26 janvier 2008
Décès à Amman du dirigeant palestinien historique Georges Habache
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Décès à Amman du dirigeant palestinien historique Georges Habache (26/01/2008 20:05)
AMMAN (AFP)
Le fondateur du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) Georges Habache est décédé samedi à Amman où il résidait depuis quelques années, a indiqué une source jordanienne officielle.
Georges Habache avait abandonné son poste de secrétaire général du FPLP, mouvement radical nationaliste basé à Damas, en juillet 2000 après avoir dirigé l'organisation pendant plus de trente ans.
Né au Caire en 1929, il était malade depuis quelques années et avait décidé de vivre en Jordanie, pays d'origine de son épouse.
Georges Habache Né le 2 août 1926 a Lydda (Palestine), il est issu d'une famille de commerçants chrétiens de rite grec orthodoxe. En juillet 1948, il est expulsé avec sa famille de sa ville natale par les troupes israéliennes. Il commencera un long exil qui se poursuit encore aujourd'hui. Il s'installe tout d'abord au Liban ou il fait ses études de médecine à l'université américaine de Beyrouth et se spécialise en pédiatrie. Il est déjà très actif politiquement et en 1952, il fonde le Mouvement des Nationalistes Arabes (MNA). On retrouve dans ce parti les grands principes qui animent la pensée du Dr Habache : nationalisme arabe, marxisme-léninisme et nécessité d'une unité arabe pour mener la lutte armée pour libérer la Palestine. Pour ce mouvement, Israël est le bastion de l'impérialisme au Moyen-Orient dont le but est de rendre impossible l'unité arabe, d'où l'impossibilité de tout compromis avec cette entité. C'est cette même année que Dr Habache ouvre à Amman un "dispensaire du peuple" d'où il participe à la direction du MNA. Arrêté en 1957,il se réfugie à Damas au moment de la constitution de la République Arabe Unie entre l'Egypte et la Syrie. Il sera un des fervents soutien de Nasser qui deviendra le symbole du rêve de l'unité arabe et par là même celui qui met en pratique les théories développés par le MNA. L'essentiel selon ces théories pour la libération de la Palestine n'est pas la mobilisation des palestiniens eux-mêmes mais l'unification du monde arabe pour atteindre cet objectif. Le rôle des palestiniens se borne à être des catalyseurs. En 1964, le MNA crée une branche palestinienne qui agit à partir de Beyrouth, où Dr Habache s'est installé. Elle mène sa première action armée en 1966. La guerre de 1967 qui voit la défaite des arabes face à Israël porte un coup sérieux au prestige de Nasser, ainsi que les idéaux qu'il représente de puissance et d'unité arabe. Le MNA disparaît emporté par l'idée d'unité arabe que le rais égyptien incarnait. Le MNA donne alors naissance à plusieurs sections régionales dont les plus célèbres sont la branche du Sud-Yémen, qui s'empare du pouvoir a la fin de 1967, et le Front Populaire de Libération de la Palestine que dirige Georges Habache. Installé en Jordanie, avec les autres organisations palestiniennes, le FPLP qui se déclare nationaliste, marxiste-léniniste et révolutionnaire devient un des acteurs clés de la lutte armée, à la fois par une présence importante sur le terrain et par des opérations d'envergure à l'extérieur qui vont le faire connaître a l'étranger, notamment les détournements d'avions. Affaibli par une scission impulsée par Nayef Hawatmeh et par l'élimination de la résistance de Jordanie en septembre 1970, le FPLP infléchit ses orientations. Il décide en1972 de changer de stratégie. Les opérations à l'extérieur ont atteint leur objectif qui est de faire connaître les revendications palestiniennes et transformer cette cause nationale en un problème international. C'est dorénavant contre Israël que les opérations doivent être