FREE PALESTINE

Le Mouvement Citoyen Palestine est une association de fait, constituée de citoyens d’horizons divers et qui a pour objectif la promotion et la défense des droits inaliénables du peuple palestinien à disposer de son territoire et d’un Etat.

30 juillet 2008

CSOJ - D'autres voix pour Israël

CSOJ - D'autres voix pour Israël
Vidéo envoyée par PolEtTique

Dans "Ce soir (ou jamais!)" (http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/) Des israéliens : Noam Ohana -essayiste-, Shlomo Sand -Historien-, Avraham Burg -Ancien président de la Knesset- et Avirama Golam -romancière et journaliste- discutent de la situation en Israël ... et ça change un peu du point de vue -notamment du CRIF- majoritairement relayé par les médias

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28 juillet 2008

Stéphane Hessel raconte Gaza

Stéphane Hessel raconte Gaza
Vidéo envoyée par Mediapart

www.Mediapart.fr

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26 juillet 2008

CSOJ - Israël - Stephane Hessel et Michel Taubmann -

CSOJ - Israël - Stephane Hessel et Michel Taubmann -
Vidéo envoyée par PolEtTique

Dans "Ce soir (ou jamais!)" (http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr) Stephane Hessel et Michel Taubmann échangent leur avis sur la situation sur Israël et ses voisins mais où Hessel fait preuve de sagesse et argumente, Taubmann finit par reprendre la propagande déjà bien présente dans les médias en pratiquant l'amalgame et le mensonge à propos des palestiniens.

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25 juillet 2008

Sionisme et Antisémitisme

Nous vivons en pleine confusion. Juif, cela désigne des peuples qui ont une communauté de destin liée à la religion. Sioniste c’est une idéologie. Israélien, c’est une nationalité. Et israélite, c’est le nom (napoléonien) donné à la religion juive. À cause de ces confusions, le peuple palestinien paie depuis des décennies pour un crime qu’il n’a pas commis : l’antisémitisme et le génocide Nazi. À cause de ces confusions, l’Etat d’Israël bénéficie d’une impunité totale malgré des violations incessantes du droit international. À cause de ces confusions, toute critique de la politique israélienne est instantanément qualifiée d’antisémite. Si elle émane de citoyens juifs, ceux-ci sont aussitôt qualifiés de traîtres ayant la haine de soi. Enfin, à cause de ces confusions, une nouvelle forme d’antisémitisme (ré)apparaît qui attribue à tous les Juifs les crimes commis par l’Etat Israélien. Bien sûr, il n’est pas facile de distinguer juif, sioniste et israélien : l’Etat d’Israël se définit comme « juif ». On parle de colonies juives, pas de colonies israéliennes. La distinction est pourtant indispensable.

Une histoire fantasmée

Pour les sionistes, les Juifs ont des droits imprescriptibles sur « la terre de leurs ancêtres ». Ils en ont été chassés il y a deux mille ans, ils ont connu « l’exil », et grâce au sionisme, ils ont fait leur « montée » (Alya) vers Israël et ont pu reconstituer enfin le royaume unifié de David et Salomon. Pour les sionistes même non-croyants, la prière « l’an prochain à Jérusalem » justifie la nécessité d’un Etat Juif en Palestine. Les sionistes sont allés chercher dans la Bible tous les épisodes pouvant justifier les conquêtes et le nettoyage ethnique aujourd’hui à l’œuvre. Pour les sionistes, la « centralité » d’Israël n’est pas discutable et la Diaspora (dispersion) n’est qu’une malencontreuse parenthèse. Tout a été fait pour en effacer la trace. Les langues de la Diaspora (judéo-arabe, ladino, yiddish) ont disparu au profit d’une « résurrection » de l’Hébreu. Les valeurs et la culture des diasporas ont été gommées au profit d’un « homo judaicus » nouveau, militariste, chauvin et « défrichant sa terre » pour « transformer le désert en jardin ». Pour les sionistes, la Diaspora a été une suite ininterrompue de persécutions et de catastrophes à l’image du livre d’André Schwartz-Bart (« le Dernier des Justes ») qui commence au Moyen-Âge avec le pogrom d’York et se termine à Auschwitz. Pour les sionistes, l’antisémitisme est inéluctable, il est omniprésent et il est inutile d’essayer de le combattre. Autrement dit, les Juifs ne peuvent vivre qu’entre eux et ne peuvent compter que sur eux-mêmes, d’où le projet fou (et criminel) de faire venir tous les Juifs du monde entier en Israël. Donc pour les sionistes, la fin justifie les moyens et cela explique leur stratégie permanente : le fait accompli et la fuite en avant. Les sionistes ont mythifié l’épisode de Massada où des Zélotes révoltés contre l’empire romain ont préféré le suicide collectif à la soumission. Le complexe de Massada repose sur la peur permanente de l’anéantissement. Les Israéliens ont peur. Pour eux, tout recul signifie « les Juifs à la mer ». Ils ont peur de ne plus avoir peur, ce qui les obligerait à réfléchir sur le sens et l’avenir du projet colonial qu’ils ont mis en place depuis plus d’un siècle. De façon symbolique, à la sortie du musée de Yad Vashem à Jérusalem consacré au génocide Nazi, il y a un monument célébrant la fondation d’Israël.

Le tour est joué : Israël serait LA réponse à l’antisémitisme et son issue naturelle. Dans cette optique, il est logique que les sionistes n’aient jamais vraiment admis l’existence du peuple Palestinien. Pour un des premiers sionistes, Israël Zangwill, il fallait trouver une « terre sans peuple pour un peuple sans terre » et les sionistes ont décidé que ce serait la Palestine.

L’histoire enseignée en Israël parle d’une présence juive massive ininterrompue en Palestine. Elle parle de pogrom à propos de la révolte palestinienne de 1936 contre le colonialisme sioniste. Plus près de nous, les dirigeants israéliens ont qualifié Arafat de « nouvel Hitler » et Ariel Sharon, lors du 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz, a justifié le bouclage de la Palestine et les assassinats ciblés au nom de l’extermination. Bref, le fantôme du génocide sert de bouclier et de prétexte pour associer les Palestiniens aux Nazis et justifier ainsi la destruction de la société Palestinienne. Pour les sionistes, les Juifs du monde arabe ont été persécutés et les Ashkénazes les ont sauvés en les faisant « monter » vers Israël. Les sionistes ont gommé les différences idéologiques. De gauche comme de droite, tous propagent la même fable sur l’histoire du judaïsme, oubliant même de dire qu’une bonne partie des victimes du génocide n’avaient rien à voir avec leur idéologie et étaient souvent non-croyants. Pour les sionistes, les Juifs ont été, sont et seront des victimes. Du coup, ils sont totalement insensibles à la douleur de l’autre ou à son vécu.

Démystifier

Beaucoup de crimes sont régulièrement commis au moyen d’une manipulation de l’histoire, de la mémoire et de l’identité. La guerre du Proche-orient ne fait pas exception.

Ce sont des Israéliens principalement qui ont fait le travail de démystification du sionisme. Commençons par l’archéologie (*). Elle infirme totalement la lecture littérale de la Bible sur laquelle même des athées comme Ben Gourion s’étaient appuyés. Elle montre que dans l’Antiquité (la Bible l’évoque aussi), la Palestine a toujours été habitée par des peuples distincts : Hébreux bien sûr mais aussi Iduméens, Moabites, Philistins, Cananéens ... Les Hébreux sont un peuple autochtone et les épisodes de l’arrivée de Mésopotamie (Abraham) ou de l’exil en Egypte (Moïse) sont légendaires. On ne trouve aucune trace de la conquête sanglante de Canaan par Josué et même le royaume unifié de David et Salomon n’a sans doute pas existé comme le dit le récit biblique : à l’époque, Jérusalem n’était qu’un village. Donc la reconstitution d’une patrie ancienne antérieure à l’exil est largement fantasmée : les royaumes d’Israël et de Juda ont probablement toujours été des entités distinctes. Les mots d’ordre régulièrement répétés par les colons religieux du Gush Emonim (le Bloc de la foi) affirmant que Dieu a donné la Judée-Samarie au peuple Juif ne reposent sur rien et ils sont d’ailleurs totalement réfutés par d’autres courants religieux.

