FREE PALESTINE

Le Mouvement Citoyen Palestine est une association de fait, constituée de citoyens d’horizons divers et qui a pour objectif la promotion et la défense des droits inaliénables du peuple palestinien à disposer de son territoire et d’un Etat.

16 mai 2008

REVUE DE LA PRESSE ISRAELIENNE

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Les Titres

Haaretz (Le pays) :
Israël : les déclarations de George Bush reposent sur une base solide

The Jerusalem Post : Nouvel élan du soutien régional en faveur du projet de canal entre la mer rouge et la mer morte pour une coût de 3 milliards de dollars

Maariv (Le soir) :
Tout devient plus cher Yediot aharonot (Les dernières nouvelles) :
L’inflation est de reour


Diplomatie
Discours de George Bush devant la Knesset
Les trois grands quotidiens israéliens reprennent ce matin les propos tenus hier par George Bush devant la Knesset. Le président des Etats-Unis a fait part de l’admiration de son pays pour Israël, ses talents et sa détermination. Il a, entres autres, désavoué les condamnations dont fait régulièrement l’objet Israël, « la plus libre des démocraties au Proche-Orient », aux Nations-Unies qui l’accusent de violer les droits de l’homme. « Nous croyons qu’un régime démocratique est le seul moyen de garantir les droits de l’homme », a déclaré George Bush.
M. Bush a également assuré Israël du soutien des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme : « Israël ne compte qu’un peu plus de sept millions d’habitants, mais quand il s’agit de la lutte contre le terrorisme et le mal, nous sommes 307 millions de personnes car les Etats-Unis vous soutiennent ». Ce soutien s’applique également à la lutte israélienne contre l’obtention par l’Iran de l’arme nucléaire : « si nous permettons à ce pays, qui soutient le terrorisme, de détenir l’arme la plus meurtrière qui soit, ce sera trahir les générations futures. Pour la paix, le monde ne doit pas permettre à l’Iran de détenir l’arme nucléaire », a-t-il déclaré.
George Bush a suscité l’enthousiasme parmi les députés israéliens qui l’ont interrompu à quatorze reprises par leurs applaudissements, écrit le Maariv. Les propos du président américain ont été particulièrement bien accueillis par la droite israélienne : « c’était un discours sioniste au sens le plus profond du terme », a déclaré l’ancien ministre des Affaires étrangères Likoud Sylvan Shalom, « si seulement nos dirigeants s’exprimaient ainsi ». Arié Eldad, de l’Union Nationale, est allé jusqu’à proposer d’échanger Ehud Olmert contre George Bush. Les représentants des partis arabes, en revanche, ont boycotté la séance. Dans les minutes qui ont précédé le discours, les trois députés du parti arabe Raam-Taal ont brandi des photos d’enfants tués en Irak et dans la bande de Gaza, ce qui leur a valu d’être exclus de la salle.
Dans son discours, écrit le Haaretz, le Premier ministre Ehud Olmert a quant à lui promis que quand Israël et les Palestiniens parviendraient à un accord, celui-ci « sera ratifié par le Knesset à une large majorité et sera approuvé par une large majorité des Israéliens ».
Tzipi Livni : L’objectif n’est pas de signer un accord mais de garantir nos intérêts
La ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni s’est exprimée hier devant la conférence internationale organisée par le président Shimon Pérès. Mme Livni, écrit le Maariv, a réaffirmé la nécessité de renoncer à des territoires pour la paix, tout en soulignant que la réalité sur le terrain appelle à la précaution : « moi qui mène les négociations pour Israël, je peux vous dire que la paix est notre rêve, mais qu’un accord ne conviendra à Israël que s’il assure réellement les intérêts israéliens. Parallèlement, nous devons déterminer à l’avance qui se trouvera de l’autre côté de cette frontière. Nous ne pouvons nous permettre qu’il y ait là-bas un Etat terroriste, ni un Etat islamique radical, ni un pays arriéré avec des milices ».
Pour le chef de la diplomatie israélienne, le futur Etat palestinien doit résoudre le problème des réfugiés : « les Palestiniens pourront célébrer leur Fête de l’indépendance, le jour où le mot nakba (‘catastrophe’, qui désigne la création de l’Etat d’Israël) ne fera plus partie de leur vocabulaire ».
Mme Livni a également appelé à l’établissement d’une constitution en Israël.
Israël/Palestiniens
Neuf roquettes tirées vers Israël
Neuf roquettes Qassam ont été tirées hier vers Israël, rapporte le Haaretz. Une de ces roquettes s’est abattue dans la cour d’un jardin d’enfants à Sdérot, causant des dégâts mais pas de blessés.
Par ailleurs, suite au tir avant-hier d’une roquette Grad vers Ashkelon, les autorités militaires ont décidé de faire fonctionner un système d’alerte anti-roquettes à Netivot et dans d’autres localités de la région Sdot Néguev. L’alerte devrait se déclencher trente secondes avant la chute des roquettes.
Hier, deux membres du Hamas ont été tués dans un raid aérien dans le nord de la bande de Gaza./.

