Hommage à Rachel Corrie

diaporama PowerPoint : RACHEL_CORRIE

l y a 6 ans aujourd’hui, Rachel Corrie était assassinée

En ce 16 Mars, jour d’anniversaire de la mort de Rachel Corrie qui a été écrasée par un bulldozer israélien à Rafah, Gaza, alors qu’elle tentait d’empêcher la démolition de la maison du Dr Samir, nous espérons un miracle pour Tristan Anderson qui a reçu une balle de 40mm sans le front alors qu’il participait à une manifestation non-violente contre le Mur et les colonies à Nilin.

Par ISM-France

Tristan a été opéré à l’hôpital Tal-Hashomer où les médecins lui ont enlevé un morceau du lobe droit de son cerveau. Parfois, il y a des situations qui sont pires que la mort.

Rachel Corrie, tuée par un bulldozer israélien

BAUDOUIN LOOS

mercredi 03 décembre 2008, 09:38

Une jeune Américaine avait voulu aider les Palestiniens. Elle a été tuée par un bulldozer israélien. En 2003. Une pièce qui retrace son destin tragique est jouée au Théâtre de Poche, à Bruxelles, jusqu'au 6 décembre. Rencontre avec ses parents.

Une histoire triste. Poignante aussi, révoltante, sans doute. Celle de Rachel Corrie, une Américaine de 23 ans tuée par un bulldozer militaire israélien en 2003 à Rafah, dans la bande de Gaza, alors qu'elle cherchait à empêcher la destruction de maisons palestiniennes. Ce tragique événement s'est produit deux jours avant l'invasion de l'Irak menée par les Etats-Unis et leurs alliés. Il a donc été largement ignoré par les médias (1).

Deux ans plus tard, une pièce de théâtre a été créée par Alan Rickman à Londres sur la base des courriers et courriels que la jeune femme avait envoyés à ses parents de Gaza. Le théâtre de Poche, à Bruxelles, produit jusqu'au 6 décembre la création en français de la pièce sous le titre Je m'appelle Rachel Corrie (2). Le Soir a rencontré Craig et Cindy Corrie les parents de Rachel, venus à Bruxelles pour l'occasion.

Toute jeune, Rachel s'était déjà intéressée aux malheurs des autres, comme le montre dans la pièce une vidéo d'elle à l'école, à Olympia, dans l'Etat de Washington, où elle s'adresse à la foule de parents pour évoquer le sort des enfants qui souffrent dans le monde. « Oui, elle avait dix ans, se souvient sa mère. Elle s'exprimait dans le cadre d'un programme spécial de l'école publique locale pour impliquer les enfants dans la vie de la communauté. Avec le monde comme communauté… Je comprends maintenant mieux : les enfants posent de bonnes questions et veulent des réponses. Les germes de sa volonté de “faire quelque chose” pour le monde sont ainsi nés. D'autant qu'elle était précoce dans l'articulation de sa pensée. »

Un événement marquant devait accélérer sa réflexion sur ce monde. « Les attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington survinrent quand elle étudiait à l'Evergreen State College, une université libérale très politisée. Des mouvements contre la guerre en Afghanistan et puis contre ce qui se tramait pour l'Irak s'étaient fait jour à Olympia. Rachel s'est impliquée dans ce mouvement pacifique. En cherchant à comprendre, elle a été menée à s'instruire sur le conflit israélo-palestinien. Et elle a ainsi rencontré des membres de l'International Solidarity Movement (ISM), actif dans les territoires occupés. Un de ses amis, Chris, se trouvait d'ailleurs pour l'ISM à Gaza. »

Pourtant, le conflit au Proche-Orient n'occupait aucune place dans la famille Corrie. « Comme beaucoup d'Américains, ce qu'on en entend, ce sont les attentats palestiniens. Et selon le point de vue israélien. On apprend à cultiver de l'empathie pour l'histoire d'Israël, on apprend l'Holocauste, etc. Nous n'avons rien donné comme perspective palestinienne à nos enfants, celle-ci nous était invisible. »

