La honte du silence à Gaza

Morsi Attalla

C’est la première fois depuis des années que le peuple palestinien se trouve face à une épreuve aussi difficile, beaucoup plus que n’importe quelle autre depuis l’instauration de l’Etat hébreu en 1948.

Cette épreuve va dévoiler si les Palestiniens sont capables de faire correctement leurs comptes et de prendre la bonne décision face à l’agression barbare qu’ils subissent actuellement et qu’Israël tente de couvrir par une campagne de tromperie politique sur la scène internationale. L’épreuve n’est pas facile puisqu’il n’est plus question seulement de voix extrémistes et racistes qui se font entendre à l’intérieur d’Israël. Il est aujourd’hui question d’un génocide féroce accompli par l’institution militaire israélienne contre le peuple palestinien à Gaza, en ayant recours à tous les mécanismes de force possibles.

Nous n’appelons pas ici à renoncer au droit de résistance, qui est un droit sacré et légitime, mais il faut que ce droit soit employé conformément à une lecture approfondie de la réalité, avec la conviction totale que la résistance signifie attaque et recul, tuerie et accalmie selon les circonstances et les données.

Il est évident que les Palestiniens assimilent parfaitement, grâce à leur longue lutte, que ceux qui détiennent actuellement les rênes du pouvoir en Israël ne sont qu’un groupe d’aventuriers motivés par les illusions de la force. Donc en prenant des décisions, ils ne voient devant eux que les tas d’armes et d’équipements militaires. Ce qui les pousse à penser que la force à elle seule peut déterminer tous les destins.

Le peuple palestinien, dans sa lutte légendaire contre l’agression, doit éviter d’être attiré vers le piège de l’extrémisme comme c’est le cas dans le camp israélien. En effet, ce camp-là est dominé par un climat général de vengeance et d’appel à faire régner la force dans les négociations, sans accorder aucune considération à la légitimité internationale et aux accords conclus.

Il semble clair que tous ces indices dangereux en provenance d’Israël imposent aux Palestiniens d’avoir pour objectif essentiel de rassembler leurs rangs et de dépasser tous les différents et obstacles qui s’élèvent face à l’unité palestinienne. Seule la mobilisation palestinienne est capable d’encourager une mobilisation arabe, capable à son tour de pousser la communauté internationale à reconnaître ses responsabilités envers les horreurs commises à Gaza.

Et ce surtout après la position adoptée par Washington au Conseil de sécurité. En effet, rien de tout ce qui se passe à Gaza n’a incité Washington a changé sa position d’un pouce. Il est vrai que les Etats-Unis n’ont pas eu recours au droit de veto, choisissant de s’abstenir de voter en faveur d’un projet modeste concernant l’agression israélienne féroce de Gaza. C’est ainsi que Washington a choisi le silence, s’abstenant même de participer par de simples paroles aux sentiments de colère qui envahissent le monde à cause de la barbarie et de l’atrocité de l’agression. Les Etats-Unis insistent à nier toute responsabilité envers ce qui se passe à Gaza, voulant faire assumer toute la responsabilité au Hamas. Condoleezza Rice l’a dit :

C’est peut-être cette position américaine, alignée sur Israël, qui a poussé Tel-Aviv à ne pas respecter la résolution du Conseil de sécurité d’arrêter immédiatement l’agression, et à déclarer ouvertement son droit à poursuivre son agression barbare qui vise des milliers de vieilles personnes, enfants et femmes, et non pas des éléments armés. Cette situation désastreuse est honteuse pour toute l’humanité. Personne ne pourra effacer les souvenirs douloureux de cette phase désastreuse de l’Histoire, où l’ordre mondial et la communauté internationale ont prouvé par excellence leur échecs à faire cesser pas n’importe quel moyen le bain de sang à Gaza.

Est-ce qu’après leur alignement aveugle et après que le Congrès a annoncé à une majorité écrasante son soutien absolu à l’agression et au droit d’Israël à ne pas respecter la résolution du Conseil de sécurité, les Etats-Unis continueront à se poser cette question : pourquoi les peuples arabes et islamiques nous haïssent-ils ?

http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2009/1/21/opin3.htm