FREE PALESTINE

Le Mouvement Citoyen Palestine est une association de fait, constituée de citoyens d’horizons divers et qui a pour objectif la promotion et la défense des droits inaliénables du peuple palestinien à disposer de son territoire et d’un Etat.

29 février 2008

Le Costa Rica reconnait un Etat de la Palestine

Guysen Israël News
L'agence de presse francophone d'Israël
Le Costa Rica reconnait un Etat de la Palestine
Par Nina Levy Strauss pour Guysen International News
Mardi 26 février 2008 à 20:27
http://www.guysen.com/articles.php?sid=6798

Fini les pourparlers et les négociations à n’en plus finir pour établir un futur Etat pour les Palestiniens. Le Costa Rica a tranché : il existe déjà, à ce jour, un 'Etat de la Palestine'. Une affirmation pour le moins surprenante qui intervient à la veille d’une rencontre entre le vice-ministre des Affaires étrangères israélien et le président de ce
pays d’Amérique centrale. Une rencontre, qui de ce fait, n’aura pas lieu…

Fidèle ami d’Israël et partenaire de toujours. C’est ainsi que se définissait jusqu’alors le Costa Rica.
Mais les récents propos tenus par les autorités locales ont choqué les dirigeants israéliens, contraints ainsi d’annuler la rencontre prévue ce mercredi 27 février, entre Oscar Arias, président du Costa Rica, et le vice-chef de la diplomatie israélienne.

"Nous tenons à marquer notre déception face à cette regrettable déclaration lancée par le gouvernement du Costa Rica. Ce dernier affirme en effet vouloir établir des relations diplomatiques avec 'l’Etat de la Palestine' " a souligné le porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien.

Un 'Etat de la Palestine' qui existerait d’ores et déjà.
La proclamation unilatérale d’indépendance du Kosovo aurait-elle donc échauffé les esprits ?
L’émergence de nouveaux Etats serait un phénomène à la mode ?

Aucune précision n’a été apportée à ce sujet par les dirigeants de San Jose, laissant ainsi la question ouverte : où se trouve aujourd’hui cet 'Etat de la Palestine' ? En Israël ? Dans la Bande de Gaza ?

De tels propos viennent également à l’encontre de "l’amitié traditionnelle qui caractérise les relations entre Israël et le Costa Rica, et ce depuis la création de l’Etat hébreu en 1948" a ajouté Arié Merkel, porte-parole israélien.

Car il ne s’agit pas d’un simple dérapage. Les autorités de ce petit pays d’Amérique centrale ont justifié cette déclaration. Selon eux, c’est un moyen d’encourager le processus de paix et de faire avancer les négociations.

Et ce n’est pas le premier signe lancé par ce dernier pour affirmer son "soutien" à la cause palestinienne. On se rappelle qu’en août 2006, le Costa Rica avait décidé de transférer les locaux de son ambassade de Jérusalem à Tel-Aviv.
Une manière de laisser planer le doute quant à la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur la ville de Jérusalem, une ville bien trop "controversée", comme l’avaient souligné les autorités locales à l’époque.

Pourtant, le Costa Rica était alors l’un des seuls pays qui avait choisi d’installer ses bureaux à Jérusalem. Une manière de prouver ses liens étroits avec l’Etat juif. Aujourd’hui, l’écart se creuse davantage entre les deux pays, et cette nouvelle déclaration ne laisse rien présager de bon.

Le ministre des Affaires étrangères de San Jose, Bruno Stagno, a cependant souhaité apaiser les esprits. "Cette entrevue est reportée.
Nous cherchons actuellement une nouvelle date pour la reprogrammer". Mais Israël le désire t-il vraiment ?

Le Royaume de Belgique doit reconnaître l'Etat de Palestine.

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«GÉNOCIDE», DITES-VOUS ?

«GÉNOCIDE», DITES-VOUS ?

Les récents échanges de mails concernant l’utilisation ou non du terme «génocide» pour décrire ce qu’endure le peuple palestinien m’interpellent au plus haut point. Comme me hérissent ceux qui utilisent de plus en plus souvent ce terme dans des manifestations de soutien à la cause palestinienne. Permettez-moi donc d’y ajouter mon «grain de sel»

Je me réjouis de ce que Daniel Van Hove ait réussi, quant à lui, à dépasser comme il semble nous l’annoncer son «aliénation» ou sa «culpabilité» vis-à-vis de l’usage dudit mot. Et puisque Daniel a choisi d’emblée l’angle «psy» pour traiter de la question, je me permettrai de lui rappeler qu’il existe d’autres attitudes possibles face à cette culpabilité liée au judéocide. Bien réelle et que nombre d’instances nous inculquent délibérément, c’est vrai.

Parmi ces attitudes, il en est une de fort fréquente et qui, à mon avis relève d’une rébellion ou d’un dépit de type adolescent, voire infantile: «j’peux pas dire ‘génocide’? Et ben, j’le dis quand même, na!». La question est que, comme l’indique la psychologie transactionnelle, un «rebelle» de ce type reste un «enfant». Et qu’il me semble qu’une attitude responsable, «adulte» face aux culpabilisations de toutes sortes consiste à ne pas céder à la «concurrence des victimes», au sujet de laquelle Jean-Michel Chaumont à écrit un ouvrage remarquable voici quelques années et qui me paraît indiqué de lire dans le cadre du «débat» en question[1]. Car c’est souvent de cela aussi qu’il s’agit, me semble-t-il. Aujourd’hui, nombre de Bosniaques et de Serbes, de Khmers, de Timorais et de Tibétains, d’Ukrainiens etc. se revendiquent, aux côtés des Palestiniens, comme «génocidés». Et la réaction peut-être compréhensible dans la mesure où les atrocités nazies sont devenues, dans le cadre de la mondialisation culturelle que diffuse l’Occident, l’aune à laquelle l’on mesure partout tous les crimes de masse. Il reste cependant que l’indignation et la révolte que suscitent les pratiques israéliennes n’autorisent pas tout.

En, effet, je me demande dans quelle mesure la vraie question n’est pas: «pourquoi d’aucuns parmi nous tiennent-ils à utiliser le mot génocide dans le cas palestinien?» Les réticences face à d’autres termes qui me semblent coller davantage à la réalité palestinienne – comme sociocide (terme, je crois, pourtant forgé par un Palestinien: le Professeur Abdel Jawad Saleh), épuration ethnique, crime contre l’Humanité, crime de guerre – m’étonnent en effet.

Venons-en maintenant à la fameuse définition de l’ONU[2]. L’on peut en effet indubitablement constater parmi les actes commis par les Israéliens à l’encontre de Palestiniens des «meurtres» et des «atteintes graves à l'intégrité physique ou mentale» de ceux-ci. Et même une «soumis-sion intentionnelle» des Palestiniens «à des conditions d'existence» risquant d’«entraîner (leur) destruction physique totale ou partielle». Voire considérer les problèmes rencontrés par des Palestiniennes en passe d’accoucher aux check-points comme des «mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe». Et nous savons qu’un seul de ces actes peut être susceptible de parler de génocide. Mais à la condition – et ce n’est pas rien – que celui-ci soit «commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie» le «groupe» palestinien «comme tel». Or quoiqu’on dise, depuis quelque trente ans que je «suis» le conflit israélo-palestinien, je ne m’avancerais pas à dire que les Israéliens entendent détruire – physiquement et comme tel – le peuple palestinien. Quelles que soient par ailleurs les pratiques d’épuration ethnique, de destruction de la société palestinienne (sociocide), les crimes de guerre et les crimes contre l’Humanité perpétrés dans les territoires et contre les camps de la diaspora. Et je ne m’attarde-rai pas, ici sur l’«argument», franchement vicelard, consistant à  demander «faut-il attendre que le dernier Palestinien soit mort pour oser parler de génocide?» Une telle question relève en effet d’une volonté culpabilisatrice et équivaut à soupçonner de «trahison» des gens dont le dévouement à la cause palestinienne n’est plus à démontrer.Restons sérieux: les quelque 150.000 Palestiniens restés à portée de mains si l’on peut dire, des «génocidaires» israéliens sont aujourd’hui plus d’un million!

Quoiqu’en pense Daniel et d’autres, je ne pense pas, quant à moi, que face au matraquage culpabilisant subi au sujet du judéocide (et générateur de cette «rébellion» infantile déjà évoquée), l’attitude correcte consiste à ne considérer la commémoration de celui-ci que comme une «ruse du lobby sioniste» ou à hausser les épaules à la moindre évocation de cette tragédie. Et je pense qu’en tant qu’Européens et qu’héritiers (conscients ou inconscients) d’une civilisation chrétienne et si nous nous voulons «citoyens du monde», il ne s’agit pas de permettre que la «concurrence des victimes» mène certains à refuser cette mémoire. Ou à l’oublier. Et donc qu’il s’agit – à la fois et à parts égales – de rejeter l’antisémitisme (comme tout racisme) et de dénoncer la politique sioniste. C’est pourquoi je ne me limiterai pas comme Marianne Blume à émettre un constat uniquement tactique à ce sujet[3]: pour moi, même si «l’emploi du terme» s’avérait «rentable», il n’est pas question de l’utiliser ni de frayer avec des antisémites ou des négationnistes.

