine, le caractère volontaire de la fuite de milliers de Palestiniens aisés - notamment de Haïfa et de Jaffa - ne fait guère de doute, qu’en est-il ensuite ? Dans les premières pages de The Birth of the Palestinian Refugee Problem, Benny Morris proposait une réponse d’ensemble : sur une carte situant les 369 villes et villages arabes d’Israël (dans ses frontières de 1949), il résumait, localité par localité, les causes du départ de leur population (9). Dans 45 cas, l’auteur avouait les ignorer. Les habitants de 228 autres étaient partis au cours d’assauts des troupes juives, dont 41 cas d’expulsions manu militari. Dans 90 autres localités, les Palestiniens avaient cédé à la panique consécutive à la chute d’une agglomération voisine, à la hantise d’une attaque ennemie ou encore aux rumeurs propagées par l’armée juive - particulièrement après le massacre, le 9 avril 1948, de 250 habitants de Deir Yassin, dont la nouvelle se répand comme une traînée de poudre à travers tout le pays.

Il ne recensait, en revanche, que 6 cas de départ à l’injonction des autorités arabes locales. « Il n’existe pas de preuve attestant, ajoutait-il, que les Etats arabes et le Haut Comité arabe [HCA, palestinien] souhaitaient un exode de masse, ou qu’ils avaient publié une directive générale ou des appels invitant les Palestiniens à fuir leurs foyers même si, dans certaines zones, les habitants de villages spécifiques ont reçu de commandants arabes ou du HCA l’ordre de partir, essentiellement pour des raisons stratégiques » (The Birth..., p. 129). Au contraire, les fuyards étaient menacés de « punitions sévères ». Quant aux fameuses exhortations à la fuite qu’auraient diffusées les radios arabes, l’écoute de leurs programmes, enregistrés, démontre qu’elles ont été purement et simplement inventées à des fins de propagande.

Des opérations ponctuées d’atrocités

DANS 1948 and After, Benny Morris analyse plus en détail, s’agissant de la première phase de l’exode, une pièce qu’il juge pour l’essentiel fiable : le rapport rédigé par les services de renseignement de l’armée israélienne et daté du 30 juin 1948. Intitulé « L’émigration des Arabes de Palestine dans la période 1/12/1947 - 1/6/1948 », ce document estime à 391 000 le nombre de Palestiniens ayant déjà quitté le territoire alors aux mains d’Israël et évalue l’influence des différents facteurs expliquant leur départ : « Au moins 55 % du total de l’exode ont été causés par nos opérations », écrivent les experts, qui ajoutent à ce pourcentage les opérations des dissidents de l’Irgoun et du Lehi « qui ont directement causé environ 15 % de l’émigration ». Avec 2 % attribués aux ordres d’expulsion explicites donnés par les soldats juifs et 1 % à leur guerre psychologique, on arrive donc à 73 % de départs directement provoqués par les Israéliens. De surcroît, dans 22 % des cas, le rapport met en cause les « peurs » et la « crise de confiance » de la population palestinienne. Quant aux appels arabes à la fuite, ils n’entrent en ligne de compte que dans 5 % des cas...

Bref, ce rapport, comme le résume Benny Morris lui-même, « sape l’explication israélienne traditionnelle d’une fuite en masse sur l’ordre ou à l’invitation de la direction arabe ». Pour autant, souligne l’historien, « il ne conforte pas non plus l’explication arabe traditionnelle de l’exode - à savoir que les Juifs, d’une manière préméditée, centralisée et systématique, auraient mené une campagne visant à l’expulsion complète de la population palestinienne autochtone ». Toutefois, reconnaît Benny Morris, pour la seconde période - qu’il évalue également entre 300 000 et 400 000 personnes -, « c’est une autre histoire ». Emblématique de cette étape apparaît l’expulsion des Arabes de Lydda (l’actuelle Lod) et de Ramleh, le 12 juillet 1948, dans le cadre de l’opération « Dani » : une escarmouche avec des blindés transjordaniens sert de prétexte à une violente répression (250 morts, dont des prisonniers désarmés), suivie de l’évacuation forcée, accompagnée d’exécutions sommaires et de pillages, de quelque 70 000 civils palestiniens - près de 10 % de l’exode total de 1947- 1949 ! Des scénarios similaires seront mis en oeuvre - montre Benny Morris - en Galilée centrale, dans le nord du Néguev et en Galilée du Nord, sans oublier l’expulsion, postérieure à la guerre, des Palestiniens d’Al Majdal (Ashkelon). Autant d’opérations souvent ponctuées - sauf la dernière - d’atrocités, dont Aharon Zisling, chargé de l’agriculture, dira au conseil des ministres du 17 novembre 1948 : « Je n’ai pu dormir de la nuit. Ce qui est en cours blesse mon âme, celle de ma famille et celle de nous tous (...) . Maintenant, les juifs aussi se conduisent comme des nazis, et mon être entier en est ébranlé  (10) . »

