15 mai 2008
Des ministres israéliens réclament une "opération militaire d'envergure" contre le Hamas

Des ministres israéliens réclament une "opération militaire d'envergure" contre le Hamas
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 15.05.08 | 11h22 • Mis à jour le 15.05.08 | 12h19
http://www.lemonde.fr/international/article/2008/05/15/des-ministres-israeliens-reclament-une-operation-militaire-d-envergure-contre-le-hamas_1045110_3210.html#ens_id=891944
Plusieurs ministres israéliens, tous membres du cabinet restreint de sécurité, ont prôné, jeudi 15 mai, de "casser" le mouvement islamiste Hamas par une opération d'envergure à Gaza après le tir d'une roquette, mercredi, sur un centre commercial d'Ashkelon (sud d'Israël), qui a fait 14 blessés, dont quatre graves. Une attaque revendiquée par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et les Comités de résistance populaire (CRP) et saluée par la branche militaire du Hamas.
"Lorsqu'on te tire dessus, il faut riposter. L'armée israélienne n'a jamais été aussi préparée pour lancer une opération militaire d'envergure dans la bande de Gaza", a déclaré à la radio publique Benyamin Ben Eliezer, ministre des infrastructures. Haïm Ramon, numéro deux du gouvernement, a estimé qu'il "ne faut en aucun cas permettre la création d'un Hamastan à la frontière sud d'Israël, c'est inacceptable. Il faut mettre fin au pouvoir du Hamas à Gaza". "Il faut casser le Hamas", ont affirmé Meïr Shetreet, ministre de l'intérieur, et Rafi Eytan, ministre des retraités.
"INTOLÉRABLE ET INACCEPTABLE"
Peu après le tir de la roquette sur le centre commercial d'Ashkelon, deux activistes du Hamas ont été tués et quatre autres blessés lors d'un raid aérien à l'est de la ville de Gaza. Le premier ministre, Ehoud Olmert, avait qualifié l'attaque d'Ashkelon "d'absolument intolérable et inacceptable. Le gouvernement d'Israël est déterminé à ce que cela cesse et nous prendrons les mesures nécessaires jusqu'à ce que cela cesse".
George W. Bush, venu célébrer le soixantième anniversaire de la création de l'Etat d'Israël, a affirmé la nécessité de se montrer "fermes" et "forts face à ceux qui assassinent des innocents pour atteindre leurs objectifs". Le président américain a mis l'accent sur les liens historiques entre les Etats-Unis et Israël, affirmant que son pays était "son plus vieux et son meilleur ami au monde". "Onze minutes après qu'Israël fut né, les Etats-Unis devinrent le premier pays à reconnaître son indépendance", a-t-il dit.
Dans le discours qu'il doit prononcer jeudi après-midi à la Knesset et dont la Maison Blanche a diffusé le texte, George W. Bush invoque les leçons du nazisme pour assurer aux Israéliens que le soutien des Etats-Unis était "inaltérable" et qu'avec les Américains ils étaient plus de "307 millions" face au Hamas, au Hezbollah et à l'Iran. Le président américain estime également que permettre à l'Iran d'avoir l'arme nucléaire serait "trahir de manière impardonnable" les futures générations et accuse son président, Mahmoud Ahmadinejad, de vouloir ramener le Proche-Orient au Moyen Age.
Les Palestiniens marquent leur «Nakba»


Les Palestiniens marquent leur «Nakba»
Nasser Abou Bakr
Agence France-Presse
Ramallah, Cisjordanie
Les Palestiniens ont manifesté jeudi pour marquer l'anniversaire de la «Nakba», la «catastrophe» que fut pour eux la création d'Israël il y a 60 ans sur trois-quarts de la Palestine historique.
«Soixante ans sont passés depuis la Nakba de notre peuple, lorsque des centaines de milliers de Palestiniens ont été déracinés de leur patrie, leurs maisons et leurs terres, et poussés à l'exode au quatre coins du monde. Aujourd'hui, ils sont des millions», a déclaré le président palestinien Mahmoud Abbas dans un discours radiodiffusé.
Des milliers de Palestiniens ont participé à des manifestations en Cisjordanie et dans la bande de Gaza pour commémorer l'occasion, au moment même où le président américain George W. Bush participait en Israël aux célébrations du 60ème anniversaire de la création de l'État juif.
La principale manifestation a eu lieu à Ramallah, en Cisjordanie. Les manifestants se sont recueillis sur la tombe du chef historique des Palestiniens, Yasser Arafat, à la Mouqataa, le QG de l'Autorité palestinienne avant de sillonner les rues en direction de la place Al-Manara, où plusieurs orateurs devaient prendre la parole.
De nombreux manifestants portait des t-shirts noir avec l'inscription: «1948, 60 ans de Nakba». Ils agitaient des drapeaux noirs et ceux de la Palestine.
A midi, les sirènes d'alarme ont retenti. Les automobilistes et les passants se sont immobilisés pendant une minute de silence.
Parmi les manifestants, une vieille femme au visage mangé par les rides montre le titre de propriété décrépit de la maison dont elle fut chassée avec sa famille par les forces israéliennes en 1948.
Une autre, Bahiya Hamed, 55 ans, exhibe dans un cadre la clé de la maison de ses parents dans le village de Lifta, près de Jérusalem, partiellement détruit à la création d'Israël. «On a encadré le clé pour que nos petits-enfants puissent un jour s'en servir pour réclamer le droit au retour sur les terres de leurs grands-parents», explique-t-elle.
Des haut-parleurs transportés sur des camions crachent des chants nationalistes. L'hymne national palestinien «Biladi, Biladi (ma patrie)», est chaleureusement applaudi. Tambour battant, des troupes de scouts ouvrent la marche.
Certains tenaient des ballons noirs, dont 21 915 --le nombre de jours qui se sont écoulés depuis la Nakba-- doivent être lâchés à travers la Cisjordanie, symbolisant l'attachement palestinien au droit au retour des réfugiés.
Dans la bande de Gaza, contrôlée depuis juin 2007 par les islamistes du Hamas, des manifestants ont commencé à se rassembler à quelques kilomètres du passage d'Erez, à la frontière avec Israël, pour commémorer la Nakba et protester contre le blocus israélien imposé au territoire.
La police du Hamas a empêché la tenue d'un rassemblement organisé par des partis rivaux, selon les organisateurs.
Accusant M. Bush de fermer les yeux sur la Nakba, neuf députés arabes israéliens vont boycotter un discours du président américain à la Knesset.
Quelque 760 000 Palestiniens ont été poussés à l'exode lors de la création d'Israël. Israël refuse de discuter d'un retour de ces réfugiés et de leurs descendants, environ 5 millions de personnes.
En 1967, Israël a occupé la Cisjordanie et la bande de Gaza où les Palestiniens se sont résignés à créer leur futur État, sans renoncer pour autant au droit au retour des réfugiés.
La commémoration de la Nakba survient au moment où les négociations de paix israélo-palestiniennes, censées aboutir à un accord avant fin 2008, piétinent.
«La sécurité d'Israël est tributaire de notre indépendance et de notre sécurité. La poursuite de l'occupation et de la +Nakba+ n'apportera la sécurité à personne», a déclaré M. Abbas dans son discours, avertissant que la poursuite de la colonisation juive «détruira les chances de paix».