Editeur : La France en Israël
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60e anniversaire de la Nakba : C’est encore la catastrophe l

jeudi 15 mai 2008 El Watan
60e anniversaire de la Nakba
C’est encore la catastrophe l

http://www.elwatan.com/spip.php?page=article&id_article=94182

C’est aujourd’hui que les Palestiniens commémorent le 60e anniversaire de l’injustice qui leur est imposée par une résolution de l’ONU.

Les Palestiniens commémorent aujourd’hui le 60e anniversaire de la spoliation de leur terre, et d’une manière plus générale de l’injustice qui leur est faite avec le consentement de la communauté internationale, puisque l’ONU avait voté en son nom la triste résolution 181 de novembre 1947, ordonnant le partage de la Palestine. De nombreuses manifestations sont, bien entendu, prévues par devoir de mémoire. Et, entre autres faits, les députés des partis arabes israéliens ou encore ces fameux descendants de Palestiniens demeurés sur leur terre, vont boycotter la séance de la Knesset aujourd’hui, où le président américain George W. Bush doit prononcer un discours à l’occasion du 60e anniversaire de la création de l’Etat hébreu. Le ton a été donné, hier, à Tel-Aviv, puisque M. Bush, dès son arrivée, a affirmé l’étroitesse des liens entre les Etats-Unis et Israël et de sa confiance dans l’avenir. Le discours de M. Bush interviendra le jour de la commémoration par les Palestiniens de la « Nakba », la « catastrophe » que fut pour eux la création d’Israël en 1948, sur les trois-quarts de la Palestine historique. Neuf députés, représentant la communauté arabe qui rassemble les descendants de 160 000 Palestiniens restés sur leur terre après la création d’Israël, boycotteront le discours de M. Bush. Le parti communiste, Hadash, qui compte deux députés arabes et un député israélien, a affirmé dans un communiqué, que ses trois élus boycotteraient la séance spéciale de la Knesset qui se tiendra « le jour où le peuple palestinien marquera le 60e anniversaire de sa Nakba, pendant laquelle il a été chassé de sa patrie et qu’on empêche aujourd’hui d’établir son Etat indépendant ».
Qualifiant M. Bush de « criminel de guerre », le parti a dénoncé son « soutien aveugle à Israël » et à ses guerres contre « les peuples palestinien et libanais ». Le député, Jamal Zahalqa, chef de file du Rassemblement national démocratique (RND), dont les trois élus boycotteront le discours, a accusé M. Bush de « montrer son indifférence envers la Nakba du peuple palestinien et ses souffrances et traduit son impartialité idéologique totale en faveur d’Israël ». Le député, Ahmad Tibi, en fera autant avec ses trois collègues représentant une alliance entre la Liste arabe unifiée et le Mouvement arabe pour le changement.
Quelque 760 000 Palestiniens ont été poussés à l’exode lors de la création de l’Etat d’Israël, le 14 mai 1948. Le sort de ces réfugiés et de leurs descendants, environ 5 millions de personnes, est la question la plus épineuse du conflit israélo-palestinien. Israël refusant d’entendre parler de leur retour sur son territoire. Israël a occupé, en juin 1967, la Cisjordanie et la bande de Ghaza, des territoires où les Palestiniens se sont résignés à créer leur futur Etat, sans renoncer pour autant, au droit au retour des réfugiés sur leur terre. La communauté arabe israélienne compte aujourd’hui plus de 1,2 million de personnes sur une population totale de près de 7 millions. Plusieurs rapports officiels israéliens et institutions comme la Cour suprême ont admis que les Arabes israéliens étaient victimes de discriminations économiques et sociales. C’est le fameux apartheid décrit par de nombreuses organisations et personnalités de premier plan. Quant aux Palestiniens des territoires occupés, ils font face au terrorisme d’Etat israélien. Quatre d’entre eux ont été tués, hier, dans des opérations de l’armée israélienne dans la bande de Ghaza, ont indiqué les services d’urgence palestiniens. Ces opérations ont coïncidé avec l’arrivée du président Bush en Israël. Au moins 467 personnes, presque toutes Palestiniennes ont été tuées depuis la relance des négociations de paix israélo-palestiniennes, fin novembre 2007 à Annapolis, aux Etats-Unis, selon un bilan non-officiel. Et il est sûr qu’un tel processus ne mènera nulle part. C’est le président israélien lui-même qui a fait cet aveu, sous forme de déclaration à un quotidien américain. D’ailleurs, même les Palestiniens n’y ont pas cru, mais leurs dirigeants refusent toujours d’endosser l’échec.