Le gouvernement israélien développe une politique inflexible pour empêcher « à tout prix » - selon les termes utilisés par David Ben Gourion lui-même - le retour des réfugiés, que l’Assemblée générale des Nations unies exige pourtant dès le 11 décembre 1948. Leurs villages sont détruits ou investis par des immigrants juifs, et leurs terres réparties entre les kibboutzim environnants. La loi sur les « propriétés abandonnées » - destinée à rendre possible la saisie des biens de toute personne « absente » - « légalise », dès décembre 1948, cette confiscation généralisée. Près de 400 bourgades arabes seront ainsi rayées de la carte ou judaïsées, de même que la plupart des quartiers arabes des villes mixtes. Et, selon un bilan établi en 1952, Israël mettra ainsi la main sur 73 000 pièces d’habitation dans des maisons abandonnées, sur 7 800 boutiques, ateliers et entrepôts, sur 5 millions de livres palestiniennes sur des comptes en banque et, surtout, sur 300 000 hectares de terres (11).

Dans 1948 and After (chapitre 4), Benny Morris revient plus longuement sur le rôle joué dans ce cadre par Yosef Weitz, alors directeur du département foncier du Fonds national juif. Dans son Journal, à la date du 20 décembre 1940, ce sioniste aux convictions tranchées confiait sans détour : « Il doit être clair qu’il n’y a pas de place pour deux peuples dans ce pays (...) , et la seule solution, c’est la Terre d’Israël, au moins la partie occidentale de la Terre d’Israël, sans Arabes. Il n’y a pas de compromis possible sur ce point ! (...) Il n’y a pas d’autre moyen que de transférer les Arabes d’ici vers les pays voisins. (...) Pas un village ne doit rester, pas une tribu bédouine. »

Ce programme radical, sept ans plus tard, Yosef Weitz va pouvoir l’appliquer lui-même. Dès janvier 1948, il orchestre, ici et là, l’expulsion des Palestiniens. En avril, il exige et obtient la constitution d’ « un organisme qui dirige la guerre avec pour but l’éviction d’autant d’Arabes que possible ». Informel jusqu’à la fin août 1948, officiel ensuite, le « Comité du transfert » supervise la destruction des villages arabes abandonnés ou/et leur repeuplement par des nouveaux immigrants juifs pour interdire tout retour des réfugiés. Ces attributions s’élargissent, en juillet, avec une tâche supplémentaire : la multiplication d’implantations juives aux frontières.

Cette bataille pour barrer la route du retour aux exilés palestiniens, Israël la mène également sur le front diplomatique. De ce point de vue, comme le note Henry Laurens dans une présentation des « nouveaux historiens » (12), « l’ouverture et l’exploitation des archives ont permis de redresser certains jugements. Contrairement à un cliché généralement répandu, les responsables arabes sont prêts au compromis ». Au lendemain de la guerre, lors de la conférence de Lausanne, ceux-ci tenteront en effet d’aboutir - Ilan Pappé expose en détail leurs efforts (13) - à un règlement reposant sur l’acceptation par les Arabes du plan de partage de l’ONU en échange de celle, par Israël, du retour des réfugiés. Malgré les pressions internationales, à commencer par celles des Etats-Unis, cette entreprise se heurta à l’intransigeance des autorités israéliennes, surtout une fois acquise l’adhésion de l’Etat juif aux Nations unies...