Palestine, 60 ans après : le partage ou la paix
Palestine, 60 ans après : le partage ou la paix Par Pierre-Yves Salingue | |
Le 14 mai 2008 | |
Un vrai soutien au droit au retour des réfugiés doit être au cœur de la solidarité avec le peuple palestinien. La Palestine Non qu’il y ait quoi que ce soit à « célébrer » en 2008 et surtout pas la proclamation de l’Etat d’Israël, cette étape essentielle du nettoyage ethnique de la Palestine. Mais, 60 ans après la Naqba, quelles que soient la noirceur du tableau et l’ampleur de la tragédie palestinienne actuelle, les militants engagés dans le soutien à la lutte du Peuple palestinien ont constaté un changement, encore hésitant mais prometteur, dans le camp palestinien. Depuis l’appel au boycott d’Israël [1] lancé par 170 organisations palestiniennes en juillet 2005, des militants palestiniens ont multiplié les appels et les initiatives[2] - Le refus du mythe selon lequel les négociations avec Israël étaient la seule voie possible. Sans jamais remettre en cause la légitimité de la résistance armée à l’occupation, ces militants ont estimé que, si ces actions armées recueillaient une sympathie populaire, elles ne permettaient pas une participation directe à la lutte de la part de la population présente sur la terre de Palestine de même que celle des Palestiniens vivant en exil. L’appel au boycott, au désinvestissement et aux sanctions permettait à un mouvement de soutien international d’exister réellement, non comme l’auxiliaire d’un hypothétique « processus de paix » mais comme un acteur pouvant contribuer à remettre en cause le rapport de forces et à aider réellement les Palestiniens par des actions durables et efficaces pour isoler l’Etat d’Israël. Mais en France, ces appels sont restés lettre morte. Ni la Plate-forme des ONG, ni le Collectif national pour une paix juste entre Palestiniens et Israéliens, ni la plus importante des associations françaises de solidarité (AFPS) n’ont voulu les reprendre. Voici donc une « campagne pour la Palestine » où on ne trouvera pas les expressions suivantes : « nettoyage ethnique », « Etat colonial », « projet sioniste », « soutien à la résistance du peuple palestinien », « droit au retour des réfugiés dans leurs foyers », « boycott d’Israël ». Ils disent vouloir « la paix », mais ils ne veulent pas du retour des réfugiés. Pour qui souhaite réellement aider les Palestiniens à recouvrer leurs droits et notamment leur droit à l’autodétermination, ces « 60 ans » n’avaient de sens que dans l’affirmation sans ambiguïté d’une solidarité totale avec les exigences constantes du Peuple palestinien dans sa résistance à la conquête coloniale et au nettoyage ethnique. Au cœur de ces droits, le Peuple palestinien a placé la question des réfugiés. Pas seulement à cause de leur nombre, même s’ils représentent aujourd’hui les 2/3 des Palestiniens, mais parce que, comme l’a si bien exprimé Hussam Khader, « la cause des réfugiés est la substance même de la cause palestinienne » C’est pourquoi le droit au retour des réfugiés occupe une place décisive, à la fois dans l’affirmation de la résistance populaire au nettoyage ethnique et dans l’expression du refus de reconnaître la légitimité de « l’État juif » : Pour les Palestiniens, l’abandon du droit au retour signifierait la victoire totale du projet colonial sioniste et donc leur disparition en tant que peuple. Et c’est aussi pourquoi la question des réfugiés est devenue la cible d’une offensive généralisée visant à éradiquer cette réalité qui est la marque identitaire du conflit et le symbole vivant de l’illégitimité du projet colonial sioniste imposé aux peuples arabes par la force des armes avec le soutien de l’Impérialisme. Par son vote du 29 novembre 1947, contre la volonté affirmée de la population arabe palestinienne majoritaire, l’ONU a volé sa terre à un peuple qui l’habitait et la travaillait depuis des siècles pour la donner aux partisans d’un projet colonial, au nom du « droit à un État » d’un « peuple juif » qui n’existait que comme une construction idéologique du nationalisme réactionnaire sioniste. En privant les Palestiniens de leur droit au retour, il s’agit bien d’anéantir leurs racines, de les déposséder de leur Histoire et de faire disparaître la marque du crime commis en 1947/1948 lors de la création de l’Etat colonial israélien. Le fondateur d’Israël avait dès le début donné la ligne : « nous devons tout faire pour assurer qu’ils ne reviendront jamais » avait déclaré Ben Gurion en juillet 1948. L’offensive menée contre le droit au retour est multiforme et concertée. Soutenus par les gouvernements des États Unis (Bush a depuis longtemps déclaré que les réfugiés ne pourront pas revenir en Israël) les dirigeants israéliens, de toutes les tendances politiques, sont évidemment les plus déterminés. Le siège imposé à la population de Gaza depuis 2 ans est d’abord une guerre menée aux réfugiés : la population de la bande de Gaza est à plus de 70% composée de réfugiés et la volonté israélienne d’y rendre la vie impossible a beaucoup plus à voir avec la politique sioniste de nettoyage ethnique qu’avec l’intention souvent prêtée aux dirigeants israéliens de vouloir « punir les habitants » d’avoir voté pour le Hamas ou avec des « réactions disproportionnées » contre les tirs de rockets. Comme la colonisation croissante et la construction du mur en Cisjordanie, comme la politique d’expulsion de leurs terres des Palestiniens du Nakhab, le siège de Gaza est le signe du caractère toujours actif du projet sioniste en Palestine et de son incompatibilité totale avec le retour des réfugiés. Au plan international d’importantes négociations se déroulent actuellement, plus ou moins secrètement. Elles impliquent des dirigeants politiques occidentaux et japonais, des représentants des régimes arabes concernés par la présence de réfugiés sur leurs territoires ou sollicités pour supporter le coût financier des mesures envisagées, des institutions politiques et financières internationales etc. L’objectif est de convaincre (notamment par la promesse d’indemnisations) ou, à défaut, de contraindre les réfugiés à renoncer à leur droit au retour. Si, de la part de ces adversaires du Peuple palestinien, ces positions qui nient ouvertement les droits des réfugiés ne sont pas vraiment une surprise, on éprouve par contre de la colère à la lecture des propos tenus par ceux qui se présentent comme les défenseurs de ces droits. S’agissant des réfugiés et de leur droit au retour, l’initiative « Paix comme Palestine » est une contribution directe à la politique qui vise à vider le droit au retour de son sens, tout en conservant quelques formulations qui peuvent induire en erreur les sympathisants de la cause palestinienne qui n’imaginent pas que ce droit puisse être abandonné.. Que disent les « appels » initiés à l’occasion de cette initiative ? · « une solution juste du problème des réfugiés fondée sur la reconnaissance du tort qu’ils ont subi et des droits qui en découlent » lit-on dans l’appel des personnalités · « un juste règlement du problème des réfugiés » affirme l’appel proposé à la signature des élus, après avoir regretté, dans un délicat euphémisme, que la guerre ait « conduit également à pousser à l’exode 800 000 Palestiniens devenus les réfugiés » Le choix des intervenants confirme les intentions des organisateurs. Elias Sanbar, d’abord. Il est l’inspirateur de la subtile distinction entre « reconnaissance du principe du droit au retour » et "exercice du droit". Elias Sanbar affirme qu’il veut d’abord qu’on lui reconnaisse son droit, mais que l’exercice de ce droit le regarde et qu’il est fort possible qu’il n’ait pas envie de l’exercer. Peut-être veut-il rassurer les Israéliens ou peut-être n’a-t-il pas le même vécu que les réfugiés de Nah el Bared ? Toujours est-il que contrairement aux comités des camps de réfugiés qui traitaient le document de Genève d’ «agression sur le dos du peuple