Pérès, de quel racisme parlez-vous ? 

Zohir Andreus

Ynet (Yediot Aharonot), 10 novembre 2008

www.ynet.co.il/articles/0,7340,L-3619720,00.html 

Le Président de l’Etat ne s’aperçoit-il pas que, pendant qu’il dit espérer la fin du racisme, la préférence accordée aux Juifs dans tous les domaines est toujours de rigueur en Israël ? 

L’élection du premier Président noir de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique a révélé l’hypocrisie des dirigeants israéliens, et à leur tête le Président de l’Etat, Monsieur Shimon Pérès.

Je n’appartiens pas à ces sphères politiques et médiatiques du monde arabe qui souhaitaient la victoire de Barak Obama aux élections à la présidence des Etats-Unis et je crois d’une foi pleine et entière que le Président élu ne changera pas d’un iota la politique de la première puissance du monde dans ce qui touche au conflit israélo-palestinien. Peut-être y aura-t-il ici ou là des changements cosmétiques, mais la position traditionnelle américaine se maintiendra. 

Cependant Pérès a, selon sa bonne habitude, rédigé un joyeux communiqué de presse en réaction à l’élection d’Obama : « Pour moi, en tant qu’être humain, le fait qu’un Président noir soit élu met, en partie, fin au racisme dans le monde ». Il y a quinze jours, Moustapha Barghouti, leader de l’Initiative Nationale, avait déclaré, dans une interview, que Pérès était le politicien israélien le plus dangereux qu’eût connu l’Etat des Juifs depuis sa fondation.

La question qui vient en écho est : de quel racisme Pérès parle-t-il ? Cela vaut la peine de débattre de la question avec le Président de l’Etat des Juifs. 

Avant toute chose, Monsieur le Président, Israël est un Etat raciste à l’égard de la minorité arabe palestinienne qui y vit, qui y est née, qui n’est pas un visiteur sur sa terre natale ni, bien sûr, un hôte de passage, mais le véritable propriétaire de cette terre. Comment,Monsieur Pérès, combat-on le racisme quand la haine portée aux Arabes est devenue un sport national parmi les Israéliens, un sport professionnel qui cache les échecs permanents des sportifs dans leurs tentatives de gagner des médailles dans les compétitions internationales, comme les jeux olympiques ? Un exemple extrême de cette attitude discriminatoire a été donné, pas plus tard qu’hier, lorsqu’un juge de district a condamné à une année de prison seulement un garde-frontière qui a tué un jeune Palestinien.

Le jour même où Obama faisait l’Histoire, le gouvernement d’Israël lançait une procédure d’expulsion de mille citoyens arabes, bédouins, de leur village non reconnu d’Oum Outayr, dans le Néguev. C’est la troisième fois dans leur histoire que les autorités d’Israël, la seule démocratie du Proche-Orient, opèrent leur transfert. 

Monsieur le Président, vous avez été Ministre au Développement du Néguev et de la Galilée – formule qui sert de couverture à la judaïsation de ces régions. Serait-ce le résultat des programmes historiques élaborés par votre cabinet pour le bien des habitants arabes ? Longue vie au racisme. Ce ne sont pas les habitants du village qui sont arrivés en Israël : ils sont nés ici. C’est Israël qui est venu à eux.

Nous ne souhaitons pas être premiers ministres d’Israël – la chose est impossible. Israël n’est pas l’Amérique. En ce qui nous concerne, le fait même qu’en Israël, les universités accueillent un certain nombre d’étudiants arabes en médecine par droit et non par grâce, constitue un exploit historique face au règne du racisme sur à peu près tout ‘bon morceau’ de l’Etat. Incidemment, il est intéressant de savoir ce qui se cache derrière la décision de l’Université de Tel Aviv d’établir une limite d’âge à l’accès en médecine et de la fixer à 20 ans ? Ne peut-on y flairer du racisme à l’égard des Arabes qui ne font pas de service dans l’armée israélienne ? 

De même lorsque le chef de la Sûreté Générale (Shabak), Youval Diskin, promet de poursuivre tout Arabe qui oserait refuser la définition de l’Etat comme juif et démocratique, définition que nous n’acceptons pas.

Comme vous le savez, Monsieur Pérès, vous nous imposez l’étude de la Bible et du Traité des Pères dans les écoles d’enseignement secondaire et nous interdisez d’étudier l’histoire de notre peuple arabe palestinien. Vous nous accusez de séparatisme et d’extrémisme chaque fois que nous revendiquons une autonomie culturelle. On nous a appris que dans la Bible apparaît la phrase « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Comment mettez-vous ce principe en application, Monsieur Pérès, dans l’Etat que vous avez fondé en 1948 ? 

Monsieur le Président, en tant qu’intellectuel, peut-être m’expliquerez-vous le lien qu’il y a entre un travail dans une boutique de vêtements et la sécurité de l’Etat ? Je suis tombé sur des offres d’emplois pour des magasins de vêtements : « Cherche employée ayant terminé son service militaire ». Il n’est pas nécessaire de s’étendre longuement sur le contrôle de la sécurité à l’aéroport : une sélection y est opérée entre Juifs et Arabes, en dépit du fait que cette terminologie a des connotations particulièrement négatives quand on songe aux Juifs qui ont subi le génocide. La société d’électricité qui emploie environ 14 000 employés dont à peine cinq ne sont pas juifs, a publié dans la presse des offres d’emploi pour téléphonistes (hommes et femmes) ayant achevé le service militaire. Pourquoi ? Peut-être la question est-elle rhétorique.

Mais cette fois, pour changer, je souhaiterais, très respectueusement, aborder un point cardinal ne concernant pas directement les Arabes : comment parviendrai-je à m’expliquer, à moi-même ainsi qu’aux autres, que depuis la création de l’Etat hébreu il y a 60 ans, aucun Juif d’origine orientale n’a réussi à atteindre la fonction la plus importante, celle de Premier ministre d’Israël ? Pourquoi les chefs des gouvernements successifs étaient-ils d’origine européenne ? Quid des Juifs orientaux dont votre poète national, Nahman Bialik, a dit qu’il les haïssait du fait de leur ressemblance avec les Arabes ? 

Est-ce un hasard si les candidats au poste de Premier ministre, Tzipi Livni, Benjamin Netanyahou et Ehoud Barak, appartiennent tous les trois à l’élite ashkénaze ?

Zohir Andreus dirige le journal arabe israélien ‘Ma-Alhadath’

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)