« Rachel n'est pas partie là-bas sur un coup de tête, raconte Craig Corrie. Elle a beaucoup réfléchi, nous en a parlé, donné des livres à lire. Et elle a appris l'arabe… De Rafah, elle continua à nous écrire, nous décrire, nous informer. » Son départ pour Gaza, ainsi, ne fut pas une surprise. « Mais cette nouvelle nous plongea dans l'appréhension, continue Cindy. J'en savais juste assez pour dire qu'il y avait un certain danger. Mais je savais aussi que je ne pourrais pas l'empêcher de faire ce qu'elle voulait. Parce que c'était important pour elle. Et… elle ne nous a pas demandé l'autorisation ! Nous avions aussi cette croyance, fausse donc, qu'être une citoyenne américaine procure une certaine protection. »

Des versions israéliennes variables

Après la terrible fin de leur fille, le 16 mars 2003, les Corrie, très éprouvés, cherchèrent à savoir. Comment ? pourquoi ? Les explications de l'armée israélienne ont varié, disent-ils. « Ed McEwen, le consul général américain à Jérusalem, nous a d'abord dit que l'armée l'avait informé qu'elle avait été tuée par l'effondrement d'un mur. Par la suite, les Israéliens ont produit une présentation de photos par power point pour notre ambassade et quelques membres du Congrès que nous avions alertés. La version expliquait que Rachel se trouvait derrière un monticule de terre et ne pouvait être vue par le bulldozer, mais nous avons réalisé, grâce à une recherche de notre autre fille Sarah, que ces photos ne montraient pas la vision du conducteur de l'engin. C'était donc faux ! Puis le président Bush reçut d'Ariel Sharon, le Premier ministre israélien, la promesse qu'il y aurait une enquête militaire honnête et transparente. L'enquête a été clôturée sans inculpation et sans communication aux Etats-Unis des éléments du dossier. Le rapport n'a jamais été rendu public. Mais certains officiels américains ont été autorisés à en lire une traduction en anglais à la fin de juin 2003. »

C'est ainsi que les Corrie purent en savoir plus. « Finalement, j'ai pu également le lire et prendre des notes, reprend le père. Ils disent simplement que le conducteur du bulldozer n'a pas pu voir Rachel. Mais, entre autres choses curieuses que j'ai notées, ils disent que l'armée n'avait pas réussi à éloigner les volontaires internationaux (comme Rachel) à ce moment. Et, à un moment donné, les soldats sur place reçurent l'ordre de ne pas se laisser arrêter par les internationaux. Cinq minutes après cet ordre, Rachel fut tuée. »

« Il faut savoir, précise Cindy, que ces énormes bulldozers sont dirigés par deux personnes, dont l'une se trouve plus haut que le conducteur et voit donc bien devant elle. Et puis les sept autres internationaux présents ont dit que Rachel était très visible. »

« Il faut aussi dire, enchaîne son mari, que le chef de cabinet de Colin Powell, Lawrence Wilkerson, nous a dit en 2004 que son département se montrait “sans équivoque pour considérer la version israélienne reçue à Washington comme n'étant pas un rapport crédible, complet ou transparent”. Ce qui était contraire à la promesse de Sharon à Bush, comme l'a d'ailleurs déclaré le département d'Etat. Il nous a même précisé : “Personnellement, je les attaquerais en justice” »

Dès la nouvelle connue, malgré l'attention des médias tournée vers l'Irak, les témoignages de soutien affluèrent. « La boîte de Sarah a immédiatement reçu des milliers d'e-mails du monde entier et s'est d'ailleurs bloquée après une heure faute de place. Parmi les messages et coups de téléphone que nous avons reçus, beaucoup provenaient de juifs américains et d'Israéliens. Un groupe de solidarité a publié un message payant dans le journal Haaretz. »

« Nous demandons une enquête sérieuse »

Dans les nombreux hommages organisés par la suite, le seul mot qui mit les Corrie mal à l'aise fut celui de « meurtre ». « Nous ne voulons pas préjuger. Ce que nous demandons c'est une enquête sérieuse et obtenir la vérité. Aux Etats-Unis, au Congrès, malgré nos contacts, une résolution réclamant cette enquête n'a jamais été mise au vote, l'administration Bush ne l'a pas soutenue. »