T. Hocine

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Objectif : sauvez les Juifs d’eux-mêmes

Objectif : sauvez les Juifs d’eux-mêmes 

Ofri Ilani

Haaretz, 5 mai 2008 

www.haaretz.co.il/hasite/spages/980762.html 

Version anglaise (très partielle) : 1948 diaries: Saving the Jews from themselves -www.haaretz.com/hasen/spages/980577.html  

« Haaretz » publie pour la première fois des extraits de carnets intimes de Judah Leon Magnes, le leader sioniste qui chercha à faire échec à la création de l’Etat. 

L’examen médical réalisé par le Dr Ehrenfels sur Judah Leon Magnes, le président de l’Université Hébraïque, avait montré que son état de santé était encore fragile mais en équilibre. La date : 13 avril 1948. Magnes, un homme de 70 ans, malade, sait que sa maladie aura bientôt raison de lui. Malgré cela, il décide de prendre d’urgence l’avion pour New York, et de là à la Maison Blanche à Washington, afin d’arrêter la guerre qui fait rage dans le pays. Il ne représente quasiment personne en dehors d’un groupe de professeurs pacifistes, mais il a ses entrées et de l’influence au sommet de l’administration américaine. Les extraits de son journal, publiés ici pour la première fois, mettent en lumière un des chapitres oubliés de l’époque de la guerre d’Indépendance : le voyage du leader sioniste qui chercha à convaincre le Président des Etats-Unis d’imposer un cessez-le-feu et d’empêcher la mise en œuvre du Plan de Partage et la création de l’Etat juif. 

Lorsque le 29 novembre 1947, la décision du partage a été prise, tout le yishouv juif n’est pas descendu dans les rues pour faire la fête. Un groupe d’intellectuels, professeurs à l’Université Hébraïque pour la plupart, était convaincu que la guerre qui éclaterait à la suite de la création de l’Etat juif amènerait une catastrophe pour les Arabes comme pour les Juifs. Judah Magnes, fondateur et chancelier de l’Université Hébraïque, était un rabbin réformé, pacifiste et anti-impérialiste, connu entre autres pour son opposition à la première Guerre Mondiale. En même temps, c’était un des dirigeants sionistes les plus importants de son temps, un des fondateurs de la communauté juive de New York, et un des principaux intermédiaires entre la direction sioniste et l’administration américaine. Depuis son immigration en Palestine en 1922, il a soutenu la création d’un Etat unique, binational, pour les Juifs et pour les Arabes, avec un gouvernement composé de représentants des deux peuples.

Disciple de Gandhi et de Jérémie 

Ecrits en anglais, les carnets personnels de Magnes sont conservés dans les archives centrales pour l’histoire du peuple juif à Jérusalem. Il y décrit le désespoir suscité par la guerre civile dans les territoires d’un Mandat britannique approchant de son terme. Les événements de la politique et de la guerre se mêlent à l’aggravation de sa maladie. Il raconte son sommeil troublé et ses cauchemars.

« A la différence d’autres dirigeants sionistes, comme Ben Gourion, les journaux de Magnes ne constituent pas seulement un document politique », dit le professeur Aryeh Goren, de l’Université Hébraïque, qui a étudié et édité les écrits de Magnes. « Son écriture est très personnelle – il s’épanche et parle de ses doutes et de ses faiblesses. » 

Magnes se considérait comme un disciple du Mahatma Gandhi et du prophète Jérémie, et il s’opposait à toute espèce de nationalisme fondé sur la force militaire. L’association « Ihoud » qu’il fonda avec quelques-uns de ses amis, est tenue pour le symbole de la gauche du camp sioniste pour tout ce qui concerne les relations avec les Arabes. Ses membres ont été attaqués par à peu près tous les partis au sein du yishouv, et traités de défaitistes, attachés à la mentalité de l’exil, et d’antipatriotes.

