31 août 2007
Les Palestiniens en Israël
Les Palestiniens en Israël
Citoyens de seconde zone dans un État « démocratique »
jeu 23 aoû 2007
Israël est le seul État démocratique au Moyen-Orient. C’est du moins Israël qui le prétend. Ce que le grand public sait moins, c’est que plus ou moins 20 % des 7 millions d’habitants y sont confrontés quotidiennement à des discriminations, même si celles-ci ne sont pas établies par la loi.
Israël : juif et démocratique
En 1948, les sionistes proclament l’indépendance de l’État d’Israël. Dans sa déclaration d’indépendance, Israël convie les habitants arabes à collaborer à la construction de l’État sur base d’une même citoyenneté, avec les mêmes droits politiques et sociaux, indépendamment de la religion, de la race ou du sexe. Toutefois, l’État d’Israël n’a pas été créé uniquement en tant qu’État démocratique, mais également en tant qu’État juif. Et là, d’emblée, nous sommes confrontés à un paradoxe, car le principe de démocratie ne vaut manifestement que pour ceux qui sont juifs. Quant aux quelque 20 % de Palestiniens vivant dans cet État juif, Israël les désigne sous le vocable d’« Arabes israéliens » et renvoie de la sorte à une identité culturelle et non nationale. La minorité arabe ne voit cependant pas les choses du même œil. En 1948, environ trois quarts de la population d’origine a été chassée du territoire qui constitue Israël aujourd’hui mais qui, avant cela, faisait partie de la Palestine historique (territoire recouvrant Israël, Gaza et la Cisjordanie). Les habitants qui étaient restés à l’époque devenaient du coup une minorité et se considèrent toujours aujourd’hui comme des Palestiniens. Parmi eux, on compte surtout des musulmans (majoritaires), des chrétiens, des Bédouins et des Druzes.
L’égalité des droits ?
En 1948, les Palestiniens d’Israël se voient proposer la citoyenneté israélienne. Théoriquement, ils peuvent ainsi revendiquer les mêmes droits que les citoyens juifs mais, en Israël, la chose est savamment contournée. Celui qui veut participer aux élections et, partant, au processus décisionnel politique, doit souscrire au caractère juif de l’État d’Israël. Ce faisant, les non-Juifs rejettent de facto leur propre identité. En outre, la plupart des avantages socioéconomiques accordés par l’État sont dépendants du service militaire qui n’est obligatoire que pour les Juifs et les Druzes : allocations d’études, acquisition de terres, sécurité sociale, accès à toutes les professions…
Les Palestiniens ont donc le choix. S’ils optent pour le service militaire, ils ont accès à de nombreux avantages sociaux. En échange, ils renoncent à leur identité et courent le risque (très grand) de devoir intervenir contre leur propre peuple, ne pensons qu’au service militaire qui amène de nombreux soldats dans les territoires occupés. Il est logique que, pour les Palestiniens, cela représente une option peu attrayante, voire à rejeter absolument. S’ils se présentent malgré tout au service militaire, il n’est en outre pas certain du tout qu’ils y seront admis, et ce, pour des raisons de sécurité… Le fait que, de leur côté, les Druzes sont obligés de faire ce service provoque parfois des frictions internes.
La répartition géographique
La plupart des Palestiniens habitent dans des villes ou villages exclusivement arabes, surtout en Galilée, dans le nord d’Israël, et dans le « triangle », la petite zone située entre Tel-Aviv et la Cisjordanie. Un peu plus de 10 %, surtout des Bédouins, vivent également dans le désert du Néguev, situé au sud. Environ 8 % vivent dans des villes à population mélangée, plus précisément à Tel-Aviv-Jaffa, Haïfa, Acre, Nazareth Ilit, Lod et Ramallah. « Mélangée » n’est d’ailleurs pas un terme approprié, puisque la plupart des Palestiniens et des Juifs vivent dans des quartiers séparés et que leur situation évoque davantage une relation LAT (« living apart together », c’est-à-dire vivre ensemble, mais pas sous le même toit). La coexistence, rêve de tous les mouvements pacifistes, est tout sauf visible dans le paysage de la rue.
Certains quartiers de Haïfa sont vraiment en mauvaise etat. La municipalité n'y investit pas car ils sont habités par des Palestiens. Certains Palestiniens n'obtiennent même pas l'autorisation de rénover eux-mêmes leur propre maison.
Le logement et la possession de terres
Les zones habitées palestiniennes constituent tout sauf un ensemble homogène et ce n’est pas un hasard. Mois de 3 % du territoire est encore la propriété de Palestiniens, alors que 93 % est aux mains de l’État. Cette propriété d’État est gérée par l’Israel Land Authority, fortement influencée par le Jewish National Fund, qui veille à ce que les terres ne soient vendues à des Juifs ou utilisées par des Juifs. La plupart de ces terres ont été confisquées aux Palestiniens qui, en 1948, ont fui la violence. Cette prise de possession est légitimée par le fait qu’ils sont « absents » (les réfugiés vivant hors d’Israël) ou « présents absents » (les réfugiés à l’intérieur d’Israël qui n’ont plus la possibilité ou le droit de regagner leur village d’origine).
La politique des autorités répartit ces terres en diverses zones qui reçoivent chacune un statut. Les « zones de développement national » sont pour ainsi dire attribuées exclusivement aux Juifs et non aux Palestiniens qui, sur base de critères socioéconomiques, pourraient davantage entrer en ligne de compte dans cette attribution. La situation de ces « zones de développement » est stratégique, puisqu’on les rencontre surtout autour des villes et villages arabes qui, de ce fait, ne peuvent plus s’étendre et souffrent de plus en plus de surpopulation. En outre, le service militaire constitue également une condition pour l’octroi de permis de bâtir ou de subsides. La location de terres de l’État coûte facilement 20 fois plus cher pour ceux qui n’ont pas fait de service militaire.
Outre la prise de possession continue des terres des réfugiés palestiniens, l’État acquiert également des terres en expropriant pour la création de zones militaires, pour des travaux d’infrastructure ou, tout simplement, en niant les droits des populations indigènes, comme c’est le cas pour les Bédouins. Quarante-cinq villages de ces derniers ne sont pas reconnus par Israël, avec les conséquences désastreuses que cela implique : pas d’électricité ni de distribution d’eau, pas de réseau routier, pas de droit à l’enseignement, aucun accès au marché de l’emploi… En outre, ces Bédouins vivent dans la menace quotidienne de voir leurs habitations rasées ou leurs champs empoisonnés par la « Patrouille verte ».
Découvrez-en plus sur http://imeu.net/news/article006136.shtml
L’enseignement
Vu que Juifs et Palestiniens vivent souvent séparés, on ne s’étonnera pas non plus de voir leurs enfants fréquenter des écoles séparées. Des écoles intégrées existent, mais elles sont très rares et ne constituent pas une véritable option pour les parents palestiniens. L’accent y est mis sur l’histoire, les valeurs, la culture et la religion juives et cela revient donc plutôt à une assimilation avec, comme conséquence, une perte pour les Palestiniens de leur langue, culture et religion propres.
Les cours diffèrent, entre les écoles arabes et juives. Quelques exemples. Les enfants palestiniens ont l’arabe, leur langue maternelle, comme première langue et l’hébreu est obligatoire en tant que seconde langue. L’anglais n’est que troisième langue. Pour les enfants, la langue maternelle, l’hébreu, est la première langue. Vient ensuite l’anglais mais, l’arabe, pourtant la seconde langue officielle en Israël, n’est pas obligatoire. Cette seule différence hypothèque déjà les possibilités d’études ultérieures pour les Palestiniens. L’anglais constitue en effet une composante de l’examen d’entrée qu’ils doivent subir s’ils veulent poursuivre leurs études dans une école supérieure ou dans une université. En outre, cet examen est traduit de l’hébreu en arabe. La qualité de la traduction laisse souvent à désirer, ce qui fait que les questions sont parfois incompréhensibles. Les notes que les étudiants reçoivent à cet examen d’entrée déterminent également s’ils seront admis à des études comme le droit, l’ingénierie ou la médecine.
Les cours en général s’appuient sur la culture juive, et non la culture arabe. Jusqu’il y a peu, l’histoire palestinienne n’existait tout simplement pas, dans les écoles arabes. Depuis 1999, les choses ont été adaptées et les enfants étudient leur histoire jusqu’en 1948. En juillet de cette année, un manuel à l’usage des écoliers arabes a encore suscité bien des remous. Il y était question de la « Nakba » (catastrophe), comme les Palestiniens ont vécu et baptisé la « guerre d’indépendance » des sionistes en 1948.
Les profs qui tentent malgré tout de « sortir du programme » pour donner cours courent le risque d’être licenciés ou sanctionnés. Tout ceci va en droite ligne à l’encontre de la Convention des droits de l’enfant, qui dit que l’identité culturelle est l’un des objectifs de l’enseignement, et cela vaut également pour les groupes minoritaires.
Les cours ne sont que l’un des points douloureux de l’enseignement arabe. Par ailleurs, les écoles sont confrontées à un déficit de locaux, de matériel éducatif, d’ordinateurs en arabe, de facilités supplémentaires comme des infrastructures pour le sport, des bibliothèques, un accompagnement à l’étude, des équipements sociaux…
Dès le départ, les enfants palestiniens sont discriminés pas le système scolaire israélien.