Dans cette quête, une plainte contre l'armée israélienne a été nécessaire. « Nous avons déposé une plainte et l'affaire est toujours en cours, raconte Craig Corrie. Nous cherchons les responsabilités, ce que nous devons faire sans l'aide de notre gouvernement. C'est difficile et coûteux pour une famille comme nous. Notre cas avance extrêmement lentement. On a d'abord fait face à un problème juridique en Israël : la Knesset (parlement) avait adopté après le décès de Rachel une loi rétroactive qui interdisait les poursuites contre l'armée pour des morts dans les zones de conflit. Nous avons contesté cette loi en justice avec d'autres groupes. Et la Cour suprême l'a annulée. L'instruction de notre cas a repris, très lentement. »

Une pièce de théâtre pour réconfort

Le réconfort, si réconfort il peut y avoir dans une telle situation de détresse, est venu du succès de la pièce, My Name Is Rachel Corrie. « Cela a commencé à Londres en 2005. Elle devait ensuite être jouée à New York en mars 2006, puis elle a été annulée, le directeur du théâtre cédant à diverses pressions sur le mode “Ce n'est pas le moment, Sharon est tombé dans le coma, le Hamas a gagné les élections”, etc. Finalement, elle fut jouée ailleurs à New York quelques mois plus tard. On en parle beaucoup aux Etats-Unis, elle est passée à Seattle, Chicago, Denver, etc. Elle a été jouée à Haïfa, en Israël… en arabe cette année. Des troupes amateurs la reprennent un peu partout. »

Les Corrie ne s'érigent pas en militants d'une cause politique. « Nous avons payé un prix très lourd, quelque chose dont nous continuons à souffrir tous les jours. Notre façon de soigner notre blessure est de dire notre vérité. A travers cela, les gens comprennent ce qui arrive aux Palestiniens et aux Israéliens ; peut-être en deviendront-ils un peu meilleurs. La paix peut survenir mais seulement au prix d'une vraie justice. Nous avons visité la bande de Gaza. Le fait de voir ce que les gens endurent nous a rendus plus sensibles. Notre combat pour la vérité et contre l'impunité pourrait-il sauver une vie ou deux que cela suffirait à nous réchauffer le cœur. »

(1)  Un dossier complet peut être consulté sur internet (en anglais) : www.rachelcorriefoundation.org

(2) « Je m'appelle Rachel Corrie » sera encore joué au Poche (1a, chemin du Gymnase, à 1000 Bruxelles), jusqu'au samedi 6 décembre. Rens. 02.647.27.26.

http://www.lesoir.be/actualite/monde/rachel-corrie-tuee-par-un-2008-12-03-669452.shtml


Le 16 mars 2003, Rachel Corrie était délibérément écrasée par un bulldozer blindé israélien à Gaza.
Par Craig et Cindy Corrie
Première parution de cette lettre, le 20 mars 2003

2003 fût une année terrible pour les membres de ISM.
Rachel Corrie et Tom Hurndall furent assassinés par l'armée israélienne, seulement "parce qu'ils essayaient de protéger les vies de ceux qui ne peuvent se protéger eux-mêmes", comme l'écrivaient Craig et Cyndie Corrie, effondrés.

Rachel Corrie, une Américaine assassinée de sang-froid par un soldat israélien mandaté par son gouvernement pour virer les Palestiniens de leurs maisons dans son bulldozer blindé fabriqué par CATERPILLAR

Lettre des parents de Rachel Corrie

"
Nous avons élevé tous nos enfants pour qu'ils soient sensibles à la beauté de la communauté tout entière et de la famille et nous sommes fiers que Rachel ait été capable de vivre ses convictions.

Rachel était pleine d'amour et du sens du devoir qu'elle éprouvait pour ses semblables, peu importe le pays où ils vivent.

Elle a donné sa vie en essayant de protéger ceux qui ne peuvent pas se protéger eux-mêmes.

Rachel nous a écrit de Gaza et nous souhaitons faire connaître aux medias son expérience, à travers ses mots à elle
."


Craig et Cindy Corrie


Extrait d'un e-mail de Rachel, le 7 février 2003

Je suis en Palestine depuis deux semaines et une heure maintenant et je n'ai que peu de mots pour décrire ce que je vois.