palestinien et d’attaque contre ses droits fondamentaux » Sanbar affirme : « Ce qui est bien dans ce projet, c’est son côté très pédagogique, puisqu’il est la preuve concrète que rien n’est impossible. Finalement même s’il ne voit pas le jour, même s’il ne se concrétise pas, il aura quand même servi à donner la preuve que toutes les questions, même les soi-disant absolument insolubles, peuvent trouver une solution » Pour lui, si « le droit au retour n’est pas négociable », « son application l’est » [3] Dans un entretien publié dans l’Humanité le 04/04/2007, Ziad Abu Amr affirmait vouloir « régler la question des réfugiés par une négociation dans le cadre de la résolution 194 de l’ONU » Pourquoi « une négociation dans le cadre » ? Pourquoi pas « en appliquant la résolution 194 » ? La réponse est dans la suite de ses propos. Il affirme : « Je rappelle que cette résolution donne le choix entre le retour et l’indemnisation » Ziad Abu Amr ment deux fois ! Certes, cette résolution donne aux réfugiés « le choix », revenir ou ne pas revenir, mais la résolution 194 affirme le droit au retour ET le droit à « des compensations pour tout bien détruit ou endommagé » ! Et la 194 donne ce choix à chaque réfugié, sans en conditionner la réalisation pratique à une « négociation » Monique Chemillier Gendreau dit explicitement de ce que sont les intentions véritables des partisans de « la paix par le droit » « Le pari est que le nombre de Palestiniens optant pour le retour en Israël soit approximativement le même que celui de réfugiés qu’Israël accepterait de recevoir. Si le premier nombre se révèle supérieur au second, le droit au retour affirmé par le droit international et repris par l’accord n’est plus réalisable pour tous les Palestiniens…Il faut souhaiter que ce pari hasardeux réussisse et que, entre le nombre de Palestiniens candidats au retour en Israël et celui de la proposition d’Israël, la différence soit insignifiante. » [4] Dans une conférence organisée par l’AFPS elle enfonçait le clou : « C’est une astuce qui peut aboutir à la résolution du problème et de ses nombreux blocages… Ce faisant, on se donne du temps. Et si par miracle…se dessinait demain une dynamique de paix, il deviendrait possible de convaincre les Palestiniens de ne pas être trop nombreux à demander à revenir en Israël et de faire ainsi en sorte que le nombre de ceux qui demanderaient le retour en Israël s’approcherait du nombre, encore inconnu, mais dont on peut supposer qu’il ne sera pas très élevé, des réfugiés palestiniens acceptés par Israël »[5] Michel Warschawski a signé l’appel des personnalités. Pourtant, dans un article publié en 2001, il écrivait « Il ne fait aucun doute que l’enjeu majeur de la médiation Clinton est d’imposer aux Palestiniens le renoncement au droit des réfugiés à réintégrer leur pays et à récupérer leurs propriétés immobilières » [6] Faut-il en déduire que Michel Warschawski a changé d’avis ? Probablement. D’ailleurs, dans un article publié 3 ans plus tard, commentant le texte de Genève, il écrivait : « la suggestion de Clinton de séparer une reconnaissance par Israël du droit au retour d’un processus négocié sur le retour véritable des réfugiés pourrait être un point de départ pour un accord sur cette question » [7] Suivant les conseils d’Elias Sanbar, Michel Warschawski adoptait la distinction entre le principe (« reconnaître le droit ») et le « retour véritable » qui peut-être négocié ! En 2001, Michel Warschawski dénonçait « l’arnaque du plan Clinton » [6] Qui donc « arnaque » les Palestiniens aujourd’hui ? C’est évidemment à dessein que les organisateurs de l’événement ont choisi de tels « défenseurs » des droits des réfugiés : ils partagent pleinement ces analyses et veulent que les militants de base s’y rallient. Intervenant récemment dans une conférence internationale sur la question des réfugiés tenue à Paris, Sylviane de Wangen, membre de la direction de l’AFPS, expliquait : « les réfugiés ne peuvent pas, au regard du droit international, se réclamer d’un droit individuel au retour dans un pays où ils ne sont pas nés, où ils n’ont jamais vécu, dont ils n’ont pas la nationalité et qui ne veut absolument pas d’eux » Elle ajoutait : « une combinaison des textes de Taba et de Genève pourrait être la base d’un règlement » validant ainsi la thèse défendue par Sanbar, Chemillier Gendreau et tous les soutiens du « document de Genève » [8] En octobre 2003, Dominique Vidal écrivait : « un accord démontre spectaculairement que la paix est possible… L’accord règle en effet, sur la base des propositions du président Clinton (décembre 2000) et des discussions de Taba (janvier 2001) toutes les questions en suspens » [9] Notons d’abord que le texte de Genève ne comporte même pas l’expression « retour des réfugiés » (la version anglaise, la seule valable selon les signataires, parle de « the choice of permanent place of residence ») Que dit-il à propos de ce « choix de résidence » ? Que chaque réfugié aura, individuellement, la possibilité de choisir un lieu de résidence entre plusieurs options possibles : Vivre en « Palestine » (on suppose qu’il s’agit d’une part du projet de cantons cisjordaniens reliés par des tunnels et d’autre part du camp de concentration de Gaza) ; Rester dans leur « pays d’accueil » (comme dans le Royaume de Jordanie qui vient de leur interdire de manifester pour les 60 ans de la Naqba ?) ; Emigrer dans un pays tiers ; Dernier choix possible, aller en Israël, le texte précisant que, dans ce cas, le nombre de possibilités offertes sera « à la discrétion d’Israël » Après quoi la question des réfugiés sera considérée comme résolue, leur statut sera supprimé et l’UNRWA disparaîtra. On est là bien loin de l’exigence portée par toutes les coalitions et rappelée dans toutes les rencontres récentes de réfugiés : l’application de la résolution 194 votée par l’ONU et donc le droit au retour des réfugiés palestiniens dans leurs foyers. Le droit au retour, c’est le droit de revenir là où on vivait avant d’en être chassé par la violence de la colonisation et, pour les descendants nés en exil, c’est le droit de revenir là où on serait né et où on aurait grandi si la famille n’en avait pas été expulsée par la force. La première exigence des réfugiés, ce n’est pas d’avoir un Etat, ce n’est pas d’avoir un passeport, ce n’est pas de susciter de la compassion ni d’obtenir des excuses : c’est de rentrer chez eux ! Et peu leur importe que « chez eux » il y ait, ou non, un Etat prétendant être là soit par la volonté divine, soit grâce au vote d’un organisme démuni de tout droit de distribuer des territoires à qui bon lui semble, soit enfin par le recours à la force. Ils ne veulent pas d’un « droit affirmé dans son principe » mais dont l’application serait subordonnée à "la négociation", c’est-à-dire au rapport de forces et, en définitive, à la volonté des Israéliens. Mais même si les réfugiés n’en veulent pas, il faut convaincre du contraire les militants de la solidarité. A la parole des « spécialistes » et des « anticolonialistes », on va donc ajouter la parole de Leila Shahid et de Hind Khoury, apparemment plus fréquentables que les anciens « représentants légitimes du Peuple palestinien » depuis que le degré de corruption régnant au sein du Fatah et l’existence de forces maffieuses répressives au cœur même de l’appareil de l’Autorité sont devenus un peu trop visibles. Nul doute que nos « représentantes de la Palestine » s’inspireront de la position du Président Abbas qui les a nommées. S’agissant des réfugiés, celui-ci n’avait pas attendu Bush pour convenir dès 1994 que « les exigences de la nouvelle ère de paix et de coexistence aussi bien que les réalités qui ont été créées sur le terrain depuis 1948 ont rendu impraticable l’application du droit au retour» [10]. Ils refusent de boycotter Israël mais ils boycottent les Palestiniens qui résistent. « Autant dire que la promesse d’Annapolis ne se