FREE PALESTINE

Le Mouvement Citoyen Palestine est une association de fait, constituée de citoyens d’horizons divers et qui a pour objectif la promotion et la défense des droits inaliénables du peuple palestinien à disposer de son territoire et d’un Etat.

05 mai 2008

Le 10 mai, roulez pour la Palestine !

Le 10 mai, roulez pour la Palestine !

Le 10 mai 2008, le groupe citoyen "Via Velo Palestine" organise un pique nique et une ballade à vélo de 60 kilomètres autour Bruxelles. Cette action se déroule dans le cadre de la campagne "60 ans de dépossession, 40 ans d’occupation". Partant(e) ? Inscrivez-vous !

Pour protester contre les 60 ans de dépossession et les 40 ans d’occupation de la Palestine par Israël, le groupe citoyen "Via Velo Palestine" a imaginé cette ballade/pique-nique de 60 kilomètres autour de la capitale.

Pensez à apporter à manger pour le pique-nique de midi. A l’arrivée, il sera possible d’acheter des boissons et des sandwiches. Des stands sur la Nakba seront également disponibles pour vous informer.

Programme
Départ : 10 heures précises à la Gare du Nord (rue du Progrès, côté Proximus)

Étapes :
- 11h30 : retour Gare du Nord (Place Gaucheret)
- 13h00 : pique-nique Place du Jardin aux Fleurs (métro St Catherine)
- 15h00 : parvis de St Gilles (Tram 4)
- 16h00 : ULB (Avenue Franklin Roosevelt)

Arrivée : 16h30 au Parc de Leybeek (étangs, Maison Communale de Watermael-Boisfort).

Inscrivez-vous dès à présent pour cet événement en contactant Liliane Catelin au 067 63 86 16 ou par e-mail à lilianecatelin(at)scarlet.be.

Plus d’infos :
Marianne Samray, 010 61 25 00 — marianne.samray(at)belgacom.net
Marc Abramowicz, 067 21 40 77 — marc.abramowicz(at)swing.be

Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la campagne menée par l’Association belgo-palestinienne (ABP) et Actieplatform Palestina (APP)

Posté par MCPalestine à 16:55 - soirées,débat, activités, ACTIONS - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Israël-Hamas. L’impossible dialogue

TelQuel  N° 321 mis en ligne le Dimanche 2 mai 2008
Par Nina Hubinet
Israël-Hamas. L’impossible dialogue

http://www.telquel-online.com/321/monde1_321.shtml

La rencontre de Jimmy Carter avec le chef du Hamas, Khaled Mechaal, a relancé la question des relations impossibles entre le mouvement islamiste et l’Etat hébreu. Pour quels résultats ?

Barack Obama, le candidat démocrate, était en train de prendre son petit-déjeuner dans un local de campagne. La question l’a visiblement agacé. “Pourquoi est-ce que je ne peux pas simplement manger ma gauffre ?”, a-t-il répondu sèchement au journaliste qui l’interrogeait sur la rencontre entre Jimmy Carter et le chef politique du Hamas. Il avait déjà rappelé, quelques jours plus tôt, qu’il considérait le Hamas comme une organisation terroriste, donc peu fréquentable. Hormis Obama, les compatriotes de Jimmy Carter ont tous condamné avec virulence sa visite à Damas. Cela n’a pas empêché l’ancien président de se dire satisfait de sa rencontre avec Khaled Mechaal. “Le problème n’est pas que j’ai rencontré le Hamas en Syrie, le problème est qu’Israël et les Etats-Unis refusent de rencontrer ces gens”, a-t-il estimé. L’initiative de l’artisan des accords de paix entre l’Egypte et Israël en 1979 a le mérite de reposer le problème : Israël et les Etats-Unis doivent-ils négocier avec le Hamas ?

Une trêve de dix ans
De retour de Damas lundi, Carter a annoncé que le mouvement islamiste était “prêt à accepter un Etat palestinien dans les frontières de 1967 (avant l’occupation israélienne des Territoires) si les Palestiniens l’approuvent et qu’ils acceptent le droit d’Israël à vivre en paix comme proche voisin”, ce que Carter a compris comme une promesse explicite de reconnaissance d’Israël par le mouvement islamiste. Mais Khaled Mechaal est rapidement venu nuancer ses propos : “Nous acceptons un Etat sur la ligne du 4 juin (1967), avec Jérusalem pour capitale, une véritable souveraineté et le droit complet de retour pour les réfugiés, mais sans reconnaître Israël”. Le chef politique du Hamas a ajouté que son mouvement “respecterait la volonté nationale palestinienne, même si elle va à l’encontre de ses convictions”. Autrement dit, le Hamas ne s’opposera pas à un accord de paix conclu entre Mahmoud Abbas et Ehoud Olmert, qui ont repris des pourparlers depuis la conférence d’Annapolis (novembre 2007), si cet accord est approuvé par un référendum. À défaut d’une reconnaissance formelle de l’Etat hébreu, le Hamas propose également “une trêve de 10 ans comme preuve de reconnaissance” aux Israéliens s’ils se retirent dans les frontières de 1967. En guise de commentaire à la déclaration de Mechaal, Dana Perino, la porte-parole de la Maison Blanche, a rétorqué que “les actes parlent plus fort que les mots”, faisant référence aux tirs de roquette quasi-quotidiens sur Israël depuis la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas. Washington a clos le débat en affirmant ne voir là aucune modification dans la position du mouvement islamiste.

Les frontières “sacrées” de 1967
Un avis que partagent nombre de spécialistes du Proche-Orient : la position exprimée par Khaled Mechaal n’est pas fondamentalement différente de ce que le Hamas avait coutume de dire jusque-là. “Dès février 2004, Cheikh Yassine (le fondateur du Hamas) affirmait que le Hamas n’était pas prêt à reconnaître Israël mais qu’il accepterait une trêve si Israël se retirait dans les frontières de 1967”, rappelle Barah Mikaïl, chercheur à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques). “Cette idée figurait dans des documents internes du Hamas depuis 1994”, confirme Aude Signoles, chercheur en sciences politiques à l’Université de la Réunion et auteur de Le Hamas au pouvoir, et après ? (Milan, 2006). D'ailleurs, Mechaal avait déjà réaffirmé cette position début avril dans une interview au quotidien palestinien Al Ayyam. Mais les derniers propos du chef du Hamas sont loin d’être anodins. “Ces déclarations sont bienvenues car elles permettent d’être clair sur les conditions que pose le Hamas pour permettre de pacifier la situation sur le terrain, estime Barah Mikaïl. Elles contredisent les Américains et les Israéliens, qui ne cessent de répéter que le Hamas est fermé à toute négociation pacifique”.