L’emploi
L’inégalité des chances dans l’enseignement a des répercussions manifestes sur le marché de l’emploi : le chômage chez les Palestiniens est deux fois plus élevé que chez les Juifs. La discrimination existant dans le système d’enseignement n’en est toutefois pas la seule raison. La plupart des Palestiniens ne font pas de service militaire et n’ont de ce fait pas accès à nombre de secteurs, parmi lesquels les services publics (l’un des principaux employeurs, en Israël), les firmes spécialisées dans les télécommunications et les compagnies d’électricité. Les Bédouins des villages non reconnus du Néguev (soit quelque 90.000 habitants) sont les plus mal lotis. D’où le fait peut-être que certains acceptent quand même de faire leur service militaire, afin de pouvoir sortir de leur situation misérable.
Les Palestiniens hautement qualifiés – et, vu les circonstances, leur nombre est encore assez élevé – acceptent des emplois peu qualifiés, souvent dans le secteur de la construction. Aussi, sur le lieu de travail, ils sont confrontés une fois de plus à une discrimination : parler arabe durant les heures de travail peut déjà être en soi une cause de licenciement.
Une législation discriminatoire
Alors que les citoyens arabes d’Israël subissent indirectement des discriminations sur bien des plans, il existe également des lois qui officialisent les discriminations. L’un des exemples les plus frappants est le Droit au Retour qui donne le droit à tous les Juifs et leur famille, n’importe où dans le monde, à immigrer en Israël. Une telle loi n’existe pas pour les Palestiniens. En outre, en 2003, Israël a introduit une loi temporaire qui interdit le regroupement familial des Palestiniens dans les territoires occupés ou en dehors avec leur mari ou leur épouse vivant en Israël, à moins qu’ils ne quittent le pays. Cette loi temporaire a été prolongée coup sur coup, et elle est aujourd’hui en vigueur jusque fin juillet 2008.
Malgré le fait qu’environ 20 % de la population est constituée de Palestiniens, ces derniers n’ont que peu de moyens d’améliorer leur situation, pas même par la voie politique. Ceux qui participent aux élections doivent en effet accepter le principe de l’État juif et, partant, toutes les mesures et lois décrétées pour en assurer la pérennité.
Safouri avant et après la Nakba. Beaucoup de Palestiniens ne sont pas autorisés à rentrer dans leurs villages.
Une issue est-elle possible ?
En 1979, Israël a signé la Convention internationale en matière de bannissement de toutes formes de discrimination raciale. Ce traité interdit toute discrimination sur base de la race, de la couleur de peau, de l’origine nationale ou ethnique. Toutefois, les lois et conventions internationales ne semblent guère impressionner Israël. Il faut en chercher la raison dans le sionisme politique qui ne vise pas seulement à acquérir le plus de terre possible pour les Juifs, mais qui veut également assurer à ces derniers une majorité démographique. Ici, la discrimination constitue un moyen stratégique pour encourager les Palestiniens à quitter le pays.
Malgré cette situation relativement dénuée de perspective, les Palestiniens ne restent pas les bras ballants. Après les accords d’Oslo, en 1993, qui stipulaient que les Palestiniens en Israël sont une question intérieure, de plus en plus d’ONG arabes ont vu le jour. L’auto-organisation des Palestiniens en Israël est une première étape vers une solution pour ces citoyens de second rang dans un État se prétendant démocratique.
Plus d’informations :
http://www.uitpers.be/artikel_view.php?id=1157 (interview de Susan Nathan sur « l’autre visage d’Israël », par Wim De Neuter)
http://www.mo.be/index.php?id=61&tx_uwnews_pi2%5Bart_id%5D=461 (interview de Susan Nathan: « La discrimination nourrit la prochaine Intifada », par Tine Danckaers)
http://www.adalah.org/eng/index.php (droits des minorités)
http://www.crisisgroup.org/home/index.cfm?id=2528&l=1
http://www.hrw.org/reports/2001/israel2/
Trois enfants palestiniens tués par les Israéliens
Trois enfants palestiniens tués par les Israéliens
Sara Ghazal, âgée de 10 ans, est morte à l’hôpital suite à ses blessures - Photo : AFP
jeudi 30 août 2007
Al Jazeera.net
Trois enfants palestiniens ont été tués par des tir israéliens après que des soldats les aient pris pour cible près d’un emplacement de tirs de fusées au nord de la bande de Gaza.Un médecin du ministère palestinien de la santé a annoncé que Mahmoud Ghazal, âgé de 10 ans, et Yehiya Ghazal, 12 ans, ont été tués mercredi. Leur cousine, Sara Ghazal, âgée de 10 ans, a été blessée puis est mort plus tard à l’hôpital.
La correspondante d’Al Jazeera dans Gaza, Nour Odeh, a rapporté que les enfants vivaient dans ce secteur et étaient des membres d’une même grande famille.
Les témoins ont dit que les enfants étaient en train de jouer et ramassaient les restes de métal, pouvant avoir été laissé là par les groupes palestiniens armés ayant lancé des fusées.
Un parent des enfants, Wasfi Ghazal, a dit avoir entendu le bruit d’une explosion et puis les enfants qui criaient. Il a tenu Israël et les groupes tirant les fusées comme responsables.
« Nous sommes des victimes de l’occupation et les victimes de la mauvaise conduite de certains des combattants qui choisissent sans dicernement notre voisinage pour viser Israël, » a-t-il dit.
Le négociateur palestinien Saeb Erekat, conseiller de Mahmoud Abbas, le président palestinien, a déclaré de son côté que le massacre d’enfants est injustifiable, et il a condamné ce massacre dans « les termes les plus vifs [ ?] ».
« Je pense que la violence n’amène que plus de violence et de haine. Ceci s’ajoutera aux difficultés et alimentera le feu, » a-t-il ajouté.
Dans Gaza, Taher Nunu, un porte-parole du Hamas, a qualifié l’attaque israélienne de « crime de guerre » et a invité Abbas à cesser de tenir des réunions avec Ehud Olmert, le premier ministre israélien. Les deux en question s’étaient rencontrés mardi dernier.
30 août 2007 - Al Jazeera.net - Vous pouvez consulter cet article à :
http://english.aljazeera.net/NR/exe...
[Traduction : Info-Palestine.net]

Les USA forment une force militaire pour Abbas

Arouts7 est proche des colons israéliens
jeudi 30 août 2007 Arouts7
Les USA forment une force militaire pour Abbas
Claire Dana Picard
jeudi 30 août 2007 - 09:03
http://a7fr.net/Default.aspx
Selon des sources politiques à Jérusalem, dont le quotidien Haaretz se fait l'écho, le général Keith Dayton, coordinateur américain pour les questions de sécurité entre Israël et les Palestiniens, œuvrerait pour la formation de cinq bataillons palestiniens soumis à l’autorité du chef de l’AP Mahmoud Abbas (Abou Mazen).
Ces nouvelles unités devraient être déployées en Judée-Samarie. Ce projet n’en est qu’à son stade préliminaire. Lorsqu’il sera présenté en détail au gouvernement israélien, il sera décidé si l’on peut permettre également l’introduction d’armes et d’équipement militaire pour cette nouvelle force.
Haaretz ajoute que le Congrès américain a entériné la semaine dernière le transfert de 80 millions de dollars pour la mission sécuritaire conduite par Dayton. Les fonds devraient être utilisés "pour renforcer les forces de sécurité de Mahmoud Abbas". Jusqu’à présent, aucun financement n’a été confié au général Dayton et ce nouveau budget devrait lui permettre d’appliquer son nouveau plan.
De son côté, Ehoud Olmert prétend souhaiter que le document commun qu’il doit élaborer avec Mahmoud Abbas, après la rencontre des deux hommes cette semaine à Jérusalem, ne comporte qu’une seule page et propose "une nouvelle optique politique pour les modérés palestiniens". Il se serait toutefois refusé d’entrer dans les détails "afin d’éviter une crise politique interne en Israël qui risquerait de torpiller le processus".
Lors d’un entretien avec les membres d’une délégation américaine venus soutenir Israël ces derniers jours, sous la direction du congressiste Gary Ackerman, Olmert a donné des précisions sur les dernières démarches qu’il a entreprises avec le chef de l’AP.
Olmert a souligné que les arrangements avec les Palestiniens "seraient d’une grande envergure, afin qu’Abou Mazen ne perde pas le soutien des modérés, et suffisamment mesurés pour qu’ils n’explosent pas au moindre obstacle". Le Premier ministre aurait ajouté : "Je présenterai des positions sensées et positives pour qu’Abou Mazen puisse être en mesure de les accepter et recevables également pour l’opinion publique
palestinienne et israélienne".
30 août 2007
conférence internationale de novembre

Moyen-Orient : la conférence internationale de novembre devra offrir l'occasion de parvenir à un nouvel accord
http://www.un.org/apps/newsFr
29 août 2007 –
« On ne peut pas se permettre un nouvel échec dans les efforts pour ranimer le processus de paix israélo-palestinien », a déclaré aujourd'hui le Coordonnateur spécial du Secrétaire général pour le Moyen-Orient, Michael Williams, dont c'était le dernier exposé devant le Conseil de sécurité avant son départ des Nations Unies.
« Il existe à présent un espoir qui a été absent pendant presque sept ans. Un revers à ce stade pourrait avoir de graves conséquences », a-t-il souligné lors d'une réunion publique du Conseil.
Michael C. Williams a estimé que le dialogue « substantiel » qui s'est déroulé entre le président de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), et président de l'Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, et le Premier ministre israélien Ehud Olmert avaient soulevé de « nouvelles attentes ».