dirigées. Après 1973 et pendant longtemps, Dr Habache deviendra une figure représentant le refus de toute concession. Il s'opposera à l'idée d'un mini -Etat en Cisjordanie et a Gaza, ainsi qu'à la tenue de la conférence de Genève et au voyage de Yasser Arafat a l'ONU. Le FPLP quitte le comité exécutif de l'OLP en 1974 et ne le réintégrera qu'en 1981. Cependant en1982 Georges Habache se retrouve au centre d'une coalition anti-Arafat: Le Front du salut national palestinien auquel participe la Saika et le FPLP-commandement général d'Ahmad Jibril. Pourtant, contrairement a ces groupes, il ne refusera pas de participer au Conseil National Palestinien d'Alger d'avril 1987, à l'issue duquel il rejoint à nouveau les organes exécutifs de l'OLP, ainsi qu'a ceux de novembre1988 et septembre 1991. Cependant, il rejette la résolution 242 et s'oppose à la décision de l'acceptation de cette résolution. Les accords d'Oslo prennent Georges Habache à contre pied. Le FPLP tente de créer un front d'opposition mais sans véritable succès. Finalement, de nombreux militants rejettent une opposition stérile et certains mêmes participent aux élections de 1996. Le FPLP assiste au Conseil National Palestinien qui se tient à Gaza en avril 1996 mais ses représentants n'assistant pas a la session qui abroge la charte de 1968. Habache démissionne en 2000 de son poste de secrétaire général et c'est son adjoint, Abu Ali Mustapha qui lui succéda. Georges Habache est sûrement une des figures les plus emblématiques de la lutte palestinienne dans ce qu'elle a de plus idéaliste. Il a représenté les aspirations d'unité de la nation arabe et la résistance contre l'occupation. Cependant certains soulignent que son intransigeance l'a empêché de s'adapter à la nouvelle donne. Il reste en effet la figure la plus marquante du refus du processus de paix. Néanmoins, cet homme de principe est respecté par ses amis et ses ennemis. Ceci lui a valu le surnom de "Hakim", qui veut dire à la fois docteur, mais surtout le sage. Il a crée ce qui est devenu le deuxième plus grand parti palestinien historiquement. Il est resté fidèle à ses engagements et garde une influence importante, notamment dans les camps du Liban, de Jordanie et de Syrie. Il a su, malgré des relations étroites avec certains régimes arabes, notamment avec Damas, préserver l'indépendance de son groupe, sa liberté de pensée et de parole.
Forts en nombres

Gideon Lévy
Haaretz, 21 janvier 2008
www.haaretz.
Version anglaise : Strong in numbers
www.haaretz.
Voilà notre mesure du succès en matière de sécurité : le nombre de Palestiniens tués. Comme dans les guerres les plus primitives, les chefs de l’establishment de la Défense en sont à s’enorgueillir du nombre de personnes qu’Israël a tuées. Leur rôle est d’assurer la défense des habitants du pays – ce qui, comme on sait, est refusé aux habitants de la « ceinture de Gaza » – alors le nombre de tués devient la mesure de leur réussite.
La semaine dernière, Youval Diskin, chef de la Sûreté générale [Shabak], a fait pour le gouvernement le rapport sur les « exploits » de son organisation : 810 Palestiniens tués au cours des deux dernières années. Son prédécesseur à ce poste, Avi Dichter, est un jour apparu devant l’équipe éditoriale de « Haaretz » pour lui offrir, non sans fierté, une présentation sophistiquée à partir de son ordinateur portable : la « tarte des victimes palestiniennes », en couleurs. Le commandant de brigade à Gaza, le colonel Ron Ashrov, a qualifié, la semaine dernière, l’opération dans le quartier de Zeitoun de « grand succès ». Pourquoi ? Parce que ses forces avaient tué 19 Palestiniens en un jour et attisé davantage encore le brasier dans le sud. Combien il est affligeant, moralement et concrètement, de penser que c’est là la mesure du succès.