Il y a pourtant peu de chances qu’Israël, qui a réaffirmé mardi être hostile à tout dialogue avec le Hamas, prenne en compte ces déclarations. “Israël n’est pas disposé à négocier la donne territoriale avec les Palestiniens”, affirme Barah Mikaïl. L’Etat hébreu n’envisage pas en effet de restituer les territoires occupés en 1967, aujourd’hui parsemés de colonies. Du coup, selon le chercheur, “les Israéliens recentrent le débat sur les violences du Hamas sur le terrain pour justifier le refus du dialogue avec le Hamas”. Le retour au plan de 1967 étant la condition préalable de tout accord de paix pour le mouvement islamiste, il est peu probable qu’un échange constructif émerge à court terme entre les deux parties.

Les (vraies) préoccupations des Palestiniens
Pourtant, en coulisses, Israël ne serait pas totalement hermétique au dialogue. Un haut responsable du ministère de la Défense, Amos Guilad, s’est rendu au Caire début mars. Plusieurs sources ont affirmé que des négociations secrètes entre Israël et le Hamas par l’entremise de l’Egypte étaient en cours. La trêve d’une semaine, respectée le mois dernier par les deux parties, est venue confirmer cette hypothèse. Officiellement, Ehoud Olmert nie toute discussion avec les islamistes. Il sait pourtant que “64% des Israéliens sont favorables à l’ouverture de négociations avec le Hamas”, selon un sondage réalisé en février.

Ces histoires de négociations secrètes, de reconnaissance d’Israël ou de rencontre entre Jimmy Carter et Mechaal sont loin d’animer les conversations à Ramallah. “Personne n’en parle !”, témoigne Aude Signoles, en Cisjordanie depuis une dizaine de jours. Et lorsqu’on demande aux Palestiniens ce qu’ils en pensent ? “Ça les fait sourire,
poursuit Signoles. Ici, personne n’est contre la reconnaissance d’Israël, mais les gens se préoccupent davantage de savoir sur quel cadre un Etat peut être bâti”. Or sur le terrain, on s’éloigne de plus en plus d’un Etat viable. Les Palestiniens critiquent aussi de manière de plus en plus virulente Abou Mazen (Mahmoud Abbas) et son gouvernement, les accusent de corruption, déplorent leur refus catégorique de traiter avec le Hamas, fustigent la décision de renforcer les effectifs de la police alors que les enfants ont besoin de terrains de sport, d'écoles et de soins médicaux…

Et le rival du Fatah ne se gêne pas pour profiter de cette colère : un sondage réalisé il y a quelques jours montre que 85% des Palestiniens soutiennent le Hamas. Une paix stable entre Palestiniens et Israéliens ne peut se faire sans impliquer le mouvement islamiste, que l’on apprécie ou pas son idéologie. D’autant que le jeu est dangereux :
refuser tout dialogue avec le Hamas, c’est laisser le champ libre à Téhéran, qui ne demande pas mieux, que d’avoir un deuxième allié au Proche-Orient.

Jimmy Carter. L’entremetteur de la paix

Âgé de 83 ans, Jimmy Carter n’en est pas à son coup d’essai en matière d’initiative de paix. L'ancien président des Etats-Unis (1977-1981), prix Nobel de la paix en 2002, a toujours su bousculer les conventions pour pousser les protagonistes d’un conflit à s’entendre. Son plus grand succès reste les accords de Camp David, par lesquels l’Egypte et Israël signèrent la paix en 1979. Issu d’une famille de fermiers baptistes, Jimmy Carter s’est ensuite illustré comme médiateur des conflits les plus inextricables, du Burundi, en 1995, au Venezuela, en 2003. Avec quelques succès, mais aussi des échecs. Au Proche-Orient, Jimmy Carter a supervisé plusieurs élections palestiniennes. Dès la victoire électorale du Hamas en 2005, il se prononce pour un dialogue avec le mouvement islamiste. Il rencontre ses cadres une première fois en 2006, suscitant déjà la colère de l’état-major américain. En janvier dernier, Jimmy Carter a rendu à nouveau visite aux dirigeants du Hamas. Même s’il se défend d’agir en médiateur, sa tournée actuelle au Proche-Orient (après Israël et la Syrie, il doit se rendre en Jordanie et en Arabie Saoudite) ressemble fort à une nouvelle tentative pour mettre les pays de la région sur la voie de la paix. Mais même pour Carter, le défi ne semble pas réaliste.

Posté par MCPalestine à 16:31 - ARTICLES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Un soldat de l’armée israélienne a tout à coup surgi

Un soldat de l’armée israélienne a tout à coup surgi  d’entre les arbres

Gideon Lévy

Haaretz, 25 avril 2008

www.haaretz.co.il/hasite/pages/ShArtPE.jhtml?itemNo=977792

Version anglaise : Homeward, bound

www.haaretz.com/hasen/spages/977766.html

Tout ce que le carreleur Sami Houatra voulait, c’était rentrer chez lui, au sud du Mont Hébron, après avoir quitté son travail dans la localité [israélienne] de Meitar. Un soldat de l’armée israélienne a tiré sur lui, deux balles, sans raison apparente. Il est resté étendu, perdant son sang une heure durant avant de recevoir des soins. A l’hôpital de Soroka, on l’a gardé menotté pendant plus d’une semaine. Un mois et demi plus tard, il a encore des difficultés à tenir debout.