Je voudrais conclure en citant l’historien franco-italien Enzo Traverso et un de ses ouvrages que je recommande également à tous ceux que le sujet intéresse[4]. Et rappeler que nos diri-geants ont «organisé» un certain type de mémoire du judéocide «sacralisé», faisant de celle-ci une sorte de nouvelle religion civile, en vue d’en faire «un usage apologétique de l’actuel ordre du monde», c. à d. de faire de la commémoration du nazisme et de ses crimes un instrument de légitimation en négatif de l’Occident libéral. En bref, plus nous commémorons pour le dénoncer le judéocide, plus nous apparaissons – nous, Occidentaux, (et tous les leaders qui se rendent avec fracas à Auschwitz, comme Bush, Cheney, Blair, Poutine etc.) –, plus nous apparaissons comme porteurs de valeurs contraires à celles qui ont mené au génocide nazi, plus notre image ressort «lavée» des fautes du passé. Plus on commémore – de la façon par laquelle nous le faisons actuellement – le judéocide, plus on rivalise dans la commémoration dénonciatrice de l’événement, plus on désigne celui qui commémore et dénonce ce «Mal absolu» comme celui qui incarne le «Bien absolu».

La question de la mémoire du génocide commis contre les Juifs d’Europe dépasse ainsi et de loin celle d’une action culpabilisante de «lobbys» juifs ou pro-israéliens. Elle dépasse aussi une simple problématique de culpabilité, ce que semble voir uniquement Daniel. Une telle «religion civile» a aussi pour effet de faire un mauvais usage de la mémoire du génocide et d’en neutraliser le potentiel critique.

La question donc, nous dit Traverso, n’est pas de «mettre un trait d’égalité entre Auschwitz et Guantanamo», entre Auschwitz et Abou Ghraïb ou Gaza, mais «de se demander si, après Auschwitz, nous pouvons encore tolérer Guantanamo et Abou-Ghraïb». Et Gaza. 

[1] La concurrence des victimes. Génocide, identité, reconnaissance, La Découverte, coll. Textes à l’appui, 2004 

[2] Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide adoptée par l'AG des Nations unies, le 1948, art. 2 

[3] «Il faut mesurer ce que peut apporter l’emploi du terme et ce que le combat peut perdre si on l’utilise»

[4] Le passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique, La Fabrique, 2005

lire aussi : Sur l’utilisation du terme « génocide » dans le conflit israélo-palestinien.

UN PEUPLE à L’AGONIE… DANS L’INDIFFéRENCE QUASI GéNéRALE !


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Extrême tension entre Israël et le Hamas

Proche-Orient
Extrême tension entre Israël et le Hamas
Renée-Anne Gutter
Mis en ligne le 29/02/2008

http://www.lalibre.be/actu/monde/article/405314/extreme-tension-entre-israel-et-le-hamas.html

Le gouvernement israélien hésite à se lancer dans une offensive terrestre à Gaza. Le cycle de violences depuis mercredi a tué une trentaine de Palestiniens et un Israélien.

Correspondante à Jérusalem Le Premier ministre israélien Ehoud Olmert a mis en garde jeudi : "Nous resterons en guerre avec les terroristes palestiniens jusqu'à ce que le sud d'Israël retrouve la sécurité. Ils poussent notre patience à bout, mais le payeront cher." Cependant, "le processus sera encore long, car Israël ne possède pas de formule
magique". M. Olmert ne parlait toujours pas, jeudi, d'offensive majeure à Gaza, mais bien de frappes intensifiées contre les responsables du Hamas - "du plus bas au plus haut gradé".

Pourtant, selon le ministre de la Défense, Ehoud Barak, Israël doit bel et bien se préparer à une escalade. "La vaste incursion terrestre est réelle et tangible, a-t-il déclaré jeudi, Israël ne la désire pas, mais ne la craint pas non plus."

La guerre d'usure entre Israël et Gaza est montée d'un cran, en effet.
Cela a commencé mercredi matin avec la "liquidation" par l'aviation israélienne d'un groupe armé à Khan Younis. Un groupe qui, selon les renseignements israéliens, était précieux pour le Hamas. Car il s'agissait de militants rentrés d'entraînements terroristes à l'étranger, via la frontière palestino-égyptienne récemment forcée à Rafah. D'où la riposte nourrie du Hamas sur le sud d'Israël : une cinquantaine de roquettes Kassam en moins de 24 heures, qui ont tué un civil israélien et fait d'importants dégâts à Sdéroth, ainsi que quelques Katiouchas-Grad sur la ville d'Ashkelon, qui ont touché des câbles électriques et manqué de justesse l'hôpital central de la région.

En représailles, l'aviation israélienne a multiplié ses frappes, mercredi soir et jeudi, sur des bureaux, arsenaux et commandos du Hamas à Gaza. Y compris à proximité de la maison du Premier ministre "rebelle", Ismaïl Hanyé. Et des dizaines de roquettes palestiniennes ont recommencé à pleuvoir sur Israël.

En 48 heures, les raids israéliens ont tué au moins trente et un Palestiniens, dont quatorze civils parmi lesquels un bébé et sept enfants. Les tirs palestiniens, jeudi, ont fait des blessés légers à Sdéroth, et pour la première fois des dégâts et des personnes
commotionnées dans quelques immeubles d'appartements à Ashkelon.

L'Israélien tué mercredi à Sdéroth était le onzième mort de roquettes palestiniennes en sept ans. L'armée israélienne a tué quelque 150 Gazaouis, dont un tiers de civils, rien que depuis début 2008.

Le nouveau regain de tension se greffe sur la lenteur des négociations de paix entre Israël et l'Autorité palestinienne du président Abbas. Ce qui inquiète ce dernier. Jeudi, pour la première fois, le Raïs palestinien a déclaré qu'il n'excluait pas un futur retour à la résistance armée contre l'occupation israélienne. "Au stade actuel, je ne soutiens pas le retour à la lutte armée, car nous ne pourrions pas y réussir, a-t-il déclaré au journal jordanien "A-Doustour", mais à un stade ultérieur, les choses pourraient changer et cela pourrait bien redevenir une option pour le peuple palestinien."

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L’irruption qui n’a pas eu lieu

L’irruption qui n’a pas eu lieu 

Amira Hass 

Haaretz, 27 février 2008

Version anglaise : The breakthrough that did not happen

Durant toute une journée, l’armée israélienne a haussé le niveau d’hystérie en Israël, en annonçant qu’elle se préparait à la possibilité que des milliers de Gazaouis tentent de faire irruption à travers les points de passage [entre Gaza et Israël]. Il est maintenant facile pour l’armée de dire que cette irruption ne s’est pas produite, par le simple fait de son avertissement que la responsabilité du sang versé retomberait sur le Hamas. Mais toute personne attentive aux Palestiniens comme peuple sous occupation et non pas comme « cible du renseignement » (qui avait d’ailleurs ouvertement fourni l’information que des femmes et des enfants manifesteraient lundi contre le blocus) savait qu’il ne s’agissait pas d’un plan visant à faire tomber les checkpoints d’Erez et de Karni.

Le « déploiement » militaire médiatisé avait, implicitement, un sens raciste : voyez comment le Hamas est prêt à envoyer des enfants et des femmes s’exposer aux balles. Autrement dit : le Hamas fait bon marché de la vie de ses gens et peut aussi les faire agir comme des pions. Mais même les jeunes gens qui ont lancé des pierres, avant-hier, contre les murs, prenant le risque que les soldats de l’armée israélienne tirent sur eux et les atteignent et qui ont même été arrêtés, ne l’ont pas fait parce que quelqu'un les avait « envoyés ». Contrairement à Israël, il n’y a pas, chez les Palestiniens, de service militaire obligatoire. Chacun de ceux qui mettent leur vie en danger, dans ce qui leur apparaît, à eux et à leur société, comme une lutte nationale contre l’occupation, ne le fait pas parce que « l’Etat » l’y oblige et l’envoie, mais parce qu’il le choisit.

Un jeune homme de Beit Hanoun m’a dit, la veille de « l’irruption » qui n’a pas eu lieu : « Nous savons que l’armée ouvrira le feu sur nous pour tuer. Alors, personne ne prendra de risque ». Pas plus tard que samedi, un de ses proches, Mohamed Za’anin, 22 ans, et deux autres de ses amis, ont été tués par un missile de l’armée israélienne. L’armée prétend bien sûr qu’ils étaient armés. Une enquête indépendante révèle que les trois jeunes hommes, anciens amis de l’école secondaire – l’un était étudiant, le second policier et le troisième employé de banque – étaient partis fumer ensemble le narguilé et préparer un repas de midi décalé, pour eux-mêmes et d’autres amis, dans la cabane d’un champ d’oignons, à 1,2 km de la frontière.

Les événements de lundi ne sont pas les seuls à démontrer que l’hystérie était prématurée. Jour après jour, les barrages implantés au cœur de la Cisjordanie occupée prouvent que les Palestiniens renoncent, entre-temps, à l’option de la lutte populaire non armée contre le blocus. Ils attendent, docilement, en foule, leur tour pour passer – quoiqu’avec une colère contenue et qui s’accumule. Ils n’enlèvent pas les centaines de barrages que l’armée israélienne a établis entre les villages et à la sortie des routes. Et cela, parce qu’ils ne sont pas suicidaires. Les Palestiniens n’ont pas besoin des mises en garde ni des rapports tardifs pour savoir que des soldats israéliens tirent aussi sur celui qui n’est pas armé et qu’ils tuent aussi des enfants et des femmes.

La bonne question n’est pas de savoir si ni comment les Palestiniens sont prêts à se faire tuer, mais de savoir jusqu’à quel point nous [Israéliens] sommes prêts à tuer. La question à poser est : si des Palestiniens devaient décider de revendiquer leur droit à la liberté de mouvement et décider de déborder en masse des checkpoints, l’ordre serait-il donné d’ouvrir le feu sur eux, avec des fusils ? D’abord dans les jambes, puis à la tête ? Femmes, vieillards et petits enfants ? Ou peut-être au canon ? Et combien de soldats refuseraient-ils d’obéir ? Deux ? Trois ? Des centaines ? Y a-t-il une limite au nombre de gens tués en une fois aux checkpoints, et qui sortirait la société israélienne de l’apathie, de l’indifférence et du déni ? Cinq ? Six ? Des centaines de tués ?