Il m'est très difficile de penser à ce qui se passe ici quand je m'asseois pour écrire aux Etats-Unis - j'ai le sentiment d'établir un lien virtuel avec le luxe.

Je ne sais pas si beaucoup des enfants d'ici ont grandi ici sans voir des impacts de bombe dans leurs murs et les tours d'une armée d'occupation les espionnant constamment depuis l'horizon proche.
Je pense, bien que je n'en sois pas absolument sûre, que même les plus petits de ces enfants comprennent que la vie n'est pas comme ça partout.

Un enfant de huit ans a été tué par un char israélien deux jours avant mon arrivée et beaucoup d'enfants me murmurent son nom, " Ali " ou me montrent des affiches de lui sur les murs.

Les enfants aussi adorent me faire parler mon arabe approximatif en me demandant " Kaif Sharon ? " " Kaif Bush ? " et ils éclatent de rire quand je réponds dans mon mauvais arabe " Bush Majnoon " " Sharon majnoon " (Comment trouves-tu Sharon ? Comment trouves-tu Bush ? - Sharon est cinglé, Bush est cinglé).

Evidemment ce n'est pas tout à fait ce que je pense et certains adultes qui parlent anglais me corrigent : " Bush mish majnoon… Bush est un homme d'affaires ". Aujourd'hui j'ai essayé d'apprendre à dire "Bush est un instrument", mais je ne crois pas que j'y sois vraiment bien arrivée.

En tous cas, il y a ici des gosses de huit ans qui sont beaucoup plus conscients des rouages de la structure du pouvoir que je l'étais il y a seulement quelques années - au moins en ce qui concerne Israël.

Quoiqu'il en soit je pense qu'aucune de mes lectures, aucune des conférences auxquelles j'ai assisté, aucun des documentaires que j'ai vus et rien de ce qui m'a été dit oralement n'était susceptible de m'avoir préparée à la réalité de la situation, ici.

On ne peut l'imaginer si on ne l'a pas vue et même alors on a tout le temps l'impression que ce qu'on vit n'est pas du tout la réalité : qu'arriverait-il si l'armée israélienne tirait sur un citoyen des Etats-Unis non armé, qu'en est-il du fait que j'ai de l'argent pour acheter de l'eau quand l'armée détruit les puits, et qu'évidemment j'ai toujours la possibilité de partir ?

Personne de ma famille n'a été tué, au volant de sa voiture, par un lanceur de roquettes en haut d'une tour au bout d'une rue principale de ma ville natale.

J'ai une maison. Je suis libre d'aller voir l'océan.

Apparemment il est encore très difficile de me retrouver détenue pendant des mois ou des années d'affilée sans procès (parce que je suis une citoyenne blanche des Etats-Unis, contrairement à tant d'autres).

Quand je m'en vais à l'école ou au travail, je peux être à peu près certaine qu'aucun soldat lourdement armé ne m'attendra au milieu du chemin, entre Mud Bay et le centre ville d'Olympia à un check-point - un soldat habilité à décider si je peux aller à mon travail et si je peux revenir à la maison ensuite.

C'est pourquoi je suis meurtrie d'arriver et d'entrer brièvement et incomplètement dans le monde où vivent ces enfants. Je me demande inversement comment ils réagiraient en entrant dans mon monde.

Ils savent que les parents des enfants des Etats-Unis ne sont généralement pas tués et ils savent que de temps en temps ils vont voir la mer.

Mais à partir du moment où vous avez vu la mer et où vous avez vécu dans un endroit calme où l'eau vous est garantie et n'est pas volée la nuit par des bulldozers, et où vous avez passé une soirée où vous ne vous êtes pas demandé si les murs de votre maison allaient soudainement s'écrouler et vous réveillant de votre sommeil et où vous avez rencontré des gens qui n'ont jamais perdu personne - et où vous avez fait l'expérience de la réalité d'un monde qui n'est pas entouré de tours meurtrières, de tanks, de "colonies" fortifiées et maintenant d'un gigantesque mur de métal, je me demande si vous pouvez pardonner à ce monde pour toutes les années de votre enfance passées à exister, seulement à exister - en résistant à cet étranglement par la quatrième force militaire du monde, soutenue par la seule superpuissance du monde, dans sa tentative de vous effacer de votre terre natale.