A la fin de la journée, au bout d’une semaine de travail, au terme de deux semaines éreintantes, le carreleur Sami Houatra a pris le chemin de la maison. Sami rénove des villas de Juifs dans la localité communautaire de Meitar, se cache comme un chien dans la localité bédouine de Houra, toute proche, passe la nuit dans un conteneur et, une fois toutes les deux ou trois semaines, il s’en retourne clandestinement chez lui, dans le village de Wadi a-Shajana, au sud du Mont Hébron. Sami, célibataire de 29 ans, habite avec ses parents âgés. Tous les autres membres de sa famille vivent en Israël, citoyens du pays. La main du destin a déchiré cette famille bédouine en 1948 : une partie est restée en Israël, l’autre fut condamnée à vivre dans les Territoires [occupés]. Sami subvient aux besoins de ses parents en se rendant illégalement en Israël. Il y en a beaucoup d’autres comme lui. Les 6000 shekels de son salaire mensuel [1100 €] représentent une somme considérable pour les standards du sud du Mont Hébron.

Le matin du jeudi 6 mars, Sami s’est réveillé dans son conteneur, il s’est présenté à son travail de carrelage à Meitar et, à la fin de sa journée de travail, il a dit qu’il retournait chez lui après deux semaines d’affilée passées à carreler les maisons des Juifs. Le trajet vers la maison ou depuis la maison est coûteux et dangereux. C’est pour cette raison qu’il ne rentre pas trop souvent. C’est comme ça depuis des années. Jamais il ne s’était fait prendre. Sami dit savoir comment éviter la police et les garde-frontières qui traquent les personnes en séjour illégal. Son conteneur, il le partage avec un ouvrier de Dehariya. Ils paient 500 shekels [92€] par mois pour la location de cet abri douteux à Houra.

16h : fin d’une journée de travail, mais aussi fin d’une semaine de travail, et début du trajet de retour à la maison. Il en fait une partie à pied, en passant par les collines. Une voiture israélienne l’a déposé près de Ramdin et de là, il a continué à pied jusqu’au moment où il est monté dans un taxi palestinien de Dehariya qui l’a emmené jusqu’aux abords de son village. A partir de là, il y a un chemin à faire à pied, plus long mais plus sûr, et un autre plus court mais plus risqué où il arrive que des soldats se mettent en embuscade, guettant les personnes en séjour illégal et ceux qui lancent des pierres. Sami était éreinté : il a choisi le chemin le plus court.

Sami est arrivé aux abords de son village retiré, à 18h30. Il a pris entre les arbres, est passé à côté de la fabrique de poteries du village, quand tout à coup un soldat de l’armée israélienne a surgi d’entre les arbres. C’est là, parmi les arbres, que parfois, les soldats s’embusquent et guettent les enfants qui lancent des pierres sur la route 60 qui passe au pied du village. C’était le cas ce jour-là. Le soldat a ordonné à Sami de s’arrêter, de relever son T-shirt et son blouson et de tourner sur place. Sami dit avoir fait ce qu’on lui disait. Le soldat paraissait tendu et nerveux. Peut-être avait-il peur. Sami lui a dit qu’il revenait de son travail et qu’il rentrait chez lui. « Où travailles-tu ? », a demandé le soldat. « A Meitar », a répondu Sami. « Tu as un permis ? » « Non, je n’ai pas de permis. Il y en a beaucoup qui vont travailler sans permis. » Sami dit que le soldat s’est mis à l’injurier : « Abou sharmouta » [père de pute] et toute une sélection d’autres insultes.

Et puis tout à coup – sans le moindre avertissement, d’après Sami – le soldat lui a tiré dessus, deux balles l’une après l’autre, droit dans l’entrejambe. Entre le soldat et lui, il y avait cinq mètres tout au plus. Sami est tombé à terre. Le soldat s’est alors approché de lui, lui a collé son fusil à la tête et a crié : « pourquoi passes-tu par ici ? ». Le carreleur perdait beaucoup de sang de sa blessure.

Le corps de Sami était secoué de tremblements et les douleurs étaient intenses. Il a tenté d’expliquer au soldat qu’il n’avait lancé aucune pierre et que tout ce qu’il voulait c’était rentrer chez lui en paix. « Je revenais de mon travail et je ne savais pas que vous étiez ici », a dit Sami pour essayer de se justifier. Tout cela se passait à quelques dizaines de mètres de sa maison, près de la maison de ses voisins. Très vite, cinq autres soldats ont surgi d’entre les arbres. Sami a entendu l’officier demander au premier soldat : « pourquoi as-tu tiré sur lui ? ».

Les soldats ont pris la carte d’identité de Sami et vu son âge : 29 ans. Pas l’âge de ceux qui lancent des pierres. Pendant tout ce temps, Sami était étendu par terre, perdant son sang mais pleinement conscient. Un quart d’heure plus tard, un infirmier ou un médecin militaire – Sami ne sait pas – est arrivé et a demandé aux soldats pourquoi ils n’avaient pas prodigué les premiers soins au blessé. Les soldats lui ont répondu n’avoir pas l’équipement pour les premiers soins. L’infirmier, à moins que ce ne fût un médecin, a pansé les blessures de Sami et arrêté l’hémorragie. Ensuite on lui a immobilisé les jambes et on l’a emmené vers une ambulance qui l’a évacué vers le checkpoint de Meitar, où une ambulance de Magen David Adom l’a conduit à l’hôpital Soroka, à Beer Sheva.

A Soroka, on lui a demandé de signer un formulaire de consentement à l’opération. Sami, paniqué et seul, a eu peur de signer le mystérieux document en hébreu mais a fini par y consentir. On l’a amené en salle d’opération. Sami s’est réveillé le lendemain matin, après avoir subi une intervention à l’aine, pour s’apercevoir rapidement qu’il était menotté et qu’un de ses pieds était attaché au lit. Deux soldats gardaient sa chambre par alternance toutes les six heures.