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Israël, le sens d'un boycottage

Israël, le sens d'un boycottage, par Tariq Ramadan

LE MONDE | 28.02.08 | 13h59  •  Mis à jour le 28.02.08 | 13h59

epuis des semaines, les médias italiens se sont mobilisés autour de la question du boycottage de la Foire du livre de Turin, qui célèbre Israël à l'occasion de son soixantième anniversaire. Nous avons tout entendu, des contre-vérités et des déclarations qui ont semé la confusion sur les termes du débat et les positions respectives.

Je ne suis pas l'initiateur de cet appel au boycottage et, lorsque j'ai été appelé par un journaliste de l'agence ATIC, j'ai effectivement soutenu cette action en affirmant que cette célébration était une provocation et que l'on ne pouvait pas tout accepter de l'Etat d'Israël (je n'ai jamais dit : qu'"on ne pouvait rien accepter d'Israël" : cette mauvaise traduction de la langue arabe est due à l'ATIC, qui a reconnu son erreur).

Le boycottage ne signifie pas nier l'existence d'Israël : je ne nie pas cette dernière, mais je m'oppose à la politique d'occupation et de répression des gouvernements israéliens successifs. J'ai combattu et je continuerai à combattre l'antisémitisme et le racisme : je participe à des cercles de réflexion judéo-musulmans, mais je n'accepte pas le chantage auquel des politiciens, des intellectuels et certains médias nous soumettent.

Confondre la critique de la politique d'Israël avec l'antisémitisme est une imposture. Une injure à la conscience humaine et à la dignité des Palestiniens qui consiste à se mettre aveuglément du côté des plus forts en considérant que la vie des plus faibles n'a pas de valeur. La célébration des 60 ans d'un Etat, sauf à nous prendre pour des imbéciles, est éminemment politique.

S'y opposer ne veut pas dire nier la culture et la liberté d'expression des écrivains israéliens. Leur invitation est légitime même si l'absence d'invitation aux auteurs israéliens arabes, chrétiens ou musulmans, est bien étrange : quelle idée les organisateurs de la Foire se font-ils de la composition de la société israélienne ? On a affirmé que mon soutien s'apparentait à une fatwa ! Non content d'avoir déformé ma position, voilà que l'on veut y ajouter le scandale et la frayeur en utilisant le mot "fatwa", qui rappelle la triste "affaire Salman Rushdie".

Outre le fait que j'ai condamné dès le début la fatwa contre ce dernier, il faut préciser que ce soutien au boycottage n'a rien d'un avis religieux. En panne d'arguments, mes adversaires veulent me diaboliser : "Tariq Ramadan est un antisémite qui a lancé une fatwa !" Un tel propos est indigne de gens qui disent respecter la culture et le dialogue. Je n'ai rien à ajouter sur ce point.

Le boycottage est le moyen que les défenseurs des droits des Palestiniens ont choisi, en Italie, pour faire entendre une voix de protestation dans l'hymne d'une célébration d'Israël qui cache la sombre réalité des territoires occupés.

J'ai appris récemment que les organisations de défense des Palestiniens avaient, en France, fait un choix inverse : elles ont décidé de s'installer fermement au prochain Salon du livre (du 14 au 19 mars), d'y commémorer les soixante années de l'autre réalité, celle de la Nakba (catastrophe) des Palestiniens, et d'inviter des intellectuels et des auteurs arabes, palestiniens et israéliens à en débattre. Je soutiens cette initiative sans aucune réserve : il s'agit, ici aussi, de défendre la dignité des Palestiniens et de ne pas permettre que la célébration des 60 ans d'Israël puisse faire l'impasse sur le sort d'un peuple réprimé et sacrifié.

Boycottage à Turin, présence critique à Paris, il n'y a rien là de contradictoire. Ce qui compte aujourd'hui, au-delà des stratégies employées, c'est de rompre le silence, de faire entendre des voix qui refusent les manipulations politiques et exigent que la politique des gouvernements israéliens successifs soit jugée comme toutes les autres quand elle est indigne et qu'elle ne respecte pas les résolutions de l'ONU et le droit international.

Il s'agit de rappeler les soixante années de colonisation, de déplacement de populations, d'exil et de morts palestiniens qui sont le miroir négatif de la célébration d'Israël. Contrairement à ce qu'affirme Marek Halter (Le Monde du 15 février), je n'ai jamais appelé à la destruction d'Israël et je ne suis l'idéologue d'aucun Etat ni d'aucune organisation dont ce serait le programme. Ces propos sont consternants et malhonnêtes.

Je continue de penser que le choix d'Israël comme invité d'honneur, au moment où le peuple palestinien se meurt à Gaza, est une maladresse et une faute. Ce geste est exactement à l'image du positionnement politique de l'Europe : on célèbre Israël, on maintient constamment la confusion entre critique politique et antisémitisme et, surtout, on entretient une "conspiration du silence" vis-à-vis de la politique d'apartheid d'Israël. Ce choix "culturel" fait écho au silence "politique" en contribuant à déplacer le problème comme les partisans aveugles de la politique de l'Etat d'Israël savent si bien le faire.

Au moyen du boycottage, ou en organisant une autre célébration, un "autre Salon" au coeur du Salon du livre, l'objectif est le même : dénoncer l'injustice ! Qui donc pourrait aujourd'hui nous reprocher d'utiliser tous les moyens pacifiques que nous avons à notre disposition ? Les excès des réactions verbales auxquelles nous avons eu affaire prouvent que la violence n'est pas du côté que l'on croit.

Notre silence, dans les pays majoritairement musulmans comme en Occident, est l'une des causes de la violence au Moyen-Orient ! Nous sommes nombreux, et parmi nous des Israéliens et des juifs, à avoir décidé de ne pas nous taire à l'heure où l'on célèbre l'anniversaire d'un Etat qui pratique les assassinats politiques ciblés et affame tout un peuple. Je participerais sans aucune hésitation à des panels de discussions et de débats avec des auteurs israéliens sur des questions littéraires et philosophiques ou encore, par exemple, sur le sens et le droit de critiquer Israël.

Je serais le premier à répondre à une telle invitation et à encourager les auteurs arabes, palestiniens, chrétiens et musulmans à y répondre positivement. Néanmoins, de toute la force de ma conscience et de mon intelligence je m'opposerai aux manipulations politiciennes quand certains célèbrent de façon festive et que d'autres se meurent en silence et sans dignité.

Tariq Ramadan, islamologue, professeur à l'université d'Oxford, Saint Antony's College

Article paru dans l'édition du 29.02.08
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/02/28/israel-le-sens-d-un-boycottage-par-tariq-ramadan_1016844_3232.html


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28 février 2008

Tuerie de Beit Hanoun : aucun militaire poursuivi

Tuerie de Beit Hanoun : aucun militaire poursuivi
LE MONDE | 27.02.08

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2008/02/27/israel-aucun-militaire-poursuivi-pour-la-tuerie-de-beit-hanoun_1016187_3218.html#ens_id=891944

Il aura fallu presque seize mois pour que l'armée israélienne rende sa décision, mardi 26 février, sur la tuerie de Beit Hanoun qui, le 8 novembre 2006, avait provoqué la mort de dix-neuf civils Palestiniens, dont cinq femmes et huit enfants, dans cette ville située dans le nord de la bande de Gaza près de la frontière israélienne.

Après une enquête menée par le général Meir Kalifi, le procureur militaire, Avichaï Mendlblit, a estimé qu'il n'était pas "nécessaire de diligenter une enquête de la police militaire" sur cette bavure et qu'"aucune action légale ne sera engagée contre un quelconque responsable militaire en ce qui concerne cet incident".

Selon le communiqué officiel de Tsahal, la mort de ces dix-neuf civils et la vingtaine de blessés n'est pas "intentionnelle", mais due à "une rare et grave défaillance technique du système de radar de l'artillerie". D'après les conclusions de l'enquête, c'est la première fois que ce type d'incident se produit. Les tirs d'artillerie visaient des sites de lancement de roquettes Qassam à 450 mètres de Beit Hanoun, mais les obus sont tombés à la périphérie de la ville, principalement sur deux immeubles, à 5 h 30 du matin, tuant les civils endormis. A l'époque, au moins huit impacts d'obus avaient été relevés alors que les habitants faisaient état d'une quinzaine de tirs.

Le communiqué parle d'"un seul obus" et affirme qu'il n'y a pas de "lien de cause à effet entre le comportement des artilleurs et les conséquences de l'incident". Aucune "négligence" ne peut leur être imputée pas plus qu'aux officiers qui ont ordonné les tirs, et donc rien ne "peut justifier une action légale à leur encontre". Depuis, conclut le texte, "des conclusions ont été tirées pour que ce type d'incident ne se reproduise pas".

Pour les habitants de Beit Hanoun, cette salve d'obus avait été tirée "délibérément". "On pourrait admettre qu'il s'agisse d'une erreur s'il y avait eu un seul obus, mais pas tous ces tirs", avait déclaré au Monde, Omar Athamana, qui a perdu trois frères et deux cousins. Ce sont surtout deux familles qui ont été touchées. Dans l'une d'elles, une jeune femme de 25 ans, sa fille de deux ans et son bébé de six mois ont été tués.
Plusieurs blessés touchés par éclats ont été amputés.

Cette tragédie avait soulevé l'indignation de la communauté internationale. Deux jours après, l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) avait demandé une enquête indépendante, estimant que celle qui serait menée par l'armée n'offrait pas toutes les garanties d'impartialité.