transformera en acte que si la communauté internationale – et en premier lieu l’Europe - s’engage à créer les conditions d’une souveraineté pleine et entière garantissant aux Palestiniens une égalité en droit avec leurs voisins. » peut-on lire dans le dossier de presse de Paix comme Palestine Voilà qui éclaire la formule un peu obscure de l’appel : « nouvelles tentatives de négocier une solution qui s’inscrivent dans l’agenda diplomatique » « Transformer la promesse d’Annapolis en acte », tel est le programme proposé par les responsables de la plate forme aux militants de la solidarité ! Mais est-ce cela que les Palestiniens qui poursuivent la lutte nous demandent ? Elles parleront donc au nom de « la Palestine » Elles ne sont pourtant que les fonctionnaires d’une Autorité moribonde, désignées par un Président politiquement impotent et appointées par un gouvernement illégitime qui n’existe que parce que les Israéliens ont mis la moitié des membres Hamas du Conseil législatif palestinien en prison et par le chantage au versement des salaires, grâce à l’argent des puissances occidentales et notamment de l’Europe. Elles représentent aussi Salam Fayyad, un Premier Ministre choisi par le gouvernement des Etats-Unis, pur produit du FMI et de la Banque mondiale, moitié banquier et moitié flic, qui se targue tout à la fois de vouloir attirer les investisseurs et « rétablir l’ordre » (lire: protéger les colons sionistes de la résistance palestinienne). L’unité n’est pas la confusion. De quelle « cohésion » ou « unité » est-il question ? Pour aider à mieux tromper les réfugiés ? Pour applaudir les représentantes d’une Autorité palestinienne qui ne combat pas l’occupation, qui participe activement au siège des habitants de Gaza en collusion avec les Israéliens, les Egyptiens et les Européens présents à Rafah et qui tente par tous les moyens de maintenir ses privilèges ? Pour faire durer les illusions de l’existence d’un « processus de paix » et de « la nécessité de contribuer au dialogue » ? Pour donner la parole à des diplomates qui parlent au nom d’un gouvernement illégitime qui réprime les Palestiniens qui manifestent contre la conférence d’Annapolis et qui envoie des troupes financées, armées et entraînées non pour combattre l’occupation mais pour arrêter et assassiner des résistants à Jénine et à Naplouse ? Pour cautionner la mise à l’écart des porte-parole de la résistance palestinienne dans sa diversité (appel au boycott, lutte armée, soutien au droit au retour, libération des prisonniers, levée du siège de Gaza etc.) et pour les remplacer par des responsables d’ONG qui émargent au budget de l’USAID (le bras humanitaire de la CIA) ? Faudrait-il faire l’unité avec ceux qui veulent empêcher le développement d’un mouvement international en faveur du droit au retour, dans le but d’accentuer le sentiment d’isolement et d’abandon ressenti dans les camps et pour faire céder les réfugiés aux propositions qui leur seront faites ? Et c’est aussi probablement au nom de « l’unité » qu’un certain nombre de responsables d’associations et d’organisations font le grand écart, tentant de tenir simultanément des positions tout à fait incompatibles. On pourrait donc dire tout et son contraire : Qualifier de « hold-up » la proclamation de l’Etat d’Israël mais aller applaudir celui qui désigne le même événement par « guerre d’indépendance » [19] ; Dénoncer Annapolis comme « une conférence de guerre » mais aussi initier une action dont la finalité affichée est de « transformer la promesse d’Annapolis en actes » ; Dénoncer la complicité du mouvement colonial sioniste avec l’Occident dans le crime de la Naqba mais aussi applaudir ceux qui expliquent que la racine du problème est liée au fait que « le plan de partage n’a pas été mis en œuvre » ; Ecarter pendant près de trois ans l’appel des organisations palestiniennes au boycott d’Israël, pour certains s’y déclarer aujourd’hui favorable mais dans le même temps soutenir un appel qui, en guise d’action, propose en tout et pour tout d’appeler le gouvernement français à « passer de la parole aux actes » ? C’est ainsi que défiler pour le droit au retour et pour l’autodétermination pourrait « être « complémentaire » avec appeler à soutenir des « défenseurs du peuple palestinien » qui se targuent de soutenir « une astuce » permettant de « convaincre les Palestiniens de ne pas être trop nombreux à demander à revenir en Israël » ! Comment Michel Warshawski peut-il écrire que « l’Autorité palestinienne est devenue une véritable force auxiliaire des Israéliens » [22] tout en partageant la tribune avec deux de ses fonctionnaires, chargées de maintenir le mouvement de solidarité dans l’impasse pendant que leurs copains vendent la Palestine et emprisonnent les résistants ? Qui peut-croire qu’une telle confusion peut permettre de rassembler largement en faveur des droits des Palestiniens et de faire avancer les gens de bonne volonté? L’existence éventuelle d’une division créée par des clivages sectaires doit être combattue. Mais sommes-nous en présence de « clivages sectaires provoqués par des extrémistes » ou existe-t-il des divergences réelles sur les positions qu’il convient de prendre dans le conflit ? - Droit au retour des réfugiés en application stricte de la résolution 194 ou négociation des conditions de son application ? - Boycottage réel et rupture des relations et échanges économiques, diplomatiques et culturels avec toutes les institutions israéliennes ou boycottage sélectif de quelques produits venant des « colonies illégales » de Cisjordanie ? - Soutien à l’ensemble du Peuple palestinien qui résiste au nettoyage ethnique, « qu’il vive sur ses terres – Cisjordanie et Bande de Gaza -, sur celles de 1948, qu’il soit réfugié ou dans la diaspora » ou intérêt humanitaire sélectif, -en réalité quasi exclusif-, envers la situation misérable des Palestiniens des « territoires occupés » ? - Soutien inconditionnel à la résistance du Peuple palestinien, dans toutes les formes qui lui paraissent nécessaires compte tenu de la situation qui lui est imposée ou soutien exclusif à une certaine vision de « la résistance non violente » ? Tout militant honnête peut comprendre qu’on est évidemment en présence de réelles divergences, qui ont des conséquences pratiques sur l’action de solidarité, celle qu’on mène ici et celle qu’on peut mener là-bas aux côtés des Palestiniens. Les bases et la nature du mouvement de soutien sont liées à l’analyse des racines du conflit. « Hélas, le plan de partage adopté par l’assemblée Générale des Nations Unies…ne sera pas mis en œuvre…Ainsi ont été créées les conditions d’un interminable conflit » [24] C’est la thèse mainte fois exprimée par Alain Gresh et Dominique Vidal [25] qui exercent tous deux une grande influence au sein du mouvement de solidarité en France. Il s’agit là de la clef de voûte de l’analyse qui fonde la politique de la direction de l’actuel mouvement de solidarité : Le conflit prendrait racine non dans la colonisation sioniste de la Palestine mais dans la non-application de la décision de partage. Cette analyse permet de gommer une question clef pour la compréhension des vraies racines du conflit : la nature coloniale de l’Etat d’Israël. Réduire le vote de l’ONU en 47 à une injustice, c’est faire fi des dizaines d’années de colonisation sioniste qui précèdent la décision de partage : Une colonisation marquée du sceau du nationalisme ethnique réactionnaire du Sionisme et identifiée comme un projet d’expulsion de ses terres du peuple indigène présent. Le vote de l’ONU est le signe donné aux dirigeants sionistes pour aller de l’avant dans leur projet colonial d’expulsion et de dépossession des Palestiniens, lesquelles sont inhérentes au Sionisme et à son projet de création d’un « Etat juif ». Dans la mise en oeuvre de la décision de partage, le problème n’est pas l’absence d’un Etat palestinien. Le problème c’est la création d’un état