C'est la question que je me pose sur ces enfants. Je me demande ce qu'il arriverait s'ils savaient vraiment.

En illustration à ces réflexions, je vous dirai que je suis à Rafah, une ville de 140.000 habitants, dont environ 60% sont des réfugiés - nombre d'entre eux sont réfugiés pour la deuxième ou la troisième fois.

Rafah existait avant 1948 mais la plupart des gens d'ici sont eux-mêmes des réfugiés, ou sont les descendants de gens qui ont été transférés ici de chez eux, en Palestine historique - qui est maintenant Israël.

Rafah a été divisée en deux quand le Sinaï a été rendu à l'Egypte. Actuellement l'armée israélienne construit un mur haut de 14 m entre Rafah et la frontière, créant un no man's land en bordure des maisons qui longent la frontière.

Six cent deux maisons ont été complètement rasées aux bulldozers, selon le Comité populaire des Réfugiés de Rafah. Le nombre de maisons partiellement détruites est encore plus grand.

Aujourd'hui j'ai marché sur les ruines de ce qui était des maisons, et des soldats égyptiens m'ont crié, depuis l'autre côté de la frontière : " Va-t'en, Va - t'en " parce qu'un tank arrivait. Suivi par des saluts de la main et des " Comment tu t'appelles ? ".

Il y a quelque chose de troublant dans cette curiosité. Ca me rappelle combien, à un certain point, nous sommes des enfants curieux de connaître d'autres enfants : des enfants égyptiens qui hèlent une femme qui se ballade sur le chemin des tanks.

Des enfants palestiniens tués par les tanks lorsqu'ils passent la tête derrière les murs pour regarder ce qui se passe.

Des enfants internationalistes debout face aux tanks avec des drapeaux.
Des enfants israéliens, anonymes, dans les tanks, qui crient parfois, mais aussi de temps en temps qui saluent de la main, beaucoup contraints d'être ici, beaucoup seulement agressifs, tirant sur les maisons dès que nous nous éloignons.

En plus de la présence continue des tanks le long de la frontière et à l'ouest, entre Rafah et les colonies en bord de mer, il y a plus de tours de l'armée israélienne que je puisse compter, à l'horizon, au bout des rues.

Quelques une seulement peintes aux couleurs kaki de l'armée.
D'autres avec d'étranges escaliers métalliques en colimaçon, enveloppées dans des filets pour qu'on ne puisse voir ce qui se passe à l'intérieur.

Quelques-unes sont cachées, juste en dessous de la ligne d'horizon des buildings. Une nouvelle est née l'autre jour pendant le temps qu'il nous a fallu pour laver le linge et traverser la ville pour suspendre des drapeaux.

Malgré le fait que quelques zones proche de la frontière sont le Rafah d'origine où vivent des familles qui ont vécu sur cette terre pendant au moins un siècle, seuls les camps de 1948 au centre de la ville sont des zones sous contrôle palestinien selon Oslo.

Mais autant que je peux le dire, il y a peu d'endroits qui ne soient pas sous le contrôle de la vue d'une quelconque tour.

De plus, aucun endroit n'est protégé des hélicoptères Apache ou des caméras des drones invisibles que nous entendons bourdonner au dessus de la ville pendant des heures.

J'ai eu du mal à obtenir des nouvelles du monde extérieur, mais j'ai compris que la guerre contre l'Irak était inévitable.

On se fait beaucoup de soucis ici au sujet de la " réoccupation de Gaza ".

Gaza est plus ou moins réoccupée chaque jour, mais je crois qu'on a peur que les tanks entrent dans toutes les rues et y restent, au lieu d'entrer seulement dans quelques rues et de s'en retirer au bout de quelques heures ou de quelques jours passés à observer et tirer depuis les lisières des localités.

Si les gens ne réfléchissent pas encore aux conséquences de cette guerre pour tous les habitants de la région, j'espère qu'ils ne vont pas tarder à le faire.