La tuerie quotidienne à Gaza améliore-t-elle la situation sécuritaire ? Non, elle ne fait que l’aggraver. Amène-t-elle une diminution du nombre de roquettes Qassam ? Non, elle entraîne son augmentation. Alors pourquoi tuons-nous ? Parce qu’il faut « faire quelque chose » et qu’il est nécessaire que les choses aient leur « prix ». Ce sont des clichés parfaitement vides. Un examen des quotidiens de la semaine passée offre un tableau clair : tant que le Président des Etats-Unis se trouvait dans le pays, Israël s’est abstenu de ses assassinats et le nombre des roquettes Qassam a décru. Lorsque George Bush est parti, nous avons recommencé à tuer, après quoi sont venus les journées les plus difficiles qu’ait connues Sderot. La question qui vient alors, dans toute son intensité, est la suivante : dans quel but tuons-nous ? Quelqu'un doit répondre à cette question.
Même la distinction faite par Diskin et ses pareils entre victimes « armées » et « non armées » ne change rien. Qu’il y ait eu 600 Palestiniens armés tués, d’après le décompte du chef de la Sûreté israélienne, ou seulement 455, selon l’enquête réalisée par « Haaretz », non seulement cela ne rend pas casher les dimensions de la tuerie, mais cela n’est pas indicatif de son utilité. Tout homme armé ne mérite pas la mort. La mort de tous ceux qui ont été tués – qu’ils aient été armés ou non – n’a amené qu’une augmentation de la violence dans l’autre camp. Pour chaque « haut commandant du Jihad » ou pour chaque lanceur de roquettes Qassam qui est tué, il en surgit immédiatement sept autres. Une tuerie sans espoir dont l’establishment de la Défense ne se glorifie que pour complaire à la population.
Le Ministre de la Défense, Ehoud Barak, devrait comprendre cela mieux que n’importe qui. Il a sûrement dû lire un ou deux livres d’Histoire et il sait qu’on ne peut pas liquider par la force un long et ferme combat pour la liberté comme l’est celui des Palestiniens. C’est lui qui m’a un jour dit, d’une manière à la fois courageuse et sincère, lors d’une interview télévisée : « Si j’avais été Palestinien, j’aurais rejoint une organisation terroriste ». C’est lui, aujourd’hui, le chef d’orchestre de cette mort semée dans Gaza.
On est de tout cœur avec les habitants de Sderot, mais il faut rappeler qu’ils portent la responsabilité de cette situation, à égalité avec tous les autres Israéliens. Si l’on faisait un sondage dans la ville meurtrie, on découvrirait que là aussi, comme partout ailleurs en Israël, il y a une majorité favorable à la poursuite de l’occupation et du blocus. Et en dépit des épreuves qu’ils subissent, la situation de leurs voisins, au sud, est beaucoup plus dure. La semaine passée, « Haaretz » avait mis en première page une image en miroir : un bébé pleurant à Sderot et un bébé pleurant à Gaza, tous deux dans les bras de leur père. Les autres quotidiens se sont contentés de la photo des pleureurs de Sderot en première page. Mais au cours des derniers jours, dans Gaza assiégé, affamé et plongé dans l’obscurité par Israël, des dizaines d’habitants ont été tués. On ne peut pas se dissimuler cette donnée-là, malgré toute la sympathie pour Sderot.
La poursuite de la tuerie à Gaza ne conduira à rien, sinon une aggravation de la situation à Sderot. Elle n’affaiblira pas la lutte des Palestiniens pour la liberté et n’apportera pas la sécurité à Israël. L’envie d’une « opération militaire d’envergure » à Gaza, comme on l’entend évoquée par des généraux et des commentateurs avides de combats, est révoltante elle aussi : cette opération a commencé il y a longtemps – il suffit de voir les nombres de tués, donnés par Diskin et ses amis. Nous avons tué plus de 800 Palestiniens en deux ans et, horreur, il en est qui s’en vantent. Et qu’avons-nous résolu ?