Y a-t-il eu exil ? Si l’on en croit plusieurs historiens dont Shlomo Sand qui le dit clairement, au moment de la destruction du 2e temple par les troupes de Titus (70 ap JC), seule une minorité d’habitants est partie, en particulier les rabbins. À cette époque, la dispersion a déjà commencé et il y a déjà des Juifs à Babylone, à Alexandrie ou en Afrique du Nord. Les Palestiniens d’aujourd’hui qui sont un peuple autochtone seraient donc essentiellement les descendants de ceux qui sont restés (dont beaucoup de Juifs romanisés). Alors d’où viennent les Juifs ? Pendant les premiers siècles de l’ère chrétienne, la religion juive est prosélyte. C’est la religion qui s’est dispersée, pas les hommes. Des Berbères, des Espagnols, des Grecs, des Romains, des Germains se convertissent au judaïsme. Plus tard, des Khazars, peuple d’origine turque entre Caspienne et Mer Noire feront de même. La religion juive cesse d’être prosélyte dans l’empire romain quand l’empereur Constantin impose le christianisme comme religion officielle. Shlomo Sand remet en cause l’existence d’un peuple Juif. Qu’y a-t-il de commun entre des Juifs Yéménites, des Juifs Espagnols et ceux du Yiddishland ? Il y a une religion et un livre, mais parler de peuple exilé, ça ne correspond pas à la réalité. Les sionistes ont surfé sur la persécution des Juifs Européens pour inventer cette notion de peuple exilé faisant son retour.

La diaspora n’est pas une parenthèse de l’histoire du judaïsme. C’est son centre. C’est dans la diaspora que l’essentiel des rites et des croyances se sont établis. Les références à Jérusalem, au mur des Lamentations et aux scènes racontées dans la Bible sont symboliques. Elles n’ont jamais signifié une « aspiration » à recréer un Etat Juif en « Terre promise ». Elles ont un peu la même signification que la prière des Musulmans en direction de La Mecque. La notion de « peuple élu » n’a jamais conféré aux Juifs des droits supérieurs à ceux des autres (les « goys », les « gentils »). Elle exprime juste une relation particulière avec Dieu.

De la révolte de Bar Kochba au IIe siècle ap JC à l’arrivée des premiers colons sionistes à la fin du XIXe siècle, les Juifs n’ont jamais représenté plus de 5% de la population de la Palestine. C’est moins que dans les pays voisins (Egypte, Mésopotamie, Perse, Yémen). C’est beaucoup moins que dans l’Espagne du XIVe siècle ou dans la « zone de résidence » de l’empire russe du XIXe siècle (Vilnius, Varsovie, Minsk, Odessa ...).

De l’antijudaïsme chrétien à l’antisémitisme racial

La plupart des royaumes ou des empires ont très mal toléré le pluralisme religieux. Les Romains exigeaient des peuples soumis qu’ils ajoutent les divinités romaines à leurs propres divinités. Ce qui a fonctionné avec les Grecs et les Gaulois n’a pas fonctionné avec les Juifs, monothéisme oblige. Une partie des Juifs a adopté la langue grecque et a accepté la « romanité ». Pas tous et la révolte contre Titus a commencé dans Jérusalem par une guerre civile entre Juifs, très bien décrite par Pierre Vidal-Naquet. Ce conflit entre ceux qui acceptent le monde des « gentils » et ceux qui le refusent au nom d’une conception exclusive du judaïsme se poursuit 2000 ans plus tard.

Le Christianisme n’a jamais été pluraliste et dès qu’il parvient au pouvoir, il s’acharne contre les autres religions. Le culte de Mithra ou l’Aryanisme n’ont pas survécu. Le judaïsme a survécu, mais à quel prix ! Les Chrétiens ont enfermé les Juifs (les juderias, les ghettos...), leur ont interdit la possession de la terre et les ont poussés à l’exercice de métiers qui leur ont valu la haine des peuples (le colportage, l’usure, la banque).

Dès le Haut Moyen-âge, les expulsions se succèdent occasionnant des drames. Un des premiers pogroms (massacre de masse) est commis par la première croisade qui avant de « tuer de l’infidèle » et de « délivrer » le Saint-Sépulcre, s’est entraînée sur les communautés juives de la vallée du Rhin, provoquant le début du déplacement vers l’Est des Ashkénazes.

Le monde musulman n’a pas produit le même phénomène : le statut de dhimmi qui est réservé aux « Peuples du livre » (Chrétiens, Juifs, Zoroastriens ...) a permis aux Juifs du monde musulman de connaître une paix relative et une certaine stabilité. Les moments de tension sont rares (l’arrivée des Almohades en Andalousie, le massacre de l’oasis du Touat dans le Sahara ...) et ils correspondent surtout à des périodes de crise. Avant le sionisme, il n’y a eu ni expulsion, ni pogrom contre les Juifs dans le monde musulman.

L’antijudaïsme chrétien a fabriqué la plupart des stéréotypes antijuifs : le peuple déicide, les crimes rituels, la volonté de diriger le monde. L’épisode espagnol du XVe siècle est annonciateur de l’antisémitisme racial. Au moment où l’Espagne se réunifie, l’Etat moderne qui se crée ne peut plus tolérer ses minorités (Juifs et Musulmans). Ce rêve fou de pureté ira jusqu’à rechercher la « limpieza de sangre » (la pureté du sang), inventant là une pseudo race juive. En même temps, l’histoire des Juifs dans le monde chrétien ne doit pas être réduite à la persécution. Il y a eu quelques périodes fastes.

L’émancipation des Juifs commence en Europe au XVIIIe siècle en Allemagne puis en France où les Juifs obtiennent la citoyenneté. Paradoxalement, c’est cette émancipation qui va transformer l’antijudaïsme chrétien en antisémitisme racial. Le XIXe siècle voit la naissance de nombreux nationalismes. Ceux-ci véhiculent l’idée simpliste un peuple = un Etat et la plupart d’entre eux sont particulièrement intolérants vis-à-vis des minorités.

Le Juif est perçu comme étant cosmopolite, hostile à toute idée de nation. Il est souvent un paria, même quand il a réussi socialement. Il représente un obstacle naturel au rêve meurtrier de pureté raciale. C’est d’ailleurs à cette époque que des pseudo scientifiques inventent les notions de « races » aryenne ou sémite qui ne reposent sur rien. La violence de cet antisémitisme aboutira à une espèce de consensus en Europe contre les Juifs, consensus qui facilitera l’entreprise d’extermination Nazi.

Le sionisme est-il une réponse à l’antisémitisme ?

Curieusement, le sioniste a puisé dans le même terreau nationaliste européen que celui de diverses idéologies qui ont mené à la boucherie de 1914 et pour certaines au nazisme. En ce qui concerne la droite sioniste, on trouve même chez Jabotinsky (qui a vécu plusieurs années en Italie) des ressemblances avec le fascisme de Mussolini. En tout cas, Jabotinsky est le premier à avoir théorisé le « transfert », terme de novlangue qui signifie l’expulsion de tous les Palestiniens au-delà du Jourdain.

En Europe orientale, le sionisme a toujours été minoritaire chez les Juifs face aux différents courants socialistes et face au Bund. Pour les Juifs des différents partis socialistes, la Révolution devait émanciper le prolétariat et, dans la foulée, elle règlerait la question de la persécution des Juifs qui n’était pas pour eux un problème spécifique. L’histoire a montré que cela n’allait de soi. Pour le Bund, parti révolutionnaire juif, il existait en Europe orientale un peuple yiddish (le Bund ne s’adressait pas aux Juifs séfarades ou à ceux du monde arabe) et dans le cadre de la révolution, celui-ci devait obtenir « l’autonomie culturelle » sur place sans territoire spécifique. Socialistes et Bundistes étaient farouchement opposés au sionisme. Pendant qu’Herzl rencontrait un des pires ministres antisémites du tsar pour lui dire qu’ils pouvaient avoir des intérêts communs, faire partir des Juifs Russes en Palestine, le Bund organisait (après le pogrom de Kichinev) des milices d’autodéfense contre les pogromistes. Au début du XXe siècle, les sionistes sont absents de la lutte contre l’antisémitisme. Prenons l’affaire Dreyfus. Pour Herzl, ça a été un élément tout à fait déterminant prouvant la justesse du projet sioniste.

Il y a pourtant une lecture diamétralement opposée de « l’Affaire ». D’abord, ça n’a pas été seulement le problème des Juifs. C’est devenu le problème central de la moitié de la société française, celle qui était attachée à la république et à la citoyenneté. Et puis le dénouement n’est pas négligeable. La réhabilitation finale de Dreyfus a montré que ce combat avait un sens et pouvait être gagné. En 1917, c’est la déclaration Balfour. Il faut le savoir, ce Britannique, comme la grande majorité des politiciens de son époque, avait de solides préjugés contre les Juifs. Pour lui, un foyer Juif, c’était faire coup double pour l’empire britannique : une présence européenne au Proche-Orient et en même temps, l’Europe se débarrassait de ses Juifs.

Pendant les années du mandat britannique, les sionistes n’ont eu qu’une seule préoccupation : construire leur futur état. En 1933, quand les Juifs Américains décrètent un boycott contre l’Allemagne Nazi, Ben Gourion le rompt. Pendant la guerre, alors que l’extermination a commencé, il y a une grande incompréhension ou insensibilité parmi les Juifs établis en Palestine. Aujourd’hui, les Israéliens rappellent la visite (scandaleuse) du grand mufti de Jérusalem à Himmler. À la même époque, Itzhak Shamir, dirigeant du groupe Stern et futur premier Ministre israélien faisait assassiner des soldats britanniques. Pire, un de ses émissaires prenait contact avec le consulat Nazi d’Istanbul.