En dépit de cette extraordinaire accumulation d’éléments probants, Benny Morris, dans son premier livre, s’en tenait à une thèse : « Le problème palestinien est né de la guerre, et non d’une intention, juive ou arabe » (The Birth..., p. 286). Une thèse qu’il nuançait néanmoins, dans un second ouvrage, en reconnaissant que l’exode palestinien avait constitué « un processus cumulatif, aux causes enchevêtrées, mais il y eut un déclencheur majeur, un coup de grâce , en forme d’assaut de la Hagana, de l’Irgoun ou des forces de défenses d’Israël dans chaque localité » ( 1948..., p. 32). Cette évolution ne l’empêche pas de continuer à récuser toute idée de plan d’expulsion juif et à disculper David Ben Gourion, président de l’Agence juive, puis premier ministre et ministre de la défense du jeune Etat d’Israël.

Comme l’a mis en lumière Norman G. Finkelstein, dans une étude de textes aussi brillante que polémique (14), ce double déni de Benny Morris paraît d’abord contredire... Benny Morris lui-même. L’historien n’assure-t-il pas que « l’essence » du plan Dalet (D, en hébreu), mis en chantier à partir de la fin janvier 1948 et appliqué à partir de la fin mars, était « de chasser toutes les forces hostiles et potentiellement hostiles de l’intérieur du territoire éventuel de l’Etat juif, d’établir une continuité territoriale entre les principales concentrations de population juive et d’assurer la sécurité des futures frontières avant l’invasion arabe attendue » ( The Birth..., p. 62). Ne reconnaît-il pas que ce plan D, sans donner un blanc-seing à l’expulsion de civils, représentait néanmoins « une base stratégico-idéologique pour l’expulsion par les commandants de front, de district, de brigade et de bataillon », auxquels il donnait « post facto une couverture formelle et convaincante pour expliquer leurs actions » (p. 63) ? Benny Morris en arrive à affirmer, à deux pages de distance, d’une part que « le plan D n’était pas un plan politique d’expulsion des Arabes de Palestine », d’autre part que, « à partir du début avril, il y a des traces claires d’une politique d’expulsion à la fois au niveau national et au niveau local » ( The Birth..., pp. 62 et 64)...

Il en va de même de la responsabilité de David Ben Gourion. Benny Morris le note clairement, le premier ministre était le père du plan Dalet. En juillet 1948, c’est encore lui qui ordonne l’opération de Lydda et Ramleh : « Expulsez-les ! », répond-il à Igal Allon et Itzhak Rabin - récit censuré dans les Mémoires de celui-ci, mais révélé, trente ans plus tard, dans le New York Times  (15). L’ordre, précise Benny Morris, n’a pas fait l’objet d’un débat au sein du gouvernement israélien. Quelques jours auparavant, il est vrai, le Mapam, partenaire du Mapaï au pouvoir, avait obtenu du premier ministre une instruction officielle interdisant aux militaires toute mesure d’expulsion... David Ben Gourion raillera d’ailleurs , peu après , l’hypocrisie de ce parti sioniste marxiste, qui dénonce des « activités » auxquelles ses militants, militaires du Palmah comme kibboutznikim, se livrent eux aussi.

Toujours est-il que, à Nazareth, le général Haïm Laskov a pris au pied de la lettre l’instruction officielle. Si bien que le « Vieux », y débarquant, découvre la population restée sur place et s’emporte : « Qu’est-ce qu’ils font ici ? (16) » Toujours en juillet, mais à Haïfa cette fois, David Ben Gourion inspire quasi clandestinement l’opération de « délocalisation » des 3 500 Arabes restés dans la ville, puis de destruction partielle de leurs anciens quartiers.

Benny Morris lui-même le souligne : le pouvoir, à l’époque, c’est David Ben Gourion, et lui seul. C’est avec lui que tout se décide, sur le plan militaire comme sur le plan civil, et le plus souvent sans la moindre consultation du gouvernement, a fortiori des partis qui y sont représentés. Dans ces conditions, l’absence, dans les archives, d’une décision formelle d’expulsion des Palestiniens prise par le gouvernement ou l’Assemblée n’est guère probante : « Ben Gourion, admet Benny Morris lui-même, s’est toujours abstenu d’émettre des ordres d’expulsion clairs ou écrits ; il préférait que ses généraux »comprennent« ce qu’il souhaitait les voir faire. Il entendait éviter d’être rabaissé dans l’histoire au rang de »grand expulseur« » ( The Birth..., pp. 292-293).

