Transformer Israël

samedi 29 mars 2008 - Miko Peled - The Electronic Intifada

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La réalité de l’apartheid : un jeune Palestinien brandit le drapeau de la Palestine en haut des ruines d’un immeuble, à Gaza. (W. Nassar/MaanImages)

Maintenant que le Kosovo est un Etat indépendant, émergeant des ruines de l’ex-Yougoslavie, des parallèles sont tirés entre les Balkans et le Moyen-Orient. L’une des réactions à cet évènement émane de la ministre des Affaires étrangères d’Israël, Tzipi Livni. Cela ne la dérange pas si les Palestiniens suivent l’exemple des Kosovars et proclament un Etat ; ce qui l’inquiète, c’est que les Palestiniens réclament les mêmes droits que les Israéliens.

Ajoutant à la crainte des Israéliens de voir surgir une demande pour des droits égaux, Ahmad Khalidi écrit, dans un article récent dans The Gardian, qu’on n’a jamais proposé, comme actuellement, un Etat aussi peu attractif aux Palestiniens et que ceux-ci pourraient faire le choix qui est le « pire cauchemar d’Olmert » : appeler à un « véritable partenariat pour le partage du territoire ». Livni et Olmert ont dit que l’éventualité d’une telle égalité les empêchait de dormir, et ils ont de bonnes raisons pour cela. Une fois que le discours passe de « l’autodétermination » à « la liberté et à la démocratie », comme Ahmed Khalidi le fait remarquer, la marque sioniste de l’apartheid n’a plus qu’à s’effacer et à laisser la place à une démocratie laïque naissante.

Trois arguments vont être avancés ici en faveur de la transformation de l’Etat de ségrégation raciale qu’est Israël en un Etat de démocratie laïque sur l’ensemble de la Palestine/Israël historique :

1 - Pour parvenir à un règlement durable au conflit israélo-palestinien, il faut mettre un terme à la domination d’Israël sur la terre, les personnes et le discours, les deux côtés doivent négocier à égalité. Dans le même temps, toute recherche de solution doit prendre en compte le fait qu’Israël n’acceptera pas de bon gré une telle parité et s’emploiera de toutes ses forces à maintenir sa domination.

2 - Aussi longtemps que l’essentiel des efforts pour solutionner le conflit se concentrera sur la partition de la Palestine/Israël historique, il n’y aura aucune solution au conflit. L’idée de partition a aujourd’hui fait faillite et la défendre ne fait que permettre à Israël de dominer le discours et d’assurer son contrôle violent sur les Palestiniens et sur leur terre.

3 - La solution connue pour un seul Etat n’est plus une option avancée par quelques-uns, elle est maintenant devenue réalité ; les actes et les débats doivent maintenant se concentrer sur la transformation d’un système raciste, ségrégationniste aujourd’hui en place, en un système démocratique laïc de gouvernement. Le règlement du conflit ne consiste pas partager la terre avec toujours plus de ségrégation, mais à couper les institutions gouvernementales de leur identité unique, pour les deux côtés. L’Etat doit être au service de tous, représenter chaque Israélien et chaque Palestinien vivant entre le fleuve du Jourdain et la mer Méditerranée.

Mettre un terme à la domination d’Israël

Afin de parvenir à un règlement durable du conflit, les représentants des deux côtés doivent pouvoir négocier à égalité et décider ensemble de la meilleure solution pour servir les dix millions d’habitants de la Palestine/Israël. Mais le fait qu’Israël ait réussi à maintenir sa domination sur le discours a bloqué toute tentative sérieuse de réelles discussions. Israël s’oppose à toute parité avec les Palestiniens et il ne laissera aucun débat sérieux s’engager sur la transformation de la ségrégation raciste actuelle en une réelle démocratie.