(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)
Forts en nombresLes Juifs américains ne peuvent pas mener une discussion sur le pouvoir juif à portée de voix des « Goyim »

Les Juifs américains ne peuvent pas mener une discussion
sur le pouvoir juif à portée de voix des « Goyim »
Philipp Weiss
Mondoweiss, 16 janvier 2008
Au cours de ces deux prochains jours, j’écrirai à propos d’un événement qui a eu lieu au Yivo, l’Institut pour la Recherche Juive, il y a 16 mois, en septembre 2006, quand, à l’initiative Marty Peretz, membre du bureau du Yivo, un groupe de journalistes est monté sur scène pour discuter du thème : « Journalistes juifs, journalisme américain » ([*]). Je suis retourné à cet événement ancien parce que Bill Kristol, le batteur de tambours de la guerre en Irak devenu récemment le nouvel éditorialiste du New York Times, était du nombre. Il avait des choses intéressantes à dire et j’y reviendrai.
Mais je voudrais tout d’abord parler d’une déclaration remarquable, ou deux, ou trois, de J.J. Goldberg, l’estimable éditeur de Forward, à propos du pouvoir juif en Amérique. Le modérateur était David Margolick, de Vanity Fair, ancien reporter au New York Times. Les autres journalistes politiques invités étaient le rougeaud Kristol et Clyde Haberman du New York Times. Margolick a ouvert la table ronde en racontant comment, il y a quelques années, il avait demandé à un éditeur du Times d’être affecté au bureau de Jérusalem, et l’éditeur, un Juif, lui avait demandé s’il serait capable d’être « impartial ». Margolick avait été surpris, et plus tard s’était senti insulté par la question. Il paraissait encore toujours sous le coup de l’insulte.
Pour ma part, je trouve la question parfaitement légitime et la surprise de Margolick était caractéristique du manque de réflexion lors de cette table ronde. En effet, plus tard, Margolick a lui-même dit que, pour Vanity Fair, il avait obtenu une interview d’Ariel Sharon essentiellement parce qu’il était juif, et qu’il avait même dû passer un test : « Je devais rendre visite à son meilleur ami, à New York, et lui faire savoir que j’étais un type haimisch [à l’aise, comme chez soi, en yiddish] ». Avec pour résultat, disait Margolick, qu’il s’était senti « redevable » à Sharon de lui avoir accordé cette interview (bien qu’en toute équité, Margolick ait aussi dit qu’il avait senti s’être mis à dos des membres du gouvernement israélien en écrivant à propos du Hamas sans formuler de jugement). Cette histoire justifie tout à fait la question de l’éditeur. Elle montre que des Juifs couvrant Israël ont un statut particulier – tout comme des Arabes couvrant la Palestine rencontreront des problèmes…
Le reste de la table ronde se faisait fondamentalement l’écho de cette idée qu’il n’y avait aucun problème à l’importance numérique des journalistes juifs dans les médias couvrant les événements du Proche-Orient. Puis finalement, deux heures plus tard, quelqu'un dans le public a demandé ce qu’il en était du nombre disproportionné de Juifs dans les médias, si cela ne conférait pas de l’influence aux Juifs. Bien sûr, il y a des mythes antisémites, « mais il semble bien que nous ayons une grande influence sur le pouvoir. »
Haberman a tout d’abord répondu d’une manière que je ne peux que qualifier de stupide. Il a dit que c’était « une question d’une génération ou deux ; je ne pense pas que cela va se maintenir à tout jamais ». Stupide, parce que tout change dans le monde en une génération ; et bien sûr cela aussi changera. Mais qu’en est-il d’un problème qui est là, maintenant, sous nos yeux ? Quand le type, dans le public, a insisté en disant que la table ronde n’avait pas abordé cette question de toute la soirée, Haberman a sèchement déclaré : « Nous sommes ici depuis deux heures, nous ne pouvions pas tout aborder ». Comme si ce n’était rien. Kristol a lui aussi écarté la question en disant qu’au Proche-Orient, certains pourraient adopter ces théories de la « conspiration » mais qu’aux Etats-Unis, les gens n’étaient pas « obsédés » par la religion des journalistes.