Dans l’Europe occupée, il y a eu une résistance juive assez importante. Les sionistes y ont joué un rôle plutôt marginal. Cette résistance a été essentiellement communiste, à l’image de la MOI (**) en France. Il est significatif qu’au musée de Yad Vashem, on trouve « l’Affiche Rouge », on y fait remarquer que la grande majorité des compagnons de Manouchian étaient juifs, mais on omet juste de dire qu’ils étaient communistes. Les sionistes rappellent que le commandant de l’insurrection du ghetto de Varsovie, Mordekhaï Anielewicz était membre de l’Hashomer Hatzaïr (donc sioniste), mais ils ont essayé de minimiser le rôle de Marek Edelman, qui a survécu et qui est toujours Bundiste et farouchement antisioniste.

Israël n’aurait pas existé sans le génocide Nazi. Après 1945, il y a eu un consensus de la communauté internationale. Elle a lavé sa culpabilité concernant l’antisémitisme et le génocide pour favoriser la création d’Israël et aider militairement et économiquement le nouvel Etat. En Europe de l’Est, le pogrom de Kielce en Pologne (1946), l’élimination de nombreux dirigeants communistes juifs ayant fait la guerre d’Espagne et la résistance (Slansky, Rajk, Pauker ...) ou le « complot des blouses blanches », bref le renouveau d’un antisémitisme d’Etat provoque chez les Juifs une rupture avec le communisme et un ralliement progressif au sionisme. L’épisode antisémite en Europe du l’Est se prolongera avec la répression en Pologne de la révolte de 1968 qui aboutira à l’expulsion de plusieurs milliers de Juifs Polonais.

Après 1945, le Yiddishland a disparu et de nombreux rescapés vivent dans des camps en essayant d’émigrer vers l’Amérique ou d’autres pays. La plupart des portes se ferment. Il y a consensus pour les envoyer en Israël et la plupart y partiront, souvent contraints et forcés. Ils y seront pourtant fort mal accueillis. La propagande sioniste oppose l’Israélien nouveau fier de lui et qui se bat, aux victimes du génocide qui auraient accepté passivement l’extermination. Aujourd’hui près de la moitié des 250000 survivants du génocide vivant en Israël sont sous le seuil de pauvreté, en particulier ceux qui sont arrivés d’Union Soviétique.

Certains dignitaires religieux israéliens sont particulièrement odieux vis-à-vis des victimes du génocide. Entre deux propos racistes contre les Palestiniens, ils ressassent que le génocide a été une punition divine contre les Juifs qui s’étaient mal conduits.

C’est petit à petit qu’Israël a vu le parti à tirer du génocide. Il y a eu la création de Yad Vashem puis le procès Eichman. On en est arrivé au « devoir de mémoire » obligatoire. Sauf que cette « mémoire » résulte d’une certaine manipulation de l’histoire et de l’identité. En ce qui concerne les Juifs du monde arabe, ce « devoir de mémoire » se substitue à leur véritable histoire, certes douloureuse : ils ont dû quitter leurs pays avec la décolonisation alors qu’ils n’étaient pas des colonisateurs. Ils ont été en Algérie les victimes du décret Crémieux (***). Mais cette histoire n’est en aucun cas celle du génocide.

Après la guerre, Israël a demandé et obtenu des « réparations » économiques énormes publiques et privées à l’Allemagne de l’Ouest. Ces milliards de marks ont assuré le décollage économique et militaire d’Israël et la réinsertion de l’Allemagne dans la diplomatie internationale. Il serait plus hasardeux de dire ce que cette somme mirobolante a « réparé » dans les souffrances intimes ou le traumatisme.

Peut-on associer le souci d’aider les Juifs et le soutien à Israël ? Pas nécessairement du tout. Balfour était antisémite. Beaucoup d’antisémites trouvent intéressante l’idée d’un Etat Juif qui les débarrasserait de leur minorité encombrante. C’est le cas de certains membres du Front National. Aujourd’hui, le courant « chrétien sioniste » qui représente des millions de personnes surtout aux Etats-Unis apporte une aide financière et politique énorme à Israël. Ils ont financé une partie de la colonisation (en particulier la construction de Maale Adoumim). Ce sont pourtant des antisémites !

Peut-on considérer que, face à l’antisémitisme, le sionisme a apporté un « havre de paix » aux Juifs ? Pour les Juifs du monde arabe, sûrement pas, ils n’ont pas été persécutés avant l’apparition du sionisme. Pour les Juifs européens, la question a pu se poser. En tout cas, aujourd’hui, s’il y a bien un pays où les Juifs ne connaissent pas la sécurité, c’est ... Israël et il en sera ainsi tant que le sionisme essaiera de détruire la Palestine.

Si on parlait racisme ?

L’antisémitisme est-il un racisme comme les autres ? Y a-t-il « unicité » du « judéocide » Nazi ? Il n’est pas facile de répondre à ces questions. L’antisémitisme a été un racisme à part car la plupart du temps, les racistes ne programment pas l’extermination du peuple haï. S’y ajoute le fait que les Nazis ont inventé le concept (absurde) de « race juive ». Aujourd’hui, les principales victimes du racisme dans un pays comme la France sont incontestablement les Arabes, les Noirs, les Roms, mais pas les Juifs dont certains ont oublié les souffrances passées et s’imaginent même être passés « de l’autre côté du miroir », du côté de ceux qui n’ont rien à dire contre le racisme ordinaire ou la chasse aux sans papiers. Dans son livre « Le Mal-être Juif », Dominique Vidal montre comment la plupart des préjugés contre les Juifs ont reculé. Quand on demande aux Français s’ils accepteraient un-e président-e de la république ou un beau-fils/belle-fille juif/ve, seule une petite minorité répond non. Il y a 40 ans, c’était la majorité. Affirmer comme le fait le CRIF qu’il y a un renouveau de l’antisémitisme, voire qu’on est à la veille d’une « nouvelle nuit de cristal » est très exagéré.

Bien sûr, l’antisémitisme n’a pas disparu. Il reste essentiellement lié à l’extrême droite, mais même les antisémites les plus obsessionnels ne rêvent plus à un « remake » du génocide. Ils préfèrent nier ou minimiser son ampleur.

Et « l’unicité » du génocide ? Primo Levi parlait de « l’indicible ». Il est extrêmement rare dans l’Histoire de voir l’Etat le plus puissant du moment engager tous ses moyens pour exterminer des millions de personnes, même quand cela ne lui apporte rien en terme financier ou militaire. Parler de génocide n’a qu’un seul intérêt : analyser les causes, décrire le processus pour qu’il n’y ait « plus jamais cela », permettre aux rescapés et à leurs descendants de revivre. Or il y a eu d’autres génocides (Cambodge, Rwanda, Bosnie). Et il y a surtout eu des politiciens sans scrupules qui ont fait du génocide leur « fond de commerce » alors qu’ils n’ont aucun droit et aucun titre pour s’approprier cette mémoire. Il y a des « intellectuels » français (BHL, Glucksmann, Finkelkraut, Lanzmann...) qui font croire qu’au Proche-Orient la victime est israélienne, éternel retour de la persécution millénaire.

Certains qui voient l’antisémitisme partout sont étrangement discrets pour condamner le racisme anti-arabe dans un Etat qui se dit Juif. Que dire du rabbin Ovadia Yossef, dirigeant du Shass pour qui les Palestiniens sont des serpents ou des propos du ministre Vilnaï promettant une « Shoah » aux habitants de Gaza enfermés dans un laboratoire à ciel ouvert ? Des transféristes Avigdor Liberman ou Raffi Eitam qui prônent tous les jours la déportation des Palestiniens ? Du rabbin Rosen, représentant des colons, qui déclare tranquillement « que les Palestiniens sont des Amalécites et que la Torah autorise qu’on les tue tous, leurs femmes, leurs enfants, leur bétail » ? Dans tout pays démocratique, de telles déclarations conduiraient leurs auteurs au tribunal. Mais Israël est une démocratie pour les Juifs. Pour les autres, c’est l’Apartheid, c’est une forme de sous citoyenneté incompatible avec le droit international. Il faudrait aussi parler du racisme des soutiens inconditionnels à Israël, par exemple quand Roger Cukierman a osé dire que Le Pen au deuxième tour, c’était un avertissement pour les musulmans.

En Israël, il y a une obsession de la démographie (que les Juifs soient plus nombreux que les Palestiniens). Du coup, sont considérés comme « Juifs » des dizaines de milliers de personnes qui n’ont rien à voir avec le judaïsme : des Ethiopiens chrétiens qu’on dit « cousins » des Falachas, des Amérindiens du Pérou convertis au judaïsme et installés dans des colonies mais surtout des ex-soviétiques qui ont quitté un pays en perdition. D’où l’existence de sites antisémites en Israël.