Le conseil des droits de l'homme de l'ONU avait également nommé une commission pour faire la lumière sur cette bavure. Mais en décembre 2006, le prix Nobel de la paix sud-africain, l'archevêque Desmond Tutu, nommé à la tête de la mission, s'est vu interdire l'accès à Israël et à la bande de Gaza.

Michel Bôle-Richard

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La situation à Gaza intenable, affirme l'Envoyé de l'ONU pour le Moyen-Orient

La situation à Gaza intenable, affirme l'Envoyé de l'ONU pour le Moyen-Orient
http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=15944&Cr=pales&Cr1=moyen

26 février 2008 – Robert Serry, le nouveau Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient et John Holmes, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU ont présenté aujourd'hui devant le Conseil de sécurité un bilan de la situation politique et humanitaire en Israël et dans le Territoire palestinien.

« Les enjeux sont très importants cette année », a rappelé Robert Serry devant la presse à l'issue de la séance publique du Conseil, en référence aux accords d'Annapolis qui prévoient la conclusion d'un accord global de paix d'ici à la fin de 2008.

(webcast).

Il s'agissait du premier exposé mensuel sur le Moyen-Orient pour Robert Serry, depuis sa nomination à ce poste (Voir le compte-rendu de la séance dans le communiqué de l’ONU).

« Le Secrétaire général continue de soutenir pleinement les négociations bilatérales en cours entre le président Abbas et le Premier ministre Olmert et espère vivement qu'elles conduiront à des résultats significatifs sur toutes les questions fondamentales », a expliqué Robert Serry.

En parallèle, j'ai informé le Conseil de sécurité qu'il existe un « décalage de plus en plus important entre ce qui se passe sur le terrain et ces négociations politiques ».

« Ayant participé à plusieurs reprises au processus de paix au Moyen-Orient et étant maintenant à ce nouveau poste, j'ai été frappé par ce que j'ai vu sur le terrain concernant les limitations imposées aux Palestiniens et restreignant le cours normal de la vie en Cisjordanie », a-t-il ajouté.

Toutes les parties se sont engagées à mettre en oeuvre la Feuille de route, a-t-il rappelé, espérant que cela arriverait rapidement.

« Si cela ne se produit pas, de nombreux Israéliens et Palestiniens vont commencer à se demander ce que leur apporteront ces négociations de paix », a affirmé Robert Serry.

« Quant à la situation à Gaza », l'Envoyé spécial a souligné qu'elle était « intenable et inacceptable » et qu'il fallait « y répondre ».

« Il faut adopter des stratégies différentes et plus positives », a-t-il dit, évoquant les réflexions sur la question au sein du Quatuor pour le Moyen-Orient, composé des États-Unis, de la Fédération de Russie, de l'ONU et de l'Union européenne, avec l'Autorité palestinienne, Israël et l'Egypte, « pour parvenir à une situation où les frontières seront rouvertes, en sécurité, où il sera mis fin aux tirs de roquettes et bien sûr aux attaques suicide, qui doivent s'arrêter ».

« Et si le Hamas est aussi intéressé au bien-être de la population, j'espère qu'il coopérera également », a conclu Robert Serry. John Holmes, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU a présenté pour sa part un exposé de la situation à Gaza, en Cisjordanie et à Sderot, dans le sud
d'Israël, suite à une récente visite sur le terrain.

« J'ai clairement indiqué au Conseil de sécurité les graves conséquences humanitaires pour la population de Gaza de la crise politique et sécuritaire », « notamment depuis la prise du pouvoir par le Hamas en mars 2007 », a dit John Holmes.

Ainsi, la quantité de biens entrés dans Gaza au mois de janvier 2008, représente 1/10ème seulement du trafic en janvier 2007, a-t-il noté.

Le Coordonnateur des Nations Unies a pressé pour la réouverture des points de passage.

« En Cisjordanie, la situation est différente. Les conditions sont meilleures, mais la combinaison de l'expansion de la barrière, des colonies et des entraves à la circulation a des effets graves en ce qu'elles isolent les populations entre elles, les populations et les services, les terres », a-t-il dit.

John Holmes a appelé aussi à l'allègement de ces restrictions, afin d'offrir un meilleur espoir de paix.

« Nous voulons tous que les négociations de paix soient un succès, parce qu'un autre cas de figure est trop affreux à envisager », a-t-il souligné.

En réponse à une question, Robert Serry a confirmé, sans « souhaiter s'étendre sur la question », la présence de « groupes étrangers entrés à Gaza » qui soulèvent une préoccupation.

Il a aussi souligné l'appui du Quatuor à la proposition de l'Autorité palestinienne de gérer la réouverture des points de passages entre Gaza et Israël, notamment celui de Karni.

« Mais sans une période de calme, et si les militants du Hamas et d'autres groupes continuent de tirer des roquettes, cela sera très difficile », a expliqué Robert Serry. « Cela doit être clair pour tous ».

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De retour de Gaza, ils témoigent...

De retour de Gaza, ils témoigent...

http://www.aloufok.net/article.php3?id_article=4482

Quatre camarades de Marseille (Palestine 13, UJFP et Cimade) ont été à Gaza. Voicil leur témoignage.

Voici un compte rendu du voyage à Gaza de Ariane, Brigitte, Laurence et Jacques fait pour le Conseil régional PACA.
Rapport pour le Conseil Régional PACA de la visite de 4 membres d’associations défendant les droits du peuple palestinien, dans la bande de Gaza en Février 2008.

Rappel sur les raisons de cette visite
.

Cinq associations de Marseille et Aubagne ont sollicité le Conseil Régional PACA en Août 2006 en vue de participer au programme alimentaire visant la bande de Gaza, et plus particulièrement la zone Sud de Rafah et Khan Younes (alors sous les bombes). Ces associations sont: Palestine 13 (section Bouche du Rhône de l’AFPS, association France Palestine Solidarité), l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix), la Cimade, Ajial (aide aux camps de réfugiés au Liban) et l’AMFP d’Aubagne (association médicale franco-palestinienne, affiliée à l’AFPS). Le Conseil Régional PACA a bien voulu attribuer la somme de 30.000 € à cette action humanitaire, reçue et envoyée au PARC-Gaza, à la fin de l’année 2007. Le PARC Gaza est l’une des 2 branches du PARC, Palestinian Agricultural Relief Committee, importante ONG palestinienne, s’occupant plus particulièrement des problèmes agricoles et alimentaires, et maintenant, humanitaires.
Depuis le blocus par Israël de la bande de Gaza en été 2006, blocus qui s’est encore considérablement renforcé ces derniers mois, la population de la bande de Gaza, dont 52% est composée de jeunes et d’enfants de moins de 17 ans, ne peut s’alimenter normalement. Aucune denrée alimentaire ou presque ne circule en effet entre Israël et Gaza. Or l’agriculture dans la bande de Gaza, autrefois riche (exportation, avant le blocus, de primeurs, fraises, fleurs coupées, etc…) a été très largement sinistrée: impossibilité de cultiver près de la frontière en raison de tirs israéliens (sur une profondeur de 1 à 1,5 km, ce qui résulte, du fait de l’étroitesse de la bande, en la perte de 40% des terres cultivables), oliviers, amandiers et agrumes déracinés par l’armée israélienne, serres pilonnées, absence de semences et d’engrais (en raison du blocus), destruction du réseau d’irrigation, qualité de l’eau impropre à l’irrigation (l’eau étant devenue saumâtre à cause des pompages excessifs israéliens de la nappe aquifère).
L’opération humanitaire à laquelle a contribué généreusement le Conseil Régional PACA s’intitule « De paysans pauvres à familles pauvres ». Elle consiste à racheter aux paysans leurs maigres produits (légumes, oeufs, huile, parfois fromage), invendables du fait de la paupérisation générale (80% de la population dispose d’environ 1€ par jour), d’en confectionner des « paniers » capables de nourrir ou supplémenter une famille de 15 à 20 personnes pendant environ une semaine. En sont les bénéficiaires les familles les plus démunies (père ou soutiens de famille morts, revenus inexistants, nombreux enfants, enfants blessés), réparties dans l’ensemble de la bande de Gaza. L’ensemble de la population étant en état de dénutrition, le programme est évidemment tout-à-fait insuffisant.

Compte-rendu de notre visite.

Dans le but de vérifier la bonne utilisation des fonds envoyés pour cette opération (par le Conseil Régional PACA et par nos associations), quatre membres des associations concernées (Palestine 13, UJFP, Cimade) se sont rendues en Israël-Palestine du 11 au 21 Février 2008. Nous avons effectué nous-mêmes la « coordination » avec les autorités militaires israéliennes pour entrer dans la bande de Gaza, le consulat de France ne souhaitant pas en cette période très tendue faciliter l’accès de civils dans cette zone.

Nous avons passé 48 heures à Gaza, où nous avons été reçus et pilotés par le responsable du PARC-Gaza, Mr. Ahmed Sourani. L’ensemble des comptes, établis de façon transparente, nous a d’abord été présenté et nous avons obtenu les reçus des sommes envoyées, avec les coordonnées des paysans et celles des familles bénéficiaires.

Puis nous avons quitté le centre du PARC pour nous rendre, le premier jour, dans la région Nord: Beit Hanoun en particulier, et le lendemain dans la région Sud, Khan Younès et Rafah, afin de voir sur le terrain les réalisations du PARC et visiter les familles concernées. La circulation automobile est clairsemée, les routes sont des fondrières non réparées du fait du blocus. Une partie du trafic se fait par charrettes à âne ou à cheval. L’habitat est sinistré dans toute la bande et à Gaza ville, avec de nombreuses maisons ou immeubles bombardés, comme le 15 Janvier un gros immeuble officiel en plein centre ville.