« Magnes prédisait que même si nous gagnions la guerre, il y aurait encore une guerre après, et une autre encore. Qu’il n’y aurait pas de fin à cela », dit le professeur Goren. « Lorsqu’ont débuté les combats de la guerre d’Indépendance, il a tenté d’arrêter la mise en œuvre de la résolution de l’ONU et de promouvoir l’idée, initiée alors par le Département d’Etat américain, que l’ONU gèle la résolution du partage et impose en attendant aux deux parties un ‘régime de tutelle’ avec un gouvernement provisoire jusqu’à l’obtention d’un accord sur les conditions d’un autre règlement. Magnes pensait que c’était le moment d’arrêter le cours des événements, avec l’espoir que s’établisse dans l’intervalle une certaine compréhension et la possibilité de se parler. » 

Le 12 avril, il écrit dans son journal : « Cela fait maintenant plus que le temps d’une génération que je prêche la paix, la conciliation et la compréhension. Comment pourrais-je ne pas me dresser face au monde pour dire : ‘Les amis, arrêtez les effusions de sang. L’entente est possible.’ Cela fait des années que j’attends ce moment. » Le consul américain lui dit que si un régime de tutelle n’est pas instauré avant le 15 mai, la Palestine entrera dans une période « pleine de dangers et d’effusions de sang ». « Il faut une approche courageuse et constructive comme la mienne », écrit Magnes. « Le temps est venu – seul ou avec d’autres, je me rendrai aux Etats-Unis pour délivrer ce message. » Il espérait que si un Etat était proclamé, les Etats-Unis imposeraient des sanctions à tout Israël. « Une guerre ne peut se mener sans argent ni munitions », avait-il déclaré à ses sympathisants, aux Etats-Unis.

Le 13 avril, dans l’après-midi, Magnes, encore endormi, est contacté par le brigadier Jones, commandant britannique du secteur de l’Université Hébraïque, qui lui annonce que 34 employés de l’Université et de l’hôpital Hadassah, dont le directeur de l’hôpital, le Dr Haïm Yasky, ont été tués dans l’attaque d’un convoi qui se rendait au mont Scopus. En fin de compte, il était apparu que 77 personnes avaient été tuées dans l’attaque – beaucoup étaient des amis de Magnes. Pas moins que par ce massacre, Magnes est profondément secoué par les circonstances qui y ont abouti : quatre jours plus tôt, le 9 avril, avait eu lieu le massacre dans le village de Deir Yassin, où plus de cent Palestiniens avaient été tués par des membres de l’Irgoun et du Lehi. Lors des funérailles des victimes du convoi, Magnes fait le lien entre les deux événements et condamne « les actes de cruauté que les deux côtés ont perpétrés dans le pays, ces derniers jours ». Il est dénoncé comme traître par beaucoup au sein du yishouv, y compris par des professeurs de l’Université qu’il dirige.

« A la fin, nous perdrons » 

Comme il désespère des chances d’un changement politique au sein du yishouv, sa position se renforce dans le sens que seule l’Amérique pourra sauver les Juifs d’eux-mêmes. « Je vais à New York avec l’espoir que je pourrai contribuer à la paix de Jérusalem », écrivait-il. « Nous avons besoin de l’autorité et du pouvoir du Conseil de Sécurité pour que nous déposions les armes ». Selon Aryeh Goren, « Magnes redoutait que ce qui s’était passé dans le quartier de Cheikh Jarah [l’attaque du convoi se rendant à Hadassah - ndt] n’arrive à tous les Juifs du pays. Dans ses lettres, il exprime la crainte d’une destruction de Jérusalem ».