Il a notamment replacé ces rencontres dans la perspective de la conférence internationale organisée à l'initiative du président américain George W. Bush, qui doit se tenir au mois de novembre.
Auparavant, pour soutenir ces efforts, le Secrétaire général de l'ONU accueillera une réunion du Quatuor à New York, le 23 septembre, après quoi il tiendra un iftar, c'est-à-dire un dîner pour casser le jeûne au cours du mois de Ramadan, avec les membres du Comité de suivi de l'Initiative de paix de la Ligue arabe.
Puis, le lendemain, a-t-il expliqué, ce Comité se réunira au niveau ministériel à l'ONU. « Nous espérons que cette réunion reconfirmera le soutien de la communauté internationale au profit du programme du gouvernement de l'AP », a-t-il affirmé.
« Cette réunion sera aussi une étape importante avant la conférence des donateurs prévue en décembre », a-t-il exposé.
Retraçant les événements survenus depuis son dernier exposé, Michael C.
Williams a notamment rappelé les réunions bilatérales entre les dirigeants israéliens et palestiniens, dont la réunion du 6 août à Jéricho qui marquait la première visite d'un dirigeant israélien dans une ville palestinienne en 7 ans.
« Les deux parties ont exprimé l'espoir de parvenir à un accord qui serait présenté à la conférence du mois de novembre », a-t-il affirmé.
Du côté palestinien, le Premier ministre Fayyad a commencé à mettre en place des réformes ainsi qu'un programme de sécurité. Il vise notamment à réduire le suremploi dans les ministères, et à mettre en place un programme de dépenses publiques d'urgence.
« L'accord d'Israël tendant à ne pas poursuivre un certain nombre de militants ayant rendu leurs armes et s'étant enregistrés auprès de l'AP fournit aussi un premier exemple de coopération sécuritaire », a-t-il dit.
En revanche, la situation à Gaza laisse craindre qu'en dépit d'un certain retour à l'ordre dans les rues, le Hamas n'agisse de plus en plus hors du cadre du respect des droits de l'Homme, parmi les informations faisant état « d'allégations de harcèlement de
journalistes, d'arrestations arbitraires et de torture ».
Du côté israélien, il faut regretter le maintien des 532 obstacles qui persistent en Cisjordanie et la poursuite des activités de colonisation en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est.
Vers Gaza, pour la première fois des pommes de terre ont été exportées par le point de passage de Kerem Shalom. Mais le principal point de passage de Karni reste fermé.
Michael C. Williams a estimé que près de 85% des commerces à Gaza ont maintenant fermé, que 95% des projets de construction privés ont cessé pour un coût de 160 millions de dollars, et que les projets de construction des Nations Unies, d'un montant de 213 millions de dollars, ont aussi été interrompus.
« Près de 70.000 travailleurs ont perdu leur emploi », a-t-il précisé.
Enfin, le Coordonnateur spécial pour le Moyen-Orient a déploré la poursuite des violences ce mois-ci, qui a causé la mort de 51 Palestiniens, fait 145 blessés palestiniens et 13 israéliens.
Dix-huit Palestiniens ont été tués, et 88 blessés, lors de violences interpalestiniennes.
Enfin, les attaques contre Israël ont continué, avec 83 roquettes et 89 tirs de mortier, alors que le trafic d'armes en provenance d'Egypte à destination de Gaza reste préoccupant.
Pourparlers secrets entre le Hamas et des services de renseignement de l'Union européenne

Jerusalem Post, 29 août 2007
www.jpost.com
Pourparlers secrets entre le Hamas et des services de renseignement de l'Union européenne
Khaled Abou Toameh
Traduction : Gérard pour La Paix Maintenant
http://www.lapaixmaintenant.org/
Depuis quelques semaines, des officiers de sécurité de l'Union européenne mènent des pourparlers secrets avec des dirigeants du Hamas dans la bande de Gaza, ont affirmé mardi des représentants de l'Autorité palestinienne au Jerusalem Post. Ceux-ci n'ont pas révélé l'identité des visiteurs, mais ils ont précisé qu'ils appartenaient à trois services secrets européens.
Les Européens auraient rencontré le haut dirigeant du Hamas Mahmoud Zahar, ainsi qu'Ahmed Youssef, conseiller du premier ministre Ismaïl Haniyeh. Des sources proches du Hamas ont confirmé l'existence de ces conversations.
Selon ces sources, les dirigeants du Hamas ont demandé aux représentants européens de tout mettre en oeuvre pour en finir avec le boycott du gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza, et de faire pression sur Israël pour qu'il rouvre le passage frontalier de Rafah entre Gaza et l'Egypte.
« Nous espérons que ces contacts constitueront un premier pas vers la fin du boycott du Hamas, qui a pris le pouvoir par des élections libres et démocratiques », ont déclaré ces sources. « Il y a une prise de conscience chez les Européens du fait qu'on ne peut plus ignorer que le Hamas est un acteur majeur dans le paysage palestinien. »
Christina Gallach, porte-parole du responsable de la diplomatie européenne Javier Solana, a réagi en déclarant au Jerusalem Post qu'elle n'était pas au courant de ces rencontres. Elle a également dit, dans une note séparée, que Solana devait se rendre dans la région ce week-end, à Jérusalem, à Ramallah et en Jordanie.
Les représentants israéliens contactés à ce sujet ont dit ne pas être au courant de contacts entre l'Union européenne et le Hamas. L'un d'entre eux a répété que la position israélienne était que « on ne doit pas traiter avec le Hamas, qui doit être laissé hors-jeu autant que possible. » Il a ajouté que le Hamas était une organisation terroriste qui « continue à faire tout ce qui est en son pouvoir pour torpiller toute chance de progrès. »
C'est la première fois que le Hamas confirme avoir des contacts secrets avec des représentants de l'Union européenne.
Les représentants du Hamas auraient dit, lors de ces conversations, qu'ils n'étaient nullement intéressés par une confrontation majeure avec Israël.
Zahar et Youssef ont tous deux démenti que le Hamas planifiait une vague d'attentats terroristes en Cisjordanie pour affaiblir le président Mahmoud Abbas avant la conférence de paix de novembre prochain.
Par ailleurs, Abbas a demandé au Soudan de faire jouer ses bonnes relations avec le Hamas pour résoudre la crise palestinienne. Une délégation de haut rang du Fatah, emmenée par Azzam al-Ahmed, un proche d'Abbas, a discuté mardi à Khartoum avec le gouvernement soudanais des moyens de mettre fin à la confrontation entre le Fatah et le Hamas. La délégation du Fatah a souligné qu'Abbas et le Fatah souhaitaient reprendre le « dialogue national » avec le groupe islamiste.
Le langage de la force
Le langage de la force par Uri Avnery | |
Mondialisation.ca, Le 29 aout 2007 | |
PEU APRÈS son accession au pouvoir, Ariel Sharon s'est mis à commander des sondages d'opinion. Il en a gardé les résultats pour lui. Cette semaine, un journaliste de la chaîne 10 de la télévision israélienne a réussi à en obtenir quelques-uns.
Entre autres choses, Sharon voulait savoir ce que les gens pensaient au sujet de la paix. Il n'envisageait pas de s'engager sur cette voie, mais il lui semblait important de connaître les tendances de l'opinion.
Dans ces sondages, une question était posée au public, qui puisse clore la dernière proposition de Clinton et l'initiative de Genève : Etes-vous pour une paix qui impliquerait un Etat palestinien, le retrait de presque tous les territoires occupés, l'abandon des quartiers arabes de Jérusalem-Est et le démantèlement de la plupart des colonies ?
Les résultats furent très instructifs. En 2002, 73% (soixante treize pour cent !) soutinrent cette solution. Au cours des deux années suivantes, ce soutien diminua, mais il était encore le fait de la majorité. En 2005, le pourcentage des avis favorables descendit sous la barre des 50%.
Qu'est-ce qui avait changé durant ces années ?
Le présentateur de la télévision a décrit le contexte : en 2002 la seconde intifada avait atteint son point culminant. Il y avait de fréquents attentats dans les villes israéliennes, des gens étaient tués. La majorité en Israël préfère payer le prix de la paix plutôt que de supporter des bains de sang.
Plus tard, l'intifada déclina, en même temps que la disposition des Israéliens au compromis. En 2005, Sharon lança l'idée de la "séparation unilatérale". Il a semblé à beaucoup d'Israéliens que celle-ci pouvait se faire sans accord avec les Palestiniens. La bonne volonté des Israéliens pour la paix est tombé en-dessous de la moitié.
A POPULAR Israeli saying has it that "The Arabs understand only the language of force." This poll may confirm what many Palestinians think: that it is the Israelis themselves who don't understand any other language. UN DICTON populaire israélien dit : "les Arabes ne comprennent que le langage de la force." Ce sondage peut confirmer ce que beaucoup de Palestiniens pensent : que ce sont les Israéliens eux-mêmes qui ne comprennent pas d'autre langage.
Les deux versions sont vraies, bien sûr.
J'ai souvent dit que le conflit israélo-palestinien est une confrontation entre une force irrésistible et un objet inébranlable. Une confrontation est une question de force.
