Likoud : chahuté par la presse mais en tête des sondages
Par Ray Archeld pour Guysen International News

10 décembre 2008 13:46

En tête des sondages, la principale formation de droite est cependant plongée dans une crise interne depuis le résultat des primaires. Contrairement aux intentions de son chef, Binyamin Netanyahou, qui souhaitait récupérer un électorat plus au centre, les primaires du Likoud ont révélé le désir des militants de voir élire des candidats à la députation plus proche de la branche dure du parti. Une situation dénoncée par de nombreux médias et adversaires politiques qui n’ont pas hésité à accabler Binyamin Netanyahou de leurs critiques acerbes. En attendant, le Likoud ne s’est jamais aussi bien porté dans les sondages…

Les premières difficultés ont d’abord été d’ordre technique. A l’instar du parti travailliste qui avait connu une panne informatique, le Likoud a lui aussi subi les aléas des nouvelles technologies, retardant ainsi de plusieurs heures la fermeture des bureaux de vote.

Finalement, sur les 99 000 militants que compte le parti, 48458 militants se sont rendus aux urnes, soit un taux de participation de 49, 17%.

A présent ce sont les résultats qui inquiètent l’équipe de campagne. Alors que Binyamin Netanyahou souhaitait présenter une liste fédératrice susceptible d’attirer les électeurs qui s’étaient tournés vers Kadima lors des précédentes élections, ce sont les candidats nettement moins consensuels qui ont été élus.

Et parmi eux, Moshé Feiglin qui a obtenu la 20e position en dépit de la crainte toujours exprimée par Binyamin Netanyahou de voir un courant de la droite dure israélienne noyauter le Likoud.

Avant lui, se trouvent Gilad Erdan, suivit de l'ancien président du Parlement, Reuven Rivlin, de Benny Begin, fils de Menahem Begin, ou encore de Moshé Yaalon, ancien chef d'état-major. Egalement présent dans cette liste, Youval Steinitz ou encore Limor Livnat, tous deux en bonne position pour la députation.

Une série de personnalités dont la cohérence et la fidélité politique a séduit les adhérents du Likoud, mais qui semble affoler les autres courants politiques, appuyés par une presse qui s’est emparée du 'cas Feiglin' pour vilipender les résultats des primaires du parti de droite.

Le quotidien israélien ‘Haaretz’ est ainsi allé rechercher dans ses vieux tiroirs un article relatant des propos extrémistes tenus par Moshé Feiglin en 1995.

Dans une interview, il déclarait notamment : « il n’y a aucun doute que le Judaïsme est raciste à bien des égards. Quand les Nations Unies ont assimilé le sionisme à du racisme [en 1975], je ne trouvais aucune raison de protester. Ceux qui pensent que pour être raciste il faut distinguer des races doivent accepter le fait que le sionisme est raciste ».

S’exprimant sur les Palestiniens dans cette même interview il affirmait : « il n’y a pas de nation palestinienne. Il y a seulement une population arabophone qui a soudainement décidé de s’identifier en tant que peuple. Ce sont des parasites du mouvement sioniste ».

Des déclarations dont B. Netanyahou a voulu se démarquer annonçant sa volonté d’obtenir l'éviction juridique de Moshé Feiglin.

En attendant l’échiquier politique est en ébullition.
« Si Benny Begin, Moshé Feiglin et Moshé Yaalon sont les candidats les plus en vue du Likoud aux législatives, alors ce parti est une formation extrémiste qui risque d'acculer Israël à l'isolement », a prévenu le Premier ministre Ehoud Olmert, ancien dirigeant du Likoud, passé au Kadima (centre).

Pour, Tzahi Hanegbi, ténor du même parti, « la preuve est faite que Feiglin n'a eu aucun mal à prendre le contrôle du Likoud, ce qui écarte pour ce parti toute possibilité de dialogue de paix ».
Même son de cloche pour le ministre Zéev Boïm (Kadima) qui a déclaré que : « Comme (Ariel) Sharon, Bibi aussi tirera la conclusion qu'il doit fonder un nouveau parti ».

A la suite du retrait de Gaza en 2005, Ariel Sharon alors Premier ministre avait fait face à une fronde de ses députés, conduits par B. Netanyahou.
Ces derniers lui reprochaient une politique jugée trop à gauche, le poussant ainsi à quitter le parti et à créer Kadima, la formation du centre aujourd’hui dirigée par Tsipi Livni.

Une option peu envisageable par Binyamin Netanyahou pour le moment si l’on en croit les résultats de l'enquête publiée ce mercredi par le quotidien Yediot Aharonot qui octroie 31 sièges au parti de droite, suivi de Kadima avec 24 sièges. Les travaillistes se verraient créditer de 11 sièges comme Shass, Israël Beitenou obtient 10 sièges, les partis arabes également, Yahdout Hatorah et Meretz récolteraient chacun 7 mandats, le Foyer juif 6, et les Verts 3 sièges.

Et pour ceux qui taxeraient le Likoud de se diriger vers une politique « d’immobilisme » Benny Begin a fait savoir qu’il était partisan du passage à un dialogue direct avec la Syrie.
« On ne peut geler la situation diplomatique plus que ce qu'elle ne l'est déjà sous la direction de la ministre des Affaires étrangères Kadima. Nous pensons possible de mener des discussions (directes) et d'examiner les différentes options, sans toutefois vendre d'illusions au public », a ainsi déclaré le fils de l'ex-Premier ministre Menahem Begin.

Un joli pied de nez aux méchantes rumeurs.