Yedioth Aharonot, (traduction : Nazim), le 14 novembre 2009

Israël est devenu une épine dans le flanc du monde

Boycott

J’ai été invité à donner une conférence sur l’économie et la société israéliennes à l’université d’Oxford. Comme il s’agissait d’une courte conférence et d’un forum respectable, j’ai accepté l’offre avec plaisir. L’invitation a été lancée il y a environ six mois. Pourtant, maintenant que mon voyage approche, je suis préoccupé. J’hésite.Mes amis me mettent en garde : n’y va pas ! Des gens hostiles vont créer des perturbations, protester, crier et intervenir. L’atmosphère dans les universités britanniques est anti-israélienne dans une mesure jamais vue dans le passé. Israël est perçu comme une épine dans le flanc du monde civilisé.

Un professeur israélien qui a discrètement quitté une prestigieuse université britannique m’a dit : «Ma vie universitaire et sociale devenait insupportable. Les collègues me tenait à l’écart comme si j’étais un lépreux. Je n’étais pas invité aux réunions, qui se faisaient en-dehors de bâtiments universitaires dans des résidences privées pour me tenir à l’écart. Le fait que j’ai ouvertement exprimé des opinions de gauche a été inutile. Mon opposition à l’occupation et l’approbation d’un retour aux frontières de 1967 ne faisaient aucune différence. Dans la pratique, je me suis senti exclu.»

«Aujourd’hui, vous n’êtes le bienvenu dans le monde universitaire britannique et européen que si vous rejetez l’existence même de la créature colonialiste et impérialiste qui pratique méthodiquement des crimes de guerre et connue sous le nom d’Israël,» dit-il. «Aujourd’hui, il ne suffit pas de condamner Bibi et Barak, afin d’être accepté par les universités à l’extérieur d’Israël, il faut condamner la Déclaration Balfour».

Le radicalisme universitaire britannique met en lumière la détérioration rapide du statut d’Israël et de son image. Nous sommes en pleine chute libre sur le front des affaires extérieures. La paix froide avec trois États musulmans - l’Egypte, la Jordanie et la Turquie - s’est transformée en une guerre froide. Les Israéliens sont des visiteurs indésirables dans ces pays et de nombreux autres États où, dans le passé nous étions chaleureusement accueillis.

Dans le même temps, Israël a échoué dans ses efforts pour isoler l’Iran d’Ahmadinejad et le disqualifier en tant que membre de la famille des nations. Ahmadinejad traverse une grande période.

Bibi ne voit pas le changement

Le dialogue intime qui dans le passé caractérisait les relations entre le président américain et le premier ministre d’Israël n’existe plus. Le pipeline du dialogue est bouché. L’Inde et la Chine, les deux puissances émergentes, ont voté en faveur de l’adoption du rapport Goldstone à la commission des droits de l’homme des Nations Unies. Depuis, [ce rapport] a été gravé sur le front d’Israël comme un signe de Caïn.

Les gouvernements amis, comme la France et la Grande-Bretagne, nous tournent le dos au profit des sentiments domestiques [de leurs électorats]. L’adhésion d’Israël à l’OCDE et qui paraissait largement un fait accompli dans le passé, s’éloigne à nouveau - en raison des sentiments négatifs croissants vis-à-vis d’Israël et non pas pour des questions de différends techniques. Par pure coïncidence, ou non, les grands investisseurs étrangers se retirent d’Israël.

Est-ce que tout le monde nous déteste ? Peut-être, mais le fait est que jusqu’à il y a six mois, Israël bénéficiait d’un essor extraordinaire sur le front des affaires extérieures, tant dans ses relations avec l’étranger que dans l’opinion publique mondiale. Cela met en évidence une seule source dans la dégradation que nous constatons : le nouveau gouvernement de Jérusalem.

En effet, il s’agit d’un gouvernement élu par le peuple et qui reflète les préférences des électeurs, lesquels voulaient une coalition comprenant le Likoud, le Shas et Yisrael Beiteinu.

Par conséquent, Netanyahu a nommé comme ministre des Affaires étrangères Lieberman. Il n’a pas accepté l’idée d’une rotation de gouvernement avec le Kadima, a été incapable d’organiser une réunion de travail avec le président de l’Autorité palestinienne et a transmis un message d’indifférence à l’égard du processus de paix.

Encore pire, le Netanyahu de 2009 ne comprend pas le monde et il est surtout incapable de saisir les changements en cours au sein des partis conservateurs qui sont proches de ses positions politiques. Aujourd’hui, ces partis sont à l’origine de vives critiques contre le gouvernement israélien, le gouvernement Nétanyahou.

L’actuelle vague anti-israélienne est particulièrement dangereuse, surtout parce qu’elle n’est pas limitée aux médias et aux groupes de gauche qui étaient traditionnellement classés comme «ennemis d’Israël». Cette vague est montante, elle s’étend en emmenant les jeunes avec elle et détermine l’opinion des classes moyennes et des élites influentes.

L’image d’Israël a atteint son point le plus bas, il est isolé, indésirable et perçu comme mauvais. Le monde est en train de nous dire que si nous continuons sur le même chemin méprisable, nous allons perdre notre légitimité.

Par Sever Plocker,