Accompagné de son épouse, Béatrice, et du médecin qui le soignait, Magnes se rend à l’aéroport de Lod. Le consulat américain, qui avait organisé le voyage en avion, redoutait aussi ce trajet : la route vers l’aéroport étant exposée aux tirs des snipers, ils passèrent par la ville de Rehovot. Magnes atterrit aux Etats-Unis et entreprend une série de rencontres avec des diplomates et avec des dirigeants juifs. Il présente son plan : « Une majorité significative de Juifs diront que si on les autorise seulement à immigrer et à construire pendant encore 30 ou 40 ans, ils n’ont pas besoin d’un Etat », déclare-t-il au cours d’une assemblée à New York. « Un Etat, il ne sera possible de l’obtenir que par une guerre, et une guerre ne construit rien… Nous pouvons ‘prendre’ Haïfa, Tibériade, Jaffa et encore beaucoup d’autres endroits dans le pays, mais nous serons comme les Allemands – à la fin, nous perdrons la guerre. » 

Magnes soutenait qu’ « il y a des millions et des millions de musulmans dans le monde, et ils ne sont pas pressés par le temps… Des millions et des millions d’Arabes sont prêts à sacrifier leur vie – dont ils font relativement bon marché – face au nombre misérable de Juifs qui restent dans le monde ».

Le 4 mai, alors que dans le Goush Etzion et dans la région du lac de Tibériade les combats s’intensifient, Magnes rencontre George Marshall, Secrétaire d’Etat américain. « Une solution au problème de la Palestine n’est possible que si les Arabes et les Juifs sont amenés à se rencontrer afin d’œuvrer à leur salut. Un régime de tutelle leur fournira cette opportunité », dit-il à Marshall. 

Marshal manifeste son enthousiasme pour les idées de Magnes, mais accompagne ce dernier jusqu’à la sortie. Près de la porte, Magnes demande à Marshall : « Monsieur le Secrétaire d’Etat, j’aimerais vous poser une question directe : y a-t-il un espoir d’imposer un régime de tutelle ? » Marshall lui répond d’une manière hésitante. « Les Etats-Unis ont proposé de participer à une force militaire internationale pour la Palestine, mais aucun pays ne s’est joint à la proposition ».

Un gentleman américain 

Le lendemain, il rencontre le Président des Etats-Unis, Harry Truman. Magnes lui dit qu’ « il restait encore quelques jours jusqu’au 15 mai » (date de la fin du mandat britannique – O. Ilani). Truman lui fait une réponse vague. Il pense que les trois religions monothéistes ont des principes moraux communs. Si toutes trois parviennent à l’entente, la base spirituelle du communisme russe s’effondrera. Mais, selon Truman, la direction juive a refusé son plan de paix. « Les Juifs ont refusé ma proposition », dit Truman à Magnes. « Vous, les Juifs et les Arabes, vous gâchez tout ».

Au cours des dix jours qui suivent, la lutte fait rage entre les gens de Haim Weizman, qui demandent à l’administration de reconnaître l’Etat d’Israël qui sera créé, et les partisans du « régime de tutelle ». Le 14 mai, soit le jour où Ben Gourion proclame l’Indépendance, Magnes, malade, était allongé dans sa chambre d’hôtel. Les Etats-Unis, sur lesquels il avait fondé ses espoirs, se sont empressés de reconnaître le nouvel Etat. D’après Aryeh Goren, lorsque Magnes a appris la nouvelle de la création de l’Etat, il s’est rendu avec son fils à l’hôtel « Waldorf Astoria » où résidait Haim Weizman, son adversaire politique. Il est entré dans la chambre de Weizman et lui a serré la main, pour le féliciter de son succès. « Magnes était un gentleman américain », dit Aryeh Goren. « Ayant perdu, il est allé féliciter Weizman ». 

Moins de cinq mois plus tard, Magnes décédait aux Etats-Unis. Pour Aryeh Goren, « il ne fait pas de doute que son voyage en Amérique a précipité son décès ». Ses restes ont été transférés à Jérusalem, dans le quartier de la Sanhédria. Aryeh Goren dit sa désolation de ce que dans l’Israël d’aujourd’hui, la figure de Magnes soit quasiment oubliée, en dehors des presses universitaires qui portent son nom.

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

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Une idéologie sioniste à reconsidérer

Une idéologie sioniste à reconsidérer
publié le jeudi 15 mai 2008


Morsi Attalla

Tel-Aviv est terrifié par l’idée que le droit au retour frappe au cœur l’idéologie sioniste sur laquelle est bâti l’Etat d’Israël.

Il existe des signes confirmant qu’Israël désire actuellement être reconnu en tant qu’Etat purement sioniste. Il voit dans la célébration mondiale en grande pompe du 60e anniversaire de sa création la meilleure occasion pour réaliser son ancien rêve qui a précédé son existence de dix ans. Il faut noter que ce rêve est ancien et ne date pas de 2004, comme d’aucuns ont l’habitude de le considérer, lorsque Bush a prononcé son discours à Aqaba dans lequel il a évoqué le droit des juifs à disposer d’un Etat.

