Tel le sphinx qui renaît de ses cendres, Avigdor Lieberman est le nouveau ministre des Affaires étrangères. Portrait d’un politique qui terrifie et déconcerte.

« Cet Etat a besoin d’un propriétaire et d’un patron »

« J’ai toujours été dérangeant et controversé ; pour moi, ce qui est dérangeant est positif ». Dérangeant, il l’est, il en fait même son cheval de bataille. A 48 ans, Avigdor Lieberman doit son succès à son imposante carrure et à ses discours extrémistes qui séduisent une partie importante de la population parmi le million d’immigrés russes, mais aussi chez les laissés-pour-compte d’Israël, abandonnés par un parti travailliste qui n’est plus celui des kibboutz et du socialisme. Ministre en 2001, démissionnaire en 2002, re-ministre de 2003 à 2004 avant d’être remercié par Ariel Sharon pour son opposition au plan de désengagement de la bande de Gaza, Lieberman retrouve un portefeuille en 2006 dans le gouvernement d’Ehud Olmert. Il quitte ses fonctions en janvier 2008, après avoir rompu avec Kadima. Souvent qualifié d’ultranationaliste et de fasciste, Lieberman sait aussi nouer des alliances, que ce soit avec le Likoud de Netanyahu, dont il fut le directeur de cabinet, ou le parti Kadima. Originaire de Moldavie d’où il a émigré en 1978, à l’âge de 20 ans, ancien videur de boîte de nuit, Lieberman est entré en politique il y a une dizaine d’années après avoir accompli un service militaire obscur dans l’artillerie. D’abord directeur de cabinet de Benyamin Netanyahu, dans les années 1990, il devient rapidement ministre dans les gouvernements d’Ariel Sharon. L’actuel chef d’Israël Beiteinou (Israël, notre maison), désormais troisième force politique du pays — devant les travaillistes — avec 15 sièges à la Knesset, a autant de surnoms et de pseudonymes péjoratifs : « le diable », « Raspoutine », « KGB ». L’homme qui terrifie la gauche israélienne, et une bonne partie du monde, a de qui tenir. En marge de ses considérations nucléaires, qui semblent trouver un large écho dans la communauté russophone, le patron de Beiteinou ne cache pas son admiration pour la façon avec laquelle Vladimir Poutine a « réglé le problème tchétchène ». Célèbre pour ses déclarations anti-arabes, il compte l’Egypte parmi ses plus fervents ennemis. Il avait jadis préconisé d’utiliser la bombe atomique contre Téhéran et contre le barrage d’Assouan en Egypte, et n’avait pas manqué de recommander au président Hosni Moubarak d’aller « en enfer » s’il refusait de se rendre en visite officielle en Israël. Opposé au retrait de Gaza et à la paix avec l’Egypte et la Jordanie, il surnomme en Israël les députés arabes de la Knesset « le département de la terreur ». Inutile de préciser, alors, combien sa nouvelle prise de fonction en tant que ministre des Affaires étrangères a suscité de vives réactions d’effroi. Son idéal politique s’articule autour d’un pouvoir fort laïque, et d’un premier ministre très influent, presque sans limites. Une idéologie qui jure, pourtant, lorsqu’il déclare dans un hébreu hésitant, marqué par un fort accent russe : « Je suis en faveur de la démocratie, mais quand il y a une contradiction entre la démocratie et les valeurs juives, les valeurs juives et sionistes sont plus importantes ». David Grossman, écrivain, résume bien le redoutable manœuvrier. Pour lui, Lieberman n’est autre qu’un « pyromane promu au rang de chef pompier ».

Maude Girard