FREE PALESTINE
1 septembre 2008

Comment la normalisation arabe sape le boycott d’Israël

Comment la normalisation arabe sape le boycott d’Israël

dimanche 31 août 2008 - Wassim Al-Adel
The Electronic Intifada

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La prolifération des chaînes telles que McDonald’s au Moyen-Orient est révélatrice de la collusion entre gouvernements et hommes d’affaires arabes aux dépens du boycott et de la résistance à l’occupation israélienne. (Matthew Cassel)

Alors que les campagnes de boycott et désinvestissement en Occident deviennent de plus en plus affinées et étendues, le vieux boycott d’Israël par le monde arabe est torpillé par les gouvernements, les firmes et les hommes d’affaires arabes. Cette volonté d’une normalisation avec Israël sans contrepartie doit être combattue par tous ceux qui oeuvrent pour la justice en Palestine. La récente campagne d’Adalah-NY contre le milliardaire Lev Leviev a fait la clarté sur la relation naissante entre les gouvernements et les hommes d’affaires arabes avec Israël.

La coalition pour la justice au Moyen-Orient, Adalah-NY, de New York, a mené campagne avec succès en avril dernier pour empêcher Leviev d’ouvrir une succursale de sa chaîne de joaillerie à Dubaï. Leviev est le président d’Africa Israel Investments qui construit des colonies illégales, réservées aux juifs, sur les terres du village de Jayyous en Cisjordanie par le biais de sa filiale, Danya Cebus. Un mélange de révélations par les médias et de tollés dans l’opinion publique a contraint les autorités émiraties à nier avoir accordé la moindre autorisation au bijoutier. Ce fut une victoire pour tous ceux qui souhaitent la fin de l’occupation israélienne.

Le succès de la campagne d’Adalah-NY soulève deux idées pour les militants : première idée, il existe une culture grandissante de la léthargie et de la complicité avec Israël et ses bailleurs de fonds, culture exploitée au plus niveau des gouvernements arabes. Deuxième idée, ces mêmes gouvernements sont sensibles aux pressions quand leur ampleur devient manifeste.

Il est navrant de constater que, malgré le tollé publique et l’attention des médias qui ont empêché effectivement Leviev de monter un magasin à Dubaï, d’autres firmes, bien connues pour leurs liens avec Israël, continuent d’y opérer librement. Le géant (britannique) de la grande distribution, Marks & Spencer, se trouve en tête des liste de boycotts de la plupart des groupes pro-palestiniens, cela ne l’empêche pas d’avoir ouvert l’un de ses plus grands magasins à Dubaï, un investissement d’environ 3,9 millions de dollars, avec des projets pour une expansion ultérieure dans toute la région.

Marks & Spencer a fait l’objet d’éloges en 2000 de la part de l’ancien ambassadeur israélien au Royaume-Uni, Dror Zeigerman, et on estimait alors, à la veille du nouveau millénaire, que le groupe importait près de 440,88 millions de dollars de produits israéliens chaque année. Dans le même temps, l’inauguration de ce premier point de vente M & S à Dubaï, en 1998, pouvait s’honorer de la présence de celui qui était alors prince héritier de Dubaï et ministre de la Défense, le Sheikh Mohammad bin Rashid al-Maktoum, qui est aujourd’hui le nouveau dirigeant de Dubaï, Premier ministre et vice-président des Emirats arabes unis. Etant donné l’importance des partisans sionistes de Marks & Spencer, il est difficile d’imaginer qu’al-Maktoum ait pu ignorer les liens de la firme avec Israël. Bien sûr, les Etats du Golfe sont réputés pour n’observer que de façon très irrégulière le boycott panarabe d’Israël. Par conséquent, il n’est pas surprenant qu’à un niveau institutionnel, un discours qui aurait été considéré comme tabou il y a encore dix ans, est maintenant propagé sans vergogne.