Quand sionisme et antisémitisme se nourrissent l’un l’autre.

Le sionisme a besoin de la peur. Il a besoin d’une fuite en avant qui lui donnerait du temps pour consolider ses conquêtes. Il a besoin de slogans simplistes du genre « nous n’avons pas de partenaire pour la paix » ou « Le Hamas, le Hezbollah et l’Iran veulent détruire Israël » pour obtenir un consensus derrière la poursuite de son projet colonial et son refus de reconnaître les droits des Palestiniens. Inversement, celles et ceux qui soutiennent les Palestiniens (et encore plus les Juifs qui au nom de leur J se sont engagés dans ce combat) doivent avoir pour souci et pour but la « rupture du front intérieur » aussi bien en Israël que dans les « communautés juives organisées », c’est-à-dire la fin du soutien inconditionnel à une politique criminelle contre les Palestiniens (et suicidaire à terme pour les Israéliens). Vaste programme sans doute dont l’issue est hélas lointaine.

Il n’empêche : toute manifestation d’antisémitisme n’est pas seulement immorale, elle porte un coup grave à la cause palestinienne.

Ce n’est pas nouveau. L’antisémitisme des pays de l’Est a renforcé Israël en terme politique (le sionisme a remplacé le communisme comme idéologie des Juifs d’Europe Orientale) et en termes humains avec l’arrivée massive des Juifs soviétiques. De même, non seulement les principaux dirigeants des Pays Arabes se sont montrés bien peu solidaires des Palestiniens pendant la guerre de 48 ou celles qui ont suivi, mais leur complicité avec les sionistes dans l’émigration d’un million de Juifs du monde arabe a été un coup de poignard dans le dos de la cause palestinienne.

La guerre du Proche-Orient n’est ni raciale, ni religieuse, ni communautaire. Elle porte sur des principes universels : l’égalité des droits, le refus du colonialisme. Ceux qui (comme les sionistes) mélangent sciemment juif, sioniste et israélien pour attribuer aux Juifs les tares du sionisme ne sont pas nos amis. Les Palestiniens l’ont parfaitement compris à l’image de Mahmoud Darwish, Edward Saïd et Elias Sanbar qui s’étaient opposés à un colloque négationniste organisé à Beyrouth par Roger Garaudy. Bien sûr, au nom de « l’antiisraélisme », pour reprendre un terme d’Edgar Morin, on trouve dans le monde arabe ou en Iran des gens qui diffusent le « Protocole des Sages de Sion » ou qui organisent des colloques révisionnistes comme celui de Téhéran. On trouve en France quelques rares personnes issues de l’immigration qui singent l’extrême droite en reprenant les stéréotypes antijuifs. Ces judéophobes confondent aussi juif et sioniste. Bien sûr, on ne peut pas nier que le sionisme ait « une part de l’héritage juif ». Une part seulement.

Rappelons une anecdote : en 1948, Menachem Begin veut visiter les Etats-Unis. Les plus grands intellectuels Juifs américains avec en tête Hannah Arendt et Albert Einstein écrivent à Truman en lui disant que Begin est un terroriste et qu’il faut l’arrêter ou l’expulser. À l’époque, le judaïsme, c’est encore très majoritairement Arendt ou Einstein, ce n’est pas Begin. Les assassins Nazis s’en sont pris aux parias des shtetls (****) ou à des gens comme Arendt ou Einstein, insupportables parce qu’universalistes. L’antisémitisme n’a pas frappé les tankistes israéliens.

Il existe en petite minorité dans les rangs de ceux qui soutiennent la Palestine des gens qui imaginent que puisque l’Etat d’Israël se justifie au nom du génocide, c’est que celui-ci n’a pas existé ou qu’on exagère beaucoup à propos des 6 millions de morts (En fait les dernières recherches historiques sur la « Shoah par balles » tendraient à dire le contraire, le nombre des morts est peut-être supérieur). Il y a des militants qui reprennent les élucubrations d’Israël Shamir, soviétique émigré en Israël qui a repris les délires antisémites sur les crimes rituels commis par les Juifs mais qui est totalement inconnu dans les rangs des anticolonialistes israéliens ou des militants palestiniens. Pour Shamir, le problème, ce n’est pas le sionisme, c’est le judaïsme.

Certains militants parfaitement honnêtes pensent qu’on doit laisser librement s’exprimer toutes les critiques contre Israël, y compris les critiques antisémites. Je pense que ces militants se trompent et que les antisémites ne sont pas seulement d’odieux racistes, ils renforcent aussi le sionisme qu’ils s’imaginent combattre. Ils alimentent le réflexe de peur qui est un carburant indispensable pour le sionisme. Lutter contre l’impunité d’Israël est une priorité qui est l’exact inverse d’une telle démarche : les sionistes veulent clore l’histoire juive. Ils prétendent qu’il n’existe qu’une seule voie, la leur. Ils prétendent représenter l’ensemble des Juifs, ils parlent en leur nom, ils ont le rêve fou de les faire tous « monter » vers Israël. Ils prétendent que toute critique d’Israël est forcément antisémite alors qu’au contraire leur politique provoque un nouvel antisémitisme.

Cette politique remet en cause plusieurs siècles de lutte des Juifs pour l’égalité des droits et la citoyenneté. Les antisémites qui mélangent sciemment juif et sioniste vont exactement dans le même sens. Ces deux courants se nourrissent l’un l’autre.

Soutenir concrètement les Palestiniens et dénoncer inlassablement l’impunité d’Israël qui permet la fuite en avant criminelle doit donc s’accompagner d’une dénonciation du sionisme qui est un obstacle à la paix et d’une dénonciation de l’antisémitisme qui n’est pas seulement un racisme odieux (comme tous les racismes). Il renforce aussi ce qu’il prétend combattre.

Les militant-e-s ont aussi une tâche plus difficile à remplir : « déconstruire » toutes les manipulations de la mémoire et de l’identité qui prolongent cette guerre.

Pierre Stambul

(*) « La Bible dévoilée » de I. Finkelstein et N.A. Silberman.
(**) Main d’œuvre immigrée qui organisait les communistes étrangers.
(***) En 1870, le décret Crémieux accorde aux Juifs Algériens la nationalité française mais pas aux musulmans.
(****) Villages juifs d’Europe orientale systématiquement détruits pendant la guerre.

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24 juillet 2008

Qu'est-ce que le sionisme ==réponse

Qu'est-ce que le sionisme ==réponse
Vidéo envoyée par malik300

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22 juillet 2008

Documentaire Comment fonctionne la désinformation

Documentaire Comment fonctionne la désinformation
Vidéo envoyée par Weasreopen

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20 juillet 2008

Le lobby pro-israélien aux Etats-Unis (reportage Radio Canada 7 novembre 2007)

Le lobby pro-israélien aux Etats-Unis (reportage Radio Canada 7 novembre 2007)


Barack Obama s'agenouille devant le lobby


Jeudi 05 Juin 2008

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18 juillet 2008

Culture de la peur

Culture de la peur

Seth Freedman

The Guardian – 22 juin 2008

www.guardian.co.uk/commentisfree/2008/jun/22/israelandthepalestinians.fear/print

L'histoire a tendu au peuple juif la peur de l'annihilation sur un plateau – mais, alors que la peur existe, ce qui est redouté pourrait ne pas exister.

Ce matin, j'étais invité à parler devant un groupe de coopérants souhaitant vivement approcher les  communautés juives israéliennes et de la diaspora, avec leur dernière campagne. Ils sont, et on le comprend, plein d'appréhension quant à la meilleure marche à suivre étant donné le champ de mines qui se trouve sous les pieds de celui qui tente de critiquer des éléments de la politique d'Israël.

Nous avons discuté du moyen le plus efficace de dessiller les yeux des gens sur la réalité de l'occupation, afin de leur faire sentir la vérité de ce qui est perpétré au nom de la sécurité d'Israël. Etant donné la volte-face que j'ai opérée depuis mon installation en Israël, il y a quatre ans, on m'a demandé de décrire l'expérience qui aura eu pour moi, jusqu'ici, l'influence la plus marquante comme catalyseur dans ce parcours politique dans lequel je me suis embarqué. Sans hésiter, j'ai répondu que cela avait été ma balade illicite à Bethléhem, pendant un week-end de permission de l'armée. Notre unité était de service dans la ville à ce moment-là et, jusqu'alors, j'avais été conditionné à voir les habitants comme des terroristes en puissance, qu'il fallait traiter en conséquence afin de conjurer une menace mortelle pour nous.