Dans le Nord, la première famille visitée, habitant une petite maison en dur près de la frontière, consiste en 18 personnes dont une douzaine d’enfants en assez bas âge, l’une, de 6 ans, totalement paralysée à partir de la ceinture suite à un tir israélien. Les familles vues ensuite étaient des familles bédouines habitant un vaste gourbis situé au pied d’une digue de sable retenant les bassins d’eaux usées de la région Nord. En effet, il n’y a pas dans cette région de station d’épuration et il est impossible d’en construire une du fait du blocus. A noter que 2 enfants s’y sont déjà noyés, et que la rupture de la digue a entraîné en Mars 2007 une brutale inondation (vague de 2 mètres) ayant englouti 7 personnes. Ces familles sont dans un état de dénuement extrême (enfants pieds nus dans les flaques d’eau, par grand froid lorsque nous y étions) et dans un environnement d’une insalubrité effroyable. Il est naturel que certaines de ces familles soient bénéficiaires de l’opération subventionnée, toutes devraient l’être.

Le lendemain, nous avons visité dans le Sud (Khan Younès, Rafah et environs) des réalisations du PARC (auxquelles le Conseil Régional PACA participe par le biais de l’opération « Sourire »): petits centres sociaux pour la femme et l’enfant (parfois dévastés lors des incursions israéliennes, qui sont quotidiennes en ce moment) et exploitations agricoles familiales aidées par le PARC, avec même cultures « bio ». Nous avons également visité des familles bénéficiaires des paniers repas, comme celle-ci à Al Foukari, victime, un matin d’Octobre 2006 du meurtre du père, de l’écrasement de la maison (bétail compris) par un char des « forces spéciales israéliennes », ce pour des raisons inconnues. Visite aussi, à environ 200 m de la frontière, d’un genre de clapier où vit une famille bédouine dont la maison a été rasée pour dégager la vue des soldats israéliens à la frontière mais qui reste sur place pour défendre ses terres, au pieds de la haute colline de détritus de la région.
Nous n’avons donc aucun doute sur l’utilité des opérations menées par le PARC, mais regrettons leur peu d’ampleur par rapport aux besoins de cette population de 1,5 million d’habitants prise au piège du blocus et des incursions.

Nous avons par ailleurs rencontré l’adjoint du Directeur du Comité Palestinien des Droits de l’Homme à Gaza (PCHR), et également les directeurs du PRMC (palestinian medical relief committee, organisée comme le PARC), responsables de 30 centres de médecine primaire, de cliniques mobiles et de la prévention.

Hélas, une dizaine de médicaments tout au plus sont autorisés à entrer dans la bande de Gaza depuis un certain temps. La pénurie est donc extrême, et la morbidité et la mortalité évitables sont très élevées.

Tous les responsables rencontrés (PARC, PCHR, PMRC) nous ont paru unanimes pour espérer une troisième voie politique (ni Fath, ni Hamas), et surtout réclamer de toute urgence la reconnaissance des Droits de l’Homme pour les Palestiniens, grâce à une application du droit international.

Enfin, deux d'entre nous sommes allées ultérieurement au PARC de Ramallah (siège social pour toute la Palestine) et avons rencontré les 2 directeurs. Ceux-ci nous ont appris que 40% des sommes reçues sont actuellement reversées au PARC-Gaza, en raison du blocus. Le bilan annuel 2006 avec tous les comptes et audit indépendant nous a été remis, et est bien sûr à la disposition du Conseil Régional PACA.
Nous sommes également allées au Consulat de France à Jérusalem, service culturel d’aide et de coopération, où l'on nous a fortement conseillé de poursuivre et d'amplifier nos actions avec le PARC-Gaza, essentiellement en ce qui concerne les actions de "survie", c'est-à-dire l'opération "De paysans pauvres à familles pauvres".


Février 2008,

Transmis par Stambul Pierre

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27 février 2008

Pas de « solution juste » sans le droit au retour des réfugiés

Pas de « solution juste » sans le droit au retour des réfugiés

« La force d’Israël, le soutien des USA, la faiblesse des Palestiniens et la complicité arabe, tels sont les ingrédients d’une solution imposée du « problème des réfugiés », basée non sur leurs droits mais sur leur disparition...l’élimination des réfugiés palestiniens est indispensable pour qu’un nouveau Moyen Orient pacifié prenne sa place dans l’économie mondialisée. » [1]

Ecrites il y a 10 ans, ces lignes sont hélas toujours d’actualité.

Profitant du désarroi issu de l’effondrement des illusions nées des accords d’Oslo, tous les gouvernements israéliens ont poursuivi la destruction de la société palestinienne engagée dès 1948, avant même la proclamation de l’Etat d’Israël et la guerre israélo-arabe qui l’a suivie.

Ceci fut fait avec le soutien total des gouvernements des Etats Unis et avec la complicité active des gouvernements européens et des institutions internationales (FMI et ONU notamment).

Pourtant, malgré les formidables moyens déployés pour permettre à Israël d’en finir avec l’existence du Peuple palestinien, il subsiste un obstacle majeur à la réalisation de ce plan.

Cet obstacle tient en un mot : (les) REFUGIES.

La raison en est que, par delà leur nombre (ils sont 6 millions, près des 2/3 du Peuple palestinien) les réfugiés palestiniens sont, par leur seule existence, la preuve historique de l’injustice commise par l’ONU en novembre 1947 et celle de la nature coloniale irréfutable d’un Etat d’Israël né, non d’une prétendue lutte de libération nationale, mais d’une opération programmée de nettoyage ethnique.

Les réfugiés palestiniens sont devenus « un problème » qu’il convient de résoudre, par tous les moyens et quel que soit le prix à payer.

Les réfugiés palestiniens, quand ils revendiquent leur droit au retour sur les terres et dans les maisons dont ils ont été chassés par la violence des groupes terroristes sionistes en 1948 puis en 1967, sont la marque identitaire du conflit israélo-arabe, la preuve vivante de l’illégitimité de cet état colonial imposé par la force au cœur d’une région arabe convoitée par l’Impérialisme pour ses richesses et à cause de sa position stratégique.

Pour supprimer cette marque identitaire, il faut dissoudre l’existence même des réfugiés palestiniens et, à défaut de pouvoir les faire disparaître, les réduire à une question humanitaire.

Mais voilà...Les réfugiés palestiniens ne se sont pas transformés en une simple addition de mendiants dispersés et voués à être absorbés et digérés au sein des communautés nationales des Etats qui ont été contraints de les « accueillir ».

Dans leur immense majorité ils ont refusé d’oublier, ils ont refusé d’être dépossédés de leur histoire, ils ont collectivement maintenu leur volonté de survivre et de vivre, ils ont gardé une colère intacte et ils ont refusé d’abdiquer leurs droits.

Le retour des réfugiés est la substance de la cause palestinienne.

Longtemps reléguée à une place secondaire par la direction de l’OLP, principalement préoccupée de se voir reconnaître l’exclusivité de la représentation du Peuple palestinien en vue du marchandage visant la création d’un mini Etat, la question politique des droits des réfugiés est revenue en force aux lendemains des accords d’Oslo.

En concentrant l’attention sur la création de territoires autonomes confiés à une Autorité palestinienne, Oslo a été une tentative supplémentaire de liquider « la question des réfugiés ». Le règlement de la question du retour des réfugiés était différé à des « négociations finales » dont on espérait qu’elles se perdraient dans les sables de la négociation des accords intérimaires.

En faisant de la construction de « l’Etat palestinien indépendant » son objectif prioritaire, la direction de l’OLP marginalisait la cause des réfugiés, qui était pourtant la raison d’être du mouvement de libération de la Palestine.

Réduire le conflit à un problème de partage de territoires entre Israéliens et Palestiniens, c’est d’une part reconnaître la légitimité de l’existence de l’Etat colonial et d’autre part mettre un terme définitif à l’ambition de « libération nationale », remplacée par une « processus de paix » où les deux parties « négocient ».

En outre, dès lors que le conflit est réduit à une querelle frontalière, le problème des réfugiés semble plus aisé à résoudre : ceux qui le voudront pourront « revenir dans l’Etat de Palestine » !

Avec le recul de 15 ans, on doit constater que ce calcul cynique a failli aboutir.

Mais la manœuvre a fait long feu et la voracité des dirigeants sionistes, fidèles aux ambitions initiales de la conquête de toute la Palestine, a mis à mal le dispositif initialement concocté par l’Impérialisme avec la complicité de la direction palestinienne, d’abord à Madrid puis à Oslo et Washington.

L’analyse du comportement de l’Etat sioniste, tant avant que pendant la deuxième Intifada et tant dans les territoires occupés en 1967 que dans les territoires occupés en 1948, a convaincu de nombreux militants palestiniens de la nécessité de rompre avec une politique de renoncement aux droits fondamentaux, de la futilité des négociations avec un ennemi bien décidé à mener à son terme l’entreprise de nettoyage ethnique commencée en 1948 et, en dépit de sa fragmentation due à sa dispersion géographique, de l’unité du combat du Peuple palestinien pour ses droits nationaux.

L’effacement des illusions d’Oslo a suscité un profond mouvement de réflexion chez les réfugiés palestiniens.

Des initiatives populaires se sont développées depuis les camps de réfugiés, dans la diaspora palestinienne et chez les Palestiniens résidant en Israël, visant à remettre la question des réfugiés et de leur retour à la première place de l’agenda palestinien, considérant qu’aucune paix n’était possible sans l’application du droit au retour et donc sans la réaffirmation d’un projet de libération nationale.