Que le fondateur de l’Etat d’Israël, mettant à profit l’impressionnante étendue de ses prérogatives, ait travaillé à élargir au maximum le territoire alloué par les Nations unies à l’Etat juif et à en réduire au minimum la population arabe relève pourtant de l’évidence historique. Benny Morris lui-même n’a-t-il pas consacré une importante étude (17) au soutien accordé de longue date par David Ben Gourion au projet de transfert ? « Dès 1937, écrit Benny Morris dans sa préface à 1948 and After, nous trouvons Ben Gourion (et la plupart des dirigeants sionistes) favorables à une solution du »problème arabe« par le »transfert« . (...) Arrive 1948, avec les confusions et les déplacements de la guerre, et nous voyons Ben Gourion saisir rapidement l’occasion de »judaïser« l’Etat juif naissant » ( 1948..., p. 33).

Et l’historien relevait plus haut : « La tendance des commandants militaires locaux à pousser les Palestiniens à la fuite augmenta au fur et à mesure de la guerre. Des atrocités juives - beaucoup plus répandues que les vieilles histoires ne le disaient (il y a eu des massacres d’Arabes à Ad Dawayima, Eilaboun, Jish, Safsaf, Madj al Kurum, Hule (au Liban), Saliha et Sasa, en plus de Deir Yassin, Lydda et autres lieux) - ont aussi contribué de manière significative à l’exode » ( 1948... p. 22).

Le « péché originel »

PROFESSEUR à l’université de Haïfa, Ilan Pappé consacre à tous ces travaux un chapitre de son livre, The Making of the Arab-Israeli Conflict, 1947-1951. « Le plan D, conclut-il en prenant ses distances avec la prudence de Benny Morris, peut être apprécié à beaucoup d’égards comme une stratégie d’expulsion. Ce plan n’a pas été conçu à l’improviste - l’expulsion était considérée comme un des nombreux moyens de représailles après les attaques arabes contre les convois et les implantations juifs ; elle n’en était pas moins perçue comme un des meilleurs moyens d’assurer la domination des juifs dans les régions prises par l’armée israélienne » ( The Making..., p. 98.).

Le texte même du plan D ne laisse, à vrai dire, guère de doutes sur les intentions de David Ben Gourion et de ses amis. Il prévoit « des opérations contre les centres de population ennemie situés au sein de notre système de défense ou à proximité, afin d’empêcher qu’ils soient utilisés comme bases par une force armée active. Ces opérations peuvent être menées de la manière suivante : ou bien en détruisant les villages (en y mettant le feu, en les dynamitant et en déposant des mines dans leurs débris), et spécialement dans le cas de centres de population difficiles à maîtriser ; ou en montant des opérations de ratissage et de contrôle selon les lignes directrices suivantes : encerclement du village et enquête à l’intérieur. En cas de résistance, la force armée doit être anéantie et la population expulsée hors des frontières de l’Etat » (The Making..., p. 92).

Il faut souligner le courage dont ont fait preuve, avec leurs avancées et malgré leurs limites, les « nouveaux historiens » israéliens. Car ce n’est pas sur une page d’histoire parmi d’autres qu’ils ont contribué à rétablir la vérité. Ce qui a été mis à nu, c’est bel et bien le « péché originel » d’Israël. Le droit des survivants du génocide hitlérien à vivre en sécurité dans un Etat devait-il exclure celui des filles et fils de la Palestine à vivre, eux aussi, en paix dans leur Etat ? Cinquante ans plus tard, il est plus que temps d’en finir avec cette logique génératrice de guerre et de permettre aux deux peuples de coexister. Sans jeter, pour autant, un voile pudique sur l’origine de la tragédie...

Dominique Vidal.

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(1) Cet article a fait l’objet d’une communication au colloque sur « l’histoire de la Palestine contemporaine », le 13 juin 1997, à l’Institut du monde arabe. Celle-ci sera développée dans un livre à paraître au printemps 1998, aux Editions de l’Atelier.

(2) In Middle East Forum, novembre 1961, republié avec un nouveau commentaire par le Journal of Palestine Studies, Beyrouth, vol. XVIII, no 69, 1988.

(3) Elias Sanbar, dans Palestine 1948. L’expulsion, Les livres de la Revue d’études palestiniennes, Paris, 1984.