Une semaine durant, Sami Houatra est resté alité dans le département d’orthopédie de l’hôpital, menotté et attaché, sous la surveillance de deux soldats, et sans qu’aucun de ses proches ne fût autorisé à lui rendre visite. Ni ses parents âgés qui vivent avec lui dans les Territoires [occupés], ni ses frères, ni les autres membres de sa famille qui vivent dans le Néguev et qui ont essayé de se rendre à son chevet mais que les soldats n’ont pas laissés entrer dans la chambre. Pendant son hospitalisation, un officier de l’armée israélienne est également venu l’interroger. A la fin de l’interrogatoire, l’officier lui a dit : « Nous sommes convaincus que vous n’êtes pas un terroriste. C’est pourquoi nous vous libérerons. »

Après une semaine, menottes et gardes ont été retirés, et trois jours plus tard, Sami était renvoyé chez lui. Dans la lettre de sortie d’hôpital, le Dr Oren Zvieli a écrit : « Age 29. Amené aux urgences par les forces de sécurité, après avoir été touché à la cuisse gauche. Transféré dans notre département après intervention chirurgicale sur fracture ouverte au fémur gauche et reconnexion des vaisseaux sanguins ouverts… Ne donne pas d’informations sur les circonstances de l’incident… A commencé, dans le département, une physiothérapie mobile sans appui sur la jambe opérée, à l’aide d’un déambulateur… Renvoyé aux forces de sécurité et pour un suivi. »

La porte-parole du Centre médical de Soroka, Inbar Darom-Guter, a communiqué cette semaine l’explication suivante à propos de l’utilisation des menottes durant l’hospitalisation de Sami, blessé : « D’après les instructions du Ministère de la Santé, la décision de menotter un patient placé sous surveillance incombe à l’autorité responsable de l’application de la loi qui a la garde du patient… Le détenu est attaché selon les directives des services de sécurité et par ceux-ci qui n’ont pas répondu à la demande de l’équipe médicale de détacher le patient. Les services de sécurité sont, eux, entraînés à définir le degré de danger représenté par le détenu. Il a reçu les meilleurs soins médicaux et le fait d’être menotté et attaché n’a pas le moins du monde porté atteinte aux soins qui lui étaient donnés. L’état du patient était bon au moment de sa sortie de l’hôpital ».

Le porte-parole de l’armée israélienne a expliqué : « Il y a eu, ces derniers temps, plus de dix cas d’activité terroriste populaire hostile… ayant pour but de porter atteinte à des habitants et à des soldats de l’armée israélienne dans le secteur de Wadi a-Shajana. Lors de l’incident dont il est question,… des soldats de l’armée israélienne ont repéré deux personnes qui s’approchaient de l’endroit d’un pas furtif et suspect, et tenant un pneu qu’ils ont lancé en direction de l’axe routier. Les soldats ont appliqué la procédure d’arrestation d’un suspect, procédure qui comporte plusieurs appels et un tir de sommation en l’air. En l’absence de réponses aux sommations, les soldats ont effectué un tir de précision à hauteur des jambes et constaté avoir touché leur cible. Les soldats ont ensuite apporté au blessé les premiers soins, sur place. Puis celui-ci a été évacué vers l’hôpital pour continuer à y recevoir des soins ».

Dans sa triste et pauvre maison, Sami est maintenant étendu sur le flanc, après avoir passé une semaine avec des menottes qui n’ont pas – le ciel nous préserve ! – nui à l’excellence des soins médicaux qu’il a reçus. Il est étendu sur un lit métallique défait et éprouve des difficultés à se mettre debout. Plus d’un mois et demi a passé depuis qu’il s’est fait tiré dessus et il n’est toujours pas capable de se tenir sur ses jambes. Son père âgé est allongé sur un matelas près de lui, dans la seule pièce de leur maison. Sur la radiographie qu’il nous présente, apparaît la broche fichée dans sa cuisse. Chaque jour, son frère vient le chercher et il le porte pour l’emmener se faire soigner à l’institut de physiothérapie de Dehariya.

Lorsque nous demandons à Sami de pouvoir le photographier à l’entrée de sa maison, son visage s’assombrit : tout mouvement lui est douloureux. Finalement, nous l’avons porté jusqu’au hall d’entrée. Il porte un t-shirt de sport, gris : « Tournoi Ramadan de mini-foot adulte 2005. Conseil local de Houra ». Il a le teint gris, il est physiquement mince et faible, et dit que ça lui est dur. « Ce sont des problèmes pour toute la vie », marmonne le carreleur de Wadi a-Shajana, qui ne demandait qu’à rentrer chez lui en paix.

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

Posté par MCPalestine à 16:30 - ARTICLES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Dossier Hamas

Al-Ahram Hebdo  Semaine du 30 avril au 4 mai 2008, numéro 712
Dossier Hamas


Vers de nouvelles perspectives ?

En laissant entendre qu’elle tolérerait un Etat israélien aux côtés d’un Etat palestinien dans les frontières du 4 juin 1967, l’organisation qui contrôle Gaza semble se diriger vers une diplomatie plus pragmatique en guise d’issue au blocus. Le Hamas teste aussi la volonté réelle des Israéliens de parvenir à un règlement.

Réactions minimes en Palestine

A l’intérieur de la Palestine, l’initiative du Hamas n’a pas eu d’effet exceptionnel. Personne n’a écarquillé les yeux ou est resté bouche bée.

http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2008/4/30/doss0.htm

Al-Ahram Hebdo  Semaine du 30 avril au 4 mai 2008, numéro 712

Hamas . En laissant entendre qu’elle tolérerait un Etat israélien aux côtés d’un Etat palestinien dans les frontières du 4 juin 1967, l’organisation qui contrôle Gaza semble se diriger vers une diplomatie plus pragmatique en guise d’issue au blocus. Le Hamas teste aussi la volonté réelle des Israéliens de parvenir à un règlement.