The present lamentable state of the Palestinians, with half of them living under occupation and the other half as refugees, is a direct result of the Palestinian defeat in the 1948 war. The first part of that war, from December 1947 to May 1948, was a clash between the Palestinian people and the Hebrew community (the "yishuv"). It resulted in a resounding defeat for the Palestinians. (When the armies of the neighboring Arab states then entered the fray, the Palestinians became irrelevant to the struggle.) Le lamentable état actuel des Palestiniens, la moitié vivant sous occupation et l'autre moitié composée de réfugiés, est un résultat direct de la défaite palestinienne dans la guerre de 1948. La première partie de cette guerre, de décembre 1947 à mai 1948, fut un affrontement entre le peuple palestinien et la communauté hébraïque (le "yishuv"). Il se solda par une défaite retentissante pour les Palestiniens. (Quand, alors, les armées des Etats arabes entrèrent alors dans le combat, les Palestiniens se trouvèrent hors jeu pour la lutte.)
Ce fut une défaite militaire, bien sûr, mais qui avait des racines bien au-delà du strict champ militaire. Cette défaite a été due au manque de cohésion de la société palestinienne à l'époque, qui n'a pas pu mettre en place une direction efficace et un commandement militaire unifié pour mobiliser et concentrer les forces. Chaque région se battait seule, sans coordination avec la région suivante. Abd-el-Khader Husseini, dans la région de Jérusalem, s'est battu indépendamment de Fawzy al-Kaukji au nord. Le yishuv, au contraire, était uni et rigoureusement organisé, et donc il gagna – en dépit du fait qu'en nombre, il était à peine la moitié de la population palestinienne.
LES DIRIGEANTS du Hamas se moquent de Mahmoud Abbas et de ses partisans à Ramallah qui comptent sur un retrait israélien sans lutte armée.
Ils mettent en avant le fait que même les accords d'Oslo (qu'ils n'acceptent pas) n'avaient été conclu qu'après six ans de la première intifada, laquelle avait convaincu Yitzhak Rabin qu'il n'y avait pas de solution militaire au conflit.
Ils affirment qu'Ehoud Barak n'a quitté le Sud-Liban en 2000 qu'après les succès retentissants des guérillas chiites.
Leur conclusion : un Etat palestinien dans les frontières de 1967 ne verra le jour que si la "résistance palestinienne" inflige aux Israéliens assez de pertes et de dommages pour les convaincre qu'ils ont intérêt à se retirer des territoires occupés.
Les Israéliens, disent-ils, ne quitteront pas un centimètre carré sans y avoir été obligés. Le sondage de Sharon peut bien les conforter dans cette conviction.
Les gens qui entourent Abbas répondent en se moquant du Hamas qui croit qu'il peut gagner contre Israël par la force des armes.
Ils pointent l'immense supériorité des forces israéliennes. Selon eux, toutes les actions violentes des Palestiniens n'ont fait que fournir à Israël un prétexte pour renforcer l'occupation, voler plus de terres et augmenter le désespoir de la population occupée.
Et en effet, la situation personnelle des Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza est aujourd'hui incomparablement pire qu'elle était à la veille de la première intifada, quand ils pouvaient se rendre partout dans le pays, travailler dans toutes les villes israéliennes, se baigner sur les plages de Tel-Aviv et s'envoler de l'aéroport Ben Gourion.
Les deux points de vue ont une bonne part de vrai. Yasser Arafat l'avait compris. C'est pourquoi il faisait tout pour garder les Palestiniens unis à tout prix, encourager les forces de paix israéliennes et rechercher le soutien international, sans abandonner la dissuasion de la "lutte armée". Il y réussit dans une certaine mesure, et c'est pour cela qu'il fut écarté.
DES PALESTINIENS qui se soucient du sort de leur peuple se demandent où tout ceci conduit.
Leur situation a atteint le point le plus bas depuis vingt ans. Ils sont politiquement presque isolés dans le monde. L'opinion publique israélienne est devenue indifférente et unie autour de la litanie mensongère : "Nous n'avons pas de partenaire". Dans le camp de la paix, beaucoup sont découragés. Et, plus important, le mouvement national palestinien est divisé en deux camps et il semble que la haine entre eux augmente de jour en jour.
Les fractures ne sont pas rares dans les mouvements de libération nationale. En fait, on trouve difficilement un mouvement de libération qui n'ait pas traversé une telle crise. Mais une situation ou deux factions en guerre contrôlent deux territoires différents, tous deux sous occupation, est presque inconnue.
IL PEUT être intéressant de comparer cette situation avec celle de nos propres organisations clandestines avant la fondation de l'Etat d'Israël.
Il y a quelques ressemblances (pas idéologiques, bien sûr) : Le Fatah est un peu comme la grande organisation Haganah qui était contrôlée par la direction sioniste officielle ; le Hamas et le Djihad islamique, qui rejettent la direction de l'OLP, sont comme l'Irgoun et le groupe Stern. Les bataillons Fatah's al-Aksa peuvent être comparés au Palmach, la force combattante régulière de la Haganah.
Entre ces organisations hébraïques, une haine ardente s'est développée. Les membres de la Haganah considéraient les membres de l'Irgoun comme des fascistes, les combattants de l'Irgoun considéraient les hommes de la Haganah comme des collaborateurs des autorités britanniques d'occupation. La direction nationale appelait l'Irgoun et le groupe Stern des "sécessionnistes", la désignation officielle de l'Irgoun pour la Haganah était "salauds".
Les choses atteignirent leur point culminant dans la "saison" (saison de chasse), lorsque la Haganah enleva des membres de l'Irgoun pour les livrer à la police britannique, qui les interrogea sous la torture et les déporta dans des camps d'internement en Afrique. Mais il y eut aussi une courte période où les trois organisations coordonnèrent leurs actions sous le chapeau du "Mouvement de la rébellion hébraïque".
Les hommes politiques israéliens aiment rappeler l'incident de l'Altalena où Ben Gourion donna l'ordre de bombarder un bateau de l'Irgoun avec des armes au large de Tel-Aviv. (Menahem Begin, qui était monté sur le pont, fut sauvé de justesse par un homme qui le poussa dans l'eau). Pourquoi Abbas n'ose-t-il pas faire la même chose avec le Hamas ?
En posant cette question, on ignore un point saillant : Ben Gourion n'a utilisé le "canon sacré" (comme il l'appelait) qu'après la naissance de l'Etat d'Israël. Cela fait toute la différence.
La haine amère entre la Haganah et l'Irgoun et, dans une certaine mesure, aussi entre l'Irgoun et le groupe Stern, ne s'est apaisée que progressivement au cours des premières années de l'Etat d'Israël. De nos jours, des rue de Tel-Aviv portent les noms des commandants des trois organisations.
Plus important encore : des historiens aujourd'hui ont tendance à considérer le combat des trois organisations comme une seule et unique campagne, comme si celle-ci avait été coordonnée. Les actions "terroristes" de l'Irgoun et du groupe Stern étaient complémentaires de la campagne d'immigration illégale de la Haganah. La popularité croissante de l'Irgoun et du groupe Stern convainquirent les Britanniques qu'ils devaient rechercher un modus vivendi avec la direction sioniste officielle, de peur que les extrêmistes prennent le contrôle de toute la communauté hébraïque.
Cette analogie a, bien sûr, ses limites. Ben Gourion était un dirigeant fort et avec beaucoup d'autorité, comme Arafat, alors que la position d'Abbas est beaucoup plus faible. Menahem Begin était résolu à empêcher à tout prix une guerre fratricide, même si ses hommes étaient enlevés et livrés aux Britanniques. Je ne crois pas que les dirigeants du Hamas réagiraient ainsi dans une telle situation. Contrairement à l'Irgoun et au parti politique qui l'appuyait, le Hamas a obtenu la majorité dans des élections démocratiques.
Mais il est possible que, plus tard, quand l'Etat de Palestine aura vu le jour, des historiens disent que le Fatah, le Hamas et le Djihad islamique étaient en fait complémentaires. Bush fait pression sur Ehoud Olmert pour qu'il fasse des concessions à Mahmoud Abbas, afin d'empêcher la prise en main totale de la Cisjordanie par le Hamas. Peut-être est-ce justement la transformation de Gaza en Hamastan qui permettra à Abbas d'utiliser sa faiblesse pour obtenir des choses qu'il ne pourraient pas obtenir autrement.
DE TOUTE FAÇON, pour répondre à l'exigence du président Bush, Olmert est maintenant prêt à coopérer avec Abbas en rédigeant quelque chose comme un "accord-cadre" qui établira les principes d'un accord qui pourra être conclu plus tard – mais sans détails et sans calendrier.
Selon des fuites, l'accord répétera plus ou moins les propositions de Barak à Camp David, y compris les plus "bizarres" comme la souveraineté d'Israël au-dessous du Mont du Temple. L'Etat palestinien aurait des frontières "provisoires", les frontières permanentes devant être fixées plus tard. Olmert exige que le Mur soit considéré comme la frontière "temporaire". Ceci, soit dit en passant, confirme ce que nous avons toujours dit depuis le début, et qui a été violemment contesté même devant la Cour suprême : que le mur ne répondait pas à des considérations de sécurité mais qu'il était destiné à annexer 8% de la Cisjordanie à Israël. Dans ces 8% se trouvent les blocs de colonies que le Président Bush a généreusement promis d'attacher à Israël.
L'ensemble de l'exercice est très dangereux pour les Palestiniens. Certes, si un tel document est conclu, officiellement il fixera le minimum que le gouvernement israélien est prêt à donner, mais il peut être interprété comme établissant le maximum que les Palestiniens pourront exiger. Dans la vie politique, pas grand chose n'est plus permanent que le "temporaire".