Israël a, depuis sa création, travaillé sans relâche à minimiser tout ce qui a existé depuis la destruction du Second Temple jusqu’à la création de l’Etat. Ce travail s’est concentré particulièrement sur l’éradication de 1 400 années de présence arabe et musulmane en Palestine. Pour les Israéliens, cette présence ne fut rien d’autre qu’une infortune historique, corrigée par l’établissement de l’Etat juif en 1948 et le retour d’Eretz Israel à ses propriétaires légitimes. Ce travail a été une énorme réussite : en dépit de l’existence de monuments importants, arabes et musulmans, toujours debout, et d’une présence palestinienne significative, tant musulmane que chrétienne, peu d’Israéliens savent, ou se soucient de savoir, l’importance historique et culturelle de ces deux derniers millénaires. D’un point de vue israélien, la primauté morale, historique et religieuse des revendications juives sur la terre est absolue.

Sachant que la notion de primauté israélienne est profondément enracinée chez les Israéliens, et qu’elle est un facteur important dans la position d’Israël à l’égard des Palestiniens, nous comprenons alors pourquoi Israël n’a jamais accepté - et il est peu probable qu’un gouvernement sioniste ne l’accepte jamais - de négocier avec les Palestiniens considérés comme leurs égaux. L’exemple qui suit démontre que pour tout parti politique, et même pour le camp de la paix israélien, la parité doit être refusée. Si on prend la question centrale de l’usage de la force, Israël a toujours exigé que les Palestiniens y renoncent et qu’ils cessent d’utiliser leurs maigres moyens militaires pour se battre pour leurs droits et Israël a réussi à présenter le combat palestinien pour la liberté comme du terrorisme. (D’où cette question stupide souvent posée par les gens en Israël et en Occident : « Où est le Gandhi palestinien ? », laissant entendre que le problème serait la prédisposition des Palestiniens pour le recours à la violence). Etant donné qu’il n’y a pas égalité et qu’Israël soutient que sa position est hautement morale, alors, il considère que lui a le droit d’user de la force armée contre le « terrorisme » palestinien. Les Israéliens qui refusent d’être incorporés dans l’armée ne sont pas reconnus par l’Etat comme des objecteurs de conscience mais traités comme des délinquants de droit commun ; même le « camp de la paix » ainsi nommé ne leur reconnaît pas le droit de refuser de servir dans l’armée israélienne (puisque la cause d’Israël est hautement morale, nul besoin de Gandhis israéliens).

L’approche d’Israël à l’égard de tout règlement du conflit se base sur le postulat que c’est à Israël de déterminer la nature du règlement et que les Palestiniens doivent se résigner à l’accepter ou à supporter les conséquences de leur refus. Le niveau d’indépendance qu’Israël concèdera aux Palestiniens sera celui qu’il aura estimé à partir de sa perception de la bonne disposition des Palestiniens à l’égard des intérêts israéliens. Le mieux que les Palestiniens ont à espérer est qu’Israël permette, à un certain stade, une autonomie limitée sur des secteurs sélectionnés de la Palestine historique, sélectionnés par Israël seul. Que les deux côtés puissent parvenir à une solution en tant que partenaires égaux n’est, comme indiqué ci-dessus, pas envisageable. Les raisons pour lesquelles les Palestiniens ont accepté, jusqu’à aujourd’hui, d’être commandés par les intérêts israéliens et la politique israélienne nous échappent, mais ce qui est évident, c’est que l’intérêt supérieur des Palestiniens ne compte pour rien. Israël n’envisage aucun règlement qui siérait aux deux côtés, et il met au maximum en avant ses seuls intérêts, égoïstes et à courte vue.

Cesser de se focaliser sur la partition de la Palestine/Israël historique

La position absurde de voir la partition comme l’unique solution viable - alors qu’en réalité, elle ne l’est manifestement pas - permet à Israël de continuer à imposer sa volonté sur l’ensemble des dix millions d’habitants placés sous son pouvoir, et cette situation retire toute efficacité au combat pour la fin de la domination sioniste sur la Palestine. Quand les efforts pour la fin du conflit se focaliseront pour transformer le régime sioniste militant en place, en une démocratie libre et pluraliste, il est probable que naîtra alors une grande dynamique et que cela conduira au succès, en dépit de la résistance sioniste.

