Après l'échec de la guerre au Liban, les scandales qui touchent le pouvoir minent la confiance des Israéliens.

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Par Daphné MATTHIEU
QUOTIDIEN : mardi 9 janvier 2007
Jérusalem correspondance

« Sodome et Gomorrhe », « Montrez-leur la porte »: depuis plusieurs jours les gros titres de la presse israélienne sont consacrés à un scandale de corruption impliquant les plus hauts responsables de l'administration fiscale.
Cette affaire n'est que le dernier en date d'une série de scandales qui ont secoué ces derniers mois la classe politique israélienne. Le plus retentissant d’entre eux a été l'enquête lancée contre le président Moshe Katsav, soupçonné de harcèlement sexuel, mais la liste est longue. Deux proches d’Ehoud Olmert, membres de son parti Kadima sont poursuivis: Tzahi Hanegbi pour abus de confiance et corruption électorale, Haïm Ramon pour harcèlement sexuel.
Ehoud Olmert est lui-même l'objet de plusieurs enquêtes: il est soupçonné de transactions immobilières frauduleuses, de nominations politiques abusives lorsqu’il était ministre du Commerce et de l’Industrie dans le gouvernement d'Ariel Sharon et d'intervention dans un appel d'offres pour la privatisation de la banque Leumi, la deuxième banque du pays.

Toutefois, le niveau de corruption en Israël reste comparable à celui de nombreux pays occidentaux, souligne Yoram Peri, professeur de sociologie politique et de communication à l'université de Tel-Aviv : «Contrairement aux pays du tiers-monde, la corruption n'est pas institutionnalisée en Israël, les scandales y sont amplifiés du fait de la concurrence acharnée entre les organes de presse.» La multiplication - bien réelle - des affaires est le signe, selon lui, d'un affaiblissement des valeurs fondatrices de l'Etat d'Israël depuis le début des années 90. «Les partis politiques et l'idéologie des pères fondateurs d'Israël ont perdu de leur influence. Nombre d'hommes politiques recherchent davantage leurs intérêts personnels que l'intérêt général. Au début des années 90, Israël s'est normalisé dans plusieurs domaines : au niveau international avec la signature des accords d'Oslo et au niveau politique et économique avec le déclin de l'idéologie collectiviste et l'adoption du capitalisme libéral.»
Allégements. Même s'il n'a été inculpé dans aucune enquête, Ehud Olmert est dans l'oeil du cyclone en raison d'un scandale dans lequel sa «confidente de trente ans» est soupçonnée. Shula Zaken, sa directrice de cabinet, aurait fait jouer ses relations dans la nomination de hauts fonctionnaires des services fiscaux pour obtenir des allégements d'impôt, notamment au profit de son frère. Alors qu'il bénéficiait de 78 % d'opinion favorable en juillet, au début de la guerre contre le Hezbollah, seuls 23 % des Israéliens se disent désormais satisfaits de l'action d'Olmert, selon un sondage publié la semaine dernière par Ynet, le journal en ligne du quotidien Yédiot Aharonot. «Qu'Olmert soit condamné ou non, ce qui ressort de toutes ces enquêtes, c'est le sentiment que le Premier ministre est plus intéressé par son intérêt personnel que par l'intérêt du pays», explique Michael Partem, avocat et vice-président du Mouvement pour la probité du gouvernement en Israël.
«Crise». Le gouvernement ne s'est pas remis des critiques qui se sont multipliées sur sa gestion du conflit contre le Hezbollah. Les responsables de l'armée et des politiques dans les «ratés» de la guerre sont soumis à plusieurs enquêtes simultanées, dont celle de la commission gouvernementale du juge à la retraite Eliyahu Winograd, qui doit rendre un rapport intérimaire en février.
«Le moral de la société israélienne, atteint par la deuxième Intifada en 2000, a encore dégringolé avec la guerre du Liban. Israël vit la crise politique la plus profonde depuis sa création en 1948, estime Yoram Peri . Les Israéliens ne se méfient plus seulement des politiques et des partis , ils ont perdu confiance dans toutes les institutions : l'armée, la police, les juges, le Président et les médias.»