Il est aussi dangereux pour les Israéliens. Il peut entretenir l'illusion qu'une telle solution peut mettre fin au conflit. En fait, aucun Palestinien ne verra ceci comme un solution réelle, et le conflit se poursuivra.
Comment l'opinion publique verra-t-elle ce plan ? Olmert commande certainement des sondages pour le savoir. Nous ne connaissons pas les résultats. Comme Sharon, il garde secrets ses sondages.
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29 août 2007
Entretien avec Adel Samara
Ramallah
Entretien avec Adel Samara
Par Julien Salingue et Amélie Boiteux
Août 2007
Adel Samara est un économiste et écrivain palestinien. Il vit à Ramallah. Il est journaliste au quotidien AlarabOnline et directeur du Centre oriental pour les études culturelles. Il dirige également la revue palestinienne trimestrielle Kana’an. Il a publié de nombreux livres traitant de la question palestinienne, malheureusement pas traduits en Français à ce jour. En novembre 1999, il fut l’un des 20 signataires d’un appel dénonçant la corruption, le manque de démocratie et les trahisons de l’Autorité Palestinienne. Cela lui a valu d’être arrêté par la police palestinienne à l’époque.
Que s’est-il passé en juin dernier à Gaza ? Dans les pays occidentaux, l’ « analyse » dominante consiste à affirmer que le Hamas a orchestré un coup d’Etat. Cependant il nous semble étrange d’imaginer un gouvernement légitime organisant un coup d’Etat contre lui-même…
S’il y a eu un coup d’Etat, il a commencé il y a 16 ou 18 mois, juste après la victoire électorale du Hamas. C’est à ce moment-là que le coup d’Etat a débuté, graduellement mais également de manière globale. C’est un coup d’Etat global, contre le Hamas, contre les élections, et même contre la soi-disant démocratie qui a en fait été imposée par ceux-là même qui ont engagé le coup d’Etat, les Etats-Unis et les autres pays impérialistes.
Tout a commencé lorsqu’ils ont décidé de transférer l’argent à Abbas et non au Hamas. Or, dès lors que le Hamas avait mis en place un gouvernement, ce sont eux qui auraient dû recevoir les fonds. Ils ont gagné les élections, ils sont le gouvernement. C’est à ce moment que le Hamas a commencé à commettre des erreurs. Je me souviens que le Ministre des Finances du Hamas a déclaré à l’époque qu’ils avaient confiance en Abu Mazen et qu’ils n’étaient pas contre l’idée que ce soit lui qui reçoive l’argent, ce qui a été une décision vraiment stupide. Si le Hamas avait décidé dès le début de dire que ce n’était pas Abbas qui devait recevoir l’argent, la confrontation aurait commencé à ce moment-là et des résultats auraient été produits plus tôt qu’il y a deux mois.
Je pense que l’une des erreurs du Hamas a été de penser qu’Abu Mazen était différent du Fatah et du reste du régime. Où sont-ils allés chercher cette idée ? Je ne sais pas. Peut-être auprès de Dieu, car sur le terrain, il n’y a aucune raison et aucun fait tangible qui permette de donner corps à cette idée. Avec le siège financier, ou, si l’on veut, le « mur financier », la situation s’est détériorée et les affrontements ont commencé, notamment à Gaza, il y a plus de six mois. Ces affrontements étaient des affrontements entre deux parties. Le fait de savoir si la totalité du Fatah ou seulement une partie du Fatah y a participé importe peu. En effet, la réalité est qu’il y a eu des affrontements entre deux groupes, et ce qui s’est passé est ce qui se passe n’importe où dans le monde dans ce genre de situation : lorsqu’il y a des affrontements ou une « guerre » entre deux groupes, pour finir l’un des groupes l’emporte et l’autre est défait. Il n’y a pas eu de coup d’Etat de la part du Hamas, il y a eu une lutte armée entre deux parties et c’est le Hamas qui l’a emporté. C’est tout.
En revanche, ce qui m’inquiète, c’est que le Hamas commette un coup d’Etat social s’ils n’essaient pas de mettre en place, sur le terrain, un programme différent de leur « idéologie » et différent de la façon dont le Fatah a gouverné avant. Ecoutez : le Hamas dit actuellement qu’ils ne veulent pas participer à des négociations avec Israël parce qu’ils ne reconnaissent pas l’Etat d’Israël. Bien. Mais concernant les questions sociales, quel est leur programme ? Comment comptent-ils gouverner ? Nous sommes actuellement en discussion avec eux et nous espérons qu’ils vont répondre à un certain nombre de questions que nous leur avons posées. Ils doivent partager le pouvoir à Gaza, ils doivent faire des déclarations quant au statut des femmes, ils devraient dire aux femmes, par exemple, qu’elles ont le droit de s’habiller comme elles le souhaitent et que le Hamas n’interférera pas dans les questions touchant à la vie privée… Ils doivent accomplir des choses sur le terrain, tout d’abord ramener le calme et ensuite mettre au défi tous ceux qui disent que le Hamas est al-Qaeda, qu’ils ne sont que des fondamentalistes réactionnaires. Je pense que nous devons mettre le Hamas à l’épreuve, et que notre soutien pour le Hamas ne doit pas être du même type, par exemple, que le soutien de la gauche égyptienne au régime de Mubarak au motif qu’ils veulent combattre les Frères Musulmans.
Peut-on aujourd’hui dire que les territoires palestiniens sont divisés en deux parties sous la responsabilité de deux gouvernements ?
Il y a effectivement deux parties : la Cisjordanie et Gaza. Mais il convient de noter que la Cisjordanie et Gaza n’ont pas été réunies depuis 1948. La Bande de Gaza et la Cisjordanie sont isolées. Elles sont séparées. Le régime de Cisjordanie essaie de faire croire que le Hamas a opéré une scission mais concrètement, sur le terrain, la Palestine était déjà divisée. Il n’y avait pas un Etat ou un régime. Moralement, politiquement, il y a un seul peuple. Y sont également inclus les Palestiniens de Syrie, du Liban ou des Etats-Unis : nous sommes un peuple. Nous faisons en outre partie des pays arabes, de la nation arabe en général. Mais concrètement Oslo n’a pas donné naissance à un pays. C’est pourquoi tous ceux qui insistent sur ce point sont en fait des menteurs.
Une autre chose que je tiens à souligner est le fait que le Hamas ne s’est pas approprié Gaza tandis que le régime de Ramallah est la propriété des Etats-Unis, d’Israël et des régimes arabes. C’est ce qui explique que la partie qui s’oppose aux négociations entre Fatah et Hamas est le régime de Cisjordanie. En effet les Etats-Uniens et les Israéliens s’opposent à toute forme de réunification entre les deux parties, au moins sur le plan politique. Selon moi, c’est parce que les Etats-Unis se préparent à une bataille d’ampleur dans la région et que dans cette perspective les divisions entre les Palestiniens les arrangent. C’est pourquoi je pense que rien de bon ne va se produire dans le futur proche.
Certains affirment que des incidents opposant Hamas et Fatah se multiplient en Cisjordanie…
Vous savez, je vis ici et je n’ai guère entendu ou vu de réels affrontements entre le Hamas et l’Autorité palestinienne, ici en Cisjordanie. Pour moi, lorsque l’Autorité palestinienne parle de la multiplication des incidents en Cisjordanie, cela fait écho à ce que George Bush fait aux Etats-Unis, lorsqu’il affirme aux citoyens états-uniens que le terrorisme est à la porte du pays et que tout le peuple des Etats-Unis doit être prêt à se battre contre le terrorisme… C’est la même chose qui se passe ici. L’Autorité palestinienne essaie de faire croire aux gens que c’est parce qu’elle est en état d’alerte que le Hamas n’a pas réussi à faire un coup d’Etat en Cisjordanie. C’est une façon de manipuler l’opinion. Vous pouvez voir, partout dans Ramallah, un important déploiement de policiers, de soldats… comme si les avions du Hamas étaient en route vers le Quartier Général d’Abbas… Ils essaient de mettre dans la tête des gens l’idée selon laquelle le Hamas prépare quelque chose. Mais même si le Hamas était en mesure de tenter quoi que ce soit, je doute qu’ils le feraient, parce qu’ici nous sommes sous occupation israélienne, et je n’imagine pas que le Hamas soit stupide au point de s’en prendre à l’Autorité ici à Ramallah, à Naplouse ou ailleurs en Cisjordanie… Dans quel but ? Pour être ceux qui dirigent Ramallah sous occupation israélienne ?
Même si seulement très peu de gens pensent que le gouvernement Fayyad est légitime, il semble également, au moins en Cisjordanie, que très peu de gens affirment soutenir le Hamas. D’après vous, pourquoi ?
Je pense que les deux parties ont eu recours à des pratiques peu reluisantes : meurtres, arrestations, torture… Je crois qu’en fait, les directions des deux mouvements sont du même type : des directions bourgeoises bureaucratiques, au Fatah comme au Hamas. Et dans le même temps, ceux qui se battent sur le terrain sont également membres de la même classe : celle des gens pauvres. Les dirigeants des deux parties ont insufflé à leur base un état d’esprit fasciste, ce qui explique en grande partie les pratiques peu reluisantes que je viens d’évoquer. Tout cela est très dangereux pour le peuple palestinien.