L’histoire a montré ceci : tant que les efforts pour la fin de la domination israélienne sur la Palestine resteront centrés sur la notion de partition, ou sur la solution à deux Etats, ils resteront inopérants. La solution à deux Etats est une feuille de vigne dont se sert Israël pour cacher sa politique de confiscation de la terre et son oppression brutale. La politique d’Israël de ségrégation est intimement liée à l’idée xénophobe selon laquelle Israël doit garder tout contrôle sur la terre et ses ressources. Nous ferions bien de noter que l’idée de partition ne fait que servir une politique à courte vue, une politique sioniste de puissance et de domination, mais qu’elle ne prend pas en compte les intérêts à long terme, ni des Israéliens, ni des Palestiniens.

Puisque Israël prétend que sa sécurité est la première de ses priorités, il aura toujours à alléguer que, pour des raisons de sécurité, il ne lui est pas possible d’abandonner telle colline ou telle vallée, alors qu’en fait, il s’agit de prendre toujours plus de terre pour ses colonies illégales de Jérusalem ou de Cisjordanie. Israël se garde aussi le droit exclusif de déterminer qui doit représenter les Palestiniens dans les négociations, avançant là encore des questions de « sécurité ». Israël a délégitimé (pour ne pas dire assassiné ou au moins arrêté) - et, selon toute probabilité, il continuera dans cette voie - il a délégitimé quiconque n’était pas prêt à accepter son droit à dominer totalement le territoire et le discours. Ceci explique pourquoi de véritables négociations, de bonne foi, n’ont jamais pu avoir lieu.

Transformer Israël en une démocratie laïque

Les arguments pour s’opposer à un Etat unique peuvent avoir quelque justesse mais ils n’arrivent pas à intégrer une chose : l’Etat unique n’est pas une option parmi d’autres envisageable pour l’avenir ; l’Etat unique est déjà une réalité. Même si l’Etat d’Israël le dément avec véhémence, tous les dix millions d’habitants qui vivent entre le fleuve du Jourdain et la mer Méditerranée sont des sujets de l’Etat juif. L’insistance d’Israël à déclarer que l’existence d’un Etat palestinien est dans l’intérêt même d’Israël et qu’Israël s’est engagé pour la création de cet Etat palestinien n’est qu’un pauvre écran de fumée, à la lumière des faits sur le terrain, ce pauvre argument tient à peine la mer. Les législations différentes et les restrictions de déplacements qui font la différence entre Palestiniens et Israéliens permettent à Israël de créer l’illusion qu’il existe deux entités politiques (voire trois, si on compte Gaza) qui gouvernent deux peuples. Malheureusement, la réalité c’est que le gouvernement israélien, avec ses différentes ramifications toutes bien synchronisées, régit les deux peuples. Les Palestiniens sont gouvernés par un béhémoth (mastodonte) appelé système de sécurité israélien, un système qu’Israël a créé et maintient au top niveau dans le seul but de gouverner une population contre son gré. Et les Israéliens sont gouvernés par un régime radical, xénophobe et discriminatoire, qui se prétend démocratique.

Pour ne perdre aucun pouvoir, Israël a en effet mis son veto à toute discussion sur la transformation de l’Etat juif en une démocratie laïque au service de tous ceux qui vivent en son sein. En outre, Israël n’engage aucun débat sur les atrocités qu’il a perpétrées durant la guerre de 1948, il n’engage aucun débat pour revenir sur l’exil forcé des Palestiniens en 1948. Les Israéliens ont appris que le simple fait d’évoquer les réfugiés et les évènements de 1948 constituait une trahison, et rares sont ceux qui sont prêts à en discuter, encore plus rares ceux qui en imputent la responsabilité à Israël. Pour la ligne officielle, ce sont les « Arabes » qui ont refusé la partition des Nations unies et ce sont les « Arabes » qui ont convaincu les Palestiniens de quitter leur maison et leurs terres, donc cela n’a rien à voir avec Israël.