colonial, appelé à se développer, à poursuivre son objectif d’expulsion et de destruction du peuple palestinien. Le problème, c’est le partage lui-même. La Naqba ne fut pas la conséquence malheureuse d’une « guerre d’indépendance du peuple juif. » Elle fut une étape décisive de la colonisation sioniste de la Palestine, condition nécessaire à la proclamation de l’Etat juif qui prit le nom d’Israël. Cette étape n’était pas la dernière. La Guerre de 1967 en fut une autre et ce à quoi nous assistons aujourd’hui est la poursuite logique d’une occupation coloniale commencée il y a plus d’un siècle. L’Etat d’Israël est inexorablement lié au projet colonial sioniste, celui-ci est toujours actif et poursuit son objectif de conquête de toute la Palestine. C’est pourquoi il est absurde de vouloir déconnecter la question d’Israël de celle du Sionisme, voire d’imaginer un Etat d’Israël s’émancipant du Sionisme. [26] L’émancipation de tous les peuples de la région passe par la défaite du Sionisme et par le démantèlement de l’Etat d’Israël qui en est la réalisation. Ceux qui pensent que la question politique du Sionisme est devenue obsolète et que la seule chose qui compte, puisque « l’existence d’Israël est devenue un fait accompli incontestable », c’est la politique des gouvernements israéliens, se trompent lourdement. L’affirmation que l’Etat d’Israël est fait pour durer est un des deux piliers de la politique impérialiste à l’égard du conflit arabo-sioniste, l’autre étant la liquidation du retour des réfugiés. L’objectif de la reconnaissance d’Israël par les Arabes et notamment de la reconnaissance de son droit à une existence souveraine est le but et le triomphe idéologique du Sionisme. Cette incompréhension des racines et de la nature du conflit mène inévitablement à la thèse du "consensus international existant sur la seule solution possible: la création d’un Etat palestinien » [27]. Analysant les négociations de Camp David en juillet 2000, les critères de Clinton de décembre 2000 et le relevé des conclusions des négociations de Taba en janvier 2001, les partisans de cette thèse en déduisent que « ces textes montrent qu’un accord est possible »[27] Mais leur enthousiasme pour ces bouts de papier n’a d’égal que leur aveuglement face à la réalité des faits qui démentent chaque jour un peu plus la possibilité d’un quelconque compromis avec l’idéologie sioniste et avec l’Etat d’Israël qui est aussi devenu un chien de garde de l’Impérialisme. C’est la leçon du passé et c’est aussi ce qui sera à nouveau démontré dans un proche avenir avec le rôle d’Israël dans l’embrasement annoncé de toute la région. Un soutien à la résistance palestinienne sans complexes et sans réserves. On lit et on entend parfois qu’une raison essentielle des difficultés rencontrées dans l’expression de la solidarité serait que "la question du conflit israélo-palestinien est complexe ". A une « question complexe » il ne saurait exister de réponse simple… Il serait notamment nécessaire d’introduire des paramètres tels que le génocide des Juifs, l’antisémitisme et la question du terrorisme. Ces éléments incontournables auraient pour conséquence d’interdire les positionnements trop partisans et nécessiteraient des approches qui évitent tout radicalisme. [28] La lutte menée par le Peuple palestinien est une lutte contre une occupation coloniale commencée il y a plus d’un siècle et favorisée par les principales puissances impérialistes qui ont tour à tour dominé la région du Moyen Orient. Le peuple palestinien n’a aucune responsabilité dans le génocide des Juifs d’Europe, il est totalement étranger aux manifestations d’antisémitisme qui ont nourri le développement du nationalisme sioniste de même qu’à l’éventuelle résurgence d’actes antisémites en France ou ailleurs dans le monde. Par ailleurs, le fait qu’il résiste à une occupation coloniale l’exonère par avance de tout soupçon de « terrorisme » : il s’agit de résistance de la part d’un peuple qui n’a pas le choix des armes, du fait de son isolement (notamment à cause de la débilité de notre "solidarité") Une force anticoloniale ne se détermine ni à partir des sentiments de culpabilité fabriqués et entretenus au sein des opinions publiques des Etats occidentaux qui ont permis le génocide, ni à partir des réflexes de peur qui peuvent effectivement exister au sein de la population de l’Etat colonial. Un mouvement anticolonial soutient la lutte de libération menée par le peuple opprimé pour mettre fin à l’occupation et pour pouvoir user de son droit à disposer de lui-même. Ce n’est pas une « question complexe » C’est une position anti-impérialiste élémentaire. La question nous est posée : allons nous construire un mouvement anticolonial de soutien à une lutte de libération ? En répondant oui, nous aiderons le peuple palestinien en contribuant à l’isolement de l’Etat d’Israël. Nous aiderons aussi le renouveau et le développement des forces de la résistance palestinienne. Au moment où la politique impérialiste de la canonnière menace une nouvelle fois de mettre à feu et à sang toute la région du Moyen-Orient, le traitement réservé à la question des droits des réfugiés palestiniens devient plus que jamais un critère absolu d’appartenance à l'un ou l'autre des camps en présence: avec les peuples qui luttent pour leur émancipation ou avec l’impérialisme qui mène la guerre aux peuples pour maintenir sa domination. www.ism-france.org/news/article.php?id=3191&type=communique&lesujet=Boycott Voir notamment les textes : Vers la fondation d’une stratégie de défragmentation ; Déclaration de principes des droits nationaux; La Palestine pour laquelle nous nous battons; Rapport de synthèse de la 1ère conférence palestinienne pour le boycott. Disponibles sur www.ism-France.org La question des réfugiés et le droit au retour voir http://www.france-palestine.org/article1877.html Les bases juridiques de l’accord de Genève voir http://www.monde-diplomatique.fr/2004/01/CHEMILLIER_GENDREAU/10928 Rouge n° 1904 News from within, mai 2004 http://electronicintifada.net/bytopic/historicaldocuments/307.shtml 1ère conférence palestinienne pour le Boycott d'Israël (BDS) voir http://ism-suisse.org/news/article.php?id=7928&type=communique&lesujet=Boycott Sylviane de Wangen http://www.france-palestine.org/article8177.html Leila Shahid, présentation d’une publication MRAP-SICO, septembre 2004 Dominique Vidal, politique de la force, force de la politique Manière de voir, Monde diplomatique, Histoires d’Israël. www.ism-france.org/news/article.php?id=7915&type=analyse&lesujet=Résistances Michel Warshawski, Programmer le désastre, Editions La Fabrique Solidarités, 20/12/2005, consultable http://www.legrandsoir.info/spip.php?article3047 Aux origines de l’Etat » ; Dominique Vidal, dans Histoires d’Israël, Manière de voir, le Monde diplomatique avril mai 2008 Voir leur préface « la fin d’un rêve » à la nouvelle édition de leur livre « Un partage avorté » C’est, avec quelques variantes, la thèse commune de tous les « post-sionistes » Lire, entre autres, les récentes contributions de Avnery, Burg etc. Voir Alain Gresh « Palestine les bases de la solidarité » dossier publié par l’AFPS et notamment le document antérieurement publié au sein d’ATTAC, « Tentative de définition des bases d’une solidarité » 28. Cf. Alain Gresh, texte cité.
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Interview de Ramadan Shallah, secrétaire général du Jihad islamique

« Israël n'a aucun avenir dans la région »
Interview de Ramadan Shallah, secrétaire général du Jihad islamique
A l'occasion du 15 mai, date commémorative de la création de l'Etat sioniste sur la terre de Palestine et, de ce fait, de la Nakba palestinienne, le Centre d'Information sur la Résistance en Palestine (CIREPAL) a jugé utile de présenter ce document, une récente interview de dr. Ramadan Shallah, secrétaire général du Jihad Islamique en Palestine, accordée à deux quotidiens du Golfe.