Vers de nouvelles perspectives ?

http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2008/4/30/doss1.htm

Les jours se suivent et se ressemblent, un adage qui, somme toute, s’applique peu à la politique et surtout à la question proche-orientale et à ce dossier palestino-israélien. On peut parfois tourner autour du pot, mais dans un contexte où le quotidien apporte son lot de morts et de violence et où les perspectives du futur témoignent d’une véritable apocalypse, la politique avance : c’est bien la poursuite de la guerre par d’autres moyens, comme on le dit. Israël, lui, bien arrogant et fier de sa machine de guerre semble apparemment le moins disposé à vouloir négocier, même s’il est tenté de le faire. Le Hamas dont l’étiquette islamico-révolutionnaire le rend intransigeant en principe, ne dédaigne pas tellement les avancées politiques. Aujourd’hui, la réalité impose de faire preuve d’un sens de compromis. Les faits et les déclarations sont là pour le prouver.« Le Hamas est prêt à reconnaître le droit d’Israël de vivre en paix si un accord de paix est conclu et approuvé par un référendum palestinien », une déclaration de l’ancien président américain Jimmy Carter, citant des responsables du mouvement islamiste qu’il a rencontrés à Damas, dont le chef en exil Khaled Méchaal. « Ils (le Hamas) ont indiqué qu’ils seraient prêts à accepter un Etat palestinien dans les frontières de 1967 si les Palestiniens l’approuvent et qu’ils accepteraient le droit d’Israël de vivre en paix comme proche voisin », a précisé Carter qui s’est vu l’objet de blâmes et de critiques de la part de son propre pays et d’Israël qui considèrent le Hamas comme une organisation terroriste. Une manière de contourner, si l’on peut dire, la présence réelle de ce mouvement à Gaza. Le Hamas étant en général une composante palestinienne qu’on ne peut ignorer.
L’ex-président américain a d’ailleurs souligné que le Hamas et la Syrie devraient être impliqués dans toute initiative de paix visant à instaurer une solution pacifique au conflit proche-oriental. « La stratégie actuelle visant à exclure la Syrie et le Hamas ne marche pas.

Elle contribue à exacerber le cycle de la violence, les malentendus et l’animosité », a-t-il dit. « Nous pensons que le problème réside dans le fait qu’Israël et les Etats-Unis refusent de rencontrer ces gens, et non dans le fait que j’ai rencontré le Hamas à Damas ». Certes le Hamas a revu à la baisse ces propos, mais il ne les a pas complètement désavoués. « Le Hamas ne reconnaîtra pas Israël ... Nous acceptons un
Etat palestinien dans les frontières du 4 juin 1967 avec Jérusalem pour capitale, un Etat souverain sans les colonies, avec le droit de retour des réfugiés palestiniens, mais sans la reconnaissance d’Israël », a déclaré Méchaal. Celui-ci a affirmé mettre un veto sur les négociations directes avec Israël mais sans exclure des « négociations indirectes ».
En fait négocier, c’est négocier, et le Hamas ici ne fait que rejoindre Israël qui lui aussi négocie « indirectement » via l’Egypte notamment pour la libération du prisonnier israélien Shalit et pour une trêve aussi. D’ailleurs, selon les observateurs, Washington a discrètement donné son assentiment à la tentative de médiation égyptienne (lire page 4). Et d’ailleurs, cette mission de Carter, si elle est individuelle, n’en est pas moins importante. Dans la tradition diplomatique américaine, anciens présidents et responsables jouent souvent le rôle de Think Tanks surtout que l’Amérique paraît tout à fait dans l’impasse face au chaos proche-oriental.

Cela dit, pourquoi le Hamas lâche-t-il du lest ? Le chef du Hamas a laissé entendre qu’il tolérerait un Etat israélien sur le reste des territoires revendiqués, sans toutefois le reconnaître formellement mais sans aussi faire son discours traditionnel fait de destruction projetée de l’Etat d’Israël. L’avancée est de taille. Car le Hamas s’engage ainsi, implicitement, à ne pas saboter les négociations relancées en grande pompe, sous l’égide de la Maison Blanche, lors de la conférence d’Annapolis de novembre 2007. Censées aboutir à un accord-cadre avant la fin 2008, les discussions n’ont produit aucune avancée significative, pour l’instant. Le mouvement islamiste avait estimé, après s’être emparé de la bande de Gaza en juin 2007, que le président palestinien, Mahmoud Abbass, n’était plus habilité à négocier la paix avec Israël au nom des Palestiniens Isolé et au bord de l’asphyxie en raison du blocus imposé à la bande de Gaza, dont il a pris le contrôle il y a près d’un an, le Hamas est-il obligé de tenter une ouverture ? « Il s’agit d’un changement tactique étant donné les conditions difficiles à Gaza, où les Palestiniens sont condamnés à la faim. L’organisation pourrait perdre ainsi la confiance et le soutien de la population. Même ceux qui estiment correct le plan politique du Hamas, commencent à avoir des doutes suite au blocus où l’on voit même des ONG internationales incapables de mener à bien leur tâche », estime Moustapha Magdi, chercheur au Centre d’études arabes et africaines. Pour lui, l’alternative à cette ouverture est « le chaos, la guerre civile ou le départ de Gaza en prenant d’assaut les points de passage avec l’Egypte ».

Un rôle moteur de l’Egypte

D’ailleurs, comme on le voit, les choses bougent et c’est Le Caire qui est au centre de cette activation. Mardi, une réunion regroupant des représentants des différentes organisations palestiniennes, en présence du chef des renseignements égyptiens Omar Soliman, qui tient lui, en grande partie le dossier palestinien pour élaborer une position commune palestinienne sur une trêve avec Israël, a eu lieu. Et même si le Fatah ne fait pas partie de ce congrès, somme toute d’une nature exceptionnelle, le président palestinien Mahmoud Abbass a déclaré dimanche soutenir sans réserve la médiation égyptienne.

Dans une déclaration à la presse à l’issue d’une rencontre d’une heure et demie dans la station balnéaire de Charm Al-Cheikh avec le président Hosni Moubarak, Abbass a affirmé que l’Autorité palestinienne soutient sans réserve ni condition les efforts de l’Egypte en vue de cette trêve.
Le président palestinien a en outre déclaré qu’il était prêt au dialogue avec le mouvement islamiste Hamas, selon les termes de l’initiative yéménite visant à la réconciliation entre les deux principaux groupes palestiniens, le Fatah et le Hamas. D’ailleurs, l’ambassadeur palestinien au Caire, Nabil Amr, a annoncé qu’il suivrait ces discussions pour le compte du Fatah et précisé qu’il avait été « chargé du suivi des efforts menés par l’Egypte avec les organisations palestiniennes et les autres parties pour parvenir à la trêve ». Avec la présence de trois groupes palestiniens se joignant au Hamas, les Comités de résistance populaire, le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), et le Front Démocratique de Libération de la Palestine (FDLP), on voit bien le caractère sérieux de l’initiative palestinienne.
Contraint ou pas à une trêve, le Hamas semble bien avoir une volonté réelle d’aller de l’avant pour épargner aux Gazaouis le calvaire quotidien qu’ils vivent.