L’affirmation de l’exigence du droit au retour est devenue le point de convergence des luttes des Palestiniens pour leurs droits.

Le retour n’est plus « seulement » une revendication, c’est devenu un projet politique qui structure la reconstruction de l’ensemble d’une démarche collective de résistance au nettoyage ethnique et d’opposition à la volonté sioniste de faire reconnaître par les Palestiniens eux-mêmes la légitimité d’un « Etat juif » et de les faire ainsi renoncer à leur droit à la résistance.

Le droit au retour des réfugiés, un droit reconnu par le droit international.

Le droit au retour dans leur pays des réfugiés et des populations déplacées est un droit clairement reconnu par le droit international.

L’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) affirme le droit de chaque individu de « quitter tout pays, y compris le sien, et d’y revenir ».

Suivant l’article 12 de la Convention internationale des droits civils et politiques (1966, ratifié par Israël en 1991 !) « Aucun individu ne peut être arbitrairement privé du droit d’entrer dans son propre pays ».

La résolution 194 des Nations Unies, adoptée le 11 décembre 1948, affirme « qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible... »

L’actualité et la validité de cette résolution ont été réaffirmées plus de 130 fois depuis !

La résolution 3236, votée en 1974, réaffirme « le droit inaliénable des Palestiniens de retourner à leurs foyers et leurs propriétés, d’où ils avaient été déplacés et déracinés »

Ce droit fondamental a été maintes fois affirmé pour des peuples déplacés autres que les Palestiniens.

La plupart des accords de paix internationalement soutenus dans les 25 dernières années ont exigé le retour des déplacés et réfugiés notamment au Guatemala, au Salvador, au Rwanda, en Géorgie, en Tchétchénie, en Croatie, en Bosnie, au Kosovo, en Namibie, à Chypre et au Timor oriental. [2]

Le respect du choix individuel des réfugiés quant à la mise en application de leur droit a été le principe directeur de ces accords. Ce droit a été affirmé et son exercice n’a pas été conditionné à des négociations postérieures et à la volonté des Etats contrôlant des territoires occupés à l’occasion d’un conflit.

Dire que le droit au retour est « un droit inaliénable », c’est dire que ce droit appartient en propre à chaque personne réfugiée.

User ou ne pas en user appartient à chaque bénéficiaire de ce droit.

S’agissant des réfugiés palestiniens, qui forment le groupe de réfugiés le plus ancien et le plus nombreux dans le monde, ce droit est un droit collectif inséparable des droits nationaux. Il s’inscrit pleinement dans le cadre des revendications nationales constantes du Peuple palestinien et il ne se substitue ni ne s’oppose au droit à son autodétermination.

L’immense majorité des Palestiniens refuse de faire du retour des réfugiés un élément d’une négociation

« Lorsque les négociations israélo-palestiniennes sur le statut final reprendront, la question des réfugiés palestiniens en sera probablement l’une des principales pierres d’achoppement. Depuis la guerre de 1948, la situation des réfugiés et leur revendication d’une reconnaissance du droit au retour ont occupé une place centrale dans la lutte palestinienne.

Les Palestiniens préviennent qu’une communauté de réfugiés en colère dont les principales revendications resteraient insatisfaites ferait obstacle à tout accord de paix.

L’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) n’a d’ailleurs jamais renié son engagement formel en faveur du droit au retour...Quand bien même certains officiels ont proposé de manière informelle des solutions à la question des réfugiés compatibles avec l’existence d’un Etat palestinien arabe au côté d’un Etat juif israélien ... la direction palestinienne a réagi de façon ambivalente : tour à tour muette sur la question et rappelant son engagement pro forma à l’égard du droit au retour.

Désormais elle doit affronter le regain d’activisme qu’Oslo et plus récemment les initiatives informelles de Genève et de People’s Voices ont réanimé sur la question des réfugiés. » [3]

Les violentes réactions venues des camps contre l’initiative de Genève fin 2003 ont laissé sans voix les naïfs qui s’étaient extasiés devant cette nouvelle initiative de paix généreusement sponsorisée en Europe.

Mais les soutiens enthousiastes d’Abed Rabbo et de Yossi Beilin auraient du lire plus attentivement le rapport d’une commission d’enquête parlementaire britannique publié au terme d’une visite des camps de réfugiés de Syrie, du Liban, de Jordanie, de Cisjordanie et de Gaza (septembre 2000) :

« Partout où nous sommes passés, les réfugiés affirment que le droit au retour s’applique à tous les réfugiés, quelle que soit leur situation matérielle ou financière actuelle et où qu’ils demeurent aujourd’hui »

Survenu trois ans après la mise en scène de Genève, un autre événement nous montre l’extrême difficulté rencontrée par les responsables palestiniens qui tentent de composer avec la question du droit au retour.

On se souvient du texte dit « Document des prisonniers » qui fut largement présenté en 2006 comme la base possible d’un accord politique entre les différentes factions palestiniennes après la victoire électorale du Hamas et avant les évènements de Gaza.

Dans la 1ère version diffusée le 11 mai 2006 on trouvait dès le point 1 la réaffirmation de l’exigence de « garantir le droit au retour des réfugiés ».

Dans la version publiée le 28 juin 2006 cette formule très « pro forma » est remplacée par la suivante : « garantir le droit au retour des réfugiés dans leurs maisons et leurs propriétés dont ils ont été expulsés » [4]

Entre ces deux versions il y a toute la distance qui sépare l’affirmation formelle d’un droit, qui peut facilement être vidé de sa substance, de la position qui affirme avec force que la reconnaissance du droit emporte l’adhésion à sa légitimité incontestable et à sa mise en œuvre pratique et non négociable. [5]

Cette différence représente un enjeu majeur.

L’affirmation du droit au retour signifie que les réfugiés qui le désirent pourront librement rentrer chez eux, sans contrôle ni restriction et sans avoir à déléguer à quiconque le soin de négocier des « modalités d’application ». De telles négociations seraient la négation de l’exercice du droit reconnu « en principe » !

C’est la position de toutes les coalitions palestiniennes pour le droit au retour, c’est le contenu de tous les appels issus des rencontres de réfugiés des dernières années.

C’est, par exemple, l’affirmation sans aucune ambiguïté du congrès d’Haïfa en mars 2004

« Le congrès affirme son refus de tout projet qui liquide, contourne ou démantèle le droit au retour, quelle que soit sa source Le congrès affirme au monde entier qu’il n’y a pas de paix juste sans la réalisation et l’application du droit au retour des réfugiés palestiniens » [6]

C’est aussi le contenu d’un appel daté du 28 novembre 2007 et signé par une centaine d’organisations et de comités palestiniens actifs dans l’ensemble des composantes de la communauté nationale palestinienne (Palestiniens d’Israël, de Cisjordanie, de Gaza et de l’exil) qui affirme : « Le droit des réfugiés à rentrer dans leur patrie et dans leurs propriétés, d’où ils ont été expulsés, conformément à la résolution des Nations Unies 194. Ce droit est un droit fondamental qui n’est pas négociable et ne peut donc être fondé sur un "accord sur une solution » [7]

Variations sur le thème du retour des réfugiés

Comme on vient de le montrer, le droit au retour des réfugiés est à la fois reconnu par le droit international, fermement revendiqué par les Palestiniens, qu’ils soient ou non réfugiés, et ceux-ci en ont fait la pierre angulaire de leur refus de l’expulsion et de leur résistance au nettoyage ethnique.

Dès lors une question se pose : pourquoi cette revendication n’est-elle pas inscrite au fronton d’un mouvement de solidarité qui affirme pourtant son engagement pour « l’application du droit pour mettre un terme aux injustices qui frappent le Peuple palestinien de puis 60 ans » ?

Pourquoi n’est-elle pas portée par ces responsables politiques, et notamment ces parlementaires européens qui revendiquent leur engagement aux côtés des Palestiniens confrontés à la colonisation et au mur en Cisjordanie et au blocus de Gaza ?

En réalité, à l’image de la direction de l’OLP, les dirigeants des associations, des ONG de solidarité et les élus « amis des Palestiniens » adoptent un comportement très ambivalent.

Nombreux sont ceux qui préfèreraient ne pas en parler, mais il est quand même difficile d’ignorer l’existence de 2/3 des populations dont on s’affirme « solidaire » !

Alors, on en parle, comme d’un « problème à résoudre », toujours avec une prudente réserve et si possible sous un angle humanitaire, voire même simplement caritatif.

Au surplus, la question des réfugiés est toujours politiquement secondaire, la revendication essentielle étant l’affirmation de la nécessité d’un Etat palestinien indépendant, formule parfaitement formatée qui vient opportunément se substituer à la double exigence de droit à l’autodétermination de tout le Peuple palestinien et de droit au retour des réfugiés.

A l’image de la plateforme des ONG françaises, on mentionne la question dans une charte en utilisant la formulation « une juste solution, fondée sur la légalité internationale, à la question des réfugiés » [8] mais la plateforme n’a jamais développé la moindre action de soutien au droit au retour. Cette revendication a toujours été écartée de ses initiatives, campagnes, pétitions, tracts, plaquettes etc. [9]

Et quand la plateforme se positionne lors des élections de 2007, après une prometteuse exigence de reconnaître le droit au retour et l’application de la résolution 194, il est immédiatement rajouté que « les modalités d’application de ce droit devront être définies dans le cadre de futures négociations ».

Plus loin, après avoir affirmé « la reconnaissance du droit au retour est l’une des clés de la résolution du conflit », il est écrit : « la reconnaissance du droit au retour et les modalités de son application sont parmi les conditions premières pour poser les bases d’un règlement final du conflit »

Ces formulations sont rigoureusement à l’opposé de celles des réfugiés palestiniens, qui ont bien compris que soumettre l’application pratique du droit au retour à des négociations, et donc au bon vouloir des Israéliens, c’est y renoncer en pratique.