Dans cette interview, dr. Shallah traite de la situation dans son ensemble, soixante ans après la création de l'Etat usurpateur : où en est-il ? pouvons-nous libérer la Palestine ? Où en sont les Arabes, et notamment les Palestiniens ? Comment comprendre l'attitude des Etats-Unis ? Questions et réponses s'adressent évidemment à un public arabe et musulman, et notamment à un public soumis à des campagnes médiatiques pro-américaines incessantes où les résistants sont perçus, sinon comme des ennemis, du moins comme des aventuriers, face à la toute-puissance américano-sioniste dans la région. Dr. Shallah répond à tout un courant d'intellectuels et de politiciens arabes et musulmans qui continuent à agiter la toute-puissance de l'Etat sioniste et de ses alliés pour fustiger la résistance, la rendant responsable de l'accentuation de la crise actuelle. En présentant ce document, nous pensons qu'il est important que la logique et la réflexion des dirigeants de la résistance palestinienne, et la pensée qui anime les mouvements de la résistance soient connues telles quelles et non en passant par des filtres qui faussent souvent la réalité et empêchent de comprendre.
« Israël n'a aucun avenir dans la région »
Interview de Ramadan Shallah, secrétaire général du Jihad islamique
(Watan – Oman / Sharq – Qatar)
Traduction CIREPAL
Question : soixante ans après la création de l'Etat d'Israël, qu'est-ce qui a changé quant la vision israélienne d'abord de son existence dans la région, du point de vue stratégique, et sa vision ensuite de la paix avec les Palestiniens et les Arabes, plus généralement ?
R. Shallah : A notre avis, concernant la vision israélienne relative à l'existence de l'entité israélienne dans la région, nous pouvons distinguer trois étapes essentielles : la première est celle du refus absolu d'Israël, où le conflit était dénommé conflit arabo-israélien. Cette étape fut caractérisée par l'unanimité de la nation à refuser l'existence d'Israël, malgré les failles limitées réalisées par Israël en nouant des relations secrètes avec quelques parties arabes. Mais ces failles n'ont pas changé la réalité de cette étape, qui est celle du refus absolu, où le fait de contacter Israël était considéré comme une trahison suprême. La seconde étape commence en 1979, avec la signature par Sadate du traité de paix avec Israël. Dès cette date, certains marquent la fin de ce qui a été dénommé le conflit arabo-sioniste ou israélien, et le début de ce qui a été appelé le conflit palestino-israélien. Au cours de cette étape, le régime arabe est sorti du conflit, et la région est entrée dans ce que nous pouvons appeler la reconnaissance ou l'admission d'Israël par la contrainte. Cette reconnaissance débuta avec Sadate et atteint son apogée avec la signature de l'accord d'Oslo, suivi par d'autres Etats arabes qui signaient des accords officiels, ou établissaient des relations non officielles avec Israël. C'est l'étape dominante jusqu'à présent. Mais il y a aussi une autre étape, dans la conscience ou l'imaginaire israélien, qui n'a pas commencé, celle de l'admission d'Israël volontairement, dans le sens où l'image d'Israël, en tant qu'Etat envahisseur, étranger et implanté dans le cœur de la nation, malgré elle, soit supprimé de la conscience des peuples et des dirigeants de la région, et qu'il soit perçu comme un Etat normal, voisin, ami, comme tout autre pays arabe ou musulman. C'est le prix qu'Israël veut obtenir pour faire la paix dans la région, selon la vision israélienne. La paix qui se base sur la liquidation de la question palestinienne et l'ancrage d'Israël en tant que grande puissance dans le cœur de la région.
Mais, malheureusement pour Israël et ses alliés, le projet de règlement dont il a rêvé pour parvenir à la troisième étape a fait face à une résistance et un refus puissants, et même plus, car la région a assisté, avec les mouvements de la résistance islamique, à un retour à l'étape du refus absolu d'Israël. Dans le cadre de la lutte entre deux visions dans la région, le refus absolu ou l'acceptation absolue d'Israël, l'entité sioniste a reçu des coups douloureux lors de la victoire de la résistance au Liban en 2000, le déclenchement de l'intifada al-Aqsa en 2000 et la défaite cuisante lors de la guerre de juilllet 2006, au Liban… Tout ceci a porté un coup au prestige d'Israël et de son armée, en touchant à la force de frappe israélienne, modifiant du coup la priorité d'Israël, et décevant ceux qui appelaient à un règlement en comptant sur lui.
Le sentiment d'être étranger dans la région et la peur de l'avenir rendent Israël incapable de payer le moindre prix pour la paix à laquelle les Arabes ont appelé par le biais de l'initiative arabe. Donc, les priorités israéliennes dans la région consistent à récupérer sa force de frappe militaire, à élargir la zone de son acceptation par la contrainte, et la réalisation de nouvelles failles dans le corps arabe. Il regarde du côté des pays du Golfe, et notamment de l'Arabie saoudite, pour réaliser un alliance américano-israélo-arabe pour faire face aux forces de la résistance et du refus, représentées par l'Iran, la Syrie, le Hezbollah, Hamas, le Jihad islamique et les autres organisations de la résistance en Palestine, se préparant à une guerre pour récupérer son prestige sioniste dans la région.
En résumé, nous pouvons dire qu'Israël, soixante ans après sa création, se prépare à mener de nouvelles guerres, non à faire la paix. Il n'est pas nécessaire que la guerre éclate demain ou dans quelques mois, mais cette guerre est inéluctable, à notre avis, et le moment zéro sera atteint lorsqu'il sentira que le prix à payer pour maintenir la situation actuelle, avec le danger pour sa sécurité que cela comporte, sera plus élevé qu'une guerre régionale qu'il déclencherait. A notre avis, Israël n'est pas encore parvenu à ce point, mais nous considérons qu'il l'atteindra.
Question : D'une manière concrète, existe-t-il des facteurs ou des éléments dans les deux milieux, social et institutionnel, gouvernant en Israël, qui peuvent faire croire, dix ou cent après, à la possibilité de coexistence réelle entre deux Etats, un palestinien et un israélien, surtout qu'Israël envisage, stratégiquement, de faire de son entité un Etat juif ?
R. Shallah : Il ne peut y avoir aucune coexistence pacifique avec l'Etat israélien, et les rapports de force actuels ne génèrent pas une paix, mais une soumission dont les conditions sont imposées par la partie forte sur la partie faible. L'entité n'est pas séparée, au niveau de sa société et ses institutions, de la vision sur laquelle est basé le projet sioniste, qui est un projet de déni de l'autre, qui a fondé son entité d'une part sur des mythes, et de l'autre, sur le feu, le fer et le sang, la violence et la terreur. A partir de la nature belliqueuse et conflictuelle du projet sioniste, Israël refuse la paix, comme l'a prouvé l'expérience. Il a refusé tous les projets de règlement malgré leur bas niveau et les concessions obtenues. Israël refuse l'initiative arabe qui lui a cependant promis de vivre tel un Etat naturel et légal dans la région en contrepartie de son retrait du Golan, de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, seulement. Il a nié les accords d'Oslo qui furent une catastrophe pour le peuple palestinien, et a même refusé la « feuille de route » qui est fondamentalement un projet sécuritaire de destruction de la résistance palestinienne. Finalement, il refuse le processus d'Anapolis offert par les Arabes et y a répondu par la construction de milliers d'unités de colonisation dans al-Quds et ses environs. Donc, parier sur la paix avec Israël est un pari sur l'illusion et le mirage, car ce qui s'appelle processus de paix au moyen-Orient, comme l'a expliqué un écrivain et politicien juif américain, Henri Sigman, est « la tromperie la plus excitante dans l'histoire diplomatique contemporaine ». C'est un grand mensonge qui a fait croire que les Palestiniens obtiendront un Etat dans les limites des frontières de 67. Aujourd'hui, ce mensonge est dévoilé et il est devenu clair que « l'Etat palestinien » supposé dont ils parlent est « l'Etat des intérêts sionistes » qui non seulement n'accorde pas aux Palestiniens un Etat en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, mais prive 4 millions de réfugiés de retourner à leur pays, et menace d'expulser près d'un million et demi de Palestiniens qui vivent dans la Palestine occupée en 1948.