Concernant les sentiments des gens « ordinaires », pour autant que je le sache, nombre d’entre eux disent que ce qui s’est passé [à Gaza] est une bonne leçon pour l’ancien régime [le régime d’Abu Mazen], afin que les dirigeants comprennent que ce pays n’est pas leur propriété privée… Beaucoup de gens pensent que l’ancien régime n’a pas compris le premier choc, les élections de 2006, et qu’il fallait un deuxième choc, qui s’est produit à Gaza. Et certains pensent qu’il faudra peut-être encore un autre choc.
Mais les médias en font beaucoup contre le Hamas : je parle des médias palestiniens, contrôlés par le régime de Ramallah, des médias israéliens, des médias arabes, des médias occidentaux… Et pour finir ils jouent un rôle très important. C’est d’ailleurs pour cette raison que je pense que la seule échappatoire pour le Hamas est de faire des déclarations et de prendre des mesures montrant qu’ils ne sont pas ce qu’ils sont accusés d’être. Si le Hamas n’en fait rien, cela signifiera qu’au moins une partie de ce que les autres disent est vrai et que le Hamas essaie d’imposer son idéologie dans la société, ce qui serait dangereux. C’est pourquoi je pense que nous ne devons pas soutenir le Hamas aveuglément : en dernière instance, c’est une question politique. Ils doivent dire et faire des choses dans l’intérêt des gens, ainsi nous aurons l’opportunité de dire « Le Hamas a raison de faire ceci et tort de faire cela ».
Le Hamas a-t-il une stratégie définie pour les mois à venir ?
En théorie, dans la mesure où nous parlons d’un parti politique, lié aux Frères Musulmans qui existent depuis près de cent ans, ils devraient avoir une stratégie, ou au moins de l’imagination politique. Mais jusqu’à maintenant il ne semble pas qu’ils aient une vraie stratégie. C’est pourquoi nous espérons entendre ou lire quelque chose émanant du Hamas dans un futur proche. Quel est leur plan ? Qu’envisagent-ils de faire ? Sur quoi travaillent-ils ? Ils ne peuvent pas se contenter d’attendre de voir ce que va faire le Fatah dans les mois qui viennent. Ils doivent avoir leur propre plan, leur propre stratégie, leur propre politique… Ils devront peut-être la développer, l’amender, la changer, répondre aux défis que leur lance l’autre partie. Mais ils doivent au moins avoir quelque chose d’élémentaire.
Mais jusqu’à maintenant, ils ne disent rien. C’est très étrange et même dangereux pour eux dans la mesure où le temps joue contre eux. Et même s’ils commencent à faire des déclarations du type : « Nous sommes un mouvement de résistance, nous sommes contre l’occupation, nous sommes contre les Etats-Unis et le camp impérialiste… » cela ne sera pas suffisant. On ne peut pas seulement être des combattants. Etre seulement des combattants ne signifie en fait rien. OK, vous êtes des combattants, vous luttez, mais il y a une société, il y a des relations sociales, il y a donc des questions sociales, il y a la question de la situation des femmes, il y a le problème de savoir qui gouverne dans la bande de Gaza… Il y a tant de questions touchant à la vie quotidienne à propos desquelles ils doivent expliquer quel est leur projet politique.
Certains membres de la direction du Fatah affirment que seule une minorité du Fatah a été impliquée dans les affrontements à Gaza. Cette opinion, même si elle n’est pas vrai, semble indiquer qu’il y a de plus en plus de conflits et de contradictions à l’intérieur même du Fatah.
Beaucoup de gens du régime de Ramallah affirment que seule une minorité du Fatah a participé aux affrontements. Je ne crois pas que cela soit vrai. Mais si c’est le cas, que fait donc la majorité du Fatah à Gaza ? Pourquoi ne déclarent-ils rien quant aux affrontements ? Pourquoi ne disent-ils pas « OK, nous sommes prêts à travailler avec le Hamas, à mettre en place une coalition à Gaza » ? En effet, dans ce cas, ils communiqueraient leurs véritables positions et cela ne signifierait pas qu’ils trahissent le Fatah. Au contraire, s’ils faisaient des déclarations et agissaient dans ce sens, ils serviraient le pays, la cause et le parti.
Il y a beaucoup de contradictions à l’intérieur du Fatah, dues au fait qu’ils ont exercé le pouvoir pendant 15 ans. 15 ans de corruption, 15 ans de répression… ont engendré de multiples contradictions et divisions à l’intérieur du Fatah. Beaucoup de gens sont corrompus, la corruption a donné naissance à de multiples groupes d’intérêts, beaucoup disent qu’ils font partie du groupe de tel ou tel leader… Je pense en fait que les bailleurs de fonds, que ce soient les pays arabes ou occidentaux, ont essayé et ont réussi à créer des contradictions à l’intérieur du Fatah, à démoraliser et dépolitiser les gens du Fatah. Mais la plupart des donneurs n’avaient pas prévu que les autres groupes, au premier rang desquels les Frères Musulmans, tireraient les marrons du feu et se développeraient aussi rapidement. Ils ont malgré tout réussi dans leur entreprise de démoralisation et de dépolitisation de nombreux membres du Fatah, qui sont devenus des seigneurs et ont arrêté de se battre. Et nombre de leurs serviteurs ne se battront pas pour les intérêts de leur seigneur parce qu’ils ne se battront pas pour des gens corrompus. Les bailleurs de fonds ont permis et même encouragé ce processus : ces gens ont volé sous les yeux des bailleurs de fonds et les bailleurs de fonds ont donné leur assentiment.
Le gouvernement Fayyad a l’air de mettre un point d’honneur à affirmer que le mot “résistance” a disparu de la plate-forme de l’Autorité palestinienne.
C’est un très beau cadeau offert au Hamas. Tant que le régime ici affirmera qu’il est contre la résistance et que l’on doit abandonner la lutte, cela mobilisera indirectement les gens derrière le Hamas. Salam Fayyad a déclaré ouvertement, au Caire et dans certains journaux, qu’il était opposé à toute forme de lutte armée et même que depuis 1948 le pire produit de la lutte palestinienne était la lutte armée. Salam Fayyad est l’enfant du FMI et de la Banque Mondiale, l’enfant des bailleurs de fonds et des institutions financières internationales, il n’y a donc rien d’étonnant au fait qu’il soit contre toute forme de lutte armée. Mais, tant qu’il parle au nom du gouvernement, de l’Autorité palestinienne, il n’est pas supposé exprimer ses propres opinions… Il représente le gouvernement, le régime : en dernière instance, ses déclarations affecteront négativement l’OLP dans son ensemble.
Et que fait la gauche ?
La gauche n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ce n’est plus que le reste de quelque chose qui a existé. Les organisations de gauche soutiennent désormais Abbas, ouvertement. Je peux comprendre qu’elles ne veuillent pas être aux côtés du Hamas, car ils sont opposés au fondamentalisme. Mais l’OLP ? Qu’est donc cette OLP qu’ils essaient de soutenir et dont ils exagèrent l’importance ? L’OLP n’est rien. L’OLP n’est qu’un comité utilisé par Abbas quand il veut combattre le Hamas ou quand il veut légitimer telle ou telle décision… Comme je viens de le dire, les organisations de gauche soutiennent désormais ouvertement le régime de Cisjordanie. Or il est très clair pour les gens que ce régime n’inspire rien de bon… Mais la gauche a choisi de se compromettre avec le régime parce que les leaders de ces organisations sont financés par le régime, qui lui-même est financé par les bailleurs de fonds. En dernière instance la gauche est intégrée à ce montage capitaliste. Le sont-ils de manière directe ou indirecte ? Sont-ils d’accord ? En ont-ils conscience ? Cela ne change rien car au final les faits sont là.
Tout cela par les canaux de l’OLP…
Bien sûr. Vous savez, maintenant ils essaient de mettre en place un « camp de l’OLP ». Mais le problème n’est pas l’OLP ! Le problème est de savoir qui est dans le camp de la Palestine. Le problème est de savoir qui est dans le camp de la résistance. Le problème est de savoir qui est dans le camp de la société. Si vous êtes vraiment de gauche, vous devez lutter pour les intérêts de la société, pour les intérêts des plus pauvres, pour reconstruire la société, pour combattre la corruption… Il y a tant de choses à faire quand on est de gauche, même quand on ne veut pas participer à la lutte politique ou à la lutte armée. On peut au moins se préoccuper des besoins élémentaires des gens… Une des principales motivations des gens qui ont voté pour le Hamas était de dénoncer corruption : que fait la gauche pour lutter contre la corruption ? Pour être de gauche, il ne suffit pas de porter un tee-shirt sur lequel est écrit « je suis de gauche »…
Certains militants de gauche, et aussi certains militants du Fatah, ont choisi de se concentrer sur les questions sociales ou culturelles. Quand on discute avec eux, certains affirment que l’on doit séparer ce type d’activités des questions politiques, et notamment du conflit entre Fatah et Hamas. Que pensez-vous de ce type de positionnement ?