Somme toute, le front diplomatique est en état de vitalité. Une sorte de course contre la montre a lieu. Chaque sprinter a ses buts, il est vrai, mais sortir de l’impasse, du moins apercevoir une lumière, même diffuse au bout du tunnel, s’impose. On évoque surtout la fin du mandat du président Bush. Abbass a déclaré qu’il avait « réclamé des Américains de jouer un rôle plus efficace » dans les négociations de paix. « Les entretiens avec les Américains se poursuivent à ce sujet, notamment à l’occasion de la visite de George W. Bush à Charm Al-Cheikh le 17 mai, et le Forum économique mondial » pour le Moyen-Orient, qui se tient du 18 au 20 mai dans la station égyptienne. Il a souligné avoir demandé au président américain « d’œuvrer en vue de mettre fin à la colonisation des territoires ainsi que de considérer les frontières de 1967 comme base de toute solution du conflit ». Tout en affirmant que « toutes les parties concernées déploient des efforts pour instaurer la paix en 2008 » et disant « garder l’espoir » de tenir le délai, il a déclaré qu’il « ne savait pas si cela allait se produire ou pas ».

Tout compte fait, la balle est à présent dans le camp israélien. Et l’Etat hébreu semble peu se soucier de faire preuve d’une certaine retenue en attendant les développements de la situation. La preuve en est que les attaques les plus violentes se poursuivent contre les Palestiniens. A l’heure où les délégations affluaient, lundi, vers Le Caire, une mère de famille, ses quatre enfants en bas âge et un combattant ont été tués par des tirs israéliens à Gaza. Les enfants, âgés de un, trois, quatre et cinq ans, ont été tués par un tir d’obus de char qui a touché leur maison, a indiqué un médecin des services
d’urgence de l’hôpital Kamal Adwane de Beit Lahya.

Leur mère, Miassar Abou-Maateq, 40 ans, grièvement blessée dans l’explosion, est décédée à l’hôpital, a précisé le médecin. La cinquième victime est un combattant du Djihad islamique, a déclaré une source au sein du groupe. Ainsi, quatre civils contre un supposé combattant. Une équation qui traduit toute l’ampleur du drame vécu par les Palestiniens. Au moins, 443 personnes, en majorité des Palestiniens, ont été tuées dans les violences depuis que les pourparlers israélo-palestiniens ont été relancés dans la foulée de la Conférence internationale d’Annapolis, fin novembre, aux Etats-Unis. Le premier ministre du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a condamné dans un communiqué « le massacre qui révèle le vrai visage de l’occupant israélien criminel et de ses tentatives constantes de détruire les efforts régionaux et internationaux pour lever le siège et faire cesser les attaques ». De plus, le gouvernement israélien avait refusé d’apporter du crédit à la proposition de trêve du Hamas. Il a estimé qu’elle n’était pas sérieuse et serait exploitée par les islamistes, subissant les coups de boutoir de l’armée israélienne à Gaza, pour se renforcer. « Le calme qu’il semble proposer est un calme avant la tempête ».

Tranchant avec la réaction officielle, un proche du ministre de la Défense Ehud Barak a toutefois indiqué à l’AFP, sous le couvert de l’anonymat qu’Israël n’écartait pas « un accord tacite » avec le Hamas, comme ce fut le cas à de nombreuses reprises dans le passé. « Nous n’écartons pas un accord tacite à condition qu’il se fasse par étapes. Dans la première phase, nous exigeons un arrêt total des tirs de roquettes par tous les groupes. Israël sera ensuite prêt à réduire ses opérations si le calme continue », a indiqué ce responsable. D’ailleurs, parallèlement à ces manœuvres, la Syrie et l’Etat hébreu se dirigeraient vers des négociations sur le Golan par l’intermédiaire de la Turquie. S’agit-il d’une manœuvre de diversion pour mieux isoler le Hamas et les Palestiniens en général ? Interrogé sur le fait de savoir si le processus de paix palestino-israélien pouvait pâtir d’une réactivation des négociations israélo-syriennes, Mahmoud Abbass a affirmé qu’« il ne pensait nullement que cela pouvait se faire aux dépens des Palestiniens ». « Nous soutenons toute démarche effectuée par la Turquie ou autre au sujet du volet syrien et nous n’y mettons aucune réserve », a-t-il dit.

Condamnés à s’entendre, tel serait le mot de la fin pour les uns et les autres, les Israéliens surtout.

Ahmed Loutfi
Aliaa Al-Korachi

Rabah Mehanna, membre du bureau politique du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), estime queles prises de positions fondamentales et historiques doivent être le produit d’une unanimité nationale. Entretien.

« La vraie bataille politique se déroule en Cisjordanie »

Gaza,
De notre correspondant —

Al-Ahram Hebdo : Que pensez-vous de l’annonce par l’ancien président américain Jimmy Carter que le Hamas accepte l’établissement d’un Etat palestinien dans les frontières du 4 juin 1967 ?

Rabah Mehanna : Cette prise de position n’apporte rien de nouveau. Le Hamas a accepté une telle option dans le cadre du document d’entente nationale connu sous le nom de « document des prisonniers ». La question qui se pose est de savoir si cette attitude est équivalente à celle du FPLP qui soutient l’établissement de l’Etat palestinien dans ces mêmes limites avec le droit des réfugiés au retour ou s’il s’agit d’un début de concession de la part du Hamas, comme cela fut le cas avec l’ancien président Yasser Arafat. C’est ce que nous craignons et nous affirmons à cet égard que le minimum pour les Palestiniens est un Etat dans les frontières de 1967 et le droit au retour. C’est la liaison entre le réalisme politique et notre droit historique sur la Palestine de l’avenir.

— S’agirait-il pour le Hamas d’une attitude stratégique ou d’une option tactique pour briser le blocus imposé au mouvement ?