J.J. Goldberg s’est alors exprimé pour reconnaître, au fond, que c’était là l’éléphant au milieu de la pièce. Il a dit que la question de l’influence juive sur la politique proche-orientale était un « problème ». Ils sont quelques-uns au Proche-Orient – des centaines de millions – à le croire. « C’est ce qui circule au sein de l’intelligentsia européenne, et c’est en passe de devenir acceptable au sein de l’intelligentsia américaine, du monde académique et de la blogosphère. » Goldberg a signalé que, plus tard dans la même semaine, Walt et Mearsheimer devaient participer à un débat à la Cooper Union – sur ce qui n’était encore qu’un article dans la London Review of Books. « Ce ne sont pas deux schmucks [idiots] », a-t-il dit. « Ils ont rédigé un papier sectaire, ignorant et incendiaire, qui a soulevé une bonne remarque – à savoir que la relation de l’Amérique avec Israël est une des raisons pour lesquelles nous avons le conflit que nous avons avec le monde arabe » et puis un tas de mauvaises remarques, notamment que « les Juifs nous ont, par une espèce de conspiration, entraînés dans une relation avec Israël que le reste de l’Amérique n’aurait pas s’il savait la vérité ».
Nous nous sommes dérobés à la discussion, a reconnu Goldberg, pendant que d’autres Américains parlaient « d’une manière ignorante et sectaire » de la question, « parce que nous ne savons pas comment en discuter… L’Amérique se trouve dans cette lutte mondiale en partie à cause de quelque chose qu’il se trouve que nous aimons [c.-à-d. Israël]. C’est embarrassant. C’est peut-être une bonne chose que le Forward ne soit diffusé qu’à 30 000 exemplaires et qu’ainsi nous puissions avoir une discussion ouverte et intelligente, sans que les Goyim… »
Goldberg n’a pas achevé sa pensée. Il voulait dire : parlons-en sans que les Goyim ne prennent part à la discussion.
Ces déclarations sont remarquables à plus d’un titre. Ceux qui connaissent Goldberg savent que c’est un mensch. Je suis en désaccord avec lui sur un grand nombre de questions, y compris son commentaire sur Walt et Mearsheimer, mais c’est un type réfléchi, qui ne manque pas de profondeur, et il le montre dans ces commentaires. Les autres journalistes politiques de cette table ronde étaient, eux, complaisants et satisfaits d’eux-mêmes. Goldberg était au supplice. Celui qui croit que la guerre en Irak et la claque juive – qui a, par ses hourras, contribué à fourrer l’Amérique dans le grand bourbier de Bagdad – n’ont pas déclenché une crise dans la conscience juive américaine, est en plein rêve. Je prédis que la guerre d’Irak sera aussi importante pour amorcer un tournant dans les attitudes juives que l’a été la guerre de 67.
Mais l’autre point remarquable à propos des commentaires de Goldberg est qu’il pense que c’est une discussion que les Juifs peuvent avoir entre eux (et encore, pas tous : notez que les Juifs progressistes dans mon genre ne sont pas même invités à participer), hors de portée de voix des Goyim, mot yiddish de dérision pour désigner les Gentils. Mais ça, c’est non-américain. Les USA sont une démocratie. Les élites sont soumises à un contrôle et les journalistes prêtent leur concours à ce processus. Les lois Sunshine et les Prix Pulitzer et 60 Minutes tournent tous autour de cela. Considérer que l’influence juive est en quelque sorte exemptée de ce genre d’attention est… bon, ben je l’ai déjà dit.
Je sais pourquoi Goldberg dit que les Juifs doivent avoir cette conversation entre eux. En toute sincérité, il a déclaré, au début de la conversation au Yivo, que les Juifs ne dorment pas la nuit, inquiets qu’ils sont de savoir si quelqu'un ne serait pas occupé à préparer des fours pour eux. Je sais que je ne suis pas suffisamment compatissant pour cet aspect de la psyché juive, sur ce blog, en grande partie parce qu’il m’a été inculqué durant toute ma jeunesse et qu’il s’est révélé une fausse représentation de la scène américaine pour les Juifs. Néanmoins ces peurs sont là, en particulier au sein du groupe privilégié plus âgé ; et Goldberg a dit que, bien qu’elles ne correspondaient pas à la réalité et bien qu’elles soient erronées, il lui fallait prendre ces peurs en considération lorsqu’il s’adressait à son public. Et quand il voit son propre compte-rendu concernant le pouvoir juif cité sur des sites Internet antisémites, ou dans le texte de Walt et Mearsheimer, « je me sens coupable et j’ai un mouvement de recul ». Un honnête homme.