En faisant fi de la question des réfugiés, Israël, en fait, ferme délibérément la porte à une solution pragmatique et juste. Il est pourtant difficile d’imaginer qu’un règlement concernant la Palestine puisse être obtenu et durer, sans que les réfugiés soient représentés et sans qu’ils soient intégrés dans la solution.

Les relations oppresseur/opprimés entre les deux nations ont fait beaucoup de victimes, chez les Israéliens comme chez les Palestiniens, bien que de façons différentes. Seulement, une fois que les deux côtés seront libérés de ce fardeau, seront-ils capables de trouver une solution acceptable et qui ait une chance de résister à l’épreuve du temps ? C’est là un rude défi à surmonter, cela exige des deux peuples la remise en cause de l’occupation et le démantèlement de l’appareil d’occupation, ce « système de sécurité » israélien. Telles que les choses se présentent aujourd’hui, soit les Israéliens se fichent de la souffrance palestinienne, soit ils la tolèrent. Les Palestiniens, pour leur part, sont dépassés par l’ampleur de la force brutale utilisée contre eux. La nature de la solution doit naturellement être liée aux efforts déployés pour y parvenir. Aujourd’hui, Israël veille à ce que tous les efforts pour un règlement du conflit s’orientent vers la partition de la Palestine, laquelle, très probablement, ne se fera jamais. Et même si ces efforts n’obtiennent aucun résultat, l’Occident reste derrière Israël, et parler d’une démocratie laïque est faire preuve d’antisémitisme. Bien que les positions officielles, des deux côtés, soient favorables à cette solution de partition, dans le cas d’Israël au moins elle est manifestement hypocrite. Parce que bien que la rhétorique israélienne prétende favoriser la partition du territoire, les gouvernements israéliens ont tous agi clairement pour empêcher un Etat palestinien de voir le jour et ils ont, en réalité, scellé le sort des deux nations pour qu’elles vivent en un seul Etat, dirigé par un seul gouvernement.

Israël a agi tout à fait sciemment pour arriver à cela et par deux moyens : l’éducation et l’infrastructure. Si l’on ouvre les manuels scolaires des écoles israéliennes, on aura du mal à trouver une carte d’Israël avec la démarcation d’un territoire palestinien. Les élèves israéliens apprennent, et de façon tout à fait précise, que l’Eretz Israel [le grand Israël] tout entier représente l’Etat d’Israël. Les monuments et institutions palestiniens sont rarement signalés, et les villes palestiniennes - celles que l’on y trouve - sont indiquées simplement comme « non juives ». Les Palestiniens y sont présentés soit comme des réfugiés, soit comme de pauvres gens, arriérés, d’une autre époque, ni éduqués comme les Israéliens ; la preuve qu’ils sont en retard, c’est qu’ils sont incapables de quitter leurs villages poussiéreux et surpeuplés pour un monde moderne. Les aspirations nationales palestiniennes y sont ridiculisées et leur identité en tant que nation est, comme le prétend la ligne officielle, un phénomène nouveau apparu seulement après la guerre de 1967.

Les Palestiniens citoyens de l’Etat d’Israël sont désignés comme « Arabes d’Israël », un terme qui répond à un double objectif : - les dissocier des Palestiniens vivant dans les territoires occupés en 1967 et des aspirations nationales auxquelles ils peuvent prétendre ; - montrer ces citoyens palestiniens d’Israël comme des gens qui n’ont aucune identité nationale, sinon que d’être des Arabes dont l’existence dans « notre » pays n’est qu’une coïncidence. Ceci revient à prétendre que les « Arabes » possèdent 22 Etats et les Juifs un seul, autrement dit, s’ils ne sont pas contents, il leur faut partir et aller vivre dans quelque pays « arabe ».