Sans M16 au flanc, ni grenade dans mon sac, j'ai traversé le checkpoint et fait mes premiers pas hésitants en ce qu'on appelle terrain ennemi. Habillé d'un jeans et d'un T-shirt, j'ai parcouru ces mêmes rues du camp de réfugiés d'Aida où j'avais patrouillé, la veille, armé jusqu'aux dents et avec l'appui de cinq autres soldats. Je regardais en passant ces mêmes fenêtres et ces mêmes portes que j'avais précédemment dû scruter à la manière d'un rapace, pour le cas où un homme armé d'un fusil ou d'une bombe en aurait surgi à l'assaut de notre unité. Je regardais calmement ces mêmes bandes de jeunes dont il me fallait, lorsque j'étais en uniforme, juger en un instant s'ils étaient bien intentionnés ou s'ils en voulaient à ma vie.

La peur instillée en moi par l'armée s'était évanouie dès lors que j'étais simplement un touriste déambulant dans la ville. Inversement, plus je portais d'armes et d'attirail de protection et plus l'endroit se faisait menaçant, ce qui – je l'ai alors compris – était une distillation du cœur et de l'éternel paradoxe d'Israël, et qui le poursuit depuis le moment où l'Etat a été créé. Pour qu'il y ait une justification à l'existence d'Israël, il faut d'abord qu'une menace existentielle pèse sur le peuple juif. Je vous l'accorde, l'histoire nous a tendu sur un plateau la peur de l'annihilation, mais ce n'est pas parce que la peur existe qu'il s'ensuit nécessairement que ce qui est redouté existe aussi.

Un élément de narration frappant dans la tradition juive est que, à chaque génération, une manifestation d'Amalek tentera d'exterminer le peuple juif, tout comme l'avaient fait les Amalécites maraudeurs, durant l'exode des Juifs d'Egypte. Romains, Babyloniens, Grecs, Soviétiques et Nazis ont tous été, on le comprend bien, baptisés les Amalécites du jour, et c'est maintenant l'Iran qui est promu au titre de plus récent membre de cette dynastie multimillénaire.

La hantise de l'extermination est l'as dans le jeu juif des émotions et elle a été capitalisée par le ton virulent du nationalisme encapsulé dans le sionisme d'aujourd'hui. Occuper tout un peuple et écraser, depuis 40 ans, ses espoirs et ses rêves ? Un mal nécessaire – si nous ne le faisons pas, nous sommes foutus. Transgresser le droit international, la moralité de base et même les doctrines centrales de notre propre religion apparemment pleine de compassion ? Désolé, mais vous devez comprendre qu' « ils » veulent tous notre mort ; c'est eux ou nous, pour l'éternité.

La question de savoir qui « ils » sont est presque dépourvue de signification. Un jour, ce sont les Palestiniens parce qu'ils ont l'audace d'essayer de secouer le joug de l'oppression; un autre jour, c'est la gauche européenne parce qu'elle a le toupet d'intercéder en faveur de la justice et de la décence. « Ils » peuvent être un bandit isolé, comme Norman Finkelstein ou « ils » peuvent être un milliard de personnes, comme la population musulmane toute entière dans le monde, commodément rempaqueté en un groupe homogène fondé sur un profilement racial faux.

Des murs de béton sont construits entre « eux » et « nous »; des ordres sont donnés qui interdisent aux Israéliens de franchir la ligne de partage avec le territoire de l'Autorité Palestinienne – toujours sous la bannière de la protection de la sécurité des Israéliens. En réalité, pourtant, ce ne sont qu'une insidieuse tentative de couper hermétiquement Israël du monde extérieur et de convaincre les Israéliens qu'il s'agit d'une mesure inévitable. Ceux d'entre nous qui sont venus, ont vu et ont conquis nos préjugés sur la rue palestinienne savent parfaitement bien que les canards qui sont propagés sont simplement absurdes. Bien sûr, il y a, au sein du peuple palestinien, des militants très remontés et très violents, mais il y a tout pareillement, dans la société israélienne, des éléments dangereux, tout comme dans tout groupe ethnique de part le monde.

La réaction parmi mes amis israéliens quand ils m'entendent parler de mes ballades à Jénine, Ramallah ou Bethléem, est habituellement une réaction d'horreur que j'aie même seulement posé le pied dans ces villes, sans parler des contacts avec les habitants et des visites chez eux. « Ils te tueraient s'ils savaient que tu es juif », hurlaient-ils, parfaitement convaincu qu'un loup palestinien se tapit derrière chaque porte de camp de réfugiés. La réalité est évidemment toute différente ; à peu près tous ceux que je rencontre savent que je suis à la fois juif et israélien, et – jusqu'ici – je n'ai jamais été battu, décapité ni matraqué à mort.

Il n'y a aucune difficulté à comprendre pourquoi la mythologie et les idées fausses fleurissent, sans examen, chez l'homme de la rue israélien ou dans la communauté juive de la diaspora. Dans le vide laissé par la séparation forcée entre Juifs et Palestiniens, on a droit à une débauche d'inventions exubérantes, la fiction devenant vérité dans l'esprit des masses. On comprend aussi que le gouvernement encourage et fasse la promotion de telles fables, afin d'engranger un soutien en faveur de leur incessante politique d'irrédentisme et d'assujettissement.

Mais le seul fait que ce soit compréhensible ne le rend en aucune manière acceptable. Morale et éthique sont écrasées sous les pieds du mastodonte du nationalisme, et ce qui serait parfaitement déplaisant en n'importe quelle autre circonstance devient quelque chose de non seulement toléré par la société mais d'activement encouragé par l'électorat israélien et ses adulateurs de par le monde. En continuant de provoquer et de brutaliser les Palestiniens, ils créent ce qu'ils redoutent. Encore une génération d'Amalécites marqués au fer, encore une raison pour les Israéliens de disposer les chariots en cercle, de se préparer à faire face et de se convaincre que c'est simplement leur lot d'être éternellement haïs et invectivés. Et jamais aucun niveau de pression bien intentionnée ne peut suffire pour pénétrer la couche pétrifiée de défiance entre le peuple juif et le monde extérieur.

(Traduction de l'anglais : Michel Ghys)

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Récit de l’expulsion d’une syndicaliste française par les autorités israéliennes d’occupation

Noelle Ledeur :

En Israël, le Ministre de l’Intérieur est toujours le Ministre des Expulsions.

Récit de l’expulsion d’une syndicaliste française par les autorités israéliennes d’occupation

9 juillet 2008, nouveau voyage vers les Territoires Occupés de Palestine... Je ne pense même pas aux formalités douanières lorsque j’arrive vers 14h à l’aéroport Ben Gurion. Le contrôle de mon passeport et l’apposition du visa d’entrée n’ont jamais pris plus de quelques minutes...

Etrangement, alors que je n’ai pas encore mon passeport français à la main, une agente de police m’oriente vers un guichet réservé aux passeports israéliens. A ma remarque ’’Je ne suis pas israélienne’’, elle répond ’’I know, Je sais’’ ! Ah bon, cela se voit donc à ma tête ?

La seconde policière, chargée du contrôle et du visa d’entrée, me pose les questions rituelles : le but de ma visite en Israel, la durée prévue du séjour. Je réponds tout aussi rituellement : tourisme pour plusieurs semaines. Mais ma réponse n’entraîne pas les questions habituelles suivantes : où allez-vous séjourner, connaissez-vous des personnes en Israel, avez-vous une invitation, etc ? Non, cette fois, la réaction du masque blond platine qui me fait face est d’une autre nature : ’’vous ne venez pas en vacances ici plusieurs fois par an, je ne suis pas stupide !’’ Et elle appelle quelqu’un depuis son poste téléphonique, puis me demande de la suivre vers un bureau situé à proximité.

Là, un homme en chemise blanche avec galons, et kippa posée devant lui, se présente comme officier du Ministère de l’Intérieur. Il me repose les mêmes questions, auxquelles je fournis les mêmes réponses : ce que je viens faire en Israel (du tourisme), dans quelles villes je prévois de me rendre (Jérusalem et Bethlehem), dans quels hôtels (je donne des noms), qui je connais (personne en particulier)... Mes réponses laconiques ne le satisfont évidemment pas : il écrit 13 sur un papier et soutient que je suis venue 13 fois en 2005 ! Ce n’est pas pour du tourisme ! Je suis venue plusieurs fois par an, c’est vrai, les visas l’attestent, mais 13 fois, ce n’est tout simplement pas possible. Je travaille en France, et je ne peux voyager que pendant des vacances. Il doit y avoir une erreur dans le décompte des tampons qui figurent sur mon passeport...

Vous ne nous dites pas la vérité, on ne peut pas vous laisser entrer... et il m’envoie dans la salle d’attente, où se trouvent déjà plusieurs personnes d’origine occidentale ou arabe.

J’attends un long moment, que je mets à profit pour prévenir quelques amis de mon probable retard lorsque j’arriverai à Jérusalem. J’allège aussi mon téléphone portable de tout ce qu’il a mémorisé ces derniers temps et je vide complètement la carte-mémoire de mon appareil-photo...