Je pense que la chose la plus importante à dire à ce sujet est que personne ne peut désintégrer ces questions, les séparer l’une de l’autre. Elles ne devraient pas être séparées et je pense même qu’il est impossible de les séparer. Quand des gens disent qu’ils veulent se concentrer seulement sur les questions sociales, ou seulement sur les questions économiques, tandis que d’autres doivent se concentrer sur les questions politiques ou culturelles… au final ces gens soutiennent le régime en place. Etre neutre, quelle que soit la situation politique, signifie, en dernière instance, soutenir le courant dominant. La question de savoir si la démarche est volontaire ou non importe peu. Si vous êtes neutres, vous soutenez le régime en place. C’est pourquoi je pense que la plupart des gens qui tiennent ce genre de propos sont liés au régime ou soutiennent le courant dominant. Ou alors ils défendent leurs intérêts propres. Ces gens peuvent être corrompus, ils peuvent être à la recherche de toujours plus de dons pour construire des bâtiments toujours plus grands ou même parfois pour détourner une partie de l’argent. Les questions sociales, économiques, culturelles et politiques se combinent, nous devons donc critiquer ceux qui tentent de les séparer et nous devons expliquer qu’elles sont imbriquées et inséparables.
Quelles seraient les principales tâches d’un courant politique qui entreprendrait de reconstruire la résistance ?
Les choses sont relativement simples. Tout d’abord, nous devons poursuivre la résistance. Car si elle cesse, les gens perdront l’esprit même de la résistance. Ensuite, nous devons mener la lutte sur le terrain social, reconstruire les structures de la société palestinienne, nous battre pour les droits des femmes, qui sont la moitié de la société et qui doivent être soutenues. Enfin, les champs culturels et politiques sont essentiels.
Ce sont des mots simples. Le travail à accomplir l’est beaucoup moins.
Source : Julien Salingue |
Honte à l'Europe pour son soutien au despotisme, à la corruption, en Palestine
Honte à l'Europe pour son soutien au despotisme, à la corruption, en Palestine
Par Khaled Amayreh
Les gouvernements occidentaux ne cessent jamais de clamer la nécessité d'encourager la démocratie, les gouvernements non corrompus, les droits de l'homme et le respect de la loi au Moyen-Orient et plus largement dans le Monde Musulman.
Cependant, dans la pratique, la politique et le comportement des Occidentaux semblent souvent en contradiction avec leurs déclarations.
Je ne sais pas si les dirigeants européens (les Américains sont hypocrites au sujet de tout ce qui est arabe ou islamique) croient eux-mêmes à leur propre rhétorique. Cependant, ce que nous savons, nous en tant qu'Arabes et Musulmans, et de façon certaine, c'est qu'il y a un énorme fossé entre ce que prêchent les Européens en public et ce qu'ils font réellement.
J'habite en Cisjordanie occupée par les Israéliens où l'Europe finance maintenant un régime corrompu financièrement et politiquement despotique qui n'est rien d'autre qu'un Etat policier sans Etat, puisque l'occupation israélienne est omniprésente et qu'elle contrôle tous les aspects de nos vies.
En effet, sans la forte hostilité de notre régime au Hamas et son véritable asservissement au chantage occidental, le régime n'aurait jamais pu obtenir un certificat de bonne conduite de la part de l'Occident.
La semaine dernière, j'ai écrit un article remettant en cause la réserve de l'Autorité Palestinienne au sujet de l'énorme fortune amassée pendant une période aussi courte par Suha Arafat, la veuve du défunt leader palestinien ,Yasser Arafat.
Je voulais savoir comment cette femme, avec autant de contacts pour ne pas dire plus, a obtenu tous ces millions de dollars et aux dépends de qui.
J'ai parlé avec plusieurs responsables de l'Autorité Palestinienne à Ramallah qui ont accepté de parler du sujet seulement de façon laconique et prudente, et certains d'entre eux sont même allés jusqu'à proposer que c'était aux journalistes de creuser le sujet, d'effectuer une enquête et de produire des preuves irréfutables qui mèneraient à la mise en examen de la veuve d'Arafat. !
Suha Arafat se serait accaparée d'une fortune énorme estimée à des dizaines de millions de dollars, si ce n'est à des centaines de millions.
De façon surprenante, aucun responsable palestinien n'a eu le courage de demander "quelle était la source de tous ces millions ?" En ce moment, beaucoup de Palestiniens sont forcés de vendre leurs propres meubles pour nourrir leurs enfants et les envoyer à l'école.
Ainsi, pourquoi l'Autorité Palestinienne refuse-t'elle de pousser plus loin sur ce sujet primordial ?
Est-ce parce que le vampire de la corruption hante toujours de la tête aux pieds le régime de l'Autorité Palestinienne?
Suha n'est-elle simplement qu'un petit poisson dans une mer énorme de corruption ?
Ou, en effet, est-ce parce que les personnes qui sont censées faire respecter la loi et poursuivre les supposés voleurs et les escrocs sont elles-mêmes d'encore plus grands voleurs et escrocs ?
Le peuple de la Palestine, tourmenté depuis une éternité par l'occupation israélienne du style Nazie, ne peut pas simplement ignorer ce sujet et faire mine que tout va bien. Tout ne va pas bien, et un gouvernement qui tolère, et par conséquent encourage, la corruption ne peut pas être en charge de la nation et de la libération du pays de l'infâme occupant sioniste.
En vérité, la corruption, les magouilles, le népotisme, le copinage, les pots-de-vins, et le vol pur et simple des fonds publics sont encore répandus dans l'ensemble du régime de l'Autorité Palestinienne.
C'est pourquoi beaucoup d'employés de l'Autorité Palestinienne, y compris des ministres et des anciens ministres, des chefs de la sécurité, etc. possèdent mystérieusement des villas luxueuses d'une valeur de millions de dollars et de jolis comptes bancaires tandis que 70% des Palestiniens ordinaires vivent dans une misérable pauvreté.
Ce sont les mêmes gens qui s'envolent pour l'Europe afin de bénéficier des meilleurs traitements médicaux tandis que les autres Palestiniens meurent lentement parce qu'ils ne peuvent pas se permettre de payer des soins médicaux même chez eux.
Aujourd'hui, l'un des principaux critères pour obtenir une autorisation afin de monter une entreprise lucrative, par exemple pour ouvrir une station-service, c'est d'être membre du Fatah.
Si vous êtes un membre du Fatah avec les bons contacts, vous pouvez presque automatiquement être exemptés de payer les frais de scolarité dans certaines écoles et universités.
En effet, dans beaucoup de cas, un étudiant membre du Fatah est admis dans des universités prestigieuses, par exemple une factulté de médecine, même si sa moyenne générale s'est pas suffisante pour y être admis.
Je ne suggère pas que l'Europe et d'autres donateurs doivent cesser d'aider les universités et les étudiants palestiniens. Les Palestiniens remercient toujours et apprécient l'aide européenne.
Cependant, les donateurs devraient faire plus d'attention quant à la façon dont l'argent est distribué et si la transparence et l'équitabilité sont respectées quand les bénéficiaires sont choisis.
Dans le domaine administratif, la corruption semble être plutôt la norme que l'exception. Des fonctionnaires sont souvent promus ou rétrogradés, ou même écartés en raison de leur tendance politique, indépendamment de toutes les considérations méritoires.
La semaine dernière, le président de l'Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, a publié un décret rétrogradant des dizaines de fonctionnaires sans aucune raison en dehors du fait qu'ils avaient été nommés par le gouvernement précédent élu démocratiquement.
Le décret manifestement illégal a complètement ignoré le fait que la promotion sur le tas est réellement un droit dû à ces gens et que personne, y compris le président, n'a le droit de leur refuser ou de leur retirer à moins que ces personnes commettent un crime ou se livrent à un abus de confiance.
Peu après le décret, des miliciens du Fatah, dont certains d'entre eux portaient des masques et étaient armés de mitrailleuse, sont descendus dans les bureaux du gouvernement, en disant aux fonctionnaires visés "de ne pas revenir", sinon ils le regretteraient.
Ceci se produit en même temps que la propagation du non-respect de la loi qui devient le mode de fonctionnement dans une grande partie de la Cisjordanie.
Aujourd'hui, des personnes innocentes ont été arrêtées et prises dans des rafles plutôt au hasard par du personnel de sécurité inconnu, sans aucun respect de la loi
Selon des sources judiciaires fiables, dont des avocats indépendants, la majeure partie de ces dernières arrestations et des ces rafles ont pour but principalement de punir les partisans du Hamas pour sa prise de pouvoir dans la Bande de Gaza il y a plus de deux mois.
Je parle de professeurs, de médecins, de journalistes, d'étudiants d'université, et des gens normaux qui sont enlevés, souvent de façon brutale et sauvage, dans leurs maisons et sur leurs lieux de travail et emmenés dans des cachots où ils languissent pendant des semaines sans accusation ou sans procès, avant d'être forcés de signer un engagement par lequel ils s'abstiennent de soutenir le Hamas à l'avenir.
Dans un exemple particulièrement laid qui montre que la Cisjordanie devient le Far-West, un officier de sécurité de l'Autorité Palestinienne a tué en tirant à bout portant sur un étudiant de 20 ans; Muhammed Raddad, sur le campus de l'université nationale d'Al-Najah le 24 juillet.
J'ai parlé avec le père et la mère et les amis de la victime ainsi qu'avec quelques témoins qui m'ont tous dit que le meurtre avait été perpétré de sang-froid et qu'il était totalement injustifié mais que le meurtrier était bien connu.
Ils m'ont dit également que l'université de Najah, en connivence avec les agences de sécurité, essayait de dissimuler le crime parce que le meurtrier est un membre du Fatah et que sa victime était membre du parti islamique des étudiants à l'université.