(4) Leurs livres les plus importants sont : Simha Flapan, The Birth of Israel : Myth and Realities, Pantheon Books, New York, 1987 ; Tom Segev, 1949. The First Israelis, Free Press Macmillan, New York et Londres, 1986 ; Avi Schlaïm, Collusion Across the Jordan : King Abdallah, the Zionist Movement and the Partition of Palestine, Clarendon Press, Oxford, 1988 ; Ilan Pappé, Britain and the Arab-Israeli Conflict, 1948-1951, Macmillan, New York, 1988, et The Making of the Arab-Israeli Conflict, 1947-1951, I.B. Tauris, Londres, 1992 ; et Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, Cambridge University Press, Cambridge, 1987, et 1948 and After : Israel and the Palestinians, Clarendon Press, Oxford, 1990. Aucun de ces livres n’a été traduit en français...

(5) La remise en question ne se limite évidemment pas à la première guerre israélo-arabe : elle touche aussi l’attitude de la direction sioniste face au génocide (avec en particulier The Seventh Million, de Tom Segev, traduit en français chez Liana Levi, Paris, 1992), voire la nature de la colonisation juive à l’époque du mandat britannique. De même, Benny Morris a poursuivi son exploration des archives pour mettre au jour l’expansionnisme israélien dans les années 50 ( Israel’s Border Wars : Arab Infiltration, Israeli Retaliation, and the Countdown to the Suez War, Clarendon Press, Oxford, 1993). Elle s’étend également à d’autres disciplines que l’histoire, en premier lieu la sociologie, avec en particulier la question de la place des juifs orientaux dans la société israélienne, des origines à nos jours...

(6) Voir notamment Shabtai Teveth, « The Palestinian Refugee Problem and its Origins », Middle Eastern Studies, vol. 26, no 2, 1990, et Ephraïm Karsh, Fabricating Israeli History : The « New Historians », Frank Cass, Londres, 1997.

(7) Nur Masalha, « »1948 and After« Revisited », Journal of Palestine Studies, no 96, vol. XXIV, no 4, été 1995.

(8) Ilan Pappé, « La critique post-sioniste en Israël », Revue d’études palestiniennes, no 12, été 1997.

(9) The Birth..., op. cit., pages XIV à XVIII. Une comparaison attentive du texte du livre et des tables, où est indiquée, village par village, la cause majeure de l’exode, révèle d’ailleurs une nette - et surprenante - sous-estimation, dans les tableaux, des expulsions proprement dites.

(10) Tom Segev, op. cit., p. 26.

(11) Cité par Simha Flapan, op. cit., p. 107.

(12) Henry Laurens, « Travaux récents sur l’histoire du premier conflit israélo-arabe », Maghreb-Machrek, Paris, no 132, avril-juin 1991.

(13) The Making..., op. cit., chapitres 8 à 10. Voir aussi Jean-Yves Ollier, « 1949 : la conférence de Lausanne ou les limites du refus arabe », Revue d’études palestiniennes, no 35, printemps 1990.

(14) Norman G. Finkelstein, Image and Reality of the Israel-Palestine Conflict, Verso, Londres et New York, 1995, chapitre 3.

(15) The New York Times, 23 octobre 1979.

(16) Récit de Michel Bar-Zohar, le biographe de Ben Gourion, reproduit dans le quotidien israélien Hadashot, Tel-Aviv, 19 octobre 1986.

(17) Benny Morris, « Remarques sur l’historiographie sioniste de l’idée d’un transfert de populations en Palestine dans les années 1937-1944 », in « Les nouveaux enjeux de l’historiographie israélienne », édité par Florence Heymann, Lettre d’information du Centre de recherche français de Jérusalem, no 12, décembre 1995. Sur les contradictions du Mapam, voir le premier chapitre de 1948 and After.

Lire : - 800 000 réfugiés en vingt mois

LE MONDE DIPLOMATIQUE | décembre 1997 | Pages 24 et 25
http://www.monde-diplomatique.fr/1997/12/VIDAL/9613
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Expulsion des Palestiniens Deir Yassin après un massacre

Photo de Deir Yassin avant l'attaque

 


Deïr Yassin   1948 .

 

 

 

Alors que nous sommes en plein retrait des forces anglaises (la totalité des forces britanniques doit s’être retirée de la Palestine pour le 15 mai 48 ),
les forces militaires juives tentent en profitant de l’incertitude du moment d’obtenir  par la force  « plus » que ce que propose le plan de partage ; c’est le plan secret « Dalet » .