Un exemple en a été fourni récemment avec l’annonce de la « Ville de la Soie » du Koweit. Projet de 132 milliards de dollars actuellement en cours de réalisation, la Ville de la Soie vise à relier le Koweit à Bagdad, à Damas, puis à l’Iran et plus loin encore, à la Chine. L’un de ses objectifs, à en croire les propos du premier urbaniste du projet, Sami al-Faraj, vise à « faire la liaison avec Israël » (Khaleej Times Online, 22 juillet 2008). Al-Faraj - lequel se trouve être aussi le président du Centre des Etudes stratégiques koweïtien et conseiller auprès du Conseil de coopération du Golfe - répondait alors aux critiques d’« obsolescence » formulées contre ce projet. Comme on pouvait s’y attendre, les officiels koweïtiens ont gardé le silence à ce sujet, un silence mis en relief par l’acquiescement aux demandes occidentales et israéliennes de normalisation. S’agissant des Saoudiens, l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce, qui interdit le boycott de ses autres Etats membres et donc d’Israël, signifie que la politique de boycott des produits israéliens par les dirigeants saoudiens s’en va également en lambeaux, bien qu’elle reste encore à être abandonnée officiellement.

Le boycott arabe se situe essentiellement à trois niveaux : le premier concerne principalement le boycott direct des produits israéliens et de tout accord avec les hommes d’affaires et particuliers israéliens ; le second niveau touche au boycott des firmes qui opèrent en Israël ou qui traitent avec cet Etat ; tandis que le troisième vise les firmes qui ont des contrats avec celles du deuxième niveau. Le boycott est actuellement limité à son premier niveau et, comme l’a montré l’affaire Leviev, même celui-là est en train de s’éroder.

Pour avoir une idée de la façon dont le boycott arabe s’est affaibli, il suffit d’observer la situation en Syrie, quartier général du très influent Bureau central du boycott. Les changements depuis 2000 sont étonnants alors que nous voyons les produits et les firmes qui étaient catégoriquement interdits peu avant devenir largement accessibles. Cela est dû en partie à la lente, mais constante, libéralisation de l’économie. A Damas, la ligne d’horizon est défigurée par l’énorme hôtel des Quatre Saisons qui fut inauguré par le milliardaire saoudien, le prince saoudien Walid bin Talal, et qui possède des succursales à travers le monde entier, y compris à Jérusalem. Dans le district branché d’Abu Roumaneh, le premier Kentucky Fried Chicken officiel du pays s’est ouvert et est le lieu de prédilection favori des gens aisés de Damas (contrairement à l’image qu’ont les KFC en Occident qui les montre comme une chaîne de restauration rapide pour les classes laborieuses à bas revenu). Le lancement du KFC a été orchestré par la colossale compagnie koweïtienne, Americana, qui gère d’autres chaînes de restauration rapide dans toute la région et renforce ainsi l’influence du Golf dans l’érosion du boycott. Que KFC ait été autrefois boycotté par le Bureau central du boycott (Damas) semble, de façon commode, bien oublié aujourd’hui. A travers ces deux exemples, on peut voir cette collusion silencieuse entre le gouvernement et les hommes d’affaires arabes importants, aux dépens du boycott et de la résistance à l’occupation.

A ces deux exemples, on pourrait y ajouter une liste presque illimitée, mais le souci central reste qu’il devient urgent d’enquêter et d’informer sur cette tendance visant à faire porter atteinte, par le monde arabe, au boycott d’Israël et à l’opportunité de la résistance de la Palestine à son occupation. Les gouvernements arabes ne peuvent plus être, s’ils l’ont jamais été, considérés comme les champions sûrs du boycott. Les dernières expériences des groupes comme Adalah-NY et de la campagne de boycott des produits israéliens ont aidé à montrer quelles relations de pouvoir sous-tendent la collaboration économique de l’Occident, des Etats et firmes arabes avec Israël. Mais elles ont permis également d’embarrasser lesdits gouvernements arabes, les obligeant à maintenir la pression sur Israël. Sinon, négliger cette tendance pourrait, en Occident, conduire à une remise en cause des campagnes de boycott actuelles et à venir contre Israël.

Wassim Al-Adel tient un blog syrien sur : http://maysaloon.blogspot.com/, il est basé à Londres et prépare une maîtrise de philosophie.

29 août 2008 - The Electronic Intifada - Traduction : JPP

http://www.info-palestine.net

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