Quant à l’infrastructure, tout comme au lendemain de la guerre de 1948, Israël n’a construit les villes, les quartiers et les grands axes routiers que pour les seuls Juifs, en terre palestinienne. Par la poursuite de cette politique de large expansion en Cisjordanie, Israël a brouillé les lignes qui permettaient de distinguer la Cisjordanie - où un éventuel Etat palestinien aurait pu s’établir -, du reste d’Israël. Des villes avec de projets immobiliers importants, des complexes industriels, avec de nouvelles routes les reliant entre eux ainsi qu’à Israël proprement dit, se sont construits à grands frais dans un investissement conséquent. Bien que le principal courant de gauche d’Israël prétende que tout cela pourra être enlevé le jour où la paix (trompeuse) sera réalisée dans le cadre de la partition, cette infrastructure fournit un statut permanent à ces implantations juives sur la terre occupée en 1967.

Pour éviter toute séparation de ces zones avec Israël, l’Etat a investi, d’une part, dans un appareil de défense important et, d’autre part, dans des campagnes de relations publiques. Les deux agissent de concert pour protéger, légitimer - comme précisé ci-dessus -, donner à cette expansion un caractère définitif. La combinaison du système d’éducation sioniste et de ces investissements importants a été très réussie, mais maintenant, l’Etat juif doit traiter avec une « minorité » discriminée, privée de droits et qui représente la moitié de la population.

Mener un combat commun pour gagner l’égalité des droits au sein d’une Etat unique

Accepter la transformation d’Israël en un Etat démocratique comme la meilleure solution au conflit permettrait de rendre plus efficace la lutte pour la fin de l’occupation, une occupation qui est, de fait, un régime d’apartheid mis en place par Israël. Il faut sortir de cette position par défaut que prennent tant d’organisations pacifistes au prétexte que la solution à deux Etats serait l’ultime solution. Même si, à un moment donné, elle a pu représenter une réponse réaliste, ce n’est plus le cas aujourd’hui ; même si elle est, comme le soutiennent nombre de militants pacifistes sincères, la solution préférée, il n’empêche que la politique expansionniste à courte vue d’Israël est devenue caduque. Les militants pour la paix feraient bien de le reconnaître et de se réunir derrière le mouvement antiapartheid pour faire d’Israël une démocratie laïque.

On entend dire constamment qu’il faut sortir de l’impasse du processus de paix, que celui-ci est basé sur le mythe de sa réalité, qu’à son terme il existera un Etat palestinien vivant en paix côte à côte avec Israël. Mais qu’en est-il de cette solution, apparemment idéale, qui le fait si insaisissable ? Depuis la résolution des Nations unies de 1947 pour la partition de la Palestine jusqu’à la récente Feuille de route, tous les plans pour séparer le territoire en deux entités politiques ont échoué tout en alimentant de nouveaux bains de sang. En examinant les différentes propositions, nous voyons que chacune d’entre elles a permis à Israël de renforcer sa position dans son discours et sur le territoire au détriment des Palestiniens, tout en exigeant l’accord des Palestiniens. Autrement dit, ce qu’on appelle « plans de paix » ne fait que conforter la main mise sioniste sur la terre et ses ressources. Le plan de partition de 1947 fut un plan mal conçu qui n’avait aucune chance de survivre, et il contraignait à une solution qui attribuait la majorité du territoire à ce qui était alors une minorité juive. Et comme si ce n’était pas suffisant, près de 400 000 Palestiniens ont dû vivre à l’intérieur des frontières fixées pour l’Etat désigné pour la population juive. Bien entendu, la direction sioniste avait son plan et à la première occasion, la milice israélienne a commencé à utiliser la force à l’égard de ces gens - qui n’ont pas eu leur mot à dire dans la détermination de leur avenir - pour les obliger à quitter leur foyer et à partir loin de leurs terres.