Mais, à défaut d’être en accord avec les réfugiés, ces formulations peuvent se revendiquer des propos d’Elias Sanbar qui affirme que « tout est dans l’ordre des séquences » : d’abord les Israéliens doivent reconnaître l’injustice commise à notre égard et notre droit au retour et après on discutera de l’application et « évidemment ce ne sera pas 100%, parce que ça n’est jamais à 100% ». [10]

En fait, pour Sanbar, si le droit n’est pas négociable, l’application l’est et il suffit de tenir bon sur « le droit » pour pouvoir en négocier l’application un jour.

De telles positions trouvent évidemment des échos très favorables du côté des militants israéliens pacifistes, probablement partisans sincères d’un règlement négocié du conflit par la mise en place d’un Etat palestinien qui devrait permettre de clore définitivement la question des réfugiés.

Complément idéal de Sanbar, Uri Avnery explique que le problème est « du côté des Israéliens », car ceux-ci témoignent d’un « manque de compréhension abyssal » des Palestiniens. [11]

« Le droit au retour représente le cœur même de la fierté palestinienne. Il est ancré dans le souvenir de la Nakba...et ignorer ce fait historique rend impossible la compréhension de la lutte des Palestiniens »

Il propose donc « d’aborder courageusement cette question », sous ses deux aspects, d’abord « l’idéologique » puis « le pratique »

Quand Israël aura reconnu ses responsabilités historiques dans les malheurs des Palestiniens (ses responsabilités mais pas sa culpabilité, car « les buts sionistes étaient directement destinés à une libération nationale et au sauvetage de millions de victimes de la tragédie juive en Europe ») alors on pourra traiter la question du droit au retour qui est « un droit fondamental qui ne peut être nié à notre époque »

En fait « la solution du problème des réfugiés coïncidera avec l’établissement de l’Etat de Palestine ».

Le principe « deux états pour deux peuples » est la base du compromis historique martèle Avnery et il s’impose à la règle du libre choix.

« Il est clair que le retour de millions de réfugiés palestiniens dans l’état d’Israël changerait complètement le caractère de l’Etat contrairement aux intentions de ses fondateurs et de la plupart de ses citoyens... »

Uri Avnery et l’organisation qu’il dirige, Gush Shalom, conviennent que cette solution « n’est pas vraiment juste ». Mais, ajoutent-ils, « elle présente l’avantage de pouvoir être adoptée par une majorité d’Israéliens et par une majorité de Palestiniens » !

On retrouve cette approche assez cynique chez de nombreux autres « promoteurs de la paix ».

C’est le cas au Parlement européen, si souvent appelé à la rescousse par ceux qui prétendent que la voix de l’Europe dans le conflit est quand même plus progressiste et équilibrée que celle des Etats Unis ...

Dans une résolution votée en octobre 2003, le Parlement “ demande aux autorités palestiniennes d’affronter avec réalisme la délicate question du droit au retour des réfugiés, qui touche actuellement non moins de quatre millions et demi de personnes, de façon à pouvoir convenir entre les parties d’une solution juste et équilibrée qui tienne compte du fait que tous les réfugiés palestiniens ne pourront pas retourner vers leurs lieux d’origine et qu’il faut également prendre en considération les préoccupations démographiques d’Israël ” [12]

Ce texte ignoble, qui dans un même paragraphe, liquide les exigences du respect de la légalité internationale et entérine la conception d’un état ethniquement pur, a recueilli le soutien de tous les parlementaires européens qui s’autoproclamaient à l’époque « amis des Palestiniens », y compris les membres de la Gauche Unitaire Européenne. [13]

Depuis, Luisa Morgantini, figure de proue des parlementaires européens toujours « amis des Palestiniens », a largement confirmé que cette position n’était pas une « concession tactique pour faire passer une résolution dans une enceinte majoritairement hostile aux Palestiniens » [14]

Dans un article publié sous sa seule signature en avril 2007, elle écrit « ...le mieux serait d’entériner le retour des réfugiés sur leurs propres terres : les territoires palestiniens occupés » [15]

Le droit au retour des réfugiés palestiniens est le moment de vérité de toute solidarité.

Pour en revenir à la citation qui ouvre ce texte, on doit hélas constater qu’un cinquième ingrédient est venu se rajouter aux quatre précédemment nommés par Rosemary Sayigh.

Dans le sillage d’Oslo, on a vu naître beaucoup d’initiatives visant à « promouvoir le dialogue entre les partenaires israéliens et palestiniens oeuvrant pour la paix », affirmant un engagement « en faveur d’une paix juste et durable pour les deux peuples » et allant même parfois jusqu’à apporter leur « soutien aux droits légitimes du peuple palestinien ».

Noble ambition en vérité, à ceci près qu’un bon nombre de ces initiatives, des coalitions qui les portent et des organisations qui les soutiennent se sont autorisées à reformuler « les droits légitimes des Palestiniens », contribuant ainsi à leur imposer une solution qu’ils n’ont pas choisie !

On peut en effet constater que « le droit au retour des réfugiés dans leurs foyers et leurs propriétés » est décliné de manière diverse mais rarement dans sa forme originale revendiquée par les réfugiés.

On passe de la « juste solution, fondée sur la légalité internationale, à la question des réfugiés » [8], au « soutien au principe du droit au retour et à indemnisation dont les modalités doivent être négociées entre les parties » de la LDH [16] et on aboutit aujourd’hui à la pitoyable et tragique formule de l’appel récent de la plateforme des ONG « une solution juste du problème des réfugiés fondée sur la reconnaissance du tort qu’ils ont subi et des droits qui en découlent ».[17]

Quelques larmes et un chèque pour oublier et pour se soumettre !

Quand on sait que le Mouvement de la Paix, membre influent de la plate forme et signataire de l’appel pré cité, est aussi membre fondateur du collectif « 2 peuples 2 états » qui reconnaît que « l’Etat d’Israël est l’état du peuple juif » et qui demande « une résolution digne et réaliste de la question des réfugiés palestiniens conditionnée au respect de la souveraineté israélienne »...on a des raisons d’être inquiets sur le sens exact qu’il convient de prêter à la formulation employée dans l’appel de la plateforme.

On a aussi des raisons d’être surpris par l’emploi d’une formulation en recul sur celle adoptée par « le Collectif National » en novembre 2007. Une déclaration mentionnait l’exigence de l’application du droit international, dont le droit au retour des réfugiés. [18]

C’était un progrès puisque les bases constitutives du « Collectif national » ne comprenaient pas la revendication du Droit au retour. [19]

Le refus de défendre le droit au retour des réfugiés serait-il l’explication de la primauté subitement accordée à la plate-forme des ONG pour l’organisation du rassemblement du 17 mai, sur la base d’un appel qui nie le droit au retour des réfugiés, qui ne dit pas un mot de l’oppression, des discriminations et des menaces subies par les Palestiniens résidant en Israël et qui réduit l’action à un « appel » au gouvernement français ? [20]

Les militants du mouvement de solidarité ne s’interrogent-ils pas sur les raisons de ce changement simultané à l’abandon de la revendication du droit au retour ?

Les organisations politiques et les comités de solidarité avec la Palestine vont-ils accepter de se rallier à un tel appel après sa publication ?

Combien de temps les militants de la solidarité resteront-ils aveugles aux changements survenus sur le terrain et sourds aux appels des militants palestiniens qui luttent pour sortir de la situation catastrophique où les ont menés leurs dirigeants avec Oslo ?

Ces militants palestiniens ont affirmé de plus en plus clairement que, face à la stratégie sioniste et impérialiste de fragmentation forcée du Peuple palestinien, il fallait renforcer la lutte globale des Palestiniens pour leur libération, pour fédérer et structurer les combats que chacun menait dans son contexte : contre l’occupation en Cisjordanie et à Gaza, pour le retour de ceux en exil et pour défendre l’existence même des Palestiniens résidant sur les terres de 1948.

Mais tandis que de plus en plus de Palestiniens prenaient en compte la réalité de la colonisation sioniste à outrance des terres palestiniennes occupées après juin 1967, le renforcement du système de discrimination raciale à l’égard des Palestiniens d’Israël et affirmaient en conséquence la nécessité d’en revenir aux constantes de la lutte nationale et notamment le droit au retour des réfugiés, la majorité des forces « solidaires » du Peuple palestinien s’est désespérément accrochée aux lambeaux de l’illusion d’un « Etat palestinien indépendant » en évitant de poser la question des Palestiniens de 48, la question du retour des réfugiés et de reconnaître enfin que la question qui nous est posée est celle de nous déterminer clairement en soutien à une lutte de libération nationale.

C’est ainsi que le mouvement de solidarité a ignoré l’appel BDS des 170 ONG palestiniennes [21] Pourtant ces militants palestiniens nous interpellent de plus en plus explicitement sur la nécessité de clarifier les bases de notre solidarité.