J'espère aussi que vous viendrez ici.
Nous sommes de cinq à six internationaux.
Les quartiers qui ont demandé notre présence sont Yibna, Tel El Sultan, Hi Salam, Brazil, Block J, Zorob and Block O.

Ils ont aussi besoin d'une présence constante de nuit auprès d'un puits à la lisière de Rafah parce que l'armée israélienne a détruit les deux puits les plus importants.

Selon le bureau municipal de l'eau, les puits détruits la semaine dernière fournissaient la moitié des besoins en eau de Rafah.
Beaucoup de ces communautés ont demandé aux internationaux d'être présents la nuit pour essayer d'empêcher les prochaines démolitions de maisons.

Après dix heures du soir il est très difficile de se déplacer de nuit parce que l'armée israélienne considère que quiconque est dans la rue est un résistant, et tire. Et évidemment nous sommes trop peu.

Je continue à croire que ma ville natale, Olympia, pourrait gagner beaucoup et offrir beaucoup en s'engageant avec Rafah, sous forme de jumelage de cités.

Certains professeurs et groupes d'enfants ont dit qu'ils seraient intéressés par des échanges de mails, mais ce n'est que le sommet de l'iceberg du travail de solidarité qui pourrait se faire.

Beaucoup voudraient faire entendre leurs voix et je crois que nous avons besoin d'utiliser certains de nos privilèges d'internationaux pour faire en sorte que ses voix soient entendues directement aux Etats-Unis plutôt qu'à travers le filtre des internationaux impliqués comme moi.

Je commence juste à apprendre de ce qui sera, je l'espère, un immense parrainage ce qu'est la capacité des gens à s'organiser et à résister à toutes les catastrophes.




Voir les photos de l’assassinat de Rachel Corrie


Rachel Corrie dans la "Zone Mortelle" – film réalisé par des activistes de l'ISM – durée : 8mn26s




La vidéo réalisée par Joe Carr, un ISMer sur Rachel Corrie et CATERKILLER – Durée 8mn 53s




Interview de Rachel Corrie, peu de temps avant sa mort

Source : Jean-Claude Ponsin

Rachel : Ce qui lui est arrivé est une tragédie et un meurtre.
Par Dreg Sha
Ce mail a été envoyé par un américain de l’Illinois, membre de l’International Solidarity Movement. Dreg Sha (nom qu’il s ‘était choisi lorsqu’il était à Gaza) , était présent lorsque Rachel Corrie, a été écrasée par un bulldozer israélien à Rafah dans la Bande de Gaza.

Evidemment, ce que Rachel, les autres internationaux et moi faisons ici est incroyablement risqué. J’ai rarement passé une journée ici sans craindre d'être touché par une balle perdue parce que les Forces de Défense Israélienne tire régulièrement au hasard dans toute la ville.
Mais je n'aurais jamais pensé que l'un d'entre nous se ferait tuer par l’un de ces bulldozers lents et lourds.
Rachel était nettement visible pour le conducteur du bulldozer. Il n’y a aucune possibilité pour qu’il ne l'ait pas vue. Elle portait une veste orange fluo. Nous étions huit au total sur les lieux, quatre Américains et quatre Britanniques.


Photo prise entre 15 et 16 h par Joseph Smith (ISM). On voit que Rachel est clairement visible avec sa veste orange. Elle parle au conducteur du bulldozer avec un mégaphone et lui demande de ne pas démolir la maison.
Voir les photos de l’assassinat de Rachel Corrie


Bonjour,

Je pense que vous avez probablement tous entendu parler de la mort de Rachel Corrie.

Rachel était une personne remarquable. Elle était intelligente, créative, un peu artiste. Elle avait un excellent sens de l'humour, elle aimait la vie et était incroyablement belle, physiquement et intérieurement.

Lors de ce mois que j’ai passé ici à Rafah, j’ai personnellement développé une amitié très forte avec elle.

Ce qui lui est arrivé est une tragédie et un meurtre.

Ce fut un gâchis humain injustifié et tragique.

Evidemment, ce que Rachel, les autres internationaux et moi faisons ici est incroyablement risqué. J’ai rarement passé une journée ici sans craindre d'être touché par une balle perdue parce que les Forces de Défense Israélienne tire régulièrement au hasard dans toute la ville.