Pour résumer, l'idée de la coexistence sur la base des deux Etats est finie, et Israël et les Etats-Unis, en proposant l'idée de l'Etat Juif, coupent la route à ce qui s'appelle la solution d'un seul Etat. Donc le conflit se poursuit.
Question : quelle est votre vision quant à l'avenir d'Israël dans la région ?
R. Shallah : J'affirme catégoriquement qu'Israël n'a aucun avenir dans cette région, mais pour répondre à cette question, il n'est pas important de savoir comment nous, nous voyons l'avenir d'Israël. L'image du Super Israël, implanté dans la terre comme si cela était un décret divin auquel nul ne peut s'opposer, dans l'esprit de ceux qui en ont peur, de lui et des Etats-Unis, ne leur a pas laissé l'occasion d'écouter notre point de vue ou de lire notre vision sur l'avenir d'Israël, surtout lorsqu'ils y perçoivent les traces du Coran ou de l'histoire. C'est pourquoi il est nécessaire d'étudier d'abord comment Israël et ses alliés et amis voient son avenir, cela nous rapprochera probablement d'une lecture objective sur l'avenir de cette entité. Il ne fait aucun doute qu'Israël réalise qu'il a atteint sa soixantième année dans la région et qu'il a dépassé toutes les tempêtes qui ont essayé de l'en extraire, et a même fait subir des défaites à ses ennemis. Mais il ne nie pas être entré dans la phase de vieillesse, dont les signes apparaissent dans les défaites, même limitées, qu'il a subi au Liban et en Palestine. Ils commencent à parler de danger existentiel, et même la fin d'Israël devient une idée partagée. A aucun moment encore de l'histoire de cette entité, ses dirigeants n'ont ressenti un danger planant sur l'existence et l'avenir de leur Etat comme c'est le cas aujourd'hui. C'est de cette manière qu'en parlent les politiciens, les intellectuels, les historiens, les journalistes, les élites de cette entité et des Etats qui le soutiennent, dans le monde aujourd'hui. C'est de cette manière qu'en a parlé le journaliste américain Jeffrey Goldberg dans une série d'articles, disant : « je suis inquiet sur l'avenir d'Israël au cours des dix ou quinze prochaines années » et demande aux Israéliens de commencer à poser les questions décisives, telles que l'utilité du projet sioniste, est-ce qu'il a été bénéfique ou non ? Est-ce qu'Israël est viable ou non ? Peut-il vivre dans un milieu hostile dont les peuples ne supportent pas sa présence et ne souhaitent pas en entendre parler ? Ce sont des questions posées aussi par Abraham Burg et d'autres Israéliens, ou des amis et alliés d'Israël dans le monde. Deux journalistes américains avaient publié un rapport le 2 avril 2002 (soit avant même la défaite de juillet 2006) dans Newsweek, disant : « beaucoup de juifs pensent que l'avenir et la place d'Israël dans le moyen-Orient sont menacés aujourd'hui, comme il n'a jamais été. Est-ce que l'Etat juif va rester en vie ? A quel prix ? Avec quelle identité ? Peut-il jamais connaître la paix ? » L'historien juif Amos Aylon, dans une autre étude parue le 17 mai 2002 répond à ce genre de questions, disant : « je suis désespéré car je crains que la question ne soit finie… puis il poursuit déclarant, ce qui peut sembler étrange pour certains gouverneurs arabes, mais qui est devenu l'angoisse de la majorité des juifs : « Pour Israël, la confiance en la possibilité de demeurer est devenue très mince » ! Ce n'est pas le Jihad islamique, le Hizbullah ou le Hamas qui le dit, ce sont les paroles d'un historien israélien qui décrit la réalité d'Israël, malgré sa force militaire : « …la force nucléaire d'Israël est devenue inutile… » Lorsque la force nucléaire d'Israël devient inutile pour empêcher la société de s'effondrer et de tomber, psychologiquement, le premier ministre sioniste Olmert accourt pour menacer et susciter la peur dans la région, le 11 décembre 2006, parlant de son arme nucléaire, sans pour autant lever le voile sur l'avenir d'Israël lui-même..
Lorsque cet historien déclare que sa confiance dans l'avenir d'Israël est devenue mince, il n'a pas consulté l'avenir sur les paumes ou dans une tasse de café, mais s'est appuyé sur un ensemble de facteurs qui prouvent les signes de vieillesse du projet sioniste et de l'entité israélienne. Bien sûr, le projet sioniste a réussi à installer Israël pour qu'il devienne une patrie ou une entité pour les juifs du monde, mais il n'a pas réussi à la rendre sécurisée comme l'avaient promis les dirgeants de ce projet. Dans le monde entier, le juif peut vivre en paix et bénéficier de la sécurité, mais pas le juif qui vit en Israël. Le projet sioniste a débuté en Palestine, une base à partir de laquelle il devait se déployer pour former le grand Israël, du Nil à l'Euphrate. Où est le grand Israël aujourd'hui ? Il est tombé du fait de la victoire de la résistance islamique, du retrait de l'armée sioniste du Liban en 2000, et même le rêve d'Israël sur toute la terre de la Palestine est fini. Il est tombé avec le retrait israélien de Gaza en 2005, sous les coups de la résistance. Le puissant Israël, qui possède la plus forte armée dans la région, y compris les armes nucléaires, a perdu et a été humilié au cours de la guerre de juillet/août 2006 face à la résistance des combattants du Hizbullah et de la résistance islamique.
Israël aujourd'hui n'est plus le jeune Israël dont la force a atteint l'apogée au cours de la guerre et de l'expansion en 1967. Israël aujourd'hui est un Etat décrépit qui souffre du retour des peuples de la région à la culture du refus absolu de son existence, comme nous l'avons dit. Israël aujourd'hui, souffre du complexe de la résistance et de la présence palestiniennes, qui lui crée une crise existentielle. Israël aujourd'hui n'est plus celui de Ben Gourion, de Dayan, de Rabin et des autres, mais c'est un Israël qui n'a pas de dirigeants politiques et militaires. Certains ont affirmé que Sharon fut le dernier roi d'Israël, et après lui, le pays est tombé…
Israël aujourd'hui, dans le cadre de la mondialisation, souffre d'une crise d'identité et de la faiblesse de la doctrine de sa société où la fuite du service militaire est devenue très visible et sensible dans l'armée israélienne. Le plus grave, pour lui, c'est l'affaiblissement du niveau de l'armée elle-même.. Depuis 1973, que ce soit au Liban ou en Palestine, l'armée israélienne a subi des coups et des défaites, et elle n'est plus l'armée infaillible comme cela se disait avant. Le prestige de l'armée israélienne a été entamé et la force de frappe israélienne a dégringolé à un niveau jamais vu, dans son histoire. Si l'armée israélienne a perdu son prestige, que reste-t-il d'Israël ? Nous savons qu'Israël est une caserne militaire, un Etat militaire dans son organisation et sa vie, l'armée est la population, et la population est l'armée, ce qui veut dire qu'Israël est une armée ayant un Etat et non un Etat ayant une armée. Quand l'armée est défaite, l'Etat est défait.
Historiquement, Israël vit de l'aide étrangère et des rapports de forces internationaux plus que sur ses propres capacités ; cette aide a atteint son apogée dans le cadre du système unipolaire et de la domination américaine sur la politique internationale. Cet unipolarisme est cependant en train de craquer et les rapports de force changeront ; le rêve de l'empire américain, après son échec et sa défaite en Iraq, est en train de s'effondrer, le projet de nouveau moyen-orient n'a pas vu le jour ; Israël vit dans le cadre de la faiblesse, de l'impotence et de la division arabes, mais aussi du manque de volonté et d'initiative arabes officielles pour faire face à Israël, mais cela ne durera pas. Ce qui ne change pas, c'est le regard de la population de la région, envers Israël, pour qui cette entité reste étrangère, coloniale, et refusée. Le refus absolu de sa présence se développe de pair avec le développement des courants islamistes, des mouvements de la résistance islamique en Palestine, au Liban et en Iraq, et du soutien dont ils bénéficient dans la région.