Plus tard, un homme en tenue décontractée, cheveux ras et teint bronzé, vient me chercher et, sur un ton badin, me dit qu’il souhaite me voir répondre à quelques questions... Je le suis dans une alvéole minuscule, où deux jeunes femmes sont tassées derrière un bureau et suivent des écrans d’ordinateurs. Il m’ordonne de m’asseoir en face d’elles, pendant que lui reste debout à côté de moi, appuyé à la cloison. Lorsque je dis que je voudrais récupérer mes bagages, il me répond qu’ils sont plus en sécurité que lui-même dans cet aéroport... Les autres, ceux qui m’ont interrogée avant lui, c’étaient la Sécurité d’abord et l’Intérieur ensuite, lui, c’est le Ministère de la Défense et ça n’a rien à voir. On va tout recommencer depuis le  Pas possible, je gagne 2- Moi-même. - Qui vous paie vos voyages ? -début...  fois votre salaire, et je ne pourrais pas me le permettre ! Et il reprend la thèse des 13 voyages en Israel en une année.

Le ton se fait plus dur : il veut savoir ce que je visite dans le pays, les noms des lieux à Jérusalem, à Bethlehem, les hôtels où j’ai mes habitudes, le nom des gens qui m’y accueillent, je dois savoir comment ils s’appellent et ils doivent me connaître familièrement... Il me fait donner une feuille pour que j’écrive... Je réponds que je ne veux pas donner de noms de personnes... Il coupe alors net l’interrogatoire et m’ordonne de retourner en salle d’attente, il y a beaucoup de gens, on a tout le temps, ajoute-t-il...

Entre-temps, des jeunes sont arrivés, occidentaux manifestement. D’autres familles arabes, aussi. La salle s’est remplie. Par téléphone, je lance mes premiers appels à l’aide. Une amie me donne le numéro des urgences du Consulat de France (celui que j’avais était périmé !), et tout de suite, une Consul-adjointe me recontacte pour me dire que, renseignements pris auprès des services de sécurité de l’aéroport, je n’aurai pas de visa d’entrée et je serai expulsée très rapidement. C’est une décision irrévocable ! Elle me conseille de faire appel à la presse française lorsque je serai rentrée à Paris. Je fais valoir que je préférerais me battre d’abord sur place pour obtenir le droit d’entrer... Contacter la presse israélienne alors, cela peut être efficace ... En dernier ressort, elle me donne le téléphone d’un avocat. Des amis palestiniens cherchent de leur côté à obtenir aussi le concours d’un avocat...

Dans la salle d’attente, j’interroge mes voisins occidentaux : ils ont dit qu’ils venaient comme bénévoles donner des cours dans un camp de Réfugiés, par l’intermédiaire de l’UNRWA (Office de l’ONU pour les Réfugiés Palestiniens). Le ballet des interrogatoires continue...

Une policière en chemise blanche et uniforme marine vient à nouveau me chercher et me laisse entendre que, comme je n’ai pas voulu coopérer... Le 1er officier, celui de l’Intérieur, est toujours à son bureau, sa kippa posée devant lui. Il me dit que je n’ai pas dit la vérité sur mes activités, que j’ai menti, et que pour cette raison, le ministère qu’il représente ne m’autorisera pas à entrer... Je lui explique alors que je suis syndicaliste en France et que, après que mon union syndicale a invité une représentante du syndicat des Femmes Arabes de Beit Sahour à participer à son congrès en juin dernier, je viens à mon tour rendre visite à ce syndicat avec  Je n’ai pas menti,- Pourquoi nous avez-vous menti ? -lequel nous travaillons.  je viens aussi faire du tourisme, découvrir le pays, et je profite de mon voyage  Pourquoi ne l’avoir-pour effectuer cette visite à des syndicalistes amis...   Parce que je sais que si j’avais parlé de ces liens avec-pas dit plus tôt ?  une structure sociale palestinienne, cela serait devenu immédiatement un  Quelles sont les activités de ce syndicat des femmes-problème pour vous...   Des activités sociales : aide à l’enfance, atelier de travail pour-arabes ?   Est-ce que cette structure-handicapés, aide aux femmes en difficultés...   Elles font un travail social,-participe à des manifestations contre l’armée ?  pour les femmes, les enfants, les handicapés...

Mais il est trop tard, la décision est prise, ’’j’aurais dû demander un visa auprès des autorités consulaires israéliennes en France’’... Ceux-là doivent pourtant bien savoir que les Français n’ont pas à demander de visa d’entrée en Israel...

Retour en salle d’attente où une policière est venue s’asseoir aussi, un portable rivé à l’oreille et à la bouche. Au début, je crois qu’elle est venue faire une pause bavardage avec une autre pipelette. Mais quand je me lève pour téléphoner et que je franchis la porte, elle me signifie que je ne peux sortir de la pièce... Je lui demande de l’eau, ’’il n’y a que la fontaine à côté des toilettes’’, et elle doit m’y accompagner... Je comprends que désormais, ils ne vont plus me lâcher d’une semelle !

On me demande de me rendre au contrôle des bagages. Escorte : 4 pour 1 ! Je récupère ma valise qui traînait (en ’’toute sécurité’’ !) au milieu des tapis roulants depuis le début d’après-midi, et nous voilà partis pour un centre de scannage ultra-verrouillé. Ils sont au moins 15 à défiler là-dedans, chargeant des valises énormes, et passant leurs engins magnétiques sur tout ce qui pourrait contenir ... quoi ? Après le scanner, je dois ouvrir mes sacs que des jeunes gens en gants blancs vont déballer complètement. Ils ne trouvent rien qui puisse intéresser les services secrets, évidemment, mais même mon téléphone français a été passé au détecteur de mensonges. Il a pris une telle dose de gégène que pendant un temps, il écrit tout seul des messages sibyllins remplis de 7... Fouille au corps pour terminer, sous les propos gênés de la jeune femme qui doit me palper ... jusque sous les pieds (nus !). Je lui dis que ça me fait sourire parce que je n’ai rien à cacher !

Ultime retour à la salle d’attente, qui s’est presque vidée. Il est tard. Une autre jeune femme en débardeur poussin moulant sa grossesse m’annonce qu’elle va m’emmener là où je pourrai me rafraîchir, manger, boire, me reposer... Je proteste, j’attends des nouvelles du Consulat, d’un avocat, on ne m’a rien signifié officiellement, pas expliqué ce qui allait se passer maintenant, alors que j’ai obtenu plus d’une dizaine de visas d’entrée sans problème jusque-là ! Mais elle a des ordres, je dois la suivre, elle et sa collègue en tenue plus ’’bleu marine’’, qui me jette des regards noirs... Je dis à celle qui me parle avec le sourire que je la trouve charmante dans son débardeur jaune et ses tongues dorées, mais que je ne sais pas qui elle est, que je n’ai aucune raison de lui faire confiance, que je voudrais une explication face à face avec l’autorité qui décide ! Elle éclate de rire en s’excusant de sa tenue ... de femme enceinte et me montre sa carte professionnelle. Mais pour moi, c’est de l’hébreu !

Dans un fourgon banalisé, où j’ai dû monter tout à l’arrière, elles me conduisent vers une destination inconnue. Je reconnais seulement les panneaux aéroportuaires qu’on voit partout aux abords des tarmacs : Terminal 2, Terminal 3.

Un Consul de France m’appelle sur mon portable. Gros yeux de celle qui ne sait que donner des ordres : ’’Vous n’avez pas le droit de téléphoner’’ ! Je continue à parler en français à mon interlocuteur, qui me confirme qu’il n’a rien pu faire pour moi auprès des autorités israéliennes. Nouveau rappel à l’ordre : je dis C’est le Consul de France, vous ne pouvez pas m’empêcher de communiquer avec lui, vous pouvez vérifier. Bref échange, la voix rude se radoucit et me repasse mon portable. Le Consul, qui a une légère intonation de la Caraïbe, me dit que, dans mon cas, ses services n’insistent pas trop, car autrement, ils n’auraient plus de monnaie d’échange et se décrédibiliseraient complètement (sic !).

Le fourgon s’arrête, on me fait descendre, passer des grilles où d’autres policiers nous attendent. Je dois laisser ma valise dans un rez-de-chaussée étroit et monter à l’étage : endroit glauque composé d’un petit hall avec quelques chaises de molesquine fatiguée, une table basse, et, derrière, un bureau vitré avec des hommes en uniforme.