Ce qui est le plus scandaleux, c'est que le gouvernement basé à Ramallah, qui prétend tenter de rétablir l'autorité de la loi, n'a pas, pour l'instant, poursuivi le meurtrier et ne s'est pas particulièrement assuré que de tels crimes brutaux ne se produiront plus.
Normalement, on devrait s'opposer énergiquement à toute interférence extérieure dans les affaires palestiniennes internes, en particulier dans le système judiciaire.
Cependant, quand le système judiciaire est réduit à un simple tampon entre les mains d'un gouvernement qui est lui-même un instrument exécutif entre les mains de puissances étrangères, ces puissances devraient également porter une certaine responsabilité dans ces graves violations de nos droits humains et civiques.
En bref, l'Union Européenne devrait s'assurer que son argent n'est pas utilisé pour infliger encore plus d'injustice aux Palestiniens. L'oppression israélienne du genre nazie est trop accablante pour nous.
| Source : http://www.thepeoplesvoice.org/ |
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Traduction : MG pour ISM |
28 août 2007
Une fragmentation programmée.

Une fragmentation programmée.
Un entretien avec Julien Salingue.
Par Silvia Cattori
Julien Salingue, 27 ans, doctorant en Science Politique à Paris, militant du mouvement de solidarité avec la Palestine, co-réalisateur du film SAMIDOUN, fait ici un bilan de la situation qui s’est développée depuis la mise en déroute à Gaza des forces du Fatah financées par la CIA et le coup d’Etat de M. Abbas à Ramallah. Il souligne notamment la fragmentation de plus en plus accentuée du territoire palestinien et ses conséquences politiques.
Il est certain que la fragmentation a été très minutieusement étudiée, sur le plan géographique notamment, et qu’elle a été programmée avec la construction des colonies et des routes de contournement pour découper la Cisjordanie en des dizaines d’îlots séparés les uns avec les autres.
Par cette fragmentation programmée et organisée, Israël tente de détruire la conscience de l’existence d’un peuple palestinien unifié et d’un combat commun à mener.
Silvia Cattori : Le silence des représentants palestiniens de l’OLP et des représentants palestiniens auprès de l’ONU ne vous a-t-il pas étonné ?
Ils n’ont nullement condamné la reprise en main par M. Abbas et ils ont soutenu le blocus de Gaza. Leur attitude présente n’explique-t-elle pas leur soumission d’hier aux «processus de paix» états-uniens, qui pourtant ruinaient la cause palestinienne ?
Julien Salingue : C’est même beaucoup plus qu’un soutien. La direction de l’OLP a même voté, avant qu’Abbas ne la propose, l’idée qu’il fallait destituer le gouvernement et organiser des élections anticipées. Cela n’est pas surprenant.
Qu’est-ce que l’OLP aujourd’hui? A part un rôle de représentation, un lieu où Abbas, à l’occasion d’un banquet, fait passer pour légitimes des décisions illégitimes, prises uniquement par l’Autorité palestinienne, l’OLP ne représente pas grand-chose.
Silvia Cattori : Mais ces représentants palestiniens, ces diplomates, présents dans toutes les instances internationales et accueillis à bras ouverts dans les manifestations des mouvements de solidarité n’en ont pas moins donné la ligne à suivre jusqu’ici ?
Julien Salingue : Le problème est que, depuis les «Accord d’Oslo» et la constitution de l’Autorité palestinienne sur la base de l’idée que l’Etat palestinien était en construction, les représentants de l’OLP sont devenus, dans les faits, les représentants de l’Autorité palestinienne.
C’est elle qui les paye. Comme leur source de revenus dépend de ces Autorités palestiniennes qui viennent de faire un coup d’Etat et qui n’ont jamais voulu reconnaître le résultat du scrutin qui a porté le Hamas au pouvoir, il n’est pas surprenant qu’ils ne les condamnent pas et qu’ils les soutiennent implicitement.
Silvia Cattori : Le mouvement de solidarité s’est majoritairement égaré au cours de ces dernières années si cruciales pour le peuple palestinien! Mais, maintenant, pour tous ces braves gens qui découvrent que cette «Autorité» avec laquelle leurs associations travaillaient, trahissait le peuple qu’ils voulaient aider, la déception doit être immense !
Les leaders du mouvement qui ont soutenu cette ligne erronée, savaient-ils ce qu’ils faisaient ?
Julien Salingue : Pour comprendre ce qui s’est passé, et qui se poursuit, il faut faire un bilan critique de ce que les "Accords d’Oslo" ont signifié et de l’attitude du mouvement de solidarité depuis cette période là, ainsi que de son soutien inconditionnel et acritique à l’égard de la direction de l’Autorité palestinienne.
Le problème n’est pas seulement d’avoir soutenu des gens corrompus qui, pour certains d’entre eux, collaboraient directement avec les services israéliens.
Le problème c’est d’avoir semé des illusions dans la tête de ceux qui voulaient soutenir les Palestiniens et qui se sentaient proches de leur lutte de libération.
De leur avoir dit : "Voila c’est la paix, on est engagé dans un processus de paix, les Accords d’Oslo vont mener les Palestiniens à l’indépendance".
On peut voir aujourd’hui où ce genre de propos a conduit. On voit que nombre de militants ont cessé d’agir car ils n’ont plus envie de soutenir des autorités dont ils ont découvert ce qu’elles étaient réellement et le tort qu’elles ont fait au peuple palestinien durant ces années là.
La solidarité, c’est bien sûr l’action que l’on mène à l’étranger, mais ce sont aussi les liens que l’on tisse avec les associations et la population palestinienne. Aussi, le fait d’avoir apporté un soutien financier à des gens très corrompus a grandement décrédibilisé l’idée que l’on se faisait d’une solidarité avec la population palestinienne.
Il y a une critique à mener impérativement. Les responsables politiques ne peuvent pas continuer de dire aux gens qu’"Abbas est l’héritier d’Arafat, qui était lui-même l’héritier du combat pour l’indépendance". I
il faut faire un bilan critique, aller voir ce qui se passe sur le terrain, soutenir les actions des militants qui essayent de lutter contre la destruction de la société palestinienne en luttant contre l’individualisme et en redonnant son sens à l’action collective, en reconstruisant la conscience nationale.
Silvia Cattori : Nous en serions donc à un moment de vérité salutaire ?!
Mais pourquoi avoir soutenu, hier, les Autorités corrompues de Ramallah? Les responsables du mouvement de solidarité qui ont prôné ce soutien ne devraient-ils pas avoir l’élégance de se retirer ?
Julien Salingue : Il est nécessaire de poser les questions politiques de fond sans stigmatiser. Que signifie aujourd’hui l’Autorité palestinienne?
Que signifie aujourd’hui la revendication d’un Etat palestinien indépendant en Cisjordanie ?
Pour moi, cela ne veut absolument rien dire. L’Autorité palestinienne est un pseudo gouvernement qui, de fait, ne contrôle rien du tout, qui n’a aucune souveraineté politique, économique, géographique, qui ne fait rien du tout.
Continuer de parler du «futur Etat palestinien indépendant», et de l’Autorité palestinienne comme d’un "gouvernement représentatif légitime" ne fait que perpétuer l’illusion que, du côté palestinien, il y aurait des institutions en construction, il y aurait des étapes franchies en direction d’un Etat indépendant, alors que, sur le terrain c’est tout le contraire qui se passe.
La situation aujourd’hui se résume à ceci : il y a d’un côté Israël et ses alliés issus du camp palestinien d’Abbas, et il y a de l’autre côté la population palestinienne. La lutte est entre les deux.
Il n’y a pas d’appareil d’Etat ni d’institutions indépendantes à défendre. Mis à part le fait que ces institutions financées par l’impérialisme emploient des gens, des salariés, elles n’ont aucune réalité. Rien n’indique qu’il y aurait un Etat en construction. Il faut tirer au clair toutes ces questions dans le mouvement de solidarité, et aider les Palestiniens à reconstruire leur résistance.
Silvia Cattori : Croyez-vous vraiment que le mouvement de solidarité peut faire son autocritique et repartir sur de bons rails ?
Julien Salingue : Oui. Je pense que ce qui s’est passé était lié, d’une part à des illusions, et d’autre part à une incompréhension de ce qui se passait sur le terrain.
C’est aussi le résultat d’affinités particulières entre une partie du mouvement de solidarité et certaines composantes du mouvement national palestinien qui sont arrivées au pouvoir après les «Accords d’Oslo».
Cela permet de comprendre pourquoi il y a eu une si mauvaise orientation du mouvement de solidarité et pourquoi ses responsables ont entretenu la confusion en accréditant l’idée que, depuis les "accords d’Oslo", le combat des Palestiniens consistait à construire leur Etat. Comme si, en fait, l’occupation, les arrestations, les camps de réfugiés, tout cela était terminé, et que la seule tâche utile était d’aider ces Autorités qui "voulaient construire leur Etat".
Cela n’a fait que semer des illusions ; alors qu’il suffisait d’aller sur place pour comprendre qu’il n’y aurait jamais d’Etat palestinien en Cisjordanie.
Silvia Cattori : Dans ce contexte, quelles sont les perspectives politiques? Assiste-t-on à une radicalisation ou à une dépolitisation ?
Julien Salingue : La dépolitisation a déjà commencé depuis longtemps, notamment depuis les «Accords d‘Oslo». Les militants politiques, particulièrement du Fatah, sont devenus des fonctionnaires intégrés à l’«appareil d’Etat », ils se sont investis dans







Uri Avnery est journaliste et cofondateur de 