Mais je n'aurais jamais pensé que l'un d'entre nous se ferait tuer par l’un de ces bulldozers lents et lourds.

Rachel se tenait devant la maison d'une famille avec laquelle elle avait des liens étroits. Elle y avait dormi plusieurs nuits et ces trois mois, différents américains ou européens y restaient chaque nuit.

Rachel était nettement visible pour le conducteur du bulldozer. Il n’y a aucune possibilité pour qu’il ne l'ait pas vue. Elle portait une veste orange fluo. Nous étions huit au total sur les lieux, quatre Américains et quatre Britanniques.

Il y avait deux bulldozers et un tank.

Notre groupe s'était déployé parce que les bulldozers attaquaient une grande surface qui comprenait trois maisons toujours occupées par des familles.

Rachel se tenait là, seule, parce qu'elle s'était occupée de cette famille et parce qu'elle pensait avoir raison.

Les destructions de ces maisons par les bulldozers étaient et sont illégales.

Alors qu’il s’approchait de plus en plus de Rachel, le bulldozer a commencé à pousser la terre sous ses pieds. Elle avançait péniblement pour rester sur le dessus du monticule qui grossissait rapidement. A un moment elle s'est retrouvée assez haut, presque sur la pelle. Assez près pour que le conducteur la regarde dans les yeux.

Elle a alors commencé à s'enfoncer, avalée dans le monticule de terre sous la pelle du bulldozer.

Il ne s'est pas arrêté ou n'a même pas ralenti. Il a continué à avancer, sa pelle au niveau du sol, jusqu'à ce qu’il lui passe entièrement dessus.

Alors il s'est mis en marche arrière, la pelle toujours au niveau du sol, et lui est repassé dessus.

Pendant tout cette scène d'horreur, nous sept hurlions et criions "Arrêtez" tout en courant vers l'endroit.


Rachel gisait sur le sol, tordue de douleur et partiellement enterrée. Sa lèvre supérieure était lacérée et saignait abondamment.

Elle a dit une seule chose : "Je me suis cassé le dos".
Après ça elle ne pouvait plus dire son nom ni même parler. Nous l'avons soutenue et lui avons dit de se détendre.
Je lui ai demandé de serrer ma main, et elle l’a fait, montrant qu’elle pouvait nous entendre.
Je lui ai demandé de respirer avec moi et elle l'a fait : inspire, expire, inspire, expire.
Nous lui avons tous dit que nous l'aimions.


Mais on pouvait voir que son état se détériorerait rapidement. Des signes indiquant une hémorragie interne à la tête ont commencé à apparaître.

Environ un quart d'heure plus tard, des ambulanciers sont arrivés et l'ont emmenée à l'hôpital.

Certains diront et disent déjà que ce que nous faisons ici est excessivement dangereux et stupide.

Je suis d'accord.

Je ne voudrais rien de plus au monde que de revoir Rachel vivante.

Mais cela ne change rien au fait que Rachel ait été assassinée.

L'armée israélienne a commis un meurtre alors qu'elle commettait le crime de la démolition de maisons illégale.

Rachel, elle, n'avait commis aucun crime.

L'IDF a déjà commencé à transformer cette histoire, en disant que Rachel avait glissé devant le bulldozer, et que la résistance tirait considérablement sur les lieux, d’où leur comportement agressif. Tout ceci est faux. Il y a sept témoins oculaires internationaux et des photos pour confirmer la vérité.

Personnellement, je suis en état de choc et je souffre. J'ai appris beaucoup plus que je n'ai jamais voulu savoir sur ce que ressent un Palestinien.

La plupart de mes amis ici ont déclaré leur désir de rester, et que d'autres encore viennent nous rejoindre.

Moi, j'ai décidé de raconter l'histoire de Rachel.

Au-delà de ça, je compte quitter cet endroit bientôt (si je le peux), car je ne pense pas pouvoir en supporter beaucoup plus.

Tout cela à la veille de la "Guerre en Irak II", bientôt dans une machine à propagande près de chez vous.

Love

Dreg

Source : http://lists.cu.groogroo.com/
Traduction : MG pour ISM-France