On me dit de m’asseoir. Pour passer le temps et oublier un peu l’endroit, je sors un livre. Je ne sais pas où je suis. En dehors des flics, je ne vois personne. Il y a juste un couloir face à moi, avec des portes kaki percées d’une petite fenêtre vitrée. Un policier fait entrer dans ce couloir plusieurs hommes de type asiatique, tout sourire lorsqu’ils me voient, et les entraîne plus loin. Un homme noir d’un certain âge arrive alors avec un bracelet de plastique au bras droit et peut-être un pansement au creux du coude... Il s’assoit à côté de moi et se met à téléphoner dans une langue inconnue. Lorsqu’il raccroche, je le salue. Il se touche la tête en disant qu’il a mal. Il a l’air mal en point. Je lui demande s’il a des médicaments pour la douleur, oui, on lui en a donné. Il ne tient pas debout. Soudain, je repense au détenu tunisien qui est mort au CRA de Vincennes, faute de soins, alors qu’il avait demandé de l’aide. Je suggère au policier d’emmener cet homme dans une pièce tranquille où il pourrait s’allonger...

J’ai soif et la jeune femme enceinte, qui est toujours dans le bureau, me conduit à la cuisine, en me proposant aussi un sandwich qu’elle sort du frigo. Je n’ai pas vraiment envie de manger cellophane, mais j’accepte en pensant à la nuit qui m’attend... Nous discutons des droits des femmes enceintes en Israel. Pas grand-chose, comparativement aux congés maternité en France : elle travaillera jusqu’à son accouchement ! Ses mots ne sont pas tendres pour le travail qu’elle fait...

Je demande encore un thé et la possibilité de téléphoner à un ami qui connaît un avocat et ne peut plus me joindre sur mon téléphone, qui m’a été retiré. Les policiers acceptent aussi de me laisser voir ce qui est écrit dans mon passeport. A ma grande surprise, il n’y a pas le moindre tampon attestant de mon passage par l’aéroport, la police des frontières, la douane, les services ’’spéciaux’’. Aucune trace du ’’Denied’’ de refoulement tant de fois répété dans l’après-midi ! Je songe que cette absence de trace écrite du refus de visa ne va pas me faciliter la tâche en France, si je veux contester la décision... Les policiers présents ce soir-là n’en reviennent pas qu’on ait pu prendre la décision de me renvoyer après m’avoir accordé X visas pendant des années...

Je retourne m’asseoir. Un policier me fait signe de prendre mes affaires et de le suivre. Il me conduit vers le fond du couloir, dans cette partie qui était jusque-là cachée à ma vue, celle des cellules de détention. Derrière les portes kaki, en effet, il y a des hommes et des femmes enfermés. Plusieurs cellules d’hommes, une de femmes, la dernière. Le policier actionne la serrure de la porte et me fait entrer. 2 châlits superposés de chaque côté de la pièce, au milieu, une table encombrée de gobelets et de restes de repas. Une seule chaise. Sur les paillasses enveloppées de plastique kaki, 3 femmes allongées. Les yeux de la première, qui se lève, frappent mon regard : son visage est bouffi de fatigue et de larmes. Elle est si jeune, si blonde. Elle sort. La porte est reverrouillée.

La seconde, en face, allongée sur le lit supérieur, se redresse et me sourit. Elle a un beau visage noir et clair. Je ne sais plus les mots qu’on échange, mais on se parle tout de suite. La troisième ne sort pas de sa prostration. Je ne verrai même pas ses traits. Plus tard, j’apprendrai qu’elle attendait son expulsion d’un instant à l’autre...

Mais on vient me rechercher : Madame la Consul de France m’appelle à son tour (combien y a-t-il de Consuls de France dans ce pays ?) pour me faire part de son soutien dans cette épreuve : je suis maintenant au centre de rétention de l’aéroport, est-ce que les conditions ne sont pas trop précaires et inconfortables ? Ses démarches auprès des autorités sont restées sans succès. Dans la période récente, il y a eu des refus de visa tous les jours. Depuis la mort de plusieurs Israéliens à Jérusalem-Ouest suite à l’attaque d’un Palestinien qui conduisait un bulldozer, la situation s’est beaucoup durcie. Même le Directeur d’un grand musée parisien a été refoulé ! Elle ajoute que dans un cas comme le mien, elle conseille d’avertir à l’avance le Consulat de sa venue et du but de son séjour, car cela facilite la tâche du Consulat auprès des autorités israéliennes en cas de difficultés dans la délivrance du visa. Sans garantie de résultat positif, évidemment. Je suis bien d’accord avec elle sur cette dernière phrase, car cela m’étonnerait que les activités syndicales déclarées avec des Palestiniens donnent droit facilement au feu vert des autorités israéliennes !

Notre conversation s’arrête là, et pour qu’une autre soit possible, il faudra que le Ministère de l’Intérieur l’autorise...

C’est à nouveau l’heure pour moi de rejoindre mes quartiers de nuit : on me ramène en cellule. Des sourires m’accueillent, et des mots de bienvenue. On échange nos prénoms. Pourquoi es-tu là ? Et toi ? Je découvre l’intérieur du système carcéral pour étrangers indésirables. Histoires personnelles tant de fois entendues, lues, répétées, dans tous les pays d’Europe aujourd’hui. Et pourtant histoires uniques : Milana est étrangère, mais mariée à un ressortissant du pays avec qui elle a un enfant. Sortie seule pendant quelques semaines pour rendre visite à ses parents malades, elle se voit interdite de retour auprès de son conjoint et de son fils. Elle devra rester enfermée en cellule jusqu’à ce que la Cour de justice israélienne ait statué sur son sort. Cela peut prendre plusieurs mois. Mais c’est cela ou l’expulsion immédiate ! C’est une histoire à devenir folle : elle ne peut communiquer avec personne, recevoir aucune visite, jamais prendre l’air. L’avocat sollicité par son mari s’occupe de la défendre, mais uniquement depuis l’extérieur. Nous parlons de son fils, qui attend son retour. Elle n’a pas pu lui parler. Il a été accidenté à la naissance, et doit encore subir des opérations. Elle ne sait pas si elle tiendra longtemps dans ces conditions...

Fleur, elle, était venue d’un autre continent il y a des années pour travailler et permettre à son grand fils de faire des études au pays. Elle était sans-papiers. La police est venue la cueillir directement pour l’expulser, mais cela fait maintenant des semaines qu’elle attend, démunie de tout, qu’on veuille bien la mettre dans l’avion du retour. Ce sera pour dimanche prochain, lui dit-on. Mais les dimanches passent, et rien ne vient. Elle attend toujours. Je lui demande ce qui va se passer pour elle à l’arrivée. Elle ne sait pas...

A mon tour, je raconte qui je suis et ce que je fais en France dans le RESF. Les aléas de la vie ont voulu que cette nuit, je partage le sort de celles qu’habituellement, je m’efforce de sortir de la situation où elles se trouvent ! Milana et Fleur auraient pu en effet être arrêtées en France pour défaut de papiers ou non-reconnaissance des droits qu’ouvrent le mariage ou la maternité. Elles pourraient être détenues dans une de ces prisons françaises pour étrangers qui ont nom Mesnils-Amelot, Geispolsheim ou Lyon Saint-Exupéry.

Et si elles n’avaient pas été là pour m’accueillir et me donner leur confiance, j’aurais passé une sale nuit de solitude et d’angoisse. Qu’elles soient remerciées d’avoir encore trouvé en elles cette faculté de se raconter, d’écouter, de me faire une petite place dans cet espace clos qu’elles seules humanisaient !

Un visage souriant apparaît derrière la vitre, c’est celui de l’un des hommes d’une cellule voisine qui fument dans le couloir. Ca les amuse beaucoup de venir regarder à l’intérieur de la cellule des femmes... Ils sont thaïlandais, chinois, roumains, africains...

Un policier vient ouvrir la porte pour me demander si je sais ce qui va se passer le lendemain... Non, on ne m’a rien dit de précis. Je serai mise dans l’avion de 6h pour Prague, direction Paris... Est-ce qu’il va m’accompagner lui-même ? Non, il voudrait bien, mais son rôle s’arrêtera à la porte de l’avion... Rendez-vous à 5h. Nous échangeons un sourire cordial et il reverrouille la porte.

Je tambourine un peu plus tard pour avoir quelque chose à mettre sur le plastique de ma paillasse et une serviette de toilette. Un jeune policier s’exécute. Mais la serviette est sale et le ’’drap’’ une housse en nylon de type hôpital, trop petite pour couvrir le matelas...

Ca ne fait rien, comme c’est justement l’extinction des lumières allumées toute la journée au-dessus des lits, je vais quand même prendre une douche pour profiter du confort de la civilisation (Milana me prête sa savonnette) et m’arranger un couchage évitant le contact avec les couvertures malodorantes...

Dans un savant jeu de permutation des lumières, douche et toilettes resteront allumés toute la nuit, pour que nos geôliers puissent voir à tout moment ce qui se passe dans nos lits...

