La tendance anti-israélienne se renforce en Allemagne

Roni Sofer

Ynet (Yediot Aharonot), 28 octobre 2008

www.ynet.co.il/articles/0,7340,L-3614125,00.html

Version anglaise : Foreign Ministry fears anti-Israel mood in Germany growing

www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3614251,00.html

L’inquiétude augmente ces derniers temps, au Ministère des Affaires étrangères, devant le renforcement de la tendance anti-israélienne en Allemagne. Bien que la Chancelière, Angela Merkel, soit considérée comme étant, au sein de l’Union Européenne et dans le monde, une des dirigeantes pro-israéliennes les plus manifestes, il semblerait que l’opinion publique de son pays soit totalement différente de l’idée qu’on en a en Israël.

Un haut responsable politique a dit à Ynet que, bien que l’Allemagne officielle demeure pro-israélienne, l’ambiance au sein du public influe sur l’attitude du gouvernement Merkel, en particulier dans ce qui touche au programme nucléaire iranien. L’inquiétude est grande, à Jérusalem, que la progression de l’anti-israélisme dans la société, l’économie et les médias allemands n’influe en fin de compte négativement sur la politique du gouvernement allemand sur cette question.

« En Allemagne, se propage l’idée selon laquelle Israël représente – avec l’Iran – un grand danger pour la paix dans le monde. Les touristes allemands ne visitent guère Israël et le nombre de touristes venus de la Pologne voisine dépasse celui des touristes venant d’Allemagne », déclarent des responsables à Jérusalem.

« Les Allemands sont pétris de préjugés à propos d’Israël. Nos émissaires chargés de la propagande s’arrachent les cheveux de désespoir lorsqu’ils rencontrent, en Allemagne, aussi bien des jeunes gens et des adultes. Combien de fois n’entend-on pas des déclarations du genre ‘ce n’est pas votre terre’, ‘dommage qu’on ait créé un état juif sur une terre volée’, ‘Israël fait subir aux Palestiniens ce que les nazis ont fait aux Juifs’ ou ‘nous avons, dans la même mesure, une responsabilité à l’égard des Juifs et des Palestiniens’. »

Un télégramme envoyé récemment par l’attachée à la propagande [‘hasbara’] à Berlin, Anat Dadon-Sultan, faisait état, entre autres choses, d’une rencontre qui avait eu lieu avec le « forum de la jeunesse pour l’amitié israélo-allemande » et où des jeunes gens avaient exprimé des réserves à propos de l’isolement de l’Iran dans le monde, et cela en dépit des intentions de ce pays de se doter de l’arme nucléaire. Au sujet de ce télégramme, les responsables ont dit que « Si déjà l’étincelle a pris parmi les cèdres, nous savons bien ce que diront les modestes hysopes d’Allemagne » [si déjà les puissants ont cédé, que peut-on attendre des autres ?].

Où sont passées les promesses ?

Les changements qui se sont opérés dans l’état d’esprit qui règne au sein de la population allemande sont connus des émissaires israéliens depuis un certain temps et, dans les discussions qui ont lieu au Ministère des Affaires étrangères, l’inquiétude s’est amplifiée quant au développement de tendances semblables dans d’autres pays européens. Les opérations israéliennes de propagande ne modifient pas significativement le tableau, pas plus que les gestes de Merkel, emmenant en Israël huit ministres de son gouvernement, dans le cadre des festivités organisées pour les 60 ans d’Israël en mars dernier, n’ont apporté un changement.

« Ce qui est scandaleux, c’est que, des trois grands pays européens (Allemagne, France, Grande Bretagne – note de R. Sofer), ce soit justement l’Allemagne, avec sa charge historique et morale exceptionnelle, qui constitue le maillon faible sur la question d’un durcissement des sanctions à l’encontre de l’Iran », ont dit ces responsables qui ont souligné que des sociétés allemandes commerçaient avec l’Iran pour un montant énorme de quelque 5 milliards d’euros.

« L’Allemagne préfère le dialogue et la persuasion, même quand l’Iran parle de détruire l’Etat juif et se fabrique une bombe nucléaire. Beaucoup d’Allemands préfèrent voir les assauts pernicieux et antisémites lancés par l’Iran du haut de la tribune des Nations Unies et d’autres tribunes, non pas avec les lunettes de l’antisémitisme mais avec les lunettes de l’hostilité à l’égard d’Israël. Où est la concrétisation de la promesse faite il y a 60 ans par l’Allemagne de combattre toute forme d’antisémitisme ?

« Certes, les grands partis politiques allemands se sont engagés, dans leur plateforme, à garantir la sécurité d’Israël, mais lorsqu’un Etat membre des Nations Unies en appelle, du haut de la tribune de l’Assemblée générale, à la destruction d’Israël, cela ne fait pas sortir l’Allemagne de ses gonds. Il n’y a pas eu de manifestations de masse, ni de véritable émoi dans les médias allemands et pas un seul centre culturel iranien n’a été fermé », ont encore noté nos sources.

« L’Allemagne devient de plus en plus ‘européenne’ dans ses relations avec Israël. Le parapluie européen est d’un grand confort pour la conscience allemande, car le dialogue germano-israélien tourne parfois au dialogue triangulaire : germano-israélo-palestinien. Se soucier des Palestiniens devient la meilleure ‘poudre à lessiver’ de la conscience allemande. Parce que si les Israéliens sont à ce point mauvais, peut-être que nous, qui sommes les descendants de cette génération allemande, nous pouvons nous regarder dans le miroir plus commodément et ne plus avoir honte ? »

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)