La grande idée est non seulement d’augmenter sa surface de terres,mais aussi de réunir les colonies isolées entre elles,et enfin de se tailler une route vers Jérusalem .
Ce plan prévoit de créer un climat de terreur tel que la population arabe s’enfuie .
C’est dans ce contexte très particulier que s’inscrit l’histoire de Deïr Yassin .

Le village de deïr Yassin en 1948, est une petite agglomération sans histoire de 750 habitants environs . Pour son malheur, elle est située sur la route qui doit conduire au futur aéroport de Jérusalem .
Au matin du vendredi 9 avril,deux groupes armés distincts ,tous deux « bien armés et encadrés »,relevant l’un de l’autorité de l’Irgoun et l’autre de l’autorité de Stern attaquent le village .

Le village est bien évidement très rapidement envahis,et le massacre suit immédiatement .
120 cadavres seront retrouvés sur place,tandis que 25 personnes sont amenées puis exhibées dans les rues de Jérusalem .
Peu de temps après,elles seront exécutées dans une carrière .

La nouvelle de ce massacre déclanche la panique,d’autant plus que les radios arabes dramatisent encore si faire ce peux,les évènements .

La conséquence (et non la cause) de ces messages radios alarmants est que les arabes s’enfuient  en masse de la future Palestine avant même la date prévue pour l’indépendance .


Sur 800.000 arabes,600.000 s’enfuient,ce qui laissera leurs terres « en déshérence »,et qui permettra par voies juridiques à Israël de s’emparer de   70.000 Ha sur les 110.000 que détenaient les arabes à l’époque (loi sur la confiscation des terres des « absents » au 01.08.48).

Devant le scandale international la future armée de l’Etat d’Israël (à l’époque : la Haganah) essaie immédiatement de se retirer du jeu,mais les deux groupes sionistes : l’Irgoun et Stern insistent pour bien « enfoncer le clou, et bien mouiller l’armée en insistant sur le fait qu’ils ont reçu un appui en hommes et en matériel des forces armées …

Le village est ensuite laissé à l’abandon pendant quelques années .
Il est ensuite rasé à la dynamite et à coup de Bulldozer.
Le nom lui-même du village est rayé de la carte .

Aujourd’hui rien n’indique son emplacement ,et son nouveau nom est Givat Shaul Bet ,un quartier de Jérusalem sur la route de l’aéroport .
 

 

 

 

   

 



La thèse que soutient aujourd'hui  Israël est que les arabes se sont enfuis   " à la demande des appels radios arabes" .

La thèse que soutiennent les palestiniens est qu’ils se sont enfuis suite aux nouvelle alarmantes entendues à la radio .


L’ancien Premier Ministre Israélien Beghin écrit dans son livre

« La Révolte – Histoire de l’Irgoun » :

" Il n’y aurait pas eu d’Etat d’Israël si il n’y avait pas eu Deir Yassin ". 

 

 

 

Liste des villages détruits .

 

 

 

Sources :

 

http://www.etzel.org.il/english/ac17.htm
http://en.wikipedia.org/wiki/Deir_Yassin_massacre
http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/History/deir_yassin.html
http://www.france-palestine.org/article1466.html
http://www.ism-france.org/news/article.php?id=2630&type=analyse&lesujet=Hist
http://www.france-palestine.org/article1821.html
http://www.ariga.com/peacewatch/dy/dycg.htm
http://www.answers.com/topic/deir-yassin-massacre


Commentaires
E
DEIR YASSINE VILLAGE MARTYR SUITE AU MASSACRE PERPETRE PAR LES HORDES SIONISTES VENUS D4EUROPE DIRIGE PA LE CRIMINEL MENAHEM BEGIN AVEC LA COMPLICITE DU MANDATAIRE BRITANIQUE PORTE APRES LE MASSACRE LE NOM DE HARNOF LIEU DU CENTRE D4ETUDE TALMUDIQUE ET LIEU DE L4OPERATION HEROIQUE DES DEUX FRERES ABOU JAMAL QUI ONT VENGE LE SANG DES MARTYRS DE DEIR YASSINE DE SES ORPHELINS ET DES SURVIVANT OBLIGE A L4EXIL ET LE SANG DE L4ENFANT KOUDHEIR.......HARNOF EST LE DEBUT DE LA FIN D4ISRAEL COMME DEIR YASSINE FUT LE DEBUT DE L4EXIL FORCE DE PALESTINIENS.
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