Israël-États-Unis : la rupture tranquille ?
Par Michaël Bloch pour Guysen International News
11 novembre 2009 00:04

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a rencontré lundi 9 novembre le président des États-Unis Barack Obama. Après avoir tergiversé pendant quelques jours, la Maison Blanche a finalement donné son aval à la rencontre entre les deux hommes. Mais, incontestablement, le courant ne passe plus entre le chef du Likoud et le président démocrate.

"L'une des choses les plus importantes dans la diplomatie, c'est l'alchimie" notait récemment à Jérusalem, à l'occasion d'une conférence au Centre Culturel Français, le premier ambassadeur d'Israël en République Islamique de Mauritanie, Freddy Eytan.

Freddy Eytan faisait allusion, en l'occurrence, aux relations compliquées qu'ont entretenues les Chefs du gouvernement israélien avec les présidents français, depuis le général de Gaulle jusqu'au mandat de Jacques Chirac. Aujourd'hui, ironie de l'histoire, c'est avec le grand allié américain que le courant ne passe plus alors que les relations entre Benyamin Netanyahou et Nicolas Sarkozy sont au beau fixe.

Nicolas Sarkozy, à l'époque où il était encore candidat à la présidence, avait su faire les gestes qu'il fallait pour montrer son attachement à la sécurité d'Israël. En pleine guerre du Liban 2006, alors que l'Etat hébreu était critiqué de toutes parts, Nicolas Sarkozy n'avait pas hésité à déclarer sur TF1 qu'il "était un ami d'Israël". Une prise de position particulièrement appréciée à Jérusalem.

Indubitablement, depuis le début se sa présidence, Barack Obama n'a pas su (voulu?) faire les gestes pour rassurer les officiels Israéliens. Au lendemain de son intronisation à la Maison Blanche, le premier coup de téléphone du tout nouveau président des États-Unis a été pour le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. C'est seulement ensuite que l'ancien sénateur de l'Illinois s'est entretenu avec le Premier ministre israélien de l'époque Ehud Olmert. Une geste symbolique fort. A Jérusalem, le message a été compris très clairement. L'ère Bush était bien finie.

A Jérusalem, un monument pour remercier Bush

Pour remercier le 43ème président des Etats-Unis de son "amitié et de sa solidarité" à l'égard du peuple d'Israël, une stèle avait même été installée en 2008 au cœur de Jérusalem, à quelques pas de la vieille ville. Pas sûr qu'Obama recevra un jour les mêmes honneurs…

Comme l'a expliqué à Guysen l'ancien ambassadeur d'Israël en France Elie Barnavi : "L'hésitation de B. Obama à rencontrer Netanyahou est une humiliation bien évidemment. Le courant ne passe pas entre les deux hommes, c’est évident. Et on ressent un énorme agacement à Washington dont il va être difficile de sortir."

Cette troisième rencontre entre les deux hommes a duré plus d'une heure et quarante minutes, mais rien n'a filtré des discussions. Une déclaration de la Maison Blanche a juste précisé les sujets abordés lors de cette rencontre affirmant que le Président américain et le Premier ministre israélien ont abordé le dossier iranien et la sécurité d'Israël. Pas un mot, selon ce communiqué sur la question du gel des implantations. Une thématique volontairement oubliée pour éviter les sujets qui fâchent?

Pas de conférence de presse

Avant la rencontre, M. Netanyahou a assuré que qu'Israël ferait d'' importantes concessions'' si les Palestiniens ne compromettaient pas la sécurité du pays. "Avec l'aide des États-Unis, la paix peut devenir réalité", a-t-il ajouté.

Une promesse que Benyamin Netanyahou n'a pas pu réitérer aux côtés de Barack Obama puisque la conférence de presse qui suit habituellement ce genre de rencontres de haut niveau a, purement et simplement, été annulée.

Le 18 mai, lors de leur première entrevue, la conférence de presse avait été l'occasion d'une mésentente entre les deux personnalités. Barack Obama avait focalisé son propos sur le gel des implantations alors que Benyamin Netanyahou refusait, alors, d'en entendre parler et tentait de recentrer le débat sur la question iranienne. Cette fois-ci, Barack Obama et Benyamin Netanyahou ont peut-être voulu éviter de rendre leur désaccord public.

Un ancien conseiller d’Ariel Sharon, Dov Weissglass, envisage, quant à lui, une deuxième hypothèse. Si rien n'a filtré de cet entretien, c'est parce que Benyamin Netanyahou aurait consenti à des accords sans précédents, dont la communication aurait conduit à une crise interne en Israël. Le chef du Likoud attendrait le meilleur moment pour dévoiler ses cartes.

Selon Dov Weissglass, la presse israélienne commencera à divulguer certaines informations, d’ici la fin de la semaine.

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