— C’est une attitude qui a ses justifications idéologiques et pratiques chez le Hamas. Pratiquement, le mouvement n’invite pas à l’établissement d’un Etat et ne veut pas reconnaître Israël comme le fait d’ailleurs le FPLP. Le Hamas tient plutôt à la création d’un Etat islamique unique. Un de ses dirigeants a affirmé que la Palestine est un projet provisoire, le projet permanent est l’Etat islamique, ce qui est justifié idéologiquement. Si l’on se souvient, le fondateur du Hamas, cheikh Ahmad Yassine avait évoqué une longue trêve. Le mouvement est donc prêt à traiter avec toutes les solutions en deçà même d’un Etat dans les frontières de 1967 mais sans reconnaître Israël. Là, il s’agit d’une prise de position idéologique qu’il ne peut assumer.

— Le Hamas a-t-il le droit d’annoncer cette attitude, la question des négociations et de l’établissement d’un Etat n’est-elle pas du seul ressort de l’OLP ?

— Les prises de positions fondamentales et historiques doivent être le produit d’une unanimité nationale, celle de l’institution qui représente, elle, tout le peuple palestinien, à savoir évidemment l’OLP. Cela exige assurément une remise en ordre au sein de l’organisation par l’intermédiaire d’élections comme nous nous sommes mis d’accord au Caire en 2005 afin que l’OLP soit représentative de tout le peuple, y compris le Hamas et le Djihad.

— Concernant la restructuration de l’OLP, pensez-vous qu’il y a moyen de mesurer le véritable poids de chaque faction ?

— Lors des discussions sur le premier accord de trêve au Caire en 2005, le FPLP a estimé qu’une accalmie avec le maintien de l’occupation est une erreur. La trêve avec la poursuite des pratiques israéliennes est une autre erreur.

— D’aucuns affirment que l’approbation par le Hamas et le Djihad et d’autres factions d’une trêve à Gaza vise à éviter une grande agression qu’Israël envisage de mener contre le secteur dans un proche avenir ...

— Si éviter une agression est une nécessité et une responsabilité qui incombe aux factions, il ne faudrait pas que cela représente un chantage politique, c’est-à-dire accomplir une accalmie à Gaza et abandonner la Cisjordanie à son sort et y laisser la voie libre à l’application de la Feuille de route avec tout ce qu’elle constitue de préjudiciable et qui vise à extirper la résistance, c’est-à-dire ce que les Israéliens appellent détruire l’infrastructure du terrorisme.

— La situation en Cisjordanie est-elle pareille à celle de Gaza en ce qui concerne la dimension et la forme de l’agression ? Le FPLP est-il contre l’arrêt total de la résistance dans les deux secteurs s’il y a un accord de trêve ?

— Nous sommes contre la logique d’un arrêt de la résistance, non que nous soyons des partisans de la destruction, du sabotage et du meurtre, mais parce tant qu’il y a une occupation, il faut l’affronter par tous les moyens, dont la résistance et la résistance armée. L’histoire et la légalité internationale nous donnent ce droit. En réalité, la vraie
bataille politique se déroule en Cisjordanie. L’avenir de la cause palestinienne s’y détermine à l’heure actuelle. Il faut donc être vigilant de peur que l’accalmie à Gaza et l’ouverture du point de passage de Rafah ne soient une étape pour consacrer la séparation entre les deux territoires. Nous mettons en garde nos frères du Hamas contre le fait de se laisser entraîner dans ce piège afin d’assouvir leur désir de contrôler Gaza. Si cela est utile sur le plan du moral pour le Hamas, il est préjudiciable pour l’ensemble de la cause palestinienne.

— Pour le FPLP, qu’en est-il d’une trêve à Gaza dans un premier temps suivie d’une autre en Cisjordanie ?

— Le bureau politique du FPLP discute la question de la trêve et l’invitation par l’Egypte à participer au dialogue sur la question. Il est certain que nous tiendrons compte de l’intérêt du peuple palestinien lorsque nous prendrons notre décision définitive l

Propos recueillis par Achraf Aboul-Hol

Al-Ahram Hebdo  Semaine du 30 avril au 4 mai 2008, numéro 712
Hamas .A l’intérieur de la Palestine, l’initiative du Hamas n’a pas eu d’effet exceptionnel. Personne n’a écarquillé les yeux ou est resté bouche bée.

Réactions minimes en Palestine

http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2008/4/30/doss2.htm

Gaza,
De notre correspondant

Bien que de nombreux cercles à l’intérieur des territoires palestiniens ou en dehors n’aient jamais imaginé que les dirigeants du Hamas puissent annoncer leur acceptation de l’établissement d’un Etat palestinien sur les frontières du 4 juin 1967, c’est-à-dire les territoires occupés par Israël lors de son agression, ils n’ont presque pas réagi, du moins les aiguilles de la montre ne se sont guère immobilisées.

Réactions minimes en Palestine

Cette annonce est cependant intervenue beaucoup plus vite qu’ils le pensaient. Mais personne ne s’est arrêté sur les faits. C’est comme si de rien n’était. Ou bien peut-être, ils ne sont pas arrivés à croire ce qui se passe : juste un épisode dans un feuilleton télévisé ? Seuls les passionnés de politique, qui sont à l’affût de tout propos pour couper les cheveux en quatre, s’y sont intéressés.

L’annonce était inattendue, et l’on peut la considérer comme une percée sans précédent dans le processus de paix au Proche-Orient en état de léthargie chronique. C’est l’ancien président Jimmy Carter qui a donné au départ cette information et depuis c’est un concert de mises au point qui ne constituent pas un véritable désaveu, d’autant plus que Khaled Méchaal, président du bureau politique du Hamas, en exil à Damas, a fait preuve de plus de franchise et d’audace, et confirmant cette acceptation d’un Etat dans les frontières de 1967.