Pour nous, Israël subira le même sort subi par toutes les entités étrangères implantées par les guerres des Francs, les croisés, dans nos pays et il disparaîtra comme elles ont disparu.
Question : Est-ce que la démocratie israélienne représente réellement une démocratie dans la région ?
R. Shallah : Pour répondre à cette question, nous devons prendre en considération deux questions importantes :
La première est quelle est la relation entre la nature du pouvoir en Israël et notre conflit avec le projet sioniste en Palestine ? En d'autres termes, si la nature du pouvoir en Israël était dictatorial ou fasciste, est-ce que cela change notre vision, nous, les Arabes et les musulmans ? Et à l'intérieur du système démocratique lui-même, quelle est la différence pour nous si arrive à la tête du pouvoir Olmert, Barak ou Netanyahu ? Ceux qui ont parié sur l'arrivée de Barak après Netanyahu ont récolté l'amertume de l'effondrement des négociations de Camp David II, car les Israéliens sont les mêmes, et les conditions israéliennes de Madrid à Annapolis durcissent, et parier sur la marge ou les différences entre les partis israéliens, dans leur comportement avec les Palestiniens, est presque impossible, car ils veulent tous garder la terre et les maisons, qui est l'axe principal du conflit en Palestine et dans la région.
Le second point, si la démocratie représente un critère de l'attitude occidentale envers Israël, comme le pensent certains, que signifie cette démocratie pour les occidentaux et les Américains ? Est-ce que la démocratie à l'intérieur peut-elle coexister avec un esprit expansionniste et belliqueux envers l'extérieur, qu'Israël met en pratique depuis sa fondation ? Ou bien Israël est-il conforme à la manière occidentale et coloniale pratiquée par les Etats occidentaux coloniaux, anciens et nouveaux, tel le nouveau colonialisme revenu avec l'invasion américaine de l'Iraq ou de l'Afghanistan, sous le slogan de guerres préventives ? Est-ce que la démocratie fait-elle bon ménage avec le slogan de l'Etat juif, soutenu par Bush et auquel appellent les Israéliens aujourd'hui ? Dans ce cadre, Israël est-il un Etat pour tous ses citoyens ou un Etat pour les citoyens juifs seulement ? En d'autres termes, Israël est-il réellement un Etat « démocratique » ou un Etat « religieux » ? Dans tous les cas, quelle est la situation de la population arabe dans l'Etat d'Israël et de la discrimination raciale que ne nient pas les Israéliens eux-mêmes ? Tout cela signifie que la vraie « démocratie », aux yeux d'Israël et des Etats-Unis, est celle qui réalise les intérêts d'Israël et des Etats-Unis, sans considération aucune pour le contenu et la nature du processus démocratique. Nous savons que les Etats-Unis, dans leur comportement avec les autres, considèrent que leurs propres intérêts constituent le premier critère pour formuler leur politique… Ils ont toujours eu des relations avec des régimes dictatoriaux pour leurs propres intérêts qu'ils placent au-dessus des principes de la démocratie et des libertés des peuples. La démocratie louée dans les régions de l'autorité autonome, dans le cadre de l'occupation, a été refusée lorsqu'elle a amené Hamas… La démocratie qui a amené Ahmadinajad en Iran est refusée aussi, elle est même entièrement refusée parce que l'Iran ne fait pas partie de l'alliance américaine qui admet Israël et veille sur l'intérêt américain dans la région ;
Finalement, il est probable que la démocratie permet à l'entité israélienne d'avoir un mécanisme meilleur pour la passation du pouvoir et l'administration de son conflit dans la région…
Question : Est-ce que la coexistence palestino-israélienne est possible dans le cadre d'un Etat laïc et démocratique unique ?
R. Shallah : L'alternative de l'Etat démocratique et laïc a été proposée par l'OLP à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, mais Israël l'a refusé, et aujourd'hui, on parle beaucoup de l'Etat unique bi-national. Beaucoup pensent que si Israël et les Etats-Unis ont accepté la solution de deux Etats, avec les conditions israéliennes évidemment, c'est par crainte d'arriver à l'Etat unique, surtout que l'équilibre démographique en Palestine sera bientôt favorable aux Palestiniens, certainement et clairement, à partir de 2010, selon certaines estimations. A partir de là, certains pensent que l'adoption de la solution de l'Etat laïc unique constitue la meilleure solution au conflit, dans le cadre de la situation internationale qui n'accepte et ne permet pas l'idée de la libération de la Palestine, qui signifie la disparition ou le démantèlement de l'entité raciste qu'est Israël.
Pour nous, nous n'acceptons pas cette alternative, pour plusieurs raisons :
1) D'abord, elle accorde à Israël et aux Juifs la légitimité de leur présence sur la terre de la Palestine, légitimité qu'ils n'ont pas. La nation a lutté, dès le début, sur la base de l'illégitimité de la présence sioniste en Palestine.
2) propager cette alternative supprime la culture de la lutte et de la résistance, et propage la culture de la soumission au fait accompli et à se préparer à vivre avec Israël, au moment où Israël refuse cette question et poursuit son agression pour consolider son projet en fixant Israël en tant qu'Etat purement juif.. Ce qui signifie qu'Israël prendra des défenseurs de cette alternative la reconnaissance de sa légitimité et de son droit à l'existence sur toute la Palestine, pour que notre terre et notre patrie la Palestine deviennent une seconde Andalousie, où Israël se consolide sur ses ruines en tant qu'Etat stable et sûr, en n'ayant pour d'autre but ou espoir que le fait d'y être acceptés, en tant que sujets, même de dixième zone !
3) je ne pense pas que la laïcité peut régler ce conflit saturé de symboles religieux, des deux côtés… Israël a été fondé et continue à utiliser les signes bibliques, talmudiques et les mythes pour les mettre au service du mouvement sioniste et créer Israël, et en face de cette invasion, l'arabité et l'islamité de la Palestine ont été affirmées. Le bagage religieux constitue, pour les deux parties, une force de mobilisation importante dans le conflit, du côté sioniste, pour attaquer et du côté palestinien, pour se défendre et résister. Que fait la laïcité de l'Etat unique avec l'arabité et l'islamité de la Palestine dans les cœurs et les consciences arabes et islamiques ? Comment se débarrasse-t-elle de « la judaïté » de l'Etat dans la conscience israélienne et le projet sioniste ? Qui peut convaincre un laïc en Israël, avant le religieux, de devoir abandonner une partie non négligeable des mythes fondateurs de cette entité, ou d'abandonner l'idée de la reconstruction du temple présumé sous la mosquée al-Aqsa ? En face, est-ce que le plus laïc parmi les musulmans ou les arabes peut abandonner une seule pierre de la mosquée al-Aqsa, ou de l'église de la Nativité ou du St Sépulcre ?
Ce conflit est assurément saturé de symboles et de croyances religieuses et idéologiques, et la démocratie laïque ne peut constituer un cadre pour le résoudre, surtout qu'Israël n'a pas occupé la Palestine au moyen des urnes, mais par le fer et le feu, en tuant et en expulsant son peuple vers toutes les parties du monde…. La solution est, à notre avis, de poursuivre le conflit, même par les moyens les plus simples, jusqu'à relever la nation et modifier le rapport de force..
Au cours de l'intifada des pierres, en 1987, le peuple palestinien a adressé un message très profond à Israël, et à tous ceux qui le soutiennent dans le monde, ce message dit que cette entité, son occupation et s