Mes compagnes se sont enfermées en elles-mêmes comme les oiseaux qui se taisent lorsqu’on couvre leur cage. Elles ne diront plus un mot. Je me hisse sur mon châlit (comment vais-je faire pour en redescendre sans aide, avec une échelle aussi minuscule ?) et je rallume mon téléphone français, gardé secrètement. Comme il m’est précieux dans la solitude nocturne ! Grâce à lui, je vais pouvoir communiquer avec les amis de partout qui attendent des nouvelles et n’ont pas cessé de me soutenir. Les plus couche-tard me répondent. Avec Françoise s’engage une véritable conversation par SMS, c’est formidable, le lien avec le monde ne tient qu’à une légère vibration entre mes doigts et c’est comme si la prison s’ouvrait, comme si je faisais la nique aux puissants qui m’ont jetée là.

J’envoie aussi des messages aux amis enfermés de l’autre côté du Mur, qui veillent impuissants au fond de leur maison et ne peuvent me répondre... Je sais ce qu’ils ressentent, pour avoir déjà vécu auprès d’eux leur propre interdiction de quitter les Territoires, ou l’interdiction d’entrer d’autres amis français. Je sais la rage et la tristesse, qu’il leur faudra encore une fois surmonter.

Lorsque la nuit s’avance, je m’assoupis. A 3h, un homme de ronde entre et me fait signe de rester calme. Les heures s’égrennent dans le silence des avions qui vont et viennent. J’attends 4h30 pour me lever et tenter une descente de mon perchoir sans dommages. Heureusement, Fleur veille, a vu et vient à mon secours ! Je lui demande un téléphone où la joindre plus tard et lui écris mes coordonnées. Avant de partir, je lui fais cadeau de mon dentifrice et d’une crème hydratante, pour qu’elle puisse prendre un peu soin de son si doux visage. Je lui dis tout le plaisir que j’ai eu à la connaître et que j’aurai à la savoir hors d’ici, près des siens. Je la questionne encore sur sa famille, un mari, une fille. Nous avons presque le même âge... Comment fait-elle pour ne pas sombrer dans cet univers dépourvu de tout repère ? Elle est forte, Fleur, je le lui dis, il faut qu’elle le reste, pour elle et pour les autres.

Je réveille Milana pour la saluer et lui souhaiter que son cauchemar s’arrête enfin. Mais elle ne parvient pas à sortir de son engourdissement. Sans doute ne veut-elle pas revenir à l’insoutenable réalité des jours sans fin qui succèdent aux jours... Je lui demande de trouver la force de continuer à se battre, de réfléchir à ce qui est le mieux pour elle (rester là ou demander à repartir), de ne pas attendre d’être trop démoralisée pour prendre une décision...

C’est pour moi l’heure de partir. 2 hommes et un enfant sont déjà dans le couloir, je reconnais le jeune aperçu la veille lorsqu’on lui faisait signer sa ’’demande’’ pour rentrer chez lui. Visage complètement fermé de la défaite. L’autre est plus volubile, il vit en Finlande et était venu voir un ami. Il lance un Sabah Al Her à la cantonade. Quel plaisir d’entendre parler arabe ! Les deux policiers de service, avec douceur, nous emmènent récupérer nos bagages et nous font sortir du centre de rétention. On monte dans le fourgon qui nous conduit vers nos avions respectifs. Pas de sirène, pas de cris. Je serai la dernière ’’débarquée’’. Pendant que le premier policier est parti porter mes bagages dans la soute, je demande à celui qui me garde d’où il vient, s’il vit en Israel depuis longtemps et s’il pense que la vie est facile ici. Il est Ethiopien, ne peut en dire plus, mais non, la vie n’est pas facile... Son collègue revient, il faut attendre avant de me faire embarquer. Lui, il est Druze...

Ils m’escortent jusqu’en haut de l’escalier d’accès à l’appareil. Mon passeport est remis au commandant de bord. Je serre la main de mes chaperons, en saluant la correction de leur attitude, et j’entre dans l’avion. Tous les passagers sont assis. Je cherche mon siège, ce sera au dernier rang. On me regarde traverser l’allée. En mon for intérieur, je me demande ce que ces gens-là peuvent bien penser d’une femme amenée par deux flics... Je ressens l’humiliation que peuvent vivre tous ceux qui sont embarqués de force dans des avions de ligne pour être expulsés, au milieu des touristes...

Pas de voisins immédiats, ma place est tout au fond, là où j’ai déjà remarqué lors de précédents voyages que les sièges sont toujours vides, et ’’réservés à la sécurité’’ comme disent les hôtesses lorsque quelqu’un veut s’y asseoir pour être tranquille.

Pendant le vol, j’écris. Je note tout ce qui me reste de l’expérience vécue. J’essaie de reconstituer fidèlement la chronologie des faits.

Je ne suis pas traitée différemment des autres passagers, mais peu avant l’atterrissage à Prague, une hôtesse vient me signifier que la police tchèque m’attendra peut-être à l’arrivée pour assurer mon transfert vers la France. Je sortirai donc la dernière et j’attendrai qu’on me dise ce que je dois faire...

Mais visiblement, mes expulseurs n’avaient que faire de cette précaution et n’ont pas cru bon de faire appel à leurs homologues pragois. Je sors libre !

Il m’en coûtera 8 euros pour boire le café du retour à ce curieux statut de citoyenne libre, mais interdite...

A Paris non plus, il n’y aura pas d’uniformes pour m’accueillir... C’est fini, je n’ai plus qu’à retrouver mes amis et à chercher comment faire pour continuer.

Parmi les ’’nuisibles’’, il y a ceux à qui, comme à moi, Israel interdit l’entrée pour des raisons non-formulées. Il y a aussi ceux à qui Israel, comme nombre d’Etats de par le monde, dont la France, impose la prison avant de les expulser parce qu’ils sont étrangers sans visa, sans titre de séjour, ou simplement jugés arbitrairement indésirables par des institutions qui bafouent les droits les plus élémentaires de la personne humaine. Fleur et Milana sont de ces ’’nuisibles’’ là !

Et enfin, il y a ces ’’nuisibles’’, les plus nombreux, qu’Israel confine dans une prison à ciel ouvert, dans des ’’camps’’ de plus en plus fermés, et qui sont traités comme des criminels : les Palestiniens, étrangers sur leur propre terre.

Ceux qui leur rendent visite ne doivent jamais oublier que la puissance occupante, qui se donne en toute impunité droit de vie et de mort sur ses ’’prisonniers’’, est seule à décider qui entre et qui n’entre pas sur ’’son’’ territoire.

Noelle Ledeur :

14 juillet
Noelle Ledeur à partir des notes prises entre Tel Aviv et Paris le 10 juillet 2008.

http://www.france-palestine.org/article9429.html

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Leïla Chahid concernant l'Union pour la Méditerranée

La déléguée générale de la Palestine auprès de l'Union européenne, Leïla Chahid, a mis en garde lundi contre le risque de "mettre la charrue avant les boeufs" en lançant l'Union pour la Méditerranée sans qu'un Etat palestinien soit créé.
"Comment voulez-vous que nous, qui sommes sous occupation depuis 41 ans, qui aspirons à un Etat depuis 60 ans, nous puissions croire qu'on peut mettre la charrue avant les boeufs, avoir des autoroutes de la mer, avoir la dépollution de la Méditerranée, construire des projets d'environnement lorsque nous ne pouvons pas sortir du périmètre dans lequel nous vivons?", a expliqué à une correspondante de l'AFP Mme Chahid.
"J'ai du mal à penser que ce qu'on n'a pas pu réussir avec Barcelone on le réussirait aujourd'hui tant que l'élément essentiel de la stabilité, de la paix, de la coexistence, de l'intégration économique n'est pas assuré, ça veut dire la création d'un Etat palestinien", a-t-elle poursuivi.
"Si ce projet contribue à faire respecter le droit, la fin de l'occupation militaire en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem même, vive l'Union pour la Méditerranée, mais si c'est pour créer un autre rêve ou une autre illusion pour les Palestiniens, ils auront beaucoup de mal à y croire", a-t-elle encore dit.
Mme Chahid se trouvait à Arles (Bouches-du-Rhône) à l'occasion d'un récital poétique de Mahmoud Darwich, pour les 30 ans d'Actes Sud, éditeur de l'auteur palestinien.
"Je n'ai pas de commentaire sur cette question parce que je n'ai pas compris le fond du projet", a pour sa part ironisé Mahmoud Darwich, "si j'ai un jour l'occasion de poser la question à M. Sarkozy je lui poserai la question et j'espère qu'il me convaincra".
L'Union pour la Méditerranée a été lancée dimanche à Paris à l'occasion d'un sommet réunissant 43 pays à l'invitation du président Nicolas Sarkozy. Le processus de Barcelone lancé en 1995 pour tenter de relancer la politique méditerranéenne de l'UE s'était notamment heurté aux tensions israélo-arabes.
Leïla Chahid
Le 14/07/2008 à 15:42

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