S’il y a eu un pas en avant de la part du Hamas, le Fatah, lui, n’a pas tenté d’en profiter, de tendre la main au mouvement islamiste pour qu’ils aillent de concert sur la voie du processus de paix. Le Fatah n’avait-il pas toujours accusé le mouvement islamiste de saboter les efforts de paix ? Ainsi, c’est motus, bouche cousue, voire ses dirigeants se sont fait invisibles, sans doute pour éviter de perdre le monopole du processus de négociation, s’ils incitent le Hamas à s’y joindre. Le mouvement s’est contenté d’affirmer par la bouche de Fahmi Al-Zaarir, l’un de ses multiples porte-parole : « Le Hamas n’a pas le droit de négocier ou de parler de la position politique palestinienne de manière générale » relevant que l’organisation « ne dispose pas d’une
connaissance politique suffisante pour le faire ». Cela dit, il a limité les prérogatives du Hamas en l’annonce de « sa position politique en tant que l’une des composantes de l’action nationale palestinienne et à l’écart du putsch qu’elle a opéré à Gaza. Mais le droit de négocier et de parler de la position politique de manière globale ne lui appartient pas ».

Toute faction a le droit de proclamer sa position mais pas celle de « négocier au nom du peuple palestinien ou de faire obstacle à son avenir », a-t-il précisé, instaurant ainsi une ligne de conduite. Et de passer à la vitesse supérieure en affirmant que c’est le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbass qui est « mandaté pour ce faire, étant donné ses prérogatives constitutionnelles et la responsabilité qui lui échoit intégralement sur le plan politique et les relations extérieures y compris les négociations (...). Donc, parler de l’essence de l’action politique ou des négociations limitées et conditionnées est une exclusivité de l’OLP que préside le président Abbass ».

Le porte-parole a renforcé son argumentation par le fait que le Hamas a fait obstacle et mis en panne de nombreux dialogues qui ont eu lieu lors de la préparation et la signature du document d’entente nationale en rejetant l’idée de référendum. Ce document s’opposant à une position de principe du Hamas qui est « l’établissement d’un Etat sur le territoire historique de la Palestine du Jourdain à la Méditerranée, or, le voici qui passe outre cette exigence, tandis que le Djihad islamique (son
allié) maintient sa position ».

Poursuivant son attaque en règle, Al-Zaarir accuse le Hamas de ne pas avoir de position politique de principe « concernant le dossier politique palestinien » et de reprocher au mouvement qui se disait « doctrinaire et religieux de se tourner vers le pragmatisme ».

Il a aussi réduit l’importance des rencontres des dirigeants du Hamas avec Carter : « Il n’y a rien de nouveau dans la position réelle du Hamas ». Cela dit, le porte-parole fathaoui a bien reconnu que « le Hamas a fait des concessions par rapport à ses idées de principe du simple fait de tenir des réunions avec un ancien président américain qui
a achevé son mandat il y a 28 ans ? Que se serait-il passé si la rencontre avait eu lieu avec le président actuel ? Qu’allait faire le mouvement ? ». Autant dire qu’il s’agit ici de reprocher au Hamas la chose et son contraire : son intransigeance de principe et son pragmatisme actuel. Les différends entre les Palestiniens restent très
importants.

Le député Abdallah Abdallah, membre de la commission politique du Conseil législatif et un des cadres du Fatah, a adopté une attitude plus positive à l’égard de la nouvelle prise de position du Hamas. « L’attitude du mouvement quant à l’établissement d’un Etat palestinien dans les frontières de juin 1967 constitue un pas positif bien qu’il intervienne tard ». Ce qui ne l’a pas empêché de se reprendre, en estimant que « la prise de position du Hamas intervient dans un contexte erroné puisque c’est le président Mahmoud Abbass et l’OLP qui sont habilités à négocier. Le président Abbass a annoncé auparavant que tout accord sera soumis au référendum ».

Le non du Djihad

Somme toute, le Hamas déplaît sur ce point puisque le Djihad islamique a considéré l’idée de référendum comme « très dangereuse ». Khaled Al-Batche, un cadre du Djihad, a déclaré que son mouvement « ne peut pas accepter un référendum sur les positions de notre peuple et ne peut accepter qu’on en parle dans l’absolu ». Pour lui, Carter n’a pas donné de précisions sur beaucoup de questions. « Il est un simple porteur de messages qui n’a pas transmis du nouveau à notre peuple, il n’a pas condamné l’agression barbare continue d’Israël ».

Quant au sociologue et analyste politique, Jihad Hamad, il considère les nouvelles prises de position du Hamas comme un simple « changement pragmatique. Le mouvement établit de nouvelles conceptions dans sa gestion du conflit avec l’occupation israélienne et des relations internationales ». Une approche qui, selon lui, signifie que le mouvement a plus tendance à reconnaître Israël dans le cadre d’un
référendum.

La rue s’en balance

Quant aux citoyens ordinaires, ils semblent peu se préoccuper de ces analyses savantes sur le pragmatisme du Hamas. La population vit des jours difficiles à la recherche de son gagne-pain, de moyens de transport pour aller au travail, à l’école, à l’université ou même aux hôpitaux pour recevoir des soins.

A la boulangerie Al-Chanti au cœur de Gaza, dès que Mohamad, un chauffeur de taxi de passage, a entendu ma question sur la nouvelle position du Hamas, a répondu : « Ecoute mon frère, on ne veut ni du Hamas, ni du Fatah, ni d’un Etat démocratique ni d’un Emirat islamique.
On veut du carburant pour faire fonctionner nos voitures au lieu de mendier le prix du pain ».

Khalil Abou-Youssef, lui, a lancé : « Vous les journalistes, vous mentez et croyez vos mensonges. Qui vous a dit qu’Israël veut que le Hamas le reconnaisse pour se retirer aux frontières de 1967. Si cela était vrai, Abou-Ammar (Yasser Arafat) aurait créé un Etat il y a dix ans. Les Israéliens veulent une reconnaissance gratuite. Ils veulent gagner du temps pour absorber toutes les parcelles de terres qu’ils ont occupées ».

Oum Sélim, elle, n’a pas manqué de faire de l’humour en dépit de la grisaille du quotidien : « J’ai peur pour Carter. Si les Israéliens trouvent qu’il parle sérieusement et qu’il veut réaliser la paix, ils diront qu’il est devenu fou ou qu’il a été atteint de la maladie d’alzheimer » .

Achraf Aboul-Ho

Posté par MCPalestine à 12:32 - ARTICLES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1