Clyde Haberman a en somme touché au même point lorsqu’il a dit que les Juifs « aiment » le fait d’être surreprésentés dans les médias, « mais n’aiment pas l’entendre dans la bouche de non Juifs, parce que cela sonne comme les théories des Protocoles des Sages de Sion… »
Fascinant. Je pense que cela explique une large part de la réaction à Walt et Mearsheimer (qui, contrairement à ce que dit Goldberg, ne sont ni sectaires, ni ignorants, ni incendiaires ; ils se sont simplement lancés, sérieusement, dans l’analyse minutieuse du plus grand désastre de politique étrangère en près de 50 ans). Les non Juifs ne sont pas autorisés à parler de tout cela, parce que ce sont des nazis. Ainsi, aucune discussion n’a lieu et les Juifs tiennent à avoir cette discussion entre eux et à expédier W&M comme antisémites. Comme je l’ai dit, c’est non-américain. Les Juifs de ma génération d’après le génocide doivent avoir le courage de porter ce débat au sein du courant dominant. Il s’agit d’élitisme et d’influence, et les Américains ont eu ce genre de conversation depuis 200 ans maintenant, sans pogroms.
(Traduction de l’anglais : Michel Ghys)
Patience ô gens de Gaza
Patience ô gens de Gaza |
| Abdel Bari Atwan |
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La bande de Gaza fut jusqu’à peu de temps une grande prison d’une superficie de 360 km carré contenant un million et demi de détenus dont la moitié est composée d’enfants de moins de seize ans. Maintenant après qu’Olmert, le premier ministre israélien ait fermé tous les passages et stoppé la fourniture en fuel, gaz, médicaments et nourriture d’une manière totale, la bande s’est transformée en un grand four de gaz plus mortel que les fours des nazis. |
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J’ai téléphoné à un proche dans la bande pour m’assurer de sa santé et pour connaître la réalité de la situation, mais aussi comme un geste de solidarité. Il m’a alors dit, mot à mot, que dans la mort il y avait encore plus de pitié, car la souffrance que vivent les enfants de la bande est insupportable. Car ce qui est plus dur que la mort, c’est de voir ton enfant blessé s’éteindre sous tes yeux sans que tu puisses lui faire quoi que ce soit. Il n’y a pas d’électricité, il n’y pas de médicaments et il n’y a pas de blocs opératoires. Il n’y a absolument rien du tout, sauf la mort. |
Il n’y a aucune raison de célébrer « les 60 ans d’Israël » !
Omar Barghouti :
Il n’y a aucune raison de célébrer « les 60 ans d’Israël » !
Omar Barghouti et la Fiera del libro de Turin : « gauche… est-ce que vous vous souvenez de la bataille contre l’apartheid ? ».
Ils ont préparé une affiche :
« 60 ans d’expropriation des Palestiniens ! Il n’y a aucune raison de célébrer « les 60 ans d’Israël » ! . Ils vont essayer de la publier dans les pages intérieures du New York Times et de l’International Herald Tribune. En attendant, la Campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël (Pacbi, www.pacbi.org ) font parvenir aux pacifistes italiens un message sans si et sans mais : boycottez la Foire internationale du livre de Turin (du 8 au 12 mai prochains).
Omar Barghouti, fondateur de la Campagne palestinienne pour le boycott, joint au téléphone à Jérusalem, rejette les critiques de la gauche institutionnelle et répond : celui qui ne boycotte pas, affirme-t-il, est « complice du racisme ».
« Liberazione » (quotidien du parti Rifondazione communista, NDT) a écrit que « le boycott culturel est un réponse dangereuse parce qu’il conduit à la radicalisation des positions ». Qu’en pensez-vous ?