Ils écrivent :

« Même si le récent « Appel de la société civile » publié par des associations suisses, en solidarité avec la Palestine, fait sienne la philosophie des pressions, il ignore des dimensions fondamentales de l’oppression israélienne, et en particulier son déni persistant des droits des réfugiés palestiniens et sa discrimination raciale à l’encontre de ses propres citoyens palestiniens » [22]

« Nous affirmons l’unité du Peuple palestinien et l’unité de sa cause nationale et nous exigeons que tout accord touchant à des questions affectant le destin national reflète la volonté générale de tous les Palestiniens et représente l’ensemble de ce peuple, qu’il vive sur ses terres -Cisjordanie et Bande de Gaza-, sur celles de 1948, qu’il soit réfugié ou dans la diaspora. » [23]

« A ce titre, nous insistons sur l’adoption des stratégies et dispositifs suivants :

Développer les partenariats avec les mouvements de solidarité et étendre leur champ d’action afin d’inclure tout le peuple palestinien, où qu’il se trouve » [23] Ils écrivent encore :

« Par conséquent, nous considérons que toute reconnaissance de cette nature (la reconnaissance d’Israël en tant qu’Etat juif) équivaut à une concession du droit au retour, ce qui conforterait l’exil et la dépossession de notre peuple et mettrait fin à notre cause. Quiconque envisage de prendre cette voie portera la responsabilité historique qui en résultera. » [24]

Qui, 60 ans après les évènements de la Naqba de 1948, est d’accord pour abandonner l’exigence du droit au retour et partager ainsi la responsabilité historique d’une autre Naqba ?

Pierre-Yves Salingue,
22 février 2008

Notes

[1] Dis/Solving the "Refugee Problem » Rosemary Sayigh Disponible à : http://www.merip.org/mer/mer207/dissolv.html

[2] Les accords de Dayton (1995) ont mis fin à la nouvelle « guerre des Balkans » et au nettoyage ethnique provoqués par l’éclatement de la Yougoslavie. Ils ont été présentés comme l’expression de la volonté de la communauté internationale d’imposer le respect du droit au retour des réfugiés. On estime à 2,5 millions le nombre de réfugiés rentrés chez eux dans les 10 ans qui ont suivi la signature des accords.

[3] International Crisis Group Rapport Moyen-Orient N°22 5 février 2004

[4] textes des deux versions (en Anglais) sur le site http://www.jmcc.org/documents/docs.html

[5] Est-ce un hasard si la seule version traduite et diffusée en France est celle du 11 mai ? Un résumé de la première version a été mis en ligne par l’AFPS le 06/06/2006. Présentée comme « la version intégrale » le document du 11 mai a été publié dans Pour la Palestine n° 50 et mis en ligne le 19/10/2006, bien après la publication de la version du 26 juin... Une lecture attentive permettra de constater quelques autres différences entre les deux textes...Consultable à http://www.france-palestine.org/article4843.html

[6] Consultable à http://www.ism-france.org/archives/article.php?id=927&fil=%25&lesujet=%25&lauteur=%25&lelieu=%25&debut=2004&fin=2004&debutMois=03&finMois=03&leMois=Mars

[7] http://www.ism-france.org/news/article.php?id=7891&type=analyse&lesujet=Boycott

[8] http://www.plateforme-palestine.org/article.php3?id_article=5

[9] On constatera en revanche que la plate forme n’est pas avare de textes et d’outils dès lors qu’il s’agit du Mur et de dénoncer les « 40 ans d’occupation »

[10] http://www.france-palestine.org/article1877.html

[11] Uri Avnery. Le droit au retour. Version en anglais sur le site de Gush Shalom. Publié sur le site de Solidarité Palestine (aujourd’hui disparu) en janvier 2001.Traduction Olivier Roy. Nouvelle traduction dans « Chroniques d’un pacifiste israélien pendant l’Intifada ».Publié par « les cahiers de confluences » en 2002.

[12] Voir http://www.enfantsdepalestine.org/ar,89

[13] Résolution adoptée par 343 pour, 19 contre et 57 abstentions.

[14] C’est la substance des réponses à mes critiques de Yasmine Boudjenah et Roseline Vachetta pour justifier leurs votes favorables.

[15] En attendant d’être tués Il manifesto 06 avril 2007. En ligne à http://www.ism-france.org/news/article.php?id=6637&type=analyse&lesujet=R%C3%A9fugi%C3%A9s

[16] http://pagesperso-orange.fr/felina/doc/israelpalest/resolution2003.htm

[17] http://www.protection-palestine.org/IMG/pdf/Appel_a_personnalites.pdf

[18] http://www.france-palestine.org/article7595.html

[19] Le Collectif appelait aussi à des sanctions économiques contre Israël et à l’arrêt de la coopération militaire de la France avec Israël. Ces aspects, pourtant formulés de façon très prudente, sont totalement absents de l’appel de la Plate Forme.

[20] Faut-il y voir le seul résultat de l’influence de la LDH et du Mouvement de la Paix, dont les signatures ne figurent pas au bas de l’appel du Collectif mais qui soutiennent l’appel de la Plateforme ? Bernard Ravenel, président de l’AFPS et aussi président de la plate-forme des ONG, a probablement une réponse.

[21] http://www.ism-france.org/news/article.php?id=3191&type=communique&lesujet=Boycott

[22] Lettre ouverte du PACBI à la Conférence de l’ECCP (Genève, 25 - 29 mai 2006) http://www.ismfrance.org/news/article.php?id=4843&type=analyse&lesujet=Boycott

[23] http://www.ism-france.org/news/article.php?id=7698&type=communique&lesujet=R%C3A9sistances Ce texte mentionne la présence de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine dans la liste des ONG participantes et partenaires. Il comporte la mention explicite du Droit au retour. Il s’agit donc soit d’une erreur soit d’une preuve de duplicité. Là aussi le Président de la plate-forme peut sans doute répondre.

[24] http://www.ism-france.org/news/article.php?id=7891&type=analyse&lesujet=Boycott

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Max Nordau : discours au 1er Congrès sioniste de Bâle, 29 août 1897

Max Nordau : discours au 1er Congrès sioniste de Bâle, 29 août 1897

AUTEUR: TLAXCALA

Traduit par Tlaxcala


Max Nordau : discours au 1er Congrès sioniste de Bâle, 29 août 1897

Un document historique

À l'occasion du deuxième anniversaire de sa fondation, Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique, offre à ses lecteurs et amis un document historique : le discours de Max Nordau au Premier Congrès sioniste de Bâle, dont il était le 1er vice-président, en août 1897. Ce discours, tout comme l'ensemble des interventions au Congrès, est resté confidentiel depuis 111 ans et n'a vraiment circulé qu'en langue allemande. Le « Protocole officiel » du Congrès, basé sur les notes sténographiques, a été publié par l'Association Erez Israel de Vienne en 1897, et republié en 1911 à Prague. Tlaxcala prépare une édition multilingue des 130 pages de ce « Protocole », document historique fondamental pour comprendre la genèse de l'État juif, qui fête cette année son 60ème anniversaire. Le discours de Max Nordau que nous publions aujourd'hui en plusieurs langues est un avant-goût de cette publication. Nous lançons un appel à tous ceux qui seraient intéressés à participer –financièrement et techniquement – à ce chantier. Nous écrire à tlaxcala@tlaxcala.es.

Un coup de poker
Né en 1849 à Budapest, Simon Miksa Südfeld change son nom en Max Nordau lorsqu'il s'installe à Berlin en 1873. Journaliste, il est envoyé par la Die Neue Freie Press à Paris, où il passera la majeure partie de sa vie et mourra en 1923. Alors que l'histoire a retenu le nom de Theodor Herzl comme fondateur du sionisme moderne, c'est de fait Nordau qui fut à l'origine de l'organisation du Congrès fondateur de Bâle, tenu au casino de la ville suisse, après le refus de la communauté juive de Munich de l'héberger. 162 délégués y participèrent.

Nordau, connu pour ses œuvres Les mensonges conventionnels de notre civilisation (1883), Dégénérescence (1892) et Paradoxes sociologiques (1896), est l'inventeur du terme Entartung (dégénérescence), qui connaîtra le succès que l'on sait, avec les nazis, qui décréteront le combat contre l'art dégénéré.

Tout comme Herzl, Nordau était parfaitement assimilé à la culture européenne et totalement athée. Comme Herzl, il s'est redécouvert juif lors de l'Affaire Dreyfus, concluant de cette affaire que l'assimilation des Juifs était un leurre et que la seule solution qui s'offrait à eux était la création d'un État-nation, fondé sur les notions héritées du romantisme allemand et dans la foulée des nationalismes européens du XIXème siècle. Les termes utilisés par Nordau dans son discours sont explicites : il parle des Juifs comme « Rasse » (race) et comme « Stamm » (tribu).

La naissance du sionisme étatique moderne marque une défaite de la pensée rationaliste héritée des Lumières et de la révolution française chez des intellectuels qui en étaient fortement imprégnés. La conception romantique allemande de la nation, qui débouchera sur l'idéologie Völkisch (national-populaire) du Blut und Boden (le sang et le sol) commune au sionisme et au nazisme), était en opposition flagrante avec la conception héritée de la révolution française et résumée dans une formule souveraine par Ernest Renan : « La nation est un plébiscite quotidien », autrement dit elle ne relève pas de facteurs « naturels », mais d'un acte de volonté.
Nordau, Herzl et leurs camarades ont réussi l'énigmatique coup de poker consistant à concilier ces deux conceptions opposées.

Il y a un avant et un après le Congrès de Bâle.

Avant ce congrès, Theodor Herzl écrit dans son Journal :


«
Il y a un fait, que je tais, à savoir que je ne dispose que d'une armée de Schnorrer (parasites, escrocs en yiddish, NdT. Je ne suis qu'à la tête de petits garçons, de mendiants et de schmock (têtes de nœuds*, en yiddish, NdT). Beaucoup m'exploitent. D'autres sont déjà envieux ou déloyaux. Les troisièmes se défilent dès qu'une petite carrière s'offre à eux. Peu d'entre eux sont des enthousiastes désintéressés. Pourtant cette armée pourrait amplement suffire, pour peu que nous ayons du succès. Alors là, ça pourrait devenir une solide armée régulière. On verra bien ce qu'