Les récentes propositions ne laissent aux Palestiniens - qui, aujourd’hui, représentent environ 50% de la population - qu’entre 10 et 15% de leur patrie historique. Le dernier recensement publié dans Ha’aretz, en février 2008, fait état d’une population globale actuelle en Cisjordanie et dans la bande de Gaza de 4 millions d’habitants ; la population palestinienne à l’intérieur d’Israël proprement dit approche le million et demi. La population globale d’Israël, sans les citoyens palestiniens, est de l’ordre de 5 millions ; cinq millions de citoyens juifs qui ont reçu plus de 90% du territoire et de ses ressources. Et si les Palestiniens veulent « la paix », il faudra qu’ils se contentent du reste. En plus de tout cela, il y a les réfugiés palestiniens ; leurs voix et leurs droits on été étouffés par la violence au fil des années, pourtant sans eux, il n’y aura pas de solution.

Une lutte commune pour gagner l’égalité au sein d’un Etat unique porte la promesse du règlement du conflit israélo-palestinien. Ce conflit sanglant entre Israël et les Palestiniens, que les uns et les autres gèrent dans la violence, peut cesser si on remet en cause l’appareil de sécurité israélien chargé d’opprimer toujours davantage. Remettre en cause l’occupation dans un combat commun, orienté sur la transformation d’Israël en une démocratie laïque, est porteur d’un grand avenir pour les deux nations. L’idée d’Israéliens et de Palestiniens vivant en une seule démocratie est considérée par beaucoup comme naïve, et peut-être l’est-elle. Mais il faut s’interroger : est-ce que la marque sioniste de l’apartheid, engendrant peur et suspicion, peut offrir le moindre avenir ? La transformation d’Israël en un Etat démocratique, pluraliste, laïc, octroyant la même citoyenneté à tous ses 10 millions d’habitants vivant en Palestine historique être la bonne solution au conflit. En outre, et bien que la morale soit rarement évoquée comme objectif politique, il est moralement juste de changer Israël en un Etat qui agisse de par la volonté du peuple plutôt qu’il n’impose sa propre volonté au peuple. Il est moralement juste de rapprocher les deux nations en un lieu où règne l’égalité des chances, et de leur donner une voix égale leur permettant de décider de leur avenir commun.

Quand Israéliens et Palestiniens oeuvreront ensemble pour le bien de leur propre avenir et celui de leurs enfants, il n’y aura plus pour eux de problèmes insolubles. Ces deux peuples ont prouvé qu’ils étaient capables de grandes choses, et on peut être sûrs que la démocratie qu’ils créeront les servira tous les deux. Ensemble, ces deux nations protègeront leurs droits mutuels, elles partageront leur destinée et leur riche patrimoine.

A titre personnel, je voudrais ajouter ceci : en tant qu’Israélien qui a défendu l’idéal sioniste pour un Etat juif, je sais combien il est difficile pour beaucoup de Juifs et de Palestiniens d’abandonner le rêve d’avoir un Etat rien que « pour eux ». Mais à mon avis, il y a plus grand que ce rêve : c’est de vivre en paix et d’élever nos enfants dans une patrie partagée ; d’enseigner à nos enfants les riches traditions de cette terre et le patrimoine, laissés pour eux par leurs ancêtres. Chaque église, chaque mosquée, chaque synagogue, dans tout le pays, raconte une histoire ; les villes et citadelles antiques sont partout, chaque parcelle de terre révèle les traces de grands rois et philosophes. Tout cela compose la riche mosaïque de notre patrie, et je dis bien, de notre patrie, que nous soyons Palestiniens ou Israéliens, musulmans, juifs, ou chrétiens.


Miko Peled, Israélien, milite pour la paix ; il est écrivain et vit aux Etats-Unis. Il est co-fondateur de la Fondation Elbanna Peled à la mémoire de Smadar Elhanan et Abir Aramin. Peled est le fils du défunt général
israélien Matti Peled.

25 mars 2008 - http://electronicintifada.net/v2/ar... - Traduction : JPP

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