J’ai l’impression que les communistes italiens ont la mémoire courte : ils oublient que, pour abattre l’apartheid, le boycott total fut adopté contre l’Afrique du Sud, boycott qui touchait autant les individus que les institutions. Quand un pays commet des crimes, viole constamment le droit international et que ses institutions culturelles sont complices, si vous ne les boycottez pas, vous devenez vous-même complices.
Les écrivains ne sont pas responsables des politiques de leurs gouvernements, argumentent d’autres opposants au boycott.
La base idéologique de toute société est faite de figures intellectuelles et culturelles, y compris les écrivains qui sont toujours, du moins en partie, responsables. Cela ne signifie pas qu’ils doivent être punis pour toute action de leur gouvernement. Mais quand il y a un lien direct, c’est-à-dire quand ce qu’ils écrivent est de la propagande en faveur d’un Etat qui commet des crimes internationaux, alors on doit les considérer comme coupables.
Que reprochez-vous à des auteurs comme Abraham Yehoshua, Amos Oz et David Grossman, tous invités à la Foire internationale du livre de Turin ?
Je crois que Yehoshua, Amos Oz et David Grossman, sont racistes, parce qu’ils justifient l’épuration ethnique des Palestiniens pendant le conflit de 1948, et ils ne croient pas que la paix doive se fonder sur le droit international. Ils veulent que la frontière entre Israël et la Palestine soit tracée sur la base de la « réalité démographique », comme Oz l’a même écrit. Yehoshua, Oz et Grossman ont été parmi les premiers - pendant cette Intifada – à publier dans tout Israël des annonces dans lesquelles ils affirmaient : nous ne pouvons accepter en aucune manière le droit au retour de réfugiés palestiniens, parce que cela créerait un dommage à Israël d’un point de vue démographique. Ils soutiennent que, en tant que non juifs, les réfugiés n’ont pas le droit de revenir. Je considère que ça c’est du racisme.
Dans un commentaire sur il manifesto, le chercheur Simon Levis Sullam a écrit que « les boycotts contredisent les principes mêmes de la culture, qui sont ceux du dialogue et de la confrontation ». Qu’en pensez-vous ?
Je pense que nous, nous vivons sous occupation depuis 40 ans, et dire que cela a à voir avec le racisme ne provoque de grandes levées de bouclier que parce qu’on a peur des lobbies pro israéliens, de la stigmatisation d’antisémitisme.
Un conseiller régional du Pdci (Parti des communistes italiens, très petit parti de la gauche italienne actuelle, NDT) a demandé que la présence des Palestiniens soit « ajoutée » à la Foire. Même cela ne vous suffit-il pas ?
Il n’existe pas de voies médianes entre oppresseur et opprimé. Les rechercher signifie soutenir l’oppresseur. Etre le premier et le second il n’y a pas d’équivalence morale. Dans les années 70, on n’aurait jamais accepté la proposition d’inviter les racistes afrikaners en même temps que l’African national congress (Anc, de Nelson Mandela, NDT). Jamais. Des assimilations de ce type sont inacceptables.
Que suggèreriez-vous aux groupes pro-palestiniens qui sont en train de réfléchir à des initiatives contre la Foire ?
De tenir bon, parce que le boycott est la seule façon morale d’affronter Israël dans l’arène internationale. Il faut se battre pour isoler Israël, même dans le domaine universitaire et culturel, parce que les institutions universitaires et culturelles d’Israël sont complices des crimes de l’Etat. Il n’existe pas de tour d’ivoire dans laquelle les intellectuels seraient au dessus de la loi internationale : s’il prennent une position morale, bien, s’ils en prennent une complice, en justifiant des homicides et des violations du droit international, ils doivent être punis.
Y a-t-il des intellectuels que vous aimeriez voir dans une Foire du livre alternative ?
Bien sûr. On pourrait inviter des Palestiniens et des Israéliens qui s’opposent à l’oppression, alors ça aurait véritablement un sens : des gens comme Ilan Pappe, Haim Bresheet, Oren Ben-Dor… Il y en a tellement que ce serait trop long de les citer tous ici, maintenant
Michelangelo Cocco
Source : il manifesto www.ilmanifesto.it
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio, http://www.legrandsoir.info