Celui qui croit que le refus d’Israël de discuter le droit du retour est lié aux conséquences qui peuvent en découler, c’est-à-dire la récupération par les réfugiés de leurs demeures et de leurs propriétés spoliées, aurait tort. Tel-Aviv est terrifié par l’idée que le droit du retour frappe au cœur l’idéologie sioniste sur laquelle est bâti l’Etat d’Israël.

L’expulsion des Palestiniens de la terre de Palestine fut l’un des piliers de l’idéologie sioniste à laquelle a appelé Theodor Herzl il y a plus de 100 ans. Lorsqu’il a écrit, le 12 juillet 1895 : « Nous essayerons d’expulser les démunis en dehors des frontières, en leur trouvant des opportunités d’emplois là-bas et en même temps on leur interdira de travailler dans notre pays ».

Avec le même esprit de Herzl, le sioniste fanatique Israël Zaoui a écrit en 1905 : « Nous devons nous préparer à expulser les tribus arabes par l’épée, comme l’ont fait nos aïeux ». Tel était leur plan qui date de plus d’un siècle, alors que nous sommes préoccupés jusqu’à aujourd’hui par la lutte opposant le Fatah et le Hamas. Le danger réel réside dans le fait que ceux qui suspectent le droit au retour des Palestiniens expulsés en 1948, conformément aux résolutions des Nations-Unies, ignorent intentionnellement une série de réalités. Au moment de la nakba, lorsque les Palestiniens furent victimes de la résolution de partage de 1947 et de la guerre de 1948, les propriétés des juifs à cette date en Palestine ne représentaient que 8 % de la totalité de la superficie. Alors que 92 % des territoires étaient la propriété du peuple palestinien et des Waqfs islamiques qui remontaient à l’époque ottomane.

Ce jour-là, le plus atroce crime politique et humain a eu lieu. Lorsqu’une minorité étrangère a envahi la Palestine, a expulsé ses habitants et a mis en place l’Etat hébreu sur les décombres de 531 villes et villages.

A mon avis, le fait de se résigner aux plans israéliens de suspicions soutenus par les Etats-Unis représente le plus grand danger pour le dossier des réfugiés. D’autant plus qu’il n’est pas du ressort de n’importe quelle autorité palestinienne de renoncer à ce droit. Car c’est un droit authentique aux réfugiés et ils n’ont mandaté personne pour le négocier à leur place. Le droit au retour est un droit élémentaire et non pas une simple licence qui expire avec le temps. En réalité, cette suspicion est sans fondement parce qu’elle autorise les réfugiés à regagner leurs demeures à condition de ne pas toucher aux habitants juifs. Cependant, c’est le contraire qui est vrai. Le retour peut être enrichissant par exemple au niveau de l’économie israélienne, notamment dans le domaine agricole qui souffre d’un sous-effectif.

Malheureusement pour la cause palestinienne, nous vivons un moment exceptionnel de l’Histoire où prévaut uniquement la loi du plus fort. Il est évident, en référence à des témoignages qui datent de 60 ans, que le projet sioniste avait pour visée de mettre en place un Etat enclavé au cœur du monde musulman séparant l’aile asiatique de l’aile africaine. L’objectif étant non pas uniquement d’empêcher son unité, mais de garantir sa faiblesse et sa dislocation. Ainsi, l’expérience de 60 ans d’Israël démontre que ceux qui ont soutenu le projet sioniste avaient pour objectif de saper n’importe quelle croissance civilisationnelle des Arabes et des musulmans qui sont préoccupés par des problèmes chroniques qui épuisent leurs énergies et leurs efforts. Le danger actuel menace toute la région et non pas seulement la cause palestinienne ou le droit des réfugiés palestiniens à retrouver leurs terres. Si Israël ne possède pas le courage de reconsidérer son idéologie sioniste expansionniste et si les Etats-Unis, en tant que principal allié, ne s’aperçoivent pas que le mouvement de l’Histoire prendra en fin de compte son cours normal, la région ne vivra jamais en paix et ne connaîtra jamais la stabilité.

publié par al-Ahram hebdo en français

http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2008/5/14/opin3.htm

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